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POP/1075
11 avril 2018
Cinquante et unième session, 5e et 6e séances – matin & après-midi

Commission de la population et du développement: la question de l’accès à la santé sexuelle et reproductive s’invite au débat sur la mobilité humaine

En 15 ans, la population des Émirats arabes unis a augmenté de 300%, montrant bien la pertinence du thème « Villes durables, mobilité humaine et migrations internationales » dont débat la Commission de la population et du développement depuis trois jours, avec un accent particulier aujourd’hui sur l’accès des migrants à la santé sexuelle et reproductive.

La ville de Dubaï compte 91% d’habitants nés à l’étranger, suivie par Bruxelles avec 71%, puis Toronto, Oakland et Sydney.  Sans les migrants, les Émirats arabes unis n’auraient jamais pu se développer comme ils l’ont fait, a souligné la représentante émiratie.  En moyenne, les migrants internes ou internationaux, au nombre d’un milliard dans le monde, représentent 9% du PIB mondial, soit 6 300 milliards de dollars, a renchéri la représentante du Forum économique mondial.  C’est la Chine et l’Inde qui abritent toutes les deux la moitié des personnes en mouvement, suivies des États-Unis, de l’Arabie saoudite, de l’Allemagne et de la France.

Le Sénégal, foyer de départs massifs, est aussi devenu un pays de destination, avec de réels défis de gestion et de prise en charge du phénomène migratoire.  La Libye, fragilisée, passe pour un pays de transit aux prises avec les réseaux criminels de l’émigration clandestine et de la traite des personne.  La Sri Lanka est le pays d’origine par excellence avec 1,9 million de Sri-Lankais à l’étranger et 800 départs quotidiens.

« Nous sommes ici pour parler des gens qui partent, soit en quête d'opportunités, soit en quête de sécurité », a plaidé la jeune ambassadrice des Pays-Bas sur les droits à la santé sexuelle et reproductive, des droits, a-t-elle dit, qui touchent « à l’amour, au sexe et à la vie ».  Des questions, a-t-elle poursuivi, qui concernent les jeunes filles forcées de se marier, les jeunes transsexuels confrontés à la discrimination et la violence ou les jeunes couples privés d’informations sexuelles et d’accès aux méthodes contraceptives.  De telles situations ne sont pas rares et elles s’aggravent avec la mobilité humaine, a insisté la jeune ambassadrice.  Elle a rappelé aux États qu’il est de leur intérêt d’avoir une population en bonne santé et informée et a conclu: « J’appelle les gouvernements à intégrer le droit à la santé sexuelle et reproductive dans toutes leurs interventions politiques pour ne laisser personne de côté ».

La Tunisie a aussi prévenu: un jeune, fille ou garçon, sexuellement frustré ou mal informé, représentera un fardeau pour les pays en développement.  Un jeune moralement et intellectuellement réprimé ne connaît pas la culture des droits de l’homme, la modernité et la tolérance et risque de devenir l’oppresseur des générations futures ainsi qu’une proie facile pour la radicalisation.  Les filles privées de leur droit à l’éducation et victimes de mariage précoce et/ou de mutilations génitales transmettront leur mal de vivre à leurs enfants.  Sans respect pour les principes de la pensée critique, des droits de l’homme, de l’acceptation de la diversité et de la tolérance, tout système de développement social sera voué à l’échec.

Avant d’ouvrir son débat, la Commission a observé une minute de silence en hommage aux 257 victimes de l’accident d’avion qui s’est produit près d’Alger.  Elle a aussi tenu une table ronde sur le thème « Les villes à la pointe de l’accueil des migrants » et poursuivra son débat général, demain jeudi 12 avril, à partir de 10 heures. 

MESURES POUR LA POURSUITE DE LA MISE EN ŒUVRE DU PROGRAMME D’ACTION DE LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE SUR LA POPULATION ET LE DÉVELOPPEMENT AUX NIVEAUX MONDIAL, RÉGIONAL ET NATIONAL

Débat général sur le thème « Villes durables, mobilité humaine et migrations internationales »

M. MDUDUZI DUNCAN DIAMINI, Ministre de l’administration du Tinkhundla et du développement du Swaziland, a indiqué que son pays ne compte pas beaucoup de grandes villes et qu’environ 30% de la population vit dans des zones urbaines et périurbaines.  Jusqu’à présent le pays avait deux types de gouvernements locaux, l’un rural et l’autre urbain, mais un système unifié de gouvernance est en train d’être établi, a-t-il ajouté.  Pour stopper les établissements urbains non planifiés, le Gouvernement a créé des programmes de logements abordables.  Il s’est aussi engagé à créer des villes durables et forger des partenariats pour, entre autres, augmenter de 28% en 2014, à 35% d’ici à 2020, l’énergie renouvelable.  Un fonds de développement a également été établi pour faire face au défi du développement inégal, facteur de migration interne.  Le Swaziland vient en outre d’achever un recensement numérique sur la population et le logement.

Poursuivant, le Ministre a parlé de l’adoption récente de la loi sur les réfugiés et a indiqué que le Gouvernement veille à ce que les délais d’hébergement dans les centres de réception se situent entre trois et six mois.  Passé ce délai, les réfugiés obtiennent un passeport et sont intégrés à la société.  Le Swaziland s’enorgueillit d’ailleurs du fait que d’anciens réfugiés travaillent à présent comme médecins, techniciens en radiologie ou enseignants.

M. OMAR A. A. ANNAKOU (Libye) a indiqué que son pays met en œuvre le Programme d’action du Caire sur la population et le développement, dans le respect de sa législation nationale et de sa particularité culturelle.  Il a souligné que la phase de transition « turbulente » de la Libye, après la révolution de 2011, a provoqué des déplacements massifs de la population.  Il a aussi dit attendre avec intérêt la conclusion du pacte pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, s’inquiétant de la nette augmentation du nombre de migrants en situation irrégulière sur le territoire libyen.  Ces migrants et les réseaux criminels qui les exploitent, a-t-il accusé, profitent de la situation « fragile » dans laquelle se trouve la Libye.  Pour le représentant, la solution exige que l’on appuie les efforts de développement des pays d’origine.  Il est injuste que des pays de transit comme la Libye, qui est dans une situation « instable », ait à assumer la responsabilité de gérer les migrations irrégulières.  Cette responsabilité devrait revenir aux pays d’origine qui doivent s’attaquer aux réseaux criminels.

M. JOSÉ LUIS FIALHO ROCHA (Cabo Verde) a déclaré que son pays fait face ces derniers temps à la mobilité humaine entre les zones rurales et urbaines.  L’augmentation de la population urbaine qui tourne autour de 65% a obligé les autorités à se focaliser sur les politiques et stratégies de développement urbain.  Il s’agit de créer de bonnes infrastructures urbaines et d’élargir l’accès aux services de base dont l’éducation, la santé, le logement, l’eau, l’assainissement et le travail décent.  Pour cela, le pays a lancé un ensemble de politiques et noué des partenariats.  Pour compenser l’accélération de la croissance urbaine, il faut créer des opportunités économiques et sociales dans les zones rurales. 

La jeune ambassadrice des Pays-Bas sur les droits sur la santé sexuelle et reproductive, Mme MELODI TAMARZIANS, a relevé qu’elle était probablement la plus jeune participante.   Nous sommes ici, a-t-elle dit, pour parler des gens qui partent, soit en quête d'opportunités dans les villes, soit en quête de sécurité.  Je suis ici pour parler de l’importance des droits à la santé sexuelle et reproductive parce que ces droits nous touchent chaque jour et partout.  C’est une question d’amour, de sexe et de vie, a-t-elle asséné, en parlant d’une question qui concerne les jeunes filles forcées de se marier, les jeunes transsexuels confrontés à la discrimination et la violence ou les jeunes couples privés d’informations sexuelles et d’accès aux méthodes contraceptives.  De telles situations ne sont pas rares et elles s’aggravent avec la mobilité humaine. 

Comme les plus petites anecdotes racontent les plus grandes histoires, la jeune ambassadrice a parlé, entre autres, d’une jeune Mozambicaine violée, puis enceinte et enfin retrouvée presque morte après un avortement dangereux car si l’avortement n’est pas illégal au Mozambique, l’accès à des services de santé reproductive adaptés aux jeunes et à une éducation sexuelle complète est limité. 

Si une adolescente ne peut pas aller à l’école parce qu’elle n’a pas de serviette hygiénique, si elle est forcée de se marier, si elle tombe enceinte et ne peut pas avorter à l’hôpital, si elle n’a pas accès à des contraceptifs gratuits et à des informations pertinentes sur la sexualité à l’école, elle, et les jeunes comme elle, se berce d’idées fausses et se prive de services essentiels, mettant sa santé en danger.

Il est de l’intérêt des États d’avoir une population en bonne santé et informée, a souligné la jeune ambassadrice, en quittant la sphère des droits de l’homme.  Chaque pays doit assumer une plus grande responsabilité s’agissant de la santé et du bien-être de sa propre population, en investissant davantage dans les droits à la santé sexuelle et reproductive.

Les jeunes doivent avoir leur mot à dire car ils sont ceux qui vivent la réalité derrière les politiques.  Nous avons, a plaidé la jeune ambassadrice, le droit « fondamental » d’explorer et d’exprimer notre propre identité: sans honte, sans discrimination et sans menacer notre santé ou notre vie.  Cela n’a rien à voir avec l’âge, l’origine et encore moins avec la manière dont un gouvernement voit tout cela.  « J’appelle les gouvernements à intégrer le droit à la santé sexuelle et reproductive dans toutes leurs interventions politiques pour ne laisser personne de côté », a-t-elle insisté.

Mme ROUA SHURBAJI (République arabe syrienne) a affirmé que son pays est en train de sortir de sept années de guerre « contre le terrorisme ».  La priorité est d’assurer le retour des réfugiés et des déplacés dans la dignité et de leur garantir des services sociaux, des infrastructures de base et de bonnes conditions de réinsertion économique.  Le Gouvernement s’efforce de prévenir tout changement démographique dans les villes et de préserver la diversité du tissu social, dans tous ses efforts de planification, de reconstruction et de réhabilitation.  Le succès de ces efforts dépend aussi de la levée des mesures économiques coercitives imposées par les États-Unis et l’Union européenne au peuple syrien.  Le Gouvernement doit en effet s’atteler à la réhabilitation du secteur de la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive, et à la création d’emplois pour les jeunes.  La représentante a donc vivement dénoncé les « faux obstacles » auxquels les agences de l’ONU quand il s’agit d’appuyer financièrement les plans nationaux de développement, à cause des « politiques interventionnistes » de certains États.

M. LAZAROUS KAPAMBWE (Zambie) a dit que son pays était l’une des nations très urbanisées d’Afrique subsaharienne avec 39,5% de la population dans les zones urbaines, un taux qui devrait passer à 45,5% avant 2030.  Cette situation représente un défi pour le développement durable car la capacité des grandes villes, dans la plupart des cas, a été dépassée.  Pour inverser cette tendance, le Gouvernement a mis en place des mesures pour améliorer les services de base dans les zones rurales, réduire ainsi le taux de différence entre la campagne et les villes et libérer un espace pour le développement durable des villes.  La Zambie, a poursuivi le représentant, est aussi un pays d’origine, de transit et de destination pour les travailleurs migrants, les demandeurs d’asile, les clandestins ou encore les victimes de la traite des personnes.  Cela fait plus de 50 ans que la Zambie accueille des réfugiés et des demandeurs d’asile des pays voisins et de la région des Grands Lacs dont le nombre dépasse désormais les 70 000 personnes.  Le Gouvernement a besoin de plus de soutien dans ce domaine.

M. IGOR KHARITONOV (Fédération de Russie) a jugé crucial d’exploiter la science de l’urbanisme, en gardant à l’esprit les besoins des jeunes.  Il a dit espérer que le futur pacte pour des migrations sûres, ordonnées et régulières répondra véritablement aux défis actuels.  Ces 20 dernières années, a-t-il poursuivi, les flux migratoires ont permis d’inverser de 50% la courbe du déclin démographique dans la Fédération de Russie.  Sur le plan économique, les migrants ont contribué à améliorer la compétitivité du pays.  Grâce à l’accord sur le marché commun avec les pays de la communauté eurasiatique, les migrants obtiennent facilement un permis de travail et des avantages sociaux.  Le représentant a insisté sur l’importance des données et de leur fiabilité.  Il a conclu en insistant aussi sur le respect de la souveraineté des États, seuls habilités à décider des politiques migratoires. Examiner cette question sous le seul angle des droits de l’homme serait contreproductif, a-t-il prévenu.

M. NIRMAL RAJ KAFLE (Népal) a insisté sur le fait que les migrants jouent un rôle important dans la croissance économique des pays d’origine et de destination et a appelé les gouvernements à tout faire pour réduire le coût des envois de fonds.  Il a aussi estimé que la Commission de la population et du développement a tout à fait le droit de faire une contribution aux négociations sur le futur pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.  Parlant de son pays, le représentant a estimé que l’urbanisation est une occasion à saisir pour le développement économique.  Le Népal, où 60% des gens font partie de la population active, compte tirer parti du dividende démographique.  Pays enclavé, il a besoin d’une somme 17 milliards de dollars pour réaliser tous les objectifs de développement durable. 

M. NYI NYI (Myanmar) a indiqué que comme ses voisins, le Myanmar, connaît des taux importants de migrations internes et internationales, en particulier au cours de cette dernière décennie.  Selon les dernières données, 19,3% de la population aurait déménagé au moins une fois.  L’ancienne capitale, Yangon, qui compte déjà plus de cinq millions d’habitants, est la destination de choix dont la population devrait augmenter rapidement dans les prochaines décennies.  Le pays a donc lancé un « Plan-cadre » pour le logement et autres projets d’infrastructures.  À ce jour, 4,25 millions de Birmans vivent à l’étranger dont plus de 70% en Thaïlande.  Le Myanmar a mis en place un système national de vérification pour les migrants sans papier visant à leur donner un permis de travail à l’étranger ou un passeport temporaire.  Avec l’aide du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), le Myanmar a effectué un recensement en 2014, le premier depuis 30 ans, dont les résultats permettent d’affiner les politiques, y compris sur la migration.  Le Myanmar s’attache maintenant à développer un système national d’identification électronique.

Mme MALILIGA PESETA (Samoa) a dit que, pays aux ressources limitées, le Samoa a intégré les questions de population comme partie importante de son cadre national de développement durable et a réaffirmé son engagement, en lançant le plan d’action sur la population 2016-2020.  Le Gouvernement s’efforce de diffuser largement les données sur la population et de veiller à ce que les planificateurs aient les compétences nécessaires pour intégrer ces données dans les plans nationaux et sectoriels de développement.  Comme tous les petits États insulaires en développement, le Samoa est vulnérable aux effets des changements climatiques et subit la fréquence et l’intensité accrue des catastrophes dans la région. Les derniers cyclones et inondations ont dévasté l’île et ses voisins, et détruit les infrastructures, conduisant à la réinstallation des communautés dans des zones plus élevées.  C’est le droit au développement qui a été affecté, a souligné le représentant. 

M. LEWIS GARSEEDAH BROWN II(Libéria) a mis l’accent sur l’importance de la mobilisation des ressources pour mettre en œuvre les mesures du Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement.  Les objectifs de ce Programme d’action exigent des ressources supplémentaires en particulier dans les domaines sociaux et économiques pour réduire les inégalités et répondre aux préoccupations environnementales. 

M. MOHAMED KHALED KHIARI (Tunisie) a indiqué que plus d’un million de Tunisiens vivent à l’étranger, dont 83% en Europe.  Il a appelé au plein respect des droits et libertés fondamentales des réfugiés et des migrants, avertissant par ailleurs que les déplacements forcés et la migration irrégulière à large échelle présentent de nombreux défis sécuritaires, économiques et sociaux pour les pays de transit et de destination.  Il a souhaité une plus grande coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination pour faire face au phénomène.

S’agissant du Programme d’action du Caire, le représentant a souligné que l’élimination des mariages précoces et la facilité d’accès aux contraceptifs sont essentielles pour permettre aux femmes d’achever leurs études et entrer dans la vie active.  Il a aussi insisté sur l’importance de l’éducation sexuelle, notamment pour assurer l’équilibre psychologique des jeunes et leur bonne intégration sociale.  Il a rappelé que l’avortement est légal dans son pays depuis 1973 et que la planification familiale y a été lancée en 1966. La Tunisie connaît aussi des taux importants de scolarisation, notamment chez les filles, et a par ailleurs adopté, en juillet 2017, une loi complète pour combattre la violence contre les femmes.

Poursuivant, le représentant a affirmé qu’un jeune, fille ou garçon, sexuellement frustré ou mal informé, représentera un fardeau pour les pays en développement.  Un jeune moralement et intellectuellement réprimé ne connaît pas la culture des droits de l’homme, la modernité et la tolérance et risque de devenir l’oppresseur des générations futures ainsi qu’une proie facile pour la radicalisation, a-t-il averti. En outre, les filles privées de leur droit à l’éducation et victimes de mariage précoce et/ou de mutilations génitales transmettront leur mal de vivre à leurs enfants. C’est pour cela que la Tunisie insiste sur l’importance d’intégrer l’éducation sexuelle à tous les programmes éducatifs qui, a-t-il ajouté, doit aussi reposer sur la pensée critique, les droits de l’homme, l’acceptation de la diversité et la tolérance. Sans respect pour ces principes, tout système de développement social sera voué à l’échec, a-t-il mis en garde.

Mme ROSAJILDA VÉLEZ (Républicaine dominicaine) a dit que son pays est le premier en termes de population immigrée et troisième en termes de diaspora dans la région: 1,3 million de Dominicains vivent à l’étranger et 571 000 immigrés vivent en République dominicaine, représentant 5,6% de la population.  Sur ce nombre, 4% sont des ressortissants d’Haïti.  Le nombre des jeunes diminue et celui des adultes augmente dans un pays où l’espérance de vie est de 73 ans.  Selon les données, 80% de la population vivra dans les zones urbaines d’ici à 2030.  L’exode rural touche surtout les femmes.  La croissance économique, a poursuivi le représentant, a attiré les migrants, poussant le Gouvernement à créer des institutions d’appui.  Aussi 65% des migrants ont bénéficié de la loi sur la régulation des étrangers dont 11 000 étaient inscrits en 2015, à la sécurité sociale, et leurs proches, en 2017.  Le Gouvernement a aussi créé un parquet spécial contre la traite des personnes et l’Institut des dominicains de l’étranger pour impliquer la diaspora dans le développement national.  La place de la République dominicaine dans l’Indice de développement humain s’explique aussi par les progrès dans les politiques migratoires.

M. RUBÉN ARMANDO ESCALANTE HASBÚN (El Salvador) a voulu que la résolution que la Commission doit adopter sur le thème de la session parle de l’amélioration de la vie dans les bidonvilles, du droit de retour dans le pays d’origine et de l’accès aux services sociaux de base.  Le texte ne doit pas oublier le problème de la pollution urbaine.  El Salvador, a-t-il poursuivi, s’est doté d’un plan de mise en œuvre du Nouveau Programme pour les villes d’ONU-Habitat, et souligne que les migrations internationales sont un moteur économique, tant pour les pays d’origine que de destination.  Le représentant a donc appelé à de bonnes réglementations pour exploiter ce potentiel, ce faisant, il a réclamé une plus grande synergie entre les différents organes concernés de l’ONU.

Mme LAURIE SHESTACK PHIPPS (États-Unis) a affirmé que son gouvernement traite des causes sous-jacentes de la migration clandestine, dans les pays d’origine et grâce à des programmes sur l’éducation et les activités génératrices de revenus.  Les États-Unis, a-t-elle aussi affirmé, sont les champions de l’aide humanitaire à ceux qui ont fui la persécution, la torture et les conflits et encouragent les autres gouvernements à faire de même.  Développer de bons processus de collecte de données sur la migration est important pour une bonne gestion de cette migration et des politiques de développement efficaces.  C’est essentiel, a insisté la représentante, pour identifier les besoins des migrants.  D’ailleurs, de plus en plus de pays incluent des indicateurs sur les migrations internationales dans leurs recensements et dossiers administratifs.  Comme les flux de population restent difficiles à évaluer, les États-Unis ont joué un rôle actif dans l’élaboration des recommandations internationales sur les données de la migration.  Ils sont disposés à aider les pays à développer leur capacité de collecte, d’analyse et de diffusion de ces données. 

M. MADHUKA SANJAYA WICKRAMARACHCHI WICKRAMARACHCHIGE (Sri Lanka) a indiqué que dans son pays, la grande vague d’émigration a eu lieu dans les années 70 avec le boom du pétrole au Moyen-Orient.  Aujourd’hui, 1,9 million de Sri-Lankais travaillent à l’étranger et on estime que 800 personnes quittent le pays chaque jour.  Il a aussi indiqué qu’en Asie du Sud, l’urbanisation a été relativement lente: au Sri Lanka, la population urbaine est passée de 16% en 1960 à seulement 18% en 2016.  Aujourd’hui la tendance de la migration interne est plutôt des villes vers les banlieues.  Revenant aux Sri-Lankais de l’étranger, le représentant a indiqué que la priorité du Gouvernement est surtout leur santé.  Un Cadre de coordination interministérielle et interagences a été mis en place pour s’occuper de la santé des travailleurs migrants à leur départ, pendant leur séjour à l’étranger et à leur retour.  Tous les rapatriés ont droit à une visite médicale.  S’agissant de l’urbanisation, le représentant a fait part du « Western Region Megapolis Planning Project » qui vise à créer, d’ici à 2030, une mégapole dans la région ouest du pays, en tenant compte des besoins du nombre croissant de personnes âgées vivant en zones rurales.

M. THAVRAK TUON (Cambodge) a déclaré que son pays connaît une situation démographique dynamique avec un exode rural important.  Les politiques nationales de la population et du vieillissement mettent d’ailleurs l’accent sur la migration interne et l’urbanisation, avec le but de réduire les coûts sociaux et écologiques.  La priorité est aussi de rééquilibrer les conséquences des mouvements migratoires et de veiller au respect des droits des déplacés et des réfugiés.  Mais ces défis ne peuvent être résolus seuls.  Il faut une coopération régionale et internationale et une approche stratégique fondée sur des données fiables.

M. ABDOULIE BAH (Gambie) a indiqué que son pays connaît un taux important d’exode rural: plus de la moitié de la population (57,8%) vit dans les villes, ce qui est bien au-dessus de la moyenne de 42% du continent.  Cette population urbaine compte de nombreux jeunes qui souffrent d’un taux élevé du chômage et de la pauvreté, notamment dans la région de Banjul.  L’urbanisation du pays est dangereuse du fait de sa rapidité, de sa nature incontrôlée, des constructions dans des zones inondables et de l’absence de plans d’urbanisme.  La Gambie a aussi été frappée par une « avalanche » qui est un défi pour son développement: de nombreux jeunes sont partis pour l’Europe, en passant par l’Afrique du Nord pour rejoindre la Méditerranée.  Le nombre de Gambiens qui ont emprunté cette route a augmenté de 41% entre 2015 et 2016. La Gambie vient donc d’adopter pour la première fois sa politique nationale des migrations et a intégré ces questions dans son plan national de développement 2018-2021.  Le Gouvernement entend ainsi créer des politiques favorables au maintien des Gambiens dans leur pays mais elles coûtent cher et nécessitent des investissements massifs.  Le représentant a dit compter sur les donateurs et les partenaires.

M. PARDO (Bolivie) a dit que « vivre bien » est le leitmotiv de son Gouvernement pour sa population.  L’objectif est de réduire l’extrême pauvreté et les inégalités, et préserver l’équilibre avec la Terre nourricière.  Le Gouvernement a élaboré une politique de planification ordonnée aux niveaux national et régional pour prendre en charge les migrations internes.  Ces migrations modifient le profil démographique et le modèle économique de chaque région.  Les migrants ne sont pas homogènes et ne migrent pas pour les mêmes raisons.  Il faut donc des politiques adaptées à chaque région et bien tenir compte du fait que la migration des jeunes entraîne le chômage urbain, fait reculer la qualité des services sociaux, est porteuse de violence et susceptible d’engendrer des inégalités entre les régions.  Il est important, a insisté le représentant, d’intégrer la migration dans les politiques de développement et dans le travail de toutes les institutions nationales et régionales. 

M. ABDUL SHUKUR ABDULLAH (Malaisie) a indiqué que le taux d’urbanisation de son pays avait triplé depuis 2010 et que cette tendance devrait se poursuivre.  Outre l’exode rural, la migration interne de la Malaisie est caractérisée par des mouvements intra-urbains.  Parmi les défis engendrés par le phénomène, il a cité la pollution, le logement et la hausse du coût de la vie.  Pour y faire face, le Gouvernement a mis en place une politique pour des villes sûres et durables.  Un programme de logement abordable a aussi été initié.  Le représentant a ensuite indiqué que la Malaisie est aussi devenue un des principaux pays de destination, où vivaient plus de trois millions de travailleurs migrants en 2010.  Un programme spécial visant à faciliter le recrutement de travailleurs étrangers tout en veillant à leur bien-être a été lancé.  La Malaisie compte aussi réduire sa dépendance aux travailleurs non qualifiés et encourager les flux de travailleurs hautement qualifiés.  Elle a en outre fixé un plafond de 15% pour le nombre des travailleurs étrangers.  Un guichet unique a aussi été créé pour tout candidat étranger au marché de l’emploi malaisien.

M. SABRI BOUKADOUM (Algérie) a attiré l’attention sur le programme quinquennal de soutien à la relance économique 2015-2019, avant de préciser qu’à travers la politique mise en œuvre depuis 2006, l’Algérie a placé la ville au centre d’une démarche de développement durable territorial autant comme élément de rééquilibrage du système d’armature urbaine nationale que comme moteur du développement local.  Connu comme pays de transit et de destination des migrants, l’Algérie est confrontée, ces dernières années, à des flux migratoires sans précédent.  Le dispositif juridique mis en place pour faire face à ce phénomène tient compte des engagements internationaux en matière de respect de la dignité et des droits de l’homme notamment des personnes vulnérables.  Il permet aux nombreux migrants de bénéficier de mission de facilitation en termes de séjour, de scolarisation, de soins médicaux et de travail.

L’Algérie défend et promeut constamment une approche globale et intégrée de la question migratoire basée sur la nécessité de traiter aussi bien les aspects sécuritaires, les questions liées aux droits de l’homme, que les causes profondes de la migration irrégulière.  Les négociations en cours visant à aboutir à un pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, ont mis en relief l’ampleur du défi auquel fait face la communauté internationale.  Il est également important de renforcer la coopération internationale et l’assistance technique pour soutenir les pays à élaborer des plans d’actions cohérents et coordonnés, en particulier en matière d’emploi des jeunes.  Le FNUAP, le BIT et l’UNESCO et les autres institutions spécialisées de l’ONU, devraient apporter une contribution significative à travers des actions ciblées, notamment en matière d’établissement des rapports et des études de recherche ainsi que l’organisation d’ateliers d’information et de sensibilisation.  L’Algérie, a conclu le représentant, souhaite que la Commission prenne en considération l’engagement d’enrichir le débat autour d’un programme d’action actualisé sur la population et le développement, notamment pour les pays en développement.  À ce titre, il importe de souligner l’intérêt de la mise en place d’un organisme technique pour la prise en charge de ces questions, à l’instar de celui de l’Union africaine.

Mme ENYONAM VICTORINE BADOHOUN WOMITSO (Togo) a indiqué que son pays n’est pas épargné par l’exode rural qui draine vers les villes des milliers de jeunes qui sont souvent candidats à la migration internationale.  Elle a assuré que le Togo s’emploie à apporter des réponses idoines aux défis liés à l’urbanisation, citant notamment la mise en œuvre de sa Stratégie de croissance accélérée et de promotion de l’emploi qui vise, a-t-elle expliqué, à accroitre le potentiel d’accueil des villes, ainsi que l’insertion professionnelle des jeunes.

Pour ce qui est de la gestion de la migration internationale, le Gouvernement a élaboré des stratégies nationales ainsi qu’un plan de mobilisation de sa diaspora.  Parmi les autres mesures prises par son gouvernement, elle a cité la création de la campagne de sensibilisation contre la migration irrégulière, la mise en place d’antenne pour la délivrance de pièces de voyage au niveau des représentations diplomatiques, et l’établissement du e-visa.  Le Gouvernement continue toutefois de faire face à un certain nombre de défis liés, entre autres, à la production agricole en milieu rural, la pauvreté, la gestion des masses urbaines et le phénomène migratoire.  La représentante a par ailleurs appelé à une coopération internationale soutenue pour faciliter la migration et la mobilité sûres, régulières et responsables.

M. WILBERFORCE KISAMBA‑MUGERWA (Ouganda) a expliqué que compte tenu du taux de fécondité élevé, le pays a une population jeune: 47,9% de la population totale a moins de 15 ans.  Les jeunes forment la majorité des migrants vers les villes, avec de graves implications comme le chômage, la criminalité et l’apparition des bidonvilles.  Pour faire face à cette situation, le Gouvernement a adopté le « Grand Kampala », une stratégie de développement reposant sur quatre piliers: les infrastructures de développement, le tourisme, la création d’emplois pour les jeunes et la gestion de l’environnement.  La stratégie vise aussi l’adoption de mécanismes conjoints de planification avec les municipalités voisines pour harmoniser les plans de développement. 

L’Ouganda prend aussi des mesures pour initier une transition démographique afin de faire baisser rapidement le taux de fécondité et tirer parti du dividende démographique.  Le Gouvernement concentre donc ses efforts sur l’accès à la planification familiale et des investissements dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’économie en particulier la création d’emploi et la gouvernance.  Le Gouvernement a lancé la politique de la jeunesse 2016 et son plan d’action. S’agissant de la mobilité humaine et la migration, l’Ouganda accueille plus de 1,4 million de réfugiés et de demandeurs d’asile des deux pays voisins, ce qui met une pression sur les services sociaux y compris les centres d’accueil.  

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a indiqué que le pays fait face à une mobilité sans précédent vers les centres urbains, engendrant une véritable transformation au détriment de l’économie agricole.  Le Bangladesh attend avec intérêt la conclusion des négociations sur le futur pacte pour des migrations sûres, ordonnées et régulières qui, a-t-il estimé, doit se fonder sur une meilleure compréhension du principe de la responsabilité partagée.  Face au phénomène des migrations internationales, il faut célébrer la diversité culturelle et édifier des communautés résilientes, en sachant que le protectionnisme ne paie pas.

Mme JOSESPHINE KIBARU-MBAE, Directrice générale du Conseil national pour la population et le développement du Kenya, a dit que le Gouvernement fait face au défi de la migration rurale et urbaine qui ralentit le développement dans les zones rurales à cause du manque de main-d'œuvre qualifiée.  Pour parer à la croissance démographique dans les grandes agglomérations urbaines, le Gouvernement a mis en place le programme d’amélioration des bidonvilles et un autre pour la réadaptation des familles de la rue afin d’assurer la disponibilité des terres, des logements, des services et des moyens de subsistance pour les pauvres des villes.  Après avoir énuméré le cadre juridique kényan, la représentante a déclaré que la migration rurale et urbaine rapide pose des défis aux autorités municipales qui ont des problèmes à assurer les services adéquats aux citadins et aux habitants des zones périurbaines. 

Le Gouvernement a aussi créé un fonds de réinstallation et est en train d’élaborer une politique pour les déplacés.  Il s’est doté, depuis 2009, d’une politique de migration et de nationalité, et depuis 2011, d’une politique sur la citoyenneté et l'immigration.  Il a également adopté des codes, des lois et des politiques sur la lutte contre la traite des personnes et des migrants, sur les envois de fonds et les réfugiés.

Mme MIRGUL MOLDOISAEVA (Kirghizistan) a annoncé que son pays abrite 700 000 des travailleurs migrants mais qu’en 2017, il a reçu 2,2 milliards d’envois de fonds de sa propre diaspora.  En matière de migration, ce sont les jeunes migrants de 18 à 29 ans qui ont le plus de problèmes, vulnérables qu’ils sont à la violence, à la discrimination et à la traite des personnes.  Pour contrer le décalage entre les villes et la campagne, après l’exode rural, le Gouvernement a élaboré une politique nationale qui s’étale jusqu’en 2030.  Il s’agit d’investir dans les régions pour créer des opportunités d’emplois et d’intensifier les programmes d’éducation et de formation professionnelle, en faisant appel aux ONG.  Mais ces mesures se heurtent au manque de financement, a avoué la représentante.

M. ALI NASEER MOHAMED (Maldives) a indiqué que le principal défi pour son pays est de veiller à ce que l’urbanisation soit durable car un tiers de la population vit dans la capitale, les deux tiers restants étant répartis entre 188 îles, dont certaines comptent moins de 300 habitants, ce qui représente des défis énormes dans l’accès aux services sociaux de base.  Le Gouvernement s’efforce d’attirer des investisseurs pour appuyer les communautés locales et accélérer le développement.

Mme RENE LAUER (Luxembourg) a déclaré que depuis le siècle dernier, l’évolution démographique a été au centre du développement économique de Luxembourg qui reconnaît que sa position géographie est un avantage non négligeable.  La moitié des résidents n’ont pas la nationalité luxembourgeoise et deux tiers des salariés ne sont pas luxembourgeois.  Le Luxembourg est donc une société multiculturelle et c’est au niveau de l’éducation que le problème de l’apprentissage des langues étrangères se pose.  Les responsables tentent d’y apporter les solutions nécessaires.  Sur le plan international, le Luxembourg a depuis 2000, atteint l’objectif de consacrer 0,7% de son PNB à l’aide publique au développement (APD).  En 2017, il a versé 2 millions d’euros au FNUAP, dans le cadre d’une initiative néerlandaise sur la santé maternelle. 

Mme HESSA MUNEER MOHAMMED RASHED ALATEIBI (Émirats arabes unis) a souligné que la migration est un facteur essentiel du développement, faisant observer que son pays n’aurait jamais pu se développer sans les contributions importantes de ses migrants.  Elle a estimé que le prochain pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières jouera un rôle clef pour atteindre les objectifs que s’est fixés la Commission.  La représentante a par ailleurs indiqué que son pays a enregistré une augmentation de 300% de sa population, ces 15 dernières années.  Le Gouvernement suit de près l’impact de cette évolution, y compris sur le plan environnemental.  Il s’est d’ailleurs doté d’un Ministère chargé de l’intégration.

M. GORGUI CISS (Sénégal) a dit que ces dernières années, son pays a connu une intensification et une diversification des migrations internes et internationales.  Le Sénégal est devenu à la fois un foyer de départ massif, un espace de transit et une destination pour des migrants en provenance d’autres pays.  Ces dynamiques posent de réels défis de gestion et de prise en charge du phénomène migratoire par l’État et par les autres acteurs.  Le Sénégal vient d’adopter une politique nationale intégrée de migration qui vise à faire de la variable migratoire un levier de croissance, de capture du dividende démographique et de développement durable.  Le plan d’action qui accompagne cette politique s’articule autour de 11 axes répartis dans quatre domaines d’activités stratégiques: gestion des données, économie et emploi; droits humains et genre; santé et environnement; et gestion intégrée des frontières.  Le Gouvernement est soucieux de trouver des solutions pour faciliter l’insertion économique et social des jeunes, y compris dans leurs collectivités locales d’origine.  Il a mis en œuvre des programmes de promotion de l’emploi des jeunes en mettant l’accent sur l’information sur les opportunités d’emploi, le développement de l’entreprenariat et du microcrédit ainsi que la création de cadres de concertation et de participation au niveau local.  Pour assurer des résultats satisfaisants, un schéma de coordination et de suivi de la mise en œuvre de cette politique est proposé. 

Mgr BERNARDITO CLEOPAS AUZA, Observateur permanent du Saint-Siège, a appelé à combattre le fléau de la pauvreté et des inégalités, moteur de la migration interne et de mouvements transfrontaliers.  Pour cela, a-t-il dit, il faut des investissements fiables sur le long terme, dans l’éducation, la santé, la planification urbaine et les politiques d’emplois décents, ainsi que dans la protection sociale, les infrastructures et le logement.  Il a constaté que de nombreux États ont été pris au dépourvu par le flux massif de migrants et de réfugiés et n’avaient pas les capacités pour les intégrer correctement.  Il s’est aussi inquiété du fait que l’absence de voie de régularisation, notamment pour les migrants dans les situations les plus vulnérables, pousse de nombreuses personnes à emprunter des voies dangereuses, au risque de tomber dans la traite, l’esclavage et autres formes d’exploitation.

Pour le Saint-Siège, tout État qui cherche à gérer ses frontières de manière efficace doit également être responsable du bien commun de ses voisins.  Il n’y a pas de raccourci à la coopération internationale et les solutions à court terme qui profitent de la peur pour fermer les frontières ne déboucheront que sur des crises encore plus ingérables, a-t-il prévenu.  Il a souhaité que cette Commission soit l’occasion pour les États de s’engager en faveur d’une « culture de la rencontre » souhaitée par le pape François.

M. ABDULLAH ABU SHAWESH (État de Palestine) a dit que les migrations perturbent les plans et les efforts de développement des Palestiniens.  La veille de la naissance de l’État d’Israël, en 1948, les réfugiés palestiniens représentaient le double des Israéliens.  Cinquante ans plus tard, les Palestiniens comptent pour 21% de moins que les Israéliens, ce qui représente une baisse de 140% de la population palestinienne.  Cette domination géographique israélienne repose sur la religion car les non-Juifs ne peuvent obtenir la nationalité israélienne.  L’objectif d’Israël est de changer la composition démographie de la Palestine, en particulier Jérusalem, capitale de la Palestine.  Israël impose des impôts excessifs sur le logement et confisque les terres de Palestiniens.  Les colonies israéliennes s’élargissent et 600 000 colons habitent désormais dans les territoires occupés, violant les droits des Palestiniens notamment dans la ville d’Hébron où la population vit dans la peur des 7 000 colons.  Quelque 200 000 Palestiniens y sont assiégés.  La situation démographique en Palestine implique donc une approche spéciale en termes de démographie et de développement, a conclu le représentant.

Au nom des 22 entités de l’ONU du Groupe mondial sur la migration (GMG), M. ASHRAF EL NOUR, Directeur du Bureau de New York de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a souligné que le Programme d’action du Caire offre des recommandations fortes et contraignantes sur les valeurs qui doivent guider les approches internationales et nationales des migrations internationales.  Parmi ces valeurs, on retrouve l’humanité, la dignité et les droits de l’homme de tous, indépendamment de leur statut.  Ces valeurs reconnaissent aussi le coût élevé des inégalités. 

Les villes sont le centre d’activités sociales, économiques et politiques.  Les mouvements de population des zones rurales vers les villes, entre les villes et vers les pays étrangers vont continuer de façonner les dynamiques de la population.  Pour certains, les villes servent de point de départ vers de nouvelles destinations et l’engagement des autorités municipales est crucial.  De plus en plus, les réseaux de maires s’échangent les bonnes pratiques et sensibilisent sur le rôle des gouvernements locaux.

Le Nouveau Programme pour les villes, adopté à Quito, reconnaît l’importance du rôle des villes pour faire face aux multiples formes de discriminations et inégalités, y compris celles basées sur le statut migratoire, et souligne que notre engagement en faveur des droits de l’homme des migrants, dont la non-discrimination en matière d’accès aux services de base.  Les fora annuels des maires sur la migration et le développement et la Conférence mondiale sur les villes et les migrants de Malines, en Belgique, ont confirmé le rôle grandissant des villes dans la gestion des migrants et des migrations, a rappelé M. El Nour.  En 2017 toujours, les préparatifs du pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ont permis à de nombreux États et parties prenantes de souligner que c’est au niveau local que les migrations ont lieu.

Le GMG souligne qu’étant donné que les migrants s’installent dans des communautés locales où ils contribuent à l’économie, créent des réseaux sociaux, enrichissent la culture et l’accès aux services, l’approche de la gestion des migrations doit tenir compte des niveaux régionaux, locaux et municipaux.  Les autorités locales ne doivent pas seulement être impliquées dans la mise en œuvre des programmes sur les migrations, mais participer également à l’élaboration des politiques.  Les mouvements de populations doivent être pris en compte dans la planification urbaine.  Il s’agit par exemple de tenir compte de l’impact qu’auront les migrations sur les infrastructures, l’accès aux services, la protection sociale, la santé et les services sanitaires, la sécurité alimentaire, le développement économique et la durabilité environnementale.  Cela revient aussi à tenir compte du respect des droits et besoins fondamentaux des migrants dans la planification, la construction et la gestion des villes.  Enfin, pour le GMG, il faut équiper les villes et les autorités locales d’outils et de ressources pour bien gérer l’installation de nouveaux arrivants.  Il est important de faire respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales des migrants et des populations locales, pour lutter contre la discrimination, la xénophobie et le racisme.  M. El Nour a enfin plaidé pour la collaboration entre villes par le biais de la coopération décentralisée et de la coopération Sud-Sud.

M. HU HONGTAO, Partenaires pour la population et le développement, a parlé du contexte démographique unique des zones urbaines des pays en développement, comme un champ de recherche intéressant.

M. VINICIUS CARVALHO PINHEIRO, Organisation internationale du Travail (OIT), a constaté que dans trop de pays du monde, les travailleurs migrants font face à la discrimination, travaillent souvent dans des conditions précaires, et sont fréquemment l’objet d’exploitation, une situation qui, a-t-il averti, peut aboutir à la traite ou à la servitude pour dette.  Ce qui pouvait sembler être un passeport pour la prospérité peut déboucher sur la perte du passeport lui-même et le travail forcé, a-t-il commenté.  Il a fait observer que la migration des travailleurs peut être bénéfique pour les travailleurs, leur famille et les communautés hôtes si elle est bien gérée, équitable et effective.  Ce faisant, elle peut rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande sur le marché du travail, faciliter l’acquisition et le transfert des compétences, contribuer aux systèmes de protection sociale et appuyer l’innovation entrepreneuriale.  L’approche « travail décent » de l’OIT trace la voie à suivre pour l’élaboration d’une gouvernance équitable de la migration des travailleurs.

Mme OLGA ALGAYEROVA, Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Europe (CEE), a souligné qu'à l'heure actuelle, 54% de la population mondiale vit dans des villes exposées à de nombreux risques.  Comme nous vivons dans un monde numérique interconnecté, des normes communes sont nécessaires.  La déléguée a appelé au développement de villes intelligentes et durables.  Elle a mis en exergue la Charte des Nations Unies sur le logement durable qui constitue un cadre pour des villes plus intelligentes et plus durables.  La CEE s'est engagée à développer la capacité des autorités locales de mettre en œuvre les objectifs de développement durable, en particulier dans les villes à faible revenu.  Elle a également accueilli des forums régionaux pour examiner les engagements mondiaux pour les villes et s'est engagée à faire des villes de meilleurs endroits pour vivre afin de s'assurer que personne ne soit laissé de côté.

M. PAULO MURAD SAAD, Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), a parlé des différentes initiatives et partenariats lancés par la CEPALC dans le cadre des négociations sur le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.  La Conférence sud-américaine sur les migrations et d’autres organes subsidiaires offrent l’occasion de discuter des questions importantes concernant la migration.

Droit de réponse

La représentante d’Israël a regretté la rhétorique de la délégation palestinienne qui, a-t-elle affirmé, préfère accuser plutôt que balayer devant sa porte.  Les autorités palestiniennes, a-t-elle accusé à son tour, détournent l’argent des projets de développement pour financer le terrorisme.  L’année dernière, c’est une somme de 345 millions de dollars qui a été détournée.  La « revendication » sur le droit au retour des réfugiés palestiniens n’a pas sa place dans cette Commission, a souligné la représentante qui a renvoyé cette matière aux négociations directes sur le statut final.

C’est toujours la même rengaine, a ironisé le représentant de la Palestine qui a affirmé que tous ses propos sont prouvés par la recherche universitaire.  Ce sont bien 700 « colons criminels » qui vivent à Hébron, retenant en otage toute une population.

Discussion interactive sur le thème « Les villes à la pointe de l’accueil des migrants: expériences et enseignements tirés »

Ce sujet est un des plus grands paradoxes du moment, a déclaré d’emblée M. DOUG SANDERS, journaliste au « Globe and Mail » de Toronto.  Les migrations internationales font l’objet des politiques nationales alors que leurs effets relèvent essentiellement des politiques urbaines.  Or les villes ont très peu d’influence sur les politiques nationales, a-t-il fait observer, notant le manque de recherches sur l’impact de la migration sur l’urbanisation.

La migration est un réseau de personnes au sein d’une région urbaine dans un pays donné et parmi les obstacles qui entravent l’installation des migrants, le journaliste a vu en premier lieu le logement, l’accès aux services, comme la santé et l’éducation, mais aussi l’accès aux capitaux.  En effet, les migrants ne sont pas simplement de la main-d’œuvre.  Ils ont aussi capables de créer des entreprises.

Les migrants contribuent à hauteur de 6 300 milliards de dollars, soit 9%, du PIB mondial, a indiqué Mme ALICE CHARLES, Chargée des villes et du développement humain auprès du Forum économique mondial.  Dans le monde actuel, un milliard de personnes ont migré que ce soit à l’échelon national ou international, la Chine et l’Inde recensant sans doute à elles deux la moitié des personnes en mouvement.  Les principaux pays de destination sont les États-Unis et l’Arabie saoudite, ainsi que l’Allemagne et la France, tandis que les principaux corridors de migration relient la Syrie à la Turquie, la Syrie au Liban et le Soudan du Sud à l’Ouganda.

La ville de Dubaï compterait 91% d’habitants nés à l’étranger, et Bruxelles 71%, suivi de Toronto, Oakland et Sydney.  Parmi les principaux défis de ces villes, elle a cité l’accès à des logements décents et abordables, aux soins de santé, dont la santé mentale, et à l’éducation.  Parmi les meilleures pratiques, Mme Charles a parlé de la ville de Calgary, où un programme permet aux migrants de vivre pendant un certain temps chez l’habitant pour faciliter l’intégration.  Elle a aussi attiré l’attention sur le programme de la ville de New York qui distribue des cartes d’identité municipales aux migrants, leur ouvrant l’accès à la santé.  La ville de Berlin a su mettre en place une stratégie novatrice pour réquisitionner les espaces vides.

Les villes doivent se montrer prêtes à faire face à ces mouvements inéluctables de migrants, a enchaîné M. HAZEM GALAL, Chef du secteur des villes et du gouvernement local de PwC, qui a mis en garde contre les répercussions négatives d’un sentiment de rejet.  Pour créer un « cercle vertueux », il a prôné la cohérence des politiques d’intégration, sans négliger l’accueil personnalisé, qui, a-t-il souligné, joue un rôle essentiel.  Il a par exemple conseillé de suivre les messages échangés dans les médias sociaux et rectifier les informations erronées.  Il a aussi encouragé les autorités à faire participer les migrants à la prise de décisions qui les concernent et à ne pas hésiter à faire appel au secteur privé.  M. Galal a rappelé, à cet égard, le débat sur l’impact des politiques migratoires américaines sur la compétitivité de la Sillicon Valley.  C’est aussi le secteur privé qui a le premier parlé du travail à distance pour les réfugiés vivant dans les camps.

Il nous faut un « diagnostic » précis de la situation pour assurer l’intégration des migrants, a poursuivi Mme MARCELA CERRUTTI, du Conseil national scientifique et de recherche technique de l’Argentine.  Des informations démographiques de base doivent être collectées car il faut bien comprendre les conditions sociopolitiques qui ont débouché sur certains problèmes précis, comme la ségrégation dans les villes, et identifier les causes de l’intolérance et de la xénophobie.

La panéliste s’est ensuite attardé sur l’impact de l’Accord de résidence du Marché commun du Sud (MERCOSUR) qui, a-t-elle indiqué, a permis de réduire le nombre de migrants sans papier.  En conséquence, ils paient des impôts et bénéficient de la sécurité sociale, améliorant ainsi de manière notable leur insertion dans leur ville d’accueil.

L’Afrique qui accueille de plus en plus de migrants internationaux, souvent originaire d’Asie, voit naître des problèmes dont le moindre n’est pas la propriété foncière, a fait observer la Zambie.  Comment faire que les locaux cessent de penser qu’on cherche à leur arracher leur terre?  Comment faire pour que les communautés d’accueil ne voient pas les migrants comme une menace? a ajouté le Nigéria.  La première chose à faire c’est accorder un statut de résident aux migrants, a répondu la panéliste de l’Argentine, et sensibiliser l’opinion publique pour contrer les préjugés.  Il ne faut pas non plus négliger l’importance des programmes d’apprentissage des langues locales pour faciliter l’insertion des migrants, a ajouté la panéliste du Forum économique mondial.

S’il est contreproductif d’ordonner aux migrants où s’installer, a ajouté le journaliste du Globe and Mail, il faut toutefois planifier et anticiper où ils peuvent s’installer, en gardant notamment à l’esprit les perspectives économiques qui s’offrent à eux.  La préparation est essentielle, a-t-il souligné, que ce soit en termes de logement, de système d’approvisionnement en eau ou d’assainissement.  L’exode rural finira par engendrer des migrations internationales pour compenser le déclin démographique engendré par une population de plus en plus urbaine.  La migration interne vers les villes provoque une diminution significative de la taille des familles, comme en Iran où les familles ont en moyenne moins de deux enfants contre huit dans les années 1980. Certes, mais il faut garder à l’esprit que le vieillissement de la population est inévitable, et que la migration peut uniquement contribuer à ralentir ce phénomène, a interjeté le panéliste, M. JOHN WILMOTH, de la Division de la population du Département des affaires économiques et sociales.

La République dominicaine a expliqué que pour contrôler les flux de migrants venant d’Haïti, l’on a envisagé de créer des entreprises dans la zone frontalière, ce qui permet aux travailleurs de rentrer chez eux à la fin de la journée.  Cet exemple a poussé le panéliste de PwC à insister sur l’élargissement des processus de recrutement, car les travailleurs migrants sont souvent plus « fidèles » que les nationaux.  La République dominicaine ayant mis l’accent sur l’importance de bien former les autorités locales, la panéliste du Forum économique mondial a conseillé la création de « réseaux de maires » qui pourraient ainsi partager leur expérience, à l’instar du maire d’Athènes qui, a-t-elle expliqué, a créé un réseau avec Amman et Los Angeles pour trouver des solutions à des problèmes précis.

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