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CS/13426
17 Juillet 2018
8313e séance – après-midi

Conseil de sécurité: sur une bonne lancée électorale, l’Afrique de l’Ouest reste fragilisée par l’insécurité, les changements climatiques et une gouvernance défaillante

En dépit de cycles électoraux couronnés de succès dans plusieurs pays de la région, l’Afrique de l’Ouest et le Sahel continuent de vivre sous la triple menace du terrorisme, des changements climatiques et d’une gouvernance défaillante, a déclaré, cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest (UNOWA), M. Mohamed Ibn Chambas.

Dans le bassin du lac Tchad, en dépit des gains obtenus par les Forces armées nigérianes et la Force multinationale mixte, la faction « Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique » de Boko Haram continue de nuire, en particulier dans le sud-est du Niger, a prévenu le haut fonctionnaire, venu présenter au Conseil le dernier rapport du Secrétaire général sur les activités du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS).

Les six membres du Conseil qui se sont exprimés aujourd’hui ont unanimement condamné ces agissements, M. Chambas rappelant que les attentats-suicides de Boko Haram commis par des femmes sont de plus en plus nombreux et que pratiquement un attentat sur cinq l’est désormais par des enfants. 

De plus, les conflits violents opposant éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires ont gagné en fréquence, en intensité, en complexité et en étendue « dans l’ensemble du Sahel », analyse le rapport, qui fait en outre mention de « la menace croissante que font planer les groupes armés transfrontaliers et la criminalité transnationale organisée », du fait de la « défaillance » des institutions étatiques et de la fourniture erratique des services publics.

Face aux chiffres alarmants de la situation humanitaire –45 millions de personnes en danger dans le bassin du lac Tchad, dont 2,3 millions de déplacés, et 6,9 millions en crise alimentaire au Sahel– le représentant de la Côte d’Ivoire a insisté sur la mutualisation des efforts afin de trouver des solutions.  Aussi a-t-il plaidé pour que le recalibrage de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel soit couronné de succès, une demande également appuyée par son homologue de l’Éthiopie.

C’est dans la perspective de ce recalibrage que l’UNOWAS a développé un « Plan des Nations Unies d’appui au Sahel » pour mobiliser des ressources en faveur des 10 pays récipiendaires de la Stratégie, a rappelé M. Chambas.  D’après le Secrétaire général, ce Plan vise à les aider « à stimuler la croissance au moyen de l’investissement économique, à promouvoir le capital humain et la résilience, à améliorer les services de base et à consolider les efforts de paix et de gouvernance ».

Au cours des six derniers mois, s’est cependant réjoui le Représentant spécial, la région est restée sur sa trajectoire positive d’élections démocratiques, comme en Guinée, en Gambie et en Sierra Leone, même si elles ont parfois été émaillées de tensions.  Son Bureau, a-t-il indiqué, suit de très près les prochaines échéances électorales en Mauritanie, au Nigéria et au Sénégal.

Se félicitant des efforts de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour faciliter une transition pacifique au Togo, où la crise politique a provoqué la suspension des législatives prévues à la fin de cette année, M. Chambas a précisé qu’aux côtés de cette organisation sous-régionale, l’UNOWAS œuvre, comme au Nigéria, à la création d’une architecture de paix propre à offrir une approche systématique et inclusive de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits.

Si l’abolition récente de la peine capitale au Burkina Faso et au Bénin constitue un signe encourageant, plus que jamais la communauté internationale doit continuer à presser les États de créer un environnement favorable aux libertés d’expression et de réunion, a ajouté le Représentant spécial.  Une demande d’autant plus justifiée que le mécontentement populaire s’aggrave dans la région, comme en témoignent les manifestations souvent violentes et réprimées de manière parfois musclée par les forces de sécurité.

CONSOLIDATION DE LA PAIX EN AFRIQUE DE L’OUEST (S/2018/649)

Déclarations

M. MOHAMED IBN CHMABAS, Représentant spécial et Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest (UNOWA), a présenté les principales conclusions du dernier rapport en date du Secrétaire général de l’ONU sur les activités de son Bureau.  Depuis ma dernière intervention, s’est-il lancé, l’évolution positive, en particulier sur le front de la démocratisation, s’est heurtée à la situation volatile au Sahel et dans le bassin du lac Tchad.  Les retombées de la crise malienne affectent de plus en plus le Burkina Faso et le Niger.  Les groupes terroristes continuent de causer la destruction dans toute la région, en dépit des opérations antiterroristes en cours.  La « complexité » des dernières attaques est le fruit « inquiétant » des alliances conclues entre les groupes islamistes de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel.  Les insurrections locales se répandent aussi, exacerbant les conflits intercommunautaires et compromettant l’autorité de l’État.  Les violations des droits de l’homme que commettraient les Forces de sécurité sont particulièrement préoccupantes, « dans la mesure où elles fragilisent nos efforts collectifs », a mis en garde le haut fonctionnaire.

Dans le bassin du lac Tchad, en dépit des gains obtenus par les Forces armées nigérianes et la Force multinationale mixte, la faction « Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique » du groupe Boko Haram demeure actif.  Les attaques dans le sud-est du Niger se sont intensifiées et la tendance de Boko Haram à recruter des femmes pour commettre des attentats-suicides se poursuit.  Pour apporter des réponses sur les plans diplomatique, sécuritaire et humanitaire, l’UNOWA prête son soutien technique au sommet conjoint de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), prévu le 30 juillet. 

Par ailleurs, a noté le Représentant spécial, l’assèchement du lac Tchad se poursuit, conduisant à la dégradation de l’environnement, à la marginalisation économique et à l’insécurité de 45 millions de personnes.  Environ 2,3 millions d’entre elles ont fui sous les effets conjugués de l’insécurité, de la mauvaise gouvernance et des changements climatiques.  En outre, les violences entre éleveurs et agriculteurs deviennent une menace sécuritaire pour l’ensemble de la région et risquent de dégénérer en attaques terroristes.  Pour M. Chambas, toute réponse militaire aux défis sécuritaires doit aller de pair avec la mise en œuvre de stratégies globales intégrant les aspects humanitaires, des droits de l’homme et du développement.  C’est dans cette perspective que l’UNOWAS a recalibré la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel et développé un plan d’appui des Nations Unies pour mobiliser des ressources en faveur des 10 pays récipiendaires de la Stratégie, a annoncé le haut fonctionnaire.

Le Représentant spécial a ensuite fait état d’une augmentation du nombre d’actes de piraterie dans le golfe de Guinée.  Le trafic de stupéfiants et d’armes légères et de petit calibre, y compris par les groupes terroristes, pose des menaces sécuritaires considérables.  Il a salué les efforts conjoints du centre de coordination régional pour l’Afrique de l’Ouest et les centres multinationaux zonaux pour la sécurité maritime.  Il a aussi pris note des efforts de l’Office des Nations Unies contre le crime et la drogue (ONUDC) pour créer un cadre de coopération renforcée entre le Maghreb et les pays du Sahel. 

La période à l’examen a vu une aggravation du mécontentement populaire dans la région, qui s’est exprimé dans des manifestations souvent violentes réclamant des réformes politiques et économiques, a expliqué M. Chambas.  La riposte parfois musclée des forces de sécurité a également alimenté les tensions, a-t-il remarqué, soulignant que plusieurs pays de la région se heurtent encore à des défis liés à la justice, à la réconciliation nationale et aux droits de l’homme.  Nous devons, a souligné M. Chambas, continuer collectivement à presser les États de créer un environnement favorable aux libertés d’expression et de réunion.  Il s’est félicité à cet égard que le Burkina Faso et le Bénin aient aboli la peine capitale, portant à neuf le nombre des pays de la région à avoir pris cette décision. 

Au cours des six derniers mois, s’est encore réjoui M. Chambas, la région est restée sur sa trajectoire positive s’agissant des élections démocratiques, comme en Guinée, en Gambie et en Sierra Leone, même si elles ont parfois été émaillées de tensions, a ajouté M. Chambas qui a indiqué que son Bureau suit de très près les prochaines élections en Mauritanie, au Nigéria et au Sénégal.  Il s’est félicité des efforts de la CEDEAO pour faciliter une transition pacifique au Togo où la crise politique a provoqué la suspension des élections législatives prévues à la fin de cette année.  Avec la CEDEAO, le Bureau des Nations Unies travaille d’ailleurs, comme au Nigéria, pour faciliter la création d’une architecture de paix propre à offrir une approche systématique et inclusive de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits.

M. THÉODORE DAH (Côte d’Ivoire) s’est dit, malgré les progrès, préoccupé par la persistance de défis multiformes et complexes dans la sous-région et Le Sahel, à commencer par le terrorisme et l’extrémisme violent ainsi que la criminalité transnationale organisée.  Il a également relevé la faiblesse relative des institutions étatiques qui se répercute sur les services publics et exacerbe les conditions de vie déjà difficiles de millions de personnes.  Pour endiguer ces conséquences dommageables, il a préconisé une démarche globale qui implique les populations locales et les provinces et États concernés, les organisations régionales et les Nations Unies. 

Il faut intensifier les efforts contre Boko Haram, les groupes islamistes et la piraterie, a dit le représentant qui a encouragé les États du G5 Sahel à continuer de prendre les mesures nécessaires pour que la Force conjointe atteigne sa pleine capacité opérationnelle.  Sur le plan économique, il a appelé à des mesures visant à pallier la faiblesse du pouvoir d’achat des populations de l’Afrique de l’Ouest.  Pour ce qui est du Sahel, il s’est aligné sur les recommandations de la Commission économique pour l’Afrique qui préconise de s’attaquer aux causes profondes de la crise, d’assurer l’exécution du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et d’offrir des possibilités d’investissements.

Face aux chiffres alarmants de la situation humanitaire, le représentant a insisté sur la mutualisation des efforts afin de trouver des solutions à la détresse des 6,9 millions de personnes en situation de crise alimentaire au Sahel et des 2,3 millions de déplacés dans le bassin du lac Tchad.  Il a estimé que la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel est un moyen d’appuyer le processus de développement, la promotion de la bonne gouvernance et l’amélioration de la sécurité, et a appelé de ses vœux un recalibrage effectif de cette Stratégie.

Le représentant a également encouragé les pays de la région à mettre en œuvre la résolution 1325 (2000), à travers l’élaboration et l’application de leurs plans d’action nationaux, en vue d’une forte implication des femmes dans la prévention, le règlement des conflits ainsi que le maintien de la paix.  Il a décrit l’UNOWAS comme « un outil pertinent de diplomatie préventive ».

M. PAUL DUCLOS (Pérou) a souligné que la présence de groupes terroristes et d’organisations criminelles ainsi que la gravité de la situation humanitaire au Sahel et le bassin du lac Tchad s’expliquent par la pauvreté, le sous- développement, les conséquences des changements climatiques et les faibles capacités des États.  Après s’être félicité du travail du Bureau des Nations Unies, le représentant a fermement appuyé la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.  Pour que le Bureau puisse pleinement s’acquitter de son mandat, il faut l’appuyer politiquement et financièrement, a prévenu le représentant.

M. PEDRO LUIS INCHAUSTE JORDÁN (Bolivie) a applaudi les processus électoraux en Gambie, qui constituent un exemple à suivre pour mettre fin à la mésentente et aux différends politiques, avant d’exprimer sa gratitude au Bureau des Nations Unies.  Il est vital d’analyser les causes des conflits, a poursuivi le délégué.  « Nous ne cesserons jamais de le répéter », mais les changements inconstitutionnels et les renversements des régimes sont, comme c’est le cas en Libye, responsables de l’effondrement de l’état de droit, dont les pays voisins payent aujourd’hui les conséquences.  Ne parlons même pas de la circulation des armes qui se trouvaient sur le sol libyen et qui sont aujourd’hui aux mains des organisations terroristes dans le Sahel, a vitupéré le représentant.  Il a en conclusion exhorté tous les États à se pencher sur les questions d’intérêt commun pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel et à leur fournir la coopération nécessaire pour pacifier la région.

Mme AMPARO MELE COLIFA (Guinée équatoriale) a condamné les activités terroristes dans le bassin du lac Tchad et dans le golfe de Guinée, dont l’impact se réverbère partout dans la région.  En effet, les menaces posées par ces organisations concernent tout le continent, rendant d’autant plus nécessaire la recherche de solutions collectives.  Des millions de personnes ont dû fuir à travers toute l’Afrique et au-delà.  Autre source de préoccupation, a relevé la déléguée, les heurts entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires, en particulier au Ghana, au Mali, au Niger et au Nigéria, lesquels ont gagné en fréquence, en intensité et en complexité dans l’ensemble du Sahel.  Mme Mele Colifa s’est dite partisane d’un dialogue constructif entre les parties au conflit, avec au besoin l’intervention des instances internationales.  Elle a ajouté en conclusion que la recherche d’une solution politique à la crise en Libye constituerait une contribution majeure au règlement des crises sur l’ensemble du continent.

Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) a félicité M. Chambas et son équipe pour ses activités de bons offices et de prévention des conflits en notant l’importance du rôle de l’UNOWAS pour garantir des élections crédibles, justes et pacifiques au Mali, en Mauritanie et au Nigéria dans les mois à venir.  Il est essentiel, a-t-il dit, que le Conseil de sécurité continue d’appuyer les initiatives régionales pour combattre la criminalité transfrontalière organisée et le terrorisme.  À cet égard, la représentante a salué les efforts de la Force multinationale mixte dans sa lutte contre Boko Haram et ceux de la Force conjointe du G5 Sahel.  Elle a plaidé pour une meilleure mobilisation de la coopération internationale et régionale, notamment sur le dossier de la piraterie au large de la Somalie et dans le Golfe de Guinée.  Elle a également mis en exergue l’importance qu’il y a à compléter la réponse sécuritaire par une approche de promotion du développement.  Elle a salué le recalibrage de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel, même si elle a estimé qu’il aurait été utile d’entendre le point de vue de l’Union africaine.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) s’est félicité de la coopération étroite entre l’UNOWAS et les acteurs régionaux et les sous-régions qui ont contribué aux progrès politiques dans la région.  Il a salué les initiatives de la région comme la Force conjointe du G5 Sahel et la Force multinationale mixte et a encouragé la communauté internationale à les soutenir.  L’assistance humanitaire et l’action militaire doivent aller de pair, a-t-il souligné, en ajoutant qu’il faut s’attaquer aux causes profondes des crises, notamment au Sahel, en investissant dans le développement.  Il a également encouragé la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à tenir compte dans ses actions des Stratégies des Nations Unies pour le Sahel et le bassin du lac Tchad.

Mme LISE GREGOIRE VAN HAAREN (Pays-Bas) s’est réjouie du rôle de prévention des conflits que joue le Bureau des Nations Unies, grâce à la promotion de la coopération régionale, à l’alerte et l’action rapides et aux bons offices du Représentant spécial du Secrétaire général.  La représentante a souligné que l’approche régionale ne saurait se limiter aux opérations militaires.  Pour maintenir la sécurité, il faut aussi combler les lacunes en matière de gouvernance et de justice.  La responsabilité, la participation et le dialogue sont impératifs pour ouvrir la voie à une paix durable.  L’efficacité et la légitimité de la Force conjointe du G5 Sahel dépendent non seulement de la capacité de cette dernière à réagir rapidement mais aussi de la mise en œuvre de son cadre de conformité, a insisté la représentante, en demandant le renforcement de l’appui au secteur national de la justice et à la coopération judiciaire au niveau régional.  S’agissant de l’alerte et de la réaction rapides, elle a voulu que l’on tienne compte du fait que les changements climatiques sont une des causes sous-jacentes des conflits.  Elle a encouragé l’ONU à développer son analyse des risques et ses capacités d’évaluation de ces risques, au Siège comme sur le terrain. 

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