Conseil de sécurité: face à une situation sécuritaire qui reste précaire, l’ONU appelle à un soutien accru en faveur de la Force conjointe du G5 Sahel

CS/13351
23 mai 2018
8266e séance – après-midi 

Conseil de sécurité: face à une situation sécuritaire qui reste précaire, l’ONU appelle à un soutien accru en faveur de la Force conjointe du G5 Sahel

Au cours d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la paix et à la sécurité en Afrique, cet après-midi, la Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix, Mme Bintou Keita, a invité la communauté internationale à renforcer son soutien à la Force conjointe du G5 Sahel, notamment en équipements, et à concrétiser les promesses faites à Bruxelles, le 23 février dernier, au cours de la conférence des donateurs.

Conformément à la résolution 2391 (2017), les États membres du G5 Sahel, l’ONU et l’Union européenne ont signé un accord technique définissant la portée et l’ampleur de l’appui de l’ONU à la Force conjointe par l’entremise de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).  Mme Keita a indiqué que le mécanisme de soutien prévu par cette résolution va demander des ressources récurrentes pour appuyer la Force conjointe, y compris le réapprovisionnement des caisses de la Facilité de soutien à la paix pour l’Afrique.

Depuis son autorisation par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine en avril 2017, la Force conjointe formée par le Groupe de cinq pays du Sahel (G5 Sahel), à savoir le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, a connu des progrès notables, a expliqué Mme Keita.  Le déploiement des troupes a débuté et les postes de commandement et le quartier général de trois secteurs ont commencé à recevoir du matériel.  La Force conjointe a mené ses deux premières missions dans le secteur central et elle a franchi les premières étapes pour établir son cadre réglementaire de contrôle du respect des droits de l’homme.

« Néanmoins, il nous reste beaucoup de travail à accomplir », a prévenu la Sous-Secrétaire générale.  Le déploiement de la Force a pris du retard et elle n’a pas encore atteint sa pleine capacité.  Elle a invité le G5 à redoubler d’efforts pour déployer le restant des troupes au plus vite.  Elle les a aussi invités à arrêter le concept stratégique d’opérations et à préciser sa finalité et ses objectifs. 

Même si plus de 80% des effectifs sont déjà déployés au quartier général de Sevaré et au niveau des trois zones opérationnelles, il n’en demeure pas moins que les troupes sont encore généralement mal équipées, les bases militaires et plus globalement la logistique nécessaire à une intervention efficace font défaut, surtout dans un environnement souvent hostile, a renchéri le Secrétaire permanent du G5 Sahel, M. Maman Sidikou. 

Comme la majorité des orateurs après elle, Mme Keita a rappelé que la situation sécuritaire reste précaire au Sahel.  Le terrorisme et le crime organisé continuent d’être le défi sécuritaire le plus pressant dans la région, et elle a dit craindre que cela ne soit ainsi « pour de nombreuses années encore ». 

En fin de compte, a-t-elle affirmé, « toutes les tentatives pour surmonter l’instabilité et l’insécurité au Sahel ne réussiront que si elles se concentrent sur le lien entre le développement, la paix et la sécurité ». 

Le représentant de la France a pour sa part appelé à « faire preuve de réalisme dans nos attentes sur le court terme », car l’opérationnalisation de la Force « ne peut pas se faire du jour au lendemain. »  De plus, a-t-il jugé « on ne peut nourrir à l’égard de la Force conjointe des attentes qui soient déconnectées du rythme de mise en œuvre de notre propre soutien ».  Sur le long terme, Mme Keita a fait écho aux recommandations du Secrétaire général dans ses derniers rapports, et en particulier son rapport du 8 mai dont était saisi le Conseil, en ce sens qu’il faut réfléchir ensemble à des mécanismes permettant un financement plus pérenne, y compris en envisageant des contributions obligatoires. 

Dans cette optique, M. Sidikou a invité le Conseil de sécurité à situer l’apport de l’ONU à un niveau plus approprié, qui passera entre autres par des contributions obligatoires afin d’être en mesure d’apporter un appui de long terme.  Il a aussi demandé au Conseil de doter la Force conjointe du mandat renforcé qu’elle mérite et des ressources nécessaires pour achever son opérationnalisation et assurer sa pleine capacité d’intervention. 

« Il s’agit de réussir, avec la Force conjointe du G5 Sahel, à mettre en place une force opérationnelle performante, d’ossature africaine, mais soutenue fortement par l’ensemble de la communauté internationale, ONU en tête », a expliqué le Secrétaire permanent.  Pour sa part, la déléguée des États-Unis a estimé que « la MINUSMA ne peut efficacement soutenir la Force conjointe alors qu’elle ne peut même pas assurer sa propre protection ».  C’est pourquoi elle a plaidé davantage pour une combinaison de soutiens bilatéraux et multilatéraux pour appuyer la Force conjointe. 

Mme Fatima Kyari Mohammed, l’Observatrice permanente de l’Union africaine, a de son côté estimé que « seul un mandat robuste en vertu du Chapitre VII de la Charte, ainsi que des moyens importants à la disposition de la Force du G5 Sahel, pourraient aider à éradiquer les menaces identifiées ».  Elle a relevé que le Conseil pour la paix et la sécurité de l’Union africaine avait décidé, le 23 mars, de proroger de 12 mois le déploiement de la Force conjointe. 

Plusieurs intervenants ont aussi souligné l’importance de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali qui se présente comme « la pierre angulaire de tout effort de stabilisation dans la région », selon les termes de Mme Keita.  Dans son dernier rapport, le Secrétaire général note que l’élection présidentielle qui doit se tenir en juillet 2018 au Mali sera un moment décisif, qui non seulement façonnera l’avenir du pays, mais pourrait aussi avoir une incidence sensible sur la région.

Des voix ont également insisté sur l’importance pour le G5 Sahel et sa Force de respecter les droits de l’homme et le droit international humanitaire.  Le délégué de l’Union européenne, M. João Vale de Almeida, a promis une contribution de 10 millions d’euros en faveur de la mise en œuvre de son cadre de conformité aux droits de l’homme.  L’Union européenne, qui apporte déjà un soutien de 70 millions d’euros pour la fourniture d’équipements, d’infrastructures et de services à la Force conjointe, est « convaincue que la Force conjointe doit être fermement ancrée dans un cadre politique et institutionnel plus vaste, pour guider ses opérations et faire en sorte qu’elles ne constituent qu’un élément d’une stratégie régionale large ». 

PAIX ET SÉCURITÉ EN AFRIQUE

Rapport du Secrétaire général sur la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel (S/2018/432)

Déclarations

La Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix, Mme BINTOU KEITA, a rappelé que la situation sécuritaire reste précaire au Sahel, soulignant par exemple des échanges de tirs à Ouagadougou, au Burkina Faso, hier.  Au cours des dernières semaines, les forces de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ont aussi été la cible d’attaques terroristes, dont celle du 18 avril à Tombouctou.

Mme Keita a précisé que les plus affectées sont les populations locales qui sont victimes d’intimidation et de harcèlement et « vivent dans la peur au quotidien ».  Le terrorisme et la criminalité organisée continuent d’être le défi sécuritaire le plus pressant du Sahel et elle a dit craindre que cela ne soit ainsi pour de nombreuses années encore. 

Depuis son autorisation par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine en avril 2017, la Force conjointe du G5 Sahel a connu des progrès notables.  Le déploiement des troupes a débuté et les postes de commandement et le quartier général de trois secteurs ont commencé à recevoir du matériel.  La Force conjointe a mené ces deux premières missions dans le secteur central et elle a franchi les premières étapes pour établir son cadre réglementaire de contrôle du respect des droits de l’homme, en établissant notamment des mécanismes de tri et de suivi des violations des droits de l’homme. 

« Néanmoins, il nous reste beaucoup de travail à accomplir », a prévenu Mme Keita.  Le déploiement de la Force a pris du retard et elle n’a pas encore atteint sa pleine capacité.  La Sous-Secrétaire générale a invité les cinq pays du Sahel à redoubler d’efforts pour déployer le restant des troupes au plus vite.  Elle les a aussi invités à arrêter le concept stratégique d’opérations et préciser sa finalité et ses objectifs.  Le soutien de la communauté internationale est également souhaité pour soutenir la Force conjointe en équipement et en matière de formation. 

La Sous-Secrétaire générale a indiqué qu’il faudrait apporter des réponses aux récents rapports sur des violations des droits de l’homme par les forces de sécurité de la région, étant donné que ces actes pourraient constituer un obstacle à l’aide de l’ONU à la Force.  Elle a invité le G5 Sahel à coopérer pour mettre rapidement en œuvre le cadre du respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire, notamment en soutenant les mécanismes de redevabilité, en assurant le déploiement d’officiers de police à tous les niveaux et en appuyant le déploiement d’équipes des Nations Unies dans les cinq pays.

Mme Keita a rappelé qu’à la conférence des donateurs du 23 février à Bruxelles, 80 millions d’euros avaient été collectés, portant les promesses de contribution en faveur de la Force à 400 millions d’euros, presque le montant total du budget annuel de la Force.  Conformément à la résolution 2391 (2017), les États membres du G5 Sahel, l’ONU et l’Union européenne ont signé un accord technique définissant la portée et l’ampleur de l’appui de l’Organisation à la Force conjointe par l’entremise de la MINUSMA.  Elle a néanmoins indiqué que le mécanisme de soutien prévu par la résolution 2391 (2017) va demander des ressources récurrentes pour appuyer la Force conjointe, y compris le réapprovisionnement des caisses de la Facilité de soutien à la paix pour l’Afrique.  De plus, l’ONU va dépendre de partenaires externes pour être en mesure d’apporter le soutien nécessaire au G5 Sahel. 

En outre, malgré le nombre important d’annonces de contributions, les fonds nécessaires pour mettre en œuvre l’intégralité du soutien de la MINUSMA à la Force conjointe restent en suspens, a poursuivi la responsable.  Avec les fonds reçus à ce jour, la Mission ne peut fournir que des biens de consommation essentiels et des services d’évacuation sanitaire de base.  La MINUSMA a encore besoin de fonds en urgence pour le soutien en ingénierie afin de fournir une assistance pour la fortification des camps du G5 sur le territoire malien.  Pour l’instant, les troupes déjà déployées par la Force conjointe doivent vivre et opérer dans des conditions les plus difficiles.

Mme Keita a donc invité les donateurs à contribuer ou affecter des fonds supplémentaires au soutien de la MINUSMA à la Force conjointe, et à renforcer leur soutien aux secteurs Est et Ouest qui ne bénéficieront pas pour l’instant du soutien de l’ONU, étant situés hors du Mali. 

Sur le long terme, Mme Keita a fait écho aux recommandations du Secrétaire général dans ses derniers rapports en ce sens qu’il faut réfléchir ensemble à des mécanismes permettant un financement plus pérenne, y compris en envisageant des contributions obligatoires.

En fin de compte, a affirmé la Sous-Secrétaire générale, « toutes les tentatives pour surmonter l’instabilité et l’insécurité au Sahel ne réussiront que si elles se concentrent sur le lien entre le développement, la paix et la sécurité ». 

Les interventions de la Force conjointe resteront toujours une initiative axée sur la sécurité, qui, a-t-elle précisé, doit s’inscrire dans un cadre plus large et holistique, en l’associant à des initiatives visant à améliorer la gouvernance, l’accès à la nutrition et aux services sociaux de base, et à créer des opportunités pour les jeunes. 

L’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali se présente aussi comme « la pierre angulaire de tout effort de stabilisation dans la région ».  Face aux informations faisant état de violations des droits de l’homme par les forces de l’ordre locales, Mme Keita a rappelé que « la Force conjointe ne peut réussir que si elle jouit de la confiance et du soutien de la population locale ».  En outre, la mise en place du groupe de soutien permettrait une coopération plus concertée et systématique avec la région, l’Union africaine et d’autres partenaires internationaux.

Le Secrétaire permanent du G5 Sahel, M. MAMAN SIDIKOU, a noté que la région du Sahel, confrontée à des enjeux multiples qui ont été longtemps minimisés ou ignorés, est devenue progressivement « une zone d’instabilité majeure en Afrique » et représente aujourd’hui un danger croissant pour la sécurité internationale.   

Au premier rang de ces défis, la crise sécuritaire, depuis plusieurs années déjà, mais qui a pris une acuité extrême récemment, du fait de la prolifération des conflits armés à l’intérieur de nos pays, la propagation du terrorisme d’obédience religieuse extrémiste, le narcotrafic et d’autres formes de criminalité transfrontalière avec des ramifications internationales, ainsi que « la crise migratoire et sa plus hideuse manifestation que constitue la traite abjecte des êtres humains », organisée par les filières d’immigration clandestine vers l’Europe.

M. Sidikou a salué le fait que les cinq pays sont en train de réussir à constituer en quelques mois la Force conjointe du G5 Sahel, composée de 5 000 soldats, dont l’opérationnalisation est en cours et qui bénéficie de l’appui de la communauté internationale à travers notamment la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA) et l’opération Barkhane menée par la France. 

Un accord dit « Arrangement technique » a été conclu dans ce sens entre l’ONU, l’Union européenne et le G5 Sahel en février dernier et signé par le Président du Niger et Président en exercice du G5 Sahel, M. Issoufou Mahamadou.  En vue de se conformer aux normes de l’ONU en la matière, la Force conjointe a intégré dans son Concept général des opérations (CONOPS) le cadre de conformité des droits de l’homme.  Le G5 Sahel et la MINUSMA ont déjà entamé leur collaboration lors de la mise en place du quartier général de la Force conjointe à Sevaré, au Mali, ainsi que durant le déroulement des deux premières opérations de la Force (opérations « Hawbi et Pagnali ») dans la délicate zone des trois frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

M. Sidikou a reconnu toutefois que « la Force est encore loin d’avoir atteint une bonne vitesse de croisière dans la mise en œuvre concrète de sa réponse sécuritaire à la crise qui menace de totalement déstabiliser le Sahel et ses environs ». 

Même si plus de 80% des effectifs sont déjà déployés au quartier général de Sevaré et au niveau des trois zones opérationnelles, il n’en demeure pas moins que les troupes sont encore généralement mal équipées, les bases militaires et plus globalement la logistique nécessaire à une intervention efficace font défaut, surtout dans un environnement souvent hostile à plusieurs égards. 

Le Secrétaire permanent a également déploré le fait que la configuration du soutien de la MINUSMA à la Force conjointe, autorisée par la résolution 2391 (2017), limite grandement une efficiente couverture de la région et une bonne emprise opérationnelle sur tous les fronts identifiés comme urgents pour des prochaines interventions de la Force.  Il a ainsi regretté « l’inadaptation du dispositif mis en place pour appuyer la Force conjointe », qui n’est « pas à la hauteur des enjeux ni viable dans la durée ». 

Dans cette optique, M. Sidikou a invité le Conseil de sécurité à situer l’apport de l’ONU à un niveau plus approprié, qui passera entre autres par des contributions obligatoires afin d’être en mesure d’apporter un appui de long terme.  Il a aussi demandé au Conseil de doter la Force conjointe du mandat renforcé qu’elle mérite et des ressources nécessaires pour achever son opérationnalisation et assurer sa pleine capacité d’intervention.

« Il s’agit de réussir, avec la Force conjointe du G5 Sahel, à mettre en place une force opérationnelle performante, d’ossature africaine, mais soutenue fortement par l’ensemble de la communauté internationale, ONU en tête », a expliqué le Secrétaire permanent. 

Selon lui, une telle option enverrait un message fort à toutes les forces négatives et permettrait de mener à bien une mission des plus périlleuses dont l’échec signerait la déstabilisation totale d’une bonne partie du continent africain, d’une région voisine de la Méditerranée et donc du continent européen, et qui se présente comme un carrefour important de circulation vers le reste du monde: l’Amérique, l’Asie et le Moyen-Orient en particulier. 

M. Sidikou a argué que pour la nébuleuse « Internationale terroriste » et tous les groupuscules apparentés, l’échec de du G5 Sahel signifierait leur offrir sur un plateau d’argent la meilleure base opérationnelle possible pour organiser la propagation quasi illimitée, partout dans le monde, d’un terrorisme de masse encore plus terrifiant que ce que nous vivons déjà aujourd’hui.

Conscients d’être les premiers concernés, les cinq États, malgré des ressources financières très limitées, ont récemment consenti des efforts importants pour accroître les moyens de leurs forces de défense et de sécurité, qui en moyenne bénéficient dorénavant de plus de 20% du budget des cinq pays, au détriment souvent des secteurs sociaux pourtant critiques.  Ainsi, la quote-part attendue des cinq pays pour financer la Force conjointe est versée par tous, malgré parfois quelques retards.  Il a souligné que les premières contributions financières, essentiellement africaines, sont déjà arrivées ou en voie de l’être, notamment celles du Rwanda et des pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Le Secrétaire permanent a aussi parlé d’un travail mené notamment avec l’appui du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme en vue de veiller au respect strict des droits de l’homme dans cette lutte contre la terreur.  Il a averti qu’il est crucial, pour un succès de long terme, de ne pas isoler la réponse sécuritaire du reste de la problématique complexe du Sahel.  En effet, sans la paix et la sécurité, point de développement ni de prospérité possibles.  Mais, l’absence de développement et de progrès socioéconomiques notables favorise aussi la recrudescence de l’insécurité et de l’instabilité.  D’où l’importance d’une approche plus holistique dans la réponse à la situation sahélienne.  Par conséquent, le « nexus sécurité-développement » doit être au cœur de cette action, bien tangible sur le terrain pour les populations du Sahel.  « Il est plus que temps d’agir pour le Sahel au-delà des discours et des demi-mesures », a conclu le Secrétaire permanent du G5 Sahel. 

Mme FATIMA KYARI MOHAMMED, déléguée de l’Union africaine, a dit être profondément préoccupée par la détérioration de la situation au Mali et dans la région du Sahel.  Ce qui s’y déroule rappelle que les groupes terroristes ne connaissent pas de frontières, d’où l’urgence d’un engagement international robuste en appui aux efforts déployés par les pays de la région, à commencer par le G5 Sahel et le processus de Nouakchott.

L’intervenante a salué des progrès réalisés jusqu’à présent à travers la Force conjointe du G5 Sahel qui a mené avec succès ses deux premières opérations après l’établissement de son quartier général à Sévaré, au Mali.  Elle a aussi exprimé sa gratitude aux partenaires bilatéraux et multilatéraux, y compris ceux ayant pris des engagements lors de la Conférence de haut niveau qui s’est tenue à Bruxelles le 23 février dernier.

L’Union africaine se félicite ainsi des premières contributions financières africaines, notamment celles du Rwanda et des pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).  Mme Mohammed a souligné le besoin urgent d’assurer le financement prévisible et durable de la Force conjointe qui, en raison des difficultés financières et en l’absence d’équipements majeurs, tarde à atteindre sa pleine capacité opérationnelle.  À cela s’ajoute le fait que la Force ne peut pas mener des opérations de grande envergure, « laissant finalement l’initiative aux groupes terroristes et au crime organisé ».

Les besoins en soutien logistique et en capacités d’acquisition du renseignement sont également immenses, a-t-elle poursuivi, avant de solliciter le soutien du Conseil de sécurité au G5 Sahel et d’attirer l’attention sur la volatilité de la situation sécuritaire dans la région de Liptako-Gourma.  « Seul un mandat robuste en vertu du Chapitre VII de la Charte, ainsi que des moyens importants à la disposition de la Force conjointe du G5 Sahel, pourraient aider à éradiquer les menaces identifiées », a-t-elle fait valoir.

La représentante a par ailleurs relevé que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine avait décidé, le 23 mars, de proroger de 12 mois le déploiement de la Force conjointe du G5 Sahel.  L’Union africaine poursuivra également ses efforts pour renforcer la cohérence au sein de l’architecture africaine pour la paix et la sécurité dans la région du Sahel, l’objectif étant notamment de renforcer la coopération entre les pays, d’améliorer la sécurité des frontières et le partage de renseignements.  Une étape importante a d’ailleurs été franchie avec la signature, le 24 mars, d’un mémorandum d’accord pour l’opérationnalisation de la Force conjointe.  Elle a ensuite exhorté les parties maliennes à redoubler d’efforts pour assurer la bonne mise en œuvre des dispositions principales de l’Accord de paix d’Alger.

Enfin, Mme Mohammed a souligné que la complexité et la nature multidimensionnelle des défis qu’affronte la région du Sahel appellent à tenir compte des liens étroits entre la sécurité et le développement.  Elle a jugé nécessaire de « recalibrer » les interventions afin d’être mieux à même de pouvoir répondre aux causes sous-jacentes de l’instabilité et de mettre un terme à la violence.  L’Union africaine prend des mesures pour dresser la liste des différents projets lancés par ses institutions dans la région afin de renforcer la synergie de ses interventions et de les aligner avec les priorités régionales.

M. JOÃO VALE DE ALMEIDA, Chef de la délégation de l’Union européenne, a souhaité que le décaissement par l’Union européenne de 10 millions d’euros au profit de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) permette de lancer rapidement un soutien efficace à la Force conjointe du G5 Sahel.

Depuis la conférence organisée à Bruxelles le 23 février dernier, où la communauté internationale a promis plus de 400 millions d’euros, et avec l’arrangement technique G5-ONU-UE désormais en place, le G5 Sahel dispose du soutien international nécessaire pour progresser dans le déploiement et l’opérationnalisation de sa Force conjointe, a-t-il dit.  M. de Almeida a invité d’autres partenaires à utiliser ce mécanisme pleinement opérationnel pour acheminer leur financement à la MINUSMA.  C’est là un élément essentiel, car le type de soutien que la MINUSMA peut apporter sur le terrain à la Force conjointe ne peut être fourni directement par aucun autre canal, y compris bilatéral, a-t-il insisté.

Le délégué a saisi cette occasion pour annoncer que l’Union européenne prépare une contribution de 10 millions d’euros en faveur de l’établissement et de la mise en œuvre d’un cadre de conformité aux droits de l’homme et au droit international humanitaire.  Elle apporte déjà un soutien de 70 millions d’euros pour la fourniture d’équipements, d’infrastructures et de services à la Force conjointe.

« L’Union européenne est convaincue que la Force conjointe doit être fermement ancrée dans un cadre politique et institutionnel plus vaste, pour guider ses opérations et faire en sorte qu’elles ne constituent qu’un élément d’une stratégie régionale large », a dit M. de Almeida.

L’Union européenne s’est également engagée à hauteur de 5 millions d’euros à soutenir le G5 Sahel dans l’opérationnalisation de son fonds fiduciaire, la mise en place du comité de soutien et du comité de contrôle, ainsi que du bureau de défense et de sécurité du Secrétariat permanent.

M. de Almeida a salué cette nouvelle dynamique, « favorable à la poursuite du leadership et de l’intégration du G5 Sahel, aux niveaux national et régional », ainsi que les efforts déployés à cet égard par le Secrétariat permanent du G5 Sahel.

À ce titre, il a estimé essentiel de prendre en compte le protocole d’accord récemment conclu entre l’Union africaine et le G5 Sahel, qui confère un rôle de coordination à l’Union africaine et considère la Force conjointe comme faisant partie de l’architecture africaine de paix.

Parallèlement, le délégué a assuré que l’Union européenne continuera de gérer le centre de coordination, le « coordination hub », aussi longtemps qu’il sera jugé nécessaire pour aider la Force conjointe et le Secrétariat permanent du G5 à organiser et apporter de la cohérence aux contributions volontaires internationales à la Force.

Mais au-delà du soutien financier et institutionnel, les efforts européens de renforcement des capacités de défense et de sécurité dans la région, notamment au Mali et au Niger, sont actuellement réévalués afin d’étendre leurs activités à la formation et à la fourniture de conseils à la Force conjointe, dans le plein respect des prérogatives et de l’autorité du G5 Sahel, a-t-il expliqué.

L’Union européenne soutient également le développement et l’opérationnalisation de la composante police de la Force conjointe du G5.  « C’est là la clef pour assurer une judiciarisation adéquate de toute action contre la criminalité organisée et le terrorisme, ainsi que pour s’assurer de l’aval et garantir une protection appropriée de la population civile. »  Enfin, il est important de ne pas perdre de vue la dimension sécuritaire de la contribution européenne au développement économique, social et politique de la région.  À cet égard, l’Union européenne a apporté une aide de 8 milliards d’euros au Sahel au cours des sept dernières années.  Il n’y a pas besoin de rappeler aussi qu’aucun progrès durable ne sera réalisé sans des avancées concomitantes sur le plan politique, a insisté M. de Almeida.  « Nous devons plus que jamais mettre à profit l’ensemble des leviers dont nous disposons pour encourager les parties maliennes à mettre en œuvre leurs engagements. »

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a appelé à « faire preuve de réalisme dans nos attentes sur le court terme », car la Force conjointe du G5 Sahel fait encore face à de nombreux défis.  Parmi ces défis, il a cité la disponibilité d’équipements critiques, comme les moyens de communication destinés à faire le lien entre les structures de commandement de la Force et ses contingents sur le terrain.  « Son opérationnalisation ne peut pas se faire du jour au lendemain. » 

Il importe, a expliqué M. Delattre, que les États du G5 Sahel continuent dans les mois à venir de faire le meilleur usage du soutien apporté afin de finaliser l’opérationnalisation de la Force.  Pour lui, la matérialisation des contributions annoncées constitue une condition importante pour leur permettre d’avancer.  « On ne peut nourrir à l’égard de la Force conjointe des attentes qui soient déconnectées du rythme de mise en œuvre de notre propre soutien », a-t-il insisté.

Un autre point important, à son avis, est l’activation du soutien prévu dans le cadre de l’arrangement technique, grâce à une contribution de l’Union européenne.  Le représentant a tenu à rappeler que la réponse militaire ne constitue qu’une partie de la solution et qu’il ne saurait y avoir de stabilisation durable du Sahel sans les avancées concomitantes sur les plans politique et du développement.  Pour sa part, la France entend continuer à porter la question de la lutte contre le terrorisme au Sahel au Conseil de sécurité, a-t-il assuré, car « la situation sur le terrain le justifie plus que jamais ».  En conclusion, il faut appeler la communauté internationale à mettre en œuvre dans les meilleurs délais l’ensemble du soutien annoncé, et encourager les États du G5 Sahel à poursuivre leur mobilisation en faveur du déploiement effectif de la Force conjointe.

Si le rapport du Secrétaire général permet de noter les progrès accomplis dans l’opérationnalisation de la Force conjointe du G5 Sahel, a relevé M. ILAHIRI ALCIDE DJÉDJÉ (Côte d’Ivoire), il nous offre également l’occasion de faire l’état des multiples défis qui persistent.  Parmi ces défis, il a cité la mobilisation de l’assistance internationale, et la mise en œuvre de l’Accord technique et du Cadre de conformité sur le respect des droits de l’homme, adoptés par les pays du G5 Sahel.  La Côte d’Ivoire encourage tous les acteurs concernés, en particulier les États du G5 Sahel, à poursuivre leurs efforts en vue de la maturation de la Force conjointe, qui illustrent, a-t-il insisté, « la volonté des pays africains de s’approprier leur sécurité collective ».

Évoquant la détérioration de la situation sécuritaire dans la région du Sahel, M. Djédjé a souscrit à l’appel lancé par le Secrétaire général pour intensifier le dialogue avec les partenaires internationaux afin de renforcer et de mieux coordonner les soutiens multiformes à l’opérationnalisation de la Force conjointe.  Les capacités de déploiement rapide et la bonne connaissance de l’environnement socioculturel constituent des avantages comparatifs dans la lutte contre l’expansion du terrorisme et de la criminalité transfrontalière dans le Sahel.  L’appui logistique et opérationnel de la MINUSMA à la Force constitue, selon lui, « un bon exemple de coopération entre une opération des Nations Unies et une opération africaine de paix ».  Cependant, a-t-il averti, quand bien même elle atteindrait sa pleine capacité opérationnelle, l’efficacité de la Force restera tributaire des efforts actuels visant à stabiliser l’environnement politique régional.  C’est pourquoi, a conclu le représentant, « la Force conjointe doit être une composante d’un projet politique qui va au-delà de l’approche sécuritaire pour une résolution durable des crises actuelles dans la région ». 

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a rappelé que la déstabilisation du Sahel trouve son origine dans la guerre en Libye en 2011.  Il a insisté sur le besoin d’assistance humanitaire au Sahel, notant qu’aux effets des conflits, il faudrait aussi ajouter les conséquences négatives des changements climatiques.  Il a salué la volonté politique des cinq pays pour opérationnaliser la Force conjointe, et il a jugé indispensable que la Force crée les conditions pour le déploiement total des forces militaires et de police.  Il a invité la communauté internationale à apporter son soutien technique et financier au G5 Sahel.  Il a aussi souhaité que les programmes prévus dans la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel soient mis en œuvre.

Durant la visite du Conseil de sécurité au Sahel, en octobre dernier, « nous avons été témoins de la ferme volonté des États de la région de relever le défi sécuritaire, a rappelé Mme IRINA SCHOULGIN NYONI (Suède) qui a tenu à les féliciter pour leur détermination en dépit de circonstances difficiles.  Elle a encouragé les États du G5 Sahel à mettre en œuvre les éléments contenus dans la résolution 2391 (2017) pour assurer la crédibilité et la pleine opérationnalisation de la Force conjointe.

La représentante a jugé importante la mise en œuvre du cadre de conformité relatif aux droits de l’homme qui est, selon elle, essentielle pour le plein succès sur le long terme de la Force.  En outre, elle a salué le soutien fourni par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans la région.  Pour la déléguée, la Force conjointe G5 Sahel fait partie des nombreux instruments qui contribuent à une approche régionale intégrée et durable de la situation au Sahel.  Dès lors, a-t-elle conclu, nous partageons l’avis du Secrétaire général de l’inscrire dans un cadre institutionnel et politique plus large, « en tant qu’élément d’une stratégie globale pour la région ».

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) s’est inquiété de la détérioration de la situation au Sahel et a condamné les attaques terroristes qui y sont perpétrées. Il a loué les efforts déployés par la Force conjointe du G5 Sahel, s’inquiétant toutefois des défis rencontrés pour assurer sa pleine opérationnalisation et son financement.  Il a salué les annonces de contribution faites à la Conférence de Bruxelles au mois de février dernier.

Le représentant a également jugé fondamental que les Africains mènent eux-mêmes les efforts de lutte contre le terrorisme, se félicitant de la contribution financière du Rwanda.  Il a ensuite appelé à examiner les facteurs de la propagation de l’extrémisme violent dans la région.  « Une approche globale est nécessaire afin de construire des sociétés qui privilégient la sécurité humaine et ne se limitent pas à la défense des frontières. »  Il a aussi appelé au plein respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

M. KAREL J. G. VAN OOSTEROM (Pays-Bas) a salué les efforts déployés jusqu’à présent par les pays du G5 Sahel pour établir une force régionale dans un environnement sécuritaire et politique complexe.  Il a constaté que le succès de la Force conjointe dépend des progrès réalisés dans le cadre du processus de paix malien et a exhorté les parties concernées à prendre les mesures qui s’imposent pour établir une paix durable au Mali.  Il convient également de répondre aux causes sous-jacentes du conflit et les Pays-Bas se félicitent du programme de développement du G5 et de l’Alliance Sahel lancée par la France et l’Allemagne.

Le représentant a aussi souligné que pour être efficace, la Force doit bénéficier de la confiance de la population.  Il a également dit l’importance des mécanismes de responsabilisation au vu des violations des droits de l’homme commises au Mali.  Il a ensuite encouragé le G5 Sahel à accélérer l’établissement de la composante de police qui, a-t-il ajouté, est essentielle pour combattre le terrorisme, la criminalité transnationale et le trafic de migrants.  Ces menaces sapent non seulement la stabilité du Sahel, mais représentent également « une importante préoccupation sécuritaire pour l’Europe », a-t-il indiqué.

M. van Oosterom a par ailleurs souligné qu’un financement prévisible et à long terme permettrait de renforcer la légitimité et l’efficacité de la Force.  Enfin, l’appui accordé par la MINUSMA à l’opérationnalisation de la Force ne doit pas se faire au détriment de ses principales responsabilités.

M. KANAT TUMYSH (Kazakhstan) a estimé que la Force conjointe du G5 Sahel a le potentiel d’être « un bon exemple de solution africaine apportée à un problème africain », tout en reconnaissant que son succès dépend de l’appui politique unanime du Conseil de sécurité et de la capacité des États du G5 à la rendre entièrement opérationnelle.  Il a appelé à renforcer la coordination entre la Force conjointe et les autres forces de sécurité qui se trouvent dans la région, notamment la MINUSMA, l’opération française Barkhane et le Processus de Nouakchott.

D’après le représentant, l’action antiterroriste de la Force conjointe doit aller de pair avec les efforts entrepris pour répondre aux causes sous-jacentes du conflit, à commencer par le renforcement de la gouvernance, la réduction de la pauvreté et des rivalités tribales, ainsi que l’octroi de services de base et la création d’emplois.  L’atténuation des changements climatiques doit aussi être érigée en priorité.

Pour résoudre les conflits régionaux, M. Tumysh a également proposé une stratégie en trois étapes reposant sur le renforcement des liens entre la sécurité et le développement, une approche régionale renforcée et la rationalisation du système des Nations Unies qui, a-t-il ajouté, doivent par ailleurs finaliser leur Stratégie intégrée pour le Sahel.

Mme AMY NOEL TACHCO (États-Unis) a indiqué que les solutions sécuritaires ne suffiront pas à régler les questions de gouvernance ou les défis économiques dans le Sahel.  Elle a recommandé de ne pas perdre de vue le processus de paix au Mali, rappelant que l’Accord de paix d’Alger reste de la plus grande importance pour la stabilité de ce pays.  Le Conseil de sécurité devrait également, a-t-elle suggéré, user de sanctions ciblées afin de parvenir à des résultats probants au Mali. 

La déléguée a prévenu que « la route sera encore longue pour la pleine opérationnalisation de la Force conjointe du G5 Sahel », et que le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire sera essentiel pour son succès.  Les États-Unis, a-t-elle informé, attendent les résultats de l’enquête gouvernementale après la mort d’une douzaine de civils maliens dans la localité de Boulikessy, à la frontière avec le Burkina Faso, le 19 mai dernier, à la suite d’une opération du G5 Sahel. 

Mme Tachco a estimé que « la MINUSMA ne peut efficacement soutenir la Force conjointe alors qu’elle ne peut même pas assurer sa propre protection ».  C’est pourquoi les États-Unis plaident davantage pour une combinaison de soutiens bilatéraux et multilatéraux pour appuyer la Force conjointe.  Les États-Unis ont fait des efforts en ce sens envers les pays de la région, a-t-elle rappelé.  Elle a ajouté que la stabilité dans le Sahel est aussi liée aux questions de développement et à la prise en charge des besoins humanitaires.

M. ABDULAZIZ ALJARALLAH (Koweït) a salué l’accord technique signé en février dernier, ainsi que les démarches lancées pour opérationnaliser la Force conjointe du G5 Sahel.  La communauté internationale et l’ONU doivent continuer de renforcer les capacités de la Force, et les pays du G5 redoubler d’efforts pour permettre à celle-ci de faire face à la menace terroriste.

Préoccupé par l’ampleur de la criminalité transnationale organisée, caractérisée par des trafics en tous genres, le représentant a appelé à renforcer la coopération entre la Force et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).  Il a déploré la lenteur des avancées du processus de paix malien, pour ensuite insister sur l’importance de tenir compte du développement de la région.  Dans cet esprit, il a mentionné l’appui de Banque islamique de développement qui apporte un soutien économique à des projets d’autonomisation des jeunes et des femmes.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a constaté que le manque de progrès dans le processus de paix malien vient exacerber la situation dans la région du Sahel, s’inquiétant notamment de l’ampleur et de « la sophistication sans précédent » des attaques perpétrées par les terroristes.  Il s’est inquiété des défis énormes qui doivent encore être surmontés pour accélérer la pleine opérationnalisation de la Force conjointe du G5 Sahel, notamment en termes de renseignements, de transport et de communication.  Faute de moyens de transport, la communication entre le siège de la Force, les postes de commandement et les bataillons présente un défi sérieux, a-t-il insisté, d’où la nécessité de faire de la construction des infrastructures du camp et de l’amélioration du siège de la Force une priorité.

Le représentant a ensuite salué « la démonstration de solidarité africaine » du Rwanda qui a contribué un million de dollars pour appuyer l’opérationnalisation de la Force.  Il s’est aussi félicité de la signature des arrangements techniques entre les pays du G5 Sahel, l’ONU et l’Union européenne, dans le respect de la résolution 2391 (2017).  Il a également appelé le Conseil de sécurité à examiner les deux options proposées par le Secrétaire général dans son rapport pour renforcer l’appui de l’ONU à la Force conjointe.

Soulignant l’importance de répondre aux causes sous-jacentes du conflit, M. Alemu a appelé à mettre en œuvre une stratégie « holistique » sur la base de l’appropriation nationale et du partenariat avec les pays de la région du Sahel. Il a aussi réclamé une plus grande synergie entre l’Union africaine, l’ONU et les partenaires internationaux.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a indiqué que malgré la générosité des bailleurs de fonds, les déboursements restent attendus en faveur du G5 Sahel.  Son pays entend offrir un financement le mois prochain au Niger et fournir un hélicoptère d’évacuation sanitaire, a-t-il annoncé.  En plus de leurs activités régionales, les pays du Sahel doivent continuer d’agir pour la paix sur le plan national.  Il a ainsi appelé à la mise en œuvre de l’Accord d’Alger pour la paix au Mali, estimant que le Conseil de sécurité devrait pouvoir user de tous les outils à sa disposition pour sanctionner ceux qui en entravent l’application.

Selon le Royaume-Uni, l’aide au développement doit aussi tenir compte des causes réelles d’insécurité dans le Sahel.  Le représentant a donc dit attendre avec impatience la Stratégie révisée des Nations Unies pour le Sahel qui devrait être plus « holistique ».  Il s’est aussi félicité que le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire ait été pris en compte dans la signature de l’accord tripartite entre le G5 Sahel, l’Union européenne et l’ONU. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) s’est inquiété de la grave situation humanitaire et sécuritaire dans la région du Sahel.  Il a insisté sur l’importance d’y apporter une réponse coordonnée et de préserver la cohérence politique tout en tenant compte des priorités du G5 Sahel et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  Il a salué la création du fonds d’affectation spéciale géré par l’Union européenne et la décision de l’Union africaine de proroger d’un an le mandat de la Force conjointe.  Il a insisté sur la nécessité d’un financement prévisible et pérenne.

Le représentant a aussi appelé à privilégier une approche globale face au conflit en tenant notamment compte des impératifs de développement, des changements climatiques et du rôle des femmes.  Il s’est inquiété de l’absence de progrès du processus de paix au Mali et a espéré que les prochaines élections soient l’occasion de renouveler le dialogue politique.  Il convient également de tenir compte des liens entre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée et de renforcer les efforts pour combattre ces deux fléaux, a-t-il ajouté.

Le Pérou estime que le G5 Sahel illustre bien comment les pays africains qui en ont la capacité peuvent assumer des responsabilités importantes pour promouvoir la paix et la sécurité, mais encore faut-il qu’ils puissent bénéficier de l’appui de la communauté internationale, dont celui du Conseil de sécurité.

Selon M. ALEXANDER A. POLYANSKIY (Fédération de Russie), « les causes profondes de l’insécurité au Sahel sont liées à l’effondrement de l’État libyen à la suite des interventions militaires étrangères ».  Pour lui, sans une stabilité en Libye, il ne sera pas possible de parvenir à la paix au Sahel.  Il a souhaité que les donateurs ayant annoncé des contributions s’activent pour que la Force conjointe du G5 Sahel puisse prendre son envol.  Il est évident que l’on ne pourra pas éradiquer les conflits uniquement par les moyens militaires, a-t-il noté, tout en plaidant pour des solutions globales aux défis de développement.  La Fédération de Russie étudie les moyens de renforcer sa coopération avec les pays de la région, notamment dans le cadre du renforcement des capacités militaires des pays.

M. WU HAITAO (Chine) s’est félicité des progrès réalisés depuis l’adoption de la résolution 2391 (2017), s’inquiétant toutefois des nombreux défis que continue d’affronter la région du Sahel.  Il a appelé à renforcer l’appui de la communauté internationale à la Force conjointe du G5 Sahel, se félicitant de la signature de l’accord technique et des récentes promesses de contributions.  Le représentant a aussi appelé à identifier les priorités de la région en respectant la souveraineté des pays concernés, de manière à promouvoir une paix et stabilité durables au Sahel.  Il faut aussi tenir compte des effets « boule de neige » de certaines situations, notamment la crise libyenne, a-t-il ajouté.

Le représentant a ensuite appelé à combattre le terrorisme de manière active.  Il a aussi insisté sur l’importance de promouvoir la pleine implication des organisations régionales et de renforcer la coordination avec les pays de la région.  La Chine appuie « la recherche de solutions africaines pour des problèmes africains », a-t-il par ailleurs assuré.

Liant les causes profondes des conflits aux défis en matière de gouvernance ou de développement, Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a encouragé une coopération accrue entre les pays du G5, les pays voisins et les organisations régionales.  Cela est essentiel pour la réalisation d’un progrès à la fois tangible et durable.  Ensemble, Le G5 Sahel et la Force conjointe illustrent, selon elle, cet exemple de collaboration globale.  Elle a donc exprimé son plein soutien au mandat de la Force conjointe et formé le vœu qu’avec l’appui de la communauté internationale, ce mécanisme sera bientôt pleinement opérationnel, en conformité avec le droit international, y compris le droit international humanitaire, les droits de l’homme et le droit international des réfugiés.

Après avoir évoqué l’assistance fournie par la Pologne aux troupes tchadiennes opérant au sein de la Force, la représentante a fait part de la décision de son pays de contribuer davantage à ce mécanisme, notamment à travers un programme de renforcement des capacités dans le domaine de la lutte contre les engins explosifs improvisés.

 

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