Conseil de sécurité: après le lourd bilan de la « Marche du retour » à Gaza, l’Observateur de la Palestine demande une nouvelle fois « une protection internationale »

CS/13273
30 mars 2018
8219e séance – soir

Conseil de sécurité: après le lourd bilan de la « Marche du retour » à Gaza, l’Observateur de la Palestine demande une nouvelle fois « une protection internationale »

À la demande du Koweït, le Conseil de sécurité a tenu ce soir une réunion d’urgence après que les manifestants de la « Marche du retour » à Gaza se sont heurtés aux forces de sécurité israéliennes, avec un bilan de 15 morts et plus de 1 000 blessés, selon les chiffres du Ministère palestinien de la santé.  L’Observateur permanent de la Palestine a profité de la réunion pour demander, une nouvelle fois, la « protection internationale » du peuple palestinien.

De nombreuses victimes de la « Marche du retour », marquant le quarante et unième anniversaire de la « Journée de la terre » au cours de laquelle six Palestiniens ont été tués, auraient été touchées par des balles réelles tirées par les forces de sécurité israéliennes mais aussi après des affrontements avec des Palestiniens, y compris à la suite du bombardement d’un point d’observation du Hamas, a confirmé le Secrétaire général adjoint par intérim aux affaires politiques.  M. Tayé-Brook Zerihoun a aussi parlé des manifestants aux comportements violents, certains portant même des armes à feu et d’autres tentant de passer la barrière avec Israël pour déposer des explosifs.  Des dirigeants du Hamas auraient été aperçus dans certains rassemblements.  Avant les manifestations, Israël a pris soin d’augmenter le nombre de ses forces le long de la barrière, déployant des tireurs d’élite, des unités spéciales et des drones, a indiqué le Secrétaire général adjoint par intérim qui a fait part d’actes de violence en Cisjordanie où environ 900 Palestiniens ont marché.  Quelque 27 Palestiniens auraient été blessés près de Naplouse. 

Citant un à un le nom et l’âge de ceux qui ont perdu la vie aujourd’hui, l’Observateur permanent de l’État de Palestine a jugé qu’il est temps que les populations palestiniennes bénéficient d’une « protection internationale ».  Si cela n’est pas possible, alors les pays responsables devront reconnaître qu’ils protègent « les criminels israéliens ».  « Mû par un sentiment d’horreur et d’urgence », M. Ryad Mansour a annoncé demain une « journée de deuil national » et rappelé que, cette année, les manifestations de la « Marche du retour » sont prévues jusqu’au 15 mai pour commémorer le soixante-dixième anniversaire du déracinement de 800 000 Palestiniens après des massacres brutaux dans 400 villes et villages par des groupes sionistes.  Nous sommes devant un déséquilibre flagrant, s’est-il indigné, entre des civils pacifiques et des forces qui déchaînent toute la puissance de leurs armes.

Les attaques vicieuses d’aujourd’hui, a accusé l’Observateur, ont été préméditées et délibérées.  Les responsables israéliens les ont préparées par des discours violents et provocateurs qui ont poussé des organisations comme Amnesty International à lancer l’alerte.  Il ne faut pas oublier, a ajouté l’Observateur, que Gaza abrite deux millions de personnes soumises à un blocus qui a mené à une crise humanitaire et économique « très grave ».  Les actes des responsables israéliens n’ont rien à voir avec la sécurité mais tout à voir avec le contrôle et la détermination à asphyxier les Palestiniens. 

L’Observateur a salué les États qui ont demandé une enquête sur « le massacre » d’aujourd’hui mais a insisté sur la « protection internationale » pour éviter un bain de sang et apaiser cette situation « volatile ».  Le peuple palestinien ne saurait demeurer l’exception à l’obligation du droit international de protéger les civils des atrocités et des violations.  Ces propos ont été repris par le Koweït.  « Voilà ce qui arrive quand il n’y a pas de réaction internationale. »  La violence, ont rétorqué les États-Unis, ne saurait servir les objectifs de la communauté internationale qui se concentre sur des mesures concrètes en faveur de la situation humanitaire et du développement économique de Gaza ainsi que sur un plan de paix. 

La situation à Gaza, qui ne peut être dissociée du contexte plus large du processus de paix, comme l’ont dit plusieurs délégations, est depuis longtemps une source de préoccupations.  Ce qui est d’actualité, c’est une solution durable et une aide humanitaire et économique qui aille de pair avec les efforts de paix, ont souligné les Pays-Bas, arrivés au terme de la présidence du Conseil de sécurité.  L’Autorité palestinienne doit rétablir son autorité à Gaza, les parties palestiniennes doivent avancer sur le chemin de la réconciliation et la solution des deux États est indispensable si l’on ne veut pas voir se répéter les évènements tragiques d’aujourd’hui, ont martelé les Pays-Bas.

La Fédération de Russie s’est dite prête à accueillir des négociations entre les leaders israéliens et palestiniens.  Il nous faut, a renchéri le Royaume-Uni, un accord urgent et durable qui traite des causes sous-jacentes du conflit, fasse en sorte que le Hamas et les autres groupes terroristes mettent fin à leurs attaques contre Israël, et assure le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza et la levée du blocus par Israël.  Il est crucial que le Conseil de sécurité reste activement saisi de la question, dont la protection des civils contre l’usage disproportionné de la force, a insisté la France.  Plusieurs délégations ont regretté qu’Israël n’ait pu être présent aujourd’hui en raison de la fête du Pessah.

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT, Y COMPRIS LA QUESTION PALESTINIENNE

Déclarations

M. TAYÉ-BROOK ZERIHOUN, Secrétaire général adjoint par intérim aux affaires politiques, a confirmé que la « Marche du retour » aux environs de la barrière qui sépare la bande de Gaza d’Israël s’est terminée dans la violence.  Selon les informations reçues par l’ONU, environ 30 000 personnes ont pris part à cette marche à divers endroits de Gaza.  Mais la situation s’est détériorée à plusieurs endroits.  Dans l’après-midi, le Ministre palestinien de la santé de Gaza a confirmé la mort d’au moins 15 Palestiniens et décompté plus de 1 000 blessés, y compris à cause des gaz lacrymogènes.  De nombreuses victimes auraient été touchées par des balles réelles tirées par les forces de sécurité israéliennes au cours de la marche, mais aussi après des affrontements avec des Palestiniens, y compris à la suite du bombardement d’un point d’observation du Hamas.  Des informations indiquent également que la plupart des manifestants sont restés à bonne distance de la barrière et n’ont pas été violents.

Néanmoins, des informations pointent le doigt sur des manifestants qui ont jeté des pierres et eu un comportement violent, certains portant même des armes à feu.  Selon les informations des forces de sécurité israéliennes, des militants ont essayé d’atteindre la barrière pour y déposer des explosifs.  Les Palestiniens auraient également fait traverser la barrière à une fillette de 9 ans mais les troupes israéliennes ont pu la ramener en toute sécurité.  Des dirigeants du Hamas auraient été aperçus dans certains rassemblements.  Avant la marche, Israël avait augmenté le nombre de ses forces le long de la barrière, déployant des tireurs d’élites, des unités spéciales et des drones, et avertissant qu’il comptait prévenir toute brèche dans la barrière ou toute violation de sa souveraineté.  La violence a également éclaté en Cisjordanie où environ 900 Palestiniens ont manifesté, notamment dans des villes du centre de la Cisjordanie comme Ramallah et Hébron.  Selon le Croissant-Rouge, 27 Palestiniens ont été blessés pendant les affrontements près de Naplouse. 

Le Secrétaire général adjoint par intérim a rappelé qu’au cours de son exposé devant le Conseil de sécurité cette semaine, le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, M. Nickolay Mladenov, avait fait part des plans palestiniens pour la marche et avait invité toutes les parties à faire preuve de retenue et à prendre les mesures nécessaires pour éviter l’escalade de la violence.  Dans des communiqués aux médias, il a réitéré ces appels et souligné la nécessité de veiller à ce que les civils, particulièrement les enfants, ne soient mis en danger.  M. Mladenov a également pris langue avec les Forces de défense israéliennes et les factions palestiniennes, particulièrement à Gaza, afin de renforcer la portée de son message.  Pour assurer la sécurité du personnel de l’ONU, le Département de la sûreté et de la sécurité a diffusé plusieurs fois des avis.  Au cours de la journée, le Coordonnateur spécial était en contact avec les forces palestiniennes et israéliennes et va le rester, étant donné que d’autres manifestations sont prévues au cours des six semaines à venir. 

L’ONU, a confié le Secrétaire général adjoint par intérim, craint que la situation ne se détériore dans les prochains jours.  L’Organisation continue de souligner qu’il est impératif que les civils, notamment les enfants, ne soient pas ciblés et que tous les acteurs se gardent de mettre les enfants en danger.  Israël doit respecter ses responsabilités en vertu du droit international et du droit international humanitaire, a rappelé M. Zerihoun.  « La force létale ne doit être utilisée qu’en dernier ressort, et toutes les victimes doivent faire l’objet d’investigation en bonne et due forme de la part des autorités », a-t-il déclaré.  L’ONU entend également continuer d’exhorter les forces israéliennes à faire preuve d’un maximum de retenue pour éviter des victimes.  « Le Secrétaire général de l’ONU a du reste appelé à des enquêtes rapides et transparentes sur ces incidents. »  M. Zerihoun a enfin relevé que les évènements d’aujourd’hui à Gaza sont un rappel douloureux de ce qui peut arriver quand la paix est absente.  Les évènements rappellent aussi la nécessité d’intensifier les efforts en faveur d’un règlement pacifique du conflit.  Comme le Secrétaire général et le Coordonnateur spécial ont répété devant le Conseil, l’ONU exhorte fortement les Israéliens, les Palestiniens et la communauté internationale à prendre des mesures concrètes pour rompre avec les conflits et avancer vers l’objectif d’une paix juste et durable basée sur la solution des deux États.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a rappelé qu’il y a quatre jours, le Conseil de sécurité a entendu un exposé sur la mise en œuvre de la résolution 2334 (2016).  Nous voyons aujourd’hui, s’est indigné le représentant, l’arrogance et l’injustice d’Israël.  Chaque année, le 30 mars, les Palestiniens organisent des manifestations et ce sont des droits garantis par le droit international.  Le représentant a dénoncé les activités illégales d’Israël lesquelles constituent des violations des résolutions du Conseil de sécurité.  Soyons clairs, a dit le représentant, ce qui est arrivé aujourd’hui c’était des manifestations pacifiques de gens non armées.  Ce qu’on voit aujourd’hui est une violation du droit international et des droits de l’homme.  Les Palestiniens, s’est-il impatienté, ne peuvent être l’exception à l’engagement international, au droit international et à l’obligation de protéger les civils des atrocités et des violations.  Il faut une protection internationale pour le peuple palestinien, compte tenu des violations flagrantes de l’État israélien.  On ne peut dissocier les évènements d’aujourd’hui du contexte général, a estimé le représentant qui a rappelé que Gaza est toujours soumis à un blocus et que ceux qui ont manifesté aujourd’hui sont des réfugiés qui souffrent d’une occupation de 50 ans et de la baisse des contributions à l’Office de travaux et de secours des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient (UNRWA).  Quand il n’y a pas de réaction à cette situation, voilà ce qui arrive, a souligné le représentant.  Il a défendu le droit des Palestiniens à un État indépendant, fondé sur les résolutions du Conseil, le principe « terre contre paix », la Feuille de route et l’Initiative de paix arabe.

M. WALTER MILLER (États-Unis) a regretté qu’Israël n’ait pas été en mesure de participer à la réunion, arguant qu’en toutes choses, le Conseil de sécurité doit préserver l’équilibre.  Le représentant s’est dit attristé par les pertes en vies humaines, avant de souligner que la communauté internationale se concentre sur des mesures concrètes en faveur de la situation humanitaire et le développement économique de Gaza.  Nous travaillons aussi à un plan sur la paix et en l’occurrence, la violence ne sert aucun de ces objectifs. 

M. VLADIMIR K. SAFRONKOV (Fédération de Russie) s’est dit gravement préoccupé par les évènements tragiques survenus dans la bande de Gaza.  Il a appelé les parties à faire preuve de retenue et à protéger la vie des civils.  Il faut, a-t-il dit, intensifier les efforts diplomatiques de médiation diplomatique et rechercher une stratégie pour le règlement la crise.  Le représentant n’a pas oublié de prôner la réconciliation interpalestinienne et la consolidation des rangs palestiniens sur la plateforme de l’Organisation de libération de la Palestine, voyant les conditions préalables de la relance économique de Gaza et de la création d’un État palestinien indépendant.  Il faut, a-t-il poursuivi, des négociations directes entre Palestiniens et Israéliens sur toutes les questions liées au statut final.  Le règlement de la crise doit se fonder sur les résolutions du Conseil de sécurité et les autres processus internationaux, dont l’Initiative de paix arabe.  La Fédération de Russie, a souligné le représentant, est prête à accueillir des négociations entre les leaders israéliens et palestiniens.  En attendant, il a insisté sur l’importance qu’il y a à mettre fin aux activités de colonisation et aux discours incendiaires.  La communauté internationale doit travailler tous les jours dans l’unité, a conclu le représentant, en disant attendre beaucoup de la réunion que la Ligue des États arabes a prévu de tenir à Ryad.  Il a espéré des discussions constructives et la levée de tous les obstacles.  La Fédération de Russie, a-t-il conclu, poursuivra ses efforts pour faire avancer la paix entre Israéliens et Palestiniens, mais aussi dans la région du Moyen-Orient dans son ensemble et en l’occurrence, le Conseil se doit d’identifier les domaines où l’on peut travailler ensemble.

M. THÉODORE DAH (Côte d’Ivoire) a condamné les actes de violence et appelé les parties à faire preuve de retenue.  Seul le dialogue permettra un règlement pacifique du conflit, a-t-il tranché.  La Côte d’Ivoire, a-t-il conclu, suit de près l’évolution de la situation et se réserve le droit de faire une déclaration dans les jours à venir.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a jugé regrettable que le représentant d’Israël n’ait pu participer à cette réunion.  Il s’est dit horrifié par les évènements d’aujourd’hui et a appelé au calme, à la retenue et au respect du droit international.  Cela fait longtemps, a-t-il reconnu, que nous sommes préoccupés par la situation à Gaza.  Il nous faut un accord urgent et durable qui traite des causes sous-jacentes du conflit, fasse en sorte que le Hamas et les autres groupes terroristes mettent fin à leurs attaques contre Israël, assure le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza et la levée du blocus par Israël.  Chaque Israélien ou chaque Palestinien a le droit de vivre dans la paix et la sécurité, a souligné le représentant.  Il nous faut un nouvel engagement en faveur de la solution des deux États et il temps que toutes les parties travaillent ensemble dans ce sens pour mettre fin à l’occupation et offrir la paix aux Israéliens et aux Palestiniens. 

M. CARL ORRENIUS SKAU (Suède) s’est à son tour dit horrifier par les évènements d’aujourd’hui et a demandé des enquêtes d’autant plus que les forces israéliennes semblent avoir utilisé des balles réelles.  L’utilisation de la force doit toujours être proportionnée et la force létale doit toujours être une mesure de dernier ressort.  Préoccupé par les attaques aériennes sur Gaza, le représentant a reconnu que le Conseil de sécurité avait été prévenu.  Il faut maintenant éviter que la violence ne se poursuive et obtenir des forces israéliennes qu’elles fassent preuve de retenue.  La situation humanitaire à Gaza est « terrible » et une solution durable doit être trouvée, dont la levée du blocus.  Gaza ne peut être dissocié du contexte large du processus de paix et la solution des deux États, a conclu le représentant. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a dit suivre étroitement la situation sur le terrain et déploré les pertes en vies humaines.  Á son tour, il a appelé les parties à faire preuve de retenue.  La violence doit cesser immédiatement et définitivement, a-t-il martelé, avant d’insister sur le respect du droit international.  Le représentant a condamné, une nouvelle fois, l’attentat contre le Premier Ministre palestinien et argué que la solution, c’est le dialogue politique.  Les parties doivent mettre de côté leurs différends et se réunir autour de la table de négociations.  Elles doivent accepter de faire des compromis.  La solution des deux États est la seule solution juste et en l’occurrence, la réconciliation interpalestinienne est importante.  La communauté internationale, a conclu le représentant, ne doit pas renoncer.  Il a appuyé l’idée du Koweït d’obtenir du Conseil qu’il appelle les Israéliens et les Palestiniens à mettre fin à la violence.  Le Conseil doit les mettre en garde contre toute escalade, a insisté le représentant.

M. ANTOINE IGNACE MICHON (France) s’est dit préoccupé par les évènements d’aujourd’hui qui exacerbent une situation déjà tendue.  Un seuil a été franchi, a prévenu le représentant.  Il a insisté sur le respect du droit international humanitaire et sur la protection des civils.  Il a aussi insisté sur le droit des Palestiniens de manifester pacifiquement.  Israël, qui a le droit d’assurer sa sécurité, doit utiliser la force de façon proportionnée, a rappelé le représentant.  Il a reconnu que la réconciliation interpalestinienne est dans l’impasse et que la violence se poursuit de part et d’autre.  Il n’y a aucune perspective qui donnerait de l’espoir au peuple, a-t-il regretté.  Il a donc estimé que la communauté internationale doit promouvoir le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza, la levée du blocus et des garanties de sécurité pour Israël.  On ne peut dissocier la situation de Gaza de la question palestinienne dans son ensemble, a conclu le représentant, en soulignant que la clef est de parvenir à la solution des deux États et que pour y arriver, il faut des négociations sérieuses.  Il est crucial que le Conseil de sécurité reste activement saisi de la question, dont la protection des civils contre l’usage disproportionné de la force. 

M. KANAT TUMYSH (Kazakhstan) a dénoncé des pertes en vies humaines « irréparables et insensées ».  Il a réitéré le droit des Palestiniens à la liberté d’expression et à liberté de réunion pacifique.  Il est très important, a-t-il dit, que les soldats « calibrent » correctement leur force contre des manifestants pacifiques.  Il a condamné l’utilisation d’armes qui pourrait être une évolution dangereuse de la situation au Moyen-Orient.  Il a jugé nécessaire de mener des enquêtes approfondies sur les évènements d’aujourd’hui et a jugé tout aussi important de consolider les rangs palestiniens sur la plateforme politique de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).  Il a aussi demandé une solution à la situation humanitaire de Gaza, sans oublier la dimension économique.  Le représentant n’a pas manqué de dénoncer l’expansion des colonies de peuplement et a appelé les leaders israéliens et palestiniens à prendre des mesures concrètes pour préserver la possibilité d’une coexistence pacifique et de la solution des deux États, fondée sur les droits inaliénables des Palestiniens à un État et le droit d’Israël à la sécurité.  Aujourd’hui, a-t-il conclu, nous soulignons aussi le droit inaliénable des Palestiniens à la sécurité.  Seule une politique novatrice, consciente du lien entre sécurité et développement et soutenue par une approche régionale et une ONU plus transparente et plus efficace pourra aider les parties à échapper au type de tragédies que l’on a vues aujourd’hui.

M. PEDRO LUIS INCHAUSTE JORDÁN (Bolivie) a lancé un appel au Gouvernement israélien pour qu’il cesse son occupation illégale et l’expansion des colonies.  L’annonce de certains États de déplacer leur siège diplomatique à Jérusalem ne pourra que mener à une escalade de la violence, a prévenu le représentant.  Pour garantir une paix juste et durable, a estimé le représentant, il faut promouvoir le dialogue et les négociations.  Il a réitéré son engagement en faveur du multilatéralisme et du respect du droit international, sans oublier de marquer son appui à la Feuille de route du Quatuor, au Processus de Madrid et l’Initiative de paix arabe.  Il a insisté sur le fait que la seule solution durable est la solution des deux États.

M. DAWIT YIRGA WOLDEGERIMA (Éthiopie) a prévenu que tant qu’il n’y a pas d’efforts véritables pour résoudre cette crise, les tragédies comme celle que l’on a vue aujourd’hui ne manqueront pas de reproduire.  Il est essentiel de trouver une solution pérenne, a-t-il insisté, craignant véritablement une aggravation incontrôlable de la situation.  Le représentant s’est dit attristé par le nombre de victimes et a appelé les deux parties à faire preuve de retenue.  Il a aussi lancé un appel au Conseil de sécurité pour qu’il suive de près la situation. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a dit suivre avec inquiétude l’évolution de la situation, dont la mort de 15 Palestiniens aujourd’hui.  La violence, a-t-il relevé, s’accompagne d’une agressivité plus marquée dans les discours des deux parties et il est possible que le Hamas veuille encourager l’escalade de la violence.  Le statu quo est intenable, a prévenu le représentant, en soulignant le droit des Palestiniens de manifester pacifiquement et en condamnant toute attaque ou attentat terroriste.  Reconnaissant aussi le droit d’Israël à la légitime défense, le représentant a tout de même dénoncé toute utilisation disproportionnée de la force.  Nous ne sommes devant une situation surprenante, a-t-il dit: « le Conseil était prévenu ».  Le représentant a donc souligné la nécessité pour les Nations Unies et les pays qui ont une influence dans la région, de prendre des mesures qui s’imposent pour prévenir la violence et protéger la population civile.  Il a appelé toutes les parties à agir et à éviter toute escalade de la violence.  Les parties, a-t-il insisté, doivent laisser la solution des deux États s’imposer.

M. LIE CHENG (Chine) a, à son tour, appelé les parties qui ont de l’influence sur les parties à jouer un rôle « constructif ».  La question centrale, a-t-il dit, c’est la paix qui exige que la communauté internationale fasse preuve d’unité.  La solution des deux États est la seule solution capable de garantir la paix, a ajouté le représentant, en appelant la communauté internationale à intensifier ses efforts en ce sens.  La Chine souhaite voir des progrès pour que les Palestiniens puissent faire émerger un État indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale.  Le Président chinois continue d’ailleurs de promouvoir cette politique et de jouer un rôle positif dans le processus de paix, a affirmé le représentant.

M. PAWEL RADOMSKI (Pologne) a également relevé le fait que le représentant d’Israël n’a pas été en mesure de participer à cette réunion en raison de la fête du Pessah.  Il a regretté les tensions et condamné l’escalade de la violence.  Tout recours à la force doit être proportionné, a-t-il rappelé, en appelant au respect du droit international humanitaire.  Il a condamné tout acte de terrorisme et d’incitation à la violence qui, a-t-il prévenu, est un obstacle majeur à la désescalade.  Les deux parties doivent condamner le terrorisme et prendre des mesures susceptibles de calmer la situation sur le terrain. 

M. KAREL JAN GUSTAAF VAN OOSTEROM (Pays-Bas) a regretté le fait qu’Israël n’ait pu participer à cette réunion en raison de la fête de Pessah.  Il s’est dit alarmé par le nombre de morts et de blessés et a appelé les parties à faire preuve de retenue et à éviter l’escalade.  Les autorités de Gaza, a-t-il souligné, doivent préserver le caractère pacifique des manifestations et Israël, réagir de manière proportionnée.  L’utilisation de balles réelles doit être une décision de dernier recours, a ajouté le représentant, souhaitant qu’Israël enquête sur tous les incidents causés par ces balles.  Il a aussi estimé que le fait que des personnes aient tenté d’entrer sur le terrain israélien montre bien que les préoccupations d’Israël sont justifiées.  Toutes les parties, a-t-il martelé, doivent éviter les incitations à la violence, respecter le droit international humanitaire et protéger les civils.  La situation à Gaza est depuis longtemps une source de préoccupations mais ce qui est d’actualité, c’est une solution durable et une aide humanitaire et économique qui aille de pair avec les efforts de paix.  L’Autorité palestinienne doit rétablir son autorité à Gaza et les parties palestiniennes doivent avancer sur le chemin de la réconciliation.  La solution des deux États est indispensable si l’on ne veut pas voir les mêmes évènements à l’avenir, a prévenu le représentant.

M. RIYAD H. MANSOUR, Observateur permanent de l’État de Palestine, a salué la résistance du peuple courageux de Palestine, à Gaza, à Jérusalem et dans la zone verte, alors qu’il fête la « Journée de la terre » et la « Marche du retour ».  Il a eu une pensée pour les familles des victimes et les blessés, en condamnant dans les termes les plus forts « ce massacre ignoble ».  Il est temps que les populations bénéficient d’une protection internationale, s’est-il impatienté, en interpelant le Conseil de sécurité.  Si cela n’est pas possible, alors les pays responsables devront reconnaître qu’ils protègent « les criminels israéliens ».  Nous sommes mus, a avoué l’Observateur, par un sentiment d’horreur et d’urgence, compte tenu des attaques contre des populations sans défense, en violation fragrante du droit international humanitaire.  Aujourd’hui, au moins 17 Palestiniens ont été tués et plus de 1 400 personnes ont été blessées dans la bande de Gaza « assiégée », a rappelé le représentant, annonçant pour demain une « Journée de deuil national ».  La plupart de ceux qui ont perdu la vie prenaient part à une manifestation « pacifique et non violente », marquant le quarante et unième anniversaire de la « Journée de la terre » au cours de laquelle six Palestiniens ont été tués, en protestant contre une expropriation illégale en 1976 et en réclamant leur droit au retour.  N’oublions pas, a rappelé l’Observateur que 70% des deux millions de Gazaouites sont des réfugiés dont le droit au retour continue d’être nié par Israël.

Citant un à un le nom et l’âge de ceux qui ont perdu la vie aujourd’hui, l’Observateur permanent a jugé qu’il n’y a rien de plus « écœurant » que le massacre de populations civiles sans défense et non armées.  C’est pourtant ce que fait Israël chaque année depuis sa création, face à des manifestants qui ne constituent aucune menace pour des soldats lourdement armés.  Ces soldats « à la gâchette facile » ont utilisé aujourd’hui des balles réelles et des balles en caoutchouc contre des manifestants qui étaient à côté de la barrière qui sépare le territoire palestinien d’Israël.  Comment est-ce possible? s’est indigné l’Observateur, en appelant ceux qui parlent d’équilibre à « être sérieux ».  Nous sommes devant un déséquilibre flagrant, a-t-il tranché, entre des civils pacifiques et des forces qui déchaînent toute la puissance de leur armement.  La manifestation d’aujourd’hui, a répété l’Observateur permanent, était censée marquée les six semaines de manifestations jusqu’au 15 mai, pour marquer le soixante-dixième anniversaire du déracinement de 800 000 Palestiniens après des massacres brutaux dans 400 villes et villages par des groupes sionistes. 

Les attaques vicieuses d’aujourd’hui, a accusé l’Observateur, ont été préméditées et délibérées.  Les responsables israéliens les ont préparées par des discours violents et provocateurs qui ont poussé des organisations comme Amnesty International à lancer l’alerte et à appeler les forces d’occupation à éviter toute force excessive.  Israël, a affirmé l’Observateur permanent, avait éployé plus de 100 tireurs d’élite avec pour ordre de tirer sur quiconque tente de franchir la barrière entre Israël et Gaza.  Les forces d’occupation ont aussi déployé des véhicules blindés, des chiens de combat et des soldats lourdement armés.  Il ne faut pas oublier, a-t-il dit, que Gaza abrite deux millions de personnes soumises à un blocus qui a mené à une crise humanitaire et économique très grave.  L’incitation des responsables israéliens à la violence n’a rien à voir avec la sécurité mais tout à voir avec le contrôle et la détermination à asphyxier les Palestiniens, a accusé l’Observateur.  La détermination de la Puissance d’occupation à étouffer dans l’œuf toute velléité chez les Palestiniens de réclamer leurs droits, à nier ces droits et à déshumaniser un peuple, est vouée à l’échec, a prévenu l’Observateur.  Les Palestiniens, a-t-il prédit, continueront de lutter pour leurs droits à vivre dans la paix, la sécurité et la dignité.

L’Observateur permanent a dénoncé une occupation marquée depuis 50 ans par des vols de terre, des destructions de terres arables, des révocations de droits fonciers, d’attaques militaires brutales, une négation du droit au retour pourtant internationalement reconnu.  Le Conseil, a-t-il plaidé, doit agir et défendre l’intégrité et l’autorité de ses résolutions.  La communauté internationale doit condamner sans équivoque et dans les termes les plus forts les actions illégales d’Israël qui doit répondre de ses actes.  L’Observateur permanent a salué les États qui ont demandé une enquête sur le massacre d’aujourd’hui et étant donné le lourd bilan d’aujourd’hui, le Conseil, a-t-il insisté, doit fournir une protection internationale au peuple palestinien pour éviter le bain de sang et apaiser cette situation « volatile ».  Le Conseil de sécurité doit assumer sa responsabilité de maintien de la paix et de la sécurité internationales car le peuple palestinien ne saurait demeurer l’exception à l’obligation du droit international de protéger les civils des atrocités et des violations de ce droit. 

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