ECOSOC: « Le système humanitaire est au bord de la rupture », avertit Mark Lowcock en ouvrant le débat annuel du segment des affaires humanitaires

ECOSOC/6930
19 juin 2018
Session de 2018, 36e séance plénière - après-midi

ECOSOC: « Le système humanitaire est au bord de la rupture », avertit Mark Lowcock en ouvrant le débat annuel du segment des affaires humanitaires

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock, a averti, cet après-midi, que « le système humanitaire est au bord de la rupture, puisqu’en 2017 l’écart entre les besoins et les ressources disponibles s’est creusé ».  Il présentait le rapport* de 2017 du Secrétaire général sur le « Renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies » à l’ouverture de la session 2018 du segment humanitaire du Conseil économique et social (ECOSOC).

Le thème de cette session, « Restaurer l’humanité, respecter la dignité humaine et ne laisser personne de côté: travailler ensemble pour réduire les besoins humanitaires, les risques et la vulnérabilité des populations » a fait dire à de nombreux orateurs du débat général, entamé aujourd’hui, qu’il est important de respecter le droit international humanitaire, notamment l’accès sans entrave aux gens dans le besoin.

Le Vice-Président de l’ECOSOC, M. Jerry Matthews Matjila, de l’Afrique du Sud, a rappelé que ce segment humanitaire est « un forum unique de débat et de compréhension de la nature complexe des besoins humanitaires et des défis opérationnels de l’assistance humanitaire ».  En effet, le segment permet aux États Membres, aux entités des Nations Unies, aux partenaires humanitaires et de développement, au secteur privé et aux communautés affectées de discuter des questions humanitaires émergentes et urgentes.  Outre le débat général, la session de cette année, après celle de Genève en 2017, prévoit trois tables rondes, avant l’adoption de la traditionnelle résolution sur le thème à l’ordre du jour, sans compter 18 évènements parallèles.

Dans le rapport présenté par M. Lowcock, il est noté que les besoins humanitaires n’ont jamais été aussi grands du fait des crises humanitaires engendrées par les conflits et les catastrophes liées aux risques naturels.  Les organisations humanitaires sont venues en aide à 101,2 millions de personnes et ont sauvé des millions de vies, réduit les souffrances et promu la dignité humaine.  Le nombre total de déplacés de force par les conflits et la violence a atteint le niveau record de 65,6 millions à la fin de 2016, dont 40,3 millions de déplacés à l’intérieur de leur propre pays.

En outre, depuis 2008, ce sont chaque année plus de 100 millions de personnes qui sont touchées par des catastrophes liées à des risques naturels, et 25,3 millions en moyenne qui sont déplacées.  En 2017, l’année la plus chaude jamais enregistrée sans la présence d’un phénomène El Niño, toutes les régions ont subi les effets dévastateurs des catastrophes naturelles.

Face à ce sombre tableau et malgré la générosité des donateurs qui ont versé 13,97 milliards de dollars en réponse aux appels interinstitutions, les plans d’aide humanitaire et les appels n’ont été financés qu’à hauteur de 58,9%.  Or, il est primordial qu’ils soient totalement financés, a insisté le Secrétaire général adjoint, car, fin 2017, 135,7 millions de personnes avaient besoin d’une aide humanitaire, et les besoins de financement avaient atteint le montant de 23,5 milliards de dollars.  Cette situation a fait dire à la représentante de la Bulgarie, parlant au nom de l’Union européenne, qu’il faut un système humanitaire plus « proactif », capable d’anticiper les crises et les catastrophes.  

« À long terme, les donateurs traditionnels ne pourront pas assurer les besoins croissants humanitaires », a averti son homologue allemand qui a plaidé pour de nouveaux moyens innovants de financement.  Un avis partagé par l’Égypte, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, qui a appelé à un financement adéquat et prévisible.  Le G77 encourage le système onusien à améliorer ses efforts pour établir des mécanismes de financement anticipé afin de prévoir un soutien humanitaire en temps voulu et s’assurer que l’aide atteigne effectivement les gens dans le besoin.

En attendant, la Norvège a rassuré qu’elle restera l’un des principaux donateurs de l’action humanitaire, tandis que le Japon a décidé de verser plus de 600 millions de dollars à la gestion des crises humanitaires sur le plan multilatéral, ainsi que 14 millions à la Syrie et au Moyen-Orient, y compris pour la lutte contre le terrorisme.  À l’instar d’autres délégations, son représentant a prévenu que les contributions seules ne suffisent pas: elles doivent s’accompagner d’une gestion efficiente et d’une prise en compte des liens entre l’humanitaire et la paix. 

Certains intervenants, dont la Suisse, ont rappelé l’importance de la protection du personnel humanitaire, des installations médicales et des écoles pendant les conflits.  D’autres, comme la Belgique, ont plaidé pour la protection des enfants.  Le représentant d’El Salvador a même appelé l’ECOSOC à se pencher sur la situation des enfants migrants originaires d’Amérique latine, affirmant que « les séparer de leurs parents constitue une violation des droits de l’homme ».  À ce propos, une courte vidéo de M. Nelson Mandela sur l’engagement en faveur des enfants a été diffusée en début de séance, dans le contexte du centenaire de la naissance de l’ancien Président sud-africain.

La représentante de l’Union européenne n’a pas caché sa préoccupation face à la « régression » des discussions sur la santé sexuelle et reproductive dans le contexte humanitaire.  La déléguée du Canada a quant à elle souhaité que toutes les interventions humanitaires adoptent désormais une démarche sexospécifique, soulignant que les ministres des affaires étrangères du G7 ont prévu de s’engager contre la violence sexiste qui se manifeste parfois dans le cadre des interventions humanitaires.

Si plusieurs intervenants ont souligné l’importance de resserrer les liens entre activités humanitaires et de développement, le G77 a considéré pour l’essentiel qu’il ne faut pas brouiller les lignes qui séparent ces deux types d’activités et plaidé « pour que leurs mandats et priorités soient préservés, afin de garder leurs avantages comparatifs dans une approche intégrée et coordonnée ».

Le débat général se poursuivra jeudi après-midi, juste avant la clôture.  La première table ronde, consacrée à l’impact des conflits armés sur les enfants, aura lieu demain matin, à 10 heures.

*A/73/78–E/2018/54

DÉBAT CONSACRÉ AUX AFFAIRES HUMANITAIRES « RESTAURER L’HUMANITÉ, RESPECTER LA DIGNITÉ HUMAINE ET NE LAISSER PERSONNE DE CÔTÉ: AGIR DE CONCERT POUR RÉDUIRE LES BESOINS HUMANITAIRES, LES RISQUES ET LA VULNÉRABILITÉ DES POPULATIONS »

Déclarations

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud), Vice-Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a souligné que ce segment humanitaire est « un forum unique de débat et de compréhension de la nature complexe des besoins humanitaires et des défis opérationnels de l’assistance humanitaire ».  Il a noté que les récentes années ont laissé voir la complexité grandissante et la longueur des crises humanitaires, ce qui requiert que nous travaillions ensemble pour trouver des solutions.

M. Matjila a informé que la présente session va donner lieu à trois tables rondes, dont la première, demain matin, sera focalisée sur l’impact des conflits armés sur les enfants.  Les besoins humanitaires et de protection des enfants sont un impératif pour assurer leur bien-être physique et psychosocial et leur offrir un avenir sûr.  La seconde table ronde, demain après-midi, sera consacrée aux défis, risques et impacts des phénomènes météorologiques extrêmes et des changements climatiques sur les plus vulnérables.  Il a rappelé que rien qu’en 2017, 300 catastrophes naturelles ont eu lieu dans 122 pays, produisant des effets dévastateurs sur la vie des gens, aggravant l’insécurité alimentaire, causant des déplacements et sapant les gains du développement dans diverses parties du monde.  La troisième table ronde, jeudi matin, aura pour thème le rôle de l’action humanitaire dans l’optique du renforcement des capacités locales pour des résultats durables et la résilience locale. 

En outre, le Vice-Président a expliqué que la manifestation de ce matin sur le passage de la phase des secours à celle de l’aide au développement, l’un des 18 évènements parallèles de la présente session, sert de lien entre les discussions des divers segments de l’ECOSOC.  Cet évènement met également l’accent sur les voies concrètes de collaboration entre acteurs du développement et les acteurs humanitaires pour répondre de manière plus cohérente aux besoins des gens, aux risques et vulnérabilités auxquels ils sont confrontés.  

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. MARK LOWCOCK, a présenté le rapport (A/73/78-E/2018/54) du Secrétaire général sur le « Renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies ». 

En 2017, les besoins humanitaires n’ont jamais été aussi grands du fait des crises humanitaires engendrées par les conflits et les catastrophes liées aux risques naturels.  À la fin de l’année, 135,7 millions de personnes avaient besoin d’une aide humanitaire et les besoins de financement avaient atteint le montant de 23,5 milliards de dollars.  Les organisations humanitaires sont venues en aide à 101,2 millions de personnes, « un chiffre record ».

L’insécurité alimentaire a été l’une des principales causes des besoins humanitaires en 2017.  L’an dernier, quelque 124 millions de personnes contre 108 millions l’année précédente, dans 51 pays, étaient en situation d’insécurité alimentaire.  Environ 60% des populations souffrant de la faim dans le monde vivent dans des pays en conflit.

Les conflits restent l’une des principales causes des crises humanitaires, a expliqué le Secrétaire général adjoint.  Leur nombre et leur intensité se sont nettement accrus au cours des 10 dernières années.  Le nombre total de déplacés de force par les conflits et la violence a atteint le niveau record de 65,6 millions à la fin de 2016, dont 40,3 millions de déplacés à l’intérieur de leur propre pays.

« Le système humanitaire est au bord de la rupture », a averti M. Lowcock.  En 2017, l’écart entre les besoins et les ressources disponibles s’est creusé.  Même si la générosité des donateurs a augmenté, les plans d’aide humanitaire et les appels n’ont été financés qu’à hauteur de 58,9%.  Or, il est primordial qu’ils soient totalement financés.

« La communauté internationale doit redoubler d’efforts pour empêcher que ne se reproduisent les catastrophes humanitaires que nous avons connues en 2017, y mettre fin et apporter une solution à leurs causes », a poursuivi le Coordonnateur des secours d’urgence.  Les mesures qui ont été prises pour accélérer la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, de l’Accord de Paris, du Cadre de Sendai, du Programme d’Action d’Addis Abeba, des orientations de Samoa et du Nouveau Programme pour les villes, contribueront à atténuer les crises humanitaires et à réduire les souffrances à moyen et à long terme.

L’adoption, en 2018, d’un pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et d’un pacte mondial sur les réfugiés, devrait ouvrir de grandes perspectives s’agissant de renforcer l’action internationale en matière de migration et de mouvements massifs de réfugiés, et de venir en aide aux réfugiés de longue date.

Les propositions du Secrétaire général concernant le repositionnement du système des Nations Unies pour le développement, les réformes du programme de prévention, de paix et de sécurité de l’ONU, la Stratégie sur la parité des sexes applicable à l’ensemble du système des Nations Unies, la nouvelle stratégie des Nations Unies pour lutter contre l’exploitation et les atteintes sexuelles, et les réformes de la gestion de l’ONU viennent compléter et renforcer les travaux du système humanitaire et permettront d’accroître la cohérence, l’efficacité et l’efficience de l’Organisation sur le terrain, a assuré M. Lowcock. 

Selon le Secrétaire général, les États Membres, les groupes armés non étatiques et les organisations humanitaires devraient redoubler d’efforts pour promouvoir et garantir le respect plein et entier des principes d’humanité, d’impartialité, de neutralité et d’indépendance.  Les États Membres et les groupes armés non étatiques devraient autoriser et faciliter l’accès rapide et sans entrave des agents humanitaires impartiaux. 

Le Secrétaire général recommande que les États Membres et les groupes armés non étatiques respectent et protègent les agents et les biens humanitaires, notamment en s’abstenant de perpétrer des attaques contre eux et en prenant toutes les précautions possibles pour leur épargner les effets des opérations militaires.  Ils devraient prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir dans leur droit interne le respect et la protection des agents et des biens humanitaires.

Les États Membres et les groupes armés non étatiques devraient respecter le caractère civil des écoles et des autres établissements d’enseignement et s’abstenir de toute action qui risquerait de nuire à la protection de ces établissements contre des attaques directes.  L’ONU et les organisations humanitaires doivent mettre intégralement en œuvre la politique de tolérance zéro de l’Organisation face à l’exploitation et aux atteintes sexuelles et s’assurer que les victimes bénéficient d’une protection et d’une assistance adéquates et de mécanismes fiables de recours à la justice. 

Le Secrétaire général recommande également que les États veillent à ce que les mesures antiterroristes ne fassent pas obstacle à l’action humanitaire.  Les États, l’ONU et les organisations humanitaires devraient apprécier à leur juste valeur les capacités locales et éliminer les obstacles qui entravent la collaboration entre les acteurs aux niveaux international, national, local et régional, en vue de renforcer et non de remplacer les capacités des institutions et des acteurs locaux.

Enfin, les États et les organisations humanitaires devraient faire avancer la réalisation des engagements pris et des initiatives lancées lors du Sommet mondial sur l’action humanitaire et rendre compte spontanément des progrès accomplis et des meilleures pratiques au moyen de la Plateforme pour l’action, les engagements et la transformation.

Déclarations

Mme SHEYAM HAMED ABDELHAMIED ELGARF (Égypte), s’exprimant au nom du Groupe des 77 et de la Chine (G77), a rappelé que les dispositions de la résolution 46/182 de l’Assemblée générale portant sur les principes de l’action humanitaire, notamment l’impartialité, la neutralité et l’indépendance, restent de mise pour l’assistance humanitaire dans le monde et pour la promotion du droit international humanitaire.  Le Groupe s’inquiète des mesures unilatérales et coercitives qui ne respectent pas le droit international humanitaire et encore moins la Charte des Nations Unies.  C’est pourquoi le G77 invite tous les États concernés à respecter les dispositions du droit international humanitaire afin de protéger et assister les civils, y compris ceux se trouvant dans les territoires occupés.  De plus, l’action humanitaire doit respecter la souveraineté et l’intégrité territoriales des pays et ne pas interférer dans les affaires internes des États. 

La coopération internationale, technique et financière venant des États et de l’ONU est indispensable certes, mais elle ne doit pas saper les mécanismes locaux, mais plutôt les renforcer, plaide le G77.  Le Groupe rappelle ainsi que la responsabilité première revient aux États auxquels est destinée l’assistance humanitaire, et que le leadership national est crucial pour initier, organiser et coordonner une telle assistance.  Dans le contexte des besoins croissants, il est important qu’il y ait un financement adéquat et prévisible pour les activités humanitaires à travers des moyens innovants et diversifiés de la part des États, des organisations humanitaires et de développement et le secteur privé.  Tout cela viendrait, a expliqué la représentante, soutenir les efforts engagés par les pays en développement dans le but de renforcer leurs capacités et de mobiliser les ressources locales.  Le G77 encourage donc le système onusien à améliorer ses efforts pour établir des mécanismes de financement anticipés afin de prévoir un soutien humanitaire en temps voulu et s’assurer que l’aide atteigne effectivement les gens dans le besoin.  Dans le projet de résolution de la présente session, le G77 se félicite des éléments nouveaux portant sur le rôle des populations affectées et sur certains accords internationaux.

Le Groupe des 77 et la Chine soulignent la nécessité de combler l’insuffisance dans la représentativité géographique et du genre dans la composition des personnels humanitaires des Nations Unies, notamment au niveau professionnel et en ce qui concerne les hauts fonctionnaires.  Il faut donc que les statistiques sur ces personnels soient disponibles et que le Secrétariat communique sur les mesures prises pour résoudre ce problème.  Enfin, « même s’il faut resserrer les liens entre activités humanitaires et de développement, le G77 souligne qu’il ne faut pas brouiller les lignes qui séparent ces deux types d’activités et plaide pour que leurs mandats et priorités soient préservés, afin de garder leurs avantages comparatifs dans une approche intégrée et coordonnée ».

Mme LACHEZARA STOEVA, Union européenne, a prôné un système humanitaire plus « proactif », capable d’anticiper les crises et les catastrophes.  Une autre tâche importante est d’améliorer la cohérence et la coopération tout en respectant les principes humanitaires.  La personne, a poursuivi la représentante, doit être au centre l’action humanitaire.  Il faut aussi améliorer l’efficacité de cette action et mettre en œuvre les recommandations du suivi du Sommet mondial sur l’action humanitaire, dont le pacte relatif au financement de l’action humanitaire.  Avec les piliers que sont la Déclaration de New York et le futur Pacte mondial sur les réfugiés, on peut, a-t-elle estimé, faire baisser la pression sur les pays hôtes, améliorer la résilience des réfugiés, examiner plus avant les solutions impliquant des pays tiers et aider les pays d’origine à assurer aux réfugiés un retour sûr et digne.  Traiter du déplacement interne doit aussi être une de nos priorités, a ajouté la représentante. 

Mme Stoeva s’est félicitée de ce que la résolution de cette année mette davantage l’accent sur les enfants, les jeunes, les personnes âgées et les personnes handicapées.  Mais elle a prôné des améliorations aux systèmes d’alerte et d’action rapides et une meilleure prise en compte des déplacés et de l’éducation.  Il faut insister plus encore sur le respect du droit humanitaire international et sur un accès humanitaire total, rapide, constant, sûr et sans entrave.  Il faut aussi tenir compte de l’impact des mesures antiterroristes sur la fourniture d’une aide humanitaire fondée sur des principes.  La représentante n’a pas caché ses préoccupations face à la « régression » des discussions sur la santé sexuelle et reproductive.  L’opérationnalisation des mesures telles que celles prévues dans le Dispositif minimum d’urgence pour la santé reproductive en situation de crise ont un impact direct sur la prévention de la mortalité et la morbidité maternelle, a-t-elle souligné, regrettant que le consensus dégagé n’ait pu être préservé.

Au nom du Mexique, de l’Indonésie, de la République de Corée, de la Turquie et de l’Australie (MIKTA), Mme CATHERINE GILL (Australie) a déclaré que les nombreuses crises humanitaires dans le monde empêchent de parvenir à un monde pacifique et de réaliser le développement durable.  Elle a estimé qu’une action humanitaire rapide est nécessaire pour relever le défi du développement et de la paix.  Pour y parvenir, la coopération internationale est importante.  Les États doivent essayer d’obtenir des résultats communs et faire connaitre les enseignements pratiques.  Les réponses aux priorités humanitaires actuelles sont façonnées par le Programme 2030, le plan d’action du Sommet mondial sur l’action humanitaire et le pacte mondial sur les réfugiés.  Les parties prenantes à ces accords internationaux doivent tenir leur promesse, a exhorté la représentante. 

Les pays du MIKTA se sont engagés à des plaidoyers pour accélérer la mise en œuvre du Cadre de Sendai, a-t-elle indiqué.  Elle a aussi souligné l’importance du partenariat public-privé dans les mesures de préparation aux crises.  Il faut en outre s’attacher à l’égalité des sexes dans les situations de crise, et aider les femmes à faire face aux crises humanitaires, a exhorté la représentante pour qui la réalisation des objectifs de développement durable ne se fera pas sans les filles et les femmes, et sans satisfaire leurs besoins.  De plus, les interventions humanitaires doivent prendre en compte les personnes handicapées.

M. MHER MARGARYAN (Arménie) a dit que la communauté internationale doit travailler de concert pour sauver les vies.  Il faut, à cet effet, qu’elle ait un accès sans entrave aux gens dans le besoin, notamment les civils pris au piège dans les conflits.  L’Arménie a récemment organisé des discussions sur le rôle des médias sociaux et des technologies de l’information et des communications (TIC) dans le contexte des crises humanitaires.  Ce débat a permis de relever que ces outils peuvent permettre aux gens de rester en contact et de rechercher de l’aide.

Le représentant a ensuite condamné toutes les formes d’attaques contre les travailleurs des médias et autres bloggeurs.  Il a aussi plaidé pour que l’ONU s’investisse davantage dans la diplomatie préventive afin d’empêcher la survenance des crises.  La forte prévalence des discours haineux fait partie des signes précurseurs des conflits facilement identifiables, a-t-il souligné.  C’est pour empêcher que les génocides ne se reproduisent que l’Arménie est à la tête d’une campagne internationale contre l’impunité concernant les crimes de génocide et de guerre. 

Selon Mme CRISTINA CARENZA (Italie), une réponse humanitaire durable exige une action précoce et coordonnée.  Elle a défendu le caractère impartial, neutre et indépendant de l’action humanitaire.  En particulier, elle a demandé le respect de la neutralité des écoles et des hôpitaux pendant les crises humanitaires.  Elle a reconnu que l’accès humanitaire est une question délicate. 

La déléguée italienne a également souligné l’importance de traiter la question des migrations à la racine.  Pour cela, il faut travailler avec l’Afrique et accroître les capacités pour en finir avec les crises, et promouvoir la réhabilitation et le développement.  Elle a réitéré l’intention de son gouvernement de respecter les engagements pris à l’issue du Sommet mondial sur l’action humanitaire d’Istanbul: il faut être le plus local possible, il faut aussi encourager l’investissement du secteur privé, la prévention et le rôle des femmes dans la consolidation de la paix. 

M. SUPARK PRONGTHURA (Thaïlande) a plaidé en faveur d’une approche intégrée et globale des crises humanitaires.  Soulignant que l’État qui connaît une crise humanitaire devrait rester le premier responsable de la gestion de la crise sur son sol, il a expliqué que cela devait néanmoins se faire en coopération avec les Nations Unies et d’autres partenaires de développement et dans le respect du droit humanitaire international ainsi que du droit international sur les droits de l’homme.  Il faudrait, à ses yeux, accorder la priorité à la protection des civils et du personnel humanitaire, et veiller à ce que les hôpitaux et les écoles ne soient pas pris pour cible. 

Le représentant a également mis l’accent sur l’importance de renforcer la coordination des actions humanitaires entre organismes concernés, en particulier avec les équipes de pays.  D’après lui, le travail humanitaire des Nations Unies et d’autres organisations ne devait pas remplacer les capacités humanitaires nationales mais plutôt les renforcer et qu’il faut placer les personnes au cœur de toute action humanitaire.  En tant que pays situé au cœur d’une zone souvent frappée par des catastrophes naturelles, la Thaïlande attache une attention particulière à la gestion des catastrophes de manière efficace et rapide.  Elle a misé sur la résilience et la préparation des communautés locales, a expliqué M. Prongthura.  Elle a également été un partenaire humanitaire sérieux, notamment dans le cadre de l’Accord de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) sur la gestion des catastrophes et les interventions d’urgence, a-t-il assuré. 

Mme LOUISE BLAIS (Canada) a plaidé pour que le plein respect du droit international humanitaire qui est de plus en plus foulé au pied.  Elle a rappelé que les ministres des affaires étrangères des pays du G7, récemment réunis au Canada, ont pris l’engagement de faire respecter le droit international humanitaire, grâce notamment à des partenariats et des programmes de renforcement de capacités des pays en développement. 

La représentante a estimé que les solutions aux déplacements forcés doivent tenir compte des causes profondes des conflits.  Elle a invité la communauté internationale à prendre des mesures pour protéger les jeunes filles et garçons, ainsi que les handicapés qui sont parmi les populations les plus vulnérables en situation de conflit.  Elle a plaidé pour que toutes les interventions humanitaires adoptent désormais une démarche sexospécifique, soulignant que les ministres des affaires étrangères du G7 ont également prévu de s’engager contre la violence sexiste qui a parfois lieu dans le cadre des interventions humanitaires.  « Nous avons la capacité de relever ces défis si nous travaillons ensemble », a-t-elle affirmé.

M. PHILIPPE BESSON (Suisse) a mis l’accent sur la nécessité de préserver l’espace humanitaire, face notamment aux violations « innombrables » du droit international humanitaire et des droits de l’homme, à l’impossibilité d’accéder dans de nombreux cas aux populations dans le besoin, à la mise en œuvre par certains pays de mesures antiterroristes allant à l’encontre des principes humanitaires et à la multiplicité des attaques prenant pour cible le personnel médical.  « Le remède à ces défis est bien connu », a affirmé M. Besson, avant d’ajouter: « Le droit international humanitaire et les droits de l’homme doivent être respectés par toutes les parties au conflit ».

S’agissant tout particulièrement de la protection du personnel médical, le représentant a appelé à mettre pleinement en œuvre la résolution 2286 du Conseil de sécurité.  « Il est intolérable de demeurer indifférent aux attaques contre la mission médicale », a-t-il déclaré, ajoutant que de telles attaques avaient des conséquences désastreuses, non seulement en termes de vies humaines, mais également de destruction des infrastructures de santé de pays entiers.  En outre, a déclaré M. Besson, les mesures de lutte contre le terrorisme ne doivent en aucun cas criminaliser l’assistance médicale.  Par ailleurs, bien que la résolution adoptée le 31 mai 2018 par l’Assemblée générale sur la réforme du système de développement des Nations Unies ne fasse pas directement référence au secteur humanitaire, il a souligné que la réforme aurait des conséquences sur le travail des coordonnateurs humanitaires.  Il a ainsi appelé à renforcer, dans le cadre de sa mise en œuvre, les synergies entre les acteurs humanitaires et ceux de la paix, du développement et des droits de l’homme.

Pour M. CLAUS LINDROOS (Finlande), nous avons la responsabilité d’aider et d’assurer que l’aide soit apportée à ceux qui en ont besoin.  Le premier défi est de trouver les moyens d’aider, a-t-il reconnu.  Mais le défi le plus important est de prévenir les causes des crises humanitaires.  Le représentant s’est dit préoccupé par le nombre croissant de violations des droits fondamentaux dans le monde, en particulier les attaques contre les écoles, les hôpitaux et les institutions publiques.  « Il faut que cela cesse. »  Il faut aussi faire plus pour traiter des cas des personnes handicapées durant les crises humanitaires.  Plus globalement, le représentant a indiqué qu’il attendait les nouvelles directives sur les personnes handicapées des Nations Unies.  La Finlande appuie aussi les efforts en vue de combattre les violences sexistes.  Ces efforts nécessitent un mécanisme de contrôle plus efficace, a-t-il estimé.  Avant de terminer, le représentant a reconnu la nécessité d’un effort collectif important de financement pour répondre aux besoins humanitaires.

M. NAZIFULLAH SALARZAI (Afghanistan) a rappelé que son pays faisait face à des problèmes humanitaires graves.  Il a déploré les actes délibérés à l’encontre de lieux civils comme les écoles et les mosquées qui ne font qu’aggraver la crise humanitaire.  Vient s’ajouter à cela le rapatriement de personnes déplacées, soit deux millions de personnes cette année, ce qui complique encore la situation.  À la mi-avril, la Ministre de l’agriculture a déclaré une sècheresse dans le pays ce qui signifie que les conditions de vie d’environ deux millions de personnes supplémentaires sont menacées, a précisé le représentant.  Les activités humanitaires en Afghanistan ont reçu 120 millions de dollars cette année, ce dont il a remercié les Nations Unies et la communauté internationale, avant de lancer un appel pour que le plan humanitaire pour 2018 soit entièrement financé compte tenu des difficultés évoquées plus haut.  « Aujourd’hui plus que jamais il est clair que le Programme de développement durable à l’horizon 2030 ne sera pas réalisable si on ne tient pas davantage compte de la dimension environnementale », a-t-il conclu.

M. THOMAS ZAHNEISEN (Allemagne) a indiqué qu’en 2016, son pays était devenu le deuxième donateur humanitaire au niveau international.  Il a ajouté qu’il faut renforcer le système humanitaire des Nations Unies et agir à l’unisson pour protéger les agents humanitaires sur le terrain.  « À long terme, les donateurs traditionnels ne pourront pas assurer les besoins croissants humanitaires », a-t-il prévenu.  C’est la raison pour laquelle l’Allemagne encourage le fait de trouver de nouveaux moyens innovants de financement et plaide pour la réforme du système de financement.  Le représentant a ajouté qu’il était favorable à l’approche anticipative évoquée durant le sommet d’Istanbul et a salué l’accent mis sur les violations sexistes.  Il a souhaité que cette session insiste aussi sur la réduction des besoins humanitaires.  C’est une tâche difficile mais nous nous attendons à ce que le système fasse la différence sur le terrain, a-t-il dit.  « Le plus grand défi est la réduction de l’espace de travail pour les acteurs humanitaires. » 

M. CHULL-JOO PARK (République de Corée) a souhaité que l’assistance humanitaire se concentre sur des interventions vitales pour les personnes les plus vulnérables, comme les enfants, les femmes et les filles et les personnes handicapées.  Il s’est dit très préoccupé par les violences sexuelles commises contre les femmes et les filles en situation de conflit.  Jugeant que les crises humanitaires et les défis de développement et sécuritaires ne peuvent être dissociés, le délégué a plaidé pour une cohérence accrue au sein du système onusien en vue d’améliorer la réponse sur le terrain.  Il a ensuite souligné la nécessité de « ressources flexibles et prévisibles » pour financer les efforts humanitaires, avant de mentionner l’augmentation de l’aide humanitaire fournie par son pays.  Enfin, il a rappelé l’importance d’améliorer l’efficacité du système humanitaire et exprimé son soutien, à cette fin, à des transferts en liquide pour renforcer la résilience sociale après une crise.

M. YASUHISA KAWAMURA (Japon) a reconnu la complexité croissante des crises humanitaires dans le monde, à la fois en termes de financement et de populations cibles.  « Une aide en temps voulu s’impose de plus en plus pour faire face aux besoins actuels », a-t-il déclaré. C’est pourquoi le Japon a décidé de verser plus de 600 millions de dollars à la gestion des crises humanitaires sur le plan multilatéral, ainsi que 14 millions à la Syrie et au Moyen-Orient, y compris pour la lutte contre le terrorisme.  Il fournit également une aide technique bilatérale et travaille en collaboration avec des organisations non gouvernementales locales.

Pour le représentant, les contributions seules ne suffisent pas.  Elles doivent s’accompagner d’une gestion efficiente et d’une prise en compte des liens entre l’humanitaire et la paix.  « Il est temps pour la communauté internationale de se concentrer sur la communication des bonnes pratiques au lieu de se concentrer sur des normes et des concepts », a-t-il estimé.  Le Japon encourage en outre un acheminement de l’aide humanitaire grâce aux nouvelles technologies dans un souci d’efficience et de meilleur impact.  En conclusion, il a préconisé de « placer la sécurité humaine au cœur même des actions humanitaires ».

M. JEROEN COOREMAN (Belgique) a dénoncé la situation grave des enfants dans les crises humanitaires.  Le maintien du statu quo n’est plus une option, a-t-il ajouté en rappelant les engagements d’Istanbul.  Pour sa part, le Gouvernement belge a augmenté son budget humanitaire.  Mais en matière de financement, le délégué a préconisé plus de complémentarité et de synergie pour trouver des solutions aux crises prolongées.  Il a souligné l’importance de la coopération avec la société civile et le secteur privé.  Ce type de financement avec une approche sur les besoins à long terme est conçu pour mieux aider la personne affectée.  « La réforme du système des Nations Unies offre enfin une occasion d’améliorer notre action humanitaire », s’est-il félicité. 

M. BJORN HOFMANN (Pays-Bas) s’est félicité de l’adoption de la résolution 2417 (2018) du Conseil de sécurité qui vise à briser le cercle vicieux qui existe entre conflit et famine.  Affamer de manière délibérée une population est un crime qui ne doit pas rester impuni, a-t-il dit.  Il a souligné la nécessité d’éliminer la famine comme méthode de guerre et demandé l’application de la résolution précitée.  Le délégué a plaidé pour un appui psychologique accru aux personnes victimes de traumatismes en raison de conflit ou de catastrophe naturelle.  Cela n’est pas qu’une question de financement, a-t-il déclaré.  « Nous devons nous améliorer dans la manière dont nous utilisons l’expertise et les connaissances qui sont disponibles. »  Enfin, le délégué a indiqué que son pays resterait en première ligne des efforts d’innovation visant à améliorer la réponse apportée aux victimes de conflit et de catastrophe naturelle.

Mme LENI STENSETH (Norvège) a constaté que les appels humanitaires de l’ONU souffrent d’un « sous-financement chronique » et que les violations du droit humanitaire international et des droits de l’homme se multiplient.  La Norvège, qui tient absolument à renforcer l’action humanitaire, publiera une nouvelle stratégie avec un certain nombre de priorités.  Mais pour l’heure, la représentante a insisté sur six points, à commencer par le respect du droit international humanitaire par toutes les parties à un conflit armé qui doivent assurer un accès rapide, total, impartial et sans entrave aux populations dans le besoin. 

Il faut faire plus, a poursuivi la représentante, pour protéger les enfants et les jeunes gens dans les situations de conflit.  Elle a exhorté tous les États à mettre en œuvre la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.  Elle a aussi jugé qu’il faut faire plus pour répondre aux besoins des femmes.  La violence sexuelle dans les conflits étant une réalité, la représentante a estimé qu’assurer un accès sûr et fiable aux services de santé sexuelle et reproductive et aux conseils psychosociaux est crucial pour l’efficacité de l’aide humanitaire.  Le Dispositif minimum d’urgence pour la santé reproductive en situation de crise a un impact immédiat, a souligné la représentante qui a d’ailleurs estimé que la résolution de cette année doit comprendre des dispositions plus fortes sur cette question.

La Norvège, a-t-elle annoncé, restera l’un des principaux donateurs de l’action humanitaire.  Ces cinq dernières années, le pays a augmenté son budget humanitaire de plus de 50%.  Elle soutient les fonds de financement commun et continue d’appeler à plus d’efficacité et à l’innovation, dont un recours plus systématique aux approches impliquant la distribution d’argent liquide et le « pacte relatif au financement de l’action humanitaire ».  La représentante a aussi souligné l’importance de la Plateforme mondiale sur les réfugiés et le Cadre d’action globale pour les réfugiés, estimant que le vingtième anniversaire des Principes directeurs relatifs aux déplacés offre une excellente occasion de mobiliser l’appui international et de lancer un agenda de haut niveau sur la prévention et l’amélioration de la réponse aux déplacements.

M. RUBÉN E. ARMANDO (El Salvador) a rappelé que l’Amérique centrale était frappée de façon récurrente par des phénomènes météorologiques comme El Niño, La Niña et les sécheresses ou pluies torrentielles qui les accompagnent.  Cela l’a amené à inviter l’ECOSOC et la communauté internationale à reconnaître l’impact de ces « petites catastrophes », qui ne font pas la une des journaux, mais s’inscrivent dans la durée.  Les catastrophes naturelles n’étant pas la seule source de crises humanitaires, le représentant a reconnu les conséquences graves des conflits.  À ce titre, il a appuyé le processus de Genève qui vise à créer des mécanismes pour sauvegarder le respect du droit international humanitaire.  El Salvador encourage en outre les organes humanitaires onusiens et autres à faire appel à des entreprises locales comme partenaires de l’action humanitaire. 

Le représentant a également appelé l’ECOSOC à se pencher sur la situation des enfants migrants originaires d’Amérique latine sur leur principale route de migration en insistant sur le fait que « les séparer de leurs parents constitue une violation des droits de l’homme ».

M. NKM SELEKA (Afrique du Sud) a indiqué que la création du cadre politique d’aide humanitaire du Département des relations internationales et de la coopération témoigne du sérieux que l’Afrique du Sud accorde à la « diplomatie humanitaire », précisant que cette politique avait permis de mieux axer et rationaliser l’aide octroyée par son pays.  Il a aussi précisé que lors de sa présidence du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), son pays mettra l’accent sur l’engagement et la coopération humanitaires et proposera d’en faire un élément permanent.  Il a ensuite a encouragé l’Union africaine à finaliser le plan de mise en œuvre décennal de la Position africaine commune.

L’Afrique du Sud a par ailleurs accueilli, du 13 au 16 mars, la deuxième réunion d’experts des États membres de l’Union africaine chargés d’examiner le projet de Protocole sur la nationalité et l’apatridie.  Elle a en outre présidé, en février de cette année, la réunion inaugurale du Groupe de coordination sur les terres arides (DCG).  Le représentant a d’ailleurs vu dans le DCG « un microcosme de la nouvelle manière de travailler pour combler les écarts entre l’humanitaire et le développement » en rassemblant les donateurs sur une plateforme commune afin de mieux saisir les risques et coordonner la réponse.

M. FABIÁN OSWALDO GARCÍA PAZ Y MIÑO (Équateur) a rappelé que les protocoles additionnels aux Conventions de Genève et les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays restent des instruments essentiels pour protéger les populations les plus vulnérables du monde pendant les conflits armés ou d’autres situations d’urgence.  Il a jugé important d’examiner les mesures prises pour améliorer la coordination et l’efficacité des interventions humanitaires en ce qui concerne la famine et le risque de famine et d’insécurité alimentaire grave, les crises liées au climat, les déplacements forcés, le financement et le renforcement de l’action humanitaire à l’ère du Programme 2030 et de la promesse de ne pas faire de laissés pour compte.  Le représentant a réaffirmé l’engagement de l’Équateur à promouvoir des réponses d’urgence plus efficaces en milieu urbain, conformément à la Déclaration de Quito sur les villes et les établissements humains viables pour tous.

Mme ANAYANSI RODRÍGUEZ CAMEJO (Cuba) a rappelé que plusieurs agences de l’ONU avaient averti à diverses reprises de l’incapacité d’atteindre certains des objectifs de développement durable dans les délais prévus, et du fait que le Programme d’Addis-Abeba sur le financement du développement est « tout simplement ignoré » dans des domaines pourtant cruciaux pour les pays les plus défavorisés.  Elle a mentionné les progrès accomplis par Cuba en termes d’alerte précoce, de gestion des urgences et de relèvement, ce qui a permis de sauver la vie de près de deux millions de personnes touchées récemment par les ouragans.  Elle a aussi parlé des activités de coopération internationale menées par son pays, avec l’envoi de milliers de travailleurs humanitaires cubains pour aider dans des situations d’urgence après des catastrophes naturelles ou des épidémies en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Afrique et en Asie.

La représentante a ensuite souligné un des plus grands défis dans la conduite d’activités de réponse à des situations d’urgence, qui est de ne pas les utiliser come justification pour transgresser des principes inaliénables du droit international.  Tout progrès pour renforcer les capacités des Nations Unies à répondre à des urgences humanitaires doit être basé sur la reconnaissance expresse de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence dans les affaires internes d’un État, a-t-elle insisté, avant de plaider en faveur d’un transfert de technologies et de savoir vers les pays en développement.

M. NIKLAS WIBERG (Suède) a prévenu que de grandes parties de « l’agenda du changement » adopté au Sommet mondial sur l’action humanitaire sont désormais ignorées.  Les crises humanitaires exigent des solutions politiques, a souligné le représentant.  La Suède, a-t-il rappelé, est depuis des décennies un des six plus grands donateurs de l’action humanitaire.  Depuis que le pays siège au Conseil de sécurité, il a fait du renforcement de l’action humanitaire une priorité, insistant sur le nexus « développement-action humanitaire ».  L’un des principaux défauts du financement actuel, a estimé le représentant, est le manque de souplesse.  L’attachement de la Suède à cette souplesse se voit d’ailleurs dans son appui « substantiel » au Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF).  La semaine dernière, la Suède a signé un accord avec le CERF prévoyant le versement de 2,7 milliards de couronnes suédoises sur une période de quatre ans.  Cette contribution « souple, prévisible et à long terme » contribuera à assurer une aide vitale aux gens qui en ont le plus besoin. 

L’attitude des donateurs doit changer, a estimé le représentant, indiquant qu’avec d’autres, la Suède travaille à des incitations pour réduire les financements pré-affectés et mettre en place un système de financement pluriannuel.  À son tour, il a, s’agissant de la résolution négociée cette année, dénoncé « la régression dans les discussions sur la santé sexuelle et productive ».  Des mesures telles que le Dispositif minimum d’urgence pour la santé reproductive en situation de crise ont un impact immédiat sur la prévention de la mortalité et la morbidité maternelles, a-t-il argué.

Alors même que les financements humanitaires ont atteint leur plus haut niveau, a noté M. STEPHEN SCOTT (Australie), il n’a été possible de venir en aide qu’à 100 millions de personnes sur les 130 millions qui dépendent de l’aide humanitaire. Il a vu dans le Pacte mondial sur les réfugiés « une occasion unique » pour guider les actions humanitaires et réformer le système humanitaire de manière à mieux satisfaire les besoins croissants dans le monde.

Pour l’Australie toute assistance humanitaire efficace passe par des investissements au niveau local, qu’il s’agisse d’acteurs ou des capacités. Il faut également accorder un intérêt particulier aux femmes, aux personnes handicapées et à la communauté LGBT, notamment par le biais de partenariats.  Pour justifier ce point de vue, le représentant a affirmé que 23% des réfugiés syriens ont une forme d’handicap.  Selon lui, « un financement humanitaire ciblé est au cœur d’un système humanitaire mieux adapté ».  D’où son soutien à des approches pluriannuelles qui permettent plus de flexibilité. 

Mme INA H. KRISHNAMURTHI (Indonésie) a estimé qu’un processus participatif inclusif, dans lequel seraient impliqués l’ensemble des acteurs humanitaires et parties prenantes, est impératif pour répondre à toute crise humanitaire.  Elle a souhaité que le Forum examine plus avant la possibilité de créer une synergie entre l’aide octroyée par l’ONU et les efforts des entités régionales et nationales.  Évoquant les ressources « surexploitées » de l’ONU, elle a jugé nécessaire d’identifier des systèmes de financement novateurs, relevant qu’il existe de plus en plus d’acteurs humanitaires, y compris dans le secteur privé, avec qui il conviendrait d’envisager de collaborer afin, notamment, de combler les écarts de financement.  Il serait également opportun d’intensifier l’alignement stratégique et la cohérence entre l’ECOSOC et le Conseil de sécurité, a-t-elle ajouté.

La représentante a ensuite indiqué que l’Indonésie avait promulgué, en 2010, un décret présidentiel pour venir en aide aux réfugiés et aux demandeurs d’asile sur la base de leurs besoins humanitaires.  Elle a également appelé à répondre aux causes des crises humanitaires en renforçant « l’écosystème de la stabilité mondiale », à commencer par la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme et la radicalisation.

Son pays est l’un de ceux qui sont les plus touchées par les conséquences des changements climatiques, a relevé Mme NGA HOANG (Viet Nam).  Le typhon qui a balayé en 2017 le Viet Nam a fait plus de 300 morts et des millions de sans-abris.  La représentante a plaidé pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris pour faire face aux effets des changements climatiques.  Déjà 34 régions vietnamiennes ont élaboré leurs propres plans d’action de l’Accord, a indiqué la représentante qui a annoncé d’autres mesures.  Il faut, a-t-elle ajouté, des ressources pour le relèvement après les catastrophes et les populations doivent avoir les connaissances et les informations nécessaires pour y répondre.  De même, les personnes handicapées nécessitent une attention particulière et doivent participer aux décisions qui les concernent.  Le Viet Nam a lancé plusieurs initiatives aux Nations Unies sur les changements climatiques, a rappelé la représentante, en soulignant l’importance de la réduction de la vulnérabilité aux risques. 

Mme MARY E. FLORES FLAKE (Honduras) a rappelé que les changements climatiques étaient l’un des défis les plus complexes du XXe siècle.  Or, a-t-elle déploré, les pays en développement comme le Honduras subissent de plein fouet les effets des changements climatiques, en plus de devoir lutter contre la pauvreté et promouvoir le développement économique.  Historiquement, a ajouté la représentante, l’Amérique centrale est régulièrement victime de sécheresses.  Ces dernières sont de plus en plus aggravées par le phénomène climatique El Niño, qui affecte la sécurité alimentaire des populations et la production agricole.  Si nous ne prenons pas les mesures qui s’imposent, a-t-elle mis en garde, les ressources naturelles et la qualité de vie des populations continueront de s’amenuiser.

      La représentante a par conséquent souligné que l’accès au financement climatique était une priorité pour son pays.  Toutefois, a-t-elle insisté, ce dernier ne doit pas se traduire par une diminution des fonds d’aide au développement dans d’autres domaines.  En effet, en tant que pays à revenu intermédiaire, elle a expliqué que le Honduras éprouvait de plus en plus de difficultés d’accès à des financements internationaux.  Elle s’est notamment dite préoccupée par le fait que, dans de nombreux cas, l’allocation de ressources pour lutter contre les changements climatiques soit liée à l’aide publique au développement.

M. BRIAN FLYNN (Irlande) a noté qu’en dépit de la persistance des besoins et des écarts de financement, l’appel à l’action, l’an dernier par le Secrétaire général, pour prévenir la famine au Soudan du Sud, en Somalie, au Nigéria et au Yémen, avait suscité une importante mobilisation de la communauté internationale qui est venue en aide à près de 15 millions de personnes.  Cette mobilisation, s’est-il félicité, démontre la capacité qu’a le système humanitaire de réagir aux alertes précoces.  Il a aussi vu dans la stabilisation de l’irruption d’Ebola en République démocratique du Congo le signe que la communauté internationale réagit plus rapidement et de manière plus effective à de telles crises.

M. Flynn a par ailleurs constaté que les crises nées de conflits prolongés, qui se déroulent de plus en plus souvent dans des contextes urbains, exigent des réponses distinctes.  Il a jugé nécessaire de « dépasser la rhétorique du noyau humanitaire-développement pour privilégier une planification commune, le partage d’analyses et une programmation cohérente sur le terrain ».  Tout en reconnaissant que l’opérationnalisation de ce noyau doit être adaptée au contexte, il a estimé que des cadres mieux définis permettraient aux acteurs humanitaires et de développement au niveau des pays de collaborer, tout en sachant que les lignes rouges ont été identifiées pour assurer la protection de l’espace humanitaire.  Dans cet esprit, l’Irlande, a-t-il précisé, présidera le Groupe de donateurs pour l’appui au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).  Le représentant a aussi parlé de l’importance du rôle du Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF) et des fonds de financement commun au niveau des pays et s’est inquiété du fait que l’objectif de mobiliser 30% de fonds non réservés et affectés d'une manière non contraignante d’ici à 2020 ne sera pas atteint.

Mme MAKBULE BAŞAK YALÇIN (Turquie) a mis en avant la situation des 65 millions de personnes déplacées dans le monde en remarquant que l’aide humanitaire peut certes atténuer leurs souffrances mais ne saurait y apporter de solution durable.  Pour la Turquie, les deux pactes mondiaux sur les migrants doivent permettre de ne laisser personne de côté en façonnant de nouvelles approches et en développant des modèles de partage des responsabilités équitables.  En effet, comme l’a noté la représentante, « les pays limitrophes des zones de conflit payent aujourd’hui un lourd tribut et la Turquie en fait partie ».

Pour réaliser les objectifs de développement durable, il lui semble impératif de parvenir à la parité et d’autonomiser les jeunes, mais aussi de miser sur l’éducation pour lutter contre les crises.  À cet égard, la Turquie assure actuellement l’éducation des enfants réfugiés syriens, « les syriens de demain », qui se trouvent sur son territoire, a-t-elle affirmé.  Il faut également faire face aux vulnérabilités des migrants, en renforçant les capacités face aux flux de migrants et en forgeant de nouveaux partenariats, a estimé la représentante. 

M. MAX HUFANEN RAI (Papouasie-Nouvelle-Guinée) a rappelé que son pays avait subi, le 26 février dernier, une catastrophe humanitaire sans précédent, suite au tremblement de terre de magnitude 7,5 survenu dans cinq provinces de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui ne s’en est toujours pas remis.  Le représentant a estimé à 62 millions de dollars les fonds nécessaires pour rétablir les services de base et porter secours à la population du pays.  À ce jour, la Papouasie-Nouvelle-Guinée a reçu 61,5 millions de dollars de fonds au titre de l'assistance en cas de catastrophe, a-t-il salué.  Dans cette perspective, le représentant a appuyé les efforts de l’ECOSOC en matière humanitaire, comme en témoigne selon lui le projet de résolution sur le « Renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies ».

Il faut des solutions réalistes pour faire face aux défis des crises humanitaires à travers le monde, a déclaré M. TIJJANI MUHAMMAD BANDE (Nigéria).  Il a souligné l’importance d’accélérer la mise en œuvre du Programme 2030.  Au niveau national, a expliqué le délégué, les agissements de Boko Haram ont obligé le Gouvernement à faire face aux déplacements internes de populations et d’autres formes de crises humanitaires.  L’élaboration du deuxième plan d’action national humanitaire a fourni un cadre global et cinq piliers stratégiques pour gérer l’après conflit.  Chaque État fédéré s’est doté de son propre plan d’action.  Nous avons nos propres priorités humanitaires pour faire face aux nouvelles crises, a indiqué le représentant.  Pour respecter les engagements pris, un comité consultatif a été créé.  Le Gouvernement se focalise en particulier sur la prise en charge des jeunes filles victimes d’enlèvement, a fait savoir le représentant qui a aussi dévoilé le plan d’action pour le développement du nord-est qui vise notamment à aider celles-ci à s’intégrer dans la société.  De plus, un plan d’action de déradicalisation des jeunes a reçu l’aide de la société civile sous différentes formes, en partenariat avec plusieurs organisations internationales.

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