Syrie: après l’attaque chimique de Douma, les appels au Conseil de sécurité se multiplient pour recréer un mécanisme de responsabilisation

CS/13284
9 avril 2018
8225e séance – après-midi

Syrie: après l’attaque chimique de Douma, les appels au Conseil de sécurité se multiplient pour recréer un mécanisme de responsabilisation

Après les deux nouvelles attaques chimiques qui ont frappé la ville syrienne de Douma, dans la Ghouta orientale, le 7 avril, l’Envoyé spécial pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, et l’Adjoint de la Haut-Représentante aux affaires de désarmement, M. Thomas Markram, ont exhorté, cet après-midi, le Conseil de sécurité, réuni en urgence, à retrouver son unité pour créer une nouvelle structure d’établissement des responsabilités.  Les États-Unis, qui ont imputé ces attaques « au régime d’Assad », ont dit être sur le point de prendre « une décision importante » pour que justice soit rendue en Syrie.

M. Markram a indiqué que les deux attaques chimiques perpétrées à Douma auraient tué au moins 49 personnes et fait des centaines de blessés.  Plus de 500 personnes présenteraient des symptômes typiques d’une attaque chimique.  L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) est en train de rassembler des informations sur cet incident par le biais de sa Mission d’établissement des faits et « fera le point sur cette attaque devant les États parties après avoir conclu son enquête », a-t-il assuré, ajoutant que « l’emploi d’armes chimiques ne peut devenir le statu quo ».  M. de Mistura a pour sa part exhorté le Conseil à s’unir et à créer un mécanisme d’enquête.  « Faire autrement, ou ne rien faire, revient à accepter qu’un tel défi est insurmontable. »

Plus généralement, l’Envoyé spécial a appelé le Conseil à agir « avec unité et raison », face à des tensions internationales accrues, « avec des confrontations potentielles ou réelles possibles ».  Le danger d’escalade supplémentaire a surgi au-delà de la Ghouta orientale, avec des rapports d’attaques aériennes contre la base de « T4 » syrienne, a noté M. de Mistura, qui a déclaré que personne n’avait revendiqué la responsabilité de cet acte, ce que le représentant de la République arabe syrienne a ensuite contesté. 

Nombreux ont été les membres du Conseil à appeler à la création d’un mécanisme « indépendant et impartial » d’attribution des responsabilités et appuyé un projet de résolution des États-Unis en ce sens.  « Nous devons immédiatement mener des consultations afin de sortir de l’impasse actuelle », a affirmé le délégué de la Suède.  Comme plusieurs autres délégations, la France a rappelé que la disparition du Mécanisme d’enquête conjoint en novembre dernier, « en raison des deux vetos successifs de la Russie », avait privé le Conseil d’un « outil de dissuasion essentiel ».  Le représentant de la Fédération de Russie a, pour sa part, rappelé que son pays avait lui aussi proposé un nouveau mécanisme d’enquête, ajoutant que le projet de résolution « est prêt ».

La Fédération de Russie ayant proposé que la Mission d’établissement des faits de l’OIAC se rende « immédiatement » sur place sous la protection des forces russes, la représentante du Royaume-Uni a, tout comme son homologue du Kazakhstan, appuyé l’idée, tout en dénonçant les « larmes de crocodile » versées par la Russie.  De même, pour la France, il n’existe « aucun doute » sur les auteurs de l’attaque de Douma.

« Comment peut-on accuser Damas avant même que commence l’enquête à laquelle vous appelez? » s’est étonné le représentant russe, qui a contesté l’existence même d’une attaque chimique à Douma, affirmant qu’il n’y avait « pas de trace de produit chimique et encore moins de blessés dans les hôpitaux » et affirmant que les images relevaient d’une mise en scène tournée par les Casques blancs. 

Le représentant de la Fédération de Russie a en outre répliqué vivement aux accusations menées contre son pays, dénonçant la voie de la confrontation choisie par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis.  « Le ton utilisé a dépassé les limites, et pas même du temps de la guerre froide on n’avait vu ce genre de discours contre mon pays », a-t-il grondé, en demandant à ses homologues occidentaux s’ils étaient conscients de la situation extrêmement dangereuse vers laquelle ils poussent le monde.  « Partout où vous allez, c’est le chaos qui en découle », leur a-t-il lancé, affirmant, dénonçant leur « absence de stratégie » sur toutes les questions avant de rappeler qu’il n’y avait jamais eu d’armes chimiques en Iraq en 2003.  Par ailleurs, il a affirmé que le groupe Jeïch el-Islam, qui contrôlait Douma jusqu’à hier, était en possession d’armes chimiques. 

Le représentant de la République arabe syrienne a lui aussi dénoncé la « mise en scène » de Douma, « digne de Hollywood », estimant qu’elle ne servait qu’à justifier une attaque contre son pays, lequel, a-t-il répété, « ne possède pas d’armes chimiques », avant d’accuser la France, le Royaume-Uni et les États-Unis d’être des « menteurs professionnels ». 

Le représentant du Kazakhstan a déploré l’effet « destructeur » de ces « accusations mutuelles non appuyées sur les résultats d’une enquête sur le terrain ».  « Mais quel est l’objectif des parties à utiliser des armes chimiques contre leurs propres populations? » s’est-il enquis, en demandant, lui aussi, la création urgente d’un mécanisme d’enquête. 

Par ailleurs, plusieurs intervenants ont fait référence à l’affaire de Salisbury, examinée le 5 avril par le Conseil pour la deuxième fois, à la demande de la Fédération de Russie.  Le représentant russe a du reste fait valoir que la réunion se tenait à sa demande et sous l’intitulé « Menaces contre la paix et la sécurité », ce qui fait que la question de l’attaque de Douma n’en constituait, selon lui, qu’un aspect parmi d’autres.  Les Pays-Bas, qui avaient, comme plusieurs autres membres du Conseil, demandé une réunion d’urgence au titre de la situation au Moyen-Orient, ont répliqué que le Conseil avait failli tenir deux réunions séparées « parce qu’un membre permanent du Conseil de sécurité a voulu faire barrage » à la discussion sur le sujet d’actualité qu’est l’attaque chimique de Douma, avant de l’accuser de préférer voir une communauté internationale spectatrice et couvrir les crimes de son allié, le régime syrien.  À cet égard, le représentant du Koweït a rappelé que le peuple syrien « n’en peut plus » de voir se succéder les réunions du Conseil sans que cela ne se traduise par une quelconque amélioration sur le terrain. 

« Que le Conseil agisse ou n’agisse pas », la représentante des États-Unis a assuré que son pays était déterminé à faire en sorte que le « monstre » qui commet des attaques chimiques contre le peuple syrien rende des comptes.  Parlant de « décisions importantes en cours de préparation », elle a affirmé que l’Histoire retiendrait ce jour, « un jour où le Conseil soit s’est acquitté de ses responsabilités, soit les a abandonnées ». 

MENACES CONTRE LA PAIX ET LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

Déclarations

M. STAFFAN DE MISTURA, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, a déclaré que la réunion d’urgence d’aujourd’hui soulignait la gravité des événements qui se sont déroulés en Syrie ces derniers jours, ainsi que leurs graves conséquences pour les civils.  Ces événements se sont déroulés à un moment de tensions internationales accrues, avec des confrontations potentielles ou réelles possibles.  Appelant le Conseil à trouver un moyen d’aborder ces événements avec unité et raison, il a rappelé qu’un cessez-le-feu fragile avait tenu à Douma pendant la plus grande partie du mois de mars.

En revanche, depuis le 31 mars, le Gouvernement syrien a empêché les Nations Unies de poursuivre les pourparlers et, à partir du 8 avril, Douma a été le théâtre de bombardements aériens et notamment d’attaques contre des civils et de destruction d’infrastructures civiles.  Le groupe Jeïch el-Islam a demandé l’engagement des Nations Unies, mais pas le Gouvernement syrien.  Le week-end dernier, des photos ont commencé à circuler sur les médias sociaux montrant des hommes, des femmes et des enfants sans vie ou agonisant, et des organisations non gouvernementales sur le terrain ont affirmé avoir vu des civils en proie aux effets des armes chimiques.

Comme l’a dit le Secrétaire général, l’ONU n’est pas en mesure de vérifier ces allégations, « mais elle ne peut les ignorer », a poursuivi M. de Mistura.  Alors que plusieurs États ont fait allusion au fait que le Gouvernement syrien était responsable de ces actes, ce dernier s’en est défendu, a relevé l’Envoyé spécial.  Pour lui, c’est une raison de plus pour une enquête approfondie, et il a souligné que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) avait entamé une enquête préliminaire sur les allégations, et « pour l’amour de Dieu », il a invité le Conseil à faire en sorte qu’un mécanisme soit mis en place pour enquêter sur ces allégations.

La Fédération de Russie a indiqué qu’elle avait conclu un accord avec Jeïch el-Islam et que jusqu’à 8 000 combattants et 40 000 membres de leurs familles évacuaient Douma, a ensuite précisé l’Envoyé spécial, qui a ajouté que certains détenus avaient été libérés.  L’accord prévoit que les civils qui ont décidé de rester soient placés sous la protection de la Fédération de Russie, a-t-il détaillé.  M. de Mistura a donc exhorté ce pays et le Gouvernement syrien à assurer la protection de ces civils et à se recentrer immédiatement sur l’application de la résolution 2401 (2018) du Conseil de sécurité. 

Le danger d’escalade supplémentaire a également surgi au-delà de la Ghouta orientale, avec des rapports d’attaques aériennes contre la base syrienne dite « T4 », dont, a-t-il ajouté, personne n’a revendiqué la responsabilité.  Les États-Unis et la France ont spécifiquement nié toute responsabilité dans cette attaque, tandis que la Fédération de Russie et la Syrie ont laissé entendre qu’Israël était responsable, a-t-il fait observer.  L’Organisation des Nations Unies n’a pas été en mesure de vérifier ou d’attribuer la responsabilité de cette attaque de manière indépendante, mais elle a instamment invité toutes les parties à faire preuve de retenue. 

L’Envoyé spécial a insisté sur le fait que la lutte contre l’usage d’armes chimiques doit être la priorité du Conseil de sécurité car les civils payent un lourd tribut.  Il a aussi insisté sur le fait que, pour la première fois, il estimait que la situation présentait un risque non pour la sécurité régionale, mais pour la sécurité internationale. 

M. THOMAS MARKRAM, Adjoint à la Haut-Représentante pour les affaires de désarmement, a mentionné les informations faisant état de l’emploi présumé d’armes chimiques à Douma, en Syrie, le week-end dernier.  Selon les informations parvenues la veille, au moins 49 personnes auraient été tuées et des centaines d’autres blessées lors d’une attaque à l’arme chimique, a-t-il déploré.  Plus de 500 personnes présenteraient des symptômes confirmant une telle attaque.  Il a précisé que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) était en train de rassembler des informations sur cet incident par le biais de sa Mission d’établissement des faits.  Cette mission fera le point sur cette attaque devant les États parties après avoir conclu son enquête, a-t-il précisé. 

« Il y a, malheureusement, peu à dire qui n’a pas été dit », a poursuivi M. Markram.  Il a rappelé que l’emploi des armes chimiques était injustifiable et que les responsables devraient rendre des comptes.  « Le fait que ces vues ont été exprimées ici, à maintes reprises, ne diminue pas la gravité avec laquelle le Secrétaire général considère ces allégations », a-t-il insisté, en répétant que ce que nous voyons en Syrie ne peut pas être laissé sans réponse.  Il a exhorté le Conseil à s’unir face à cette menace continue: « le Conseil doit s’acquitter de ses responsabilités », a-t-il ajouté.  Faire autrement, ou ne rien faire, revient à accepter qu’un tel défi est insurmontable, a encore affirmé M. Markram, pour qui « l’emploi d’armes chimiques ne peut devenir le statu quo, pas plus que nous ne pouvons continuer à abandonner les victimes de telles armes ».

En conclusion, M. Markram a déclaré que l’impunité ne devait pas l’emporter et a souhaité que le Conseil s’unisse autour d’un nouveau mécanisme d’établissement des responsabilités. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a dit avoir fait convoquer cette réunion sous le point « menaces contre la paix et la sécurité internationales » parce que les responsables des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France se sont lancés sur la voie de la confrontation vis-à-vis de la Fédération de Russie et de la Syrie par des moyens tels que le chantage et la diffamation.  Pour lui, « le ton utilisé a dépassé les limites » et « pas même du temps de la guerre froide » on n’avait vu ce genre de discours contre son pays.  Il a rappelé qu’en 2015, le Président russe avait déjà évoqué « des expérimentations de l’Occident au Moyen-Orient ».  Selon le représentant, « l’Occident fait montre d’absence de stratégie sur toutes les questions ».  « Partout où vous allez, c’est le chaos qui en découle », leur a-t-il lancé en leur demandant s’ils étaient conscients de la situation extrêmement dangereuse vers laquelle ils poussent le monde. 

M. Nebenzia a salué le fait que, grâce à la Fédération de Russie et aux résolutions du Conseil de sécurité, les populations de la Ghouta orientale avaient pu être libérées.  Il a réfuté les allégations sur une modification de la composition sociologique des sites libérés.  Il a aussi salué les difficiles négociations menées avec les groupes armés, qui ont abouti au départ de ces derniers, alors que d’autres combattants ont préféré rester et bénéficier de la grâce présidentielle, en droite ligne du principe onusien de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).  Il a accusé les forces occidentales d’œuvrer à la préservation de foyers d’opposition aux alentours de la capitale syrienne.

Pour la Fédération de Russie, les « rumeurs » d’utilisation du chlore ou d’autres gaz toxiques qui ont été reprises par l’Occident ont eu pour origine les « soi-disant sauveteurs des Casques blancs ».  Il a même accusé certains membres du Conseil de sécurité de faire parvenir, par voie de courriel, des informations sensibles aux groupes d’opposition en Syrie.  Pourquoi Damas aurait-il besoin de mener ces attaques chimiques? a-t-il demandé, tout en soulignant que la Fédération de Russie et l’Iran avaient été immédiatement mis également au banc, sans aucune enquête.  Il a accusé le groupe Jeïch el-Islam d’être en possession d’armes chimiques et affirmé que « la trajectoire qu’aurait suivie la bombe larguée par le Gouvernement syrien n’est pas naturelle », car le projectile aurait survolé des toitures pour aller directement sur les victimes. 

M. Nebenzia a en outre fait part de son étonnement face au fait que certaines des délégations qui avaient également appelé à une réunion du Conseil avaient déjà prévu un texte de résolution sur « l’usage d’armes chimiques ».  On doit d’abord enquêter, a-t-il martelé, affirmant que la Fédération de Russie avait envoyé des spécialistes sur le terrain et que ces derniers n’avaient vu de présence ni de chlore ni de substance neurotoxique.  Aucun habitant n’a confirmé avoir vécu une quelconque attaque chimique, et les responsables de l’hôpital local ont affirmé n’avoir pas reçu de victime, a-t-il ajouté.  De plus, les représentants du Croissant-Rouge arabe syrien ont nié avoir été à l’origine de la déclaration que l’on veut leur attribuer sur l’assistance aux victimes.

Pour la Fédération de Russie, il faut mettre en œuvre les propositions de l’OIAC qui a dit, par la voix de son Directeur, être prête à enquêter « dès demain ».  Les autorités syriennes sont prêtes à accueillir la Mission d’établissement des faits, a-t-il assuré.  Le Gouvernement syrien avait déjà lancé des mises en garde contre de telles attaques imaginaires mais le Conseil de sécurité les a sciemment ignorées, « parce que vous voulez une autre liquidation d’un autre gouvernement de la région », a-t-il accusé. 

M. Nebenzia a aussi dénoncé le fait que des informations sur les découvertes de substances toxiques dans des zones précédemment tenues par les groupes rebelles n’avaient pas attiré l’attention du Conseil, citant des cas de sites identifiés.  Il a également accusé des instructeurs militaires américains d’avoir formé des groupes d’opposition sur des « provocations à l’arme chimique » pour justifier des frappes aériennes.  Il a dénoncé les frappes de ce matin sur la base syrienne « T4 ».  Pour la Fédération de Russie, c’est là exactement le même scénario qui fut mis en place l’an dernier avant les prétendues attaques chimiques qui avaient entraîné le tir de missiles Cruise américains sur une base syrienne. 

Pour la Fédération de Russie, les « fake news » de dimanche dernier font penser à « l’affaire de Salisbury » et semblent avoir pour but de créer un « front antirusse ».  Aujourd’hui, les Britanniques s’éloignent d’une enquête et « troublent les pistes », a-t-il affirmé.  Il a accusé le Secrétaire au Foreign Office du Royaume-Uni de poursuivre sa « campagne de diffamation » contre son pays, évoquant même des interceptions de services secrets qui auraient fait état du « paquet livré » et de « deux personnes supprimées ». 

S’adressant ensuite à la représentante des États-Unis, le représentant a affirmé que son pays ne quêtait pas leur amitié: il « ne leur demande rien et n’attend rien d’eux ».  « Nous voulons juste des relations normales et vous y renoncez en méprisant toute norme de diplomatie », a regretté M. Nebenzia.  La Fédération de Russie n’a qu’un seul ennemi: le terrorisme international.  Elle propose donc aux États-Unis de coopérer pour « résoudre les problèmes de sécurité du monde », et non ceux que les États-Unis inventent.  Le représentant a conclu en demandant une réunion publique du Conseil de sécurité sur Raqqa.

M. KAREL JAN GUSTAAF VAN OOSTEROM (Pays-Bas) a rappelé que le Conseil de sécurité s’était réuni il y a cinq jours à l’occasion de l’anniversaire de l’attaque au gaz sarin de Khan Cheikhoun, pour constater que, trois jours après cette réunion, une attaque chimique dévastatrice est rapportée dans la ville de Douma, qui aurait fait 45 morts tandis que plus de 500 personnes souffrent de ses conséquences.  Pour le représentant, « il s’agit d’une nouvelle série d’attaques chimiques en Syrie, et cela est inacceptable ». 

M. van Oosterom a fait observer que son pays figure parmi les neuf États membres du Conseil de sécurité qui ont demandé cette réunion en urgence pour faire face à cette attaque horrible.  Il a ensuite rappelé que le Conseil avait failli tenir deux réunions aujourd’hui « parce qu’un membre permanent du Conseil de sécurité a voulu faire barrage » à la discussion sur le sujet d’actualité, à savoir l’attaque chimique de Douma.  Il a accusé ce membre du Conseil de préférer voir une communauté internationale spectatrice et couvrir les crimes de son allié, le régime syrien.

Les Pays-Bas proposent donc de condamner en premier lieu l’usage des armes chimiques, soulignant que le silence et l’impunité ne sont pas une option, et qu’une simple condamnation ne suffit pas.  Il a donc également invité le Conseil à assumer ses prérogatives de protection.  Il a également appelé les États garants du processus d’Astana à user de leur influence pour prévenir toute nouvelle attaque et s’assurer de la cessation des hostilités et de la désescalade de la violence, en droite ligne de la résolution 2401 (2018).  Il a plaidé pour un cessez-le-feu immédiat à Douma afin de permettre d’apporter une aide humanitaire et immédiate aux victimes de cette attaque et faire en sorte que le personnel humanitaire puisse faire son travail.  Les Pays-Bas ont en outre rappelé que la majorité des Membres des Nations Unies ont signifié qu’ils ne voulaient pas que des membres permanents du Conseil de sécurité utilisent leur droit de veto dans les cas d’atrocités de masse. 

M. van Oosterom a également parlé de responsabilisation, accusant le Conseil de ne pas être en mesure de gérer la crise syrienne du fait qu’un membre permanent y est partie et a démontré qu’il défendrait le régime syrien à tout prix.  Le représentant a plaidé pour la mise en place d’un mécanisme susceptible de prendre le relais du travail du défunt Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU afin d’identifier les auteurs de l’attaque, indépendamment des politiques à l’œuvre au sein du Conseil.  Pour les Pays-Bas, la fin du mandat du Mécanisme d’enquête conjoint ne doit pas signer la fin de l’histoire, signalant qu’après la cessation de ses activités, six autres attaques chimiques imputées au régime ont été recensées. 

L’ONU est plus grande que le Conseil de sécurité seul et peut compter sur le pouvoir de l’Assemblée générale, a ensuite rappelé M. van Oosterom, qui a invité à faire fond sur le travail important de l’OIAC et du Mécanisme conjoint d’enquête.  Il a du reste salué l’enquête immédiate lancée par l’OIAC et a souhaité que la Mission d’établissement des faits ait un accès total au site et bénéficie de la coopération de toutes les parties.  Pour les Pays-Bas, le renvoi de la situation en Syrie devant la Cour pénale internationale est la voie la plus appropriée vers la responsabilisation et la justice, et il a conclu en insistant sur le fait qu’il ne saurait y avoir d’impunité pour l’utilisation d’armes chimiques. 

Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) a déclaré qu’elle a prié pour ne plus avoir à montrer des photos d’enfants victimes d’armes chimiques au Conseil de sécurité comme elle l’avait fait il y a un an.  Malheureusement, des femmes et des enfants qui se cachent dans des sous-sols et sont le visage de l’innocence ont été les victimes de gaz chimiques samedi, à Douma.  Nous savons que des dizaines de personnes ont péri, a poursuivi Mme Haley, pour qui seul un « monstre » peut être responsable d’une telle attaque.  Un tel monstre n’est en rien ému par des photos d’enfants morts, a-t-elle affirmé, en accusant aussi la Russie, allié du régime syrien, de ne pas éprouver de honte.  Des photos d’enfants morts n’ont aucun d’effet sur la Russie, qui a pris en otage les civils syriens, ici à l’ONU, en opposant son droit de veto à 11 reprises pour protéger Assad, a-t-elle déploré. 

La Russie a en effet « tué » le Mécanisme d’enquête conjoint, a déclaré Mme Haley.  La représentante a, dans le même temps, déploré que le Conseil ait, au nom de l’unité, fermé les yeux sur les agissements de la Russie.  Nous ne parlons pas ici d’un différend entre la Russie et les États-Unis mais de l’emploi d’armes chimiques, a-t-elle poursuivi, avant de demander la création d’un mécanisme impartial et indépendant pour identifier les responsables, en dénonçant l’obstructionnisme de la Russie.

Mon pays est convaincu que ce « monstre » doit rendre des comptes, a ajouté Mme Haley, qui a averti qu’une « décision importante » était sur le point d’être prise.  « L’heure est venue de rendre justice », a-t-elle affirmé.  Pour la représentante, l’Histoire retiendra ce jour, « un jour où le Conseil soit s’est acquitté de ses responsabilités, soit les a abandonnées ».  Quoi qu’il en soit, les États-Unis sont déterminés à agir, a conclu la représentante. 

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a indiqué que les victimes des deux nouvelles attaques chimiques à Douma présentaient des symptômes typiques d’une exposition à un agent neurotoxique puissant, combiné au chlore pour en augmenter l’effet létal.  « L’expérience et les rapports successifs du Mécanisme d’enquête conjoint font qu’il n’existe aucun doute sur les auteurs de cette nouvelle attaque », a-t-il déclaré, en désignant les forces armées syriennes qui ont, seules, le savoir-faire pour mettre au point de telles substances toxiques. 

M. Delattre a déclaré que le régime syrien et ses alliés, russes et iraniens, sont engagés en vue de la victoire finale, mais aussi de la destruction maximale dans la Ghouta orientale.  Ces attaques sont intervenues soit avec l’accord tacite ou explicite de la Russie, soit malgré elle et en dépit de sa présence militaire sur le terrain, a-t-il affirmé. 

Pointant l’extrême gravité des enjeux de cette nouvelle attaque, le représentant a exigé deux choses de la Russie.  La première est l’arrêt des hostilités et l’instauration d’un cessez-le-feu immédiat, conformément à la résolution 2401 (2018), que le « régime de Damas » n’a toujours pas appliquée.  La seconde consiste en la création d’un nouveau mécanisme d’enquête international, qui permettrait de consigner tous les paramètres de l’attaque de Douma et de contraindre ses responsables à répondre de leurs actes.  « La disparition du Mécanisme d’enquête conjoint en novembre dernier, en raison des deux vetos successifs de la Russie, nous a privés d’un outil de dissuasion essentiel », a poursuivi le représentant de la France, qui a dit soutenir le projet de résolution des États-Unis sur la question.  Le « régime d’Assad » doit trouver de notre part une « réponse unie et implacable », a-t-il conclu.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a dit sa colère devant les attaques à Douma.  Les armes chimiques ne doivent pas devenir monnaie courante dans les conflits, a-t-elle déclaré en pointant la responsabilité éminente des membres du Conseil pour empêcher une telle situation. 

Malheureusement, la Russie n’en est pas convaincue, a déploré la représentante, qui a accusé ce pays, le « régime syrien » et l’Iran d’être à la source de l’instabilité mondiale.  Elle a déclaré le « régime syrien » responsable de cette nouvelle attaque avant d’appuyer l’idée de l’envoi d’une mission de l’OIAC sur place sous la protection des forces russes. 

Le Royaume-Uni soutient en outre le projet de résolution des États-Unis visant à créer un nouveau mécanisme d’enquête indépendant.  Nous n’avons rien à cacher, mais il semble que la Russie et l’Iran ont quelque chose à craindre, a-t-elle fait observer avant d’affirmer que « la responsabilité des atrocités commises en Syrie repose sur les épaules du régime syrien et de ses alliés russes et iraniens ». 

Mme Pierce a dénoncé les « larmes de crocodile » versées par la Russie ainsi que sa tentative de faire diversion en ressuscitant le conflit Est-Ouest.  Revenant sur l’attaque de Salisbury, elle a estimé qu’il s’agissait d’une affaire différente de l’emploi d’armes chimiques en Syrie mais que les deux situations avaient néanmoins un point commun: le refus de la Russie de s’opposer à l’emploi irresponsable d’armes chimiques.  « Nous ne voulons pas isoler la Russie mais c’est ce pays qui s’isole de lui-même », a-t-elle affirmé. 

M. WU HAITAO (Chine) a rappelé la position de son pays, opposé à toute utilisation d’armes chimiques par qui que ce soit.  La Chine est favorable à une enquête complète et impartiale pour identifier les auteurs de l’attaque et le représentant a salué le rôle du Conseil de sécurité et de l’OIAC pour élucider les faits et faire en sorte que les armes chimiques ne soient plus utilisées. 

Pour la Chine, la seule solution à la crise en Syrie est politique et la communauté internationale doit respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie.  Opposée à toute utilisation de la force, la Chine invite l’ONU à œuvrer à une solution pacifique en Syrie.  Elle estime par ailleurs que la lutte contre le terrorisme doit faire partie de la solution à la crise syrienne et que la communauté internationale doit lutter contre les entités inscrites sur les listes de sanctions du Conseil. 

Revenant à « l’affaire Skripal », le représentant a appelé à une enquête objective et en droite ligne de la Convention sur les armes chimiques, tout en invitant les parties concernées à éviter de prendre toute mesure qui ferait monter les tensions. 

M. OLOF SKOOG (Suède) a déclaré que l’impunité ne devait pas prévaloir en Syrie.  Pour le représentant, la réponse à apporter à l’emploi d’armes chimiques en Syrie met à l’épreuve la crédibilité de ce Conseil.  « Malgré les difficultés, nous pouvons mettre de côté nos divergences et nous unir », a-t-il déclaré, ajoutant: « Il est temps de faire preuve d’unité. » 

M. Skoog a demandé une enquête immédiate sur les informations alarmantes en provenance de Douma, avant d’appeler au déploiement urgent de la Mission d’établissement des faits de l’OIAC en Syrie.  Toutes les parties au conflit, y compris les autorités syriennes, doivent coopérer avec la Mission, a poursuivi le représentant.  Il a souhaité une intensification des efforts du Conseil visant à la création d’un nouveau mécanisme « impartial et indépendant » permettant d’identifier les responsables de l’emploi d’armes chimiques en Syrie.  « Nous devons immédiatement mener des consultations afin de sortir de l’impasse actuelle », a conclu M. Skoog. 

M. PAWEL RADOMSKI (Pologne) a estimé que « ce crime atroce semble être la réponse cynique à la réunion tenue la semaine dernière par le Conseil de sécurité pour commémorer l’attaque au gaz sarin de Khan Cheikhoun l’an dernier ».  Il a invité les parties en Syrie, notamment la Fédération de Russie et l’Iran, à prendre les mesures nécessaires pour éviter une autre utilisation d’armes chimiques dans le pays.  Il a aussi invité les acteurs de la crise à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire.

Pour la Pologne, il est regrettable que la reconduction du mandat du Mécanisme d’enquête conjoint ait été bloquée du fait d’un veto.  Ce fait a conduit à l’impunité, a-t-il déclaré, tout en invitant les membres du Conseil à remettre sur pied le Mécanisme.  Pour la Pologne, « c’est le minimum que nous puissions faire pour la mémoire des victimes de toutes les villes où ces armes ont été utilisées ».

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a jugé préoccupante la poursuite de l’emploi d’armes chimiques en Syrie, ajoutant que les responsables devaient rendre des comptes.  Il a demandé une enquête à Douma par la Mission d’établissement des faits de l’OIAC et a exhorté toutes les parties à coopérer avec elle.  Le représentant a appelé le Conseil à s’unir en vue de créer un nouveau mécanisme d’attribution des responsabilités et de remédier ainsi au vide institutionnel actuel. 

M. Alemu a aussi déploré le manque d’unité du Conseil, qui compromet sa crédibilité.  Nous avons besoin d’un dialogue entre grandes puissances, a-t-il dit, avant d’appeler à la tenue de consultations précoces pour désamorcer les vives tensions actuelles. 

M. BERNARD TANOH-BOUTCHOUÉ (Côte d’Ivoire) a insisté sur la nécessité de mettre en place un mécanisme de responsabilisation et de lutte contre l’impunité, afin de mettre un terme à l’usage répété des armes chimiques en Syrie.  Il a donc invité le Conseil à retrouver l’unité qui avait été la sienne quand il s’était agi de mettre en place le Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU.  Le représentant a regretté la non-application de la résolution 2401 (2018) et demandé la cessation des hostilités.  Seul un processus politique inclusif en Syrie pourra mettre définitivement fin au conflit, a-t-il conclu, en précisant que cette solution politique devrait être conforme à la résolution 2254 (2015). 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a rappelé que les informations de la presse internationale ont fait état de plus de 40 victimes après des attaques chimiques à Douma, en Syrie.  Il a noté qu’une mission de l’OIAC était sur le terrain, mais a regretté le fait que ses futures conclusions ne seront pas contraignantes.  Il a donc souhaité qu’un mécanisme onusien soit à l’œuvre pour établir des faits et assurer la poursuite des coupables en justice.  Face à la crise actuelle, M. Ndong Mba a estimé que le Conseil avait deux options: soit il renforce la présence internationale dans le pays et prépare une intervention militaire future, soit il poursuit les processus de Genève et d’Astana.  Rappelant que les interventions militaires avaient toujours créé désolation et destruction, le représentant a demandé aux pays ayant une influence en Syrie et en Palestine d’œuvrer à l’allégement des souffrances des populations. 

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a noté que la situation au sein du Conseil de sécurité devenait de plus en plus tendue, soulignant que des accusations mutuelles non appuyées sur les résultats d’enquête sur le terrain n’auraient qu’un effet destructeur et ne pourraient pas conduire aux résultats que le monde attend de cet organe.  Concernant la situation à Douma, le Kazakhstan a toujours condamné l’usage d’armes chimiques et il appelle à des enquêtes immédiates afin de clarifier les faits.  Le représentant a demandé s’il existait d’autres sources d’information crédibles en dehors des Casques blancs pour confirmer les informations alléguées.  Observant que le nombre de victimes variait selon les sources, il n’en a pas moins affirmé qu’une seule victime serait une victime de trop.

M. Umarov a ensuite rappelé que le représentant de la République arabe syrienne avait averti le Conseil de sécurité, à plusieurs reprises, sur le fait que des groupes terroristes essayaient de transférer des armes chimiques dans la Ghouta orientale.  Il a regretté que ces informations n’aient pas été prises au sérieux et qu’aucune vérification n’ait été faite.  « Nous ne défendons aucune partie au conflit », a-t-il affirmé, en insistant pour avoir des vérifications objectives.  Pour le Kazakhstan, il ne faut pas oublier l’aspect le plus important de l’enquête, le mobile.  « Quel est l’objectif des parties à utiliser des armes chimiques contre leurs propres populations? » s’est-il enquis, en demandant à qui un tel acte profite.  Nous en venons encore, a-t-il poursuivi, à demander un mécanisme d’enquête urgent dont la mise en activité ne dépend que des membres influents du Conseil de sécurité.  En conclusion, le représentant a souhaité que la Mission d’établissement des faits de l’OIAC se rende sur le site de l’attaque au plus vite. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a déploré la détérioration de la situation en Syrie, ainsi que l’inaction du Conseil.  Le Conseil est divisé, si bien que la crise syrienne perdure, a-t-il constaté, en condamnant l’attaque chimique perpétrée à Douma le 7 avril.  Il a demandé la création d’un nouveau mécanisme d’attribution des responsabilités « impartial et indépendant » afin de mettre fin à l’impunité et appuyé le projet de texte américain qui va en ce sens.  Le Conseil doit agir à cette fin, il doit assumer ses responsabilités, a poursuivi le représentant pour qui « nous ne pouvons pas tolérer l’utilisation d’armes chimiques en Syrie ».  En conclusion, M. Alotaibi a rappelé que le peuple syrien « n’en peut plus » de voir se succéder les réunions du Conseil sans que cela ne se traduise par une quelconque amélioration sur le terrain. 

M. PEDRO LUIS INCHAUSTE JORDÁN (Bolivie) a condamné l’emploi d’armes chimiques, que rien ne peut justifier.  Il a demandé la création d’un nouveau mécanisme d’attribution des responsabilités « impartial et indépendant » et appelé à éviter de « politiser » cette question.  Le représentant a en outre demandé l’application de la résolution 2401 (2018), dénoncé tout bombardement de la population civile et demandé un accès humanitaire sans entrave en Syrie.  Il a ensuite plaidé pour une solution politique en Syrie et exprimé son rejet de toute mesure unilatérale, qui ne peut que mettre à mal la recherche d’une telle solution.  Enfin, il a souhaité une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur l’attaque de Salisbury. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a exprimé la vive préoccupation de son pays face à l’utilisation d’armes chimiques contre des populations.  Il a rappelé qu’il s’agit d’une violation du régime de non-prolifération et du droit international humanitaire.  Il a invité les parties en Syrie à respecter la résolution 2401 (2018) du Conseil et à collaborer avec la Mission d’établissement des faits de l’OIAC qui se rendra sur le terrain.  Pour le Pérou, toute réponse au conflit syrien doit respecter la Charte de l’ONU et le Pérou s’oppose à toute utilisation ou menace d’utilisation de la force pour résoudre la crise syrienne.  Le représentant a lancé un appel aux membres du Conseil afin que cet organe retrouve son unité, avant d’appeler à mener une enquête et à sanctionner les auteurs des crimes atroces commis en Syrie. 

M. NEBENZIA (Fédération de Russie) a repris la parole pour accuser la délégation des États-Unis de manquer à ses obligations en désignant des gouvernements légitimes par l’expression de « régime », y compris à l’encontre de son propre pays.  Il a averti que si une telle chose devait se reproduire, sa délégation déposerait une motion d’ordre.  Il a ensuite fait observer que, pour la représentante du Royaume-Uni, la différence entre Douma et Salisbury tient à ce que, dans le second cas, une enquête en bonne et due forme est en cours.  Il a donc dit attendre les résultats de celle-ci, dénonçant l’euthanasie rapide des animaux de compagnie de la famille Skripal, faisant observer que tant Sergei Skripal que sa fille Yulia se seraient rendus dans un restaurant avant d’être pris de malaise et déplorant le fait qu’un membre de la famille des deux victimes ait vu sa demande de visa refusée par les autorités du Royaume-Uni.  Il a également affirmé que la CIA (Central Intelligency Agency) avait proposé aux Skripal de venir s’établir aux États-Unis sous un nouveau nom, ce qui, selon lui, empêcherait son pays de s’entretenir avec des témoins clefs.  Le représentant a en outre affirmé que la présente séance était bien placée sous le point de l’ordre du jour du Conseil intitulé « menace contre la paix et la sécurité internationales », et que l’attaque de Douma n’en représentait qu’un aspect. 

Revenant à la question syrienne, M. Nebenzia a estimé qu’on « s’approche d’un point dangereux ».  Comment accuser Damas avant même que commence l’enquête à laquelle vous appelez? s’est étonné le représentant.  Pour la Fédération de Russie, « il n’y a pas eu d’attaque chimique, il n’y a pas de trace de produit chimique et encore moins de blessés dans les hôpitaux » et les images présentées ont clairement été tournées par les Casques blancs.  Le représentant a enfin assuré que sa délégation était prête à présenter un texte sur un nouveau mécanisme d’enquête si les autres États sont prêts à en discuter.  « Le projet de résolution russe est prêt », a-t-il affirmé.

Mme PIERCE (Royaume-Uni) a repris à son tour la parole pour indiquer que l’enquête sur l’attaque de Salisbury est en cours.  Elle a ajouté que son pays s’acquitte de ses obligations en vertu de la Convention sur les armes chimiques, contrairement à la Syrie.

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a dénoncé les menaces des États-Unis contre son pays et le manque de crédibilité du Gouvernement américain.  Aucune arme chimique n’a été trouvée en Iraq, a-t-il rappelé, avant de condamner « l’agression d’Israël perpétrée ce matin » dans la province de Homs et qui a fait, selon lui, 14 victimes.  Grâce à l’appui des États-Unis, Israël jouit de l’impunité pour ses actes, a ajouté le représentant, qui s’est étonné que les membres occidentaux du Conseil n’aient pas mentionné cette attaque dans leurs interventions.  Il a aussi reproché à l’Envoyé spécial d’avoir dit que l’on ne savait pas d’où venait l’attaque aérienne contre le site « T4 », affirmant que le Premier Ministre d’Israël, M. Benjamin Netanyahu, en avait lui-même revendiqué la responsabilité.

Pour M. Ja’afari, cette agression israélienne est une réponse indirecte aux succès engrangés par les forces syriennes contre les terroristes, notamment dans la Ghouta orientale.  Il a dénoncé les « mensonges » proférés au Conseil par certains membres permanents, qualifiés de « véritables menteurs professionnels ».  Ces mensonges avaient déjà conduit à l’occupation de l’Iraq et à la destruction de la Libye, a accusé M. Ja’afari.

Le représentant a ensuite estimé que l’intervention de la représentante des États-Unis était en contradiction avec un entretien récent donné par le général Mattis, Secrétaire à la défense des États-Unis, au magazine Newsweek, dans lequel ce dernier indiquait qu’il n’y a pas de preuve que le Gouvernement syrien a utilisé des armes chimiques.  « Où est la cohérence dans le Gouvernement américain? » a-t-il demandé.

Pour M. Ja’afari, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont accumulé les mensonges et veulent entraîner le Conseil dans ce jeu mensonger.  Il a affirmé que des centaines de civils avaient pu quitter Douma en toute sécurité grâce à un accord passé entre son gouvernement et un groupe terroriste.  Il a dénoncé le caractère fallacieux des interventions prononcées sur la situation humanitaire dans la Ghouta, avant de mentionner les 145 lettres envoyées par son pays au Conseil dans lesquelles il informe du danger posé par l’emploi d’armes chimiques par des groupes terroristes en Syrie, et qui n’ont selon lui pas reçu la moindre réponse. 

M. Ja’afari a dénoncé des « mises en scène » visant à justifier une agression armée contre la Syrie et ses alliés.  Mon gouvernement n’a pas d’armes chimiques, a-t-il réaffirmé, en dénonçant les campagnes de désinformation lancées par les groupes armés.  Enfin, le représentant a déclaré que son pays était disposé à faciliter le travail d’enquête d’une équipe de la Mission d’établissement des faits à Douma.  « La Syrie ne possède pas d’armes chimiques, condamne leur utilisation et coopère pleinement avec l’OIAC », a-t-il une nouvelle fois affirmé en dénonçant une fois de plus la « mise en scène de Douma, digne de Hollywood ». 

 

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