Yémen: « Nous perdons la lutte contre la famine », avertit Mark Lowcock qui décrit « la pire crise humanitaire au monde » devant le Conseil de sécurité

CS/13519
21 septembre 2018
8361e séance - après-midi

Yémen: « Nous perdons la lutte contre la famine », avertit Mark Lowcock qui décrit « la pire crise humanitaire au monde » devant le Conseil de sécurité

Quelques jours après l’échec des pourparlers de paix de Genève entre les parties yéménites, du fait de l’absence des houthistes, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock, a affirmé cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, que « nous perdons la lutte contre la famine ». 

En effet, le haut fonctionnaire a parlé d’une « situation humanitaire sombre » au Yémen, en notant que la réalité sur le terrain s’est dégradée de manière alarmante au cours des dernières semaines.  Il a même redouté que l’on se rapproche du point de rupture à partir duquel il sera impossible d’éviter des pertes massives de vie et une famine à travers tout le pays.

De nombreuses délégations ont de nouveau insisté pour que soit trouvée une solution politique à la crise, notamment dans un contexte économique catastrophique avec la dévaluation du rial et une situation sécuritaire toujours tendue avec l’asphyxie du port de Hodeïda qui est pourtant le « cordon ombilical » du Yémen, selon les propos de la déléguée de la France.  Celle-ci a rappelé que c’est le lieu de transit « de plus des trois quarts de l’aide humanitaire et du fret commercial » du pays.

Le Coordonnateur des secours d’urgence a expliqué qu’au Yémen, 18 millions de personnes, dont une grande partie sont des enfants, vivent dans l’insécurité alimentaire, parmi lesquels 8 millions au moins qui se demandent chaque jour où ils vont trouver leur prochain repas.  Il a averti que 3,5 millions de Yéménites de plus pourraient connaître bientôt le même sort.

Selon lui, cette situation est « la pire crise humanitaire au monde » après des années de combats intenses qui ont détruit les infrastructures, ravagé les services publics, déplacé des millions de personnes et provoqué l’une des pires épidémies de choléra.   

Malgré ce tableau sombre, il a été possible de maintenir une situation relativement stable et d’éviter le pire depuis le début de l’année, a poursuivi M. Lowcock en expliquant que « la pire crise humanitaire au monde a mobilisé la plus grande réponse humanitaire du monde ».  Ainsi, le nombre de personnes bénéficiant directement de l’aide humanitaire est passé de trois à huit millions en un an et les campagnes de prévention et de vaccination ainsi que la remise en marche de centrales d’approvisionnement en eau chlorée ont pu empêcher une troisième vague de choléra à Aden, Hodeïda et Ibb.  Il a profité pour rendre hommage aux milliers de travailleurs humanitaires et remercié la communauté des donateurs qui a pu lever 2,6 milliards de dollars, dont 2 milliards par le biais du Plan de réponse humanitaire pour le Yémen. 

Le Secrétaire général adjoint a néanmoins relevé que deux développements récents risquent de dépasser les moyens actuels des opérations de secours et d’assistance.  Il s’agit de la détérioration alarmante de l’économie, ce dont témoigne notamment la dévaluation de plus de 30% en un mois du rial yéménite, et le manque de carburant avec la hausse du prix du pétrole qui a doublé en l’espace d’une semaine.  La représentante des Pays-Bas n’a pas dit le contraire en notant que les experts ont prédit que « l’effondrement de l’économie a le potentiel de tuer plus de Yéménites que la violence armée ».   

Sur le plan sécuritaire, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) est préoccupé par l’intensification des combats au cours de ces dernières semaines, à Hodeïda et aux alentours, ce qui étouffe la route d’approvisionnement de l’opération de secours et des marchés locaux.  S’ajoute à cela le fait que l’artère principale qui relie Hodeïda à Sanaa a été bloquée ces derniers jours à cause des affrontements, tandis que d’autres routes ont été gravement endommagées.  Pour pallier cet état de fait, le représentant du Yémen a indiqué qu’une lettre des États de la coalition, envoyée aujourd’hui à l’OCHA, propose des routes alternatives pour évacuer les civils de Hodeïda et y faire parvenir l’aide en partant de Sanaa.  Pour assurer l’efficacité de l’aide, la coalition prône par exemple qu’elle soit décentralisée et qu’elle profite de certains corridors aériens.   

Le délégué de la Fédération de Russie a jugé appropriée la proposition d’élaborer un dispositif de sécurité et de confiance dans le Golfe persique et dans tout le Moyen-Orient.  Il a expliqué qu’une telle initiative permettrait de renforcer la sécurité mondiale et de régler tant les crises de longues dates que les nouvelles. 

« Nous ne sommes pas impuissants », a reconnu la représentante des États-Unis en invitant la communauté internationale à se concentrer sur la reprise des négociations pour mettre fin au conflit.  À ce propos, la déléguée du Royaume-Uni a déploré l’échec des pourparlers de Genève mais a incité les parties yéménites à adhérer aux initiatives de paix de l’Envoyé spécial.  Le Koweït a estimé que l’impasse des pourparlers politiques est dû au désistement des houthistes, un groupe qui « menace en outre la sûreté de la navigation maritime internationale ».  Le représentant du Yémen a aussi rappelé que c’est à cause du coup d’État des houthistes, appuyé par l’Iran, que le pays a basculé dans la guerre civile en 2014.

« Je sais que certains voudrons parler de -à qui la faute- », a objecté M. Lowcock qui a jugé que « c’est la mauvaise question à se poser en ce moment ».  Pour le haut fonctionnaire, la seule question qu’il faille poser est « qui peut faire quelque chose pour empêcher la catastrophe imminente? »  Il a averti que même en augmentant le niveau de réponse humanitaire, il n’est pas possible que les organisations humanitaires puissent prendre en charge 29 millions de Yéménites.  C’est pourquoi il a demandé au Conseil de sécurité d’agir dans trois domaines. 

Il faut d’emblée commencer par faciliter des mesures pour stabiliser l’économie et le taux de change.  Il faut également veiller à ce que toutes les parties impliquées respectent leurs obligations de protection des infrastructures civiles et facilitent l’accès humanitaire aux plus vulnérables.  Enfin, il a demandé à toutes les parties de trouver des solutions pratiques aux principales questions en suspens, y compris pour la mise en place d’un pont aérien d’évacuation des malades civils qui ne peuvent plus être traités au Yémen.

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Déclarations

M. MARK LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence, a affirmé que « la situation humanitaire au Yémen est sombre ».  « Nous perdons la lutte contre la famine », a-t-il prévenu, notant que la réalité sur le terrain s’est dégradée de manière alarmante au cours des dernières semaines.  Il a redouté que l’on se rapproche du point de basculement à partir duquel il sera impossible d’éviter des pertes massives de vie et une famine à travers tout le pays.

Le Yémen représente « la pire crise humanitaire au monde » depuis quelques années, ce qui s’explique par les années de combats intenses qui ont détruit les infrastructures, ravagé les services publics, déplacé des millions de personnes et provoqué l’une des pires épidémies de choléra.  De plus, a précisé M. Lowcock, l’économie s’est effondrée, alors que le Yémen faisait déjà partie des pays les plus pauvres au monde.  Depuis le début de cette année, 75% des Yéménites dépendent d’une forme d’aide humanitaire ou de protection et « des millions de Yéménites n’ont plus de source de revenu stable », y compris les familles d’enseignants, de personnel soignant et autres qui n’ont pas reçu de salaire régulier depuis deux ans, a poursuivi le haut fonctionnaire.

Et de dénombrer les 18 millions de personnes, dont une grande partie sont des enfants, qui vivent dans l’insécurité alimentaire, et les 8 millions au moins qui sont en situation critique et qui se demandent chaque jour où ils vont trouver leur prochain repas.  Malgré ce tableau sombre, il a été possible de maintenir une situation relativement stable et d’éviter le pire depuis le début de l’année, parce que « la pire crise humanitaire au monde a mobilisé la plus grande réponse humanitaire du monde ».  M. Lowcock a indiqué que le nombre de personnes bénéficiant directement de l’aide humanitaire est passé de 3 à 8 millions en un an et que les campagnes de prévention et de vaccination ainsi que la remise en marche de centrales d’approvisionnement en eau chlorée ont pu empêcher une troisième vague de choléra à Aden, Hodeïda et Ibb.

« Le fonctionnement d’un effort humanitaire d’une telle ampleur exige une opération énorme sur le terrain. »  M. Lowcock a saisi cette occasion pour rendre hommage aux milliers de travailleurs humanitaires des organismes onusiens, mais aussi de la Croix-Rouge, du Croissant-Rouge, et de différentes organisations de la société civile.  Il a également remercié la communauté des donateurs, en particulier l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, les États-Unis et de nombreux pays européens qui, ensemble, ont levé 2,6 milliards de dollars, dont 2 milliards par le biais du Plan de réponse humanitaire pour le Yémen.  

Mais, a averti M. Lowcock, deux développements récents risquent de dépasser les moyens actuels des opérations de secours et d’assistance, à savoir la détérioration alarmante de l’économie, ce dont témoigne notamment la dévaluation de plus de 30% en un mois du rial yéménite.  Expliquant que quasiment toute la nourriture est importée au Yémen, il a relevé que cette dévaluation se répercute directement sur les prix.  Ainsi, près de 10 millions de personnes qui n’étaient pas jusque-là bénéficiaires de l’aide se retrouvent de facto en situation d’insécurité alimentaire.  Selon ses estimations, il y aura bientôt 3,5 millions de personnes supplémentaires en situation d’insécurité alimentaire grave, en plus des 8 millions actuels.  Il a également fait état de manque de carburant et de la hausse du prix du pétrole qui a doublé en l’espace d’une semaine.

L’autre facteur qui alarme le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) est l’intensification des combats au cours des dernières semaines à Hodeïda et ses alentours, ce qui « étouffe la route d’approvisionnement de l’opération de secours, mais aussi des marchés locaux ».  S’ajoute à cela que l’artère principale qui relie Hodeïda à Sanaa a été bloquée ces derniers jours à cause des affrontements, tandis que d’autres routes ont été gravement endommagées, ce qui augmente significativement le temps et le coût du transport des biens, qu’ils soient à usage humanitaire ou commercial, a précisé M. Lowcock.  Il a aussi noté que des groupes armés occupent certaines installations humanitaires et que des attaques contre des civils et des humanitaires se sont soldées par des douzaines de morts.

Pour M. Lowcock, rien n’indique que l’intensification récente des combats profite à quiconque, mais par contre on sait qui sont les perdants, à savoir les millions de Yéménites, essentiellement des femmes et des enfants, dont les vies sont en jeu.  « Je sais que certains voudrons parler de ꜠à qui la faute꜠, mais c’est la mauvaise question à se poser en ce moment », s’est impatienté le Coordonnateur pour lequel la seule question qu’il faille poser est « qui peut faire quelque chose pour empêcher la catastrophe imminente? »  Il a averti que même en augmentant le niveau de réponse humanitaire, il n’est pas possible que les organisations humanitaires puissent prendre en charge 29 millions de Yéménites.  

Ainsi M. Lowcock a demandé au Conseil de sécurité d’agir dans trois domaines, à commencer par faciliter des mesures pour stabiliser l’économie et le taux de change.  Il doit également veiller à ce que toutes les parties impliquées respectent leurs obligations en termes de protection des infrastructures civiles et facilitent l’accès humanitaires aux plus vulnérables.  À ce titre, il a exigé que les ports et les routes principales restent ouverts, opérationnels et sûrs et a réitéré qu’aucun site humanitaire ne peut être utilisé à des fins militaires.  Enfin, il a demandé à toutes les parties de trouver des solutions pratiques aux principales questions en suspens, y compris pour la mise en place d’un pont aérien d’évacuation des malades civils qui ne peuvent plus être traités au Yémen.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a invité les parties au conflit au Yémen à faire tout ce qui est possible pour protéger les civils et respecter le droit international humanitaire.  Elle a insisté sur le fait que les groupes armés occupant les sites humanitaires devraient les quitter.  Elle a également plaidé pour que l’assistance humanitaire puisse arriver aux bénéficiaires, tout en émettant le vœu de voir se poursuivre les activités de ravitaillement commercial en plus de l’aide humanitaire dont le pays a besoin.

Sur le plan économique, elle a déploré la perte de la valeur de la monnaie locale.  Une situation qui fragilise davantage le pouvoir d’achat des familles, a-t-elle expliqué avant d’inviter le Conseil de sécurité à s’engager dans la stabilisation de la situation humanitaire au Yémen, et de collaborer avec les agences onusiennes pour la stabilisation de l’économie yéménite.  Mme Pierce a aussi, sur le plan politique, déploré l’échec des pourparlers de Genève, tout en invitant les parties yéménites à adhérer aux initiatives de paix de l’Envoyé spécial.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) s’est inquiété de la détérioration de la situation humanitaire au Yémen et des actions qui entravent l’acheminement de l’aide humanitaire, pointant du doigt notamment la fermeture de la route principale entre Sanaa et Hodeïda.  Il a dénoncé l’impasse dans laquelle se trouvent les pourparlers politiques en raison, a-t-il affirmé, de la position adoptée par les houthistes.  Ce groupe menace en outre la sûreté de la navigation maritime internationale, a-t-il dénoncé, évoquant des tentatives d’attaques de plusieurs navires de marchandises.

Le représentant a qualifié d’inacceptable le fait que des parties ignorent la résolution 2216 et obstruent le processus politique.  Il a dénoncé les tirs de missiles balistiques contre les pays voisins, ainsi que les menaces qui affectent le commerce maritime dans la mer Rouge.  Il a aussi déploré l’utilisation de boucliers humains et l’enrôlement d’enfants.  Pour finir, le représentant a appelé l’ONU à coopérer avec les parties pour assurer une pleine distribution de l’aide humanitaire dans toutes les régions du pays.

M. VLADIMIR K. SAFRONKOV (Fédération de Russie) a déclaré que son pays est lié avec le peuple yéménite sur le plan historique et a plaidé pour une solution politique à cette crise.  À son avis, la désescalade autour du port de Hodeïda et l’arrêt des hostilités pourrait permettre de parvenir au dialogue.  Rappelant que c’est le peuple yéménite qui souffre, il a appelé à se rallier aux efforts de l’Envoyé spécial qui vient de mener des discussions à Genève.  Pour la Fédération de Russie, il existe une chance de faire des avancées en ce qui concerne les échanges de prisonniers ou le versement des salaires.  Le représentant a invité les parties au conflit à se rallier aux initiatives de paix de l’Envoyé spécial.  Il a aussi mis en garde que les tirs de missiles vers l’Arabie saoudite ne peuvent pas mener à des solutions durables.

La Fédération de Russie plaide pour un arrêt complet des combats afin de se tourner vers un processus politique au Yémen.  Le représentant a dit que son pays continuerait d’apporter son aide au Yémen sur le plan humanitaire, tant au nord qu’au sud du pays.  Par ailleurs, il a jugé appropriée la proposition d’élaborer un dispositif de sécurité et de confiance dans le Golfe persique et dans tout le Moyen-Orient.  Il a expliqué qu’une telle initiative permettrait de renforcer la sécurité mondiale et de régler tant les crises de longues dates que les nouvelles.  Enfin, il a souhaité que les menaces et les affrontements au Yémen laissent la place à la coopération.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a fait part de la préoccupation de la Pologne face à l’escalade de la violence à Hodeïda, notamment avec le conflit se rapprochant de la ville.  Elle a rappelé qu’Hodeïda joue un rôle majeur pour des millions de gens et que c’est le principal point de passage de la nourriture et d’autres biens arrivant dans le pays.  Tout ce qui se passe à Hodeïda et aux alentours de la ville a déjà des conséquences sur les autres provinces du pays, a-t-elle noté.  La représentante a plaidé pour l’ouverture des routes et ports du pays, afin que l’aide humanitaire atteigne des millions de nécessiteux.

Elle a déploré en outre les nombreuses attaques contre les populations et infrastructures civiles au Yémen, invitant les parties en conflit à respecter les principes de base du droit international humanitaire.  Enfin, la déléguée a salué le fait que l’Envoyé spécial continue de mener des consultations avec toutes les parties.  En effet, la seule issue au conflit yéménite, a-t-elle conclu, est une solution politique.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) s’est inquiété de l’extrême vulnérabilité dans laquelle se trouvent des millions de personnes au Yémen et a dénoncé l’étendue de la violence dans ce pays.  Il a déploré que les alertes lancées précédemment par l’ONU sur les risques d’une escalade à Hodeïda n’aient pas débouché sur des efforts de diplomatie préventive outre les efforts de l’Envoyé spécial, M. Martin Griffith.  Il a aussi regretté l’absence des houthistes à la réunion de Genève, tout en estimant que cela ne doit pas servir de justification pour une résolution militaire du conflit.

Le délégué s’est aussi soucié de l’état économique du pays et a jugé urgent que les parties concernées, ou ayant une capacité d’influence sur elles, se mobilisent pour parvenir à un cessez-le-feu durable et assurer la reprise des négociations.  Il a appelé à assurer l’ouverture et le plein fonctionnement des principaux ports du pays, à commencer par celui de Hodeïda.  Le représentant a aussi appelé le Conseil de sécurité à se montrer uni sur ce dossier.

M. OLOF SKOOG (Suède) s’est alarmé de « l’urgence désespérée » de la situation humanitaire du Yémen en raison, notamment de la détérioration de l’environnement sécuritaire.  Face à une situation aussi dramatique, il a estimé que les appels du Conseil de sécurité doivent se faire entendre « haut et fort » et a rappelé les principaux thèmes de la déclaration présidentielle adoptée au mois de mars dernier.  Il a notamment appelé à la cessation immédiate des hostilités et à la promotion du processus politique.  Il a également réclamé un accès humanitaire sans entrave et le plein fonctionnement des principaux ports et routes du pays.  La protection des civils et du personnel médical et humanitaire s’impose également.

Le représentant a aussi appelé à intensifier de manière urgente les efforts diplomatiques afin de trouver une solution pacifique au conflit.  Il a profondément regretté que les houthistes ne se soient pas rendus à Genève, tout en estimant que cela ne doit pas servir de prétexte pour un retour à la violence.  « On ne peut rester les bras croisés lorsque des millions de civils sont en danger », a martelé le représentant avant d’engager le Conseil à renforcer ses efforts pour appuyer l’Envoyé spécial.  « Nous devons également appeler les parties à participer de bonne foi, sous l’égide de l’ONU, à un processus politique inclusif. »

Mme ANNE GUEGUEN (France) a souligné l’aggravation des tensions dans la province de Hodeïda depuis le début du mois de septembre, et les risques majeurs dont elle est porteuse sur le plan humanitaire.  Elle a exigé que tout soit fait pour que la confrontation militaire en cours épargne la population civile déjà durement éprouvée.  Les infrastructures civiles doivent également être préservées et le ravitaillement en nourriture et énergie doit pouvoir être assuré.  Les civils qui cherchent à fuir les combats doivent pouvoir le faire librement et en sécurité, a encore demandé la représentante.

En second lieu, elle a insisté sur l’importance de préserver le « cordon ombilical » que représente pour le Yémen le port de Hodeïda, par où transitent plus des trois quarts de l’aide humanitaire et du fret commercial.  « Les ports de Hodeïda et de Saleef doivent rester ouverts et pleinement fonctionnels », a-t-elle exigé, expliquant qu’il ne s’agit pas seulement de l’approvisionnement de Hodeïda et sa région, mais aussi du hinterland qui couvre la plus grande partie du pays, y compris Sanaa, où vivent la majorité des Yéménites.  Les routes entre Hodeïda et Sanaa doivent rester ouvertes pour l’acheminement de l’aide alimentaire et éviter que la malnutrition à grande échelle ne se transforme en famine sans précédent.  « Nous le disons avec force: la conduite des opérations militaires ne doit en aucun cas entraver l’accès humanitaire. »  La France exige en outre la protection du personnel humanitaire sur place.

Au-delà de la situation à Hodeïda, la France estime qu’il faut collectivement répondre à la dégradation constante de la situation humanitaire au Yémen.  Elle appelle les parties à garantir un accès humanitaire complet, sûr et sans entrave aux populations qui en ont besoin.  Alors que le rial a fortement baissé, que les prix montent et que les denrées de base se raréfient, elle a invité le Conseil et, plus largement, la communauté internationale à appuyer les efforts des institutions financières internationales pour trouver une solution à la crise économique dont souffre le pays.  La France est prête à agir sur ce sujet, dans le prolongement des travaux de la réunion humanitaire de Paris sur le Yémen du 27 juin.

Dans ce contexte, Mme Gueguen a estimé qu’il était essentiel de préserver toutes les chances de renouer le dialogue et de construire un véritable processus politique reposant sur des mesures de confiance entre les parties.  « Genève a peut-être constitué une occasion manquée, mais cela ne signifie en aucun cas la fin des efforts pour faire avancer le processus politique et ne doit pas se traduire par une hausse des tensions entre les parties. »  La France, a conclu la représentante, appelle toutes les parties à rester engagées aux côtés de l’Envoyé spécial pour reprendre au plus vite la voie du dialogue et faire avancer le processus politique qui est la seule issue possible au conflit au Yémen.

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) s’est dit consterné par la poursuite des hostilités au Yémen.  Il a jugé regrettable qu’à ce jour, la ville de Hodeïda, où transitent 70% des importations de vivres et de combustibles, continue d’être le théâtre d’affrontements. Il a appelé à garantir la sécurité de cette ville et le plein fonctionnement de son port.  Le représentant s’est aussi alarmé du fait que des millions de personnes sont dans le besoin au Yémen, jugeant injustifiable le coût humain de ce conflit.

Le représentant a ensuite dénoncé les attaques aveugles qui ont récemment frappé des lieux publics, tuant 21 enfants et en blessant 82 autres. Il s’est aussi soucié du fait que depuis le 12 septembre, 45 000 tonnes de céréales sont bloquées en raison des affrontements armés, alors que ces denrées pourraient être utilisées par les « Moulins de la Mer rouge » pour nourrir trois millions de personnes.  Le représentant s’est également inquiété de la présence du choléra et des décès occasionnés par la maladie, notamment parmi les enfants. Il a ensuite appelé l’ensemble des parties à appuyer les efforts de l’Envoyé spécial pour arriver à des mesures de renforcement de la confiance et reprendre les négociations.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a déploré la poursuite des combats à Hodeïda, ce qui a un impact négatif sur l’approvisionnement alimentaire du pays.  Il a noté que le port de Hodeïda est celui par lequel arrive la majorité des vivres dans le pays.  Le conflit qui s’y déroule, a-t-il relevé, a donc des conséquences majeures sur toute la population du pays.  Il a mis en garde que la campagne militaire dans la ville de Hodeïda a un potentiel catastrophique.

Le représentant a donc plaidé pour que le Conseil insiste auprès des parties en conflit afin qu’elles respectent les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  Il a aussi invité les parties à mettre fin aux combats et à s’engager sur la voie d’un processus politique, notamment par le biais de l’initiative de dialogue de l’Envoyé spécial. 

Pour Mme LISE GREGOIRE VAN HAAREN (Pays-Bas), les images venant du Yémen où l’on voit des enfants affamés sur des lits d’hôpitaux sont « une honte pour la communauté internationale ».  Cela pousse donc à parler et à agir, a-t-elle dit en notant que le non-fonctionnement du port de Hodeïda et la rupture de sa chaîne d’approvisionnement risquent de faire basculer le pays dans une famine totale.  Elle a rappelé les dispositions de la résolution 2417 (2018) du 24 mai dernier et a invité le Conseil à avoir en tête ce texte afin d’empêcher une détérioration de la situation.  Pour les Pays-Bas, les parties en conflit ont la responsabilité de garder le port de Hodeïda ouvert et pleinement fonctionnel, afin d’assurer que des équipements importants parviennent aux populations dans tout le pays.

Sur le plan économique, les Pays-Bas déplorent la récente dévaluation du rial qui atteint son point le plus bas de l’histoire, une situation qui affecte le pouvoir d’achat des Yéménites.  Avec l’inflation des prix des produits alimentaires et le non-paiement des salaires des fonctionnaires depuis deux ans, on assiste donc à une « combinaison létale » pour les Yéménites ordinaires.  Mme Gregoire Van Haaren a souligné que les experts ont même averti que « l’effondrement de l’économie a le potentiel de tuer plus de Yéménites que la violence armée ».  Elle a terminé son propos en plaidant pour la fin de l’impunité au Yémen, arguant que c’est l’une des clés pour mettre un terme au conflit.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a appelé à protéger les civils et à leur garantir la liberté de circulation.  Il a salué l’abnégation du personnel humanitaire qui vient en aide à la population, tout en notant que des millions de civils sont confrontés au risque du choléra.  Le représentant a appelé à mettre en place des mesures de confiance, et s’est félicité de la décision prise par la coalition de maintenir les ports ouverts.  Il s’est également soucié du non-versement des salaires et de la dévaluation de la monnaie locale.

M. GBOLIÉ DESIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire), préoccupé par la reprise des combats, depuis le 18 septembre, autour du port de Hodeïda, a estimé que ces affrontements sont de nature à aggraver la situation humanitaire, déjà considérée par l’ONU comme la pire au monde.  Ils mettent également en péril l’acheminement de l’aide humanitaire et entraînent la flambée des produits de première nécessité, a-t-il aussi noté.  En effet, selon l’OCHA, les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 68% depuis 2015, a souligné le représentant, qui a également évoqué la pénurie de carburant.

« La Côte d’Ivoire appelle les belligérants à un cessez-le-feu immédiat, afin de permettre la livraison sûre et sans entrave de l’aide humanitaire aux populations en détresse. »  Elle les invite à reprendre le dialogue, en vue d’un règlement politique de la crise actuelle, et à respecter leurs obligations en matière de droit international humanitaire.  Le représentant ivoirien a exhorté les parties au conflit à s’approprier le plan de paix proposé par M. Martin Griffith, l’Envoyé spécial des Nations Unies au Yémen.  Il a encouragé celui-ci à poursuivre sa médiation et ses bons offices pour une reprise du dialogue interyéménite.

M. WU HAITAO (Chine) a salué les efforts déployés par l’Envoyé spécial, tout en se préoccupant de la détérioration de la situation humanitaire dans le pays, en raison notamment de l’insécurité humanitaire et de l’épidémie de choléra.  Il faut encourager les parties à choisir la réconciliation et les exhorter à prendre des mesures pour éviter la flambée des prix, a-t-il recommandé avant de plaider pour une assistance à la population sans entraves.  Le représentant a souligné qu’il n’existe pas d’alternative à la résolution politique du conflit et a noté les efforts déployés par l’Envoyé spécial à cette fin.  Il a appelé à préserver la souveraineté et l’intégrité territoriale du Yémen et à trouver une solution au plus tôt.

M. TAYE ATSKE SELASSIE AMDE (Éthiopie) a appelé toutes les parties au conflit à tout faire pour que les humanitaires aient accès aux populations afin de leur venir en aide.  Les civils yéménites ont tant souffert, a-t-il rappelé en appelant à leur éviter des souffrances supplémentaires.  « Les attaques contre des navires sont totalement inacceptables et l’Éthiopie les condamne. » 

La seule solution à la crise est un dialogue ouvert, a suggéré le représentant en plaidant pour un soutien aux initiatives de l’Envoyé spécial qui a invité toutes les parties à la table des négociations.  Il a recommandé à ces parties de travailler de bonne foi avec l’Envoyé spécial, et sans poser de conditions préalables.  Il a également invité les pays ayant une quelconque influence sur le terrain à soutenir le processus de paix engagée par l’ONU.

Mme NIKKI HALEY (États-Unis) a qualifié d’épouvantable la crise humanitaire qui sévit au Yémen.  « Mais ce qui l’est encore plus, c’est ce que nous ne savons pas », a-t-elle ajouté, évoquant des populations contraintes de se nourrir d’une bouillie de feuilles et des « villages de bébés affamés ».  « Nous ne saurons peut-être jamais combien d’enfants sont morts », s’est-elle alarmée.  Elle a appelé la communauté internationale à faire preuve de la volonté politique nécessaire pour venir en aide à ces familles.

Mme Haley a demandé notamment de protéger les moulins à grains et les entrepôts de nourriture, avant de souligner que les combattants ne doivent pas pénétrer dans les installations de l’ONU.  Il faut veiller à ce que l’aide humanitaire parvienne aux populations affamées, a voulu la représentante qui a aussi appelé les parties à lever toute restriction sur les importations de combustibles ou de vivres, entre autres.  « Nous ne sommes pas impuissants et nous devons nous concentrer sur la reprise des négociations pour mettre fin au conflit », a-t-elle conclu.

M. AHMED AWAD BIN MUBARAK (Yémen) a demandé au Conseil de sécurité de ne point traiter des symptômes sans considérer les causes de la crise yéménite.  Il a ainsi rappelé que c’est en raison du coup d’État des milices houthistes, appuyées par l’Iran, que le pays a basculé dans la guerre civile en 2014.  Il a fait valoir que le Président du pays a tout de même fait de nombreuses concessions et a même tendu la main à la partie adverse.  Il a déploré le fait que les houthistes aient boycotté, à la dernière minute, les pourparlers de Genève, disant que « cela fait partie de leur jeu » et souhaitant que la communauté internationale en prenne conscience.

Sur le plan humanitaire, le représentant a indiqué que toutes les villes contrôlées par les putschistes sont l’objet de crises humanitaires, les familles ne recevant aucune aide humanitaire.  La province de Hodeïda est maintenant l’endroit qui suscite le plus d’inquiétudes sur le plan de l’assistance humanitaire, car les milices contrôlent le port, a-t-il dénoncé.  D’ailleurs, a-t-il noté, les États de la coalition ont envoyé une lettre aujourd’hui aux Nations Unies pour décrire les obstacles qui entravent l’accès humanitaire au Yémen, tout en proposant des routes alternatives pour évacuer les civils de Hodeïda et y faire parvenir l’aide en partant de Sanaa.  Pour assurer l’efficacité de l’aide, la coalition prône par exemple qu’elle soit décentralisée et qu’elle profite de certains corridors aériens.  En concluant, le représentant a demandé que la communauté internationale soutienne les efforts menés par le Yémen pour stabiliser sa monnaie.

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