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10 décembre 2018
Conférence intergouvernementale sur les migrations, Dialogue 1, matin & après-midi

Promesses d’actions en faveur du « Pacte de Marrakech » lors du premier Dialogue de la Conférence intergouvernementale

MARRAKECH (Maroc), 10 décembre -- Les États Membres et d’autres parties prenantes ont annoncé aujourd’hui, au cours du premier Dialogue de la Conférence intergouvernementale d’adoption du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, de nombreuses promesses d’actions visant à assurer le succès de la mise œuvre du Pacte.

Les deux dialogues, qui se tiennent en parallèle des séances plénières de la Conférence, ont pour objectifs, respectivement, de trouver les moyens d’appuyer la mise en œuvre du Pacte, et de renforcer les partenariats à tous les niveaux.  Tout au long de la journée, les participants au premier Dialogue ont ainsi présenté les mesures qu’ils entendent prendre, ou qu’ils ont déjà prises, afin de mettre en œuvre les 23 objectifs du Pacte.

Le Pacte mondial a permis de se doter d’une véritable feuille de route pour les migrations, a reconnu le représentant de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) mais, a-t-il averti, « à partir de demain il va falloir l’appliquer ». 

Dans cette dynamique, l’oratrice principale, Mme Madeleine Albright, de Albright Stonebridge Group, a annoncé qu’elle présidera demain, ici même à Marrakech, une réunion du réseau des anciens ministres des affaires étrangères afin d’œuvrer en faveur du Pacte et de ses objectifs.  Même si les nationalistes essayent d’« empoisonner le discours sur les migrations en insufflant la haine », Mme Albright s’est dite encouragée par le fait que le Pacte reconnaît la plus-value apportée par les migrants à leurs pays de destination.

Les conclusions d’une étude du cabinet de conseil McKinsey ont en effet mis en évidence que l’intégration des migrants dans leur pays d’accueil pourrait faire croître le PIB mondial de 2%, soit de 1 100 à 1 700 millions de dollars de plus, ce qui équivaut au PIB des pays comme l’Espagne ou le Canada.  Pour y parvenir, il faut donc que chaque État développe des feuilles de route de mise en œuvre du Pacte, suggère McKinsey.

Étant donné cette contribution importante des migrants à la société, les politiques visant leur intégration est cruciale, raison pour laquelle l’OCDE a promis d’œuvrer en ce sens, notamment dans le domaine de l’emploi, pour que les migrants soient mieux préparés à répondre aux exigences de ce secteur.  Dans la même veine, l’Organisation suggère aussi que les pays en développement améliorent leur système d’éducation.

Un autre domaine d’action important pour mettre en œuvre le Pacte a trait aux données, une question qui figure en bonne place dans le document et que les participants au Dialogue ont soulignée à plusieurs reprises.  L’OCDE a ainsi lancé un réseau mondial sur les statistiques en rapport avec les migrations, tandis que le Maroc a annoncé la création de l’Observatoire africain des migrations, sous l’égide de l’Union africaine.  Les commissions économiques régionales des Nations Unies entendent également apporter leur contribution en fournissant des données et en « levant l’omerta statistique » afin d’éclairer les décisions politiques. 

Toujours au niveau régional, la Ligue des États arabes a dit vouloir organiser une réunion début 2019 pour coordonner la mise en œuvre du Pacte.  De son côté, l’Union européenne (UE) a rappelé avoir approuvé plus de 170 programmes de développement en vue d’améliorer les environnements en Afrique et pour développer des talents sur le plan local de manière à retenir les jeunes sur place.  L’Union compte sur le Pacte pour concrétiser la protection des droits humains des migrants et sauver la vie de nombre d’entre eux en Méditerranée, comme ce fut le cas pour 690 personnes secourues en mer cette année.   

Sur le plan local, la Maire de Montréal a invité à ne pas oublier que les villes sont généralement les points de départ et d’arrivée des migrations.  Elle a évoqué la Déclaration des maires sur les migrants et les réfugiés, avant de souligner que « sans les villes, la mise en œuvre du Pacte ne saurait connaître le succès ».  

Pour ce qui est des questions à prendre en compte dans toute la problématique des migrations, afin de mettre pleinement en œuvre le Pacte, ONU-Femmes a insisté sur la perspective femmes-hommes pendant que Mme Mary Robinson, qui s’exprimait en tant que Présidente de la Fondation Mary Robinson, a tiré la sonnette d’alarme sur les changements climatiques en tant que cause de migrations.  D’autres ont plaidé pour le respect des droits individuels des migrants.

Le Dialogue s’est terminé pour laisser la place à un évènement de commémoration du soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  C’est aujourd’hui une journée historique pour les migrants et pour les droits de l’homme, a conclu la Rapporteuse spéciale sur les droits de l’homme des migrants, Mme Tendayi Achiume, en invitant, à l’avenir, à parler de « gouvernance des migrants » au lieu de « gestion des migrants ».

Demain, mardi 11 décembre, le Dialogue 2 aura lieu dès 10 heures, sur la question des « partenariats et initiatives innovantes pour aller de l’avant ».

CONFÉRENCE INTERGOUVERNEMENTALE CHARGÉE D’ADOPTER LE PACTE MONDIAL POUR DES MIGRATIONS SÛRES, ORDONNÉES ET RÉGULIÈRES

Dialogue 1: « Favoriser l’adoption de mesures visant à donner suite aux engagements pris dans le cadre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières »

Déclarations liminaires

Pour M. NEGASH KEBRET BOTORA (Éthiopie), Coprésident du Dialogue, l’adoption aujourd’hui du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières représente un jalon important pour le renforcement de la gouvernance de la migration tant au niveau national qu’aux niveaux régional et mondial.  « Cette conférence entrera dans les annales de l’histoire », a-t-il annoncé estimant qu’il s’agit de la pierre angulaire de la gouvernance de la migration et qu’elle marque le succès du multilatéralisme sur l’unilatéralisme dans ce domaine.  C’est, selon lui, la preuve de l’engagement sincère de la communauté internationale à respecter le principe de la responsabilité partagée en matière de gestion de la migration. 

En effet, les 18 mois de négociations intenses sur le Pacte incarnent le souhait collectif d’une coopération internationale renforcée mais qui reste ancrée dans les principes cardinaux de la souveraineté de l’État, la coopération volontaire, les droits de l’homme, la dignité des migrants, la parité et la concrétisation d’une prospérité en ligne avec les objectifs du Programmes de développement durable à l’horizon 2030.  Pour M. Botora, l’un des plus grands acquis de l’adoption de ce Pacte est d’avoir su placer la question de la migration au cœur des objectifs du Programme 2030, et en particulier son objectif 10.7.

M. AHMET DOGAN, s’exprimant au nom du Coprésident du Dialogue, M. MEHMET SAMSAR (Turquie), a indiqué que la Turquie entend être un fervent artisan de la mise en œuvre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières qui vient d’être adopté.  Il faut donc désormais voir comment façonner les politiques nationales, tout en honorant les décisions adoptées à l’échelle multilatérale, a-t-il lancé.

Oratrice principale du Dialogue, Mme MADELEINE ALBRIGHT, Présidente de Albright Stonebridge Group, un cabinet mondial de conseil en stratégie et de diplomatie commerciale, a dit qu’elle était attristée que son pays, les États-Unis, ne soit pas présent à cette conférence.  Elle a parlé de son histoire personnelle en évoquant ses pérégrinations entre la Tchécoslovaquie et le Royaume-Uni au cours de la Seconde Guerre mondiale, avant son arrivée aux États-Unis.  Partant de cette expérience, elle a expliqué que les gens traversent les frontières parce qu’ils sont à la recherche d’une vie meilleure.  Elle a déploré le fait que des nationalistes essayent d’« empoisonner le discours sur les migrations en insufflant la haine ».  Elle a souligné que les migrations sont, de par leur nature, un phénomène international qui ne peut être géré que par une collaboration internationale.

Selon Mme Albright, l’adoption du Pacte mondial représente « une réussite éclatante de la communauté internationale », surtout quand on tient compte du contexte international.  Mais, a-t-elle averti, la réussite du Pacte dépendra de sa mise en œuvre.  Elle a demandé que l’on n’érige plus de murs dans le monde et que l’on ne laisse plus personne enfermé dans des camps.  Il vaut mieux aider les gens à mieux gagner leur vie dans leur pays d’origine, d’autant plus que c’est à son avis le développement humain qui permettra de régler définitivement la question des migrations.  Elle a aussi invité à l’empathie en faisant observer que si chacun de nous se mettait à la place des migrants, alors on comprendrait mieux leur désir de traverser illégalement des frontières.  C’est pourquoi elle a appelé à poursuivre en justice les trafiquants qui s’enrichissent sur le dos de migrants désespérés et à « mettre au ban de la société les politiciens qui promeuvent leur carrière en bafouant les droits des migrants ».  Elle a rappelé que les États-Unis sont un pays composé de presque tous les groupes ethniques existant sur terre.  

Mme Albright a ensuite annoncé qu’elle présidera demain, ici même à Marrakech, une réunion du réseau des anciens ministres des affaires étrangères afin d’œuvrer en faveur du Pacte et de ses objectifs.  Elle a enfin déploré le fait que les réseaux sociaux soient utilisés pour propager l’idée d’une guerre contre les migrants, au moment même où les institutions créées après la Seconde Guerre mondiale ne fonctionnent plus comme il se devrait, alors qu’elles restent tout aussi importantes.

M. STEFANO SCARPETTA, parlant au nom de M. ANGEL GURRIA, Secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a rappelé que les migrations font partie de l’histoire de l’humanité.  Pour l’OCDE, les migrations, quand elles sont bien gérées, peuvent être bénéfiques pour les pays d’origine, de transit et de destination, tout comme pour les migrants.  Près de cinq millions de personnes s’installent dans les pays de l’OCDE chaque année, a-t-il noté en rappelant que les migrants contribuent davantage aux impôts des pays d’accueil qu’ils ne reçoivent de subsides de ceux-ci.  Mais, pour que les bénéfices des migrations se matérialisent, il faut favoriser l’intégration des migrants, notamment dans le monde du travail.  Cela ne signifie pas que les politiques d’intégration en vigueur dans les pays ont échoué, mais il s’agit de renforcer les efforts en ce sens, a-t-il plaidé.  Les dernières études de l’OCDE, basées sur 40 indicateurs, ont démontré que l’intégration des migrants s’améliore au fil des générations, même si dans l’ensemble de l’OCDE, un migrant sur deux ayant fait des études supérieures est soit inactif, soit sous-employé.

Pour améliorer la situation, l’OCDE entend œuvrer à l’amélioration des politiques d’intégration des migrants dans la société, et notamment dans le domaine de l’emploi, a assuré M. Scarpetta.  L’OCDE suggère aussi que les pays en développement améliorent leur offre d’éducation afin de pouvoir mieux tirer parti de l’émigration.  Il est tout aussi crucial d’améliorer les données sur les migrations, et c’est donc à dessein que l’OCDE a lancé un forum sur les données statistiques relatives aux migrations.  Le premier forum, tenu à Paris en janvier dernier, a permis d’établir un réseau mondial sur les statistiques en rapport avec les migrations.  En outre, sachant que la plupart des déplacements ont lieu au sein des régions, l’OCDE entend améliorer sa collaboration avec les organisations régionales.   

Mme TENDAYI ACHIUME, Rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée, a constaté que la révolution numérique permet certes à l’information de circuler, mais en même temps exacerbe les fractures qui existaient déjà.  Dans le contexte plus général de l’interconnectivité, le développement de cadres juridiques mondiaux est nécessaire et, à son avis, le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières répond à cela.  Il reconnaît, d’une part, qu’aucun État seul ne peut faire face au phénomène de la migration sans une gouvernance mondiale et, d’autre part, que la mise en œuvre du Pacte nécessite une approche fondée sur les droits fondamentaux de la personne, a expliqué la Rapporteuse.

Mme Achiume a regretté qu’une minorité d’États ait tenté de délégitimer le Pacte au prétexte que cette approche centrée sur les droits fondamentaux de la personne sape la souveraineté des États.  « C’est faux », a-t-elle tranché en rappelant que les États Membres des Nations Unies avaient développé un régime des droits de la personne bien avant de se pencher sur le Pacte qui, d’ailleurs, ne crée aucune nouvelle obligation pour les États et se base sur des régimes existants qu’il se contente de réaffirmer.  « Rejeter le Pacte à cause de raisons relatives aux droits fondamentaux des personnes revient à balayer du revers de la main les principes de ces droits qui ont été acquis par le passé », s’est-elle indignée.  Selon la Rapporteuse, le cadre de ces droits fournit une feuille de route qui permet de respecter la dignité de tous les êtres humains; c’est une feuille de route pertinente dans le contexte des migrations.

Concrètement, cela signifie une institutionnalisation des droits de la personne dans le cadre de la mise en œuvre du Pacte.  La rapporteuse a ainsi invité les membres du Comité exécutif du Pacte, qui est composé de plusieurs agences (HCR, HCDH, OIT, ONUDC, DESA et PNUD), à se baser sur les orientations et publications qui existent déjà, notamment au sein des Nations Unies, et à veiller à ce que le réseau des Nations Unies consacré aux migrations prenne en compte les voix des autorités nationales, de la société civile et des migrants, qui peuvent tous apporter leur pierre à l’édifice dans le domaine de la migration.

La rapporteuse a également appelé à adopter une « approche substantielle » pour la non-discrimination, ce qui signifie pour elle qu’il faut prendre en compte les formes institutionnalisées de tous les abus des droits des migrants.  Les États doivent tenir compte du fait que le Pacte accorde un intérêt particulier à la question de la parité homme-femme et des autres sources possibles de discrimination comme l’orientation sexuelle ou autre.  Dans la même veine, Mme Achiume a affirmé que l’égalité entre les races et la gouvernance de la migration sont intrinsèquement liées.  Elle a constaté que les migrants ne sont pas seuls à subir des traitements discriminatoires, assimilant leur traitement à celui de minorités religieuses ou ethniques dans certains cas.  La Rapporteuse spéciale a conclu en disant « qu’en cette ère de la résurrection des nationalismes », les gouvernements ne doivent pas céder à la tentation de prendre pour cible les migrants.  « De nos jours, il faut faire preuve de volontarisme et de leadership et c’est aux États d’en faire montre. »

M. DAVID FINE, Responsable mondial des activités du secteur public et social de McKinsey, a expliqué pourquoi des actions visant à améliorer les migrations sont importantes.  D’abord, parce que les migrations sont devenues un phénomène qui définit notre temps: il faut donc à la fois gérer les tensions et libérer le potentiel important des migrations dans les domaines économique, social et humanitaire.  Selon lui, s’ils sont bien gérés, les mouvements de personnes à travers les frontières du monde pourraient améliorer la productivité, contribuer au développement durable et améliorer le bien-être en ouvrant des voies pour des possibilités d’études ou d’emploi, par exemple.  M. Fine a rappelé que les migrants représentent 3,4% de la population mondiale et contribuent pour 9,4% du produit intérieur brut (PIB) mondial, ce qui représente environ 3 000 millions de dollars de plus que ce qu’ils auraient produits s’ils étaient restés dans leur pays d’origine.  Ils contribuent ainsi au PIB des pays de destination, mais également à celui de leur pays d’origine.

McKinsey a mené des études avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui laissent voir que l’intégration des migrants dans leur pays d’accueil pourrait faire croître le PIB mondial de 2%, soit de 1 100 à 1 700 millions de dollars de plus, ce qui équivaut au PIB des pays comme l’Espagne ou le Canada.  De même, une bonne gestion des migrations pourrait permettre de débloquer entre 70 et 95 milliards de dollars, notamment par le biais des transferts de fonds des migrants vers leur pays d’origine, un montant qui représente plus de la moitié de l’aide publique au développement (APD) pour 2017.  M. Fine a également rappelé que la diversité est source de profit pour les affaires.  Ainsi, une étude a laissé voir que sur 1 000 entreprises des 12 pays examinées, celles du quart supérieur, en matière de respect de la diversité ethnique et culturelle dans leur équipe dirigeante, sont environ 33% plus performantes que celles du quart inférieur.  Cela démontre que « les gens de différentes origines apportent des perspectives fraîches et de nouvelles manières de penser ».

Pour M. Fine, le Pacte peut être mis en œuvre en tenant compte du contexte propre à chaque pays.  Il faut donc que chaque pays développe des feuilles de route de mise en œuvre en mettant sur pied, au niveau national, un groupe de coordination interministériel avec comme tâche de tabler sur le Pacte.  Et les efforts engagés doivent être documentés afin de mettre les données à disposition de la communauté internationale et de suivre les progrès de mise en œuvre du Pacte.

Dialogue interactif

Après l’adoption du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ce matin, les États Membres, réunis dans le cadre du premier Dialogue, ont annoncé des propositions concrètes pour mettre en œuvre le Pacte aux niveaux mondial, régional, national, dans la lignée des objectifs de développement durable et d’autres cadres politiques multinationaux et nationaux.

La Vice-Ministre des affaires étrangères des Philippines a, par exemple, relevé que son pays avait soutenu l’approche à « 360 degrés » prônée par le Pacte.  L’État a même commencé à mettre en œuvre la plupart des actions mentionnées dans cet accord.  Elle a cité un certain nombre d’initiatives lancées par son gouvernement, notamment des accords bilatéraux avec des pays accueillant les ressortissants philippins afin de garantir le respect des droits de ces derniers. 

Au Nigéria, un centre national sur les migrations vient d’être établi, a témoigné son représentant, en soulignant que l’une de ses fonctions est de créer une base de données sur les déplacements de personnes voyageant dans et hors du pays.  Étant donné que le Pacte mondial souligne l’importance d’une approche régionale, les commissions économiques régionales des Nations Unies entendent apporter leur contribution en fournissant des données et en « levant l’omerta statistique » afin d’éclairer les décisions politiques, a promis la Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), s’exprimant au nom des cinq commissions économiques des Nations Unies.  L’Éthiopie a, elle aussi, insisté sur la nécessité d’avoir de bonnes données sur le phénomène, soulignant également la nécessité de vulgariser et renforcer les meilleures pratiques dans la mise en œuvre du Pacte mondial.

L’une de ces pratiques est une bonne réglementation du travail des migrants, a noté le représentant de la Fédération de Russie.  Le pays insiste sur la formation des migrants afin que ces derniers soient aptes à s’insérer dans le monde de l’emploi et dans le tissu social du pays d’accueil.  Il ne faudrait toutefois pas croire que les migrations sont toujours liées au travail, a objecté le Directeur général de l’Organisation internationale du Travail (OIT), avant de saluer la création d’un réseau mondial sur les migrations.

La Commission internationale catholique pour les migrations (CICM) a dit parler au nom de 90 organisations de la société civile qui appellent les « États Membres à s’engager résolument dans la mise en œuvre du Pacte ».  Ces organisations se disent déçues du retrait de certains États du consensus et rappellent que le multilatéralisme est la seule voie pour faire face à la question des migrations.  

Malgré les polémiques de ces derniers jours sur le Pacte, la représentante de l’Allemagne a parlé d’un texte important et crucial en insistant sur le multilatéralisme et la coopération internationale pour faire face à un problème mondial et pour faciliter la mise en œuvre du Pacte.

Le Timor Leste a émis l’espoir que la coopération internationale aide un pays comme le sien à renforcer ses capacités dans la mise en œuvre du Pacte, notamment pour la sécurisation des milliers de kilomètres de sa frontière maritime.  En vue de renforcer cette coopération et le Dialogue sur la migration, la Ligue des États arabes a entamé un processus consultatif au sein de ses membres.  C’est aussi parce que le monde arabe accueille 14% des migrants et réfugiés du monde que la Ligue entend organiser une réunion, début 2019, pour coordonner la mise en œuvre du Pacte.

N’oublions pas que les villes sont généralement les points de départ et d’arrivée des migrations, a enchaîné la Maire de Montréal.  Elle a évoqué la déclaration des maires sur les migrants et les réfugiés, avant de souligner que « sans les villes, la mise en œuvre du Pacte ne saurait connaître le succès ». 

L’obligation de faire face aux migrations nous interpelle en premier lieu sur les raisons qui poussent les gens à quitter leur domicile, a insisté la Vice-Présidente et Ministre des affaires étrangères du Panama.  Abondant dans ce sens, le Saint-Siège a rappelé que, dans un contexte de paix et de développement, il n’y aurait pas de migration.  C’est pourquoi il a appelé à créer des conditions permettant aux gens de vivre en paix dans leur pays.  Si leurs besoins étaient comblés, peu de gens partiraient, a argué le délégué avant d’inviter à mettre un terme aux politiques d’incarcération de migrants, notamment lorsqu’il s’agit de mineurs.

Le Panama, qui entend améliorer la gestion des flux migratoires traversant le pays, a d’ores et déjà entamé la réforme de son système de santé pour mieux prendre en charge les migrants.  Si la Chine a créé une agence nationale sur les migrations en avril de cette année, le pays tient tout de même à rappeler qu’aucun pays ne peut à lui seul gérer les migrations.  Dans le même temps, il faut respecter la souveraineté de chaque État dans la mise en œuvre du Pacte, a soutenu la délégation chinoise.

Le représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a fait remarquer que ce nouveau Pacte s’inspire de la Déclaration universelle des droits de l’homme dont le soixante-dixième anniversaire est commémoré aujourd’hui.  Le Haut-Commissariat promet qu’il jouera son rôle dans la mise en œuvre du Pacte.  « Soit nous réussissons ensemble, soit nous échouons ensemble », a dit en écho la France qui a insisté sur l’importance de la concertation entre divers acteurs.

Lors de la reprise du Dialogue interactif, l’après-midi, la représentante de l’UNESCO a cadré le débat en exigeant que l’on « donne aux migrations un visage humain ».  Cela signifie notamment qu’il faut « ré-humaniser » les normes et les discours à travers la culture, l’éducation et la formation.  Ainsi l’UNESCO fera de son mieux pour injecter une approche humaine dans la mise en œuvre du Pacte mondial, à commencer par faciliter la reconnaissance des diplômes.  Elle adoptera une convention à cet égard en 2019, a annoncé la représentante.

Cette position allait dans le sens du renforcement des capacités prôné par le Conseil de l’Europe, pour garantir la mise en œuvre des droits fondamentaux des migrants et le respect des droits existants.  Une tâche toutefois difficile dans le contexte européen actuel, qui est marqué par la montée des nationalismes et de la xénophobie, comme l’a souligné le représentant du Scalabrini International Migration Network

Dans le même esprit, le représentant d’Open Society a rendu hommage à la quantité de travail qui a été investi dans ce Pacte en opposant cela aux « campagnes honteuses de diffamation » des deux dernières semaines.  Il a appelé à agir de façon plus vigoureuse pour les contrecarrer, voire les faire taire.

Concrètement, la Finlande a souhaité que l’on donne la priorité à la coopération dans le domaine de la collecte et du partage d’informations pertinentes et fiables, pour pouvoir mieux comprendre les tendances migratoires, ce qui exige à son avis une approche unifiée.

Cette priorité a également été soulignée par le Maroc qui a annoncé la création, cet après-midi, de l’Observatoire africain des migrations, sous l’égide de l’Union africaine, un organe qui sera précisément chargé de la collecte et de l’interprétation des données fiables et harmonisées en vue de faciliter une gouvernance éclairée des migrations et la coordination au niveau régional.  Le Maroc demande en outre la création d’un poste d’Envoyé spécial pour les migrations au sein de l’Union africaine.

S’il a lui aussi insisté sur l’importance de disposer de données factuelles aux niveaux local, régional et international, le représentant de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a axé son intervention sur les menaces qui pèsent sur les droits de la personne et sur la traite de personnes dans le contexte des migrations internationales.  Son représentant a saisi cette occasion pour rappeler que l’ONUDC fournit un éventail d’instruments aux États Membres pour y répondre. 

L’Ordre souverain de Malte a également appelé à renforcer la lutte contre les passeurs et les contrebandiers, une question « qui va souvent de pair avec les migrants ».  L’Union européenne agit déjà en ce sens par le biais d’équipes d’enquête conjointes et d’Europol, notamment au Mali et dans les Balkans.  La question du retour volontaire des migrants et de leur protection a aussi été évoquée par l’Union européenne, et son action dans ce domaine a été reconnue par la Libye.  Ainsi, la politique extérieure de l’UE est basée sur la vision à 360 degrés des migrations, et l’Union compte sur le Pacte pour concrétiser toute une série de mesures pour protéger les droits humains des migrants et pour sauver des vies, ce qui est déjà au cœur de l’action de l’UE, notamment en Méditerranée où il a été possible de sauver plus 690 personnes en mer cette année. 

Ce souci a été partagé par la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), qui est présente dans tous les pays pour répondre aux besoins des migrants: il faut impérativement et immédiatement prendre des mesures pour sauver la vie de migrants, « un phénomène qui échappe souvent aux chiffres officiels ».  Ainsi la Fédération exige que les États prennent des mesures d’urgence dans les zones de passage et qu’ils allègent et humanisent leur détention arbitraire.  Cette question est si importante que le Scalabrini International Migration Network n’a pas hésité à dire que le succès de ce Pacte sera mesuré à l’aune des vies de migrants sauvées.

Des « solutions humaines à des problèmes humains », a plaidé pour sa part Mme Mary Robinson, qui s’exprimait en tant que Présidente de la Fondation Mary Robinson: elle a mis l’accent sur l’importance du développement ainsi que sur la nouvelle problématique des migrations liées aux changements climatiques.  L’ancienne Présidente de l’Irlande a ainsi tiré la sonnette d’alarme pour qu’au cours des deux prochaines années tout soit fait pour limiter le réchauffement de la Terre, craignant qu’à défaut on se retrouve avec de fortes vagues migratoires liées au climat.

La question des causes profondes des migrations, notamment le retard de développement, et comment y répondre, a d’ailleurs été soulevée par les intervenants.  Si l’Ordre souverain de Malte a parlé de « moteurs des migrations », l’Union européenne a rappelé qu’elle avait précisément approuvé plus de 170 programmes de développement en vue d’améliorer les environnements en Afrique et pour développer des talents sur le plan local de manière à retenir les jeunes sur place.  Lutter contre la fuite des cerveaux est aussi l’objectif du Center for Global Development, une plateforme multi-parties prenantes qui a plaidé en ce sens.

Autre question concrète prévue par le Pacte: les transferts de fonds de migrants.  Le Mali a évoqué l’importance de ces envois provenant de « la diaspora malienne » pour l’économie et le développement du pays.  Le rôle de la diaspora a aussi été mis en évidence par la Plateforme afro-européenne de la diaspora pour le développement, une organisation basée au Royaume-Uni qui encourage des financements dans des petits projets et des entreprises locales, ce qui fournit de nouvelles perspectives aux jeunes dans leurs pays d’origine. 

Les femmes représentent près de 50% des migrants du monde, a enchaîné la représentante d’ONU-Femmes, en constatant les grandes différences entre les hommes et les femmes dans les expériences de migrations.  En effet, les femmes et les jeunes filles sont souvent victimes de violences sexistes et sexuelles et de lois discriminatoires.  Par conséquent, ONU-Femmes insiste sur la nécessité de prendre en compte une perspective femmes-hommes dans la mise en œuvre du Pacte adopté aujourd’hui « qui marque un nouveau chapitre pour la coopération internationale sur les migrations ».

C’est aujourd’hui une journée historique pour les migrants et pour les droits de l’homme, a renchéri le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants, en présageant de l’importance capitale du Pacte pour les travaux futurs.  De son point de vue, cette feuille de route permettra de favoriser des dialogues plus approfondis avec les États Membres sur la base des dispositions qu’il comprend.

L’organisation Terre des Hommes a insisté pour sa part sur la nécessité de placer le droit des enfants au cœur du Pacte mondial.  Cela signifie que les États doivent s’engager à soutenir l’intérêt supérieur des enfants migrants et leur garantir la protection, à commencer par le regroupement familial, la non-incarcération des enfants et le renvoi dans leur pays d’origine au cas par cas.  Cette préoccupation a été reprise par Soul Sustainable Progress, une organisation qui travaille avec des enfants migrants, en Afrique essentiellement.  Son représentant a demandé à la communauté internationale de miser sur l’éducation dans les pays d’origine de migrants.

Dans ses remarques de conclusion, Mme Albright (Albright Stonebridge Group) a salué les idées présentées en vue de la mise en œuvre du Pacte.  Pour elle, il est essentiel de se pencher sur des mesures réalisables, notamment l’utilisation de l’état de droit pour lutter contre la traite de personnes et de migrants.  Elle s’est dite encouragée par le fait que l’on finirait par reconnaître la plus-value apportée par les migrants à leurs pays de destination grâce à ce Pacte.

M. Scarpetta, de l’OCDE, a quant à lui estimé qu’il fallait marquer ce jour d’une pierre blanche puisque l’adoption du Pacte a permis de se doter d’une véritable feuille de route pour les migrations, mais, a-t-il averti, « à partir de demain il va falloir l’appliquer ».  Il a plaidé pour une approche axée sur la personne et a mis en exergue le rôle à jouer par l’ONU, la société civile et les gouvernements.  Pour l’OCDE, ces nouvelles politiques migratoires doivent se baser sur des données statistiques et factuelles, y compris des mégadonnées.  Les plateformes de coopération dans ce domaine seront essentielles, en particulier pour ce qui est du partage des meilleures pratiques et l’OCDE se dit prête à y contribuer.

La Rapporteuse spéciale, Mme Achiume, est revenue sur l’importance de l’éducation pour améliorer la vie des migrants et promouvoir la coopération.  Elle a également reconnu l’importance de la collecte de données dans le domaine de la migration, à condition que cela se fasse dans le respect des droits fondamentaux des migrants.  Elle a ensuite dénoncé les campagnes trompeuses qui visent les migrants sur la base d’informations et de chiffres erronés.  Il faut, selon elle, que la mobilité internationale soit un droit pour tous.  Enfin, elle a dénoncé l’utilisation du terme « gestion des migrants » et a appelé à parler de la « gouvernance des migrants » parce qu’il ne s’agit pas « de biens de consommation ou des maladies que l’on gère ».

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