Face aux risques d’escalade militaire au Moyen-Orient, le Secrétaire général exhorte les États Membres à agir de manière responsable

CS/13293
13 avril 2018
8231e séance – matin

Face aux risques d’escalade militaire au Moyen-Orient, le Secrétaire général exhorte les États Membres à agir de manière responsable

Ce matin, devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a exhorté les États Membres à agir de manière responsable au Moyen-Orient, région plongée dans le « chaos » en raison notamment du conflit en Syrie, afin d’empêcher que « la situation n’échappe à tout contrôle ». 

Alors que la représentante des États-Unis a indiqué qu’aucune décision n’avait encore été prise s’agissant de la riposte à l’emploi allégué d’armes chimiques à Douma, en Syrie, le 7 avril, les délégations ont fait part de leurs inquiétudes devant les risques d’escalade, celle du Kazakhstan décelant dans les tensions actuelles « les contours d’une guerre mondiale ».

À l’entame de son intervention, le Secrétaire général a dressé un tableau très sombre de la situation au Moyen-Orient, traversé de « lignes de fracture qui s’entrecroisent et créent une situation extrêmement volatile, avec des risques d’escalade, de fragmentation et de division ».

Ces multiples lignes de fracture se reflètent dans une multiplicité de conflits, liés les uns aux autres à des degrés divers, plusieurs étant, eux, clairement liés au terrorisme international, a-t-il dit.  S’il a mentionné les conflits au Yémen, en Libye, entre Israéliens et Palestiniens, M. Guterres a longuement insisté sur la guerre en Syrie, qui est « la menace la plus grave à la paix et à la sécurité internationales ».

Détaillant « la litanie des horreurs » commises en Syrie, M. Guterres s’est dit indigné par les informations faisant état de l’emploi d’armes chimiques dans ce pays, « violation ignominieuse du droit international ».  Il a apporté son soutien à la Mission d’établissement des faits de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), dont une équipe est attendue à Douma. 

Le Secrétaire général a exhorté le Conseil à poursuivre ses efforts pour établir un mécanisme d’attribution des responsabilités « impartial, objectif et indépendant » sur l’emploi de ces armes, afin que l’impunité ne l’emporte pas.  Saisi de trois projets de résolution, le Conseil de sécurité n’était pas parvenu, plus tôt dans la semaine, à créer un tel mécanisme. 

Les tensions grandissantes et l’incapacité à parvenir à un compromis s’agissant de ce mécanisme font courir le risque d’« une escalade militaire de grande ampleur », a-t-il mis en garde.  « C’est le risque auquel nous faisons face aujourd’hui, que les choses échappent à tout contrôle. » 

Une inquiétude partagée par le délégué de la Fédération de Russie, qui a fustigé les menaces d’une intervention militaire des États-Unis et de ses alliés en Syrie.  « Nous ne saurons laisser faire cela, sachant que des militaires russes se trouvent en Syrie », a-t-il déclaré, en dénonçant la « rhétorique militariste au niveau le plus élevé à Washington ».

Ce pays, a-t-il dit et répété, n’est « pas digne du statut d’un membre permanent du Conseil de sécurité ».  Ce statut implique des responsabilités importantes et « pas seulement le droit d’utiliser la matraque quand on le décide », a asséné le délégué russe. 

Son homologue de la Bolivie lui a emboîté le pas, en rappelant que, selon la Charte des Nations Unies, l’emploi de la force n’est licite qu’en cas de légitime défense ou lorsque le Conseil l’autorise.  « Le Conseil ne doit pas devenir un pion sur l’échiquier de la guerre », a-t-il dit.  « Agir militairement en contournant le Conseil irait à l’encontre du droit international », a renchéri le représentant de la Chine. 

De son côté, le délégué syrien a déclaré que si la France, le Royaume-Uni et les États-Unis attaquent la Syrie, « nous n’aurons pas d’autre choix que d’user de la légitime défense, comme prévu par l’Article 51 de la Charte ».  « C’est une promesse, pas une menace », a-t-il dit. 

« Mon président n’a pas encore pris de décision, mais si mon pays et ses alliés décidaient d’agir, ce serait pour défendre le droit international qui protège toutes les nations du monde », avait prévenu la déléguée des États-Unis, appuyée par son homologue du Royaume-Uni.

« Si la Russie s’était acquittée de ses obligations de garantir la destruction du stock d’armes chimiques syrien, nous ne serions pas ici aujourd’hui », a-t-elle argué.  La représentante a accusé la Russie d’avoir « tué » le Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU et de ne reculer devant rien pour « protéger le régime d’Assad ».

« En décidant une nouvelle fois de recourir aux armes chimiques, le régime a atteint, le 7 avril dernier, un point de non-retour », a déclaré le représentant de la France.  Il a estimé que l’attaque de Douma, dont le « régime de Bashar Al-Assad » est, selon lui, l’auteur, est « la marque d’une escalade cynique ».  La France, a-t-il dit, prendra ses responsabilités pour mettre fin à une menace intolérable à notre sécurité collective. 

Plusieurs délégations ont prôné l’apaisement, comme celle du Kazakhstan qui a appelé à « faire preuve de retenue et observer une pause », en observant que toute action militaire serait indésirable et aurait de graves conséquences.  Le représentant de la Côte d’Ivoire n’a pas dit autre chose en exhortant les parties à la retenue et « au bon sens » pour préserver la paix et la sécurité internationales, « notre héritage commun ». 

Les efforts du Secrétaire général, qui a offert ses bons offices sur ce dossier, ont été salués par la Guinée équatoriale et la Suède.  Cette dernière délégation a présenté une proposition qu’elle a distribuée hier à ses collègues qui, entre autres, demande au Secrétaire général d’envoyer immédiatement en Syrie une mission de haut niveau de désarmement. 

MENACES CONTRE LA PAIX ET LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

La situation au Moyen-Orient

Déclarations

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a dit que le chaos règne au Moyen-Orient, constituant une menace à la paix et à la sécurité internationales.  La région est confrontée à un véritable nœud gordien: les lignes de fracture s’entrecroisent et créent une situation extrêmement volatile, avec des risques d’escalade, de fragmentation et de division.  « Nous voyons une multiplicité de divisions. »

Il a souligné en premier lieu que la guerre froide est de retour, avec une différence, puisque les mécanismes de sauvegarde destinés à gérer les risques d’escalade n’existent plus.  Comme seconde ligne de fracture, M. Guterres a cité le conflit israélo-palestinien, la troisième étant le clivage sunnite-chiite.  « Il est important de noter que les clivages religieux apparents sont en temps normal le produit de manipulations politiques et géostratégiques », a dit le Secrétaire général pour qui ces multiples lignes de fracture se reflètent dans une multiplicité de conflits, liés les uns aux autres à des degrés divers, plusieurs étant, eux, clairement liés au terrorisme international.  Par conséquent, « plusieurs formes d’escalade sont possibles ».

Notant les récentes violences à Gaza, il a appelé à une enquête indépendante et transparente sur ces incidents et exhorté les parties concernées à s’abstenir de tout acte susceptible de faire davantage de victimes.  « Cette tragédie souligne l’urgence de revitaliser le processus de paix en vue de promouvoir la solution des deux États. »

Venant à la situation au Yémen, M. Guterres a déploré le « désastre humanitaire le plus grave au monde » et plaidé pour un règlement politique par le biais d’un dialogue intra-yéménite.  En Libye, le Secrétaire général a exhorté les parties à appuyer le travail de son Représentant spécial, jugeant que le temps est venu de mettre fin au conflit dans ce pays.  M. Guterres a ensuite espéré que les prochaines élections en Iraq consolideront les gains enregistrés dans ce pays, parmi lesquels la défaite de Daech et des risques de fragmentation surmontés. 

Pour ce qui est du Liban, « il est absolument essentiel d’éviter un nouveau conflit Israël-Hezbollah », a-t-il dit, en appelant à promouvoir les engagements concernant ce pays, y compris la politique de dissociation. 

M. Guterres a déclaré que les liens avec le conflit syrien sont évidents dans les récentes confrontations entre l’Iran et Israël en Syrie.  « La Syrie représente aujourd’hui la menace la plus grave à la paix et à la sécurité internationales. »  M. Guterres a déploré les confrontations et les guerres par procuration opposant plusieurs armées nationales, des groupes d’opposition armés, des combattants étrangers et plusieurs organisations terroristes.  « Je le répète: il n’y a pas de solution militaire au conflit », a-t-il dit, en appelant à une solution politique, dans le respect de la résolution 2254 (2015).

Le Secrétaire général a fait la liste interminable des horreurs commises en Syrie, parmi lesquelles les attaques contre les civils, des actes de torture et l’emploi d’armes chimiques.  M. Guterres a déploré la non-application de la résolution 2401 (2018) qui réclamait une cessation des hostilités à des fins humanitaires.  « Le tableau est sombre en Syrie. »

Il s’est dit indigné par les informations faisant état de l’emploi d’armes chimiques en Syrie et a réitéré sa ferme condamnation d’un tel emploi, quelles que soient les parties ou les circonstances.  « Leur emploi est une ignominieuse et claire violation du droit international. »  Au regard de la gravité de ces allégations, M. Guterres a demandé une enquête approfondie, par le biais d’une expertise impartiale, indépendante et professionnelle, avant d’apporter son plein soutien à l’OIAC et à la Mission d’établissement des faits.  Cette mission devrait se voir accorder le plein accès en Syrie, a-t-il dit, notant qu’une première mission est déjà dans le pays et qu’une seconde doit s’y rendre aujourd’hui ou demain.  « Mais nous devons aller plus loin », a-t-il demandé.

Il a regretté l’incapacité du Conseil de s’accorder sur un nouveau mécanisme d’attribution des responsabilités après la fin du Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU.  Il a souligné l’importance d’éviter l’impunité s’agissant de l’emploi d’armes chimiques et exhorté tous les États Membres à agir de manière responsable en ces périlleuses circonstances.  « J’exhorte le Conseil à assumer ses responsabilités et à ne pas cesser ses efforts pour agréer un mécanisme d’attribution des responsabilités impartial, objectif et indépendant. »

Le Secrétaire général a déclaré que les tensions grandissantes et l’incapacité à parvenir à un compromis s’agissant d’un tel mécanisme menacent d’aboutir à une escalade militaire de grande ampleur.  « Je réitère ma profonde préoccupation devant les risques de l’impasse actuelle et souligne la nécessité d’éviter que la situation n’échappe à tout contrôle », a-t-il conclu.  « C’est le risque auquel nous faisons face aujourd’hui, que les choses échappent à tout contrôle. » 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a estimé que les « paroles d’autorité » du Secrétaire général dressaient un « tableau inquiétant » de la situation.  Reconnaissant qu’il existe « de nombreuses blessures » au Moyen-Orient, il a toutefois ajouté que la crise la plus urgente est celle qui concerne la situation en Syrie.

Le monde -la Fédération de Russie aussi– a reçu, il y a deux jours, des mises en garde, des menaces de la part des États-Unis et de ses alliés, a rappelé le représentant.  Or, a-t-il souligné, « des militaires russes se trouvent en Syrie » pour lutter contre le terrorisme international.  En outre, a poursuivi M. Nebenzia, on continue d’entendre des propos durs et dangereux à l’égard d’un État souverain de la part de Washington et d’autres.  Il a dénoncé une « rhétorique militariste », y compris « au niveau le plus élevé à Washington », qu’il a accusé d’avoir pris la direction d’un « scénario militaire en Syrie ».  « Nous ne saurons laisser faire cela, sachant que des militaires russes se trouvent en Syrie », a-t-il insisté, ajoutant que, pendant ce temps, certains regardent et d’autres se font les instigateurs des propos de Washington, devenant ainsi des complices de leur aventure militaire.

« Étrangement, aujourd’hui personne ne parle de diplomatie préventive », a remarqué M. Nebenzia, qui a ajouté « qu’avant même que les incendies se produisent », des coupables ont été désignés et apparemment il faudrait les punir immédiatement.

Nous nous souvenons des « expériences » menées en Iraq et en Libye, qui montrent que les États-Unis considèrent le Conseil de sécurité comme un de leurs outils, a encore accusé M. Nebenzia, qui a dénoncé un « comportement irresponsable » des États-Unis.  Ce pays, a-t-il dit et répété, n’est « pas digne du statut d’un membre permanent du Conseil de sécurité ».  Ce statut implique des responsabilités importantes et « pas seulement le droit d’utiliser la matraque quand on le décide », a-t-il  poursuivi. 

« Qui peut profiter d’une frappe sur l’armée syrienne, qui se bat depuis longtemps contre le terrorisme et a remporté de nombreuses victoires dans ce domaine? » a encore demandé le représentant.  « Est-ce vraiment pour semer le chaos que vous faites cela? »

M. Nebenzia a une nouvelle fois affirmé qu’il n’y avait « pas de trace » d’attaque chimique à Douma.  Les experts russes envoyés sur place n’en ont pas trouvée, et la population de Douma n’est pas au courant, a-t-il affirmé, ajoutant avoir « des preuves d’une provocation de services secrets étrangers ».  C’est pour lui une « répétition » de ce qui s’est passé il y a un an à Khan Cheïkhoun.  Rappelant que la Mission de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) va venir travailler en Syrie, il a espéré qu’elle pourrait mener sa mission librement.

Pour sa part, la Fédération de Russie continue de travailler d’arrache-pied à une désescalade, a affirmé le représentant.  Son pays a présenté une résolution en faveur d’une enquête sur place, un texte « bloqué de façon irresponsable par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France », a regretté M. Nebenzia, qui a dénoncé les théories du complot.

« Après des années en Syrie, nous avons réussi à stabiliser une grande partie du pays », a poursuivi M. Nebenzia.  « Nous soutenons le processus politique, nous assistons à un début de réconciliation nationale, nous luttons contre le terrorisme. »  « Nous avons reconnu votre contribution mais c’est toujours votre définition du terrorisme qui prévaut », a-t-il noté, et ce, alors que la Fédération de Russie est « presque le seul pays » qui s’attèle à mettre en œuvre la résolution 2254 (2015) sur le processus de Genève.  Pour illustrer son propos, il a cité la tenue réussie du Congrès national syrien de Sotchi.  « Combien de villes avez-vous pacifiées?  Combien de groupes armés avez-vous convaincu de venir discuter? » a-t-il ensuite demandé. 

« Les gens qui ont été libérés sont heureux », a encore affirmé le représentant, ajoutant que « les images existent mais les médias occidentaux ne les montrent pas ».  Cela ne vous intéresse plus car ces régions sont désormais contrôlées par le Gouvernement, a-t-il avancé. 

M. Nebenzia a répété que les événements « prennent une tournure dangereuse » et menacent d’avoir des conséquences très graves pour la paix et la sécurité mondiales.  Il en a rendu responsables les États-Unis et leurs alliés, jugeant dommage que « la Vieille Europe » les soutienne.  La Fédération de Russie est prête à coopérer avec tous ses partenaires pour résoudre les problèmes par la voie du dialogue, a réaffirmé M. Nebenzia, qui a appelé en conclusion tous les partenaires à y contribuer. 

Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) s’est dite atterrée par les propos du délégué russe.  Elle a trouvé étrange cette réunion demandée par la Russie qui ignore sa propre responsabilité en Syrie.  « Plutôt que de débattre des menaces unilatérales pesant sur la Syrie, nous devrions discuter de l’emploi d’armes chimiques, qui est une violation grotesque du droit international », a-t-elle asséné.  Mme Haley a estimé que « les armes chimiques sont un fléau devant lequel nous ne devons pas rester impuissants ».

La déléguée a mentionné les différents instruments internationaux élaborés face à la menace posée par les armes chimiques, comme la Convention sur les armes chimiques, à laquelle la Russie et les États-Unis sont parties et même le « régime d’Assad ».  « Nous sommes d’accord sur le principe d’interdiction des armes chimiques », a-t-elle constaté.

Pour la représentante, il faut débattre des actions qui ont conduit jusqu’ici, non pas des pays qui auront peut-être le courage de s’élever contre l’emploi d’armes chimiques.  Mme Haley a accusé la Russie de ne reculer devant rien pour défendre l’emploi d’armes chimiques.  « C’est la Russie qui a tué le Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU, qui a employé son veto à six reprises sur ce sujet », a-t-elle martelé.  « C’est la Russie et la Russie seule qui a usé de son veto à 12 reprises pour protéger Assad. »  Si la Russie s’était acquittée de ses obligations de garantir la destruction du stock d’armes chimiques syrien, nous ne serions pas ici aujourd’hui, a-t-elle poursuivi.  La déléguée a déclaré que le comportement de la Russie dégradait les normes internationales sur l’emploi d’armes chimiques. 

« Mon président n’a pas encore pris de décision, mais si mon pays et ses alliés décidaient d’agir, ce serait pour défendre le droit international qui protège toutes les nations du monde », a déclaré la représentante des États-Unis.  La déléguée a indiqué que le « régime d’Assad » aurait utilisé au moins 50 fois des armes chimiques, 200 fois selon certaines estimations.  La Russie était censée garantir qu’Assad n’utilise pas des armes chimiques, mais elle a fait tout le contraire, a-t-elle constaté.  « Tout ce que l’ONU défend est en train d’être sapé en Syrie avec l’aide d’un membre permanent », a-t-elle conclu, en assurant que les États-Unis et les alliés continueraient de défendre la vérité et la fin de l’emploi d’armes chimiques. 

M. MA ZHAOXU (Chine) a dit apprécier grandement les efforts inlassables du Secrétaire général.  « La situation en Syrie est dangereuse, nous sommes entre la paix et la guerre », a-t-il estimé en exprimant ses inquiétudes face à l’escalade des tensions.  Le représentant a estimé que la grande priorité était de lancer une enquête impartiale et objective permettant d’apporter des conclusions fiables.  Agir militairement en contournant le Conseil de sécurité irait à l’encontre du droit international et de toutes les normes internationales, a-t-il rappelé.  Il a aussi demandé que soit respectée la souveraineté internationale de la Syrie.  Il ne peut y avoir de solution militaire à la crise syrienne, la seule solution est politique, a argué M. Ma, qui a assuré que la Chine appuie les Nations Unies.  La Chine, a-t-il insisté, appelle la communauté internationale à poursuivre ses efforts diplomatiques pour régler les difficultés sur le terrain sans recourir à la force et en laissant les Nations Unies jouer le rôle de médiateur principal.

Le représentant a assuré que les populations du monde recherchent la paix, répétant que la situation en Syrie menace la paix et la stabilité « au Moyen-Orient et dans le monde en général ».  Il a parlé de « moment charnière pour le Conseil de sécurité » et pour sa crédibilité.  Le Conseil de sécurité devrait faire de son mieux pour agir dans le consensus et mériter la confiance que la communauté internationale a placée en lui, a-t-il prôné.  Il a assuré en conclusion que la Chine restait prête à poursuivre ses efforts inlassables pour protéger la paix.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a rappelé qu’à la séance du Conseil de sécurité du 27 septembre 2013, jour de l’adoption de la résolution 2118 (2013), le Conseil avait caractérisé de manière unanime que la situation en Syrie constituait « une menace grave à la paix et à la sécurité internationales » à la suite des effroyables attaques chimiques dans la Ghouta orientale.  « Face à ceux qui souhaitent créer la confusion, allant jusqu’à accuser les populations syriennes de s’être gazées elles-mêmes, face à ceux qui suggèrent un complot, nous devons en revenir à des faits simples », a proposé M. Delattre.  Pour lui, la crise syrienne constitue une menace à la sécurité internationale du fait du recours répété, organisé et systématisé aux armes chimiques par le « régime de Bashar Al-Assad qui a de nouveau franchi un seuil dans l’horreur » avec les deux attaques de Douma, le 7 avril dernier.

Pour la France, tout concorde: les éléments recueillis sur place, les symptômes des victimes, la complexité du maniement des substances utilisées, ainsi que la détermination des forces du régime à soumettre le plus vite possible, et par tous les moyens, les dernières poches de résistance à Douma.  Il s’agit « d’un modus operandi parfaitement connu et documenté », puisqu’un mécanisme indépendant créé à l’initiative du Conseil de sécurité a déjà établi, à au moins quatre reprises depuis 2015, l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Damas à Sarmin, à Talmenes, à Qmenas et à Khan Cheïkhoun, a argué le représentant.  « Un mécanisme d’enquête qu’un membre permanent du Conseil de sécurité a décidé, en novembre dernier, de contraindre au silence. »

Le représentant a déclaré que « la politique chimique du régime de Bashar Al-Assad constitue l’une des violations les plus graves de toutes les normes qui garantissent notre sécurité collective », rappelant que l’emploi d’armes chimiques contre des populations civiles, interdit dès 1925 dans le Protocole de Genève, est constitutif de crime de guerre au sens du statut de la Cour pénale internationale (CPI).  Il a estimé que cette guerre chimique est « l’outil d’accélération d’une politique délibérée de soumission par la terreur » qui, en sept années, a causé la mort de 400 000 personnes, de nombreuses destructions et un exode massif de réfugiés et de déplacés, et qui a fait le lit du terrorisme international.  Pour la France, ce tableau effrayant est celui de l’une des menaces les plus flagrantes à la paix et à la sécurité internationales de l’ère contemporaine.  Et c’est aussi « le bilan de ceux qui, envers et contre tout, continuent de le soutenir et de l’appuyer ». 

Pour M. Delattre, « si la Syrie a continué d’utiliser des substances toxiques à des fins militaires, c’est qu’elle a conservé la capacité de les utiliser et de les fabriquer », en contravention avec ses engagements internationaux.  Pour lui, ce sont ces capacités non déclarées de la Syrie « que nous avons de nouveau vues en action le 7 avril ».  Il a relevé que le Conseil de sécurité est donc fondé à se réunir sur cette violation du droit international et de ses propres résolutions.  De plus, le Conseil serait à son avis « plus que fondé encore à faire ce à quoi il s’est engagé, c’est-à-dire prendre des mesures sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ». 

M. Delattre a regretté que face aux atrocités de masse commises en Syrie, l’action du Conseil de sécurité soit, depuis plusieurs années, paralysée par les vetos successifs de la Russie, pays qu’il a accusé de vouloir ainsi protéger le pouvoir syrien et de « lui garantir un régime d’impunité ».

« Je le dis solennellement, en décidant une nouvelle fois de recourir aux armes chimiques, le régime a atteint, le 7 avril dernier, un point de non-retour », a déclaré le représentant.  La France, a-t-il promis, prendra ses responsabilités pour mettre fin à une menace intolérable à notre sécurité collective, et pour faire enfin respecter le droit international et les dispositions prises, depuis des années, par le Conseil de sécurité.  Il a souligné que l’attaque de Douma, alors que les derniers combattants étaient prêts à négocier leur reddition, « est la marque d’une escalade gratuite et cynique ».

La France juge essentiel de lutter contre l’impunité de ceux qui sont responsables de l’emploi de telles armes, et plus largement, de ceux qui sont responsables des crimes les plus graves commis en Syrie.  L’engagement de la France en ce sens est entier, a assuré M. Delattre en s’appuyant sur le partenariat international contre l’impunité d’utilisation d’armes chimiques que le pays a initié en janvier dernier. 

Le délégué a enfin plaidé pour la mise en œuvre de la résolution 2401 (2018) sur l’accès humanitaire, un texte qui n’a rien perdu de son actualité, pour que les convois humanitaires puissent parvenir en sécurité dans la Ghouta orientale et que la protection des civils fuyant les hostilités ou nécessitant un traitement médical puisse être assurée.  Enfin, la France indique que la crise syrienne ne peut être durablement résolue que dans le cadre d’une solution politique et sur la base de la pleine mise en œuvre de la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité.  Il a invité ceux qui s’inquiètent aujourd’hui des conséquences de la crise syrienne à les rejoindre et à contraindre enfin le régime à accepter une logique de négociation sous l’égide des Nations Unies. 

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a dit que la situation débattue aujourd’hui découle uniquement de l’emploi d’armes chimiques en Syrie.  « Il est très probable que le régime d’Assad, qui a employé de telles armes à plusieurs reprises, soit responsable de l’attaque de Douma », a-t-elle dit.  Mme Pierce a promis que son pays continuerait d’œuvrer avec ses alliés pour une riposte internationale.  Évoquant la guerre froide, elle a rappelé que son pays et la Russie étaient côte à côte en 1945 et aussi en 1995, s’agissant des accords de Dayton.  Elle a regretté que, « en 2018, la Russie refuse de coopérer avec nous pour régler la situation en Syrie et refuse d’agréer un mécanisme d’attribution des responsabilités ».

Mme Pierce a exprimé son soutien au travail de la Mission d’établissement des faits, avant d’accuser la Russie de participer à l’érosion des normes internationales par ses agissements, comme dans l’attaque de Salisbury.  « Le peuple britannique n’est pas russophobe et préfèrerait une relation productive avec ce pays », a-t-elle dit.  « Mais nous sommes tous à la merci d’un veto russe et nous ne sacrifierons pas l’ordre international parce que la Russie veut protéger son allié », a tranché Mme Pierce.  Elle a accusé la Russie de ne pas vouloir promouvoir le processus de Genève mais de protéger le régime syrien et de procéder à une grave « distorsion des faits » à l’ONU.  « Ce que fait la Russie est dangereux », a-t-elle conclu. 

M. OLOF SKOOG (Suède) a dit qu’il était profondément préoccupé que le Conseil de sécurité ne soit pas en mesure de se mettre d’accord et d’aller de l’avant sur une réponse substantielle, rapide et unifiée à l’utilisation des armes chimiques en Syrie.  « Nous regrettons que la Russie ait une fois de plus utilisé son droit de veto et empêché le Conseil d’agir. »  Il a rappelé les efforts menés ces derniers jours pour essayer d’assurer que tous les moyens pacifiques de répondre soient épuisés.  Il a apprécié que le Secrétaire général ait offert son appui à ces efforts par ses bons offices.  Pour lui, c’est une occasion qui aurait dû être saisie.  C’est la raison pour laquelle, a-t-il expliqué, la Suède a fait hier une proposition qui contient quatre éléments.

En premier lieu, elle condamne dans les termes les plus forts toute utilisation d’armes chimiques en Syrie et s’alarme de l’incident qui aurait eu lieu à Douma la semaine dernière, en arguant que l’utilisation d’armes chimiques constitue une violation du droit international.  En second lieu, elle demande un accès total et la coopération avec la Mission d’établissement des faits de l’OIAC au motif qu’il faut établir les faits concernant ce qui s’est passé à Douma.

En troisième point, elle exprime la détermination du Conseil à créer un mécanisme impartial et indépendant d’attribution des responsabilités, fondé sur la proposition du Secrétaire général, en faisant valoir que les auteurs des attaques chimiques doivent être identifiés et rendre des comptes.  Quatrièmement, la proposition demande au Secrétaire général d’envoyer immédiatement une mission de haut niveau de désarmement en Syrie.  Il faut en effet résoudre toutes les questions en suspens sur les armes chimiques et débarrasser la Syrie une bonne fois pour toutes de toutes armes de ce type qui pourraient encore exister dans le pays.  Une telle mission ajouterait un levier politique et diplomatique au travail technique et professionnel mené par l’OIAC, a expliqué le représentant de la Suède. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a affirmé que la position de son pays dans de telles situations était toujours en faveur du dialogue et du règlement pacifique des différends.  La Guinée équatoriale est totalement opposée à l’usage de la force, a-t-il dit, arguant que, loin de résoudre les problèmes, la force pouvait au contraire contribuer à créer davantage de souffrances, de chaos et de désordre, comme on l’a vu en Libye avec des conséquences qui affectent toute la région saharienne.  « La rhétorique employée nous préoccupe », a poursuivi le représentant, s’inquiétant de « sa consonance qui semble dangereusement familière ».  Il a appelé les puissances à faire preuve du sens de la responsabilité, en particulier les membres permanents du Conseil de sécurité qui détiennent une responsabilité particulière pour défendre la crédibilité du Conseil. 

Le représentant a ensuite posé une série de questions: « À qui bénéficie l’incapacité du Conseil de sécurité de prendre des décisions?  Sommes-nous en train de contribuer à délégitimer le Conseil?  Sommes-nous en train d’éroder activement la pertinence même du Conseil dans le paysage politique international?  Si le Conseil de sécurité ne peut prendre de décisions, combien de temps la communauté internationale va-t-elle prendre pour retirer la foi et l’espoir qu’elle a placés en lui? »  Alors qu’il ne peut y avoir de solution militaire en Syrie, le représentant a jugé frustrant de constater l’absence de tout progrès sur le plan politique.  Il a appelé le Conseil à faire preuve de responsabilité et à créer un mécanisme international indépendant et impartial d’enquête et de désignation pour expliquer ce qui s’est passé à Douma et définir les responsabilités.  Il a enfin jugé que les bons offices qu’a proposés le Secrétaire général devaient être pris en compte et vus comme une occasion à saisir. 

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a déploré que certains membres du Conseil refusent de débattre de la raison qui a motivé la convocation de cette réunion, qui résulte du « fait qu’un pays a menacé d’utiliser unilatéralement la force ».  Il a demandé une enquête transparente et impartiale pour identifier les responsables de l’emploi d’armes chimiques.  Il a souhaité une enquête dépolitisée et regretté que le Conseil ne soit pas parvenu à cet objectif.  « Nous sommes ici pour débattre de la menace d’emploi de la force brandie par un pays », a-t-il répété, en rappelant que la justification du système international est précisément d’éviter une telle situation.  La Charte de l’ONU interdit les actions unilatérales, a-t-il poursuivi.

Le délégué a rappelé que le Conseil représente les 193 États Membres de l’ONU et ne doit pas être utilisé comme « un pion sur l’échiquier de la guerre, de la géopolitique et des intérêts mesquins ».  Il a cité l’Article 4 de la Charte, qui interdit de recourir à la menace, « à la menace » a-t-il insisté, ou à l’emploi de la force.  Répondant à la déléguée britannique, il a déploré que les projets de résolution soient présentés uniquement pour des chaînes de télévision et mis aux voix alors qu’un veto est inévitable.  Invoquant l’opération Condor en Bolivie, le délégué a dénoncé ces pays qui, lorsque les droits de l’homme et la démocratie ne leur conviennent pas, financent des coups d’État.  L’emploi de la force n’est licite qu’en cas de légitime défense ou lorsque le Conseil l’autorise, a-t-il rappelé. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a parlé d’une menace à la paix et la sécurité internationales qui risque encore de s’aggraver si les résolutions du Conseil de sécurité sur le Moyen-Orient ne sont pas mises en œuvre, en citant aussi les violations de ces résolutions par Israël, violations qui viennent encore de faire des dizaines de morts et des centaines de blessés du fait d’un recours excessif à la force.  Le représentant a déploré que le Conseil ne se prononce pas sur ces actes d’oppression.  Les forces israéliennes ne devraient pas être une exception à l’obligation qu’ont tous les États de respecter les résolutions du Conseil, a-t-il avancé.

« La réunion d’aujourd’hui n’aurait pas lieu d’être si nous nous étions mis d’accord sur la création d’un nouveau mécanisme d’enquête impartial et indépendant sur la situation en Syrie », a ajouté le représentant, qui a déploré la violation flagrante de la résolution 2401 (2018), toujours pas mise en œuvre.  Il a soutenu l’appel du Secrétaire général en faveur d’un nouveau mécanisme d’enquête et de désignation des responsables, tout en apportant son soutien à la mission actuelle de l’OIAC.  Les membres du Conseil de sécurité devraient consentir tous les efforts possibles pour s’accorder en vue de créer un tel mécanisme, a souhaité M. Alotaibi.  Face aux graves violations des droits de l’homme en jeu, le Koweït plaide aussi pour un moratoire sur l’utilisation du droit de veto en cas de commission de crimes atroces.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a dit apercevoir derrière les tensions actuelles les contours d’une guerre mondiale.  Pour lui, l’heure est venue de mettre en place une stratégie de diplomatie préventive afin d’éviter les graves conséquences qu’aurait une intervention militaire.  « Il nous incombe à tous de défendre le droit international », a poursuivi le représentant, en rappelant l’interdiction du recours à la force par le droit international, à moins que le Conseil ne l’ait autorisé.  Le représentant a appelé de ses vœux la reprise des discussions à Genève et à Astana. 

S’agissant de l’attaque de Douma, le délégué a prôné la patience et invité à agir en se basant sur des faits vérifiés.  Il faut attendre que la Mission d’établissement des faits soit pleinement déployée et qu’elle nous fasse parvenir ses rapports, a-t-il déclaré, en notant que le Gouvernement syrien vient d’accorder des visas aux enquêteurs.  Toute action militaire serait indésirable et aurait de graves conséquences, a-t-il mis en garde.  « Il faut faire preuve de retenue et observer une pause. »

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a remercié le Secrétaire général de ses efforts pour « éviter que se produise ce qui peut être évité ».  Rappelant les propos de M. Guterres sur le retour de la guerre froide dans un contexte moins bien géré qu’à l’époque, le représentant a dit vouloir se concentrer sur la « poudrière » que représente aujourd’hui la Syrie.  Il a déploré l’incapacité du Conseil à s’entendre pour créer un mécanisme d’enquête professionnel et indépendant capable d’enquêter sur les attaques présumées à l’arme chimique et d’en désigner les responsables, en particulier dans le cadre d’une question qui est dans l’intérêt de tous.  Le représentant a réclamé la création d’un tel mécanisme, tout en exprimant son soutien au travail de la Mission d’établissement des faits de l’OIAC.

« Nous devons établir nos priorités », a déclaré M. Alemu, qui a rappelé l’importance d’éviter que la situation échappe à tout contrôle.  Rappelant que le tout premier discours du Secrétaire général au Conseil avait mis l’accent sur la priorité que devrait être la prévention, le représentant a appelé à la recherche d’une véritable diplomatie préventive.  « Il est temps de nous unir et d’agir d’une même voix », a-t-il lancé en exigeant d’abord que le Conseil de sécurité soit uni.  « C’est une tâche ardue, mais il n’existe aucune autre possibilité saine », a affirmé le représentant, pour qui « le Secrétaire général a raison et le Conseil devrait l’écouter ». 

M. KAREL JAN GUSTAAF VAN OOSTEROM (Pays-Bas) a rappelé que c’était la Russie qui avait demandé la réunion du Conseil de sécurité d’aujourd’hui.  Ces derniers jours, a-t-il relevé, les propositions de la délégation russe semblent être conçues pour protéger un État en particulier: le régime syrien.  Le représentant a rappelé que la Charte des Nations Unies commençait par ces mots: « Nous, les peuples des Nations Unies. »  Or, tandis que la Russie est occupée à couvrir les crimes de son allié, les peuples de toutes les nations sont consternés par l’utilisation continue de toutes sortes de violence par le régime syrien contre son propre peuple, a-t-il remarqué.  Les Pays-Bas estiment que la communauté internationale doit pleinement respecter la norme suivant laquelle l’utilisation des armes chimiques n’est jamais admissible. 

Les images de l’attaque de la semaine dernière à Douma sont consternantes, a estimé le représentant, qui a noté que, une fois encore, des atrocités ont été infligées à la population civile syrienne.  « Nous avons tous vu les reportages faisant état de dizaines de morts et des centaines de blessés. »  Les Pays-Bas, qui croient que le régime syrien est probablement le responsable de l’attaque, sont partisans de longue date de la lutte contre l’impunité quand il s’agit d’armes chimiques.  Malheureusement, toutes les tentatives d’y parvenir au Conseil de sécurité ont échoué. 

Le délégué a estimé que les États ne doivent pas seulement chérir la paix en tant qu’idéal mais doivent aussi utiliser les moyens de régler les conflits entre les nations conformément aux principes relevant du droit et de la justice.  Certains, a-t-il noté, semblent toutefois plus intéressés à abuser de ces moyens de règlement des conflits.  Il a cité à cet égard le veto russe qui, en début de semaine, a encore une fois bloqué l’action au Conseil de sécurité.  « Nous ne nous contenterons pas moins d’une enquête indépendante et impartiale pour que les coupables de cette attaque vicieuse soient identifiés et tenus pour responsables. »  Le représentant a dit qu’aucun veto ne pourrait effacer de sa mémoire les résultats douloureusement clairs présentés dans les rapports du Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU en ce qui concerne l’utilisation d’armes chimiques par le régime d’Assad et Daech. 

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a constaté avec tristesse, que, même avec les résolutions du Conseil de sécurité adoptées à l’unanimité comme la 2401 (2018), il n’y a toujours pas de progrès sur le terrain en Syrie.  Pour la représentante, il faudrait au moins veiller à ce que les convois d’assistance humanitaire vitale parviennent à tous ceux qui en ont besoin, ce qui, a-t-elle rappelé, ne concerne pas seulement la Ghouta orientale.  La communauté internationale constate que nous ne sommes pas d’accord sur certains des principes les plus fondamentaux du droit international humanitaire, a déploré Mme Wronecka. 

Abordant le volet chimique, la représentante a rappelé qu’il y un siècle, l’utilisation d’armes chimiques était « normale », mais a aussi souligné qu’on avait commémoré le centenaire de la fin de l’utilisation de telles armes – celles utilisées lors de la Première Guerre mondiale.  Or, aujourd’hui, les armes chimiques qu’on croyait reléguées à l’Histoire réapparaissent et sont même utilisées contre des civils.  Rappelant que l’emploi d’armes chimiques est inacceptable, Mme Wronecka s’est demandé si le Conseil de sécurité pouvait se permettre de revenir sur les succès du régime international d’interdiction des armes chimiques.  Elle a regretté le veto opposé mardi à la création d’un mécanisme international d’enquête et de désignation sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, tout en se félicitant du déploiement de la Mission d’établissement des faits de l’OIAC. 

M. BERNARD TANOH-BOUTCHOUÉ (Côte d’Ivoire) a dit sa préoccupation devant l’impasse dans laquelle se trouve le Conseil de sécurité dans la mise en place d’un mécanisme d’attribution des responsabilités s’agissant de l’emploi d’armes chimiques en Syrie.  Il a apporté son soutien à la Mission d’établissement des faits de l’OIAC et exhorté le Conseil à s’unir pour créer le mécanisme précité.  Le représentant a dit craindre la possibilité d’actions unilatérales de certains membres du Conseil et exhorté les parties à la retenue et « au bon sens » pour préserver la paix et la sécurité internationales, « notre héritage commun ».  La réponse à la crise en Syrie ne saurait être militaire et doit être recherchée dans le cadre d’un dialogue et d’un processus politique inclusif, a conclu le délégué ivoirien. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a salué la disposition du Secrétaire général à contribuer à la recherche d’une solution face à l’impasse dans laquelle se trouve le Conseil de sécurité.  Le Pérou, a-t-il dit, est profondément préoccupé par la division du Conseil, en particulier celle qui affecte ses membres permanents et sape sa capacité à maintenir la paix et la sécurité internationales et à résoudre les conflits et crises humanitaires dont il est saisi.  Il a constaté avec vive inquiétude que le conflit syrien restait le théâtre de crises atroces commises en toute impunité, un conflit qui a dégénéré en menace grave à la paix et la sécurité internationales.  Après les allégations de nouvelles attaques chimiques, le Conseil de sécurité doit reprendre les négociations à la fois pour que la Mission d’établissement des faits de l’OIAC ait plein accès à Douma et pour créer un mécanisme international de désignation indépendant, impartial et objectif.

Rappelant qu’il ne peut y avoir de solution militaire à la crise syrienne, le représentant a rappelé que « toute réponse à la barbarie » doit être conforme au droit international et pleinement respecter le droit international.  Il a aussi rappelé que, par sa résolution 2401 (2018), le Conseil avait imposé un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien.  Les risques de l’impasse actuelle sont particulièrement préoccupants, a répété le représentant, qui a jugé impossible de ne pas mettre fin aux souffrances du peuple syrien et de ne pas poursuivre les auteurs des crimes atroces. 

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a souligné que l’emploi d’armes chimiques est un crime de guerre.  « Mais la guerre en soi n’est-elle pas un crime? » a-t-il observé.  Il est revenu sur les propos de la déléguée américaine selon laquelle le Gouvernement syrien a utilisé des armes chimiques à 50 reprises ayant fait 200 victimes.  « Mon pays aurait engrangé des succès contre les terroristes en utilisant des armes chimiques à 50 reprises qui auraient fait 200 victimes? » a-t-il demandé.  « Mais comment est-ce possible? »

Il a déploré que son homologue américaine n’ait pas exprimé son indignation devant l’emploi d’agent orange au Viet Nam en 1961 ou de soufre à Raqqa plus récemment.  Il a également accusé les États-Unis d’avoir utilisé des armes chimiques en Iraq.  « À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire », a-t-il dit en citant George Orwell.  La vérité est que trois membres du Conseil cherchent à entraîner le monde dans l’abysse, a-t-il affirmé, en rappelant l’interdiction de l’usage de la force prévue par la Charte des Nations Unies.  Le délégué a en outre déploré le « mensonge américain » s’agissant de l’Iraq, avant d’avancer que M. Nicolas Sarkozy, Président de la France en 2011, avait voulu couvrir les soupçons de corruption en se lançant dans une aventure militaire en Libye.

« La vérité est que le Gouvernement syrien a libéré des milliers de civils pris en otage par les groupes terroristes dans la Ghouta orientale », a tranché le représentant.  Il a dénoncé les vidéos montées de toutes pièces par les Casques blancs avec l’assistance des services des pays occidentaux. 

Mon pays a pris toutes les dispositions pour que la Mission d’établissement des faits de l’OIAC puisse rapidement accomplir son travail sur place, a-t-il dit.  Il a souhaité que le Conseil s’oppose à la loi du plus fort, dénonçant ceux qui utilisent son enceinte pour proférer des mensonges.  Il a déploré le silence des autres membres du Conseil face à la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, en raison des pressions exercées par ces derniers.  « Si ces trois pays nous attaquent, nous n’aurons pas d’autre choix que d’user de la légitime défense, comme prévu par l’Article 51 de la Charte », a-t-il mis en garde tout en précisant que « c’est une promesse, pas une menace ».  « Le bruit de la vérité est plus fort que le bruit des canons », a-t-il dit en concluant son intervention.

 

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