Péninsule coréenne: les États-Unis assurent au Conseil de sécurité que le processus diplomatique pour une dénucléarisation est bien « engagé »

CS/13525
27 septembre 2018
8363e séance - matin

Péninsule coréenne: les États-Unis assurent au Conseil de sécurité que le processus diplomatique pour une dénucléarisation est bien « engagé »

À l’occasion d’une séance au niveau ministériel du Conseil de sécurité, le Secrétaire d’État des États-Unis, M. Michael Richard Pompeo, a assuré ce matin que le processus diplomatique avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) pour une dénucléarisation de la péninsule coréenne était bien engagé et qu’une « ère nouvelle » était en vue.  À l’instar de la plupart des délégations, dont celle de la République de Corée, il a toutefois appelé à une pleine application des sanctions contre ce pays, alors que son homologue de la Chine, appuyé par la Fédération de Russie, estimait venu le temps d’un « allègement ». 

Le Secrétaire d’État a mis en avant le rôle du Président des États-Unis, M. Donald Trump, dont les efforts ont permis une « percée historique », avec la tenue du récent Sommet de Singapour, entre ce dernier et le leader de la RPDC, M. Kim Jong Un.  « Les États-Unis travaillent avec la RPDC pour faire avancer ce qui a été agréé à Singapour », a-t-il dit, précisant qu’un deuxième sommet entre les deux hommes avait été discuté. 

L’ensemble des délégations se sont félicitées de l’avancée du processus diplomatique.  « Il y a un an, l’idée que les Présidents Trump et Kim Jong Un se serrent la main et tiennent un sommet relevait du rêve éveillé », a commenté la Ministre des affaires étrangères de la République de Corée, Mme Kang Kyung-Wha.  « De même, qui aurait pu imaginer les Présidents Moon Jae-in de la République de Corée et Kim Jong Un en train de prendre des photos ensemble au sommet du Mont Paektu? » a—t-elle ajouté, faisant allusion au troisième sommet intercoréen qui s’est tenu la semaine dernière en RPDC.  Lors de ce sommet, a-t-elle affirmé, le Président Moon a entendu le leader nord-coréen déclarer lui-même, pour la première fois, son engagement à dénucléariser la péninsule coréenne. 

Partagé, l’optimisme des intervenants est néanmoins resté prudent.  Mme Kang a ainsi émis l’espoir que les prochaines négociations entre les États-Unis et la RPDC produisent « des résultats plus concrets », tandis que le Chef de la diplomatie du Royaume-Uni, M. Jeremy Hunt, déplorait l’absence de mesures tangibles prises par la RPDC.  « Nous jugerons la Corée du Nord sur ses actes », a de même averti le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères de la France, M. Jean-Yves Le Drian. 

À cette aune, M. Pompeo a assuré que « l’avenir peut être radieux si la RPDC respecte ses engagements », tout en plaidant pour une pleine application du régime de sanctions, responsable selon lui des récentes avancées diplomatiques.  À l’instar du Ministre des affaires étrangères du Japon, M. Taro Kono, M. Pompeo a, notamment, déploré que le plafond limitant les exportations de pétrole de la RPDC ait été dépassé. 

En effet, la RPDC « continue de contourner les sanctions pour développer son programme d’armes nucléaires, souvent avec l’assistance, peut-être involontaire, d’autres pays », a expliqué M. Stephanus Abraham Blok, Ministre des affaires étrangères des Pays-Bas, pays qui préside le Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1718 (2006).  « Le monde regarde.  Et ce Conseil doit agir », a ajouté M. Blok, appuyé par son pair de la Pologne M. Jacek Czaputowicz. 

Des Pays-Bas au Pérou et du Kazakhstan à l’Éthiopie, les hauts responsables des pays membres du Conseil ont tous insisté sur la nécessité pour ce dernier de rester uni; un « devoir », a déclaré le Ministre des affaires étrangères de la Chine, M. Wang Yi.

Toutefois, « convaincu que la pression n’est pas une fin en soi », M. Wang a souligné la nécessité de répondre aux « préoccupations de sécurité » de toutes les parties.  « Au vu des progrès accomplis, nous estimons que le moment est venu d’alléger le dispositif des sanctions », a-t-il alors déclaré. 

La Chine a reçu l’appui de la Fédération de Russie, accusée, lors d’une séance houleuse du Conseil consacrée à cette question le 17 septembre, par la représentante des États-Unis de « tricher » et de « s’employer à court-circuiter » le régime de sanctions contre la RPDC.  Déplorant l’absence de confiance entre les États-Unis et la RPDC, qui fait à ses yeux obstacle au processus de normalisation en cours, le Ministre russe des affaires étrangères, M. Sergey Lavrov, a jugé « inopportun » de renforcer les sanctions et « inadmissible » que celles-ci deviennent « un instrument de punition collective ».  Il s’est demandé pourquoi certains membres du Conseil refusaient, comme le propose son pays, d’adresser un message collectif afin de saluer les mesures prises jusqu’à présent par la RPDC. 

Pour M. Lavrov, il est indispensable de « souscrire à la logique du donnant-donnant ».  Le Ministre a donc dénoncé une application « abusive » du régime de sanctions et rejeté toutes les sanctions « autonomes, secondaires et unilatérales » imposées par certains États.  À ses yeux, les mécanismes de sanctions doivent être au service d’un dialogue, et non un obstacle.  Il a ainsi suggéré que le « Comité 1718 » envisage des demandes de dérogation aux sanctions pour appuyer des projets économiques et de développement entre Séoul et Pyongyang.

Soulignant à son tour que les sanctions sont « des mesures intérimaires destinées à résoudre des questions problématiques par des moyens pacifiques et politico-diplomatiques », le Ministre des affaires étrangères du Kazakhstan, M. Kairat Abdrakhmanov, a rappelé l’importance de « fournir des assurances en matière de sécurité à la partie qui désarme ».  Son homologue de la Guinée équatoriale M. Simeon Oyono Esono Angue, a lui aussi souhaité « améliorer » le mécanisme de sanctions en vigueur pour le mettre davantage au service du dialogue politique et en réduire les conséquences sur le plan humanitaire.  Sur ce point, les Pays-Bas se sont engagés à continuer d’agir contre les violations des sanctions et pour réduire leur impact humanitaire. 

NON-PROLIFÉRATION/RÉPUBLIQUE POPULAIRE DÉMOCRATIQUE DE CORÉE    

Déclarations

M. MICHAEL RICHARD POMPEO, Secrétaire d’État des États-Unis, a rappelé que la position de son pays et du monde est que la République populaire démocratique de Corée (RPDC) ne doit pas posséder d’armes nucléaires.  Le Président Trump a mené une campagne qui a permis une percée historique, a-t-il dit, en mentionnant l’importance du récent Sommet de Singapour.  Les États-Unis travaillent avec la RPDC pour faire avancer ce qui a été agréé à Singapour, a-t-il dit, ajoutant qu’un deuxième sommet entre les leaders des États-Unis et de la RPDC a été discuté.  « Ces résultats ont été rendus possibles grâce aux sanctions imposées contre la RPDC. »

M. Pompeo a souligné la nécessité de mettre en œuvre toutes les résolutions du Conseil et assuré que, si la RPDC met en œuvre ses engagements, alors l’avenir sera radieux.  En revanche, a-t-il averti, toute voie choisie par la RPDC autre que la voie diplomatique sera synonyme d’isolement et de pressions supplémentaires.  Pour le Secrétaire d’État, la mise en œuvre des sanctions doit se poursuivre jusqu’à la dénucléarisation de la péninsule.  M. Pompeo a exhorté les États Membres à se montrer exemplaires dans l’application de la résolution 2397 (2017), déplorant que le plafond limitant les exportations de pétrole de la RPDC ait été dépassé, en violation de ce texte, avec notamment des transvasements illicites de pétrole de navire à navire.  « Nous observions ces navires.  Nous savons ce que vous faîtes », a-t-il ajouté. 

M. Pompeo s’est dit en outre « choqué » par l’accueil de nouveaux travailleurs de la RPDC par de nombreux pays, alors qu’il convient de réduire ce nombre de travailleurs.  Un processus diplomatique est en cours et bien engagé et nous voulons que ce soit un succès, a-t-il assuré.  L’avenir peut être radieux si la RPDC respecte ses engagements, a répété M. Pompeo, en promettant une plus grande prospérité pour la RPDC et une paix durable pour le monde, tout en ajoutant que « cette vision ne sera pas possible sans une transformation dans la péninsule coréenne ». 

Enfin, le Secrétaire d’État a souligné la nécessité de tirer profit de l’occasion historique qui se présente, assurant « que nous sommes à l’aube d’une ère nouvelle dans les relations entre nos deux pays ». 

CHEIK SABAH KHALID AL HAMAD AL SABAH, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Koweït, s’est félicité que la volonté politique « forte et sincère » des États-Unis et des États de la région de choisir la voie du dialogue direct ait permis de convoquer trois sommets présidentiels en quatre mois.  Ces sommets, qui ont contribué à désamorcer les tensions dans la péninsule coréenne, ont abouti à une série d’engagements appuyés par le Koweït et la communauté internationale, a-t-il rappelé, soulignant en outre le rôle clef du Conseil de sécurité dans le lancement de ces pourparlers diplomatiques. 

Pour M. Al-Sabah, la meilleure façon de traiter la question à l’ordre du jour du Conseil est d’appuyer pleinement les pourparlers directs en vue de trouver une solution pacifique à la crise du programme nucléaire nord-coréen.  En même temps, a-t-il insisté, la RPDC doit respecter toutes ses obligations internationales en vertu des résolutions pertinentes du Conseil, y compris l’élimination de ses armes nucléaires et de ses programmes illicites, et sa ré-adhésion au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires(TNP).

M. WANG YI, Conseiller d’État et Ministre des affaires étrangères de la Chine, s’est félicité des faits positifs observés dans la péninsule coréenne au cours des derniers mois, en citant le franchissement de la ligne de démarcation par les Présidents des deux Corées et la signature de la déclaration commune de Pyongyang le 19 septembre 2018, par laquelle les deux dirigeants se sont notamment engagés à dénucléariser la péninsule coréenne.  Parallèlement, la RPDC et les États-Unis préparent leur deuxième sommet, dans le cadre d’un dialogue que soutient la Chine.  Pour le Chef de la diplomatie chinoise, le Conseil de sécurité a le devoir d’adresser un message clair et uni pour faciliter la réalisation d’une péninsule stable et pacifique. 

Pour y parvenir, il faut répondre aux préoccupations de sécurité de toutes les parties concernées, a souligné M. Wang.  « Une déclaration de paix éloignerait le spectre de la guerre », a-t-il argué, ajoutant qu’une décision politique devait être prise à ce sujet.  C’est une condition sine qua non pour une paix durable dans la péninsule, a-t-il insisté, et toutes les parties concernées ont l’obligation de faciliter une paix durable.  En effet, la dénucléarisation doit se poursuivre dans le respect des résolutions de ce Conseil de sécurité.  La Chine est convaincue que la pression n’est pas une fin en soi et qu’un règlement politique est aussi important.  Or, le Conseil peut modifier le régime de sanctions en fonction du respect par la RPDC des mesures qui lui sont imposées.  « Au vu des progrès accomplis, nous estimons que le moment est venu d’alléger le dispositif des sanctions », a ajouté le Ministre en conclusion.

M. JEREMY HUNT, Secrétaire d’État du Royaume-Uni, a fait observer que la RPDC était le seul pays à avoir promis de ne pas développer des armes nucléaires et à l’avoir néanmoins fait.  Il a en outre déploré l’absence de mesures concrètes prises par la RPDC montrant son engagement en faveur du processus diplomatique en cours, marqué par le récent Sommet de Singapour.  Les sanctions doivent continuer à être appliquées strictement, tant que la situation n’aura pas changé de manière irrévocable, a-t-il dit. 

M. Hunt a exhorté les États Membres à combattre les violations des résolutions du Conseil et notamment le dépassement des plafonds limitant des exportations de pétrole.  « Nous avons dépêché deux navires pour surveiller les transvasements illicites de pétrole de navire à navire », a-t-il déclaré.  Il a souligné la grande pauvreté qui règne en RPDC, le PIB du pays n’atteignant que 5% de celui de la République de Corée, alors qu’ils étaient équivalents à la fin de la guerre.  Le régime de la RPDC doit changer de cap, renoncer à ses armes et en attendant, les sanctions doivent s’appliquer intégralement, a répété en conclusion M. Hunt. 

D’après M. STEPHANUS ABRAHAM BLOK, Ministre des affaires étrangères des Pays-Bas, le Conseil de sécurité « a réussi à trouver un équilibre entre la pression et le dialogue » sur la question de la non-prolifération en RPDC.  Ce sont toutefois les graves événements de l’année dernière qui ont provoqué cette « démonstration d’unité », a-t-il rappelé.  Pour répondre aux tirs de missiles balistiques et à l’essai nucléaire de la RPDC, le Conseil a adopté trois résolutions d’une grande portée en l’espace de cinq mois, aboutissant au régime de sanctions le plus complet jamais imposé.  Ceci a forcé Pyongyang à retourner à la table des négociations et créé l’ouverture diplomatique dont se sont saisis la République de Corée et les États-Unis, s’est-il félicité.

La communauté internationale doit continuer de faire pression jusqu’à ce que la RPDC s’acquitte de ses obligations, a recommandé le Ministre néerlandais.  « On ne devrait jamais sous-estimer le pouvoir d’un Conseil uni », a-t-il affirmé.  Un Conseil uni, a-t-il poursuivi, appuiera les pourparlers diplomatiques et réassurera la RPDC sur le fait que nous souhaitons nous engager une fois qu’elle aura pris des mesures concrètes en vue de la dénucléarisation. 

La tâche ne sera pas facile, a cependant averti M. Blok.  En tant que Président du Comité des sanctions 1718, les Pays-Bas, a-t-il promis, continueront d’agir contre les violations des sanctions et pour réduire leur impact humanitaire.  En effet, le Ministre a indiqué que « la RPDC continue de contourner les sanctions pour développer son programme d’armes nucléaires, souvent avec l’assistance, peut-être involontaire, d’autres pays ».  La RPDC, a-t-il mis en garde, pourrait encore vouloir déployer un missile balistique intercontinental.  « Le monde regarde.  Et ce Conseil doit agir », a conclu M. Blok. 

M. WORKINEH GEBEYEHU NEGEWO, Ministre des affaires étrangères de l’Éthiopie, s’est félicité des progrès accomplis dans le dégel des deux Corées, qui a abouti à la signature de la Déclaration de Panmunjom et à la Déclaration commune de Pyongyang.  Les mesures importantes prises par la République de Corée et la tenue du Sommet de Pyongyang sont des signes encourageants, a-t-il ajouté. 

« Trouver une solution diplomatique globale de longue date à cette question exige un dialogue constant », a poursuivi le Ministre, qui s’est donc félicité que son homologue des États-Unis soit prêt à se rendre à Pyongyang à cette fin.  D’une manière générale, les faits nouveaux récents nécessitent l’appui continu de la communauté internationale, et les parties doivent être encouragées à maintenir leur élan en faveur de la paix.  C’est la raison pour laquelle l’unité de ce Conseil est d’une importance cruciale dans ce dossier, avec pour objectif ultime de parvenir à la dénucléarisation complète de la péninsule, a-t-il conclu.

M. JACEK CZAPUTOWICZ, Ministre des affaires étrangères de la Pologne, s’est félicité des progrès faits dans le dialogue intercoréen et de la conduite du processus diplomatique en vue d’une dénucléarisation de la péninsule coréenne, marqué par le Sommet historique de Singapour entre les leaders des États-Unis et de la RPDC.  Il est crucial de maintenir cette dynamique pour avancer sur la voie de la désescalade, la dénucléarisation de la péninsule devant demeurer une priorité de la communauté internationale.

La RPDC continue de défier le Conseil et ses résolutions, a regretté M. Czaputowicz, ajoutant que, malgré les difficultés pratiques et juridiques, il est crucial de respecter les obligations découlant des résolutions du Conseil.  Le Ministre a notamment estimé que, malgré les signes encourageants, le processus de dénucléarisation n’avait pas encore commencé.  Pour lui, il faut donc poursuivre les pressions et il a appelé les États Membres à lutter contre les violations du régime de sanctions. 

M. Czaputowicz a par ailleurs appelé la RPDC à rejoindre le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), dont il a loué l’efficacité.  Enfin, il a assuré de la participation de son pays à toute initiative de non-prolifération.  « La dynamique actuelle doit être préservée », a-t-il conclu. 

M. SERGEY LAVROV, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, s’est félicité de la signature de la Déclaration commune de Pyongyang et des engagements pris à ce titre par les deux Corées pour dénucléariser la péninsule.  Dans ce contexte, « il est inadmissible que les sanctions deviennent un instrument de punition collective », a-t-il tranché, en déplorant l’absence de confiance entre les États-Unis et la RPDC, qui fait à ses yeux obstacle au processus de normalisation en cours. 

Il est, selon le Chef de la diplomatie russe, « inopportun » de renforcer les sanctions, « comme prétendent le faire nos partenaires occidentaux ».  Nous aimerions, a-t-il dit, que l’on nous explique les raisons pour lesquelles « certains collègues » refusent d’adresser un message collectif afin de saluer les mesures prises jusqu’à présent par la RPDC.  Il est indispensable de souscrire à la logique du « donnant-donnant », a plaidé M. Lavrov.  Les mécanismes de sanctions doivent être au service d’un dialogue, et non un obstacle, a-t-il insisté.  L’application « abusive » du régime de sanctions par ce Conseil est telle qu’elle empêche les autres États d’entretenir des relations normales avec Pyongyang, y compris lorsqu’il s’agit d’évènements sportifs ou artistiques, a poursuivi le Ministre. 

Les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité ne prévoient pas seulement des sanctions, mais aussi un dialogue politique, a rappelé M. Lavrov, qui a rejeté les sanctions « autonomes, secondaires et unilatérales » imposées par certains États en dehors du régime établi par le Conseil, y voyant surtout un « instrument déloyal » pour dissuader des activités commerciales légitimes.  Nous rejetons également les tentatives de mettre en cause le respect par certains États Membres des résolutions du Conseil de sécurité, a poursuivi le Ministre pour qui, à l’inverse, ce Conseil devrait adresser un signal clair, en faisant référence au projet de résolution que la délégation russe a préparé et fait circuler auprès des autres membres.  Le Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1718 (2006) pourrait envisager, par exemple, des demandes de dérogation à l’appui de projets économiques et de développement entre Séoul et Pyongyang, a suggéré M. Lavrov.

M. JEAN-YVES LE DRIAN, Ministre de l’Europe et des affaires étrangères de la France, s’est félicité des processus engagés entre les deux Corées d’une part, et entre les États-Unis et la RPDC de l’autre, qui ont permis d’atténuer les tensions dans la péninsule coréenne et en Asie orientale depuis le début de l’année 2018.

« Toutefois, nous ne devons pas perdre de vue que tant que la Corée du Nord n’aura pas abandonné ses programmes nucléaire et balistique, ces derniers continueront de représenter une menace pour la région et pour le monde », a averti le Ministre.  Pour la France, le Conseil doit amener ce pays à marquer une volonté significative de reculer sur son ambition de se doter d’un arsenal nucléaire opérationnel. 

M. Le Drian a en effet estimé que, malgré la baisse des tensions, la situation actuelle constitue une menace à la sécurité internationale.  « La mission de ce Conseil doit être de poursuivre sa pression pour que, cette fois-ci, la Corée du Nord tienne ses engagements », a-t-il poursuivi, avant d’exhorter la RPDC à aller au-delà des gestes symboliques et réversibles comme l’annonce de la destruction de son site d’essais nucléaires.  « Nous devons en premier lieu soutenir le dialogue exigeant, car il est important pour rétablir la confiance et avancer sur la voie de la dénucléarisation.  Nous devons, dans le même temps, collectivement maintenir notre politique de fermeté à l’égard de la Corée du Nord, en appliquant rigoureusement les sanctions », a-t-il insisté.

Enfin, le Ministre français a appelé à lutter contre les stratégies de contournement des sanctions appliquées par las RPDC.  « Nous jugerons la Corée du Nord sur ses actes », a-t-il averti en conclusion.

M. KAIRAT ABDRAKHMANOV, Ministre des affaires étrangères du Kazakhstan, a rappelé que son pays, devenu indépendant en 1991, avait renoncé à l’arsenal nucléaire dont il avait hérité.  Il a vu « un bon exemple de bonne volonté mutuelle » dans le fait que les cinq puissances nucléaires, en dépit de leurs différends, ont signé simultanément le Protocole au Traité sur une zone exempte d’armes nucléaires en Asie centrale (Traité de Semipalatinsk).  Le désarmement, a insisté le Ministre, est le meilleur moyen de renforcer la confiance.

M. Abdrakhmanov a invité la RPDC et le Japon à devenir membres de la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA), créée en 1992 et qui rassemble aujourd’hui 27 États dans la région.  Il a salué la reprise du dialogue entre Pyongyang et Seoul et la décision des États-Unis et de la République de Corée de suspendre leurs exercices militaires conjoints, et, de façon générale, les mesures politico-diplomatiques qui ont permis la tenue du Sommet historique de Singapour. 

En vue d’arriver à la dénucléarisation de la péninsule coréenne, le Ministre a recommandé, avant tout, que soit préservée et exploitée l’unité du Conseil de sécurité.  S’il a dit entendre les préoccupations liées aux violations continues des résolutions du Conseil, il a toutefois souligné que les sanctions sont « des mesures intérimaires destinées à résoudre des questions problématiques par des moyens pacifiques et politico-diplomatiques ».  Il a également souligné l’importance de « fournir des assurances en matière de sécurité à la partie qui désarme ».  En conclusion, M. Abdrakhmanov a proposé d’élaborer une feuille de route pour la dénucléarisation progressive de la Corée du Nord, avec des garanties solides de la part des cinq membres permanents. 

M. MARCEL AMON-TANOH, Ministre des affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, a estimé que les tensions persistantes dans la péninsule coréenne sont emblématiques des menaces que représentent la prolifération des armes de destruction massive.  Aussi son pays encourage-t-il la « Corée du Nord » au respect des obligations qui lui incombe en vertu des résolutions du Conseil de sécurité et à prendre toutes les mesures nécessaires en vue de la dénucléarisation de la péninsule. 

Le Chef de la diplomatie ivoirienne a donc félicité les récentes mesures prises par Pyongyang, dont la plus marquante est le démantèlement de son principal site d’essais nucléaires de Punge-ri.  Il s’est aussi réjoui des mesures d’apaisement ayant permis la restitution des dépouilles de soldats américains décédés pendant la guerre de Corée, ainsi que de la tenue du Sommet historique du 12 juin 2018 entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un.  Il s’est enfin félicité du réchauffement des relations entre les deux Corées, matérialisé par le troisième sommet en un an, tenu du 18 au 20 septembre dernier, dans lequel il a vu un pas de plus vers l’ambition commune d’une « zone de paix permanente ».  Dans ce contexte, le Conseil de sécurité a le devoir de soutenir et d’accompagner le processus de normalisation en cours, a ajouté M. Amon-Tanoh.

M. NÉSTOR POPOLIZIO BARDALES, Ministre des affaires étrangères du Pérou, a demandé l’abandon irréversible et vérifiable des programmes nucléaire et balistique de la RPDC.  « Tant que ce ne sera pas le cas, les sanctions doivent être conservées et appliquées », a-t-il ajouté.  Soulignant l’importance de l’unité du Conseil, il a dit espérer qu’il y aurait bientôt de réels progrès sur ce dossier. 

Le Ministre a salué le sommet intercoréen de Pyongyang qui s’est tenu la semaine dernière et les engagements qui y ont été pris.  Le régime de sanctions est un outil efficace, a-t-il dit, approuvant l’initiative des États-Unis visant à son renforcement.  Enfin, M. Popolizio Bardales a souligné l’engagement de son pays en faveur du régime de non-prolifération et formé l’espoir que le monde soit un jour débarrassé des armes de destruction massive. 

M. SIMEON OYONO ESONO ANGUE, Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de la Guinée équatoriale, a estimé que la menace posée par les programmes nucléaires et balistiques de la RPDC ne constituait pas seulement une préoccupation régionale, mais aussi mondiale.  Nous avons toujours envisagé les sanctions davantage comme un moyen que comme une fin, et comme devant faire l’objet d’une mise en œuvre graduée, a-t-il cependant souligné. 

La Guinée équatoriale souhaiterait améliorer le mécanisme de sanctions en vigueur pour le mettre davantage au service du dialogue politique, prendre des mesures pratiques pour sensibiliser à l’importance du régime de sanctions, et en réduire les conséquences sur le plan humanitaire et les restrictions qui en découlent pour les États Membres, a poursuivi le Ministre.  Pour lui, les événements de 2018 représentent un signe d’espoir, en particulier le dialogue entre les Présidents des deux Corées, précédé par la tenue du Sommet de Singapour qui a réuni le Président des États-Unis et celui de la RPDC.  Une occasion doit être saisie pour soutenir cet élan afin de parvenir à la signature d’un accord de paix, a ajouté M. Esono Angue.

Mme MARGOT WALLSTRÖM, Ministre des affaires étrangères de la Suède, a appelé à la pleine mise en œuvre des sanctions existantes « jusqu’à ce que les demandes du Conseil soient satisfaites. » Elle a appelé les États Membres à assurer cette pleine mise en œuvre, des violations ayant été observées à de nombreuses reprises. 

La Ministre a souligné l’importance du Sommet de Singapour et exhorté toutes les parties à conserver cet élan et à nourrir la confiance.  « Une approche graduelle est nécessaire pour parvenir à une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne », a-t-elle dit, en exhortant la RPDC à traduire ses engagements dans les faits.  Appelant de ses vœux une « diplomatie créative », Mme Wallström a exhorté les parties à explorer la voie d’une transformation de l’armistice actuel en un accord de paix.  « Les récents progrès montrent qu’il est possible de dissiper les tensions par le dialogue et la coopération », a-t-elle souligné.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a indiqué que l’interdiction de la fabrication et de l’utilisation d’armes chimiques, biologiques et nucléaires était inscrite dans la Constitution de son pays.  La Bolivie, a-t-il précisé, est en outre sur le point de ratifier le traité sur l’interdiction des armes nucléaires de juillet 2017.

M. Llorentty Solíz a rappelé que l’année 2017 avait été l’une des plus intenses au Conseil de sécurité sur la question de la non-prolifération en RPDC.  Il a appuyé l’imposition de sanctions, estimant qu’elles parvenaient « en partie » à leur objectif, à savoir « créer des opportunités pour rapprocher les parties de la table des négociations, afin de trouver une solution pacifique, diplomatique et politique pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne ».  Mais les sanctions ne doivent pas être « une fin en soi », a-t-il insisté, s’inquiétant de leurs répercussions sur la population. 

Le représentant a salué les développements positifs intervenus cette année, grâce à la volonté politique des parties prenantes, notamment le dialogue intercoréen et la Déclaration de Panmunjom.  Il s’est félicité des résultats concrets obtenus à ce jour, comme la cessation des tirs de missiles balistiques.  M. Llorentty Solíz a également estimé que le rapprochement entre les Présidents nord-coréen et américain doit permettre de renforcer la confiance mutuelle entre les parties, ce à quoi contribuera la suspension des exercices militaires entre les États-Unis et la République de Corée. 

Mme KANG KYUNG-WHA, Ministre des affaires étrangères de la République de Corée, a passé rapidement en revue les développements récents dans la péninsule coréenne.  « Il y a un an, a-t-elle dit, l’idée que les Présidents Trump et Kim Jong Un se serrent la main et tiennent un sommet relevait du rêve éveillé ».  De même, qui aurait pu imaginer les Présidents Moon Jae-in et Kim Jong Un en train de prendre des photos ensemble au sommet du Mont Baekdu?

« Mais voilà où nous sommes » aujourd’hui, après trois sommets intercoréens et un sommet entre les États-Unis et la Corée du Nord en l’espace de cinq mois, s’est félicitée la Ministre.  Lors de son troisième sommet avec M. Kim, la semaine dernière, le Président Moon a entendu le leader nord-coréen déclarer lui-même, pour la première fois, son engagement à faire de la péninsule coréenne une terre exempte d’armes nucléaires et de menaces, a-t-elle précisé.  Citant la Déclaration conjointe de Pyongyang, Mme Kang a dit espérer que les prochaines négociations entre les États-Unis et la Corée du Nord produiront « des résultats plus concrets ». 

La communauté internationale a été en mesure de ramener la Corée du Nord au dialogue à travers « une combinaison équilibrée d’outils diplomatiques », a reconnu Mme Kang.  Elle a jugé critique le rôle joué à cet égard par le Conseil de sécurité lors de l’adoption des sanctions, pour signifier à la Corée du Nord que la poursuite de son programme nucléaire ne serait jamais acceptée, tout en laissant la porte ouverte au dialogue.  La volonté de la communauté internationale a finalement prévalu et, ces derniers mois, la Corée du Nord a pris une série d’actions, « des premières », impensables il y a seulement un an, a poursuivi la Ministre. 

Le Gouvernement de la République de Corée s’engage à continuer de travailler avec la communauté internationale pour faire en sorte que les sanctions du Conseil soient fidèlement appliquées, et avec la Corée du Nord pour progresser vers une dénucléarisation complète, a assuré la Ministre.  Il renforcera le dialogue intercoréen pour solidifier l’élan en faveur de la réconciliation et de meilleures relations.   

M. TARO KONO, Ministre des affaires étrangères du Japon, a apporté son soutien aux efforts diplomatiques en cours, notamment lors du Sommet « historique » entre les États-Unis et Singapour en juin, ainsi que des trois sommets intercoréens organisés cette année.  « J’ai bon espoir que ces efforts aboutiront au démantèlement complet, vérifiable et irréversible de tous les programmes d’armes de destruction massive et de missiles balistiques de la RPDC », a-t-il déclaré. 

Néanmoins, a poursuivi M. Kono, nous sommes préoccupés par le dernier rapport en date de l’Agence internationale de l’énergie atomique, selon lequel Pyongyang poursuit son programme nucléaire.  En outre, le Gouvernement japonais partage l’analyse des États-Unis et d’autres pays partenaires sur le fait que le plafond annuel fixé pour les ventes de produits pétroliers a déjà été dépassé en 2018, en violation des sanctions internationales.  « Il est important que tous les États Membres cessent de fournir immédiatement ces produits à la Corée du Nord en vertu des résolutions du Conseil de sécurité », a-t-il mis en garde.  Par ailleurs, a-t-il souligné, des informations nombreuses font état d’efforts sophistiqués pour contourner les mesures imposées par le Conseil de sécurité, notamment les transferts de navire à navire et la vente de droits de pêche. 

Enfin, entre le Japon et la Corée du Nord continue de se poser la question des enlèvements, qui doit être résolue « immédiatement », a tranché le Ministre.  « Le Japon est prêt à s’engager directement avec la Corée du Nord et à mettre tout en œuvre » pour y parvenir, a-t-il annoncé.  Pyongyang, a-t-il affirmé, a ici une « occasion unique » qui doit être saisie pour envisager un avenir meilleur.

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