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CS/13442
2 août 2018
8323e séance – après-midi

Yémen: Sur fond d’intensification du conflit, l’Envoyé spécial veut convoquer des consultations le 6 septembre à Genève pour relancer le processus politique

L’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, M. Martin Griffiths, a annoncé cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, son intention de convoquer le 6 septembre, à Genève, des consultations entre les parties afin de débattre du cadre général des négociations et de se mettre d’accord sur les mesures de renforcement de la confiance et des plans spécifiques pour aller de l’avant.

« Il existe aujourd’hui de véritables perspectives de paix au Yémen et il est possible de commencer le voyage difficile et incertain vers la fin de la guerre », a notamment déclaré M. Griffiths qui a expliqué avoir fondé de son approche sur des consultations étendues avec les parties, y compris les femmes yéménites

Intervenant quelques heures après que Hodeïda ait été ciblée par une nouvelle attaque, M. Griffiths a toutefois dit craindre que cette ville portuaire ne devienne une étincelle dangereuse pour le processus en cours et a redouté que le « centre de gravité du conflit au Yémen » ne fasse déraper le processus politique.

Il s’est dit prêt à encourager toute offre de désescalade, y compris la proposition unilatérale faite par Ansar Allah de mettre fin aux attaques visant des navires dans la mer Rouge.  Il s’est également dit encouragé par la volonté des parties de libérer les prisonniers de guerre, une question sur laquelle, a-t-il fait savoir, le Président Hadi l’a encouragé à avancer.

« Ma principale préoccupation est d’éviter toute action qui pourrait avoir de graves conséquences humanitaires et saper la reprise du processus politique en septembre », a-t-il indiqué, avertissant qu’en l’absence d’une issue au conflit, des millions de personnes supplémentaires deviendront tributaires de l’aide humanitaire.

En la matière, le Directeur des opérations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), M. John Ging, a brossé un tableau alarmant avec plus de 22 millions de personnes, soit 75% de la population, qui ont besoin d’une assistance ou d’une protection humanitaire.  Le pays compte également deux millions de personnes déplacées et a connu, en 2017, la pire épidémie de choléra au monde, avec 1,1 million de cas. 

« La situation humanitaire est choquante à la fois en termes d’échelle et de gravité.  Ces chiffres représentent un appel urgent en faveur de l’action », a lancé M. Ging.

Ce dernier a également averti que l’interruption des opérations portuaires ou le siège de la ville d’Hodeïda, qui est le principal port d’entrée de l’aide humanitaire internationale et de biens commerciaux, seraient catastrophiques sur le plan humanitaire.  Ces préoccupations ont été partagées par le Pérou et les Pays-Bas qui ont averti qu’il n’existe pas de « Plan B » si Hodeïda venait à être davantage compromise ou détruite.

La délégation néerlandaise a également signalé qu’aussi longtemps que l’avenir de Hodeïda demeurera incertain, la volonté des affréteurs commerciaux de faire des livraisons au Yémen continuera de diminuer.

La France s’est pour sa part préoccupée du risque que le niveau élevé de violence à Hodeïda et ailleurs dans le pays, ne compromette la dynamique politique liée aux efforts de l’Envoyé spécial.  Les membres du Conseil de sécurité n’en ont pas moins unanimement appuyé les efforts lancés par ce dernier en faveur d’une reprise des pourparlers pour parvenir à une résolution définitive du conflit.

« Les pourparlers de Genève ne sauraient commencer suffisamment tôt, notamment au vu des événements de ces derniers jours », a notamment affirmé la délégation des États-Unis pour qui « il faut exiger des parties qu’elles se réunissent et qu’elles prennent conscience de la gravité de la situation ».  De son côté, la Côte d’Ivoire a appuyé la proposition de l’Envoyé spécial de transférer la gestion du port de Hodeïda à un comité supervisé par les Nations Unies. 

Le représentant de la Fédération de Russie a toutefois estimé que le potentiel de coopération de la communauté internationale n’était pas suffisamment exploité, et a saisi l’occasion pour rappeler la proposition de Moscou de fixer les paramètres d’une coopération entre tous les pays de la région, ainsi que l’Iran, pour garantir leur sécurité mutuelle.  En début de séance, l’Envoyé spécial a d’ailleurs engagé les membres du Conseil à éviter que la mer Rouge devienne un théâtre de conflit.

La réunion a également été marquée par l’intervention du Yémen qui a affirmé que la « coalition arabe » aurait nié avoir mené, aujourd’hui, une quelconque attaque à Hodeïda, tout en assurant que l’explosion rapportée par les médias sera l’objet d’une enquête.  La délégation yéménite a également averti que tant que les milices continueront de diriger des pans entiers de territoires, les souffrances des populations ne feront qu’augmenter ». 

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Déclarations

M. MARTIN GRIFFITHS, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, a affirmé qu’il existe aujourd’hui de véritables perspectives de paix au Yémen et qu’il est possible de commencer « le voyage difficile et incertain vers la fin de la guerre ». 

« Malgré tous nos efforts, la guerre s’est intensifiée et la bataille de Hodeïda en est devenue le centre de gravité » a regretté M. Griffiths qui a évoqué les efforts déployés pour éviter cette bataille pour la ville et le port de Hodeïda.  Il a indiqué qu’il poursuit ses efforts en ce sens et que même si un accord n’a pas encore été conclu, il lui a été possible de rapprocher quelque peu les parties, ajoutant que la question a une plus grande chance d’être résolue dans le contexte d’un accord politique global.  L’Envoyé spécial a appelé à une reprise du processus politique, deux ans après le premier tour au Koweït.  Il a aussi engagé les membres du Conseil de sécurité à exhorter les parties à régler leurs différends par le dialogue plutôt que par des moyens militaires.

M. Griffiths a annoncé son intention d’inviter les parties à Genève, le 6 septembre, pour un premier cycle de consultations.  Ces consultations, a-t-il expliqué, doivent permettre de débattre du cadre général des négociations et de se mettre d’accord sur les mesures de renforcement de la confiance et des plans spécifiques pour aller de l’avant.  Il a indiqué avoir pris cette décision suite à de larges consultations avec toutes les parties, y compris avec les femmes yéménites.  Il s’est dit convaincu qu’une solution politique, fondée sur les résolutions du Conseil de sécurité, l’initiative du Conseil de coopération du Golfe et l’issue du Dialogue national, n’est pas hors de portée.  « Cent jours passés au Koweït représentent également un guide précieux », a-t-il ajouté. 

« La fin de cette guerre n’a que trop tardé pour le peuple yéménite », a prévenu l’Envoyé spécial, sans quoi des millions de personnes supplémentaires deviendront tributaires de l’aide humanitaire.  « Chaque jour de plus est une journée perdue. »

Sur le terrain, notamment à Hodeïda, M. Griffiths a indiqué que les choses avaient progressé en ce qui concerne le rôle de l’ONU dans le port, ajoutant qu’Ansar Allah y avait consenti.  Cette avancée, a-t-il indiqué, a pu se faire grâce à la coopération sérieuse de toutes les parties et l’appui du Conseil.  Tout en faisant fond sur les résultats déjà obtenus, l’Envoyé a poursuivi ses consultations avec toutes les parties, y compris avec le leadership d’Ansar Allah et il a précisé qu’il bénéficie de la coopération et du soutien du Gouvernement du Yémen. 

M. Griffiths a toutefois dit craindre que Hodeïda ne devienne une étincelle dangereuse pour le processus en cours, et il s’est dit prêt à encourager toute offre de désescalade, y compris la proposition unilatérale faite par Ansar Allah de mettre fin aux attaques visant des navires dans la mer Rouge.  Ma principale préoccupation, a-t-il indiqué, est d’éviter toute action qui pourrait avoir de graves conséquences humanitaires et saper la reprise du processus politique en septembre.  Il s’est par ailleurs dit encouragé par la volonté des parties de libérer les prisonniers de guerre, une question sur laquelle, a-t-il fait savoir, le Président Hadi l’a encouragé à avancer.

En guise de conclusion, M. Griffiths a appelé les membres du Conseil à appuyer ses efforts visant à lancer le processus de consultations à Genève et à appeler à la désescalade à Hodeïda.  Il faut également éviter que la mer Rouge devienne un théâtre de conflit et appuyer toutes mesures capables de redonner espoir au peuple yéménite, sans l’appui duquel rien ne sera possible.  Il a également tenu à saluer le courage exceptionnel des organisations humanitaires qui opèrent au Yémen.

M. JOHN GING, Directeur des opérations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires, a déclaré que, trois ans après le début du conflit, les civils au Yémen continuent de faire face à des conditions de vie déplorables.  Plus de 22 millions de personnes, soit 75% de la population, exigent une assistance ou une protection humanitaires, 2 millions de personnes sont déplacées et 8,4 millions ignorent la provenance de leur prochain repas, a-t-il indiqué.  De plus, la pire épidémie de choléra au monde a éclaté en 2017, avec 1,1 million de cas.  « La situation humanitaire est choquante à la fois en termes d’échelle et de gravité.  Ces chiffres représentent un appel urgent en faveur de l’action. » 

À Hodeïda, le conflit a connu une escalade supplémentaire, a-t-il poursuivi.  Plus tôt aujourd’hui, nous avons reçu des informations selon lesquelles des attaques auraient été perpétrées à l’entrée de l’un des derniers hôpitaux en état de fonctionner et dans un marché aux poissons tout proche, provoquant des pertes civiles.  Depuis le 1er juin, la violence a contraint plus de 340 000 personnes à fuir leurs foyers à travers toute la province.  Et l’interruption des opérations portuaires ou le siège de la ville seraient catastrophiques et doivent être évités de toute urgence.  Il n’y a aucun « plan de secours » qui peut concrètement protéger les civils des conséquences humanitaires si le conflit à Hodeïda venait à s’intensifier, a mis en garde M. Ging.

Le haut fonctionnaire a souligné que cette ville avait été l’épicentre de l’épidémie de choléra dévastatrice de l’an dernier, et que les infections étaient en hausse.  Il a aussi averti que la destruction des infrastructures en eau et en assainissement ne ferait qu’aggraver la situation. 

Il a ensuite indiqué que les ports de Hodeïda et Saleef, « lien vital pour la majorité des importations de produits de base et de carburant », demeurent opérationnels, et que l’importation de biens commerciaux avait connu en mai son plus haut niveau depuis novembre 2016.  « Toutefois, les importations de vivres et de carburant ont chuté en juin, et de nouveau en juillet », a observé M. Ging, qui a souligné l’importance de créer la confiance nécessaire pour convaincre les compagnies maritimes de continuer à effectuer leurs livraisons. 

Après avoir rappelé que la communauté humanitaire avait prêté assistance à 90% des personnes déplacées par les récentes violences à Hodeïda, le Directeur des opérations de l’OCHA a souligné que les efforts se poursuivent dans l’ensemble du pays.  « En juin, l’effort humanitaire international a permis de prêter assistance sur le plan alimentaire à 7,5 millions de personnes, soit 200 000 personnes de plus par rapport à janvier.  En milieu d’année 2018, environ 60% des personnes ayant besoin d’une assistance en ont reçu une, et les partenaires humanitaires œuvrent à étendre la portée de leurs programmes », a assuré M. Ging, en saluant le travail accompli par 169 organisations non gouvernementales partenaires de l’ONU. 

Le Directeur des opérations s’est également félicité de la générosité des bailleurs de fonds, le Plan de réponse humanitaire, d’un montant de 3 milliards de dollars, ayant été financé à hauteur de 60%, notamment grâce à des contributions de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, mais aussi des États-Unis, du Royaume-Uni, du Koweït et de l’Allemagne. 

Le haut fonctionnaire s’est toutefois fait l’écho de préoccupations quant aux obstacles qui se posent à l’acheminement de l’aide humanitaire, particulièrement dans les zones sous le contrôle des « décisionnaires » de Sanaa.  Il a ensuite souligné le caractère dévastateur de ce conflit pour les civils et les infrastructures civiles, comme par exemple à Saada où une installation d’eau a été frappée pour la troisième fois en juillet, privant plus de 10 000 personnes d’accès à l’eau potable. 

Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) a déclaré que les deux parties au conflit au Yémen doivent comprendre qu’il n’y a pas de divergences au sein du Conseil de sécurité pour aider l’Envoyé spécial à faciliter la recherche d’une solution négociée.  Aussi s’est-elle félicitée de l’invitation faite aux deux parties de se rendre à Genève en septembre.  « Nous attendons avec impatience les résultats, et nous attendons avec impatience leur réponse positive. » 

Selon elle, le panel d’experts de l’ONU a confirmé que l’Iran soutient les houthistes.  Téhéran est tout autant à blâmer qu’eux, « mais aujourd’hui, nous avons eu une autre attaque », a souligné la représentante.  Mme Haley a aussi dénoncé les frappes aériennes lancées par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite contre un marché aux poissons et un hôpital à Hodeïda, lesquelles pourraient avoir fait des dizaines de victimes.  Le sentiment d’urgence est des plus fort, a-t-elle affirmé.

La déléguée a exprimé sa préoccupation devant le danger qui pèse sur les civils et les infrastructures civiles et conte le « mépris » vis-à-vis des populations sur le terrain « à un moment où elles souffrent déjà beaucoup ». 

Il faut exiger des parties qu’elles se réunissent et qu’elles prennent conscience de la gravité de la situation, a affirmé la représentant pour qui les pourparlers de Genève ne sauraient commencer suffisamment tôt, notamment au vu des événements de ces derniers jours.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a salué la proposition faite par l’Envoyé spécial d’organiser, en septembre, de nouveaux pourparlers à Genève, estimant qu’il n’existe pas de solution militaire au conflit au Yémen.  Il a dénoncé les activités des milices houthistes, qui continueraient de prendre pour cible des infrastructures civiles et des navires commerciaux, à l’aide de missiles balistiques ou autres.  Le représentant a averti que l’utilisation de ces armes menace la sécurité dans la mer Rouge et le golfe d’Aden. 

Le délégué a ensuite soutenu la décision de l’Arabie saoudite d’accorder des visas à 25 000 Yéménites désireux d’effectuer le pèlerinage à la Mecque au mois d’août, et ce, sans condition préalable.  Il a fait savoir que la promesse de contribution faite par le Koweït en avril dernier avait été tenue intégralement, 250 millions de dollars ayant été versés à différents organismes humanitaires pour atténuer les souffrances des populations civiles.  Il est inacceptable, a-t-il ajouté, de continuer de fermer les yeux sur l’insuffisance de la mise en œuvre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment la résolution 2216 (2015).  La délégation a enfin dénoncé la poursuite des attaques aux missiles contre les pays voisins et l’utilisation de civils comme boucliers humains, qui, a-t-il rappelé, sont des crimes de guerre.

 

Mme ANNE GUEGUEN (France) a déclaré que le contexte restait très fragile à Hodeïda et le regain récent de violence était un signe préoccupant.  « Nous sommes extrêmement inquiets des informations récentes faisant état d’une double attaque proche de l’hôpital central de Hodeïda ayant causé de nombreuses victimes parmi les civils », a ajouté la représentante qui a appelé l’ensemble des parties à pleinement respecter le droit international humanitaire, en premier lieu, et les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution.  Ceci est indispensable afin d’éviter que la population civile ne devienne la première victime des affrontements, a-t-elle souligné. 

La représentante a aussi jugé « absolument essentiel » que les près de 121 000 personnes déplacées de Hodeïda puissent franchir les lignes de front en toute sécurité et accéder à l’assistance humanitaire.  Les ports de Hodeïda, de Saleef et l’aéroport de Sanaa doivent être maintenus ouverts et opérationnels, tandis qu’en territoire houthi, les partenaires humanitaires doivent bénéficier d’un accès sûr aux populations.  Elle a ensuite averti que le niveau élevé de violence à Hodeïda et ailleurs dans le pays risque de compromettre la dynamique politique liée aux efforts de l’Envoyé spécial.

Mme Gueguen a souligné qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit au Yémen et que le processus politique reste la seule possibilité pour que le pays sorte d’un conflit « qui n’a que trop duré ».  La médiation des Nations Unies joue un rôle central pour relancer les négociations de paix et la France appelle les parties à s’engager de bonne foi en vue d’un accord politique global et inclusif, notamment à l’approche de la Conférence de Genève, « à laquelle il est essentiel que toutes les parties prennent part ». 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a appuyé les efforts de l’Envoyé spécial pour le Yémen et a encouragé le Conseil à examiner cette question en toute transparence pour pouvoir trouver une solution pacifique à ce conflit au lourd coût humanitaire.  Il a déploré que toutes les parties au conflit continuent de violer le droit international et le droit international humanitaire, les violations les plus récentes étant le bombardement d’infrastructures civiles à Hodeïda, ainsi que ses marchés.

Le Pérou condamne les crimes commis par les houthistes, notamment les tirs de missiles visant l’Arabie saoudite et les attaques contre des navires saoudiens dans la mer Rouge.  « Mais il faut renoncer à un règlement militaire », a prévenu le représentant « parce qu’il n’y a pas de plan B humanitaire face au risque de destruction du port de Hodeïda ».  Les ports et aéroports doivent rester ouverts, et l’aide et l’accès à l’aide humanitaire ne peuvent être tributaires d’aucun objectif militaire, s’est-il impatienté.

Le représentant a salué l’initiative de l’Envoyé spécial de relancer les consultations entre les parties à Genève en septembre prochain.  Pour donner un visage humain à la gravité de la situation humanitaire, il a repris les chiffres de l’UNICEF selon lesquels la vie de 11 millions d’enfants est en jeu au Yémen.

M. VLADIMIR K. SAFRONKOV (Fédération de Russie) a salué l’initiative de l’Envoyé spécial de relancer les négociations en septembre, à Genève, ce qui suppose toutefois, selon lui, de contenir dans l’intervalle les hostilités, en particulier à Hodeïda.  Ce port, a-t-il dit, doit être opérationnel, dans la mesure où il est le seul par lequel peuvent transiter l’aide humanitaire internationale et les biens commerciaux.  Mais une intervention humanitaire ne suffira pas à mettre fin à la guerre, a mis en garde le représentant qui a souligné la nécessité de relancer le processus politique, en exhortant notamment l’Envoyé spécial à s’engager auprès des acteurs de terrain.  Estimant que le potentiel de coopération de la communauté internationale lui semblait insuffisamment exploité, le représentant a rappelé la proposition de Moscou de fixer les paramètres d’une coopération entre tous les pays de la région, ainsi que l’Iran, pour garantir leur sécurité mutuelle.

M.  JOAKIM VAVERKA (Suède) a fait écho aux propos de l’Envoyé spécial et demandé, à son tour, aux parties de cesser les combats à Hodeïda, de s’engager dans les consultations politiques prévues à Genève et fondées sur le cadre présenté au Conseil par l’Envoyé spécial.  Il les a également appelés à assurer la participation des femmes, à respecter le droit international humanitaire et à procéder à l’échange de prisonniers, comme mesure d’établissement de la confiance. 

S’agissant de la situation humanitaire, le représentant a jugé essentiel que le port de Hodeïda reste ouvert et opérationnel.  Il s’est d’ailleurs dit préoccupé par les informations sur une baisse potentielle des importations, en particulier les produits alimentaires et le carburant.  Une offensive contre Hodeïda ne ferait qu’aggraver la catastrophe humanitaire, a prévenu le représentant, craignant pour la vie de centaines de milliers de personnes, sans compter les risques d’une nouvelle propagation de l’épidémie de choléra et de famine.  Une guerre urbaine ou un siège serait tout aussi catastrophique, a-t-il souligné.  Nous avons, a-t-il conclu, la responsabilité de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger les enfants piégés dans le conflit et la manière de le faire est d’empêcher que le conflit yéménite n’entre dans sa quatrième année. 

M.  SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a apporté son plein soutien à l’Envoyé spécial dans ses efforts pour trouver une solution pacifique au conflit au Yémen.  Préoccupé par la recrudescence de la violence dans plusieurs villes, notamment à Hodeïda, le représentant a également dénoncé l’aggravation de la situation humanitaire dans le pays.  « L’impact éventuel d’une interruption des opérations dans le port de Hodeïda pourrait être catastrophique pour les 20 millions de personnes qui dépendent de l’aide humanitaire », a-t-il prévenu.

Il a condamné les bombardements aériens d’hôpitaux, d’écoles et de marchés au Yémen et s’est aussi dit préoccupé par les dommages structurels des centres d’approvisionnement et d’assainissement de l’eau au Yémen, compte tenu des risques de choléra.  Le représentant a également appelé à assurer un accès inconditionnel de l’aide humanitaire et à la cessation des hostilités, pour ensuite exhorter les parties à garantir le fonctionnement des ports et des aéroports « qui sont les voies d’accès nécessaires à la survie des populations ».  La Bolivie soutient pleinement la conférence qui se tiendra à Genève, en septembre, à l’initiative de l’Envoyé spécial des Nations Unies.

M. DESIRE WULFRAN G. IPO (Côte d’Ivoire) a invité les belligérants à la retenue et a salué l’arrêt des bombardements, de même que la suspension, par les houthistes, des attaques navales en mer Rouge.  Il a exhorté les parties au conflit à redoubler d’efforts afin de soutenir les initiatives de paix en cours.  La Côte d’Ivoire réitère son soutien à la proposition de l’Envoyé spécial de transférer la gestion du port de Hodeïda à un comité supervisé par les Nations Unies.  Selon le délégué, cette solution pourrait contribuer, de manière significative, à la baisse des tensions entre les belligérants et constituer un point de départ à la résolution de ce conflit. 

M. Ipo a déploré les attaques contre les infrastructures civiles, notamment sur les services d’approvisionnement en eau, avertissant que cela compromet les efforts visant à prévenir de nouvelles épidémies de choléra et de diarrhée au Yémen.  La Côte d’Ivoire réitère son appel en faveur d’une désescalade des combats devant permettre un acheminement sans entrave de l’aide humanitaire aux populations civiles au Yémen, aussi bien dans la ville portuaire de l’Hodeïda, que dans toutes les régions du pays.  Le représentant a enfin invité toutes les parties prenantes à la cessation des hostilités et à s’engager, de manière constructive, dans la voie d’un règlement politique de cette crise, en vue de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le pays. 

M. YAO SHAOJUN (Chine) a estimé qu’un règlement politique est la clef d’une solution pérenne au conflit qui fait rage au Yémen.  C’est la raison pour laquelle il a salué l’initiative de l’Envoyé spécial de réunir les parties concernées en septembre, à Genève, pour un premier tour de négociations, espérant que celle-ci permette de sortir de l’impasse et de véritablement relancer le processus politique.  Il a rappelé que la recherche d’une solution doit s’appuyer sur les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, l’Initiative du Conseil de coopération du Golfe et le Dialogue national yéménite.  Il a par ailleurs indiqué que la Chine fournit une aide humanitaire d’un montant de 88 millions de dollars au Yémen. 

Mme HEDDA SAMSON (Pays-Bas) a appelé les parties à travailler étroitement avec l’Envoyé spécial « sans condition préalable », tout en soulignant qu’un accord politique a peu de chance de réussir si on ne répond pas aux griefs locaux ou aux divisions régionales.  Elle a aussi estimé que le processus politique doit rassembler tous les groupes yéménites, en particulier les femmes, les jeunes et la société civile.  « Nous encourageons l’ONU à s’engager davantage avec eux », a ajouté Mme Samson.

La représentante s’est inquiétée de l’impact de ce conflit prolongé sur la ville et le port de Hodeïda.  Elle a demandé l’ouverture totale et durable des ports de Hodeïda et de Saleef ainsi que la distribution sans entrave des approvisionnements dans tout le pays.  Elle a condamné la pose de mines immergées par les houthistes, ainsi que leurs attaques contre des navires commerciaux.  La déléguée a averti qu’aussi longtemps que l’avenir de Hodeïda demeurera incertain, la volonté des affréteurs commerciaux de faire des livraisons au Yémen continuera de diminuer.  Il n’existe aucun plan B viable si Hodeïda venait à être davantage compromis, a-t-elle notamment mis en garde.

Mme Samson a ensuite appelé au respect du droit international humanitaire, dénonçant notamment les tirs de missiles balistiques des houthistes qui prennent des civils pour cible.  L’attaque perpétrée aujourd’hui contre l’hôpital d’Al-Thawra est également préoccupante, a-t-elle ajouté.

La représentante a par ailleurs appelé les parties à continuer de fournir un accès sans entrave au Groupe d’éminents experts chargé, par le Conseil des droits de l’homme, de mener un examen complet de toutes les allégations de violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme.

Mme. AMPARO MELE COLIFA (Guinée équatoriale) s’est dite préoccupée par l’évolution du conflit au Yémen, qui, a-t-elle relevé, met en danger la vie de 22 millions de personnes dans le pays, dont plus de 4 millions sont des enfants.  Après avoir dénoncé l’attaque perpétrée aujourd’hui, elle a rappelé que, après trois ans de guerre, et les dernières offensives dirigées contre Hodeïda, c’est toute la population yéménite qui est en détresse et qui souffre d’une crise humanitaire que vient aggraver l’épidémie de choléra.  La représentante a ensuite exhorté le Conseil de sécurité à fournir des efforts concertés pour créer des conditions à même d’améliorer la situation humanitaire au Yémen.  Selon elle, il est essentiel que les parties comprennent que seul un règlement négocié permettra de parvenir à une solution durable au conflit. 

M. PAWEL RADOMSKI (Pologne) a salué le rôle des humanitaires travaillant au Yémen dans des circonstances extrêmement difficiles.  Il a appelé à la reprise d’un processus politique, se félicitant du fait qu’un cycle de pourparlers s’ouvrira, en septembre prochain, à Genève.  Les parties au conflit doivent respecter le droit international humanitaire et garantir la protection des civils, notamment les enfants, a plaidé le délégué.

En outre, la Pologne déplore les frappes aériennes ayant ciblé Hodeïda ces dernières heures.  Le représentant a souligné qu’une telle escalade met à mal les perspectives de négociation entre les parties.  Il a suggéré que le port et la ville de Hodeïda soient protégés, ainsi que tous les ports du Yémen qui servent de lieu d’entrée pour l’aide humanitaire.  Il a enfin souligné qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit au Yémen. 

Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) a espéré que les discussions prévues à Genève auront une issue heureuse.  Elle s’est félicitée de ce que le port de Hodeïda soit toujours ouvert et opérationnel et que l’ONU et ses partenaires humanitaires continuent d’y acheminer l’aide.  Toutefois, la situation humanitaire reste préoccupante, en particulier les risques d’une nouvelle irruption du choléra due à l’escalade de la violence.  Les attaques contre les tanks de pétrole dans le détroit de Bab-el Mandeb sont inacceptables, a martelé la représentante, qui en a appelé à la sûreté et à la sécurité des navires.  Elle a dit attendre avec intérêt les discussions sur les informations actualisées que donnera le Groupe d’experts au Comité des sanctions.  Maintenant que nous voyons s’ouvrir la possibilité de discussions sérieuses, le Conseil, a conclu le représentant, doit maintenir son appui à l’Envoyé spécial.  C’est la seule façon de résoudre la crise au Yémen et de mettre fin aux souffrances de la population. 

M. DIDAR TEMENOV (Kazakhstan) a promis le soutien de son pays aux efforts des pays et parties concernés pour parvenir à une solution politique par des négociations sur un règlement véritable et juste.  Seule une telle approche peut préserver la souveraineté, l’indépendance et l’unité du Yémen et concrétiser les aspirations de son peuple, s’est expliqué le représentant. 

Sur le front humanitaire, il a dit partager les préoccupations des autorités yéménites et du système des Nations Unies qui craignent que les mois chauds de l’été n’accélèrent la propagation du choléra qui a déjà touché plus d’un million de personnes, l’année dernière.  Il a estimé nécessaire de créer une zone de désescalade pour réduire les tensions militaires et, en conséquence, la crise humanitaire. 

Le choléra, a voulu savoir le représentant, est-elle la menace la plus imminente?  Quelle mesure faut-il prendre pour contenir sa propagation?  Martin, a-t-il poursuivi en s’adressant à l’Envoyé spécial, que peut-on faire pour vous aider à réunir les parties autour de la table de négociations dont l’issue aura un impact certain sur la crise humanitaire?  Se tournant ensuite vers le représentant de l'OCHA, il lui a demandé: que voyez-vous comme développements prévus ou imprévus contre lesquels nous pourrions dès maintenant prendre des mesures?

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a condamné les frappes aériennes perpétrées aujourd’hui même à Hodeïda.  Elle a ensuite lancé un appel aux milices houthistes pour qu’elles se conforment aux résolutions du Conseil de sécurité.  Selon elle, il est temps de passer à l’« étape suivante », en soutenant les efforts de l’Envoyé spécial dans l’organisation d’un tour de négociations entre les parties en septembre.

M. AHMAD AWAD BIN MUBARAK (Yémen) a indiqué que le Gouvernement yéménite et la coalition internationale œuvrent à atténuer la souffrance de la population yéménite, tandis que les houthistes continuent de s’armer et de menacer la paix.  Il a averti que tant que les milices continueront de diriger des pans entiers de territoires, cela ne fera qu’augmenter les souffrances de la population.  C’est pourquoi le Gouvernement reste déterminé à restaurer la stabilité et mettre un terme au coup d’État, a-t-il assuré.

Il a aussi évoqué les activités de milices dont les tireurs embusqués prennent pour cible des femmes et des enfants.  Il a invité le Conseil de sécurité à condamner de tels actes, tout en parlant de la ville de Sanaa devenue « une vaste prison à ciel ouvert ».

Le représentant a également affirmé que ces milices infestent les zones maritimes, comme en témoignent les attaques contre des navires saoudiens et turcs en avril et mai derniers.  Il a déploré des agissements sectaires « soutenus par l’Iran », pour ensuite affirmer que ce sont bien des missiles iraniens qui sont utilisés par les milices pour effectuer des tirs vers des villes saoudiennes.

Poursuivant, le représentant a affirmé que la coalition arabe a nié avoir mené une quelconque attaque à Hodeïda aujourd’hui, tout en assurant que l’explosion rapportée par les médias va donner lieu à une enquête.  Il a accusé les milices de saper toute tentative de parvenir à un accord, indiquant que cela c’était déjà passé au Koweït lorsqu’elles se sont désistées au moment de signer un accord de paix.  Il a rappelé que tout accord doit tenir compte des exigences de la communauté internationale qui, a-t-il indiqué, a insisté sur le fait que les autorités légitimes doivent reprendre le contrôle sur tout le territoire national.  En attendant, il a prescrit de se focaliser sur des mesures de renforcement de la confiance, notamment la facilitation de l’aide humanitaire et les échanges de prisonniers.

Au sujet de la crise humanitaire dans le pays, le représentant a déploré la détérioration de la situation du fait de l’ingérence étrangère.  Il a proposé que chaque région reçoive de l’aide, y compris celles sous contrôle des milices, afin de permettre un accès équitable de toutes les populations à l’assistance humanitaire.  Il a remercié les donateurs qui soutiennent son pays, avant de répondre à une interpellation que lui a faite, en privé, le représentant d’un État européen sur le peu de Yéménites qui émigrent.  Sa réponse: « Nous sommes attachés à notre terre et nous rêvons d’un avenir radieux ».  « Ne nous abandonnez pas », a-t-il conclu en direction du Conseil de sécurité.  

Reprenant la parole, M. GRIFFITHS, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, s’est félicité du soutien unanime dont bénéficie sa proposition d’une reprise du processus de négociations pour parvenir à une solution politique « sans exclusive ».  Il a assuré que les mandats et résolutions pertinents du Conseil de sécurité seraient scrupuleusement suivis dans le cadre de ces négociations. 

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