Syrie: l’Envoyé spécial réclame un dispositif pour limiter les effets déstabilisateurs des combats dans le sud-ouest du pays

CS/13397
27 juin 2018
8296e séance – matin

Syrie: l’Envoyé spécial réclame un dispositif pour limiter les effets déstabilisateurs des combats dans le sud-ouest du pays

Sous fond d’escalade « alarmante » de la violence dans le sud-ouest de la République arabe syrienne, l’Envoyé spécial pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, a appelé, ce matin, devant le Conseil de sécurité, à élaborer un dispositif pour limiter les souffrances et les effets déstabilisateurs des combats, avertissant que la situation sur les champs de bataille risquerait d’aggraver les tensions régionales.

Venu présenter le dernier rapport* du Secrétaire général, M. Staffan dee Mistura s’est dit vivement préoccupé par la tournure des événements depuis la semaine dernière dans cette partie de la Syrie, qui avait été décrétée zone de désescalade, l’an dernier, et où une offensive à grande échelle est en cours.

« On ne peut permettre que cette situation se transforme en une nouvelle Ghouta orientale ou Alep-Est », a-t-il affirmé.  « Nous savons tous quels canaux utiliser pour élaborer des arrangements pour sauvegarder les vies civiles et trouver des solutions pour éviter de nouvelles tragédies. »

Le Directeur de la Division de la coordination et des interventions au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), M. John Ging, a indiqué que cette nouvelle escalade avait déjà provoqué entre 45 000 et 50 000 déplacés notamment dans la province de Deraa, et en direction des zones frontalières avec la Jordanie.  À cela s’ajoutent des dizaines de morts et de blessés, des attaques qui ciblent délibérément les installations médicales et des populations entières qui sont privées d’électricité.

« Une autre flambée de violence pourrait accroître de manière significative le nombre de déplacés et mettre à mal la capacité de l’ONU à conduire des opérations humanitaires transfrontières », a notamment mis en garde M. Ging. 

M. de Mistura a également averti du risque que cette recrudescence des combats ne sape les progrès réalisés pour trouver une solution politique à la crise syrienne, citant notamment « l’étape importante » qui a été franchie avec la présentation, par les autorités syriennes, d’une liste de noms proposés pour siéger au sein de la commission constitutionnelle qui est en cours d’élaboration.

L’Envoyé spécial a appelé à tirer parti de cette initiative syrienne pour intensifier les négociations sur la création de cet organe, insistant par ailleurs sur l’importance de la diplomatie de haut niveau pour garantir la désescalade et le processus politique.

La France a estimé qu’il était désormais plus urgent et plus nécessaire que jamais de lancer un processus crédible, soulignant que s’il était trop tôt pour évoquer un « Dayton syrien », des premiers signaux encourageants apparaissent en vue d’une vraie dynamique politique.

« Nous devons prendre garde de ne pas laisser s’ouvrir le chapitre 2 de la tragédie syrienne, celui de l’élargissement régional du conflit », a par ailleurs affirmé la délégation qui a également redouté que l’offensive en cours ne se traduise par de nouveaux sièges qui affameront les populations. 

Cette référence à Dayton a suscité l’ire de la Syrie qui a également accusé les auteurs du rapport de passer sous silence les crimes de guerre commis par les États-Unis et leurs alliés à Raqqa et les tentatives de déstabilisation de la Syrie menées par l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, et d’avoir « fermé les yeux » sur les exactions dont sont victimes les civils syriens aux mains des forces terroristes et étrangères.

Les États-Unis se sont inquiétés du fait que la Russie semble avoir opté pour la variante militaire et non politique, alors qu’à l’origine, la création de la zone de désescalade avait pour objectif d’appuyer la conclusion de cessez-le-feu avec les groupes extrémistes. 

La délégation américaine a aussi noté que, pendant des années, la Russie et le régime de Bashar Al-Assad ont justifié des attaques brutales sous couvert de la lutte contre le terrorisme, et que le même scénario se déroule une nouvelle fois, sous prétexte que cette zone pullulait de groupes extrémistes.  « Cela est tout simplement faux », a-t-il affirmé.

La Fédération de Russie a cependant fait observer qu’aucun accord de cessez-le-feu ne prévoit de trêve dans la lutte contre le terrorisme et a déploré que certains acteurs préfèrent fomenter l’affrontement au lieu d’user de leur influence pour inciter à l’apaisement.

La délégation russe a également appelé à mettre un terme au Mécanisme de surveillance de l’aide humanitaire en République arabe syrienne, le temps d’identifier de nouvelles modalités d’acheminement de l’aide avec Damas.

En la matière, les délégations ont été nombreuses à condamner, à l’instar de la Suède et du Koweït, les attaques continues contre les installations médicales et la confiscation des biens humanitaires.

L’obstruction systématique et délibérée de l’aide humanitaire est « intolérable », en particulier le retrait systématique du matériel médical des convois par le régime syrien, a renchéri la France.  Les opérations transfrontières des Nations Unies sont détaillées dans un rapport** distinct.

Des préoccupations ont également été soulevées au sujet de la « loi numéro 10 » récemment adoptée par le régime syrien, à commencer par l’Envoyé spécial, qui a appelé à prendre des mesures pour rétablir la confiance, notant que celle-ci avait inquiété de nombreux réfugiés et pays voisins comme le Liban.

À cela, la Fédération de Russie a estimé que rien ne pouvait justifier l’« hystérie » suscitée par la « loi numéro 10 », précisant que son but n’était pas l’expropriation mais la protection des droits à la propriété qui avaient été violés. 

* S/2018/619

** S/2018/617

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT (S/2018/617 ET S/2018/619)

Déclarations

M. STAFFAN DE MISTURA, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, s’est dit vivement préoccupé par la tournure des évènements dans le sud-ouest de la Syrie où une offensive à grande échelle est en cours.  On ne peut permettre que cette situation se transforme en une nouvelle Ghouta orientale ou Alep-Est, a-t-il indiqué, avertissant que la situation risque d’affecter des dizaines de milliers de personnes.

Il a aussi prévenu qu’une escalade dans le sud-ouest représente un risque significatif pour la stabilité de la région.  Des frappes aériennes ont été signalées à l’aéroport de Damas, puis attribuées par les médias Syriens à Israël.  Tout en soulignant que l’ONU n’est pas en mesure de confirmer cette information, il s’est inquiété à l’idée d’une bataille qui risquerait d’alimenter ces tensions.  Il a exhorté l’ensemble des parties à tirer les enseignements de la Gouta orientale et d’Alep.  Nous savons quels canaux utiliser pour élaborer des arrangements pour sauvegarder les vies civiles et trouver des solutions pour éviter de nouvelles tragédies, a-t-il souligné.

M. de Mistura a ensuite porté son attention sur la création de la commission constitutionnelle.  Il a fait état des progrès réalisés pour trouver une solution politique, avertissant que l’escalade militaire risque de mettre ces efforts à mal.  Pour ce qui est de la mise en œuvre de la Déclaration finale de Sotchi, il a indiqué que le Gouvernement syrien avait fourni une liste de 15 noms de personnes qui pourraient siéger au sein de cette commission, y voyant « une étape importante du processus » et ajoutant que les encouragements de l’Iran ont sans doute contribué à cette avancée.

L’Envoyé spécial a appelé à tirer parti de cette initiative syrienne pour intensifier les négociations.  Il a expliqué avoir organisé des consultations avec la Turquie, la Russie et l’Iran, entre autres pour réfléchir à l’élaboration de la commission constitutionnelle, précisant que les discussions avaient porté sur sa composition et les processus décisionnels.  Une entente s’est dessinée, même si elle est préliminaire, s’est-il félicité, ajoutant que les parties avaient fait des « compromis productifs ».  Les trois pays ont aussi reconnu l’importance pour la commission être crédible.

M. de Mistura a ensuite fait le point sur les consultations qu’il a tenues avec la France, l’Allemagne, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Royaume-Uni et les États-Unis.  Il a indiqué que les conversations ont porté sur les accords de désescalade, l’importance de la diplomatie, et les perspectives de progrès au plan constitutionnel.  Il a souligné que ces pays pourraient être d’importants acteurs dans le cadre de la reconstruction en Syrie.

Il a fait part de son intention de continuer à peaufiner ce projet de commission de manière à assurer son efficacité et sa crédibilité.  Elle devra en outre être composée d’au moins 30% de femmes, a-t-il ajouté, saluant au passage le fait que la liste du Gouvernement syrien comporte 26% de femmes.  Il a récusé tout argument selon lequel il n’y aurait pas suffisamment de femmes syriennes dotées d’une expertise constitutionnelle.  Il a ensuite espéré obtenir prochainement la liste de l’opposition. 

Poursuivant, l’Envoyé spécial a indiqué que les réunions auxquelles il a pris part ces derniers jours avaient mis en exergue l’importance de l’appui des pays clefs.  Tout en reconnaissant que la précaution est de mise, il a estimé que des progrès avaient été réalisés, insistant sur l’importance de respecter les préoccupations de toutes les parties syriennes.  Il faut prendre des mesures pour rétablir la confiance, a-t-il dit, s’inquiétant de l’impact d’actes législatifs unilatéraux comme l’adoption par le régime syrien de la loi numéro 10 qui, a-t-il relevé, a inquiété de nombreux réfugiés et pays voisins comme le Liban.  Il a aussi appelé à répondre de manière concrète à la situation des détenus et personnes disparues et à la question de la remise des dépouilles, précisant que son équipe qui se trouve actuellement à Ankara entend appuyer le Groupe de travail chargé de ces questions qui a été créé à Astana.

L’Envoyé spécial a insisté sur l’importance de la diplomatie de haut niveau pour garantir la désescalade et sous-tendre le processus politique.  Il a fait état de l’émergence d’un réseau international de discussion de haut niveau sur la marche à suivre en Syrie, rapportant que des discussions de « très haut niveau » ont notamment lieu entre les Présidents Donald Trump et Vladimir Putin, et entre ce dernier et la Chancelière Angela Merkel, entres autres.  Il a vu là « un moyen de s’appuyer sur un certain terrain d’entente ».

Avertissant une fois de plus que la situation sur les champs de bataille risque d’aggraver les tensions régionales, M. de Mistura a appelé à élaborer un dispositif dans le sud-ouest du pays pour limiter les souffrances de la population et les effets déstabilisateurs des combats.

M. JOHN GING, Directeur de la Division de la coordination et des interventions au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), a attiré l’attention du Conseil de sécurité sur la situation dans le sud de la Syrie où s’est développée une nouvelle escalade de la violence la semaine dernière, notamment avec des tirs d’artillerie et des bombardements aériens.  En ce moment, entre 45 000 et 50 000 personnes sont déplacées du fait des combats, notamment dans la province de Deraa, et en direction des zones frontalières avec la Jordanie. 

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), le nombre de déplacés pourrait doubler si jamais les combats se poursuivaient.  Des dizaines de civils ont été tués, y compris des enfants, tandis que d’autres ont été blessés.  Les attaques ont également ciblé des sites civils, dont un hôpital de Médecins sans frontières (MSF) qui a été rendu inopérable, hier, du fait d’une frappe aérienne dans la ville d’Al-Hirak. 

L’organisation a indiqué que cet hôpital apportait de l’aide à 90 000 personnes et avait procédé à plus de 15 700 consultations au cours de l’année dernière.  Ce matin, selon les médias, des frappes aériennes ont touché un autre hôpital dans la ville de Gizeh, dans l’est de la province de Deraa.  Quelque 100 000 personnes dans la ville de Deraa et ses environs n’ont pas de courant électrique depuis hier, depuis que des forces gouvernementales ont lancé un assaut dans le sud de la ville.

En dépit des hostilités, les Nations Unies et leurs partenaires continuent d’apporter des vivres, des soins de santé, des services d’éducation et des outils de secours essentiels à plus de 400 000 personnes qui sont dans le besoin dans le sud de la Syrie, y accédant par la frontière jordanienne.  Une autre flambée de violence pourrait accroître de manière significative le nombre de déplacés et mettre à mal la capacité de l’ONU à conduire des opérations humanitaires transfrontières. 

Il a appelé les parties au conflit à mettre fin aux hostilités et à permettre que les opérations humanitaires transfrontières se poursuivent de manière durable, sûre et sans entrave.

Dans le nord-ouest de la Syrie, notamment à Edleb, la situation humanitaire ne cesse de se détériorer, notamment du fait de nouveaux déplacements massifs après ceux de l’an dernier.  Plus d’un demi-million de gens sont déplacés dans Edleb depuis les six derniers mois, en provenance de la Ghouta orientale, des zones rurales du nord de Homs, de Yarmouk et d’autres sites à Edleb.  Il y aurait eu une soixantaine de morts dans cette région entre le 7 et le 10 juin du fait des frappes aériennes. 

Des engins explosifs improvisés sont aussi un motif d’inquiétude.  Vingt incidents ont été relevés en mai dernier et deux autres le 21 juin à Edleb, faisant un total de huit morts et près de 40 blessés.  Des enlèvements et des demandes de rançons visant les personnels de santé ont été relevés en juin, ce qui a conduit les autorités locales à suspendre les activités non urgentes pendant plusieurs jours.

En outre, relève M. Ging, environ 138 000 personnes ont pu retourner dans la ville de Raqqa, malgré la présence d’engins explosifs qui essaiment dans la ville.  L’accès aux services de base dans la ville s’améliore progressivement, avec des hôpitaux qui rouvrent et le rétablissement du courant électrique dans les zones rurales du nord de la ville.  Le rétablissement de l’eau courante se poursuit assez lentement.  La moitié de la ville reçoit de l’eau courante, même si les quantités sont insuffisantes. 

L’ONU et ses partenaires continuent d’apporter une assistance aux gens dans la ville et dans toute la province de Raqqa, atteignant près de 300 000 personnes chaque mois.  De même, l’accès humanitaire dans le district d’Afrin s’améliore toujours, grâce notamment à l’action d’organisations caritatives turques appuyées par l’ONU.

Dans la Ghouta orientale, 16 000 personnes y sont retournées au début du mois de juin, faisant passer à 125 000 le nombre de gens s’y trouvant.  L’ONU n’a malheureusement pu accéder au site depuis que son contrôle a changé en mars dernier, et l’aide y est apportée par des convois du Croissant-Rouge arabe syrien et d’autres partenaires locaux. 

Dans la ville de Rastan, dans le nord de la zone rurale de la province de Homs, le personnel onusien a été autorisé, après d’intenses négociations, à être présent au cours d’une distribution de biens médicaux.

Dans tout le pays, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a relevé près de 700 attaques visant des établissements médicaux depuis 2014, avec 112 attaques confirmées depuis le début de l’année, soit le même nombre que le total de l’année 2017.  On estime donc le rythme de ces attaques à 16 par mois, soit une attaque tous les deux jours. 

La Syrie compte désormais 70% de toutes les attaques contre les établissements médicaux à travers le monde.  L’ONU a tout de même permis de procéder à la déconfliction de 500 sites humanitaires, en collaboration avec la Fédération de Russie, la coalition menée par les États-Unis et la Turquie.  Malgré cela, quatre de ces sites, tous des centres de soins, ont été touchés dans la Ghouta orientale et la région rurale du nord de Homs. 

Le Directeur a noté que près de cinq millions de personnes dans le besoin en Syrie sont localisées dans des zones dont l’accès est plus facile par les frontières avec les pays voisins.  Parmi elles, 2,67 millions ne sont accessibles uniquement que par des opérations transfrontières.  Pour de nombreuses personnes dans le besoin dans le sud de la Syrie et dans le nord-ouest, les opérations transfrontières demeurent une bouée de sauvetage.  

M. JONATHAN COHEN (États-Unis) a affirmé qu’on ne s’approche pas de la paix ni d’une solution en Syrie, s’alarmant notamment de la gravité de la situation dans le sud-ouest du pays.  Il s’est inquiété du lourd tribut payé par la population civile dans une région qui jouissait jusqu’à présent d’un calme relatif, notant que près de 70 000 personnes auraient pris la fuite.

Il a rappelé que lors de la création de la zone de désescalade, l’an dernier, par la Jordanie, les États-Unis et la Fédération de Russie, les termes était clairs: établir un cessez-le-feu avec les groupes extrémistes.  Les États-Unis et la Jordanie ont honoré leur engagement, a-t-il affirmé, mais, aujourd’hui, la Russie appuie l’offensive du régime de Bashar Al-Assad en affirmant que cette zone pullulait de groupes extrémistes.  « Cela est tout simplement faux », a-t-il dit.

Pendant des années, a-t-il poursuivi, la Russie et le régime de Bashar Al-Assad ont justifié des attaques brutales sous couvert de la lutte contre le terrorisme, et le même scénario se déroule une nouvelle fois.  Il a en outre souligné que l’opération unilatérale de la Russie et du régime de Bashar Al-Assad est une violation des accords de cessez-le-feu pourtant réaffirmés par les Présidents américain Donald Trump et russe Vladimir Putin.

Le représentant a appelé la Russie à honorer cet engagement et à prendre des mesures immédiates pour prévenir une escalade dans le sud-ouest de la Syrie.  Or, s’est-il inquiété, la Russie semble opter pour la variante militaire et non politique. 

En outre, du fait des opérations militaires, les points de passage transfrontaliers de l’aide humanitaire risquent d’être fermés, s’est-il inquiété.  Il a aussi accusé Bashar Al-Assad de confisquer l’aide humanitaire et a appelé le Conseil de sécurité à agir pour assurer son acheminement.

L’assistance humanitaire et le Mécanisme de surveillance de l’aide humanitaire en République arabe syrienne ne peuvent être mis en péril, a-t-il souligné.  Il a appelé à la prompte création de la commission constitutionnelle et a appuyé les efforts déployés par l’ONU à cette fin. 

La déclaration prononcée par la Russie à Sotchi démontre d’ailleurs que l’ONU est habilitée à déterminer qui peut y siéger, a-t-il commenté.  Il a insisté sur la légitimité du processus de Genève et s’est dit préoccupé de la tentative de créer d’autres canaux.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a fait part de ses inquiétudes par rapport à la situation sur le terrain en République arabe syrienne, à commencer par le fait, malheureusement, que la logique militaire se poursuivait.  Notant la reprise des attaques du régime contre l’opposition dans le sud-ouest du pays, une région qui abrite 700 000 civils, M. Delattre a estimé que l’objectif de ces bombardements est de pousser les groupes d’opposition à la reddition avec des méthodes de guerre contraires au droit humanitaire.  La France redoute qu’une telle offensive ne se traduise par de nouveaux sièges qui affameront les populations, et d’autres déplacements forcés ainsi que par la restriction de l’accès humanitaire. 

De surcroît, cette offensive survient dans une zone frontalière extrêmement sensible, ce qui pourrait avoir des conséquences directes pour la sécurité et la stabilité d’Israël et de la Jordanie.  Il a également souligné qu’une vague supplémentaire de réfugiés déstabiliserait durablement les pays voisins, en particulier la Jordanie. 

Ces développements récents sont d’autant plus préoccupants que la diversité des forces en présence dans le grand sud-ouest de la Syrie fait courir un vrai risque d’escalade régionale, a redouté le représentant.  Rappelant que les territoires visés par cette offensive font partie de la zone de désescalade du sud-ouest, il a appelé Moscou à honorer cet accord et à garantir immédiatement la cessation des hostilités.

Dans ce contexte, la France déplore que la situation humanitaire reste toujours « catastrophique », notamment à Edleb et dans la Ghouta orientale.  L’obstruction systématique et délibérée de l’aide humanitaire est « intolérable », en particulier le retrait systématique du matériel médical des convois par le régime syrien. 

Après avoir fait la distinction entre aide d’urgence et reconstruction, M. Delattre a souligné que la France et l’Union européenne ne financeraient pas la reconstruction de la Syrie tant qu’un accord politique n’aurait pas été trouvé entre les parties syriennes, permettant une réforme en profondeur de l’État et la tenue d’élections libres, transparentes, conduites et supervisées par les Nations Unies.  Il a annoncé un programme d’urgence de 50 millions d’euros supplémentaires.  

Face aux risques de lassitude qui transparaissent ici et là, a poursuivi M. Delattre, « soyons tous bien conscients ici que la logique militaire et la catastrophe humanitaire toujours en cours en Syrie nous interdisent de détourner le regard.  Cela d’autant plus que nous devons prendre garde de ne pas laisser s’ouvrir le chapitre 2 de la tragédie syrienne, celui de l’élargissement régional du conflit ».  Ces éléments rendent plus urgent et plus nécessaire que jamais le lancement d’un processus crédible, a-t-il indiqué, soulignant que s’il est trop tôt pour évoquer un « Dayton syrien », des premiers signaux encourageants apparaissent en vue d’une vraie dynamique politique.

Pour ce qui est du règlement politique de la crise, la France appelle à soutenir les efforts menés à Genève par l’ONU pour favoriser la convergence entre les principaux acteurs de la crise syrienne.  L’objectif à court terme est de créer une commission constitutionnelle qui doit être composée d’un tiers de membres désignés par le régime, un tiers par l’opposition et un tiers indépendant, a rappelé M. Delattre.  À cet égard, la France encourage M. Staffan de Mistura à travailler activement pour désigner ces 50 représentants indépendants qui ne doivent donner de majorité ni au régime ni à l’opposition.

Pour la France, la recherche d’une solution politique fondée sur un accord intersyrien passe également par la tenue d’élections libres et transparentes préparées et supervisées par les Nations Unies.  Ces deux volets, constitution et élections, nécessitent un cadre neutre, sûr et impartial qui soit garanti par des mesures de confiance. 

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) s’est félicitée des évolutions positives sur le plan politique, citant notamment la réunion récente du processus d’Astana et du Groupe restreint à Genève.  Elle a souligné que l’ONU était la plus à même de déterminer la composition de la commission constitutionnelle.  Elle a appelé à progresser sur la voie de la création d’un environnement calme et neutre, propice à la tenue d’élections équitables.  Il faut aussi s’appuyer sur l’entente qui semble se dessiner entre certains acteurs internationaux, a-t-elle ajouté.

La représentante s’est aussi inquiétée des attaques lancées dans la zone de désescalade dans le sud-ouest de la Syrie et des risques que cela représente pour la stabilité de la région. 

Elle a relevé que l’accès humanitaire s’est fortement réduit.  Le fait que certaines zones soient sous le contrôle des autorités devrait au contraire se traduire par une facilitation de l’accès de l’aide humanitaire, a–t-elle commenté.  Elle a constaté que l’accès du personnel et des convois humanitaires est aléatoire et a souhaité obtenir des éclaircissements sur cette situation.

Elle a en outre vivement dénoncé les attaques contre les centres de soins.

M. OLOF SKOOG (Suède) a exhorté toutes les parties en République arabe syrienne à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire.  Il a appelé au respect de l’accord de désescalade visant le sud-ouest du pays.  Il a aussi plaidé pour un accès humanitaire sans entrave à ces zones. 

Pour la Suède, l’offensive militaire actuelle est contraire à tout ce que le Conseil de sécurité souhaite voir dans la région.  Il a enfin invité les membres du Conseil, au cours de leur séance à huis clos, à s’atteler à trouver une issue à cette nouvelle escalade.

M. KAREL JAN GUSTAAF VAN OOSTEROM (Pays-Bas) a fait part de sa préoccupation face à l’escalade du conflit dans le sud-ouest de la Syrie.  Il a invité la Fédération de Russie à exercer son influence sur les parties afin que cessent les hostilités dans une région très sensible.  Il a rappelé que des milliers de personnes fuyaient vers la frontière jordanienne, et de nombreuses autres risqueraient de le faire si la situation ne changeait pas de manière positive. 

Le représentant a rappelé que, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 112 attaques ont été enregistrées contre des centres de soins en Syrie cette année.  À Edleb, ces attaques se poursuivent au quotidien et « c’est le régime syrien qui attaque sa propre population », a-t-il affirmé. 

Selon lui, les attaques visant le personnel et les centres médicaux doivent cesser, et toutes les parties doivent faciliter la fourniture des soins et l’accès des humanitaires, notamment les Casques blancs qui risquent leur vie pour aider ceux qui sont dans le besoin.

Le délégué a aussi rappelé que la population de la Ghouta orientale avait été l’objet du siège le plus long des temps modernes, et que les auteurs de tels actes devaient en répondre devant les tribunaux.  Si le dossier ne peut être transmis à la Cour pénale internationale (CPI), les Pays-Bas s’engagent à trouver d’autres voies et moyens pour que justice soit rendue aux victimes de la Ghouta orientale, a-t-il dit. 

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a salué les tentatives de l’Envoyé spécial pour l’Iraq d’impliquer les États du Moyen-Orient, de la région du Golfe et d’Europe dans le processus politique en Iraq.  Une approche régionale revigorée est nécessaire pour appuyer les processus de Genève et d’Astana afin de faire respecter le cessez-le-feu et promouvoir le processus de paix. 

Le représentant a indiqué que la prochaine réunion des participants au processus d’Astana aura lieu à Sotchi, en Russie, à la fin juillet - début août.  Ce n’est pas une alternative à Astana mais une tentative de renforcer les accords obtenus plus tôt à Sotchi.  En conséquence, a ajouté le représentant, le dixième cycle suivi par d’autres rondes de discussions aura lieu dans la capitale du Kazakhstan ou une autre ville mais toujours dans le cadre du format d’Astana.

Remerciant ensuite le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, M. Mark Lowcock, pour son exposé, le représentant a encouragé les livraisons d’aide transfrontalières depuis l’Iraq, la Jordanie et la Turquie conformément à toutes les résolutions pertinentes sur cette question.  En mai, 440 camions ont apporté une aide d’urgence pour plus d’un million de personnes de cette façon.  Le Gouvernement syrien doit respecter le niveau d’accès humanitaire dans de nombreuses zones qui ont fait l’objet récemment d’accords au niveau local. 

De plus, une attention particulière devra être accordé à Edleb où malheureusement près de la moitié de la population a été déplacée et doit être sauvée.  Le délégué a souligné que la liberté de circulation des civils doit être assurée conformément aux normes de protection internationalement reconnues. 

M. LIE CHENG (Chine) a appelé à poursuite du dialogue d’Astana, engagé par la communauté internationale à soutenir les efforts de médiation de l’ONU.  La priorité est la formation de la Commission constitutionnelle qui doit pouvoir être opérationnelle.

Il a réclamé le respect de la souveraineté territoriale de la République arabe syrienne et invité à éviter toute escalade de la violence, se disant gravement préoccupé par le sort des civils.

Le représentant a aussi estimé que la communauté internationale doit renforcer la lutte contre le terrorisme, appelant chacun à user de leur influence pour veiller à la pleine application de la résolution 2401 (2018).  Il a aussi dit l’importance d’appuyer les activités de déminage et le retour des déplacés.

M. FRANCISCO TENYA HASEGAWA (Pérou) a relevé que le nombre de déplacés ne cessait d’augmenter en République arabe syrienne et le Conseil de sécurité devait s’attacher à trouver des solutions à cette situation.  Il a déploré la « situation catastrophique pour près de 750 000 personnes dans le sud-ouest de la Syrie ». 

Un autre point de préoccupation est le sort des quelque 2,5 millions de personnes vivant à Edleb.  Il faut donc une cessation immédiate des hostilités et les parties doivent permettre la délivrance de l’aide.  Il a également déploré les attaques contre les établissements médicaux en Syrie.

Au sujet du processus politique, le représentant a salué les efforts du Représentant spécial, M. Staffan de Mistura, et a plaidé pour la poursuite des efforts pour établir la commission constitutionnelle syrienne.  Il a insisté sur le fait que les femmes doivent y figurer selon une proportion d’au moins 30%. 

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) s’est dit préoccupé par l’escalade dans le sud-ouest du pays, une zone stratégique, notant qu’elle avait fait de nombreuses victimes et déplacés.  Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités.  Et à créer des synergies pour donner la priorité au processus politique engagé par l’ONU, moyennant notamment la création d’une commission constitutionnelle.

Le représentant a dénoncé « les négociations ambiguës » et réclamé un dialogue franc et constructif entre les acteurs pour dégager les points de convergence.  Il s’est par ailleurs inquiété de la dégradation de la situation humanitaire et a dénoncé tout détournement de l’aide.  Il a appelé les parties à veiller au bon acheminement de l’aide par les points de passage transfrontières.

M. THEODORE DAH (Côte d’Ivoire) est vivement préoccupé par les derniers développements de la situation en République arabe syrienne marquée par une recrudescence des combats qui ont entraîné la fuite de près de 45 000 personnes vers la frontière jordanienne.  Le représentant a déploré particulièrement la remise en cause du statut de zone de désescalade de la ville de Deraa, de même que l’intensification des affrontements armés entre les différents belligérants. 

M. Dah a dénoncé l’impossibilité persistante pour les Nations Unies et les agences humanitaires d’accéder aux zones anciennement assiégées en raison notamment de nombreuses entraves et autres lourdeurs administratives dont elles continuent de faire l’objet.

Le délégué a appelé, à nouveau, à la protection des civils et au respect du droit international humanitaire afin de permettre un accès sûr, durable et sans entrave de l’aide humanitaire conformément aux résolutions pertinentes des Nations Unies. 

Il s’est réjoui de l’examen indépendant des opérations transfrontalières humanitaires de l’ONU dont les recommandations permettront de renforcer davantage le Mécanisme de surveillance de l’aide humanitaire en République arabe syrienne en tenant compte des points de vue des parties concernées en particulier les autorités syriennes, les pays voisins et les organismes humanitaires des Nations Unies.  Face à la poursuite de l’escalade militaire sur le terrain, le représentant a réitéré l’importance d’une solution pacifique afin de restaurer la stabilité et de remédier durablement à la crise humanitaire en Syrie.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a déclaré soutenir le processus de paix syrien mené par l’ONU et a dit la nécessité d’appuyer la formation de la commission constitutionnelle, soulignant que des mesures pour une transition politique seraient établies plus tard.  Elle a salué la participation des femmes à ce processus.

Malheureusement, la logique militaire continue de dominer les débats, a-t-elle noté, en déplorant l’escalade dans le sud-ouest du pays.  Elle a plaidé pour un accès humanitaire durable en Syrie, regrettant que l’accès à Yarmouk et la Ghouta orientale soit refusé aux Nations Unies. 

Selon la représentante, l’impératif humanitaire doit pourtant prévaloir en Syrie, et c’est pourquoi elle a insisté sur la nécessité de protéger les groupes les plus vulnérables.  Elle a aussi insisté sur l’importance de l’unité du Conseil de sécurité pour les questions humanitaires en Syrie, rappelant à ce propos l’importance de la résolution 2401 (2018).

M. PEDRO LUIS INCHAUSTE JORDÁN (Bolivie) a demandé l’application complète de la résolution 2401 (2018).  Il a souligné les différentes initiatives qui ont permis de parvenir à des accords locaux d’évacuation pour des personnes dans le besoin, notamment celles appartenant à des groupes armés et leurs familles.  Il a également salué le fait que plus de 2 000 demandes ont été approuvées pour la distribution de denrées par le Programme alimentaire mondial (PAM).  Il a appelé le Gouvernement syrien à continuer de coopérer avec les agences des Nations Unies.  De plus, il a jugé urgent d’aider la population qui retourne à Raqqa et de sauvegarder la vie de milliers de civils innocents à Edleb.

Il est important de renforcer les accords d’Astana, a poursuivi le représentant.  Il faut adopter des mesures pour réduire la violence sur le terrain, promouvoir la confiance entre les parties et encourager des initiatives en vue de trouver une solution politique et pacifique au conflit.  Dans cet esprit, il a souhaité que le travail de la commission constitutionnelle, qui doit être « représentatif et neutre », commence le plus rapidement possible à Genève.  

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a manifesté un optimisme prudent au sujet de la formation de la commission constitutionnelle, se disant convaincu de l’importance de la mise en œuvre de la résolution 2401 (2018).  Les garants d’Astana doivent aussi assurer son application, a-t-il ajouté.  Il a insisté sur l’importance de renforcer l’aide humanitaire et de l’acheminer vers les zones difficiles d’accès.  Il s’est préoccupé de l’impact humanitaire de l’escalade militaire dans le sud-ouest de la Syrie et du fait que des installations médicales sont délibérément prises pour cible.  Le Communiqué de Genève, qui aura bientôt six ans, dresse les lignes de la marche à suivre pour trouver une issue au conflit syrien, a-t-il rappelé.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a salué les efforts de l’Envoyé spécial qui s’évertue à relancer le processus de Genève.  Il a insisté pour que la commission constitutionnelle soit légitime, soulignant que le processus devait être conduit par les Syriens eux-mêmes. 

Il a invité les parties au conflit à mettre fin à l’escalade de la violence, expliquant la nécessité de créer un environnement propice au processus politique.  La désescalade s’avère donc essentielle pour faciliter les pourparlers de paix et l’accès aux personnes dans le besoin.  Il a rappelé qu’il ne saurait y avoir de solution militaire au conflit syrien qui n’a que trop duré. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a indiqué que dans les zones reprises par les forces syriennes, la vie reprend son cours avec l’appui de la Russie, notamment à Homs, où elle a déblayé les décombres.  Il a aussi noté que les liaisons ferroviaires entre Tartous et Homs ont été rétablies.

« La situation est tout autre dans les zones occupées par la soi-disant coalition qui ne cesse d’inventer des prétextes pour justifier sa présence », a-t-il dénoncé, pointant notamment la situation à Raqqa.  Et aujourd’hui ces soi-disant libérateurs veulent nous faire des leçons de morale? s’est-il indigné.

Le représentant a dénoncé la situation dans un camp de réfugiés et la corruption des groupes armés qui font payer 500 dollars par famille pour quitter le camp.  La mise en œuvre du plan de déminage proposé par le Service de la lutte antimines de l’ONU se fait attendre.  Mais pendant ce temps, la Russie a mené des activités complexes de déminage et de déblaiement qui ont permis à des dizaines de milliers de Syriens de regagner leur foyer et de sauver des objets du patrimoine de l’humanité, notamment à Palmyre.

Poursuivant, le représentant russe a estimé que rien ne peut justifier « l’hystérie » suscitée par la loi numéro 10, précisant que son but n’est pas l’expropriation mais la protection des droits à la propriété qui ont été violés pendant la guerre.  Il a appelé à remettre en état les secteurs affectés par les hostilités, ajoutant que l’assistance à la Syrie ne peut être subordonnée par des considérations politiques.

M. Nebenzia a par ailleurs déploré la présence, dans le rapport du Secrétaire général, d’une faute grossière qui indique que les convois humanitaires transfrontaliers ne sont pas prévus pour les territoires qui ne sont pas contrôlés par les autorités syriennes.  Or, a-t-il fait observer, toutes les populations doivent pouvoir bénéficier des envois humanitaires.  Il a appelé à mettre un terme au mécanisme humanitaire transfrontière, le temps d’identifier de nouvelles modalités d’acheminement de l’aide avec Damas.

En venant à l’intensification des tensions dans le sud-ouest, le délégué russe a souligné que la sécurité de la Jordanie et d’Israël est importante.  Il a accusé le Front el-Nosra de cibler ceux qui veulent reprendre une vie normale, s’alarmant également du fait que les terroristes aient intensifié leurs attaques à Alep.  Or, a-t-il constaté, au lieu d’user de leur influence pour inciter à l’apaisement, certains acteurs préfèrent au contraire fomenter l’affrontement.  Il a fait observer qu’aucun accord de cessez-le-feu ne prévoit de trêve dans la lutte contre le terrorisme.  Il a parlé des frappes aériennes massives qui ont récemment ciblé les forces syriennes près de Deïr el-Zor, faisant des dizaines de morts alors que celles-ci menaient un combat contre les terroristes.  « Mais qui agit donc ainsi pour permettre au terrorisme de relever la tête? » s’est-il insurgé.

M. Nebenzia a ensuite rappelé l’attachement de sa délégation au processus d’Astana.  Il a noté que la Syrie avait présenté sa liste de noms pour la commission constitutionnelle.  La priorité doit être le rétablissement des relations entre la Syrie et la région, a-t-il estimé, cela permettrait d’améliorer grandement la situation.

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a déploré le fait que parmi les priorités évoquées par l’Envoyé spécial, M. Staffan de Mistura, il n’avait point entendu la lutte contre le terrorisme en Syrie.  Le représentant a rappelé que le conflit dans son pays était l’œuvre de groupes terroristes soutenus par les États-Unis, Israël et d’autres pays.  C’est donc pour cela qu’il lui a suggéré d’ajouter la lutte contre le terrorisme comme quatrième priorité avant que les délégations ne se rencontrent de nouveau à Genève. 

Il lui a également reproché d’avoir dit que « nous ne permettrons jamais que la situation dans le sud de la Syrie ne devienne une nouvelle Ghouta orientale ou une nouvelle Alep ».  Il lui a rappelé que son mandat ne lui permettait pas de tenir de tels propos car « il n’a pas qualité pour prescrire au Gouvernement syrien la manière par laquelle il doit lutter contre le terrorisme sur son territoire ».  

Au Représentant de la France, il l’a accusé d’avoir fait état d’un « accord de Dayton en faveur de la Syrie ».  M. Ja’afari a trouvé ironique le fait que cette évocation ait été faite le jour même où le Conseil a tenu une autre séance sur « les détails sur l’Accord de Dayton », 25 ans après sa signature.  

Il a ensuite reproché au Directeur de la Division de la coordination et des interventions au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), M. John Ging, d’avoir rappelé la situation humanitaire en Syrie en saluant l’aide de la Turquie à Afrin, oubliant ainsi de noter que c’était la Turquie qui avait envahi cette partie de la Syrie. 

Il a aussi souligné que toutes les demandes faites à son gouvernement par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Programme alimentaire mondial (PAM) avaient été satisfaites.  « Il est curieux de voir que le PAM et le HCR se disent satisfaits de la collaboration avec le Gouvernement syrien et pas l’OCHA », a-t-il dit.  Il a aussi reproché aux auteurs du rapport d’avoir « fermé les yeux » sur les exactions dont sont victimes les civils syriens, notamment des forces terroristes et étrangères.  Il a rappelé que les Turcs avaient démantelé plus de 1 000 usines en Syrie, y compris des laboratoires pharmaceutiques. 

Il a en outre accusé les auteurs du rapport de passer sous silence les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par les États-Unis et leurs alliés à Raqqa, citant également les tentatives de déstabilisation de la Syrie menées par l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar.  Il a parlé d’« une perte de crédibilité sans précédent de l’OCHA qui a produit un rapport aux références sélectives ». 

Le délégué a aussi dit sa désapprobation des atermoiements du Service de la lutte antimines des Nations Unies qui n’a pas pu mener de mission en Syrie depuis six mois, insistant sur la nécessité de la présence d’un expert français dans l’équipe de déminage devant se rendre à Raqqa.

Il a aussi déploré le fait que les auteurs de ce cinquante-deuxième rapport aient fermé les yeux, « pour la cinquante-deuxième fois », sur les exactions d’Israël dans le Golan syrien occupé.  Il a rappelé que son gouvernement avait transmis une lettre officielle de protestation pour dénoncer le rapport présenté ce jour. 

Il a terminé en soulignant que la solution à la crise syrienne passait par un processus politique qui sera mené par les Syriens eux-mêmes.

M. SKOOG (Suède), intervenant également au nom du Koweït, a appelé à appuyer le travail du Bureau de la coordination des affaires humanitaires sur le terrain.  Préoccupé du fait que l’année 2018 a été marquée par une incapacité à atteindre les personnes dans le besoin, il a encouragé ceux capables d’exercer une influence à inciter Damas à accélérer la signature des lettres d’agrément pour l’acheminement des convois.  Il a condamné les attaques continues contre les installations médicales et la confiscation des articles humanitaires et médicaux.  Il a salué le rapport du Secrétaire général sur l’examen des opérations transfrontières des Nations Unies, notant que le Mécanisme de surveillance de l’aide humanitaire en Syrie est vital pour la poursuite de l’aide.

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