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ECOSOC/6937
11 Juillet 2018
Forum politique de haut niveau, Session de 2018, 7e, 8e & 9e séances – matin & après-midi

Le Forum politique de haut niveau examine les quatre catégories de pays en situation particulière et les progrès en matière de villes résilientes

 

Le Forum politique de haut niveau pour le développement durable organisé sous les auspices du Conseil économique et social (ECOSOC) a consacré sa troisième journée de travaux à examiner les perspectives des pays les moins avancés, des petits États insulaires en développement, des pays en développement sans littoral et des pays à revenu intermédiaire.

Les participants ont aussi fait le bilan de la mise en œuvre de l’objectif 11 de développement durable -villes et établissements humains inclusifs, sûrs, résilients et durables– qui, malgré le manque global de progrès, a suscité de l’espoir au vu de certaines réalisations. 

La première table ronde a été l’occasion pour les États Membres et les organisations non gouvernementales de se pencher sur les problèmes de développement durable auxquels se heurtent les petits États insulaires en développement (PEID) et d’étudier les moyens de renforcer leur résilience grâce à une meilleure gestion des ressources en eau et de l’énergie durable. 

La Haut-Représentante pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement, Mme Fekitamoeloa Katoa ‘Utoikamanu, a rappelé que les phénomènes météorologiques extrêmes qui ont frappé les PEID l’an dernier constituent un signal d’alarme sans équivoque.  « Le stress hydrique, la croissance démographique, le coût élevé de l’importation des carburants fossiles sont des défis de taille pour ces pays. »  Ce qui fait que la résilience et la viabilité sont loin d’être la réalité pour les PEID, a averti Mme Katoa.

Le Ministre de l’environnement, des terres et du développement agricole de Kiribati, M. Alexander Teabo, a donné l’exemple des projets menés dans son pays en matière d’eau et d’assainissement en vue de préserver la santé des habitants.  Des réservoirs d’eau gérés par les communautés et destinés à recueillir l’eau de pluie ont ainsi été mis en place.  

Ce qu’il faut, pour pallier le stress hydrique, c’est une gestion intégrée des ressources en eau, ont argué plusieurs intervenants.  M. Adrianus Vlugman, de l’Organisation panaméricaine de la santé, a en outre proposé que les femmes jouent un rôle de premier plan dans cette gestion.

Les PEID ont aussi été présentés comme ayant un potentiel extraordinaire s’agissant des énergies renouvelables, pour autant qu’il soit exploité.  Mais cela exige des partenariats robustes et un renforcement des capacités, a prévenu la Haut-Représentante.

Mme Tessa Williams-Robertson, de la Banque de développement des Caraïbes, a indiqué que la stratégie pour baisser le coût de l’énergie dans les PEID passe notamment par la création d’un environnement propice aux investissements du secteur privé.  La Banque a pris des initiatives notamment pour contribuer au financement de l’exploitation de l’énergie géothermique.

Les perspectives des pays les moins avancés, des pays en développement sans littoral et des pays à revenu intermédiaire dans la réalisation des objectifs de développement durable ont été au centre des débats de la deuxième table ronde.  Ces pays, qui totalisent plus de six milliards d’habitants, font face à des difficultés spécifiques, en particulier la pauvreté, selon le Directeur du contrôle et de l’évaluation des politiques publiques de la Colombie, M. Felipe Castro Pachón.

Au nom des pays les moins avancés, le Bangladesh a appelé à la mobilisation des ressources financières et techniques en faveur des PMA.  Il a aussi demandé de l’aide pour le renforcement des ressources nationales, pour la Banque de technologies pour les pays les moins avancés, pour le renforcement des capacités de prévention, et pour continuer d’appuyer les PMA qui sont passés dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire.  Il a aussi réclamé une session consacrée exclusivement aux PMA.

La spécialiste politique principale de l’Alliance pour les villes de la Belgique, Mme Maruxa Cardama, a prôné la mise en place de cadres nationaux de politique urbaine pour créer une vision de transformation et demandé d’investir dans les infrastructures essentielles dont le financement est de l’ordre de 850 milliards de dollars jusqu’en 2050.

La troisième table ronde fut justement l’occasion d’examiner la mise en œuvre de l’objectif sur les villes et les établissements humains inclusifs, sûrs, résilients et durables, et de constater le manque global de progrès.  Les participants n’ont pas caché les difficultés rencontrées, certains d’entre eux n’hésitant pas à tirer la sonnette d’alarme quand on sait, par exemple, que 1,6 milliard de personnes dans le monde n’ont pas un logement adéquat.  L’Inde a indiqué, par exemple, que son pays doit bâtir l’équivalent de la ville de Chicago chaque année pour répondre aux besoins en logement.

L’objectif 11 ne sera pas atteint à moins que les États Membres ne développent une politique de logement basée sur les droits humains, a prévenu Mme Leilani Farha, Rapporteuse spéciale de l’ONU sur le logement durable.  De son côté, l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la sécurité routière, M. Jean Todt, a plaidé pour une meilleure sécurité routière.

« Incluez les gouvernements locaux! » a lancé le maire de la ville de Genk, M. Wim Dries, qui a recommandé de suivre le principe de subsidiarité dans l’élaboration des programmes et stratégies.  « Placées au plus près des citoyens, les autorités locales sont en effet les mieux placées pour répondre à leurs besoins. »

Il faut aussi intégrer systématiquement la perspective sexospécifique dans les plans de développement urbains, a renchéri Mme Shaila Shahid, d’International Centre for Climate Change and Development.

La Réunion du Forum politique de haut niveau pour le développement durable se poursuivra demain, jeudi 12 juillet, à 9 heures.

FORUM POLITIQUE DE HAUT NIVEAU POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE ORGANISÉ SOUS LES AUSPICES DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL

Transformer nos sociétés pour les rendre viables et résilientes: perspective des petits États insulaires en développement

Ce débat a été l’occasion de se pencher sur les obstacles au développement durable auxquels se heurtent les petits États insulaires en développement (PEID) et d’étudier les moyens de renforcer la résilience des îles et des communautés au niveau de l’eau et de l’énergie durable.  Ces pays connaissent en effet un stress hydrique important.  Ils ont des économies dépendantes du tourisme et sont très exposés aux conséquences des changements climatiques et aux catastrophes naturelles, a rappelé Mme HENRIETTA ELIZABETH THOMPSON, déléguée de la Barbade et modératrice de la discussion.

L’eau douce étant intrinsèquement liée à la vie humaine, M. ALEXANDER TEABO, Ministre de l’environnement, des terres et du développement agricole de Kiribati, a souligné le défi de taille que cette ressource représente pour les PEID, compte tenu de la vulnérabilité de ces pays aux catastrophes naturelles et de leur éloignement géographique.  « On ne nous entend pas, on ne nous écoute pas », s’est-il plaint.  Il a rappelé que son pays est composé d’une trentaine d’îles d’une altitude faiblement élevée, comptant 110 000 habitants.  Kiribati a connu une grave sécheresse, tandis que les nappes phréatiques sont polluées.  Face à ces défis, Kiribati mène de nombreux projets dans le domaine de l’eau et de l’assainissement en vue de préserver la santé des habitants, a-t-il dit.  Des réservoirs d’eau gérés par les communautés et destinés à recueillir l’eau de pluie ont ainsi été mis en place.  « L’eau est essentielle pour réaliser les objectifs de développement durable », a-t-il dit, en plaidant pour une gestion intégrée et durable des ressources en eau douce.  « Kiribati a besoin de toute l’aide possible. »

Mme TESSA WILLIAMS-ROBERTSON, de la Banque de développement des Caraïbes, a attiré l’attention sur le fait que l’énergie est très coûteuse dans les PEID.  Des financements concessionnels sont disponibles mais difficiles à obtenir pour ces pays.  Elle a indiqué que la stratégie pour baisser le coût de cette énergie passe notamment par la création d’un environnement propice aux investissements du secteur privé.  Les États des Caraïbes, qui sont souvent endettés, ne peuvent pas investir dans le secteur de l’énergie, a-t-elle constaté, en appelant dans le même temps au renforcement de leurs capacités institutionnelles.  L’experte y a vu une occasion pour la communauté internationale d’apporter une aide précieuse en fournissant un financement concessionnel adéquat, des instruments financiers novateurs en termes de réduction du risque et une aide technique.  Enfin, elle a détaillé les initiatives de la Banque, notamment ses contributions au financement de l’exploitation de l’énergie géothermique à Saint-Vincent-et-les Grenadines et la Grenade, ainsi qu’à l’installation de lampadaires équipés en ampoule LED économes en énergie.

M. ADRIANUS VLUGMAN, de l’Organisation panaméricaine de la santé, a détaillé les défis des pays de la région concernée dans le secteur de l’eau et de l’énergie, tels que des politiques énergétiques mal coordonnées, un éclatement des responsabilités entre différents ministères, une vulnérabilité aux changements climatiques, la survenue de catastrophes naturelles extrêmes et des ressources aquifères limitées.  Face au stress hydrique, beaucoup de pays se tournent vers la désalinisation, qui est pourtant une option coûteuse pour obtenir de l’eau potable.  La solution, à son avis, c’est la gestion intégrée des ressources en eau au sein de laquelle les femmes jouent un rôle de premier plan.  Une gestion qui a l’avantage d’être transversale et que l’on peut qualifier de gagnant-gagnant.  Enfin, M. Vlugman a pris comme exemple, pour illustrer son propos, l’utilisation d’eaux usées comme engrais en Jamaïque.

Mme FEKITAMOELOA KATOA ‘UTOIKAMANU, Haut-Représentante pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement, a déclaré que les phénomènes météorologiques extrêmes qui ont frappé les PEID l’an dernier constituent un signal d’alarme sans équivoque.  Elle a ensuite mentionné certaines initiatives en faveur de ces pays, dont le programme eau et assainissement de l’UNICEF doté d’un budget de 80 millions de dollars.  Malgré les quelques progrès, la résilience et la viabilité sont loin d’être la réalité pour les PEID, dont elle a souligné l’extrême vulnérabilité aux changements climatiques qui menacent la vie même.  « Le temps presse », a-t-elle lancé.  Le stress hydrique, la croissance démographique, le coût élevé de l’importation des carburants fossiles, dont les PEID sont très dépendants, sont des défis de taille pour ces pays.  Ceux-ci, par leur positionnement géographique, ont néanmoins un potentiel extraordinaire s’agissant des énergies renouvelables pour autant qu’il soit exploité, a-t-elle fait remarquer.  « Pour cela, nous avons besoin de partenariats robustes et d’un renforcement des capacités, sous peine de voir les PEID laissés pour compte. »

Mme ASSYS CLARIBEL THEN MARTE, Directrice exécutive d’Alianza ONG, a plaidé pour une association plus étroite des citoyens aux projets dans le domaine énergétique.  En République dominicaine, 47 petites centrales hydrauliques en milieu rural ont pu être construites grâce aux citoyens, a-t-elle dit.  L’expertise des femmes en particulier est précieuse pour une gestion durable des ressources en eau, a fait valoir Mme RHONDA ROBINSON, de la Communauté du Pacifique, avant d’appeler à un partage des bonnes pratiques entre PEID et demander une évaluation rigoureuse des risques associés aux catastrophes naturelles.  La question du financement sera cruciale pour atteindre l’objectif 6 sur l’eau propre et l’assainissement, a-t-elle ajouté. 

La lancinante question du financement a été au cœur de la discussion interactive qui a suivi, le délégué de Maurice n’ayant pas fait mystère des « très grandes difficultés » rencontrées par les PEID pour décrocher des financements pour des projets nationaux dans le domaine des énergies renouvelables.  Les procédures d’accès à ces financements sont très lourdes, a-t-il expliqué, en demandant à ce qu’elles soient rationalisées.  « Le revenu national par habitant ne peut pas être en outre le seul critère d’accès à ces financements », selon le délégué.  Cette question est d’autant plus importante, a-t-il poursuivi, que la mobilisation des ressources intérieures est entravée par une base fiscale limitée.

Même son de cloche du côté de Trinité-et-Tobago qui, s’exprimant au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), a demandé, compte tenu des ressources financières limitées des PEID, un allègement de la dette et le respect des engagements pris au titre de l’aide publique au développement (APD).  Belize a lu une récente déclaration de la CARICOM, dans laquelle celle-ci demande notamment à la communauté internationale des « efforts accrus » pour atténuer les conséquences des changements climatiques.  Un appel entendu par l’Union européenne qui a promis un appui plus important à ces pays, tout en soulignant l’importance d’une « stabilisation macroéconomique ».

Enfin, cette discussion a été marquée par des appels à « tourner la page du mode de production capitaliste », selon l’expression de la déléguée du grand groupe des enfants et des jeunes, tandis que la représentante du grand groupe des organisations non gouvernementales s’est élevée contre la privatisation des ressources hydriques.  « Intéressons-nous aux personnes plutôt qu’aux profits », a renchéri la déléguée de la société civile.

Transformation vers des sociétés durables et résilientes: perspectives des pays les moins avancés, des pays en développement sans littoral et des pays à revenu intermédiaire

L’animatrice de la discussion, Mme KARIN FERNANDO, Administratrice principale chargée de recherche au Centre d’analyse de la pauvreté du Sri Lanka, a rappelé que les habitants des pays les moins avancés (PMA), des pays en développement sans littoral et des pays à revenu intermédiaire représentent six milliards de personnes. 

En ce qui concerne les PMA, le Ministre d’État pour la durabilité environnementale de l’Éthiopie, M. KABA URGESSA, a présenté la situation socioéconomique qui prévaut dans ces pays en insistant sur la nécessité d’avoir des stratégies, notamment dans les domaines foncier, agricole, environnemental et industriel.  Son pays a fait des efforts pour avoir une résilience climatique qui consiste, entre autres, à la captation du carbone.  Une politique de restauration de la couverture forestière et foncière est notamment en cours.  S’agissant de la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030, le plan de croissance de l’Éthiopie a été aligné sur les objectifs de développement durable et d’autres initiatives africaines de développement comme le plan de couverture forestière touchant 100 millions d’hectares.  L’Éthiopie vise une couverture forestière de 15 millions d’hectares.  En résumé, a dit le Ministre, nous sommes en mesure de faire face au stress hydrique et en situation d’indépendance alimentaire.

La Haut-Représentante pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement, Mme FEKITAMOELOA KATOA ‘UTOIKAMANU, a lancé deux messages, le premier étant que « nous devons accélérer notre appui à ces trois catégories de pays pour qu’ils aient une capacité proactive de gestion et d’atténuation des événements relatifs aux changements climatiques et environnemental ».  Le deuxième, c’est que « nous devons accélérer leur accès aux financements, rationaliser les procédures d’accès et de décaissement, sans pour autant compromettre la transparence et la responsabilité ».  Face aux défis spécifiques des PEID, elle a demandé des actions urgentes pour faciliter leur accès à une énergie fiable et durable et à la connectivité.  « Nous devons aussi assurer que les PMA et les PEID ne traînent pas en arrière en matière d’innovation et de technologie. »  Il est également urgent, a-t-elle ajouté, de se focaliser sur l’accès universel et inclusif aux services sociaux de base pour tous, et l’accès aux financements et aux renforcements de capacités. 

S’intéressant en particulier aux pays à revenu intermédiaire, le Directeur du contrôle et de l’évaluation des politiques publiques de la Colombie, M. FELIPE CASTRO PACHÓN, a présenté les défis rencontrés par ces pays en soulignant ce qui leur est nécessaire pour réaliser le Programme 2030, avant de se vanter des bons résultats obtenus par la Colombie.  Il y a 109 pays à revenu intermédiaire, a-t-il indiqué en précisant que la pauvreté est encore très présente chez eux.  Pour pouvoir en sortir, il leur a recommandé de diversifier leurs économies et de saisir l’opportunité des partenariats internationaux pour traiter tous les problèmes, notamment dans les domaines technologique, scientifique et financier.

Pour sa part, la Colombie se trouve à la phase de consolidation de la paix conclue l’année dernière; elle devra pérenniser cette nouvelle stabilité.  Pour y parvenir, elle a besoin de nouvelles sources de financement, de nouveaux investissements dans les zones évitées jusque-là par le secteur privé.  Elle a besoin de renforcer ses institutions en vue de créer un environnement favorable aux investissements.  « Face à la diminution des ressources nationales à cause de la chute du prix du pétrole, nous devons être plus innovants, réduire les impôts dans les zones touchées par le conflit, lancer des incitations financières pour que les entreprises s’installent dans ces zones, et aussi utiliser les revenus du pétrole dont 10% sont réservés à la recherche et au développement. »  Avec la nouvelle taxe sur les sacs en plastique, l’utilisation de ceux-ci a diminué de 30% en moins d’un an.  

La spécialiste politique principale de l’Alliance pour les villes de la Belgique, Mme MARUXA CARDAMA, a rappelé que son organisation examine un certain nombre de secteurs dans plusieurs pays pour y créer une approche systémique de la résilience.  Elle a prôné la mise en place de cadres nationaux de politique urbaine pour créer une vision de transformation, en accordant une attention particulière aux villes secondaires.  Les politiques qui fonctionnent sont celles qui traitent les problèmes des gens et qui sont menées en collaboration avec eux, a-t-elle remarqué.  Des politiques qui tiennent compte de tous les citoyens et de leurs droits, y compris le droit à la terre.  Les politiques qui marchent sont celles qui fonctionnent pour tous, a répété la spécialiste.  « Nous devons savoir comment gérer les bidonvilles avec leurs habitants, il faut travailler et appuyer les agents locaux, ainsi que professionnaliser les administrations locales », a suggéré Mme Cardama.  Avant de terminer, elle a souligné la nécessité d’investir dans les infrastructures essentielles, ce qui nécessite un financement de 850 milliards de dollars jusqu’en 2050, soit 26 milliards de dollars par an.

Pour mettre en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030 dans tous ces pays d’une façon qui intègre les personnes handicapées, le Président du Forum africain des personnes handicapées, M. IDRISS MAÏGA ALZOUMA, a fait plusieurs recommandations: il faut garantir une croissance inclusive, prévoir l’accès inclusif au transport, militer pour l’autonomisation des personnes handicapées, intégrer le handicap dans les politiques locales, collecter des données inclusives et, de manière générale, respecter les engagements pris dans le cadre de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées.

Au nom des pays les moins avancés, le représentant du Bangladesh a appelé à la mobilisation des ressources financières et techniques en faveur des PMA, en demandant aussi une aide à la mobilisation des ressources nationales, une aide pour la Banque de technologies pour les pays les moins avancés, le renforcement des capacités pour se préparer aux chocs, et la poursuite de l’appui aux PMA qui sont devenus des pays à revenu intermédiaire.  Il faudrait une session consacrée exclusivement aux PMA, a-t-il plaidé.

Le délégué des Philippines a observé qu’il n’y a pas de solution universelle applicable à tous les problèmes et valable pour tous les pays.  Il a reconnu en même temps la difficulté à trouver des solutions individuelles.

Le Népal a demandé le rejet du système de castes dans les pays où cela se pratique pour que les populations affectées puissent être intégrées dans la réalisation du Programme 2030.  Le représentant du Qatar a rappelé les 10 messages de la réunion de Doha de septembre 2017 sur les villes durables, en particulier la nécessité de prendre des mesures immédiates afin de protéger les écosystèmes terrestres face à l’accroissement du nombre d’habitants.

L’Union européenne a souligné l’importance des politiques de développement à long terme qui tiennent compte de la spécificité de chaque pays des trois catégories.  La représentante du grand groupe des peuples autochtones s’est plainte que ces peuples soient laissés de côté.  « Les pays dans lesquels nous vivons ignorent nos besoins. »  Elle a appelé les gouvernements à prendre en compte les conditions spécifiques de ces peuples, à faire cesser le trafic et l’utilisation d’armes sur leurs territoires, à abolir les politiques discriminatoires, et à assurer l’inclusion des autochtones dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable.

Quant à la représentante du grand groupe des femmes, elle a jugé prioritaire d’obtenir des budgets publics tenant compte de l’égalité des sexes, des transports publics qui se soucient des besoins des femmes, ainsi que des financements pour les femmes entrepreneures.  Il faut des mesures fortes contre la violence sexiste dont sont victimes les femmes dirigeantes sociales ou entrepreneuriales, a ajouté la représentante. 

Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables

Les participants à cette table ronde ont fait le point sur les avancées dans la réalisation de l’objectif 11 et n’ont pas caché les difficultés rencontrées, certains d’entre eux n’hésitant pas à tirer la sonnette d’alarme.

D’abord, M. BENJAMIN RAEOF, du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, a fait un bref exposé statistique sur l’objectif 11 de développement durable.  Entre 2000 et 2014, la population vivant dans des bidonvilles a augmenté, tandis que 91% de la population urbaine mondiale a respiré un air impur en 2016.  Près de 4,2 millions de personnes meurent d’un air pollué, a-t-il déploré.  Enfin, il a rappelé la difficulté pour une majorité de villes de gérer les déchets solides, ainsi que les conséquences graves des catastrophes naturelles pour le logement. 

Puis, Mme LEILANI FARHA, Rapporteuse spéciale de l’ONU sur le logement durable, a pris la parole pour déplorer le manque global de progrès.  L’objectif 11 ne sera pas atteint à moins que les États Membres ne développent une politique de logement basée sur les droits humains, a-t-elle déclaré.  Au-delà des chiffres –1,6 milliard de personnes dans le monde n’ont pas un logement adéquat-, elle a évoqué la condition de nombreux habitants du monde vivant, dormant, mangeant et déféquant dans les rues.  Elle a dénoncé ces entreprises de gestion d’actifs usant de leur puissance financière pour faire du logement un instrument de profit, « avalant des quartiers entiers » et « créant des villes pour les riches et les touristes ».  Ces attaques en règle contre la dignité humaine sont vues comme des caractéristiques normales du nouvel ordre économique, a-t-elle déploré.  Elle a plaidé pour un changement fondamental afin de remédier à la crise « indigne » du logement, en demandant que le droit au logement soit consacré dans les législations nationales.  Les stratégies doivent se concentrer sur les besoins des plus démunis, faire en sorte qu’il n’y ait plus de personne sans logement, clarifier les obligations des acteurs privés et réguler les marchés immobiliers.  La réalisation du droit au logement doit être le fait des États et ne peut pas être déléguée aux acteurs privés, a-t-elle conclu.

Mme PENNY ABEYWARDENA, Commissaire au Bureau des affaires internationales de la Mairie de la ville de New York, a indiqué que sa ville est la première au monde à soumettre directement à l’ONU un examen volontaire local, mettant en lumière les synergies entre objectifs de développement durable et « OneNYC », la stratégie de développement durable de la ville.  Grâce à cette stratégie, la ville de New York a purifié l’air et l’eau, enregistré une nette augmentation des salaires, créé des emplois et triplé le nombre d’enfants ayant accès à une éducation précoce.  Enfin, elle a rappelé les efforts de la ville pour influencer les négociations actuelles en vue d’un accord global sur les migrations via la mise sur pied d’une coalition de 50 villes en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Europe et en Afrique. 

M. JEAN TODT, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la sécurité routière, a rappelé qu’1,3 million de personnes meurent chaque année sur les routes, la moitié d’entre elles dans des milieux urbains.  Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, ces pertes en vies humaines représenteraient une perte économique de près de 5% du PIB.  Loin d’être une considération théorique, la sécurité routière est cruciale pour des villes viables, a-t-il dit, en appelant à une réduction massive du nombre de victimes.  Il a plaidé pour le développement de transports en commun sûrs et pour l’intégration de l’impératif sécuritaire dans la planification de la politique de transports.  Il a mentionné certains progrès accomplis dans des villes comme New York, Minneapolis ou encore Copenhague qui ont misé sur la promotion du transport multimodal et l’installation de pistes cyclables.  Dans des villes comme Bogota et Ahmedabab, en Inde, le développement du réseau de bus a permis d’améliorer la sécurité routière.  Celle-ci est cruciale pour que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables, a-t-il conclu.

Tranchant avec la tonalité pessimiste de certains propos, Mme MAIMUNAH MOHD SHARIF, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour les établissements humains, a tenu à souligner quelques « success stories », dont le cadre de développement spatial utilisé à Johannesburg, basé sur la vision du maire de la ville dite des « couloirs de la liberté ».  Visant à réparer les injustices héritées de l’apartheid, cette approche a unifié des quartiers autrefois ségrégués et développé les transports en commun, aboutissant notamment au désenclavement de Soweto.  Le programme « les villes saoudiennes du futur » a permis de repenser, avec l’aide d’ONU-Habitat, les contours de 17 villes de ce pays, a-t-elle ajouté.  Au titre des recommandations, elle a souligné la nécessité d’agréer une définition globale des notions d’urbanité et de ville comme unités d’analyse.  « Une définition commune serait précieuse pour nos efforts. »  Enfin, elle a demandé la collecte de statistiques au niveau des villes avant qu’elles ne soient agrégées au niveau national.  

Mme MEERA ALSHAIKH, Chef de projet à Smart Dubai aux Émirats arabes unis, a dit que la stratégie de son pays vise à augmenter la part de l’énergie propre de 25 à 50%, à réduire l’empreinte carbone de 70% et à augmenter la réutilisation des eaux usées de 95% d’ici à 2036.  La quatrième révolution industrielle des technologies est au cœur de notre stratégie en la matière, a-t-elle dit.  Un autre axe est le développement de partenariats pour une utilisation commune des infrastructures.  Enfin, elle a jugé que l’échange de bonnes pratiques entre villes sera crucial pour atteindre l’objectif 11.  « Plutôt que de réinventer la roue, nous devons créer un cadre grâce auquel les villes pourront identifier les lacunes et échanger des bonnes pratiques. »

« Incluez les gouvernements locaux! » a lancé M. WIM DRIES, maire de la ville de Genk, en notant que ce n’est pas le cas aujourd’hui.  « Nous sommes dignes de confiance et nous devons avoir un siège à la table du Programme de développement durable à l’horizon 2030, pas seulement lors de son élaboration, mais lors de sa mise en œuvre et de son suivi. »  Ainsi, les examens volontaires nationaux doivent refléter fidèlement les vues des gouvernements locaux, a-t-il demandé.  S’il a reconnu le rôle des autres niveaux de gouvernance pour réaliser l’objectif 11, il a recommandé de suivre le principe de subsidiarité dans l’élaboration des programmes et stratégies.  « Placées au plus près des citoyens, les autorités locales sont en effet les mieux placées pour répondre à leurs besoins », a-t-il tranché.

De son côté, Mme SHAILA SHAHID, de International Centre for Climate Change and Development, a dénoncé la marginalisation des femmes en milieu urbain. L’urbanisation accroît les inégalités entre hommes et femmes, les femmes vivant dans des bidonvilles étant les plus touchées, a-t-elle regretté.  La protection des femmes et des filles en milieu urbain exige des changements systémiques, a-t-elle dit, en demandant notamment que la perspective sexospécifique soit intégrée systématiquement dans les plans de développement urbains.  

Dans la discussion interactive qui a suivi, les délégations ont détaillé leurs politiques du logement, à l’instar du délégué de l’Inde qui a indiqué que son pays doit bâtir l’équivalent de la ville de Chicago chaque année pour répondre aux besoins en logement.  « Nous sommes confiants que l’Inde réalisera le Programme de développement durable à l’horizon 2030 dans les temps impartis », a-t-il dit, ajoutant que si « l’Inde peut réussir, tous les pays peuvent réussir ».  De son côté, la Fédération de Russie s’est lancée dans un ambitieux programme de rénovation de logements dans le pays, 15 millions de personnes en ayant déjà bénéficié, tandis que la Thaïlande a détaillé le programme d’aide au logement pour les ménages les plus pauvres.

Au Brésil, il manque six millions de logements, a concédé le délégué de ce pays, précisant que pourtant quatre millions de logements ont été construits depuis 2009.  Des aides financières au logement et des taux d’intérêt préférentiels sont disponibles, a-t-il dit.  La déléguée du Kenya a indiqué que le droit au logement est consacré dans la Constitution du pays et que 100 000 logements au loyer modeste ont été construits ces dernières années.  En Turquie, la population vivant dans des bidonvilles est passée de 23 à 11%, selon le représentant de ce pays.  « Alger est devenue la première capitale africaine sans bidonvilles », a renchéri le représentant de l’Algérie, tandis que son homologue du Maroc a dit que 58 villes marocaines ne comptent plus de bidonvilles.  Le délégué de la Sierra Leone a, lui, exhorté à investir dans le foncier dans son pays.

La qualité de vie dans les villes a été abondamment évoquée, notamment par les délégations du Liban et du Bahreïn qui ont présenté leurs initiatives en la matière.  « La technologie nucléaire permet d’améliorer la qualité de l’air, comme cela est le cas en Indonésie », a déclaré le délégué de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).  Le délégué des Pays-Bas a aussi lié urbanité, logement et radicalisation extrémiste de certains jeunes.  Les villes sont des lieux ouverts et de rencontre et doivent le rester, a-t-il dit, en faisant allusion aux flux migratoires récents en Europe.  « Les villes sont en première ligne face aux migrations », a déclaré la délégation de la Suisse.  Enfin, l’observateur de la Palestine a indiqué que 5 000 structures urbaines ont été détruites en raison de l’occupation israélienne.

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