Instance permanente: sonnette d’alarme face à la situation des femmes et des filles autochtones, en proie à une véritable « épidémie de meurtres »

DH/5390
19 avril 2018
Dix-septième session, 7e & 8e séances – matin & après-midi

Instance permanente: sonnette d’alarme face à la situation des femmes et des filles autochtones, en proie à une véritable « épidémie de meurtres »

Les autochtones ont dépeint, aujourd’hui, devant leur Instance permanente, la situation très difficile des femmes, en proie à une véritable « épidémie de meurtres » selon l’Union of BC Indian Chiefs du Canada.  Le sort des jeunes, tout aussi dramatique, a aussi été mis en lumière.

Ces préoccupations ont été soulevées dans un long débat sur les activités menées dans les six domaines d’action de l’Instance permanente sur les questions autochtones, à savoir la santé, l’éducation, les droits de l’homme, le développement économique et social, l’environnement et la culture. 

L’Instance a également poursuivi son débat sur le thème de l’année: « Droits collectifs des peuples autochtones sur leurs terres, leurs territoires et leurs ressources », avant de faire le point sur ses travaux futurs.

Membre de l’Instance, Mme Tarcila Rivera Zea, a estimé que la situation des femmes et des filles autochtones est tellement préoccupante qu’elle mérite de faire l’objet d’un dialogue de haut niveau.  Elle a réclamé le renforcement des cadres juridiques et institutionnels des États, précisant que les femmes et les filles autochtones n’ont toujours pas un accès égal à l’éducation et à la santé.  Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a en effet appelé à des mesures urgentes.  Il a parlé d’un nouveau document qui dresse un tableau « très sombre » du taux de mortalité chez les femmes autochtones.

Les femmes et les filles sont en proie à une véritable « épidémie de meurtres », a alerté, à son tour, l’Union of BC Indian Chiefs, qui a imputé ce phénomène à la « violence » dans les territoires autochtones et à l’arrivée de travailleurs avec à la « mentalité hypermasculine ».  La situation aux États-Unis n’est pas meilleure qu’au Canada.  Mme Terri Henry, autre membre de l’Instance, a signalé que les femmes autochtones sont 10 fois plus victimes des homicides que la moyenne nationale.  Les cas de disparitions forcées sont fréquents, en raison de la traite de personnes, l’esclavage moderne et le trafic d’organes. 

Face à une telle situation, Mme Henry a demandé à l’Instance permanente de presser les États-Unis d’adopter une loi proclamant la date du 5 mai comme « journée de sensibilisation aux disparitions forcées parmi les femmes et les jeunes autochtones ».  Le Congrès national des premiers peuples de l’Australie s’est quant à lui alarmé du fait que les femmes autochtones, qui constituent 33% de la population carcérale en Australie, ont 32 fois plus de chance d’être incarcérées après avoir été victimes de violence.  Les jeunes autochtones, eux, représentent 50% des prisonniers australiens.  Dans le monde entier, ces jeunes, a indiqué Mme Tarcila Rivera Zea, membre de l’Instance, sont vulnérables aux gangs, à la traite des personnes et aux trafics de toute sorte, sans compter le taux élevé de prévalence du VIH/sida et la malnutrition.

La séance d’aujourd’hui a également été marquée par les trois interventions du Flying Eagle Woman Fund qui a dénoncé le projet de construction d’une mine de souffre en territoire Menominee, dans le Wisconsin, risquant de contaminer l’eau, les cultures et les plantes médicinales.  « Nous sommes le peuple du riz sauvage.  Que serons-nous sans cette herbe? » a lancé la jeune déléguée de 18 ans, la gorge nouée.  « Allons-nous les laisser nous détruire pour de l’argent dont ils n’ont même pas besoin? »  Dans une intervention interrompue par des sanglots, son homologue de la Native Youth Alliance, qui était à Standing Rock pendant quatre mois, s’est demandé: « Aurons-nous un jour l’assurance de pouvoir vivre en sécurité?  « On est en train de tuer la Terre nourricière et il est de notre devoir de la protéger. »

La Bolivie a carrément souhaité que l’Instance soit rebaptisée « instance permanente sur les droits des peuples autochtones » et a appelé à la création d’une cour internationale de justice pour les peuples autochtones.  « Il est grand temps que nous ayons notre propre système de défense », a renchéri CIDOB, qui a regretté qu’aujourd’hui, les peuples autochtones ne puissent saisir aucune instance judiciaire pour assurer la défense de leurs droits.  

L’Instance poursuivra ses travaux demain, vendredi 20 avril, à partir de 10 heures.

INSTANCE PERMANENTE SUR LES QUESTIONS AUTOCHTONES

Débat sur les activités menées dans les six domaines d’action de l’Instance permanente en relation avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Les six domaines d’action sont la santé, l’éducation, les droits de l’homme, le développement économique et social, l’environnement et la culture.  L’Instance permanente qui a mis l’accent sur les femmes, les jeunes et les enfants autochtones, a entendu un exposé de Mme TARCILA RIVERA ZEA.

Ce membre de l’Instance a engagé les États à encourager la participation des femmes, des jeunes et des enfants autochtones aux décisions liées à six domaines d’action.  Il faut, a-t-elle conseillé, renforcer le cadre juridique et institutionnel.  Elle a d’ailleurs rappelé que depuis sa création l’Instance a formulé plus de 170 recommandations sur les femmes et plus de 100 autres sur les jeunes.   

Les femmes, s’est réjouie Mme Zea, sont de plus en plus présentes dans les discussions internationales, notamment celles sur la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques.  « Nous sommes sur le point d’avoir une réelle influence. »  Pour aller de l’avant, Mme Zea a jugé nécessaire de tenir un dialogue au plus haut niveau sur la situation des femmes autochtones et de consolider les progrès enregistrés par les organismes des Nations Unies comme le Fonds pour la population (FNUAP), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), et l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui considèrent désormais les femmes autochtones comme des « partenaires dotées de droits ».

Mais, a tempéré Mme Zea, il y a un fossé entre engagements et mise en œuvre, s’agissant, en particulier du principe de consentement libre, préalable et éclairé.  Nous sommes loin du respect de nos droits fonciers, nous sommes toujours les plus vulnérables à l’impact des changements climatiques et nous avons moins de ressources pour faire face aux catastrophes naturelles. 

Mme Zea a aussi souligné que les jeunes filles autochtones n’ont toujours pas un accès égal à l’éducation et quand elles vont à l’école, le niveau de l’enseignement laisse à désirer, leur donnant une formation incomptable non seulement avec le marché de l’emploi mais aussi avec leur culture.  Les jeunes restent vulnérables aux gangs, à la traite des personnes et aux trafics de toute sorte, sans compter le taux élevé de prévalence du VIH/sida et la malnutrition.  Les jeunes font face au mépris voire la condamnation des connaissances ancestrales, s’agissant en particulier de la santé.  Le système, a avoué Mme Zea, nous maintient dans la pauvreté.  Sans le respect de leurs droits, les peuples autochtones seront en danger.

Elle a lancé un appel aux organismes des Nations Unies pour qu’ils proposent des solutions innovantes et concrètes en faveur des conditions de vie des peuples autochtones.

Un document sur le taux de mortalité chez les femmes autochtones vient justement d’être lancé par le FNUAP, a indiqué M. LUIS MORA, Fonds, qui a constaté que les femmes n’ont pas un accès égal aux soins de santé maternelle.  Le tableau, « très sombre », appelle à des mesures urgentes.  Depuis sa création, l’Instance a consacré 16% de ses recommandations à la santé des femmes et des filles autochtones, et 6% à la violence fondée sur le sexe.  Malheureusement, 10% seulement des recommandations ont vu un début de réalisation.  Quand ils présentent leurs rapports, les États se contentent d’énumérer les activités et les processus sans s’attarder sur les résultats. 

Des résultats qui tardent à venir aux États-Unis, a tranché Mme TERRI HENRY, Membre de l’Instance permanente, qui a parlé d’un pays où les femmes autochtones sont plus touchées que les autres par la violence, les disparitions forcées et les assassinats.  Les autochtones américaines sont 10 fois plus victimes des homicides que la moyenne nationale.  Les cas de disparition forcée sont dus à la traite de personnes, à l’esclavage moderne et aux trafics d’organes.  Mme Henry a réclamé aux États-Unis la proclamation de la date du 5 mai comme « journée de sensibilisation aux disparitions forcées parmi les femmes et des jeunes autochtones ».  Elle a demandé à l’Instance permanente de presser les États-Unis d’adopter une loi à cette fin.

Dialogue interactif

En Namibie, le 9 août est proclamée « Journée nationale des peuples autochtones ».  Des mesures ont été prises pour mieux l’intégrer les San à la société et à l’économie, pour développer l’enseignement dans les langues tribales, pour égaliser l’accès à la terre et pour renforcer la lutte contre la malnutrition.  Mais la priorité reste l’accès à l’éducation des peuples autochtones parce que les interventions publiques ne sont jusqu’ici révélées peu efficaces.  Aussi, le Ministère chargé des communautés marginalisées consacre 60% de son budget à l’éducation, y compris en prenant en charge les frais de scolarité et l’hébergement des étudiants.  La situation semble meilleure au Viet Nam où toutes les ethnies sont égales en droits, y compris les peuples autochtones.  Ici aussi, la priorité du Gouvernement est la conservation des langues autochtones et d’ailleurs le pays a lancé avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) un projet pilote d’enseignement bilingue autour de sept langues autochtones.  Les plus de 500 cours ont été dispensés à plus 120 000 élèves autochtones.  Des manuels scolaires sont également publiés en langues autochtones, dont 26 langues autochtones sont employées dans les émissions de radio et de télévision auxquelles accèdent plus de 80% de la population vietnamienne.  Les États-Unis ont affirmé mettre en œuvre le Protocole d’accord de 2012 sur l’enseignement des langues autochtones pour améliorer les résultats scolaires jeunes autochtones.  L’État de Norvège appuie quant à lui le Centre de technologie linguistique sami de l’Université de Tromsø qui a développé une technologie et des moyens pratiques qui facilitent la lecture et l’écriture en sami.  Il faut aller plus loin, a estimé l’Équateur, et créer un espace sud-américain des langues autochtones.   

Pour ce qui est de la santé, les Philippines luttent contre le mépris des connaissances médicales autochtones.  Au Brésil, l’accès à la santé est universel et financé par le Gouvernement, y compris pour tous les peuples autochtones qui sont d’ailleurs bien représentés dans le personnel médical.  En 2019, le Gouvernement des États-Unis proposera un budget de 5,2 milliards de dollars pour le service de santé dédié aux plus de 2,2 millions d’Amérindiens.  Les tribus elles-mêmes gèrent 60% de ce budget, dont les priorités sont la lutte contre les opiacées, l’alcool, le diabète et les maladies mentales. 

S’agissant du travail, l’Organisation internationale du Travail (OIT) agit sur le terrain en collaboration avec les gouvernements et les membres de la société civile.  En Bolivie, elle travaille avec les associations de femmes et le Gouvernement pour créer des opportunités d’emplois.  Au Bangladesh, l’OIT a formé un tandem avec une alliance des syndicats afin d’améliorer notamment les conditions de travail des femmes autochtones.  Ce sont 16 projets que le Fonds international de développement agricole (FIDA) a approuvés en faveur des peuples et communautés autochtones du monde entier.  Le Fonds y a investi la somme de 184 millions de dollars et a lancé un appel pour financer le Mécanisme d’assistance aux peuples autochtones, lequel a permis par le passé de donner un coup de main aux communautés autochtones en matière de développement rural.  Le Conseil d’administration du FIDA, où les peuples autochtones sont très bien représentés, a soutenu 127 projets.  L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a annoncé la création d’une nouvelle catégorie de membres pour les organisations des peuples autochtones.  Aux Philippines, il y a environ 3 400 représentants des peuples autochtones dans les organes de décision, du niveau municipal au niveau régional.  Le FIDA a indiqué qu’en 2018, les efforts porteront davantage sur les jeunes autochtones.

Pour ce qui est des droits de l’homme, le développement économique et social, l’environnement, les États-Unis ont créé des juridictions spéciales pour connaître des cas de violence contre les femmes autochtones.  Ceci n’a pas empêché une jeune représentante des Menominee de Wisconsin de soulever un autre problème, celui de la crise de l’eau dont est victime son peuple.  Elle a demandé l’arrêt immédiat d’un projet minier qui contamine l’eau, « si vous voulez vraiment la survie de mon peuple ».  Les Tatars de Crimée ont lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle se penche sur la situation des communautés tatares sous occupation russe.  La Finlande, qui préside le Conseil de l’Arctique pour la période 2017-2019, a pour priorité la protection de l’environnement, l’éducation, l’accès à Internet et la météorologie.  La coopération et la participation des peuples autochtones sont des éléments centraux des travaux du Conseil.  Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a dit mener une politique de promotion des activités des défenseurs de l’environnement.  Il a plaidé pour une meilleure participation des autochtones aux travaux des Nations Unies.

Au Japon, les Aïnous sont déjà représentés dans les Assemblées locales et le Gouvernement reconnaît dûment leur statut de peuple autochtone.  Cela ne suffit pas, a argué Fujika Ariarakawa d’Okinawa qui a demandé son indépendance pure et simple au Japon et la réparation des fautes du passé.  Il en a profité pour réitérer son opposition à la création d’une nouvelle base militaire américaine sur ses terres ancestrales.  Le Parlement sami de Finlande aussi a dit craindre l’expulsion de son peuple des terres sur lesquelles le Gouvernement entend faire tracer un chemin de fer.  Il a demandé à l’Instance de faire pression sur le Gouvernement de la Finlande.  Celui de l’Australie doit respecter la souveraineté du peuple yolngu et sa liberté de parler sa langue, a martelé la Yolngu Nation and Aboriginal Rights Coalition.  

Reprise du débat sur le thème « Droits collectifs des peuples autochtones sur leurs terres, leurs territoires et leurs ressources »

Au nom du Grand Chef Abel Bossum, le Grand Conseil des Crees a souligné la relation « unique » qu’entretiennent les peuples autochtones avec leurs terres.  Les enjeux sont donc très importants pour les générations à venir, a-t-il souligné, avant d’appeler le Canada à mettre ses lois en conformité avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Malgré ses engagements, le Canada continue de violer les normes de la Déclaration et de nier nos droits, a renchéri l’Union of BC Indian Chiefs.  Nos réserves ne représentent plus que 0,2% de la superficie totale du territoire canadien, toutes nos autres terres ont été spoliées, nous continuons d’être considérés comme les « pupilles de la nation » et nos intérêts ne cessent d’être sacrifiés sur l’autel des intérêts commerciaux, a dénoncé l’Union qui s’est vivement opposée au projet de construction d’un gazoduc qui « va détruire l’environnement ».

Elle a aussi averti que les communautés autochtones du Canada sont victimes d’une véritable « épidémie de meurtres » contre leurs femmes et leurs filles, imputant ce phénomène à la « violence » que subissent les territoires et à l’arrivée de travailleurs à la « mentalité hypermasculine ».

À son tour, Global Indigenous People´s Caucus a vivement dénoncé « l’assassinat des eaux », ou « aquacide », s’inquiétant notamment du nombre important de militants incarcérés ou harcelés.  Le Caucus a réclamé un rapport sur cette question et appelé à l’abandon de la doctrine de la découverte.  AIM-West a averti que la présence d’une mine d’extraction à Santa Clara, en Californie, risque de détruire un territoire « sacré ».  L’Anipa-Red Indígena Nacional s’est inquiété de l’adoption de lois nuisibles au profit des exploitations minières et de la militarisation des territoires autochtones.

Les délégations autochtones australiennes ont aussi décrit une situation préoccupante, à l’instar de la NSW Aboriginal Land Council qui a indiqué qu’un problème grave découle du fait que les différents niveaux de l’État n’en sont pas au même stade dans la mise en œuvre de la Déclaration.  Les autorités de la Nouvelle-Galles du Sud ont même refusé tout dialogue, s’est-il indigné.  « Nous sommes victimes d’un véritable phénomène néocolonialiste », a renchéri la Yolngu Nation and Aboriginal Rights Coalition qui appelé l’Instance à voter une pétition pour reconnaître le droit ancestral de la Nation Yolngu sur ses terres.  Même son de cloche du côté du Congrès national des premiers peuples de l’Australie qui a accusé les autorités d’hypocrisie, fustigeant le manque de progrès en matière de respect des droits.  Le Congrès a souligné que les autochtones représentent 27% de la population carcérale, une des pires situations au monde qui affectent particulièrement les jeunes autochtones dont le taux est de 50% dans les prisons alors que celui des femmes autochtones est de 33%.  Ces femmes ont 32 fois plus de chance d’être incarcérées après avoir été victimes de violence.

Un des rares à faire état d’une situation positive a été l’Observateur du Groenland qui a indiqué que si les Groenlandais se prononcent pour l’indépendance, des pourparlers seront directement lancés avec le Danemark pour définir la marche à suivre, en ce qui concerne par exemple le transfert des droits sur les hydrocarbures.  La gestion du sous-sol relève déjà du Gouvernement du Groenland.  « Le processus graduel de transfert d’autorité mis en place par le Danemark est un exemple à suivre », a affirmé l’observateur.

Du côté des États Membres, le Paraguay a réitéré le fait que son plan national d’utilisation des territoires reconnaît le droit des peuples autochtones à maintenir et protéger tout ce qui concerne leur patrimoine et savoir ancestral, tandis qu’El Salvador a parlé du lancement d’un vaste chantier de régularisation des titres fonciers qui accorde une attention particulière aux femmes.  Le Chili par la voix d’un de ses 10 maires autochtones, a évoqué les projets de recyclage pour protéger la nature, « un des principes des Mapuches » et le Costa Rica a dit vouloir renforcer son système de gestion publique pour l’avènement d’une société débarrassée du racisme et facilitant l’accès des autochtones à toute une gamme de services, dans le respect de leur culture.

À son tour, le Bangladesh a indiqué que le règlement du litige foncier de Chittagong Hill Tracts est en cours et nécessite la coopération de toutes les parties impliquées, tout en assurant le désir de son gouvernement de préserver la diversité ethnique du pays.  Le Népal a, pour sa part, espéré que la stabilité politique dont il jouit enfin permettra de renforcer les droits garantis par la Constitution.  La République dominicaine a d’ailleurs estimé que la participation des autochtones permettra de relever le niveau des débats de la FAO, notamment en ce qui concerne la sécurité alimentaire, et a recommandé de créer des ponts entre Rome et New York.

Débat sur les travaux futurs de l’Instance permanente, notamment sur les questions intéressant le Conseil économique et social (ECOSOC) et sur les questions nouvelles

La Présidente de l’Instance a annoncé la décision d’accorder une attention particulière à la question de l’environnement, insistant pour que la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones soit le cadre de référence de tout plan de développement.  La Présidente a souhaité « un bon voyage » au pacte mondial pour l’environnement.  Le Congrès mondial amazigh a voulu que la prochaine session soit entièrement consacrée au thème des droits de l’homme des peuples autochtones, soulignant que les actes graves commis contre les défenseurs des droits de son peuple est le problème le plus aigu et le plus urgent.  « On frappe, on blesse, on tue », en Algérie, au Maroc, dans l’Azawad, dans le nord du Mali, s’est alarmé le Congrès.  Le Canada et l’Australie ont recommandé à l’Instance de travailler à l’adoption de l’initiative pour une plus grande participation des peuples autochtones.

La Bolivie a carrément souhaité que l’Instance soit rebaptisée « instance permanente sur les droits des peuples autochtones », et comme le principe de consentement libre, préalable et éclairé n’est pas respecté, elle a appelé à la création d’une cour internationale de justice pour les peuples autochtones.  « Il est grand temps que nous ayons notre propre système de défense », a renchéri CIDOB, qui a regretté qu’en l’état actuel, les peuples autochtones ne puissent saisir aucune instance judiciaire pour assurer la défense de leurs droits.  

Avant d’en venir aux travaux futurs de l’Instance, le Fonds vert pour le climat a dit avoir déployé de nombreux efforts pour veiller à ce que les autochtones bénéficient du financement vert.  Le Fonds a déjà mobilisé 12 milliards de dollars pour financer ses projets dont 33 bénéficieront directement aux communautés autochtones.  Le Fonds s’est aussi doté d’une nouvelle politique environnementale qui reconnaît le rôle important joué par ces peuples contre les effets des changements climatiques.  Le Fonds veille au respect du principe de consentement libre, préalable et éclairé et a fait appel à des spécialistes autochtones pour veiller, comme points focaux, à la bonne mise en œuvre de cette politique.  La prise en compte de la perspective autochtone prévaut aussi à la Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).  La stratégie mondiale en matière de biodiversité pour la période 2011-2020 en est une des illustrations.  La Plate-forme IPBES a invité les délégations à consulter, à partir du 1er mai en ligne, les éléments de sa stratégie pour les communautés locales et les peuples autochtones et à faire des commentaires et des contributions.

Les initiatives de ces deux entités ont été saluées par la Nouvelle-Zélande.  La Présidente de l’Instance a souligné que le fait que certaines des zones de la planète les plus riches en biodiversité soient habitées par des autochtones, fait d’eux « les gardiens de la diversité biologique ».  Ils sont aussi les premiers touchés par les conséquences directes des changements climatiques, compte tenu de leurs liens étroits avec la nature et leurs ressources.  Les peuples autochtones doivent donc pouvoir participer directement à la lutte contre le réchauffement de la planète.  L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a de son côté voulu que l’on appréhende mieux l’influence des changements climatiques sur la migration des communautés autochtones.

Migration?  La représentante de Native Youth Alliance, qui était à Standing Rock pendant quatre mois, a parlé des oléoducs et autres industries extractives qui empiètent et détruisent les terres sacrées des autochtones.  Dans une intervention interrompue à plusieurs reprises par ses sanglots, elle a exhorté les communautés autochtones à continuer de se battre pour assurer la protection et le respect de leurs terres.  « Réfléchissez à l’impact environnemental sur nos terres, réclamez des normes.  Aurons-nous un jour l’assurance que nous pourrons vivre en sécurité? a-t-elle lancé.  « On est en train de tuer la Terre nourricière et il est de notre devoir de la protéger. »  L’année dernière, a rappelé, à son tour, Sengwer Indigenous Peoples, du Kenya, nous avons demandé l’aide de l’Instance pour stopper un projet de construction dans les forêts où vivent les Sengwer.  La représentante, dont le compagnon a été blessé pendant les manifestations, a souligné que ce n’est qu’après le meurtre, le 16 janvier 2018, d’un membre de sa communauté par des gardes forestiers, que l’Union européenne a cessé de financer ce projet lequel a depuis été repris par la Finlande.  Elle a donc appelé ce pays à cesser de financer le Service des forêts kényan jusqu’à ce qu’il respecte le droit des Sengwer à leurs terres, s’inquiétant par ailleurs des répercussions d’une prise en main de certains projets par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  Il faut aussi mettre un terme aux projets de conservation coloniaux, comme le projet de la tour d’eau.

La Commission autochtone des femmes de Colombie a lancé le même appel à la fin des projets qui mettent en péril la survie de la planète.  Le Forest Peoples Programme a abondé dans ce sens, tandis que RAIPON a appelé à la création d’un front commun contre les changements climatiques, en recours au savoir autochtone et à la science.  Intervenant pour la troisième fois depuis le début de la journée, le Flying Eagle Woman Fund a une nouvelle fois appelé à l’unité contre les projets qui violent les terres autochtones.  Parbatya Chattagram Jana Samhati Samiti s’est inquiété de ce que le Gouvernement du Bangladesh n’ait encore affecté ni fonds ni personnel à la Commission chargée de régler le différend foncier de Chittagong Hill Tract.  À ce jour, aucune personne spoliée n’a pu récupérer ses terres, a précisé la Chittagong Hill Tracts Jumma Refugee´s Welfare Association.

La United Confederation of Taino People, qui a attiré l’attention sur le « statut colonial oppressif » imposé à Boricua (Porto Rico), a décrit une ville servant de décharge pour les multinationales.  La ville a été balayée par l’ouragan Irma, avec les problèmes de santé publique que l’on sait.  L’organisation a appelé à la fin des discriminations dans la manière dont l’ONU finance les programmes en faveur des autochtones.  Ceux qui vivent dans des pays développés ont les conditions de vie souvent plus proches des pays en développement que des pays du Nord, s’est expliquée l’organisation.  Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a justement parlé des initiatives pour élargir l’accès des communautés autochtones aux financements.  C’est la politique de l’emploi qu’il faut mieux diriger en faveur des autochtones, a estimé le Guatemala.

Pour finir en beauté, le Grand Chef Wilton Littlechild, au nom de l’International Indian Treaty Council, a rappelé la tenue, du 1er au 9 juillet, des jeux traditionnels autochtones, lesquels ont rassemblé 1 600 athlètes du monde entier.  Cet évènement a été une occasion « unique » pour présenter des jeux vieux de plusieurs siècles et de célébrer nos cultures, s’est-il félicité.

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