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CS/13360
30 mai 2018
8272e séance – après-midi

Toujours divisé sur le conflit israélo-palestinien, le Conseil de sécurité se souvient de l’été 2014 à Gaza et alerte encore sur les risques d’escalade

C’est un Conseil de sécurité hanté par les quelque 1 462 morts de l’été 2014 qui s’est de nouveau réuni en urgence, cet après-midi, à la demande des États-Unis, pour examiner l’escalade récente de la situation à Gaza, dont le compte rendu a été fait par le Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, M. Nickolay Mladenov. 

Au cours de cette séance placée sous le thème des « menaces contre la paix et la sécurité internationales résultant d’actes de terrorisme », M. Mladenov, intervenant par visioconférence depuis Jérusalem, a parlé de la situation actuelle comme étant « la plus sérieuse escalade depuis le conflit de 2014 entre le Hamas et Israël », et « un avertissement à tous sur le fait que nous sommes au bord de la guerre tous les jours ».

Il a décrit les faits de ces trois derniers jours marqués par des tirs de roquettes et de mortiers, revendiqués par le Hamas et le Jihad islamique, vers Israël, et des frappes et bombardements de ce dernier vers des cibles à Gaza.  Les tirs qui ont touché des zones civiles n’ont heureusement pas fait de victimes, s’est-il félicité en notant que depuis ce matin, la situation est restée calme.  M. Mladenov a également rappelé que cette escalade dangereuse intervient après une série d’avertissements des Nations Unies et à la suite de deux mois de manifestations à la frontière entre Gaza et Israël, dont la journée du 14 mai a marqué le point culminant.  Le bilan est de 110 morts et de plus de 12 000 blessés.

De nombreux membres du Conseil de sécurité ont déploré le fait qu’en dépit de la détérioration de la situation, le Conseil n’ait pas réussi à s’accorder sur la manière de s’exprimer sur les faits, ni à définir les mesures à prendre, pour notamment répondre aux causes profondes du conflit et gérer d’urgence la situation humanitaire à Gaza.  Un projet de résolution, proposé par le Koweït, qui appelle à la création d’un mécanisme pour appuyer la protection des civils palestiniens, reste en négociation.  Des États comme la Suède ou le Pérou ont apporté leur soutien à cette initiative.

« Certains membres cyniques de ce Conseil font circuler une résolution honteuse qui ne mentionne même pas le Hamas! » s’est offusqué le délégué d’Israël qui a jugé « absurde » l’idée de « récompenser » le Hamas par une résolution qui condamnerait son pays.  D’après lui, le Conseil doit plutôt, premièrement, condamner le Hamas pour ses crimes de guerre contre les Israéliens et, deuxièmement, adopter une résolution désignant le Hamas comme organisation terroriste.  Dans le même esprit, la représentante des États-Unis a jugé scandaleux que le Conseil de sécurité ne condamne pas les tirs de roquettes sur Israël alors que le Conseil des droits de l’homme a mandaté une enquête sur les mesures d’autodéfense d’Israël.   

En revanche, l’Observateur permanent de la Palestine a appelé le Conseil à protéger « les sans défense » et à se ranger du côté du droit international et de l’éthique, tout en rejetant le discours d’Israël, « l’agresseur qui se pose en victime ».  Il a assuré qu’il poursuivra ses efforts pour obtenir la protection du peuple palestinien, conformément au droit international.

De nombreuses délégations ont souligné la responsabilité qui revient au Conseil sur le conflit israélo-palestinien.  Le représentant de la Fédération de Russie s’est impatienté face à un Conseil qui est resté dans l’impasse depuis trop longtemps, l’accusant de gérer les conséquences au lieu de s’attaquer au règlement du problème en lui-même.  Pour la Russie, c’est « une approche non productive qui ne permet pas de remédier aux problèmes chroniques comme la flambée de violence et les activités de colonisation ».

Le représentant du Koweït a dénoncé « le silence de la communauté internationale » face aux multiples violations commises par Israël, à commencer par la poursuite de l’occupation, les mesures unilatérales prises pour judaïser Jérusalem, les incursions dans la mosquée Al-Aqsa et le blocus de la bande de Gaza.  Tout en reprochant à son tour au Conseil de demeurer silencieux, le délégué de la France l’a invité à saisir cette nouvelle occasion qui lui est donnée de sortir de ce silence en discutant du projet de résolution présenté par le Koweït.  Il a également appelé à mieux financer l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) dans le contexte du gel de la contribution américaine.  À ce sujet, le Royaume-Uni a promis 2 millions de dollars pour perfuser le système de santé de Gaza.

Une bande de Gaza qui est au bord de l’effondrement social et économique, ont relevé plusieurs orateurs qui ont souscrit au plan de reconstruction de Gaza, présenté le 23 mai dernier au Conseil de sécurité par le Coordonnateur spécial.  M. Mladenov a plaidé aujourd’hui pour que les projets d’infrastructures déjà approuvés soient mis en place, et que le Gouvernement palestinien soit appuyé dans l’optique de prendre ses responsabilités, appliquer le cessez-le-feu de 2014 et freiner les activités des militants. 

Selon lui, ce plan pour Gaza est le seul moyen durable pour s’assurer que l’on ne retourne pas vers un autre conflit dévastateur, et pour ne pas permettre que « Gaza soit un pion dans les mains de quelqu’un d’autre » et « une autre tragédie sur une carte du Moyen-Orient déjà encombrée de conflits ».  Alors que les manifestations vont se poursuivre à Gaza au cours du mois de juin, il est à craindre de voir davantage de violence et d’autres risques d’escalade.

Le délégué des Pays-Bas a aussi évoqué la situation en Cisjordanie, se disant gravement préoccupé de l’intention d’Israël de procéder à la démolition de toutes les structures de la communauté Khan el Ahmar.  Il a souligné que la Zone C est d’une importance critique pour la viabilité d’un futur État palestinien.   Un État que de nombreuses délégations ont appelé de leurs vœux, souhaitant le voir évoluer à côté d’Israël dans le cadre de la solution des deux États, dans les frontières de 1967, et avec Jérusalem-Est comme capitale.

MENACES CONTRE LA PAIX ET LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES RÉSULTANT D’ACTES DE TERRORISME

Déclarations

M. NICKOLAY MLADENOV, Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, intervenant par visioconférence depuis Jérusalem, a parlé de la situation actuelle comme étant « la plus sérieuse escalade depuis le conflit de 2014 entre le Hamas et Israël », et « un avertissement à tous sur le fait que nous sommes au bord de la guerre tous les jours ».  Entre le 28 et le 30 mai, a-t-il témoigné, les Forces de défense israéliennes indiquent que 216 projectiles, roquettes et tirs de mortiers ont été effectués depuis la bande de Gaza vers Israël.  Selon l’armée israélienne, 77 de ces tirs ont touché des cibles dans les régions d’Eshkol, de Sha’ar Hanegev et Sdot Negev.  Même si la plupart de ces projectiles ont été interceptés par le système « du dôme de fer », l’un d’eux a touché la cour d’un jardin d’enfants dans un kibboutz près de la frontière de Gaza, et un autre au moins a endommagé une habitation.  Il n’y a ni morts ni blessés, a noté le Coordonnateur spécial.

En réponse à ces tirs, l’aviation israélienne a mené des frappes sur 65 cibles du Hamas et du Jihad islamique et a détruit un tunnel de deux kilomètres près du point de passage de Kerem Shalom.  Aucun mort ni blessé grave n’a été noté à Gaza après ces frappes aériennes.  Le 29 mai, les Brigades Ezzeddine el-Qassam du Hamas et le Saraya al-Quds du Jihad islamique ont revendiqué, dans un communiqué conjoint, la responsabilité de ces tirs de roquettes et de mortiers vers Israël.  Leur communiqué conjoint accuse Israël d’avoir ciblé leurs combattants et des positions militaires au cours des précédentes 48 heures, et les deux groupes ont mis en garde contre toute tentative de dicter de nouvelles équations sur le statu quo, tout en prévenant qu’ils allaient « répondre aux bombardements par des bombardements et au sang par le sang ».

Le Premier Ministre d’Israël, M. Benyamin Netanyahu, a juré de son côté qu’Israël allait répondre « avec une grande force » aux attaques de roquettes.  M. Mladenov a rappelé que cette escalade dangereuse intervient après une série d’avertissements des Nations Unies et dans le contexte de récentes actions sur le terrain.  Il a notamment parlé des deux mois de protestations à la frontière de Gaza et qui ont conduit à la mort de 110 Palestiniens et fait de nombreux blessés.  Il a aussi souligné que certains militants palestiniens ont placé des engins explosifs sur la barrière frontalière avec Israël et certains ont même pu la traverser, provoquant une réponse de l’armée israélienne dans Gaza.  C’est ainsi qu’en réaction à un engin explosif placé à la barrière, les Forces armées israéliennes ont tué trois membres du Jihad islamique.  Ce dernier a promis de se venger.  Il a décrit le déroulement de la dernière escalade, notant que depuis ce matin, la situation est restée calme, et il a salué les efforts de l’Égypte pour assurer le calme. 

Selon M. Mladenov, personne à Gaza ne peut se permettre une autre guerre, ajoutant que « personne n’a le droit de jouer avec la vie de deux millions de personnes qui vivent l’enfer depuis déjà 10 ans ».  De même, personne ne doit vivre sous la menace constante des tirs de roquettes.  Pour le Coordonnateur spécial, chacune des parties a la responsabilité d’agir pour la désescalade et de

faire preuve de retenue pour le bien de son propre peuple et l’avenir de ses enfants.  Il a dit qu’alors que les manifestations vont se poursuivre à Gaza au cours du mois de juin, il est à craindre de voir davantage de violence et d’autres risques d’escalade.

Le Coordonnateur spécial a indiqué que les tirs depuis Gaza ont causé des dégâts sur les installations électriques israéliennes, ce qui a conduit à la réduction de 30% de l’approvisionnement électrique de Gaza; la situation ne sera rétablie que dans quelques jours.  Aujourd’hui, la bande de Gaza reçoit à peine trois heures d’électricité par jour.  Il a dit que si le Conseil n’agit pas rapidement, cela va aggraver la crise humanitaire et augmenter les risques de confrontation. 

Les propositions que j’ai faites au Conseil de sécurité, il y a une semaine, restent d’actualité, a noté M. Mladenov en plaidant pour que les projets déjà approuvés soient mis en place et que le Gouvernement palestinien soit soutenu pour prendre ses responsabilités, appliquer le cessez-le-feu de 2014 et freiner les activités des militants.  Il a expliqué que le plan qu’il a proposé pour Gaza est le seul moyen durable pour s’assurer que l’on ne retourne pas vers un autre conflit dévastateur, et pour ne pas permettre que « Gaza soit un pion dans les mains de quelqu’un d’autre » et « une autre tragédie sur une carte du Moyen-Orient déjà encombrée de conflits ». 

M. Mladenov a assuré aux Palestiniens de Gaza que l’ONU va veiller à ce qu’ils aient « un autre avenir au-delà de la simple survie », un avenir dans un État palestinien vivant à côté d’Israël.  Enfin, il a invité les deux parties à prendre des mesures concrètes pour parvenir à une paix durable.  Ces mesures passent aussi par l’unification de Gaza et de la Cisjordanie sous une seule autorité palestinienne démocratique, la fin de l’occupation et la possibilité de la solution des deux États, en accord avec les accords passés et les résolutions pertinentes des Nations Unies.   

Mme NIKKI HALEY (États-Unis) a dénoncé le comportement des autres membres du Conseil de sécurité: « on penserait qu’ils condamneraient cette attaque, mais, puisqu’Israël en est l’objet, les comportements diffèrent ».  Elle a indiqué que sa délégation avait élaboré un projet de résolution pour condamner l’attaque contre Israël, mais que la présentation du texte avait été bloquée.  Certains ne semblent pas considérer que les tirs de roquettes sur Israël sont un acte de terrorisme.  Pourtant, a-t-elle poursuivi, les faits sont sans équivoques: « le 29 mai, le Hamas et un groupe militant allié ont tiré au moins 70 roquettes et obus de mortier depuis Gaza vers Israël, sans prendre aucune mesure pour épargner les civils, une attaque aveugle qui visait à faire le plus de victimes et de dommages possibles et qui, fort heureusement, n’a tué personne ».  Mais le fait qu’une roquette ait atterri près d’une école maternelle suffit à qualifier cet acte de terrorisme, a-t-elle affirmé.  Le Hamas revendique d’ailleurs ouvertement cette attaque et dit regretter qu’elle n’ait fait aucun mort, a précisé la déléguée.

Cette attaque, a-t-elle martelé, prouve que l’objectif du Hamas est la destruction d’Israël, tout comme la construction de tunnels et les manifestations le long de la barrière.  Elle a estimé que la stratégie du Hamas est de provoquer le plus de dommages possibles et de pousser Israël à une réponse d’autodéfense qui suscite ensuite les condamnations de la communauté internationale.

La représentante a ensuite reconnu le besoin de protection de la population de Gaza, « non pas contre une source extérieure, mais contre le Hamas ».  Elle a appelé à répondre aux besoins de la population, se disant favorable à la proposition de M. Mladenov en ce sens.  Elle a aussi accusé le Hamas de s’en prendre au poste de contrôle de Beit Shalom, par lequel transitent des articles humanitaires, lui reprochant aussi d’avoir endommagé des lignes électriques et ainsi privé des dizaines de milliers de personnes d’électricité.

Mme Haley a espéré que le cessez-le-feu unilatéral du Hamas tiendrait.  Le fait même que le groupe l’ait déclaré démontre sa responsabilité, a-t-elle argué.  Elle a aussi jugé scandaleux que le Conseil de sécurité ne condamne pas les tirs de roquettes sur Israël alors que le Conseil des droits de l’homme a mandaté une enquête sur les mesures d’autodéfense d’Israël.  « Laisser le Hamas perpétrer de tels actes et demander à Israël de rester les bras croisés, c’est le comble de l’hypocrisie », a-t-elle dénoncé.  La représentante a ensuite appelé à établir un leadership palestinien plus responsable.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a dit que son pays appuie le droit d’Israël de se défendre.  Prévoyant qu’une nouvelle escalade de la violence ne pouvait que provoquer la déstabilisation dans la région, elle a appelé le Conseil de sécurité à réagir.  Le cycle perpétuel de la violence doit prendre fin car cela ne bénéficie à personne, a insisté Mme Pierce, avant d’ajouter que la décision du Hamas et du Jihad islamique d’utiliser la violence ne sert pas la population de Gaza.  Elle a dit de ne pas oublier les restrictions que subit cette population et a plaidé pour le retour de l’Autorité palestinienne dans la bande. 

Pour le Royaume-Uni, il incombe à la communauté internationale de collaborer pour atténuer les souffrances à Gaza.  Le peuple gazaouite a un besoin criant d’aide, et c’est pourquoi le Royaume-Uni a débloqué 2 millions de dollars pour lui fournir un appui vital, afin de soutenir les travaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui s’évertuent à garder ouverts les hôpitaux de Gaza.  La représentante a conclu en rappelant que la paix ne peut être instaurée que par le biais des négociations entre les deux parties.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a alerté le Conseil de sécurité sur les risques d’escalade liés à la situation que connaît la bande de Gaza, « qui n’est pas tenable dans la durée ».  Il a appelé chacun à la retenue, pour « éviter un nouveau conflit meurtrier à Gaza, dont les populations civiles paieront encore le prix ».  Cette escalade armée, a rappelé M. Delattre, intervient au terme de deux mois de violence et de répression exercées par les Forces armées israéliennes contre des manifestants palestiniens à Gaza.  Israël, a-t-il dit, est une démocratie et doit respecter le droit à manifester pacifiquement.  En tant que Puissance occupante, il doit par ailleurs respecter les obligations de protection qui lui incombent.  De la même façon, il a appelé à ce que ces manifestations demeurent pacifiques et mis en garde ceux, en premier lieu le Hamas, qui chercheraient à les instrumentaliser à des fins politiques et militaires.  

« Nous ne pouvons répondre à la crise sans rendre sa dignité et sans redonner espoir dans l’avenir à cette population, dont plus de la moitié a moins de 18 ans », a-t-il poursuivi en appelant à mieux financer l’UNRWA dans le contexte du gel de la contribution américaine.  Au-delà de la désescalade et de la réponse humanitaire d’urgence, il a aussi plaidé pour que soient apportées des réponses à plus long terme aux problèmes de Gaza, ce à quoi répond le plan en cours de préparation par M. Mladenov qui a tout le soutien de la France pour définir des projets prioritaires.  De même la France appuie les propositions du Coordonnateur spécial visant à renforcer les capacités de gestion de projet des Nations Unies à Gaza et le dialogue avec Israël, l’Égypte et l’Autorité palestinienne.

Enfin, après avoir souligné la responsabilité qui revient à ce Conseil sur le conflit israélo-palestinien, M. Delattre lui a reproché de demeurer silencieux.  « Une nouvelle occasion nous est donnée de sortir de ce silence en nous engageant, de manière ouverte mais exigeante, dans la discussion du projet de résolution présenté par le Koweït », a-t-il affirmé.   

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a souligné que chaque peuple a le droit de défendre son aspiration à une vie digne et a salué la résilience des Palestiniens face à « la machine destructrice d’Israël ».  Il a dénoncé le silence de la communauté internationale face aux multiples violations commises par Israël, à commencer par la poursuite de l’occupation, les mesures unilatérales prises pour judaïser Jérusalem, les incursions dans la mosquée Al-Aqsa et le blocus de la bande de Gaza.  Il a aussi pointé le fait qu’Israël avait tiré à balles réelles sur des manifestants alors que ceux-ci « ne faisaient qu’exercer leurs droits ».  Enfin, le représentant a indiqué que sa délégation est à l’origine d’un projet de résolution pour défendre le droit à la protection des Palestiniens et a espéré que le texte pourrait être adopté.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a estimé que les otages de la violence sont les populations civiles israéliennes et palestiniennes.  La situation au Moyen-Orient est dans l’impasse depuis trop longtemps, a-t-il estimé, accusant le Conseil de sécurité de gérer les conséquences au lieu de s’attaquer au règlement du problème en lui-même.  Pour la Russie, c’est « une approche non productive qui ne permet pas de remédier aux problèmes chroniques comme la flambée de violence et les activités de colonisation ».  Il a de ce fait plaidé pour la reprise des pourparlers entre les deux parties, des négociations qui devraient s’appuyer sur les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et sur la feuille de route de la Ligue des États arabes, et avec l’objectif à terme d’un État palestinien indépendant.

M. Nebenzia a également invité les parties à s’abstenir de tout acte pouvant contribuer à l’escalade de la situation.  Il a aussi déclaré que le désespoir, largement répandu dans la population, est un terreau fertile pour l’extrémisme.  Pour la Russie, le Quatuor constitue la bonne enceinte pour initier la sortie de l’impasse.

M. MA ZHAOXU (Chine) s’est inquiété du risque d’escalade du conflit à Gaza et a appelé les parties à la retenue.  Celles-ci doivent aussi redoubler d’efforts pour relancer les pourparlers de paix, a-t-il affirmé.  Le représentant a ensuite indiqué que l’Envoyé spécial de la Chine pour le Moyen-Orient s’était récemment rendu dans la région où il avait eu l’occasion de rencontrer M. Nickolay Mladenov.  La Chine, a-t-il dit, souhaite que la communauté internationale multiplier les efforts pour appuyer la reprise des pourparlers entre Israël et la Palestine et défendre la solution des deux états.  Le représentant a aussi appelé à soutenir la proposition en quatre points du Président Xi Jinping pour la résolution du conflit.

M. OLOF SKOOG (Suède) a dénoncé le fait qu’au moins une des roquettes tirées par les militants palestiniens ait atterri à proximité d’une école maternelle, soulignant que les enfants ne doivent jamais être la cible de violences.  Il a fait observer que l’attaque perpétrée hier ne s’est pas fait « en vase clos », rappelant que la bande Gaza est au bord de l’effondrement social et économique et disant l’urgence de répondre à la crise humanitaire qui y prévaut.  Il a aussi souligné le rôle de l’UNRWA, dont l’action contribue à la stabilité de la région, et a appelé à lui fournir d’urgence un soutien politique et financier.  Le représentant a également réclamé un accès sans entrave pour acheminer l’aide humanitaire destinée à la bande de Gaza, jugeant qu’il est plus que temps de lever le blocus.

Évoquant les évènements d’hier, M. Skoog a exhorté les parties à faire preuve de la plus grande retenue et à prendre des mesures immédiates pour désamorcer la situation et mettre un terme aux cycles de violence.  Il a aussi regretté que le Conseil de sécurité n’ait pas réussi à s’accorder sur une « expression publique » relative à Gaza.  Il a salué le projet de résolution proposé par le Koweït qui appelle à la création d’un mécanisme pour appuyer la protection des civils palestiniens.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a rappelé que toute action négative qui va à l’encontre de la perspective d’un règlement pacifique du conflit ne va que prolonger le problème.  Il a souligné que si le processus de paix n’est pas relancé, alors ce genre de tragédie se répétera et on risquera même d’arriver au point de non-retour.  C’est pourquoi il est important de préserver la possibilité d’arriver à une solution qui privilégie la formule des deux États, a-t-il prôné en appelant à la désescalade, cruciale pour protéger les civils, rompre avec le cycle de la violence et renouer avec le processus politique. 

M. Alemu a souligné qu’il revient aux parties de faire preuve de souplesse pour s’engager dans des pourparlers directs et des négociations de fond, en vue de parvenir à une solution définitive pour toutes les questions en suspens, le Conseil de sécurité devant les accompagner vers cette voie.  Il a noté que c’est le désespoir des Palestiniens qui entraîne la création de toutes sortes de groupes qui représentent un danger pour les populations de Gaza et d’Israël, et même pour celles de toute la région.  C’est pourquoi la reprise des pourparlers de paix est cruciale, a-t-il argué en espérant qu’il serait possible de sauver la solution des deux États.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a condamné les tirs de roquettes par le Hamas et le Jihad islamique, et a reconnu le droit à la légitime défense d’Israël.  Il s’est inquiété des sombres perspectives à court et moyen termes et des discours belliqueux, se disant également préoccupé des morts de Gazaouis au cours de ces dernières semaines.  Il a appelé à la prudence et à la modération ainsi qu’au respect du droit international humanitaire.  Il a déploré qu’en dépit de la détérioration de la situation, le Conseil de sécurité n’ait pas réussi à s’accorder sur la manière de s’exprimer sur les faits, ni à définir les mesures à prendre, pour notamment répondre aux causes profondes du conflit et gérer d’urgence la situation humanitaire dramatique que connaît Gaza.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a dénoncé la violence contreproductive, le terrorisme et les incitations, qui ne font rien pour la cause des Palestiniens.  En même temps, a-t-il ajouté, Israël doit comprendre que l’occupation continue et les mesures autoritaires de sécurité font le lit des extrémistes violents et affaiblissent la voix des modérés.  Le délégué a condamné le tir du 29 mai, lancé à partir de Gaza et dirigé contre Israël, regrettant que ce genre d’attaque endommage le processus de paix.  Il a partagé l’opinion de M. Mladenov selon lequel les déclarations antisémites et les propos incendiaires sont inacceptables.  Il a aussi appelé Israël à s’abstenir de lancer des frappes en représailles et à cesser tout acte hostile.  « Nous devons éviter des incidents qui mettent en péril la vie des Israéliens et des Palestiniens », a-t-il dit, avant d’appeler ceux qui ont une influence à exhorter les deux côtés à faire preuve de la plus grande retenue et à respecter les obligations découlant des conventions internationales et des résolutions sur la protection des civils. 

Soulignant l’importance de l’unité interpalestinienne, le représentant a souhaité que toutes les factions s’unissent sous l’Autorité palestinienne.  Il a apprécié les efforts de la Russie et de l’Égypte en faveur de la consolidation interpalestinienne, souhaitant en outre que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) prenne le contrôle de la bande de Gaza.  Le Kazakhstan appelle le Quatuor à faire davantage d’efforts pour reprendre les négociations.  En ce qui concerne la situation humanitaire, le délégué a exhorté les autorités d’Israël et de la Palestine à résoudre la crise dans la bande de Gaza, appelant aussi à des mesures de confiance sur le plan économique, nécessaires pour parvenir à une paix durable.  Enfin, il a appelé à la reprise du processus de négociation palestino-israélien, en particulier dans le format bilatéral de la solution des deux États.

M. ILAHIRI ALCIDE DJÉDJÉ (Côte d’Ivoire) s’est dit vivement préoccupé par le nouveau cycle de violence qui, a-t-il averti, risque de plonger toute la région dans le chaos.  Il a déploré l’absence de perspectives politiques dans le règlement du conflit israélo-palestinien, s’inquiétant notamment de la flambée de violence dans la bande de Gaza.  Il a fait observer que cette violence est « largement entretenue » par une situation économique et humanitaire difficile, fortement affectée par le blocus en vigueur, le chômage des jeunes et les pénuries en eau, en électricité et en médicaments.  Il a appelé la communauté internationale à intensifier ses efforts en vue non seulement de la mise en œuvre de projets et de mesures concrètes en faveur de l’amélioration de la situation humanitaire, mais également du développement économique de la bande de Gaza.  Cette situation, a-t-il ajouté, fait également apparaître la nécessité de poursuivre le dialogue interpalestinien pour la mise en œuvre de l’Accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah.  Cela permettra le retour effectif de l’Autorité palestinienne et un plein contrôle de la bande de Gaza pour une meilleure prise en charge des besoins humanitaires et sécuritaires des populations, a-t-il estimé.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a condamné les attaques contre des civils, précisant qu’elles n’ont pas de justification, quels que soit le lieu, les cibles et les auteurs.  Il a exhorté le Gouvernement israélien à renoncer aux bombardements afin de parvenir à la paix à Gaza.  Il a dit que cette escalade ne fait qu’aggraver la situation humanitaire déjà critique à Gaza, « fruit de 11 ans de blocus maritime et terrestre de la bande de Gaza ».  Il a invité Israël à respecter ses obligations juridiques en vertu des Conventions de Genève sur le droit international humanitaire, tout en lui demandant d’ouvrir les points de passage vers Gaza.  Il a aussi souhaité que les membres du Conseil de sécurité appuient le projet de résolution proposé par le Koweït afin de garantir la protection des civils.

Le représentant a rappelé que 1 462 civils palestiniens étaient morts au cours du conflit de 2014.  « Si nous ne nous souvenons pas de ce qui s’est passé, on risque de vivre de nouveau les mêmes expériences », a-t-il souligné.  Il a condamné les colonies de peuplement israéliennes, soulignant que la cause profonde du conflit est l’occupation des territoires palestiniens par la Puissance occupante.  Il a dit que la seule solution possible dans ce cas est celle des deux États, notamment avec un État palestinien avec les frontières qui étaient en vigueur en 1967, et avec Jérusalem-Est comme capitale.

M. KAREL JAN GUSTAAF VAN OOSTEROM (Pays-Bas) a condamné les attaques indiscriminées du 29 mai et a appelé les parties à maintenir le calme actuel et à faire preuve de la plus grande retenue pour prévenir une nouvelle escalade de la violence.  Il a salué le consensus qui prévaut au sein du Conseil de sécurité quant à la nécessité de répondre à la crise dans laquelle se trouve Gaza.  Le défi est maintenant de s’accorder sur la manière d’agir, a-t-il relevé.  Il a appuyé la proposition du Coordonnateur spécial pour lancer des projets d’approvisionnement en eau, en énergie et de soins de santé, soulignant que les crises actuelles ne doivent pas servir de prétexte pour retarder l’action.  Il a appelé le Conseil de sécurité à s’exprimer publiquement au sujet de la crise actuelle, jugeant possible de le faire tout en satisfaisant aux préoccupations de chacun.

Le représentant a aussi parlé de la situation en Cisjordanie, se disant gravement préoccupé de l’intention d’Israël de procéder à la démolition de toutes les structures de la communauté Khan el-Ahmar.  Il a souligné que la Zone C est d’une importance critique pour la viabilité d’un futur État palestinien et a condamné l’intention d’y approuver de nouvelles colonies de peuplement.  Le représentant a enfin déclaré que les évènements de la semaine passée avaient démontré que des mesures qui sapent la solution des deux États sont prises des deux côtés, des mesures qui rappellent que le statu quo n’est pas tenable.

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) a condamné tout acte de violence, quels qu’en soient les auteurs.  Il a regretté que le Conseil de sécurité soit contraint de se réunir de nouveau au sujet de Gaza.  Le représentant s’est inquiété de l’absence d’une solution au conflit.  Il a appelé les parties à la retenue, leur demandant de ne pas exacerber la situation mais d’œuvrer au contraire en faveur de la normalisation.  Il a également souligné l’importance de répondre à la crise humanitaire à Gaza.  Les parties palestiniennes doivent pour leur part honorer le Pacte de réconciliation intrapalestinien, a ajouté le représentant.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a condamné les tirs de roquettes ciblant les civils et les communautés dans le sud d’Israël depuis la bande de Gaza.  Pour la Pologne, il n’y a pas de justification qui tienne pour expliquer la violence aveugle et délibérée contre des civils.  « La violence doit s’arrêter, car Israéliens et Palestiniens ont le droit de vivre dans la paix et la sécurité », a déclaré la représentante.  Elle a également invité les parties à faire montre de retenue et à se garder de toute nouvelle action qui pourrait faire escalader la situation et mettre en danger la sécurité des civils.  Elle a aussi invité tous les acteurs à assurer la protection des civils, notamment les enfants, et à s’en tenir à leurs obligations découlant du droit international humanitaire et des droits de l’homme.

Face à la possibilité d’une nouvelle agression sauvage d’Israël contre la bande de Gaza, a déclaré M. RIYAD MANSOUR, Observateur permanent de l’État de Palestine, il nous faut lancer le même appel qu’il y a deux semaines.  Il a ainsi exhorté le Conseil de sécurité à « agir maintenant » pour apaiser la situation, pour éviter de basculer à nouveau dans la violence et le chaos, et empêcher la Puissance occupante de terroriser davantage la population civile palestinienne.  Il a appelé le Conseil à protéger les sans défense et à se ranger du côté du droit international et de l’éthique.  M. Mansour a complètement rejeté le discours d’Israël, « l’agresseur qui se pose en victime ».

« Nous plaidons pour que la conscience et la raison l’emportent », a insisté le représentant.  « Nous ne pouvons pas agir comme si l’escalade et la détérioration de la situation étaient inévitables, car elles ne le sont pas.  Nous devons agir pour éviter le pire des scénarios, car les risques sont immenses », a-t-il encore averti.  D’après lui, le projet de résolution proposé par le Koweït représente un pas modeste dans la bonne direction et le Conseil doit l’appuyer. 

Il est temps de s’attaquer aux causes profondes de la situation et de « réparer un tort historique », a-t-il ajouté.  Il a invité à ne pas dissocier « d’une façon politisée et partiale » les développements récents de la réalité de l’occupation israélienne, de la colonisation du peuple palestinien par les moyens les plus répressifs. 

Le Conseil de sécurité se réunit aujourd’hui pour réagir aux évènements d’hier, les bombardements israéliens et les tirs de roquette de Gaza.  Mais certains ont peut-être déjà oublié le massacre de civils palestiniens non armés commis le 14 mai dernier, le jour même du transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, et auquel le Conseil de sécurité n’a pas répondu, a regretté M. Mansour.  Nous n’oublierons pas les 118 Palestiniens tués et les 13 000 blessés, a-t-il assuré.  « Ne minimisez pas la souffrance » du peuple palestinien, dont le désespoir est intensifié par le blocus, a-t-il demandé.  En conclusion, M. Mansour a assuré qu’il poursuivra ses efforts pour obtenir la protection du peuple palestinien conformément au droit international, y compris le droit international humanitaire et les droits de l’homme.       

M. DANNY DANON (Israël) a remercié les États-Unis d’avoir convoqué cette réunion d’urgence du Conseil de sécurité « après l’attaque la plus grave du Hamas et du jihad islamique depuis 2014 ».  D’après lui, le Conseil doit, premièrement, condamner le Hamas pour ses crimes de guerre contre les Israéliens et, deuxièmement, adopter une résolution désignant le Hamas comme organisation terroriste.  Revenant sur les évènements des dernières 24 heures, M. Danon a constaté que « le Hamas ne cherche pas uniquement à faire peur aux Israéliens, il se fiche bien en outre des Palestiniens qu’il contrôle à Gaza ».

En représailles, a expliqué le représentant, les Forces de défense israéliennes ont ciblé les infrastructures terroristes du Hamas et du Jihad islamique, dont un tunnel utilisé pour tenter d’infiltrer Israël et introduire clandestinement des munitions en Égypte.  Le rôle de l’Iran à cet égard ne doit

pas être ignoré, a-t-il martelé.  « C’est avec de l’argent iranien que sont payés les émeutiers à la barrière et ce sont des roquettes iraniennes qui ont été tirées sur nos villes. »  Comme en Syrie et au Liban, là où il y a de la terreur et de la violence, il y a l’Iran, a-t-il encore accusé. 

« Nous avons là une situation en noir et blanc », a fait valoir le représentant israélien.  Israël s’est désengagé de Gaza en 2015.  Le Hamas l’a remporté l’année suivante et depuis lors il n’a fait que terroriser Israël et prolonger la souffrance du peuple de Gaza, a-t-il déploré.  Selon lui, la situation à Gaza résulte directement du refus du Hamas de renoncer à la violence.  Il a rappelé d’ailleurs que les conditions du Quatuor étaient très claires en ce qu’elles demandaient de renoncer à la violence.  « S’il n’y avait pas de terreur, il n’y aurait pas de restrictions et c’est le peuple de Gaza qui en tirerait le plus grand avantage », a-t-il assuré.

« C’est Israël qui attache une grande importance aux efforts internationaux visant à aider l’économie et le développement de Gaza », a affirmé M. Danon.  Pour sa part, « le Hamas détruit les infrastructures civiles parce qu’il ne veut pas que le peuple de Gaza vive en paix », a-t-il avancé.  Or, « certains membres cyniques de ce Conseil font circuler une résolution honteuse qui ne mentionne même pas le Hamas! » s’est-il exclamé.  Il a jugé « absurde » l’idée de « récompenser » le Hamas par une résolution qui le condamnerait.  Il a estimé que le temps est venu pour le Conseil de sécurité d’utiliser tous les outils à sa disposition pour réagir aux actes de terreur.  Il est grand temps que la communauté internationale condamne le Hamas avec la même vigueur qu’elle utilise contre Al-Qaida et l’État islamique, a-t-il conclu.  

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