Le Conseil de sécurité proroge le mandat de la MANUA et entend des appels pour que les Taliban acceptent la récente offre de paix du Président afghan

CS/13240
8 mars 2018
8199e séance – matin

Le Conseil de sécurité proroge le mandat de la MANUA et entend des appels pour que les Taliban acceptent la récente offre de paix du Président afghan

Le Conseil de sécurité a, ce matin, prorogé le mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) jusqu’au 17 mars 2019, au cours d’une séance marquée par de nombreux appels, en particulier du Représentant spécial du Secrétaire général, M. Tadamichi Yamamoto, pour que les Taliban répondent positivement à la proposition de paix « sans précédent » faite, il y a une semaine dans le cadre du Processus de Kaboul, par le Président afghan, M. Ashraf Ghani. 

En cette Journée internationale des femmes, les membres du Conseil, dont la Ministre des affaires étrangères des Pays-Bas, Mme Sigrid Kaag, qui présidait la séance, ont également rendu un vibrant hommage aux femmes afghanes. 

Par la résolution 2405 (2018), adoptée à l’unanimité, le Conseil rappelle les composantes essentielles du mandat de la Mission, dont l’apport d’une aide sous forme de bons offices au processus de paix afghan, un appui aux élections législatives et présidentielle prévues en 2018 et en 2019, la surveillance de la situation des droits de l’homme et la promotion d’une bonne gouvernance et de la coopération régionale. 

Le texte prend note des conclusions de l’examen stratégique de la Mission et demande l’application des recommandations du Secrétaire général, en vue « d’aligner les tâches fonctionnelles » de la Mission sur la priorité accordée à la prévention et au règlement des conflits, à l’appui d’un « dialogue intra-afghan visant à établir un cadre politique stable ». 

Les membres du Conseil se félicitent en outre des efforts de paix du Gouvernement, notamment la création du Haut Conseil pour la paix.  Ils demandent à tous les partenaires régionaux et internationaux du pays de soutenir la paix et la réconciliation, pour que commencent rapidement les pourparlers directs entre le Gouvernement et les Taliban.

De tels pourparlers ont été au cœur de l’intervention du Représentant spécial, qui présentait le dernier rapport* du Secrétaire général sur la question.  En saluant la proposition de paix faite par le Président Ashraf Ghani, M. Yamamoto a estimé qu’il incombait maintenant aux Taliban d’entamer des pourparlers directs avec le Gouvernement, un avis partagé par une majorité des délégations.  Le délégué du Royaume-Uni a néanmoins regretté que cette offre de paix ne figure pas dans la résolution adoptée aujourd’hui. 

Le représentant de l’Afghanistan a, lui, déclaré que si les Taliban répondent positivement, « ils pourront alors devenir des citoyens comme les autres et être autorisés à s’engager dans la vie politique dans le respect des règles de la démocratie, en bénéficiant d’une levée des sanctions prises contre eux par le Conseil ».  Mais « en échange, ils doivent abandonner la violence ».

De son côté, la Directrice exécutive d’Organization for policy Research and Developement studies (DROPS), Mme Mariam Safi, a souligné que les résultats du processus de paix auront une incidence directe sur les droits des femmes, expliquant que celles-ci craignent de nouvelles violences à leur encontre après la réintégration des anciens combattants.

Mme Safi a également demandé au Conseil de persuader le Pakistan de participer réellement à tous les efforts de lutte contre le terrorisme et de soutenir le dialogue afghan pour la paix.  Le représentant afghan a, lui, accusé « les parrains régionaux du terrorisme » d’exploiter la dynamique démocratique en Afghanistan pour semer la discorde, se demandant quand ces parrains rendraient des comptes pour les attaques terroristes commises en Afghanistan.  Mais il a apprécié la réduction de l’aide accordée à « l’État concerné » et son inclusion sur la liste de surveillance du Groupe d’action financière (GAFI).

L’Inde, la Fédération de Russie et les États-Unis ont également insisté sur la dimension régionale du conflit afghan, la déléguée américaine jugeant la situation actuelle non satisfaisante, tandis que son homologue de l’Inde a demandé qu’il soit remédié à l’appui transfrontalier apporté aux groupes terroristes opérant en Afghanistan. 

Pour la représentante du Pakistan, la menace terroriste dans son pays émane principalement de l’Afghanistan.  « Sur les 131 actes terroristes dernièrement recensés au Pakistan, 123 ont été conçus et planifiés à partir de l’Afghanistan », a-t-elle dit avant de prévenir que son pays ne céderait devant aucune tentative d’intimidation. 

Les délégations ont été unanimes pour réclamer une autonomisation accrue des femmes afghanes, dont la vie, selon Mme Habiba Sarabi, du Haut Conseil pour la paix, a connu des changements « remarquables » depuis 17 ans.  Aujourd’hui, des femmes occupent des postes importants dans l’administration nationale et provinciale, y compris 242 procureures et 300 juges, a-t-elle relevé, et les filles représentent 40% des enfants scolarisés.

« L’Afghanistan est l’un des deux pays d’Asie du Sud à avoir un plan d’action national pour les femmes, la paix et la sécurité », s’est félicitée la Ministre adjointe des affaires étrangères de la Suède, Mme Annika Söder en citant le plan d’application de la résolution 1325 (2000) dont beaucoup se sont félicités.

Mme Safi a cependant estimé que la voix des femmes dans les processus de prise de décisions était souvent symbolique et qu’il existait une grande différence entre la rhétorique sur l’appropriation locale et la réalité.  Le Représentant spécial a précisé que plus de 1 200 femmes, l’année dernière, avaient été tuées et blessées lors d’attaques et d’affrontements. 

À cet égard, la résolution demande des efforts accrus pour assurer une pleine participation des femmes aux pourparlers de paix et pour mieux les protéger contre la violence.  Visant les groupes terroristes, la Ministre des affaires étrangères de l’Australie, Mme Julie Bishop, a jugé « qu’il n’y a pas de place dans notre monde pour une doctrine qui définit les femmes et les filles comme des citoyens de seconde classe ».

* A/72/768–S/2018/165

LA SITUATION EN AFGHANISTAN

Rapport du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales (S/2018/165)

Texte du projet de résolution (S/2018/198)

Le Conseil de sécurité,

Rappelant ses résolutions antérieures sur l’Afghanistan, en particulier sa résolution 2344 (2017) portant prorogation jusqu’au 17 mars 2018 du mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA),

Mettant l’accent sur le rôle important que l’Organisation des Nations Unies continuera de jouer dans la promotion de la paix et de la stabilité en Afghanistan,

Rappelant sa récente visite à Kaboul, du 13 au 15 janvier, qui visait à témoigner de l’appui continu et indéfectible de la communauté internationale à l’instauration de la paix, de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité en Afghanistan,

Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de l’Afghanistan, ainsi que son appui continu au Gouvernement et au peuple afghans, qui reconstruisent leur pays et renforcent leurs institutions démocratiques,

Soulignant qu’il est important qu’un processus politique global et inclusif, dirigé et contrôlé par les Afghans, soutienne l’entreprise de réconciliation de tous ceux qui y sont disposés, ainsi qu’il ressort, d’une part, du communiqué de la Conférence de Kaboul et, d’autre part, des conclusions détaillées de la Conférence de Bonn, en vue de bâtir un avenir où tous les Afghans vivront unis dans la paix et la prospérité, et se félicitant des efforts menés pour faire avancer le processus de paix, notamment par l’intermédiaire du Haut Conseil pour la paix,

Soulignant le rôle crucial du Processus de Kaboul et se félicitant du consensus stratégique qui s’est établi entre le Gouvernement afghan et la communauté internationale quant au Cadre de responsabilité mutuelle en vue de l’autonomie,

Se réjouissant que le Gouvernement d’unité nationale entame sa quatrième année au pouvoir et soulignant qu’il importe que toutes les parties en Afghanistan œuvrent dans le cadre de ce gouvernement pour bâtir un avenir où tous les Afghans vivront unis dans la paix et la prospérité,

Rappelant que la Commission électorale indépendante de l’Afghanistan a annoncé la tenue d’élections au Parlement et aux conseils de district pour 2018, soulignant qu’il importe que des progrès rapides soient accomplis en ce qui concerne la réforme électorale en Afghanistan et la tenue d’élections crédibles et ouvertes à tous s’agissant des élections au Parlement et aux conseils de district en 2018 et de l’élection présidentielle en 2019, et insistant sur la nécessité que la MANUA continue de fournir un appui dans ce domaine si les autorités afghanes le demandent,

Soulignant qu’il importe d’adopter une stratégie globale pour régler les problèmes liés à la sécurité, à la situation économique, à la gouvernance et au développement en Afghanistan, qui ont un caractère interdépendant, et conscient qu’il n’y a pas de solution purement militaire pour assurer la stabilité dans ce pays,

Réaffirmant qu’il convient de renforcer la coopération régionale, interrégionale et internationale, en vue de bâtir pour l’humanité un avenir commun, afin de promouvoir l’instauration durable de la paix, de la sécurité, de la prospérité, du développement durable et des droits de l’homme en Afghanistan, et saluant les actions conjointes menées pour renforcer le dialogue et la collaboration et favoriser la réalisation d’objectifs communs en matière de développement économique dans toute la région,

Conscient, à cet égard, de l’effet positif et de l’importance continue des engagements internationaux pris lors du Sommet de Varsovie organisé par l’OTAN en 2016 et réaffirmés en 2017, et lors de la Conférence de Bruxelles sur l’Afghanistan en 2016, et se réjouissant de la stratégie des États-Unis pour l’Afghanistan, annoncée le 21 août 2017, et de la stratégie de l’Union européenne pour l’Afghanistan, adoptée le 16 octobre 2017, éléments essentiels d’un appui international soutenu en faveur de la sécurité, du développement et de la stabilité en Afghanistan,

Saluant la contribution du Groupe de contact international aux efforts des Nations Unies visant à coordonner et renforcer le soutien de la communauté internationale en faveur de l’Afghanistan,

Prenant note de la septième Conférence sur la coopération économique régionale concernant l’Afghanistan, tenue à Achgabat les 14 et 15 novembre 2017, et de la Conférence ministérielle de suivi de la Conférence sur la sécurité et la coopération au cœur de l’Asie, tenue le 1er décembre 2017 à Bakou,

Soulignant qu’il importe que les Forces nationales de défense et de sécurité afghanes soient opérationnelles, professionnelles, inclusives et viables pour répondre aux besoins de sécurité du pays, insistant sur le fait que la communauté internationale s’est engagée à concourir à leur renforcement, louant la résilience, les progrès et le courage exceptionnel dont font preuve ces forces ainsi que le rôle de premier plan qu’elles jouent pour assurer la sécurité de leur pays et lutter contre le terrorisme international, et se félicitant à cet égard de la volonté constante d’améliorer l’efficacité et la responsabilisation des institutions nationales afghanes de sécurité,

Se déclarant profondément préoccupé par le haut degré de violence qui persiste en Afghanistan, notamment par le nombre de victimes civiles, condamnant avec la plus grande fermeté toutes les activités terroristes et tous les attentats violents, réaffirmant que les attaques visant délibérément des civils sont prohibées par le droit international humanitaire et peuvent constituer des crimes de guerre et demandant que le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme soient respectés,

Conscient des menaces alarmantes que représentent continuellement les Taliban, notamment le Réseau Haqqani, ainsi qu’Al-Qaida, les éléments affiliés à l’EIIL, et d’autres groupes terroristes, groupes extrémistes violents et groupes armés illégaux, ainsi que des difficultés rencontrées pour lutter contre ces menaces, et s’inquiétant vivement des incidences néfastes des actes de violence et de terrorisme perpétrés par l’ensemble des groupes susvisés sur la capacité du Gouvernement afghan de garantir l’état de droit, d’assurer au peuple afghan la sécurité et les services essentiels et de veiller à l’amélioration de la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales et à leur protection,

Se déclarant préoccupé par la grave menace que les mines antipersonnel, restes explosifs de guerre et engins explosifs improvisés représentent pour la population civile, et notant qu’il faut renforcer la coordination et l’échange d’informations, aussi bien entre les États Membres qu’avec le secteur privé,

Se déclarant vivement préoccupé par la présence en Afghanistan d’éléments affiliés à l’EIIL et par leurs activités croissantes, qui constituent une grave menace pour la sécurité de l’Afghanistan et des pays de la région, y compris l’Asie centrale, et exprimant son appui aux efforts déployés par les Forces nationales de défense et de sécurité afghanes pour lutter contre ce phénomène et à l’assistance fournie par les partenaires internationaux de l’Afghanistan à cet égard,

Réaffirmant que tous les belligérants doivent prendre toutes les mesures possibles pour assurer la protection des civils, spécialement des femmes, des enfants et des déplacés, notamment contre la violence sexuelle et sexiste, et que les auteurs de tels actes de violence doivent être amenés à en répondre,

Prenant acte de la poursuite des travaux du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1988 (2011) et de la coopération que le Gouvernement afghan, le Haut Conseil de la paix et la MANUA continuent d’apporter au Comité, plus particulièrement à son Équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions, et constatant avec inquiétude que les Taliban coopèrent de plus en plus avec d’autres organisations qui se livrent à des activités criminelles,

Se disant gravement préoccupé par le nombre toujours très élevé de victimes civiles, relevé dans le rapport de la MANUA sur la protection des civils dans les conflits armés paru en février 2018, et condamnant les attentats-suicides, souvent commis dans des zones densément peuplées, et les assassinats ciblés, en particulier de femmes et de filles, notamment de femmes occupant des postes de haut niveau ou promouvant les droits des femmes, ainsi que de journalistes,

Se disant gravement préoccupé également par la forte croissance de la culture, de la production, du commerce et du trafic de drogues illicites en Afghanistan, dont il est fait état dans l’Enquête sur la production d’opium en Afghanistan publiée par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) le 15 novembre 2017, encourageant le Gouvernement afghan, appuyé par la communauté internationale et ses partenaires régionaux, à redoubler d’efforts, en application du principe de la responsabilité commune et partagée, pour lutter contre la production et le trafic de drogue dans le pays de façon équilibrée et intégrée, et conscient du rôle important que joue l’ONUDC à cet égard,

Réaffirmant que l’égalité des sexes et l’autonomisation, l’éducation, les droits fondamentaux et la pleine participation des femmes et des filles à la prise de décisions à tous les niveaux sont déterminants pour le maintien de la paix et de la sécurité en Afghanistan, exhortant à la pleine mise en œuvre de la résolution 1325 (2000), et insistant sur la nécessité de protéger les défenseurs des droits des femmes,

Se déclarant profondément préoccupé par la situation humanitaire en Afghanistan, et soutenant le Gouvernement afghan dans le rôle essentiel qu’il joue pour ce qui est de procurer une assistance humanitaire à ses citoyens en coordination avec les organismes, fonds et programmes des Nations Unies qui assurent l’acheminement efficient et efficace de l’aide humanitaire, en application de l’initiative Unité d’action des Nations Unies,

1.    Accueille avec satisfaction le rapport du Secrétaire général en date du 27 février 2018 (S/2018/165);

2.    Salue la détermination de l’Organisation des Nations Unies à collaborer durablement avec le Gouvernement et le peuple afghans, notamment durant toute la Décennie de la transformation, réaffirme son soutien sans réserve aux activités de la MANUA et du Représentant spécial du Secrétaire général, et insiste sur la nécessité de continuer à doter la MANUA de ressources suffisantes pour qu’elle puisse s’acquitter de son mandat;

3.    Prend note avec satisfaction des conclusions de l’examen stratégique de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan, des tâches qui lui sont confiées, des priorités définies et des ressources correspondantes et demande que les recommandations du Secrétaire général soient appliquées, notamment en vue d’aligner les tâches fonctionnelles dont s’acquitte la Mission à l’appui des efforts de paix sur la priorité accordée par le Secrétaire général à l’intégration de la prévention des conflits, du règlement des conflits et de la consolidation de la paix dans les trois piliers de l’action de l’Organisation des Nations Unies en Afghanistan, notamment à l’appui d’un dialogue intra-afghan visant à établir un cadre politique stable et sans exclusive;

4.    Décide de proroger jusqu’au 17 mars 2019 le mandat de la MANUA, tel que défini dans ses résolutions 1662 (2006), 1746 (2007), 1806 (2008), 1868 (2009), 1917 (2010), 1974 (2011), 2041 (2012), 2096 (2013), 2145 (2014), 2210 (2015), 2274 (2016), 2344 (2017), ainsi qu’aux paragraphes 6 et 7 ci-dessous;

5.    Considère que le mandat renouvelé de la MANUA appuie l’idée de voir l’Afghanistan assumer pleinement le contrôle et la prise en charge des domaines de la sécurité, de la gouvernance et du développement, conformément aux objectifs de la Décennie de la transformation (2015-2024) et aux accords que le pays a conclus avec la communauté internationale aux conférences internationales de Kaboul (2010), de Londres (2010 et 2014), de Bonn (2011), de Tokyo (2012) et de Bruxelles (2016) et aux sommets tenus par l’OTAN à Lisbonne (2010), à Chicago (2012), au pays de Galles (2014), à Varsovie (2016) et à Bruxelles (2017);

6.    Décide que la MANUA et le Représentant spécial du Secrétaire général, agissant dans les limites de leur mandat et dans le respect de la souveraineté afghane, ainsi que de la prise en main et de la direction du pays par les Afghans, continueront à piloter et coordonner les activités civiles internationales, en étroite coopération avec le Gouvernement afghan et conformément aux communiqués des Conférences de Londres, de Kaboul, de Tokyo et de Bruxelles et aux conclusions de la Conférence de Bonn, en s’attachant en particulier à réaliser les priorités suivantes:

a)    Apporter, si le Gouvernement afghan le demande et en étroite consultation avec lui, une aide sous forme de campagnes de communication et de bons offices au processus de paix dirigé et contrôlé par les Afghans, notamment en appuyant le Haut Conseil pour la paix et les activités qu’il mène et en proposant et facilitant, toujours en étroite consultation avec le Gouvernement afghan, la mise en œuvre de mesures de confiance, dans le cadre posé par la Constitution afghane et dans le plein respect de l’application des mesures et procédures définies dans ses résolutions 1267 (1999), 1988 (2011), 1989 (2011), 2082 (2012), 2083 (2012) et 2255 (2015), et dans toute autre résolution qu’il a adoptée sur la question;

b)    Apporter, à la demande des autorités afghanes, un appui à l’organisation des élections à venir en Afghanistan, notamment les élections législatives et les élections des conseils de district prévues pour 2018 et l’élection présidentielle prévue pour 2019, renforcer, à l’appui des efforts déployés par le Gouvernement afghan, tout particulièrement dans le domaine de la réforme électorale, la pérennité et l’intégrité du processus électoral et son ouverture à tous, comme convenu aux Conférences de Londres, de Kaboul, de Bonn, de Tokyo et de Bruxelles ainsi qu’au Sommet de Chicago, et offrir aux institutions afghanes participant au processus une aide au renforcement des capacités et une assistance technique, en étroites consultation et coordination avec le Gouvernement afghan;

c)    Promouvoir, en tant que coprésidents du Conseil commun de coordination et de suivi, une plus grande cohérence de l’appui offert par la communauté internationale à la concrétisation des priorités du Gouvernement afghan en matière de développement et de gouvernance, notamment en apportant un soutien à l’élaboration des programmes prioritaires nationaux et à la planification de leur exécution, en mobilisant des moyens, en coordonnant l’action des donateurs et organismes internationaux, en facilitant et coorganisant des rencontres sur les politiques de développement qui visent notamment à mettre en place des cadres de responsabilité mutuelle et à en assurer le suivi, et à promouvoir un échange d’informations et une analyse cohérents et la conception et la fourniture d’une aide au développement, dans le respect de la souveraineté afghane, ainsi que de la prise en main et de la direction du pays par les Afghans, et en orientant les contributions des organismes, fonds et programmes des Nations Unies sur la base du principe d’unité d’action des Nations Unies, en particulier pour ce qui est de la lutte contre les stupéfiants et des activités de reconstruction et de développement; en même temps, coordonner, toujours dans le respect de la souveraineté afghane, ainsi que de la prise en main et de la direction du pays par les Afghans, les activités des partenaires internationaux aux fins du suivi, en particulier grâce à l’échange d’informations, accorder la priorité aux efforts déployés pour accroître la part de l’aide au développement qui est fournie par l’intermédiaire du Gouvernement afghan, conformément aux engagements pris aux Conférences de Kaboul et de Tokyo, et appuyer l’action menée pour accroître la responsabilité mutuelle et la transparence ainsi que l’efficacité de l’utilisation de l’aide, conformément aux engagements pris aux Conférences de Kaboul, de Tokyo et de Bruxelles, y compris en ce qui concerne le rapport coût-efficacité;

d)    Soutenir la coopération régionale, en vue d’aider l’Afghanistan à se prévaloir de la place qu’il occupe au cœur de l’Asie pour promouvoir cette coopération et s’appuyer sur ce qui a déjà été réalisé pour faire avancer l’Afghanistan sur la voie de la stabilité et de la prospérité;

e)    Continuer, avec l’appui du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, de coopérer avec la Commission indépendante des droits de l’homme en Afghanistan et d’en renforcer les capacités, et de coopérer avec le Gouvernement afghan et les organisations non gouvernementales étrangères et afghanes concernées afin d’assurer le suivi de la situation des civils, de coordonner l’action menée pour assurer la protection des civils, de surveiller les lieux de détention, de promouvoir l’application du principe de responsabilité et d’aider à réaliser intégralement les libertés fondamentales et les dispositions relatives aux droits de l’homme inscrites dans la Constitution afghane et dans les traités internationaux auxquels l’Afghanistan est partie, en particulier ceux qui concernent le plein exercice des droits fondamentaux des femmes, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes;

f)    Se concerter et coopérer étroitement, selon qu’il conviendra, avec la mission non militaire Soutien résolu, dont la mise en place a été convenue par l’OTAN et l’Afghanistan, et avec le Haut-Représentant civil de l’OTAN;

7.    Demande à la MANUA et au Représentant spécial de redoubler d’efforts en vue d’améliorer la cohérence, la coordination et l’efficacité des organismes, fonds et programmes compétents des Nations Unies en Afghanistan sur la base du principe d’unité d’action des Nations Unies, en étroite coopération avec le Gouvernement afghan, de manière à optimiser l’efficacité collective de ces entités en pleine conformité avec le programme de réforme défini par le Gouvernement afghan, et de continuer de piloter, dans le plein respect de la souveraineté afghane, ainsi que de la prise en main et de la direction du pays par les Afghans, les efforts civils internationaux visant à renforcer le rôle des institutions afghanes afin qu’elles puissent s’acquitter de leurs responsabilités, en mettant tout particulièrement l’accent sur le renforcement des capacités dans les domaines clefs recensés par le Gouvernement afghan, l’objectif étant de passer progressivement à un système de mise en œuvre national reposant sur une stratégie claire et concrète en vue de transférer à l’Afghanistan, dans le cadre d’une transition fondée sur le respect de conditions acceptées de part et d’autre, la gestion et la maîtrise de tous les programmes et activités des Nations Unies, ce qui impliquera notamment un recours accru aux systèmes nationaux, dans les domaines prioritaires suivants:

a) Moyennant une présence adéquate de la Mission, à déterminer en pleine consultation et en étroite coopération avec le Gouvernement afghan, appui à l’action que mène celui-ci pour mettre en œuvre le Processus de Kaboul dans tout le pays, notamment grâce au renforcement de la coopération avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, conformément aux politiques gouvernementales;

b)    Appui à l’action menée par le Gouvernement afghan dans l’exécution de ses engagements, tels qu’ils ont été énoncés aux Conférences de Londres, de Kaboul, de Bonn et de Tokyo, pour améliorer la gouvernance et renforcer l’état de droit, y compris la justice transitionnelle, l’exécution du budget et la lutte contre la corruption dans tout le pays conformément au Processus de Kaboul et au Cadre de responsabilité mutuelle en vue de l’autonomie, l’objectif étant d’apporter les bienfaits de la paix et d’assurer des services de façon opportune et durable;

c)    Coordination et facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire, à l’appui du Gouvernement afghan, notamment, et dans le respect des principes humanitaires, en vue de renforcer les capacités du Gouvernement, y compris en apportant un soutien efficace aux autorités nationales et locales en matière d’assistance et de protection des déplacés, et de créer des conditions propices au retour volontaire et durable, dans la sécurité et la dignité, des réfugiés des pays voisins et autres et des personnes déplacées dans le pays, en accordant une attention particulière aux solutions favorisant le développement dans les zones accueillant un grand nombre de réfugiés et de déplacés;

8.    Demande à toutes les parties afghanes et autres internationales de se concerter avec la MANUA dans le cadre de l’exécution de son mandat et de l’action qu’elle mène pour promouvoir dans tout le pays la sécurité et la liberté de mouvement du personnel des Nations Unies et du personnel associé;

9.    Souligne qu’il est crucial de pouvoir compter sur une présence ininterrompue et adéquate de la MANUA et des autres organismes, fonds et programmes des Nations Unies à l’échelon infranational, dans les provinces, à l’appui du Gouvernement afghan et en étroites consultation et coordination avec lui, pour répondre aux besoins et assurer la sécurité, sur la base du principe d’unité d’action des Nations Unies et conformément à l’objectif d’efficacité de l’ensemble du système des Nations Unies;

10.   Se félicite des efforts que ne cesse de déployer le Gouvernement afghan en vue de faire avancer le processus de paix, comme en témoignent notamment la création du Haut Conseil de la paix et des comités provinciaux pour la paix et la mise en œuvre du Programme afghan pour la paix et la réintégration, pour faciliter un dialogue sans exclusive mené et contrôlé par les Afghans sur la réconciliation et la participation politique, y compris la participation des femmes et des groupes de défense des droits des femmes, ainsi qu’il ressort du Communiqué de la Conférence de Kaboul consacré au dialogue avec tous ceux qui, dans le cadre de ce processus, renoncent à la violence, n’ont pas de lien avec des organisations terroristes internationales, respectent la Constitution et souhaitent participer à l’édification d’un Afghanistan pacifique, ainsi que des principes et des résultats détaillés découlant des conclusions de la Conférence de Bonn, et encourage le Gouvernement afghan à se prévaloir des bons offices offerts par la MANUA pour faciliter ce processus, le cas échéant, en appliquant pleinement les mesures et procédures définies dans ses résolutions pertinentes;

11.   Souligne que la MANUA a pour rôle d’appuyer, si le Gouvernement afghan le lui demande et en étroite consultation avec lui, un processus de paix sans exclusive mené et contrôlé par les Afghans, tout en continuant de suivre, notamment en collaboration avec la Commission afghane indépendante des droits de l’homme, les résultats du processus de paix susmentionné, compte tenu des engagements énoncés dans le Communiqué adopté à l’issue de la Conférence de Kaboul et les Conclusions de la Conférence de Bonn, et encourage la communauté internationale à appuyer les efforts déployés par le Gouvernement afghan à cet égard;

12.   Demande à tous les partenaires régionaux et internationaux de l’Afghanistan de poursuivre leur action en vue de soutenir la paix et la réconciliation dans le pays, dans le cadre du Processus de Kaboul pour la coopération en faveur de la paix et de la sécurité, engagé le 6 juin 2017 à Kaboul sous la direction du Gouvernement afghan, en s’efforçant d’entamer rapidement des pourparlers directs entre le Gouvernement afghan et les représentants autorisés des groupes talibans, et se félicite de la poursuite des efforts internationaux visant à promouvoir la paix et la stabilité en Afghanistan;

13.   Se félicite de l’adoption du Plan stratégique pour la paix et la réconciliation présenté par le Haut Conseil pour la paix afghan, demande qu’il soit effectivement appliqué, souligne que l’accord de paix qu’ont signé le Gouvernement afghan et le Haut Conseil pour la paix avec le Hezb-i-Islami le 29 septembre 2016 est une avancée importante dans l’action globale menée par le Gouvernement en faveur de la paix, et demande qu’il soit effectivement appliqué;

14.   Souligne l’importance qu’il attache à un développement démocratique durable de l’Afghanistan fondé sur des élections inclusives, transparentes et crédibles, se félicite à cet égard de l’organisation prochaine des élections législatives et des élections des conseils de district prévues pour 2018 ainsi que de l’élection présidentielle prévue pour 2019, conformément aux recommandations formulées à cet effet lors de conférences internationales et à l’engagement pris par le Gouvernement afghan d’améliorer encore le processus électoral, souligne qu’il importe d’accélérer les progrès à cet égard, et prie la MANUA de fournir, à la demande du Gouvernement afghan, une assistance aux institutions afghanes compétentes en vue d’appuyer l’intégrité du processus électoral et son ouverture à tous, y compris en prenant des mesures pour permettre aux femmes d’y participer pleinement en toute sécurité, en qualité tant d’électrices que de candidates;

15.   Accueille avec satisfaction le nouveau cadre national pour la paix et le développement en Afghanistan qui définit les priorités stratégiques du pays en vue d’atteindre l’autonomie, ainsi que la présentation de cinq nouveaux programmes nationaux prioritaires, concernant respectivement l’établissement d’une charte des citoyens, l’autonomisation économique des femmes, le développement urbain, l’agriculture et les infrastructures nationales, propres à améliorer les conditions qui permettront de progresser vers le développement durable et la stabilité, se félicite de l’appui à long terme de la communauté internationale à l’Afghanistan sur la base de la responsabilité mutuelle, ainsi qu’il est défini dans le Cadre de responsabilité mutuelle en vue de l’autonomie, et souligne qu’il importe au plus haut point de poursuivre la mise en œuvre progressive du programme de réforme et des programmes prioritaires nationaux, ainsi que la réalisation progressive des objectifs de développement et de gouvernance arrêtés dans le Cadre de responsabilité mutuelle;

16.   Demande aux organisations et donateurs internationaux ainsi qu’au Gouvernement afghan d’honorer les engagements qu’ils ont pris aux Conférences de Kaboul, de Bonn, de Tokyo, de Londres et de Bruxelles;

17.   Demande aux organismes des Nations Unies, ainsi qu’à la communauté internationale dans son ensemble, d’appuyer la mise en œuvre des réformes prévues par le Gouvernement afghan;

18.   Réaffirme que le Conseil commun de coordination et de suivi joue un rôle central, dans le respect de la souveraineté afghane, ainsi que de la prise en main et de la direction du pays par les Afghans, en assurant la coordination, la facilitation et le suivi de l’exécution du programme de réforme du Gouvernement afghan, et demande à tous les intéressés de renforcer leur coopération avec le Conseil commun à cet égard;

19.   Réaffirme qu’il importe de mettre en place un cadre global permettant de rendre le secteur de la sécurité afghan plus fonctionnel, plus professionnel et plus responsable, conformément à sa résolution 1325 (2000) et aux résolutions qui ont suivi sur les femmes, la paix et la sécurité, notamment la résolution 2242 (2015), en instaurant des procédures d’habilitation appropriées, en veillant à ce que les femmes soient pleinement mobilisées et participent à part entière, sur un pied d’égalité avec les hommes, à toutes les étapes de la réforme du secteur de la sécurité et en mettant l’accent sur la formation, notamment au sujet des droits des femmes et de l’enfant, afin d’appuyer la mise en œuvre du Plan d’action national afghan donnant suite à sa résolution 1325 (2000), et souligne l’importance de l’engagement à long terme pris par le Gouvernement afghan et la communauté internationale d’assurer la création d’une force de sécurité et de défense nationale afghane fonctionnelle, professionnelle et pérenne;

20.   Se félicite à cet égard que l’armée nationale afghane continue de se développer et soit de plus en plus à même de planifier et de mener des opérations et se déclare favorable aux efforts de formation et d’assistance qui continuent d’être faits, notamment grâce à l’apport de formateurs, de ressources et d’équipes consultatives, aux conseils qui sont donnés en vue d’une planification durable de la défense et à l’assistance fournie dans le cadre des initiatives de réforme de la défense;

21.   Prend note avec satisfaction de l’action que continuent de mener les autorités afghanes pour renforcer les capacités de la Police nationale afghane, invite à faire des efforts supplémentaires à cette fin, y compris à honorer l’engagement pris par le Ministère de l’intérieur et la Police nationale afghane d’élaborer une stratégie efficace et coordonnée visant à recruter plus de femmes au sein de la Police nationale afghane et à mieux les retenir, les former et renforcer leurs capacités, à mettre pleinement en œuvre le Plan d’action national afghan relatif à sa résolution 1325 et à poursuivre la mise en œuvre de leur stratégie de prise en compte de la problématique hommes-femmes, souligne l’importance de l’assistance internationale fournie sous forme d’un appui financier et d’un apport en personnel de formation et d’encadrement, et note qu’il importe, pour garantir sa sécurité à long terme, que l’Afghanistan dispose d’une force de police suffisante et capable;

22.   Se déclare de nouveau préoccupé par l’état de la sécurité en Afghanistan, en particulier par les actes de violence et les attentats perpétrés dans la région par les Taliban, notamment le Réseau Haqqani, ainsi que par Al-Qaida, les groupes affiliés à l’EIIL (Daech) et d’autres groupes terroristes, des groupes violents et extrémistes, des groupes armés illégaux, les criminels et les combattants terroristes étrangers, et, à ce propos, demande à tous les États d’intensifier leur coopération en matière de sécurité régionale et internationale afin de renforcer l’échange d’informations, les contrôles aux frontières, le maintien de l’ordre et la justice pénale en vue de mieux contrer la menace, notamment le retour des combattants terroristes étrangers;

23.   Condamne avec la plus grande fermeté tous les attentats visant des civils et les forces afghanes et internationales, qu’il s’agisse d’attentats commis à l’aide d’engins explosifs improvisés, d’attentats-suicides, d’assassinats ou d’enlèvements, qui nuisent à l’entreprise de stabilisation, de reconstruction et de développement de l’Afghanistan, et condamne également l’utilisation de civils comme boucliers humains par les Taliban, notamment le Réseau Haqqani, ainsi que par Al-Qaida, les groupes affiliés à l’EIIL (Daech), d’autres groupes terroristes, des groupes extrémistes violents et des groupes armés illégaux, souligne qu’il faut amener les auteurs, organisateurs, financiers et instigateurs de ces actes à en répondre et les traduire en justice et demande instamment à tous les États de coopérer activement à cet effet avec le Gouvernement afghan et toute autre autorité compétente, conformément aux obligations que leur imposent le droit international et ses résolutions pertinentes;

24.   Condamne fermement la poursuite des livraisons d’armes, notamment d’armes légères et de petit calibre, de matériel militaire et de composants d’engins explosifs improvisés aux Taliban, notamment au Réseau Haqqani, ainsi qu’à Al-Qaida, aux groupes affiliés à l’EIIL (Daech) et à d’autres groupes terroristes, à des groupes extrémistes violents, à des groupes armés illégaux et à des criminels, et encourage les États Membres à échanger des informations, à nouer des partenariats et à se doter de stratégies et de moyens leur permettant de lutter contre les engins explosifs improvisés;

25.   Condamne avec la plus grande fermeté tous les actes de violence commis à l’encontre d’agents diplomatiques et consulaires ou d’autres représentants de la communauté internationale en Afghanistan;

26.   Condamne fermement la poursuite des attaques contre le personnel humanitaire et les agents de l’aide au développement, et exhorte toutes les parties au conflit à respecter pleinement le droit international humanitaire, et à coopérer entièrement avec les organismes des Nations Unies et les autres organisations humanitaires et à garantir au personnel humanitaire un accès sûr, rapide et sans entrave aux populations civiles touchées, y compris les réfugiés et les déplacés, et la possibilité d’acheminer fournitures et matériel pour pouvoir remplir efficacement sa mission auprès de ces populations;

27.   Réaffirme que toutes les parties à un conflit armé doivent s’acquitter pleinement des obligations qui leur incombent en vertu du droit international, notamment du droit international humanitaire, d’assurer le respect et la protection des agents humanitaires et du personnel médical, de leurs moyens de transport et de leur matériel, ainsi que des hôpitaux et des autres installations médicales;

28.   Renouvelle son soutien au Gouvernement afghan et, en particulier, aux Forces nationales de défense et de sécurité afghanes, dans leur mission de sécurisation du pays et de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, et engage le Gouvernement afghan, aidé en cela par la communauté internationale, à continuer à faire face à la menace que font peser sur la sécurité et la stabilité de l’Afghanistan les Taliban, notamment le Réseau Haqqani, ainsi qu’Al-Qaida, les groupes affiliés à l’EIIL (Daech) et d’autres groupes extrémistes violents, les groupes armés illégaux, les criminels et ceux qui se livrent à la production ou au trafic de stupéfiants;

29.   Souligne qu’une véritable coopération inter et intra-institutions des services de répression et de sécurité est un élément essentiel de toute stratégie efficace de lutte contre le terrorisme et encourage l’Afghanistan à renforcer encore la coordination, à la fois entre les organes chargés de l’application des lois et avec leurs homologues d’autres États, salue l’action qu’il continue de mener pour se doter d’une stratégie nationale globale et intégrée de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent pouvant déboucher sur le terrorisme, et l’exhorte, avec l’appui de la communauté internationale, à poursuivre l’élaboration de cette stratégie ainsi que des mécanismes efficaces de sa mise en œuvre, compte tenu de l’attention qu’il convient de porter aux conditions pouvant déboucher sur le terrorisme, conformément aux obligations qui lui incombent en vertu du droit international, et rappelle les recommandations et les besoins d’assistance technique connexes recensés dans le rapport sur la visite ciblée du Comité contre le terrorisme en Afghanistan;

30.   Encourage la collaboration des populations locales et des organisations non gouvernementales compétentes ainsi que la participation et l’autorité des femmes et des organisations de femmes au titre de la formulation et de la mise en œuvre de stratégies de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent pouvant déboucher sur le terrorisme, notamment dans le cadre de la répression de l’incitation à commettre des actes terroristes, de la diffusion de messages visant à lutter contre la propagande et d’autres interventions pertinentes, et en renforçant leur capacité de le faire efficacement;

31.   Souligne l’importance des stratégies nationales pertinentes de poursuites, de réinsertion et de réintégration des combattants terroristes étrangers;

32.   Se félicite des résultats obtenus à ce jour dans l’exécution du Programme de lutte antimines pour l’Afghanistan, notamment la ratification du Protocole V relatif aux restes explosifs de guerre à la Convention de 1980 sur certaines armes classiques, et encourage le Gouvernement afghan, avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies et de toutes les parties intéressées, à poursuivre son action en vue d’enlever et de détruire les mines antipersonnel et antichars et les restes explosifs de guerre et de fournir une aide en vue de soigner les victimes et d’assurer leur réadaptation et leur réinsertion économique et sociale;

33.   Se dit préoccupé par le nombre toujours très élevé de victimes parmi les enfants et le recrutement et l’utilisation d’enfants en Afghanistan, notamment par des groupes terroristes et extrémistes, félicite le Gouvernement afghan d’avoir adopté une législation interdisant l’utilisation et le recrutement d’enfants dans ses forces armées et créé des unités locales de protection de l’enfance, et salue les progrès réalisés dans l’application du Plan d’action pour la prévention du recrutement de mineurs, souligne la nécessité de protéger les écoles et les hôpitaux, condamne de nouveau fermement toutes les violations et exactions commises contre des enfants dans des situations de conflit armé, et demande que les responsables soient traduits en justice, et, à cet égard, prie la MANUA de continuer à appuyer les efforts visant à renforcer la protection des enfants touchés par les conflits armés, y compris la collaboration avec le Gouvernement afghan afin de mettre pleinement en œuvre le Plan d’action et la Feuille de route, et les actions menées pour promouvoir la responsabilisation et lutter contre les autres violations et sévices, notamment la violence sexuelle contre les enfants, et prie le Secrétaire général de continuer à accorder la priorité aux activités et capacités de protection de l’enfance de la MANUA et de faire figurer dans ses rapports futurs la question des enfants et des conflits armés dans le pays, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité;

34.   Engage les États à renforcer leurs efforts ainsi que la coopération internationale et régionale pour parer à la menace que font peser sur la communauté internationale la production, le trafic, et la consommation de drogues illicites en provenance d’Afghanistan qui constituent une part substantielle des ressources financières des Taliban et de leurs associés et pourraient également profiter à Al-Qaida, l’EIIL (Daech) et d’autres groupes terroristes affiliés, et à agir conformément au principe de responsabilité commune et partagée de la résolution du problème de la drogue en Afghanistan, notamment grâce à la coopération dans le domaine de la lutte contre les stupéfiants et les précurseurs, en mettant également l’accent sur l’importance de la coopération en matière de gestion des frontières, insiste sur la nécessité de renforcer l’appui régional et international au Plan afghan de lutte contre les stupéfiants, et salue l’action que continue de mener l’ONUDC pour doter le Ministère afghan de lutte contre les stupéfiants des moyens de le mettre en œuvre, apprécie les travaux menés au titre de l’Initiative du Pacte de Paris, de son processus dit « Paris-Moscou » et par ses partenaires, dont l’Union européenne, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’Organisation du Traité de sécurité collective et l’Organisation de Shanghai pour la coopération, ainsi que l’action du Centre régional d’information et de coordination d’Asie centrale pour la lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, de substances psychotropes et de leurs précurseurs, et encourage le Comité créé par la résolution 1988 (2011) et le Comité faisant suite aux résolutions 1267 (1999), 1989 (2011) et 2253 (2015) à continuer de s’intéresser aux liens entre le produit de la criminalité organisée, notamment la production illicite et le trafic de stupéfiants et de leurs précurseurs, et le financement, respectivement, des Taliban, notamment du Réseau Haqqani, de l’EIIL (également appelé Daech), d’Al-Qaida, et des personnes, groupes, entreprises ou entités qui leur sont associés;

35.   Souligne à nouveau combien il importe d’accélérer la mise en place d’une justice équitable et transparente, de mettre fin à l’impunité et de contribuer à l’affirmation de l’état de droit dans l’ensemble du pays, souligne qu’il importe de progresser encore sur la voie de la reconstruction et de la réforme du secteur pénitentiaire en Afghanistan afin que la légalité et les droits de l’homme y soient mieux respectés et que les organisations compétentes aient accès, le cas échéant, à toutes les prisons et à tous les lieux de détention en Afghanistan, accueille avec satisfaction le Plan national relatif à l’élimination de la torture ainsi que le Code pénal révisé et les initiatives du Gouvernement afghan visant à assurer la cohérence avec les obligations et les engagements internationaux de l’Afghanistan, souligne la nécessité de mettre pleinement en œuvre ces initiatives, invite le Gouvernement afghan à honorer l’engagement qu’il a pris de ratifier le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture, et demande que soit pleinement respecté le droit international, dont le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme;

36.   Salue les engagements que le Gouvernement afghan a pris dans le domaine de la lutte contre la corruption et se félicite à cet égard de la création du Haut Conseil de l’état de droit, de la gouvernance, de la justice et de la lutte contre la corruption, du Centre de justice anticorruption et de la Commission nationale des marchés publics, et de l’adoption de la stratégie nationale de lutte contre la corruption le 28 septembre, et appelle à sa mise en œuvre effective, encourage toutes les institutions afghanes, notamment les pouvoirs exécutif et législatif, à combattre la corruption et asseoir les principes de bonne gouvernance, se félicite des progrès accomplis à cet égard, et souligne que les initiatives nationales visant à appliquer les plans de lutte contre la corruption doivent être poursuivies et que la communauté internationale doit continuer à prêter son concours technique à cet égard;

37.   Demande que soient pleinement respectés et protégés les droits de l’homme et les libertés fondamentales, conformément au droit international, notamment le droit humanitaire international, sur tout le territoire afghan, et se dit préoccupé par les restrictions continues de la liberté des médias, y compris les attaques contre les journalistes perpétrées par des terroristes et des groupes extrémistes et criminels ainsi que par les informations faisant état de menaces contre des défenseurs des droits de l’homme, la Commission indépendante des droits de l’homme en Afghanistan, des personnalités religieuses ainsi que des enquêteurs, juges et procureurs;

38.   Demande de redoubler d’efforts pour garantir les droits des femmes et des filles et de veiller à ce qu’elles soient protégées contre la violence et les mauvais traitements, y compris contre la violence sexuelle et sexiste, et que les auteurs de ces actes en soient tenus responsables, et souligne qu’il importe de garantir une protection égale devant la loi et une égalité devant les tribunaux, conformément au droit international, et l’égalité d’accès à la justice, notamment par des objectifs mesurables et orientés vers l’action et l’intégration de compétences, de connaissances et de moyens d’action en matière d’égalité des sexes;

39.   Se félicite de la volonté du Gouvernement afghan de donner aux femmes une autonomie politique et économique, réaffirme à cet égard qu’il importe d’accroître leur participation pleine et effective à la prise de décisions, y compris dans les pourparlers de paix et les stratégies globales de consolidation de la paix aux niveaux national et infranational, lui demande de mettre pleinement en œuvre et de financer le Plan d’action national 1325, l’encourage à trouver de nouveaux moyens de promouvoir la participation des femmes au processus de paix dirigé et contrôlé par les Afghans, et sollicite l’appui de la MANUA à cet égard, et prie le Secrétaire général de continuer de donner dans ses rapports des informations pertinentes sur l’intégration des femmes à la vie politique, économique et sociale de l’Afghanistan et demande également aux membres de la communauté internationale de lui fournir une assistance en tant que de besoin;

40.   Réaffirme son soutien à l’action que mène actuellement l’Afghanistan au niveau régional, dans le cadre du Processus d’Istanbul sur la sécurité et la coopération régionales pour la paix et la stabilité en Afghanistan et des sommets de la Conférence sur la coopération économique régionale concernant l’Afghanistan, salue les initiatives visant à renforcer la confiance et la coopération mutuelles, dont celles de l’Organisation de la coopération islamique, de l’Organisation de Shanghai pour la coopération, y compris de son groupe de contact sur l’Afghanistan qui s’est réuni à Moscou le 11 octobre 2017, de l’Organisation du Traité de sécurité collective, de l’Association sud-asiatique de coopération régionale et de la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie, ainsi que celles prises dans le cadre du dialogue de Moscou, du Groupe de coordination quadrilatérale composé de l’Afghanistan, de la Chine, du Pakistan et des États-Unis d’Amérique, du Sommet trilatéral sur l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan, du Sommet trilatéral sur l’Afghanistan, le Pakistan et la Turquie, du Sommet trilatéral sur l’Afghanistan, le Pakistan et le Royaume-Uni, du Dialogue des ministres des affaires étrangères de la Chine, de l’Afghanistan et du Pakistan et du Mécanisme quadrilatéral de coopération et de coordination dans la lutte contre le terrorisme constitué de l’Afghanistan, de la Chine, du Pakistan et du Tadjikistan;

41.   Salue les efforts déployés pour renforcer la coopération économique régionale, notamment les mesures prises pour faciliter les liaisons, le commerce et le transit au niveau régional, en particulier dans le cadre d’initiatives régionales de développement comme celles baptisées « Ceinture économique de la Route de la soie et Route de la soie maritime du XXIe siècle », de projets régionaux de développement comme le projet de construction d’une conduite de gaz naturel dans la zone Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde, le projet pour le commerce et l’approvisionnement en électricité en Asie centrale et en Asie du Sud (CASA-1000), le projet de port de Chabahar entre l’Afghanistan, l’Inde et la République islamique d’Iran, l’accord pour la création du Couloir lapis-lazuli de transit, commerce et transport et le projet de lignes ferroviaires entre Aqineh et le Turkménistan et entre Hérat et Khawaf, et d’accords bilatéraux de commerce et de transit, d’une coopération consulaire élargie pour l’octroi de visas et de la facilitation des voyages d’affaires, et pour favoriser le commerce international, accroître les investissements étrangers et développer les infrastructures, notamment en ce qui concerne les raccordements, l’offre énergétique, les transports et la gestion intégrée des frontières, afin de promouvoir une croissance économique durable et la création d’emplois en Afghanistan et dans la région, et exhorte à cet égard toutes les parties prenantes à garantir l’instauration d’un climat sûr, propice à la pleine mise en œuvre de ces initiatives de développement et accords commerciaux;

42.   Rappelle que la coopération régionale en matière de sécurité est essentielle pour maintenir la stabilité en Afghanistan et dans la région, salue les progrès accomplis par l’Afghanistan et les partenaires régionaux dans ce domaine, et invite l’Afghanistan et les partenaires et organisations régionaux à continuer de s’employer à affermir leurs partenariats et leur coopération, notamment pour renforcer les capacités des forces de sécurité afghanes et améliorer la sécurité dans la région;

43.   S’inquiète que le nombre de déplacés et de réfugiés afghans reste important, invite vivement le Gouvernement afghan à redoubler d’efforts pour garantir la protection de toutes les personnes déplacées conformément à la politique nationale en la matière, et en faisant du rapatriement librement consenti, en toute sécurité et dans la dignité, et de la réinsertion des réfugiés afghans, l’une de ses plus hautes priorités nationales, encourage tous les efforts qu’il déploie pour mettre en œuvre cet engagement, et demande que la communauté internationale poursuive et renforce son aide à cet égard;

44.   Prie le Secrétaire général de lui présenter tous les trois mois un rapport sur l’évolution de la situation en Afghanistan dans lequel seront évalués les progrès réalisés au regard des critères définis pour mesurer et suivre l’avancement de la mise en œuvre du mandat, y compris au niveau infranational, et des priorités de la MANUA définies dans la présente résolution;

45.   Décide de rester activement saisi de la question.

Déclarations

M. TADAMICHI YAMAMOTO, Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan, s’est dit impressionné par la résilience des femmes afghanes, qui jouent un rôle crucial pour maintenir la cohésion de la société.  Il a souligné le succès du Processus de Kaboul qui s’est déroulé il y a une semaine, ajoutant que toutes les parties concernées, y compris les Taliban, ont agréé l’idée qu’un règlement politique négocié est la seule manière de mettre fin au conflit.  Le Président Ashraf Ghani a fait une proposition de paix aux Taliban sans conditions préalables et esquissé une voie pour des négociations en prenant une série de mesures concrètes pour créer l’espace propice à l’ouverture de pourparlers, a-t-il dit.  « L’offre de négociation est sur la table », a-t-il noté, ajoutant qu’il incombe désormais aux Taliban de faire leur propre proposition et d’entamer des pourparlers directs avec le Gouvernement.  Il a estimé que l’argument des Taliban, selon lequel ils ne parleront pas au Gouvernement parce que le conflit n’oppose pas des parties afghanes, déforme la réalité.  Des dizaines de milliers d’Afghans sont tués et blessés chaque année en raison d’affrontements entre les Taliban et les forces gouvernementales, a-t-il argué.

M. Yamamoto a déclaré qu’un processus de paix a davantage de chance de réussir lorsque les femmes font partie des négociations, saluant à cet égard l’intention du Président afghan de les inclure.  Faire la paix demande du courage, de la détermination et l’unité de la nation, a-t-il dit.  À ce titre, le Représentant spécial s’est dit préoccupé par certaines actions susceptibles de nourrir les tensions sociales et a exhorté les dirigeants afghans à mettre l’intérêt du pays au-dessus de toute considération partisane.  L’impasse politique persistante autour de la province de Balkh doit être réglée rapidement grâce à une solution négociée, a-t-il déclaré, en espérant que cette situation ne sape pas l’autorité du Gouvernement.  M. Yamamoto a souligné l’importance de la tenue des élections parlementaires en 2018 et de l’élection présidentielle en 2019.  La Commission électorale indépendante travaille d’arrache-pied mais le calendrier est serré, a-t-il reconnu en précisant que, selon la déclaration du Président de la Commission, les élections devraient être reportées au-delà de leur date prévue de juillet 2018 mais devraient se dérouler cette année.  Il a appelé les autorités à intensifier leurs efforts en vue de permettre à tous les Afghans éligibles de voter en leur délivrant notamment une carte d’identité.  Nous travaillons étroitement avec la Commission en appuyant ses opérations et en la conseillant sur ses décisions afin de dissiper le scepticisme qui entoure le processus électoral, a-t-il indiqué en relevant cependant que « ce scepticisme demeure profond ».

M. Yamamoto a salué l’entrée en vigueur d’un nouveau code pénal, ainsi que l’adoption par le Cabinet afghan d’un amendement destiné à protéger juridiquement les femmes de toute violence.  Il a précisé que plus de 1 200 femmes, l’année dernière, avaient été tuées et blessées lors d’attaques et d’affrontements, avant de se dire préoccupé par l’augmentation du nombre de victimes civiles causées par l’État islamique d’Iraq et du Levant – province du Khorassan.  Ce dernier a élargi sa présence géographique dans le nord du pays depuis son bastion dans l’est, a-t-il averti.

Abordant la question des réfugiés et personnes déplacées, le Représentant spécial a indiqué que 1,5 million d’entre eux étaient revenus en Afghanistan en 2016 et 2017, mettant en difficulté les services sociaux du pays.  Il est probable que des centaines de milliers d’Afghans soient contraints de quitter le Pakistan cette année pour revenir dans leur pays, a-t-il dit, en soulignant la responsabilité des autorités de les prendre en charge.  M. Yamamoto a salué l’inauguration de la construction en Afghanistan du gazoduc traversant le Turkménistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde, « un succès de la coopération régionale ».  Enfin, M. Yamamoto a noté les tâches importantes de la MANUA cette année, en particulier l’appui aux efforts de paix et à la lutte contre la corruption. 

Mme HABIBA SARABI, du Haut Conseil pour la paix de l’Afghanistan, s’est dite honorée d’avoir l’occasion de représenter les femmes afghanes devant le Conseil de sécurité.  La vie des femmes afghanes a connu des changements « remarquables » depuis 17 ans, s’est félicitée Mme Sarabi, en citant aussi bien leurs efforts constants que la Constitution du pays, qui leur a permis de prendre part aux débats politiques et sociaux du pays.  Elle a rappelé que l’Afghanistan avait adhéré à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et adopté la loi sur l’élimination de la violence contre les femmes.  Aujourd’hui, des femmes occupent des postes importants dans l’administration nationale et provinciale, y compris 242 procureures et 300 juges, a-t-elle relevé, notant aussi que les filles représentent 40% des enfants scolarisés.

Signe des progrès réalisés par les femmes dans le monde des affaires, une chambre de commerce des femmes a été mise sur pied pour soutenir les petites et moyennes entreprises.  Mme Sarabi a également souligné la participation des femmes au processus de paix, notamment au sein du Haut Conseil pour la paix, qui reconnaît qu’il ne peut y avoir de paix sans une participation significative des femmes. 

S’agissant du second Processus de Kaboul, elle a souligné que le Président afghan était ouvert à la reconnaissance des Taliban comme parti politique, à la condition qu’ils s’engagent à respecter l’état de droit et les droits des femmes, conformément à la Constitution.  En conclusion, Mme Sarabi a déclaré que le respect des droits des femmes est une condition préalable à tout dialogue pour la paix et la réconciliation. 

Mme MARIAM SAFI, Directrice exécutive d’Organization for policy Research and Developement studies (DROPS), a fait état de nombreux progrès accomplis depuis 2001, marqués notamment par l’émergence d’une nouvelle génération active de jeunes, la représentation des femmes dans tous les secteurs de la société afghane et le renforcement d’un système démocratique de gouvernance.  Et, pourtant, a-t-elle ajouté, malgré les engagements pris en 2014 dans le cadre d’un code de conduite sur la protection des civils, les Taliban ont continué de lancer des attaques dans les zones fortement peuplées sans tenir compte des civils.  Elle a imploré le Conseil de sécurité de veiller à ce que la justice de transition ne soit pas mise en cause dans le cadre de la recherche de la paix et de la réconciliation.  L’accord de paix signé avec le Hezb-i-Islami en septembre 2016 montre que la paix est possible en Afghanistan, a-t-elle estimé, mais elle a fait aussitôt observer qu’il montrait aussi que les acteurs pouvaient facilement mettre de côté le besoin d’une réconciliation communautaire, exclure les femmes et la société civile et prendre des mesures qui renforcent la culture de l’impunité.

Pour Mme Safi, si les questions de sécurité restent la principale préoccupation, elles ne sont pas la seule cause de désespoir pour les Afghans.  L’insécurité et l’instabilité politique sont liées et contribuent toutes deux à l’émigration des Afghans.  Pour la première fois, on voit de jeunes Afghanes entreprendre le périlleux voyage vers l’étranger, a-t-elle remarqué.  

Rappelant « l’offre de paix » présentée la semaine dernière aux Taliban par le Gouvernement afghan dans le cadre de la deuxième session du Processus de Kaboul, Mme Safi a fait observer qu’il existait un large consensus au sein de la population afghane sur le besoin de paix, mais aussi de grandes différences sur le meilleur moyen d’y parvenir.  Les différences portent notamment sur le mouvement opportun pour de telles négociations, les lignes rouges à ne pas franchir dans les négociations, le devenir de la justice en cas d’accord, les droits des femmes, la participation des femmes aux négociations, l’après-accord et le sens même de la paix pour les différents secteurs de la société afghane.  Mme Safi a en particulier rappelé que, pour les femmes afghanes, il était absolument nécessaire que l’État définisse le type de paix qui doit résulter des négociations.  Les femmes estiment en effet que leurs droits sont intimement liés aux résultats du processus de paix et ne veulent pas que 17 années de progrès soient considérées comme négociables.  Or, elles craignent notamment que la réintégration des anciens combattants, surtout dans les zones rurales, ne résulte en de nouvelles violences contre les femmes, y compris à titre de représailles. 

Mme Safi a également dénoncé les revers dans la mise en œuvre du plan d’action national adopté par le Gouvernement dans le droit fil de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité, estimant que la voix des femmes dans les processus de prise de décisions était souvent symbolique et qu’il existait une grande différence entre la rhétorique sur l’appropriation locale et la réalité.  En outre, le Gouvernement afghan reste faible, du fait de son manque de financements.  Mme Safi a appelé le Conseil de sécurité à suivre de très près tout éventuel amendement à la Constitution afghane dans le cadre du processus de paix.  Le passé nous enseigne qu’un appui à un processus de paix mené par les Afghans ne suffira pas à lutter contre le terrorisme, a-t-elle averti, avant de demander au Conseil de sécurité et à la communauté internationale de persuader le Pakistan de participer réellement à tous les efforts de lutte contre le terrorisme et de soutenir le dialogue afghan pour la paix. 

M. MAHMOUD SAIKAL (Afghanistan) a indiqué que les groupes terroristes, malgré les efforts pour les démanteler, demeuraient une menace pour le pays.  Comme points positifs, il a mentionné le processus de dialogue national en cours en Afghanistan autour de questions cruciales pour l’avenir du pays, le succès des efforts de paix et la préparation des prochaines élections cette année.  Saluant la récente visite effectuée par le Conseil de sécurité dans son pays, M. Saikal a rappelé la requête de son gouvernement de voir le Conseil résoudre les problèmes du parrainage des groupes terroristes et des sanctuaires régionaux dont ces derniers bénéficient.  Il a salué les récentes mesures visant à promouvoir une véritable coopération antiterroriste.  La réduction de l’aide accordée à l’État concerné et son inclusion sur la liste de surveillance du Groupe d’action financière (GAFI) est une tentative renouvelée d’encourager une action véritable afin de vaincre le terrorisme, a-t-il déclaré.  Le représentant a déploré cependant que, quelques jours seulement après la visite du Conseil, les parrains régionaux du terrorisme ont déclenché une nouvelle vague d’attaques terroristes.  Il a dénoncé en particulier la sauvagerie de la récente attaque conduite par le réseau Haqqani des Taliban contre l’hôtel Intercontinental à Kaboul.  « Quand est-ce que les parrains régionaux de ces attaques rendront-ils des comptes? » a-t-il demandé.

Le délégué a noté la proposition sans précédent faite par le Président Ghani aux Taliban, pour des pourparlers directs sans conditions.  Si les Taliban répondent positivement, ils pourront alors devenir des citoyens comme les autres et être autorisés à s’engager dans la vie politique dans le respect des règles de la démocratie, en bénéficiant d’une levée des sanctions prises contre eux par le Conseil, a-t-il dit.  « En échange, ils doivent abandonner la violence », a-t-il demandé, en les exhortant à saisir cette chance historique. 

Le délégué a dénoncé les tentatives des parrains régionaux du terrorisme visant à déformer la réalité en ce qui concerne leurs agissements.  Pour répondre « aux preuves irréfutables de leur complicité dans l’appui donné aux groupes terroristes », ces parrains accusent l’Afghanistan d’offrir à ces groupes des sanctuaires régionaux, a-t-il déclaré.  « Ces parrains régionaux exploitent la dynamique démocratique en Afghanistan pour semer la discorde et présentent leurs attaques terroristes savamment orchestrées comme une guerre civile », a-t-il accusé.  « À la lumière des attaques terroristes perpétrées dans le monde, le temps est venu d’ouvrir le débat sur le parrainage régional des groupes terroristes exportés dans notre pays. » 

Pour M. Saikal, l’objectif du Processus de Kaboul n’est pas seulement de parler aux Taliban: ce processus vise à mettre fin au conflit, à parvenir à la paix et à préserver l’ordre démocratique.  « Les Taliban ne devront pas être autorisés à faire un mauvais usage de l’opportunité actuelle comme ils ont pu le faire par le passé. » 

Le représentant afghan a ensuite réaffirmé l’engagement de son gouvernement d’œuvrer à l’autonomisation des femmes et souligné le grand nombre de femmes occupant des postes de ministres, de parlementaires et d’ambassadeurs.  Il a salué le renouvellement du mandat de la MANUA, avant de dire que la lutte contre le trafic de stupéfiants est l’une des priorités de son pays.  Les saisies d’opium ont atteint leur niveau le plus élevé depuis 2012, a-t-il donné en exemple.  Enfin, M. Saikal a demandé le financement du plan de réponse humanitaire commun en faveur des réfugiés pour les années 2018 à 2021.  En 2018, 437 millions de dollars sont nécessaires pour apporter une aide à 2,8 millions de personnes dans le besoin, a-t-il signalé.

Mme SIGRID KAAG, Ministre du commerce international et de la coopération au développement des Pays-Bas, a rappelé l’importance de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité du 31 octobre 2000 et le rôle que les Pays-Bas, alors membre du Conseil, avaient joué pour son adoption.  Ce texte, a-t-elle ajouté, est un cadre politique qui montre clairement que, sans les femmes, la paix n’a aucune chance, mais aussi qu’il est de la responsabilité des femmes d’apporter la paix.  La Ministre a ensuite noté que l’Afghanistan faisait partie de la minorité de pays qui avaient adopté un plan national d’action pour assurer la mise en œuvre de la résolution, mais elle a regretté le grand fossé qui existe dans ce pays entre les normes mises en place en faveur des femmes et l’amère réalité.  Ainsi, a relevé Mme Kaag, il existe trop peu de négociations de paix dans lesquelles les femmes jouent un rôle actif.  En outre, la résolution 1325 ne concerne pas seulement la participation des femmes, mais aussi leur protection contre les violences sexuelles et sexistes en situation de conflit.

Mme Kaag a estimé qu’il existait clairement des raisons d’espérer pour les femmes afghanes, rappelant notamment qu’elles avaient obtenu le droit de vote en 1919, et qu’il existait aujourd’hui 250 femmes juges et 68 députées.  Mais, a-t-elle ajouté, si de nombreuses femmes afghanes montrent qu’avec du courage et de la persévérance, presque tout est possible, trop d’autres vivent dans une situation si difficile qu’elle en est insurmontable sans notre aide.  S’il est clair que de nombreux progrès ont été réalisés depuis la chute du régime des Taliban, beaucoup de ces réformes restent fragiles et le pays continue de connaître de nombreux défis, a-t-elle noté en citant les attaques violentes, la pauvreté, la corruption, la discrimination et le manque d’opportunités pour les jeunes. 

La Ministre a rappelé qu’il ne pouvait y avoir de paix sans négociations inclusives menées par le Gouvernement afghan et estimé qu’à cette fin, le Processus de Kaboul constitue l’instrument adéquat.  Pour Mme Kaag, la communauté internationale doit pour sa part concentrer son énergie à soutenir les pourparlers de paix, car la solution est politique.  Les pays donateurs doivent en outre unir leurs efforts, alors que, trop souvent, ils ont des objectifs parallèles, voire conflictuels.  Il faut aussi une approche qui intègre la sécurité mais aussi le développement et les droits de l’homme, ce qui exige de la créativité.  Les Pays-Bas entendent être un partenaire constructif et fiable pour l’Afghanistan, comme ils le sont depuis 17 ans, notamment en soutenant le Fonds d’affectation spéciale pour la reconstruction de l’Afghanistan, a assuré la Ministre qui a conclu son intervention en saluant la décision du Secrétaire général d’accueillir à Genève une conférence ministérielle sur l’Afghanistan le 28 novembre prochain. 

Mme ANNIKA SÖDER, Ministre adjointe des affaires étrangères de la Suède, a souligné l’importance de la participation des femmes comme agents électoraux, électrices et candidates au moment où l’Afghanistan se prépare à des élections en 2018 et 2019.  La Ministre a souhaité que le Gouvernement et les organes de gestion des élections prévoient les étapes nécessaires pour développer et mettre en œuvre des plans pour garantir la sécurité et la tenue d’élections sensibles au genre, afin de créer un environnement dans lequel les femmes et les hommes peuvent concourir à des postes électifs, mener librement des campagnes et voter.

Mme Söder a ensuite suggéré quatre domaines d’action où des efforts intensifiés pourraient faire la différence pour les Afghanes, le premier étant l’accès sûr aux soins de santé et à l’éducation, et le deuxième, l’investissement dans les femmes.  L’Afghanistan est l’un des deux pays d’Asie du Sud à avoir un plan national d’action pour les femmes, la paix et la sécurité, a-t-elle fait remarquer en appelant à fournir des ressources humaines et financières adéquates pour sa mise en œuvre.  En troisième lieu, elle a salué les efforts du Gouvernement pour prévenir la violence contre les femmes, l’encourageant à veiller à ce que toute la législation sur cette question soit intégrée dans le Code pénal.  La Ministre a exprimé à ce propos son soutien à l’organisation « Women for Afghan Women » qui travaille à la création d’un système national de prévention de la violence sexiste.  Enfin, elle a plaidé pour que les femmes soient présentes dans toutes les sphères de la société afghane, jugeant encourageante l’augmentation sensible du nombre de femmes au sein de la police et de l’armée.  La Ministre a salué en passant la nouvelle loi contre le harcèlement, en demandant qu’elle soit entièrement appliquée. 

Mme RUTH ANDREYEVA (Royaume-Uni) s’est réjouie de voir autant de femmes présentes au Conseil aujourd’hui.  Les femmes ont un rôle clef à jouer pour assurer l’avenir du pays, a-t-elle dit.  Elle a salué la révision du Code pénal afghan qui protège davantage les femmes et souhaité sa pleine mise en œuvre pour une bonne reddition de comptes des actes de violence commis contre elles.  La présence de la MANUA est essentielle, a-t-elle aussi déclaré en souhaitant la mise en œuvre de l’examen stratégique de la Mission afin de la rendre plus efficace.  La représentante s’est d’ailleurs félicitée que cet aspect figure dans la résolution adoptée aujourd’hui.

Mme Andreyeva a souligné la nécessité d’un processus politique dirigé par les Afghans eux-mêmes, avant de saluer « l’offre audacieuse » faite par le Président Ghani, offre qui donne la possibilité aux Taliban de s’intégrer dans la société afghane.  Elle a en revanche déploré que cet aspect n’ait pas pu être inclus dans la résolution.  Enfin, la déléguée britannique a jugé cruciale la tenue des prochaines élections pour la stabilité du pays et demandé l’achèvement rapide de l’inscription des électeurs sur les listes électorales. 

M. MA ZHAOXU (Chine) a rappelé le rôle que les femmes jouent pour la paix dans le monde, y compris celles qui servent comme Casques bleus dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  Il a ensuite rappelé l’importance de la paix en Afghanistan pour la région tout entière.  C’est pourquoi, a-t-il ajouté, la communauté internationale doit continuer d’appuyer ce pays, pour l’aider à relever ses défis politiques, économiques et de développement.  La résolution qui vient d’être adoptée par le Conseil de sécurité indique que toutes les parties doivent pouvoir bénéficier de l’initiative des Routes de la soie, a fait observer le représentant.  La Chine continuera de travailler avec toutes les parties pour que l’Afghanistan puisse tirer pleinement parti de tous ces atouts et participer à l’intégration régionale.

Par ailleurs, la réconciliation nationale étant essentielle, la Chine appuie le processus de paix dirigé par les Afghans eux-mêmes et a participé à ce titre à la deuxième réunion du Processus de Kaboul en février, a dit le représentant en assurant que son pays était prêt à se joindre à la communauté internationale pour contribuer à la création d’un climat propice à des pourparlers de paix entre le Gouvernement et les Taliban.  Le représentant a également rappelé que son pays avait accueilli le dialogue des Ministres des affaires étrangères de l’Afghanistan et du Pakistan, avant de mentionner le rôle de l’Organisation de coopération de Shanghai et de se féliciter du travail de la MANUA. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a souligné les efforts louables du Gouvernement afghan pour promouvoir la stabilité du pays.  En même temps, il s’est dit préoccupé par la persistance de la violence en Afghanistan et a condamné les récentes attaques terroristes.  Le délégué a également souligné la nécessité de lutter contre la corruption et contre le trafic de stupéfiants.

Le représentant a ensuite demandé la tenue d’élections inclusives et justes en 2018 et 2019, espérant qu’elles voient une participation élevée des femmes et des jeunes.  En cette journée du 8 mars, le représentant a rappelé, en conclusion, qu’une participation accrue des femmes permettait de renforcer la résilience d’une société et d’accroître les chances de succès d’un processus de paix. 

Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) a rappelé que les femmes et les enfants constituaient la partie la plus vulnérable de la société afghane, et pris note des efforts consentis par le Gouvernement afghan, qui notamment met en application sa loi sur l’élimination de la violence à l’encontre des femmes ainsi que les dispositions de la résolution 1325 (2000).  Elle a misé sur le plan national d’action à long terme pour promouvoir une participation effective des femmes au processus de paix.  Pour l’Éthiopie, la stabilité en Afghanistan ne sera obtenue que par le biais d’un processus inclusif de réconciliation et un processus politique menés par les Afghans eux-mêmes.  C’est pourquoi elle juge positive l’offre de paix présentée par le Gouvernement aux Taliban dans le cadre du Processus de Kaboul, souhaite que la réponse de ces derniers soit positive et que s’engagent des pourparlers directs.  L’Éthiopie rappelle en outre que les acteurs internationaux et régionaux ont un rôle clef à jouer et se félicite donc de la déclaration du 28 février, qui soutient le Processus de Kaboul tout en réaffirmant son engagement à lutter contre le terrorisme.

Mme Guadey s’est inquiétée des tensions entre la présidence et le parti Jamiat-e-Islami, qui pourrait saper l’unité nationale, et a appelé les acteurs concernés à résoudre pacifiquement leurs différends, afin de pouvoir concentrer leurs efforts sur les multiples défis auxquels le pays reste confronté.  Elle a également jugé très important que les prochaines élections parlementaires et locales puissent se tenir à la date prévue, et a noté les progrès réalisés dans leur préparation, progrès qu’il faut accélérer.  La représentante a jugé essentiel que la communauté internationale apporte un soutien coordonné et global au pays pour lui permettre de mener ses réformes politiques et ses priorités en matière de développement, comme prévu dans le cadre national afghan pour la paix et le développement.  Enfin, elle s’est félicitée de la prorogation à l’unanimité du mandat de la MANUA. 

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a apporté son plein soutien au travail de la MANUA.  Elle a dit considérer le Processus de Kaboul comme un cadre prospectif permettant de réunir un grand nombre d’acteurs internationaux et régionaux, y compris les Nations Unies et l’Union européenne.  Dans ce contexte, elle a appelé le Gouvernement afghan à mettre en place, après consultation des femmes membres du Haut Conseil pour la paix, des procédures claires concernant la participation des femmes à tous les stades des négociations de paix avec les Taliban et d’autres acteurs du conflit.  Le combat contre les Taliban affecte les femmes, qui représentent 12% des victimes civiles liées au conflit, a rappelé la représentante, qui a également fait observer que le premier signe de la présence de Taliban était la fermeture des écoles aux filles et la réclusion des femmes. 

Mme Wronecka a rappelé que les femmes ne jouaient pas encore un rôle suffisamment important dans les processus de décision, même si leur proportion au sein du Haut Conseil pour la paix a augmenté jusqu’à représenter 20%.  Dans les vraies négociations, la voix des femmes est encore absente, a-t-elle regretté, tout en reconnaissant les efforts du Gouvernement pour renforcer leur présence dans la police et le secteur de la sécurité.  Ainsi, a-t-elle rappelé, aucune femme ne siège au Conseil national de sécurité, où la plupart des grandes décisions politiques et de sécurité sont prises.  La représentante a donc salué le rôle joué par les Nations Unies et notamment ONU-Femmes pour aider le Gouvernement afghan à donner davantage de pouvoir aux femmes.  Elle a aussi mis en avant les engagements pris en la matière lors du Sommet de Varsovie de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en 2016.

Après avoir rappelé le soutien de la Pologne aux activités de la MANUA visant à limiter le nombre des victimes civiles, et notamment des enfants, la représentante a mis l’accent sur les graves conséquences de la forte augmentation de la production et du trafic des drogues illicites en Afghanistan.  Elle a appelé le Gouvernement afghan et ses partenaires à renforcer leurs efforts de lutte contre ce fléau.  Enfin, elle a estimé que les prochaines élections parlementaires et locales constituaient une tâche importante pour le Gouvernement, qui doit veiller à un scrutin inclusif et transparent.  Elle a encouragé la MANUA à apporter son soutien au Gouvernement dans ce domaine, insistant pour qu’une des priorités du scrutin soit une forte participation des femmes, tant comme électrices que comme candidates. 

M. BERNARD TANOH-BOUTCHOUÉ (Côte d’Ivoire) a condamné la série d’attaques meurtrières qui ont endeuillé récemment l’Afghanistan, évoquant notamment les trois attentats qui ont eu lieu le 20 et le 27 janvier à Kaboul et à Jalalabad.  Il s’est félicité de la tenue, le 28 février, de la deuxième réunion du Processus de Kaboul, y voyant une étape importante sur la voie de la paix et de la réconciliation en Afghanistan.  De même, il a vu la « main tendue » du Président Ashraf Ghani aux Taliban comme un pas décisif vers des négociations franches entre ces derniers et le Gouvernement.  Le représentant a par ailleurs encouragé les parties prenantes afghanes à un dialogue ouvert sur la base des acquis de la Constitution de 2004, notamment le respect des droits des femmes. 

Évoquant ensuite la célébration de la Journée internationale consacrée aux droits des femmes, M. Tanoh-Boutchoué a rendu un hommage appuyé aux femmes afghanes pour leur importante contribution au processus de réconciliation et aux efforts de paix dans leur pays.  Il a appelé le Conseil de sécurité à donner aux femmes afghanes les moyens dont elles ont besoin pour consolider leur place au sein de la société et leur participation aux initiatives en faveur de la paix, tout en renforçant la protection de leurs droits.  Il a salué le lancement, en 2015, par le Gouvernement afghan, du plan d’action national pour la mise en œuvre de la résolution 1325, avant de plaider en faveur de la mise en place d’un mécanisme de financement de ce plan.

Mme AMY NOEL TACHCO (États-Unis) a salué le renouvellement du mandat de la MANUA avec l’espoir qu’elle s’acquitte de ses tâches le plus efficacement possible.  Elle a salué la proposition audacieuse faite récemment par le Gouvernement afghan et exhorté les Taliban à y répondre favorablement.  « La porte de la paix est ouverte », a-t-elle dit.  Elle a ensuite déclaré que les Taliban ont l’obligation de dire comment ils comptent s’intégrer à une société afghane démocratique, où le respect des droits des femmes est de mise.

La représentante a par ailleurs exhorté les pays voisins à aider à mettre fin au conflit en Afghanistan, jugeant non satisfaisante la situation actuelle.  Elle a exhorté le Gouvernement afghan à continuer d’accroître le rôle des femmes dans la société, avant d’appeler à la tenue d’élections justes et inclusives en 2018 et 2019.  « Ces élections sont vitales », a-t-elle dit.  Enfin, la déléguée s’est félicitée des nombreux signes de progrès détectés dans le pays et promis l’appui des États-Unis pour les préserver. 

Mme AMPARO MELE COLIFA (Guinée équatoriale) a dit apprécier le rôle crucial joué par la MANUA et toutes les agences des Nations Unies dans leur appui au peuple afghan et en faveur de la paix et la réconciliation, ainsi que dans les efforts visant à améliorer l’inclusivité des processus électoraux et une meilleure coordination de l’assistance internationale à l’Afghanistan.  Tout en se félicitant d’une baisse en 2016 des pertes humaines dans la population civile, elle s’est dite alarmée par leur niveau ainsi que par les attentats commis depuis le début de l’année.  Elle a appelé toutes les parties concernées à prendre des mesures pour protéger les civils et notamment les femmes et les enfants.  Rappelant que les violences sexuelles et sexistes en Afghanistan continuaient de préoccuper le monde, elle a apprécié l’entrée en vigueur du nouveau Code pénal et de la loi sur l’élimination des violences contre les femmes, en ajoutant qu’il fallait veiller à leur bonne application. 

La représentante a salué les efforts du Gouvernement afghan en faveur de la paix, en particulier son offre de paix du 28 février dernier.  Mais elle a déploré la faible présence de femmes dans les négociations de paix de haut niveau, ainsi que leur présence toujours limitée dans les organes de l’État.  Elle a estimé que le temps était venu de donner aux femmes leur pleine part, notamment dans le cadre de la mise en œuvre du  Programme de développement durable à l’horizon 2030. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a dit que le 8 mars est un jour férié en Russie, pendant lequel les femmes se reposent.  Il s’est dit très préoccupé par la situation en Afghanistan et notamment par la récente série d’attaques terroristes qui ont frappé le pays.  La présence de Daech est un facteur majeur de déstabilisation, a-t-il observé, en déplorant la présence de camps d’entraînement de Daech dans le pays par lesquels passent des citoyens russes et d’Asie centrale.  Il a souligné l’importance de la présence de l’ONU dans le pays, même si la MANUA n’est pas la panacée.  Il a souhaité que la Mission s’acquitte de ses missions le plus efficacement possible.

Le délégué russe a ensuite déploré que les préoccupations de son pays concernant la présence de Daech aient été ignorées lors des négociations.  La production d’opium a atteint un niveau sans précédent, a-t-il poursuivi, en demandant des efforts accrus pour lutter contre le trafic de stupéfiants.  Il a demandé de ne pas miser uniquement sur la pression militaire pour œuvrer à la réconciliation du pays, a-t-il dit, en demandant une solution politique négociée.  Enfin, il a insisté sur la dimension régionale du conflit afghan, avant d’appeler à la bonne tenue des élections prévues en 2018 et 2019.  Il faut éviter de polariser la société afghane, a-t-il déclaré, en appelant à une bonne concertation entre tous les acteurs. 

Mme CARLA CECILIA CARDONA MOSCOSO (Bolivie) a expliqué que, dans son pays, les femmes étaient un symbole de vitalité et de force.  Les femmes afghanes méritent des hommages à d’autres occasions que le 8 mars et elles devraient surtout pouvoir jouer un rôle dans la vie du pays et bénéficier de mesures concrètes, d’autant que, sans une participation minimale des femmes, la paix est impossible.  La représentante s’est toutefois dite très préoccupée par la hausse du nombre d’incidents violents depuis le début de l’année, qui ont fait de nombreuses victimes civiles.  Selon elle, l’insécurité restera latente tant que des organisations terroristes resteront implantées dans diverses parties du pays.  Elle s’est ensuite prononcée pour des négociations politiques et a souhaité des progrès dans la préparation des élections prévues à l’automne. 

La représentante s’est inquiétée des déplacements de populations qui n’ont pas de perspective de retour rapide.  Les pays de la région devraient éviter d’agir de manière à ce que le retour des réfugiés se fasse dans l’insécurité, a-t-elle prôné.  Enfin, elle a rappelé qu’il n’y avait pas de solution militaire à la situation que connaît l’Afghanistan et a dit soutenir tout processus de paix dirigé par les Afghans eux-mêmes, y compris l’actuel Processus de Kaboul. 

M. VASSILENKO (Kazakhstan) a annoncé que durant l’automne 2018, le Kazakhstan organisera une conférence sur l’élargissement des droits des Afghanes dans les domaines socioéconomique, politique, le partage d’expérience en matière de développement, l’égalité des sexes et les droits des femmes en Afghanistan.  Le Kazakhstan continuera aussi le programme d’éducation pour les Afghans, financé conjointement avec l’Union européenne à hauteur de 50 millions de dollars pour la période 2010 à 2021, qui bénéficiera à environ un millier d’Afghans qui vont poursuivre leurs études dans les universités kazakhes. 

Rappelant que le nombre des victimes des attaques terroristes ne fait qu’augmenter en Afghanistan, le représentant a conseillé d’étudier attentivement la proposition de négociations de paix du Président Ghani.  Il a ajouté qu’il était indispensable d’envisager de reconnaître les Taliban en tant que parti politique, plaidant aussi pour un cessez-le-feu, des mesures transitoires de confiance ouvrant la voie aux élections, la révision ou l’introduction d’amendements à la Constitution de l’Afghanistan, le traitement des plaintes, la possibilité de libération des Taliban incarcérés et de retrait des Taliban de la liste de sanctions de l’ONU. 

Les problèmes politiques et économiques ainsi que les menaces sécuritaires auxquels l’Afghanistan fait face exigent un soutien permanent des pays de la région, de la communauté internationale, de l’ONU et surtout du Conseil de sécurité, a enfin déclaré le représentant en assurant que son pays continuait de promouvoir un modèle de développement durable pour l’Afghanistan, qui est axé sur trois domaines: la relation entre la sécurité et le développement, l’approche régionale et le principe d’une « ONU unie ».

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a salué le rôle fondamental joué par la MANUA et s’est félicité du renouvellement de son mandat.  Tous les responsables politiques afghans doivent mettre l’intérêt du pays au-dessus de toute autre considération, a-t-il dit, en appelant à la tenue des élections dans les délais prévus.  Le délégué a demandé le bon achèvement des préparatifs de ces élections, en insistant sur une participation accrue des femmes.  Il a déploré les tensions grandissantes entre les partis politiques, avant de se dire préoccupé par la persistance de la violence dans le pays.  Près de 63% des incidents sécuritaires recensés dans le pays en 2017 sont le fait d’affrontements, a-t-il précisé.  Le délégué a ensuite dénoncé les attaques terroristes.  Il a rendu hommage aux femmes afghanes et souhaité qu’elles jouissent de la totalité de leurs droits civils et politiques.  Enfin, le délégué s’est dit convaincu que seul un règlement politique négocié permettra de ramener la paix en Afghanistan. 

Mme ANNE GUEGUEN (France) a condamné fermement les attentats terroristes qui ont touché Kaboul et Jalalabad.  Elle a appelé à la protection des civils par toutes les parties et a salué les efforts des autorités afghanes dans ce sens, ainsi que la « détermination » des forces de sécurité afghanes dans leur combat contre le terrorisme.  La France salue également les engagements pris à Kaboul le 28 février par l’ensemble des pays voisins de l’Afghanistan pour une coopération accrue avec les autorités afghanes afin de combattre la double menace du terrorisme et de la criminalité transnationale organisée. 

La représentante a ensuite appelé à renforcer, dans le cadre de l’initiative du Pacte de Paris, les efforts continus du Gouvernement contre le trafic de stupéfiants.  Elle a également condamné les exécutions de femmes décrétées par les « cours talibanes » et les nombreux cas de violences sexuelles, pour ensuite saluer le lancement d’un plan d’action pour éliminer les mariages précoces pour la période 2017-2021.

Mme Gueguen a enchaîné en saluant la proposition de pourparlers de paix inconditionnels faite par le Président Ashraf Ghani aux Taliban à l’occasion de la deuxième conférence du Processus de Kaboul et qui, a-t-elle expliqué, leur propose une reconnaissance en tant que force politique.  Elle a aussi salué les efforts des autorités pour établir un large consensus national soutenant l’offre de paix.  La représentante s’est félicitée de la hausse du nombre de femmes au sein du Haut Conseil pour la paix et la mise en œuvre progressive du plan d’action national pour l’agenda « femmes, paix et sécurité ».  Elle a appelé à faire un « saut qualitatif » et à s’assurer que les femmes afghanes participent pleinement à l’ensemble des processus de décision, réclamant notamment une plus forte participation au Secrétariat conjoint du Haut Conseil où il n’y a que trois femmes.

La déléguée a également jugé essentiel que les femmes puissent participer pleinement aux processus électoraux, en tant qu’électrices et en tant que candidates.  Ceci implique, a-t-elle estimé, des efforts renouvelés pour les aider à prendre conscience de l’importance de chaque vote et pour protéger les femmes qui ont décidé de se présenter en tant que candidates.  Elle a par ailleurs insisté sur l’importance du soutien international et de la MANUA à l’Afghanistan.

Mme JULIE BISHOP, Ministre des affaires étrangères de l’Australie, a jugé vital que la communauté internationale continue de soutenir le peuple afghan dans ses efforts pour vaincre le terrorisme et développer le pays.  « Il n’y a pas de place dans notre monde pour une doctrine qui définit les femmes et les filles comme des citoyens de seconde classe », a martelé la Ministre, ajoutant que la poursuite de la lutte contre l’extrémisme est vitale pour de nombreuses communautés.  Mme Bishop a réaffirmé l’engagement de l’Australie à maintenir son contingent de 300 militaires, sous l’égide de l’OTAN, afin de former et de conseiller les forces de sécurité afghanes. 

L’Australie a contribué 1,34 milliard au développement de l’Afghanistan, a rappelé la Ministre, pour qui une croissance économique durable est la clef pour sortir le peuple afghan de la pauvreté.  En cette Journée internationale des femmes, elle s’est félicitée des progrès réalisés dans l’éducation des filles et la participation des femmes à l’économie, alors que leurs droits sont peu à peu enchâssés dans l’ordre juridique du pays.  Après avoir annoncé l’octroi de 60 millions de dollars pour l’aide aux réfugiés et aux personnes déplacées en Afghanistan et au Pakistan, elle a dit espérer que la conférence ministérielle qui se tiendra à Genève en 2018 sera l’occasion pour l’Afghanistan de démontrer les progrès réalisés vers un règlement politique du conflit. 

Mme KERSTIN PUERSCHEL (Allemagne) a déclaré qu’en Afghanistan, la seule solution viable est une paix négociée, sans perdants.  L’offre du Président Ghani de tenir des pourparlers avec les Taliban, sans conditions préalables, est une importante étape vers un processus de paix entre les Afghans, selon la représentante, qui a rappelé que les participants à la conférence de Kaboul avaient apporté leur appui total à cette offre.  Aujourd’hui, il appartient aux Taliban d’y répondre.  « Nous sommes, en outre, encouragés par les étapes franchies pour préparer les élections législatives et des conseils des districts », a-t-elle poursuivi en saluant la présentation du concept d’inscription sur la liste électorale et la nomination d’un nouveau membre de la Commission électorale indépendante, « un nouvel élan au processus ».  Le report de la date du scrutin de juillet vers la fin de l’année 2018 semble réaliste, a-t-elle dit en souhaitant toutefois que les préparatifs électoraux s’accélèrent.

La représentante a ensuite salué les réformes annoncées du secteur de la sécurité qui visent à améliorer le professionnalisme de l’armée nationale afghane, en particulier grâce au retrait des centaines de généraux et à l’arrivée d’une nouvelle génération de chefs militaires.  Pour former, conseiller et aider les forces nationales de sécurité afghanes, l’Allemagne entend augmenter la taille de ses troupes engagées au sein de la mission Soutien résolu de 300 à 1 300 soldats.  Cela ferait de l’Allemagne le deuxième plus grand contributeur de troupes à cette mission après les États-Unis, a-t-elle souligné.  Après avoir salué l’intention du Gouvernement afghan d’accroître la représentation des femmes dans l’administration publique à 24% avant la fin de l’année, la représentante a souligné l’importance d’appliquer la loi sur l’élimination de la violence contre les femmes.  De nombreux cas ne sont pas portés devant les tribunaux, a-t-elle déploré.  Avant de terminer, elle a invité l’assistance à la première mondiale du documentaire « We the Women of Afghanistan: a silent revolution », à la « German House », ce jeudi, à 12 h 30. 

M. FERIDUN HADI SINIRLIOĞLU (Turquie) s’est félicité que la participation croissante des femmes afghanes à différents aspects de la vie contribue à l’avenir de paix et de prospérité de leur pays.  Ces femmes méritent l’admiration et le plein soutien de la communauté internationale, a-t-il ajouté.  Il a rappelé la nécessité de consolider les acquis des 16 dernières années, ce qui exige un soutien constant de la communauté internationale au Gouvernement afghan et à son peuple.  C’est pourquoi le représentant s’est félicité du rôle croissant accordé par le Conseil de sécurité à la situation dans le pays et de la reconduction pour un an de la MANUA, que la Turquie appuie.

Le représentant a rappelé la présence de la Turquie lors de la deuxième réunion du Processus de Kaboul, ainsi que son soutien à un processus de paix piloté par les Afghans.  Il a rappelé l’appel de son pays à tous les groupes afghans pour qu’ils dénoncent la violence, reconnaissent le Gouvernement et deviennent une composante légitime de la vie politique du pays.  Il a non seulement souhaité une réponse positive des Taliban à l’offre de paix du Président Ghani, mais a aussi invité le Gouvernement d’union nationale à se montrer lui-même plus inclusif pour surmonter les tensions ethniques et s’assurer le soutien de toutes les composantes de la société afghane en cette période critique.  Enfin, la Turquie juge essentielle, pour le succès en Afghanistan, une collaboration régionale renforcée, a dit le représentant en espérant que le dialogue et un engagement plus poussé permettraient une telle collaboration.  Pour sa part, la Turquie continuera d’y contribuer, y compris par le biais du Processus d’Istanbul, a-t-il conclu.

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) s’est félicité de l’adoption à l’unanimité de la résolution prorogeant d’un an le mandat de la MANUA, une mission qui joue à son avis un rôle essentiel dans le cadre du partenariat entre l’Afghanistan et la communauté internationale.  Après avoir condamné les attaques terroristes commises au cours des dernières semaines en Afghanistan, il a jugé inquiétant le niveau de violence du conflit et tragiques ses conséquences pour la population civile.  Dans ce contexte, M. Lambertini a salué l’offre de paix « courageuse » faite par le Président afghan aux Taliban dans le cadre du Processus de Kaboul avant d’inviter les Taliban à saisir cette « fenêtre d’opportunité » pour avoir un dialogue sincère.  Le représentant, conscient néanmoins des difficultés de créer un consensus national, a averti que les femmes afghanes devaient avoir un « rôle important et actif » à jouer.  De plus, a-t-il ajouté, les droits inscrits dans la Constitution et les autres progrès civils et sociaux réalisés durant les 16 années écoulées doivent être protégés et promus, comme le Gouvernement afghan s’y est engagé.

Le représentant a rappelé que le soutien du peuple afghan au processus de paix serait renforcé par la cohésion nécessaire entre les différents groupes politiques et par la capacité du Gouvernement à satisfaire les besoins de sa population et à entreprendre les réformes nécessaires.  La tenue dans les délais d’élections parlementaires puis présidentielle transparentes et inclusives sera une contribution importante, a-t-il ajouté.  Enfin, il a appelé à un effort « décisif et commun » pour vaincre le terrorisme et l’extrémisme violent.  L’Italie, a-t-il rappelé, apporte sa contribution par le biais de son soutien à la formation et au renforcement des capacités des forces nationales de sécurité afghanes.  Mais, a-t-il ajouté, pour vaincre les groupes terroristes, il est aussi nécessaire de faire collaborer les différents acteurs régionaux, ce qui s’applique aussi à la criminalité transnationale et au trafic de drogues.  Il a donc plaidé pour que soient réalisés des progrès concrets en ce sens.

Mme MALEEHA LODHI (Pakistan) a condamné fermement la série d’attaques terroristes qui a récemment frappé l’Afghanistan, dénonçant la présence de groupes terroristes dans le pays qui constitue en outre une menace pour la stabilité du Pakistan et de toute la région.  Elle a salué l’offre de paix du Président Ghani et appelé de ses vœux un processus politique de réconciliation.  La représentante a aussi renouvelé son appel aux Taliban pour qu’ils renoncent à la violence et rejoignent le processus de paix.  Mais le recours à la force ne fera que susciter des attaques des groupes rebelles et saper le processus de paix, a-t-elle prévenu en insistant pour dire qu’aucune partie ne peut parvenir à la victoire militaire.  Elle a estimé que tous les pays pertinents, y compris les États-Unis, doivent contribuer au succès dudit processus, tandis que la communauté internationale doit s’opposer à toute tentative visant à faire dérailler les efforts de paix du Président Ghani.

Le Gouvernement ne contrôle que 18% des districts afghans, a rappelé la déléguée en soulignant la nécessité de vaincre Daech.  Elle a en outre demandé de redoubler d’efforts pour éviter que les groupes terroristes ne profitent du trafic de stupéfiants comme actuellement.  Le Pakistan a tout intérêt à un Afghanistan stable, a-t-elle déclaré en soulignant que 200 000 soldats pakistanais ont été déployés pour vaincre les groupes terroristes, car « la menace terroriste au Pakistan émane principalement de l’Afghanistan ».  Sur les 131 actes terroristes dernièrement recensés au Pakistan, 123 ont été conçus et planifiés depuis l’Afghanistan, a-t-elle précisé.  Elle a donc demandé l’élimination des sanctuaires en Afghanistan depuis lesquels les groupes terroristes mènent leurs attaques contre le Pakistan.  La représentante a ensuite rappelé l’hospitalité offerte par son pays à des dizaines de milliers de réfugiés afghans.  Toutes les parties doivent s’abstenir de toute campagne de diabolisation visant un pays, a-t-elle déclaré, en ajoutant que le sien ne cèderait devant aucune tentative d’intimidation.  « Mon pays soutient le peuple afghan et les femmes afghanes », a conclu la représentante pakistanaise. 

M. MICHAEL BONSER (Canada) a jugé plus essentiel que jamais, dans la foulée de la récente poussée de violence, que le Gouvernement afghan, les insurgés armés et toutes les parties au conflit s’assoient ensemble en vue de tenir des négociations sincères.  Il a notamment exhorté les Taliban et les autres groupes d’insurgés à cesser toute violence et à respecter une paix négociée.  Il a salué la tenue, le 28 février, de la conférence sur le Processus de Kaboul.

Le représentant a ensuite souligné que pour assurer un avenir paisible, stable et prospère, les femmes doivent prendre part, sur un pied d’égalité avec les hommes, à la prise de décisions à tous les niveaux en ce qui a trait à la politique, la société et l’économie.  Il a appelé à permettre aux femmes de jouer un rôle prépondérant dans les négociations de paix.  Il a également relevé que les femmes occupent moins du tiers des sièges au Parlement afghan et a jugé particulièrement important de veiller à ce que les femmes soient incluses de manière significative, tant comme candidates qu’électrices informées, lors des prochaines élections.

M. Bonser s’est aussi préoccupé du fait que les statistiques sur l’égalité entre les sexes en Afghanistan demeurent parmi les pires au monde et que les groupes ethniques et religieux marginalisés, ainsi que les journalistes, les défenseurs des droits de la personne et les organisations de la société civile continuent d’être délibérément pris pour cible.  Il a fait part de la détermination du Canada à contribuer à l’amélioration des systèmes de gouvernance et à combler les besoins fondamentaux du peuple afghan, moyennant notamment son soutien aux forces nationales de défense et de sécurité afghanes et sa contribution importante à la Commission indépendante des droits de la personne en Afghanistan.

M. SYED AKBARUDDIN (Inde) a déploré le manque de résultats des efforts internationaux face aux acteurs qui appuient les groupes terroristes en Afghanistan, tels que les Taliban, le réseau Haqqani, Daech et Al-Qaida, et leur offrent des sanctuaires.  Le défi de cet appui transfrontalier doit être réglé, a-t-il dit.  Le délégué a remarqué que les femmes afghanes étaient les plus touchées par le conflit.  L’Afghanistan a néanmoins fait des progrès considérables depuis ces jours où les Taliban réduisaient les femmes au rang de citoyens de seconde classe, a-t-il déclaré, en appelant à la consolidation des avancées s’agissant des droits des femmes.

L’Inde, a-t-il ensuite rappelé, a investi depuis 2002 plus de 2 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Afghanistan.  Le représentant a aussi insisté sur le travail des organisations non gouvernementales indiennes pour promouvoir l’autonomisation des femmes afghanes.  Le délégué a appelé la communauté internationale à appuyer totalement les efforts du Gouvernement afghan pour encourager les groupes armés à renoncer à la violence et rejoindre le processus de réconciliation.  L’opposition armée doit néanmoins clairement savoir que la violence ne sera pas tolérée, a conclu le représentant de l’Inde. 

M. GHOLAMALI KHOSHROO (République islamique d’Iran) a déploré que l’insécurité soit toujours un défi majeur pour l’Afghanistan, comme l’ont montré les sanglants attentats perpétrés à Kaboul depuis le début de l’année, qui ont fait des centaines de victimes.  Il a notamment relevé que le groupe « État islamique d’Iraq et du Levant – province de Khorassan » restait opérationnel.  La République islamique d’Iran soutient pleinement la sécurité et la stabilité de l’Afghanistan ainsi que le développement durable du pays par le biais d’un processus de paix et de réconciliation piloté par les Afghans, a-t-il dit en expliquant pourquoi son pays avait volontiers accepté de participer à la deuxième réunion du Processus de Kaboul et fait sienne sa Déclaration finale.  Pour sa part, la communauté internationale doit soutenir le Gouvernement afghan dans sa lutte contre le terrorisme et les groupes criminels, ainsi que pour faire face à ses autres difficultés, économiques, de sécurité ou politiques, a-t-il plaidé.

Le représentant a ensuite mis l’accent sur la coopération régionale, remerciant au passage le Kazakhstan pour avoir, durant sa présidence du Conseil en janvier, organisé un débat sur le partenariat régional en Asie centrale et en Afghanistan.  « Le monde ne devrait regarder la situation en Afghanistan comme un terrain de compétition, mais comme une occasion d’établir la paix, la sécurité et la stabilité par le développement », a-t-il  déclaré.  M. Khoshroo a rappelé que son pays accueillait depuis plus de 30 ans des millions de réfugiés afghans en leur fournissant des services de base, y compris la scolarisation de 400 000 enfants afghans sans papiers.  Dans ce contexte, il s’est félicité des efforts visant à renforcer la coopération régionale en précisant que son pays avait participé en 10 ans à plus de 300 projets de développement pour environ 500 millions de dollars.  Rappelant ensuite la hausse considérable de la production et du trafic de drogues en Afghanistan l’an dernier, M. Khoshroo a appelé la communauté internationale à soutenir les projets régionaux qui visent à contrer cette tendance.  Enfin, il a apporté le soutien de son pays à la MANUA et aux agences des Nations Unies présentes en Afghanistan, rappelant que ce dernier pays avait besoin d’un partenariat durable respectueux de son rôle dirigeant.

Mme JOANNE ADAMSON, de l’Union européenne (UE), a salué la tenue, le 28 février, de la réunion organisée dans le cadre du Processus de Kaboul et l’offre de paix présentée à cette occasion par le Gouvernement aux Taliban.  Elle a appelé ces derniers à s’en saisir.  La représentante a ensuite indiqué que le respect des droits de l’homme, la participation équitable des femmes et la tenue d’élections démocratiques continuent d’être le point focal de l’action de l’UE dans le pays, précisant que les droits de l’homme constituent à présent une partie intégrante de l’Accord de coopération sur le partenariat et le développement.  Elle s’est inquiétée de la fragilité de la situation des droits de l’homme dans le pays, se félicitant toutefois de l’adoption récente d’une loi sur la protection de l’enfance et d’un plan d’action national pour l’élimination des mariages précoces ainsi que du lancement d’un programme pour appuyer l’autonomisation économique des femmes.  Elle a également cité les efforts déployés pour améliorer la loi sur les rassemblements, les grèves et les manifestations, ainsi que la mise en œuvre du plan d’action national pour l’application de la résolution 1325.  Elle a toutefois estimé qu’il fallait des efforts supplémentaires pour renforcer la participation des femmes à la vie publique, au processus de réconciliation ainsi que leur autonomisation économique.

Après avoir fait part de l’appui de l’UE au processus électoral en Afghanistan, Mme Adamson a soulevé la question de la migration.  Elle a notamment parlé des efforts lancés dans le cadre de l’initiative UE-Afghanistan « Joint Way Forward », qui visent à prévenir la migration irrégulière et à favoriser le retour des migrants irréguliers, ainsi qu’à combattre les passages clandestins et la traite.  L’objectif, a-t-elle encore expliqué, est d’établir un processus rapide et gérable pour assurer le retour dans la dignité des ressortissants afghans qui ne remplissent pas les conditions pour entrer ou résider sur le territoire de l’UE.  En outre, l’UE consacre 200 millions d’euros pour aider les réfugiés afghans qui se trouvent dans des pays voisins de l’Afghanistan, a-t-elle ajouté.  La déléguée s’est ensuite préoccupée de la persistance du taux élevé de la violence dans le pays et a exhorté les parties à protéger la population civile - les femmes et les enfants notamment.  Elle a aussi fait part de ses inquiétudes causées par la nette augmentation de la production d’opium qui a enregistré une hausse de 83% entre 2016 et 2017.

Mme KAREN VAN VLIERBERGE (Belgique) a apporté son soutien résolu aux efforts de la communauté internationale pour assurer la sécurité, la stabilité et la prospérité de l’Afghanistan.  Elle a rappelé que la Belgique avait offert régulièrement des contributions au Fonds d’affectation spéciale pour la reconstruction de l’Afghanistan et affirmé qu’elle continuerait d’investir dans la sécurité du peuple afghan, notamment en augmentant sa présence de près de 100 militaires dès le mois prochain.  La représentante a souligné le rôle « indispensable » de la MANUA et des autres agences des Nations Unies en Afghanistan afin d’encourager la paix et la réconciliation, surveiller et promouvoir les droits de l’homme et coordonner l’assistance de la communauté internationale.  Elle a aussi félicité le Gouvernement afghan pour avoir adhéré en août dernier à la Convention sur certaines armes classiques et ses cinq protocoles. 

Mme Van Vlierberge a ensuite déploré que les Afghanes continuent de subir les conséquences du conflit, d’autant qu’elles détiennent la clef pour aboutir à plus de paix et de sécurité.  La représentante a rappelé qu’il existe en effet une corrélation directe entre le niveau d’éducation des femmes et le développement durable.  Dès lors, « encourager les droits des femmes n’est pas seulement une question de rectitude politique ni un débat moral, c’est une recette prouvée pour le succès », a-t-elle affirmé.  La représentante a salué les efforts en ce sens du Gouvernement afghan, constatant que les pertes humanitaires attribuées aux forces gouvernementales avaient baissé de 19% l’an dernier.  Elle a noté en outre que les femmes sont plus nombreuses à occuper des postes gouvernementaux importants et s’est félicitée de la confirmation récente de la loi sur l’élimination des violences contre les femmes, en disant attendre avec impatience sa mise en œuvre.  Pour la représentante, les prochaines élections seront une occasion importante d’accroître la participation des femmes à la vie publique, en tant qu’électrices, militantes ou candidates. 

Mme Van Vlierberge a également noté le rôle joué par les femmes lors de la deuxième réunion du Processus de Kaboul, en tant que membres du Haut Conseil pour la paix.  La Belgique soutient pleinement la Déclaration publique du processus de paix et estime qu’il appartient désormais aux Taliban de répondre à l’offre de paix, a-t-elle dit avant de féliciter l’Ouzbékistan d’avoir organisé une conférence internationale sur la paix et le développement en Afghanistan.

 

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