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CS/13485
5 septembre 2018
8341e séance – après-midi

Libye: Au lendemain du cessez-le-feu à Tripoli, « le statu quo est intenable », estime le Représentant spécial devant le Conseil de sécurité

Le 4 septembre, la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) est parvenue à faire accepter des principales parties au conflit dans ce pays un cessez-le-feu, permettant de rétablir un début de calme à Tripoli, où des violences avaient éclaté le 26 août dernier, a annoncé, cet après-midi, le Représentant spécial du Secrétaire général, pour qui « le statu quo est intenable ».

« La violence qui s’est emparée de la capitale a fait exploser la façade de calme qui prévalait depuis mai 2017.  Les tanks et l’artillerie lourde ont été déployés dans des quartiers résidentiels.  Soixante et un Libyens ont été tués et 159 autres blessés, la plupart des victimes étant des civils, parmi lesquelles des enfants.  Des familles ont été contraintes au déplacement.  Les pillages et la criminalité sont devenus monnaie courante à mesure que les gangs ont pris le contrôle des rues.  Des centaines de criminels se sont échappés de prison.  Les migrants sont, soit pris au piège dans des centres de détention, soit finissent à la rue ».

La ville se trouvait au bord d’une « guerre totale », a résumé M. Ghassan Salamé par visioconférence depuis Tripoli, en estimant que cette dernière escalade en date ne fait que perpétuer un cycle de violences qui a déjà menacé de « couper en deux » le pays en juin et juillet.  Et le 23 août, Daech, dont l’influence ne cesse de s’étendre selon lui, a revendiqué l’attaque commise près de Zliten, qui a coûté la vie à quatre policiers: « Je mets en garde ce Conseil contre la possibilité que la Libye ne devienne un repaire de terroristes de tous bords. »

Un autre risque pointé du doigt aujourd’hui par le Représentant spécial, c’est celui de voir le sud de la Libye devenir un « champ de bataille » « alternatif » et une base-arrière de groupes armés étrangers, y compris d’organisations terroristes.  Les récents affrontements que se sont livrées sur place les forces gouvernementales tchadiennes et celles d’opposition alimentent ces craintes, alors que, dans l’est du pays, Derna est le théâtre d’affrontements sporadiques et de frappes aériennes, a argué M. Salamé.

Le représentant de la Libye a dénoncé l’irresponsabilité de parties qui se servent d’armes pour s’opposer à la mise en place d’institutions sécuritaires unifiées, conformément aux principes élaborés par la MANUL en concertation avec les parties libyennes.  Une unification de l’armée et de la police « réclamée quasi unanimement » par la population libyenne, précise le rapport du Secrétaire général que le Représentant spécial était venu présenter.

Tandis que le délégué libyen imputait la gravité de la crise économique à la détérioration de la situation sécuritaire, M. Salamé a estimé quant à lui que les défis économiques sont à la source de la violence.  Le haut fonctionnaire a indiqué avoir exhorté la Banque centrale de Libye et le Gouvernement d’entente nationale à faire des progrès sur les questions du taux de change de la devise nationale et des réformes des subventions.

« Nous sommes également favorables à une redistribution plus équitable de la richesse en Libye, axée non pas sur l’apaisement des groupes en fonction de leur puissance militaire, mais sur la fourniture d’une assistance aux Libyens en fonction de leurs besoins », a expliqué le Représentant spécial, qui a dénoncé le « comportement prédateur » de groupes armés formés de « porte-flingues devenus millionnaires ».

Mais M. Salamé a également dirigé sa diatribe vers les membres de la Chambre des représentants, laquelle a échoué jusqu’à présent à organiser des élections législatives et présidentielle en Libye, initialement prévues le 10 décembre 2018. Certains d’entre eux, a-t-il accusé, manœuvrent pour « détourner le processus politique » à leur profit et « cimenter leur autorité » au lieu de plancher sur une législation pertinente ouvrant la voie à la tenue des scrutins, à l’issue desquels ils pourraient perdre leur siège.

Considérant que les agissements des groupes armés sont directement responsables d’un climat inadéquat à la tenue d’un processus électoral, le délégué libyen a encouragé le Conseil à envisager des sanctions contre ces individus.  Une proposition sur laquelle la Fédération de Russie et la Chine, entre autres, ont émis des réserves.  D’une manière générale, les membres du Conseil de sécurité ont reconnu l’importance de réunir des conditions propices à la tenue d’élections.

Le représentant de la Côte d’Ivoire a rappelé que l’unité du Conseil de sécurité avait permis la mise sous sanctions, le 7 juin 2018, de six individus libyens impliqués dans la traite de personnes, dénoncée par plusieurs membres comme un fléau en Libye.  Le 23 août, le Groupe d’experts du Comité établi par la résolution 1970 (2011) du Conseil de sécurité, qui s’occupe de surveiller l’état de mise en œuvre de ces sanctions, a indiqué que les violations de l’embargo sur les armes et l’exportation illicite de pétrole brut et raffiné constituent un obstacle à cet égard, a expliqué le Président du Comité, M. Olof Skoog, de la Suède.

LA SITUATION EN LIBYE (S/2018/780)

Déclarations

« Le statu quo en Libye est intenable », a déclaré M. GHASAN SALAMÉ, Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye.  « La violence qui s’est emparée de Tripoli à partir du 26 août a fait exploser la façade de calme qui prévalait depuis mai 2017.  Les tanks et l’artillerie lourde ont été déployés dans des quartiers résidentiels.  Soixante et un Libyens ont été tués et 159 blessés, la plupart des victimes étant des civils, dont des enfants.  Des familles ont été contraintes au déplacement.  Les pillages et la criminalité sont devenus monnaie courante à mesure que les gangs prennent le contrôle des rues.  Des centaines de criminels se sont échappés de prison.  Les migrants sont, soit pris au piège dans des centres de détention, soient finissent à la rue. »

« La ville se trouve au bord d’une guerre totale », a prévenu le haut fonctionnaire.  Le 4 septembre, la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), qu’il dirige, a réussi à conclure un cessez-le-feu entre les principales parties au conflit, permettant de rétablir un début de calme.  Nous devons maintenant fournir une assistance technique et des bons offices à l’appui du cessez-le-feu, a estimé le Représentant spécial.  Selon lui, la récente flambée de violence n’est que la dernière d’une série qui a secoué la Libye.  « Les évènements de juin et juillet dernier ont en effet menacé de couper le pays en deux.  Le 10 août, des groupes armés ont expulsé par la force des familles Tawerghan du camp de personnes déplacées de Tariq al-Matar.  Et après l’horrible attaque perpétrée le 2 mai contre la Haute Commission électorale nationale, Daech a, le 23 août, revendiqué l’attaque commise près de Zliten, qui a coûté la vie à quatre policiers.  La présence de l’organisation terroriste en Libye ne cesse de s’étendre: « Je mets en garde ce Conseil contre la possibilité que la Libye ne devienne un sanctuaire de terroristes de tous bords et lui demande de réagir à cette menace croissante ». 

En outre, au cours des dernières semaines, a relevé le chef de la MANUL, les forces du Gouvernement tchadien et de l’opposition tchadienne se sont livrées à des affrontements dans le sud de la Libye, plus d’un millier de combattants ayant été impliqués.  Cette région risque de devenir un « champ de bataille » régional et une base-arrière de groupes armés étrangers, y compris d’organisations terroristes, a alerté M. Salamé.  L’Accord récemment conclu par le Tchad, le Soudan, le Niger et la Libye doit donc être mis en œuvre de manière que la Libye ne devienne pas un théâtre de conflit alternatif.  Par ailleurs, à Derna, dans l’est du pays, les affrontements sporadiques et les frappes aériennes se poursuivent, l’ONU s’efforçant de faciliter l’assistance humanitaire aux familles sur place. 

« Nous ne pouvons pas revenir au statu quo ante. » Pour rétablir la stabilité en Libye, M. Salamé a jugé urgent d’établir des institutions civiles et militaires unifiées et vigoureuses, au service de tous les citoyens.  De son côté, la MANUL fait porter son action dans deux domaines spécifiques, mais interdépendants.  Tout d’abord, elle œuvre à la révision des arrangements sécuritaires à Tripoli en vue de réduire l’influence des groupes qui se servent de la lutte armée pour atteindre leurs objectifs.  La seconde priorité de la Mission est de répondre aux problèmes économiques sous-jacents qui érodent au quotidien la vie des citoyens à travers tout le pays.  Aussi, a-t-il exhorté la Banque centrale de Libye et le Gouvernement d’entente nationale à faire des progrès sur les questions du taux de change de la devise nationale et des réformes des subventions.  « Nous sommes également favorables à une redistribution plus équitable de la richesse en Libye, axée non pas sur l’apaisement des groupes en fonction de leur puissance militaire, mais sur la fourniture d’une assistance aux Libyens en fonction de leurs besoins », a résumé le Représentant spécial. 

En ce qui concerne les élections, un certain nombre de conditions doivent être réunies, a-t-il averti.  Regrettant que la Chambre des représentants ait échoué à organiser une élection, et à adopter une législation sur le référendum, M. Salamé a estimé que nombres des membres siégeant à la Chambre échouent à faire leur travail.  « Ils cherchent à détourner le processus politique à leur profit, en se cachant derrière la procédure ou de fausses promesses.  C’est très clair: ils n’ont pas l’intention de renoncer à leurs positions.  Ils ont mis en place des dispositions juridiques pour cimenter leur autorité. »  S’il a salué les récentes réunions entre les deux chambres, le Représentant spécial a toutefois dit que toute tentative de rapprochement devait servir le processus politique.  « J’ai épuisé tous les recours traditionnels pour promouvoir le processus législatif.  Jusqu’à présent, ils ont été, soit bloqués, soit conçus pour n’aller nulle part », a-t-il constaté.  Si une législation n’est pas finalisée rapidement, nous refermerons le chapitre sur cette approche, a conclu M. Salamé. 

M. OLOF SKOOG, intervenant en qualité de Président du Comité établi par la résolution 1970 (2011) du Conseil de sécurité, a fait le point sur les travaux de ce Comité sur la période allant du 17 juillet au 5 septembre 2018 pendant laquelle il s’est réuni une fois de manière informelle et a poursuivi ses travaux par écrit selon la procédure d’approbation tacite.  Le 23 août, le Comité a entendu un exposé du Comité d’experts sur son rapport final, dans le cadre de la résolution 2367 (2013), et a discuté des recommandations qui y figurent.  L’un des problèmes majeurs évoqués à cette occasion était celui des violations de l’embargo sur les armes, et des droits de l’homme, y compris dans le contexte de la traite de personnes migrantes.  Il a également été question d’exportation illicite de pétrole brut et raffiné par la Libye et de l’application du gel des avoirs.

Sur les 14 recommandations du rapports, 7 sont étudiées par le Conseil de sécurité, a-t-il poursuivi, et le reste par le Comité.  Ce dernier a accepté de prendre des mesures de suivi par rapport à 2 de ces recommandations, et a demandé des justifications par écrit pour 3 autres d’entre-elles alors que les 2 dernières ne demandent pas d’action du Comité à ce stade.  Le Président du Comité a ensuite passé en revue les demandes d’exemption et autres reçues par rapports aux problèmes susmentionnés.

Mme VERÓNICA CORDOVA SORIA (Bolivie) s’est dite alarmée des informations faisant état de violations des droits de l’homme perpétrées contre des migrants et des réfugiés dans des camps de détention, où les personnes subissent des mauvais traitements et se voient refusées des soins de santé.  Elle a engagé les parties libyennes à ouvrir des enquêtes sur ces actes atroces.  Sa délégation a ensuite réitéré la nécessité de mettre en œuvre intégralement l’Accord politique libyen pour fermer, de manière définitive, le chapitre de la période de transition.  La représentante a enfin insisté sur l’importance d’adopter la législation adéquate en vue de l’organisation d’élections présidentielle et législatives.

M. ZHANG DIANBIN (Chine) a estimé qu’un dialogue inclusif devait se tenir, un dialogue qui soit ouvert à toutes les parties prenantes libyennes, sans exception.  Il a dit soutenir le Représentant spécial dans ses efforts de mise en œuvre du Plan d’action des Nations Unies, avant de souhaiter que l’Union africaine y apporte également son soutien.  La Chine a estimé que les sanctions ne sont pas une fin en soi, mais un moyen de parvenir à un objectif politique. 

M. LEON H. KACOU ADOM (Côte d’Ivoire) a regretté la reprise des combats à Tripoli entre groupes armés qui s’étaient pourtant engagés à s’inscrire dans le processus de sortie de crise initié par le Gouvernement d’entente nationale, y voyant un signe de la précarité sécuritaire qui prévaut en Libye.  Ces actions risquent de saper les efforts de la communauté internationale en faveur de la réconciliation nationale libyenne, a-t-il redouté.  Aussi, la Côte d’Ivoire appelle-t-elle toutes les parties concernées au strict respect du cessez-le-feu et du couvre-feu décrétés à Tripoli, afin de préserver les acquis du processus global de sortie de crise.  Elle invite les factions armées rivales à Derna à mettre fin aux affrontements et à laisser un accès sans entrave et sûr à l’assistance humanitaire.

Le représentant a également fait part de ses préoccupations par rapport à la persistance du trafic illicite de migrants et les violations flagrantes des droits de l’homme dans les centres de détention, avant de demander la fermeture de ces centres et le respect des droits des détenus.  Il a salué l’unité d’action du Conseil de sécurité qui a permis la mise sous sanctions, le 7 juin 2018, de six individus impliqués dans la traite de personnes.  En revanche, il a regretté le manque de progrès enregistrés dans la mise en œuvre des engagements pris par les parties libyennes lors de la Conférence de Paris du 29 mai 2018 en vue de l’organisation d’élections législatives et présidentielle prévues le 10 décembre 2018.

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) a condamné l’escalade de la violence constatée depuis la semaine dernière à Tripoli, tout en se félicitant de l’accord de cessez-le-feu conclu sous les auspices du Représentant spécial.  Il est essentiel de mettre en œuvre l’Accord politique libyen et de tourner définitivement la page de la période de transition, ce qui sera difficile tant que le pays sera divisé entre factions rivales.  La stabilité de la Libye passe par la réconciliation, à laquelle s’emploie non seulement la MANUL, mais aussi l’Union africaine, a souligné le représentant, qui a indiqué que le Gouvernement d’entente nationale doit bénéficier d’un soutien renforcé.  En conclusion, le délégué s’est élevé contre les violations quotidiennes des droits de l’homme qui se multiplient dans la rue, ou dans les centres de détention, dans ce pays.  La Guinée équatoriale appuiera toute proposition bien fondée susceptible de favoriser la réunification de la Libye.

Mme MAHLET HAILU GAUDEY (Éthiopie) a exhorté les parties libyennes à mettre en œuvre l’accord de cessez-le-feu, en rappelant que tout objectif politique doit être poursuivi par le dialogue, non pas par la violence.  Il est crucial d’assurer un accès humanitaire sûr et sans entrave dans le pays, a-t-elle poursuivi.  Seul un processus politique robuste, dirigé par les Libyens eux-mêmes, pourra ramener le pays sur la voie de la stabilité, a-t-elle dit, en soulignant la nécessité de mettre en place les conditions nécessaires à la tenue d’élections.  La déléguée a enfin exhorté le Conseil à continuer de parler d’une seule voix sur ce dossier et à renforcer son soutien à la MANUL qui devrait, selon elle, intensifier son engagement. 

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a exprimé son inquiétude devant les récents développements à Tripoli qui connait depuis 10 jours une grave dégradation de la situation sécuritaire avec de lourdes conséquences humanitaires, susceptibles de mettre en danger le processus politique.  Suite à ces « affrontements inacceptables », la France et ses partenaires ont appelé les acteurs à y mettre fin.  Elle salue le cessez-le-feu obtenu hier grâce à l’engagement du Représentant spécial.  Pour la France, la lutte contre tous ceux qui mettent en danger les fragiles équilibres politiques et profitent de la situation dans le pays pour détourner les ressources économiques est une priorité.  Le représentant a dénoncé la « prédation économique » et regretté que les derniers affrontements de Tripoli semblent avoir été motivés pour partie par des motifs financiers.  Il est également préoccupé par la situation humanitaire, en particulier celle des migrants et des réfugiés qui font l’objet de violations des droits de l’homme.  La France appelle donc les autorités libyennes à tout mettre en œuvre pour qu’ils soient traités dignement.

M. Delattre a ensuite appelé la communauté internationale à rappeler à tous ceux qui menacent la paix, la sécurité et la stabilité de la Libye, qu’ils s’exposent à des sanctions internationales, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.  « Il est plus que jamais essentiel d’avancer dans la transition démocratique en Libye », a poursuivi le représentant demandant dans la foulée aux membres du Conseil de réaffirmer unanimement leur soutien à la feuille de route de M. Salamé.  Pour la France, il est également impératif d’organiser des élections dans le calendrier agréé à Paris le 29 mai dernier, par les quatre acteurs clefs de la scène politique libyenne.  La France apportera son soutien au renouvellement pour un an du mandat de la MANUL, a conclu le représentant.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a déclaré que les violences récentes perpétrées en Libye ne menacent pas seulement les vies de centaines de civils, mais remettent également en cause les progrès réalisés dans la mise en œuvre du Plan d’action des Nations Unies.  La dernière escalade en date souligne à nouveau la nécessité de se pencher sans délais sur les causes profondes politiques, et sur le problème de la multiplication des acteurs armés sur le terrain ayant des objectifs divergents.  Dans ce contexte, les structures d’État, les forces armées et le secteur de la sécurité doivent être renforcés, de même qu’il faut améliorer les conditions socioéconomiques, des efforts qui auront des répercussions positives sur le processus politique et la stabilité du pays.  En conclusion, il a abondé dans le sens du Secrétaire général, qui indique dans son rapport que, si les élections doivent se tenir pour renouveler les mandats des institutions libyennes et établir une nouvelle autorité exécutive, les conditions propices à cette fin doivent être réunies.

M. BADER ABDULLAH N. M. ALMUNAYEKH (Koweït) a souligné les conséquences de l’escalade de la violence à Tripoli sur les efforts de stabilisation.  Il a exhorté les parties libyennes à respecter l’accord de cessez-le-feu, afin d’ouvrir la voie à un accord politique global.  Il a plaidé pour la mise en place d’institutions unifiées, rappelant que les groupes terroristes tirent profit du vide sécuritaire.  La période de transition doit s’achever, a-t-il dit, en souhaitant la finalisation des amendements à l’Accord politique libyen.  Le délégué a demandé des réformes économiques équitables dans le pays, au service de tous les Libyens.  Les institutions financières doivent gérer de manière efficace et équitable les ressources publiques, a-t-il conclu. 

Mme LISE GREGOIRE VAN HAAREN (Pays-Bas) a appelé toutes les parties à coopérer avec les Nations Unies et à pleinement respecter le cessez-le-feu obtenu hier par l’ONU.  Il est impératif que la situation sécuritaire dans le pays s’améliore pour pouvoir aller de l’avant sur les autres dossiers, a-t-elle estimé, espérant notamment parvenir à la fin de la crise politique, à plus de transparence dans le milieu économique, à la coordination des efforts internationaux ainsi qu’à une amélioration de la situation des droits de l’homme.  Elle a souligné le besoin urgent d’un processus politique inclusif piloté par les Libyens, apportant son plein soutien aux efforts du Représentant spécial en ce sens, avant de plaider pour qu’il y ait de nouvelles élections, à conditions qu’elles se passent dans de bonnes conditions. La déléguée a encouragé les institutions libyennes à travailler sur un nouveau cadre constitutionnel et un gouvernement inclusif.

Les Pays-Bas encouragent en outre une amélioration de la situation économique en Libye, ce qui passe par plus de transparence dans les institutions économiques et financières libyennes et l’unification de la banque centrale.  Il faut aussi rétablir l’état de droit en Libye, a martelé la représentante, qui a appelé toutes les parties à respecter le droit international humanitaire et les droits de l’homme, en particulier dans le contexte des migrants et des réfugiés.

M. FRANCISCO TENYA (Pérou) a condamné les actes de violence commis à Tripoli et exhorté les parties à respecter l’accord de cessez-le-feu.  « L’Accord politique libyen est la seule voie viable pour résoudre la crise dans ce pays. » Il s’est dit préoccupé par la lenteur de la mise en œuvre des amendements audit Accord en raison de blocages politiques.  Il a plaidé pour un engagement des femmes et des jeunes aux efforts de stabilisation politique et pour un soutien robuste de la communauté internationale.  Le délégué a estimé que la MANUL peut jouer un rôle constructif s’agissant d’une répartition équitable des ressources financières liées à la vente d’hydrocarbures.  Enfin, il a souligné la nécessité de remédier à la grande vulnérabilité des migrants qui sont à la merci de groupes criminels. 

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a condamné la récente escalade de la violence à Tripoli et dans ses alentours, avant de dénoncer aussi la détention arbitraire de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.  Dans ce contexte, elle a demandé la fermeture de tous les centres de détention.  « Une politique de tolérance zéro pour les actes de torture et les exécutions sommaires est un préalable pour édifier un pays fondé sur l’état de droit. »  La déléguée polonaise a ensuite exhorté toutes les parties libyennes à cesser les hostilités et à respecter l’Accord de cessez-le-feu.  S’agissant du processus politique, elle a salué l’engagement fort des femmes libyennes en faveur des efforts de relèvement social et politique du pays. 

M. VLADIMIR K. SAFRONKOV (Fédération de Russie) a dit que l’hostilité récente n’a pu cesser que grâce aux efforts déployés par le Représentant spécial, qu’il a salués.  Il a ensuite regretté que l’entreprise d’unification des forces de sécurité, et notamment le projet de création de garde présidentielle, n’ait toujours pas été couronné de succès.  Le représentant a estimé que la tenue d’élections dans le contexte actuel pourrait être contreproductive, et devenir source d’instabilité plutôt que d’unité.  Par ailleurs, dans son rapport, le Secrétaire général affirme que l’aide aux personnes déplacées est une priorité, a relevé le représentant.  « Nous sommes d’accord avec cette position, et c’est la même approche qui devrait prévaloir dans le cas de la Syrie », a argué le délégué, pour qui cette question ne saurait être politisée. 

Quant aux mesures de sanctions, elles ne peuvent être une fin en soi, a fait observer la Fédération de Russie.  La délégation a dénoncé les tentatives de ne pas régler les causes profondes des déplacements, certaines d’entre elles étant d’origine socioéconomique, et causées par des acteurs étrangers.  Préoccupé par le problème de la propagation illicite des armes en Libye, il s’est demandé ce qu’il arriverait si celles-ci tombaient entre les mains d’acteurs non étatiques.  Mais la tâche première qui attend la Libye, c’est celle de l’unification, a insisté le représentant en conclusion.

M. OLOF SKOOG (Suède) s’est dit profondément préoccupé par l’escalade de la violence à Tripoli au cours de la semaine écoulée, des actes qui constituent des violations flagrantes du droit humanitaire international et des abus des droits de l’homme.  Il a appelé toutes les parties à respecter le cessez-le-feu négocié par le Représentant spécial, et donc à mettre un terme aux hostilités, à protéger les civils et à rouvrir l’aéroport de Mitiga.  De plus, la Suède demande un accès humanitaire sans entrave en Libye et réclame que les civils qui souhaitent quitter le pays puissent le faire.  Le représentant a également exhorté tout pays ayant une influence sur les parties à les pousser à respecter leurs engagements.  Aux groupes qui n’ont pas participé aux efforts de médiation de l’ONU d’hier, il a demandé de se joindre à l’accord de cessez-le-feu.  Il n’a pas hésité à rappeler à ceux qui cherchent à saper la paix et la stabilité en Libye qu’ils s’exposent à des poursuites.

En tant que Président du Comité de sanction pour la Libye, le représentant a noté la poursuite des flux illégaux d’armes dans le pays, ce qui alimente l’escalade de la violence.  Il a saisi cette occasion pour demander à tous les États Membres de respecter leurs obligations découlant des résolutions pertinentes ainsi que les sanctions, dont l’embargo sur les armes.  En conclusion, il a demandé à la communauté internationale de se rallier au Plan d’action pour la Libye du représentant spécial et de respecter le rôle de chef de file de l’ONU sur le terrain dans les efforts de médiation.  Il a aussi demandé aux membres du Conseil de sécurité de faire preuve d’unité sur ce dossier.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a condamné l’escalade de la violence à Tripoli et souligné la nécessité d’arriver à une cessation des hostilités.  La tenue des élections prévues sera un élément clef de la transition dans le pays, a-t-elle dit.  Elle a insisté sur la gravité de la situation humanitaire et appelé les parties à s’abstenir de tout acte fragilisant l’accord de cessez-le-feu.  Les dirigeants libyens doivent travailler main dans la main en vue de la réunification du pays et un partage équitable des ressources, a déclaré la déléguée britannique.  Enfin, elle s’est dite prête à faire distribuer un projet de déclaration à la presse sur la situation en Libye. 

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a demandé aux parties libyennes de s’abstenir de toute action susceptible d’affaiblir le processus de paix, le peuple libyen souhaitant la fin des combats, le retour des services essentiels et la prospérité du pays.  « La triste vérité est qu’un petit nombre de fauteurs de troubles politiques sapent cette vision », a-t-il déclaré.  Il a invité les acteurs internationaux, en particulier les voisins de la Libye, à dire que « c’est assez! », en obligeant les parties à parvenir à un accord politique crédible et à organiser des élections libres et impartiales.  Le délégué a rappelé qu’au début de l’année, le Conseil a utilisé des sanctions pour la première fois s’agissant des défis liés à la traite des êtres humains en Libye.  « Il est de notre responsabilité d’aider le peuple libyen à bâtir un avenir meilleur », a-t-il conclu.

M. ELMAHDI S. ELMAJERBI (Libye) a dit que les événements sanglants qui se sont déroulés à Tripoli attestent de l’ampleur du défi sécuritaire en Libye.  Il a dénoncé l’utilisation irresponsable des armes par des parties qui s’opposent à la mise en place d’institutions de protection.  Les groupes armés doivent être notre priorité, a-t-il dit, en demandant au Conseil qu’il œuvre à leur désarmement.  Le Conseil doit en outre demander aux parties d’accroître leurs efforts pour régler la crise.  Le délégué a salué la signature, hier, d’un accord de cessez-le-feu, avant d’imputer la gravité de la situation économique à la détérioration sécuritaire.

Certains acteurs n’ont pas honoré leurs engagements, ce qui a dégradé davantage encore la situation économique, a-t-il poursuivi.  Il a jugé scandaleuses les violations des droits de l’homme dont sont victimes des Libyens et des étrangers.  « Les groupes armés présents dans d’autres pays ne doivent pas diffuser leur venin en Libye », a-t-il déclaré.  Le délégué a demandé la mise en œuvre du Plan d’action de l’ONU afin d’ouvrir la voie à la tenue d’élections démocratiques.  Le Conseil doit faire preuve de clarté et envisager des sanctions contre ceux qui s’opposent à la paix, a-t-il conclu. 

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