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CS/13205
13 février 2018
8179e séance – matin

Myanmar: le Conseil de sécurité discute des progrès inégaux de la sécurité dans l’État Rakhine et du rapatriement des réfugiés au Bangladesh

Le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, M. Miroslav Jenča, et le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), M. Filippo Grandi, sont venus présenter aujourd’hui au Conseil de sécurité les progrès inégaux réalisés en matière de sécurité au Myanmar dans l’État Rakhine et dans le retour dans ce pays des centaines de milliers de personnes, dont de très nombreux Rohingya, qui se sont réfugiés au Bangladesh après les violences, qui avaient débuté fin août 2017. 

Si certains membres du Conseil ont insisté sur l’aspect bilatéral de la crise humanitaire et souhaité son règlement dans le cadre d’accords entre le Bangladesh et le Myanmar, d’autres ont insisté sur les violations des droits de l’homme commises et la nécessité d’enquêtes transparentes.  Quant aux deux principaux États concernés, le représentant du Myanmar a mis en garde contre toute solution « imposée de l’extérieur » alors que son homologue du Bangladesh affirmait que le Conseil devait être le « gardien » du processus de pacification dans le pays. 

Premier orateur à s’exprimer, M. Jenča a détaillé l’évolution dans les trois domaines prioritaires identifiés à l’automne par le Secrétaire général relatifs à la situation au Myanmar.  Concernant la sécurité, il a indiqué que les actes de violence à grande échelle avaient cessé dans l’État Rakhine, tout en ajoutant que les menaces et intimidations contre la population rohingya persistaient, qu’elles viennent de la part des communautés bamar et rakhine ou des forces de sécurité.  « Les tensions demeurent élevées », a-t-il ajouté.

Deuxième priorité, l’accès humanitaire reste lourdement entravé dans les zones affectées de l’État Rakhine, a déploré le Sous-Secrétaire général, qui a expliqué que « la majorité des organisations humanitaires qui travaillaient auparavant dans cet État ne sont pas autorisées à pénétrer dans ces zones ».  Les Nations Unies, quant à elles, ne disposent pas d’un accès suffisant pour conduire une évaluation rigoureuse de la situation. 

Enfin, sur la question du retour des personnes déplacées, M. Jenča a mentionné le récent accord signé entre le Bangladesh et le Myanmar et le groupe de travail commun mis sur pied pour faciliter ces retours.  « Il convient de noter les progrès faits par le Myanmar dans les préparatifs logistiques en vue d’accueillir les personnes déplacées », a-t-il affirmé. 

Mais « si le flux de réfugiés en direction du Bangladesh a diminué de manière significative, il se poursuit néanmoins, 1 500 réfugiés étant parvenus au Bangladesh ce mois-ci », a, de son côté, déclaré le Haut-Commissaire pour les réfugiés.  M. Grandi a notamment souligné l’acuité du problème de surpopulation dans les sites d’accueil et mis en garde sur les risques sanitaires, à l’approche de la saison de la mousson, en mars.  « Nous sommes maintenant lancés dans une course contre la montre face à l’émergence d’une nouvelle menace, a-t-il averti, rappelant que des épidémies se sont déjà déclarées, en particulier de diphtérie.  Il a exhorté le Bangladesh et le Myanmar à respecter les normes internationales pour assurer un retour volontaire, sûr et digne, conformément à l’accord bilatéral signé par les deux gouvernements. 

Les membres du Conseil ont exprimé des avis divergents sur le processus de rapatriement.  Si, pour les représentants du Royaume-Uni et de la France, « les conditions pour un retour des réfugiés ne sont pas encore réunies », le délégué de la Fédération de Russie a, lui, souligné la « dynamique positive » de ce processus, arguant que la situation dans l’État Rakhine était « maîtrisée ».  Le représentant du Myanmar, qui a affirmé que le processus avait commencé le 23 janvier, a précisé que, dans un premier temps, son pays devrait accueillir 300 rapatriés par jour, tout en précisant que ce nombre pourrait augmenter en fonction des progrès accomplis.  Il a précisé que son pays ferait appel au HCR « chaque fois que nécessaire », alors que plusieurs membres du Conseil insistaient pour que le Haut-Commissariat soit davantage associé au processus, du fait de son expertise.

Le représentant de la Chine, qui a invité la communauté internationale à analyser avec objectivité les difficultés auxquelles se heurtent le Myanmar et le Bangladesh dans ce processus, a également indiqué que le règlement de la situation ne pourrait résulter que des efforts bilatéraux du Myanmar et du Bangladesh, invitant le Conseil à jouer à cet égard un « un rôle constructif ». 

C’est aussi la position qu’a défendue le représentant du Myanmar, pour qui la solution à la crise de l’État Rakhine devrait « venir de l’intérieur » et non être « imposée de l’extérieur ».  Il a néanmoins affirmé que le Myanmar était déterminé à mettre en œuvre les recommandations de la Commission consultative sur l’État Rakhine -la « Commission Annan »- dont le Conseil avait demandé instamment « l’application rapide et intégrale » dans sa déclaration présidentielle adoptée le 6 novembre dernier.  Selon le délégué, les premiers pas en ce sens ont été faits.

Le représentant du Bangladesh a contesté ce point de vue, estimant que la crise humanitaire actuelle était « avant tout la conséquence de politiques abusives et discriminatoires pratiquées depuis des décennies par les autorités du Myanmar ».  Pour lui « l’un des principaux obstacles » à un retour volontaire des réfugiés reste « l’afflux ininterrompu de nouveaux arrivants au Bangladesh, chassés par la famine, les hostilités et les violations des droits de l’homme qui se poursuivent dans l’État Rakhine ». 

Estimant que le Conseil était le « gardien » du processus de pacification au Myanmar, le représentant l’a invité à effectuer une visite dans ce pays et au Bangladesh pour y évaluer la situation humanitaire sur place et donner de l’élan à un rapatriement qui réponde vraiment aux attentes légitimes des Rohingya.  Au sein du Conseil, l’Éthiopie a appuyé cette proposition. 

Pour sa part, la représentante des États-Unis a demandé au Secrétaire général de l’ONU de nommer un envoyé spécial pour le Myanmar.  Dans sa déclaration présidentielle du 6 novembre, le Conseil avait suggéré au Secrétaire général de se doter d’un « conseiller spécial » sur ce pays.  La déléguée des États-Unis a également exhorté le Conseil à tenir pour comptables de leurs actes les autorités militaires du Myanmar et à exercer une pression sur la Conseillère spéciale de l’État, Aung San Suu Kyi. 

LA SITUATION AU MYANMAR

Déclarations

M. MIROSLAV JENČA, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, a présenté les progrès inégaux accomplis dans la mise en œuvre des trois priorités identifiées par le Secrétaire général relatives à la situation au Myanmar.  Concernant d’abord l’arrêt des violences et l’amélioration de la sécurité, il a indiqué que les actes de violence commis à une grande échelle avaient cessé.  Toutefois, a-t-il tempéré, les menaces et intimidations contre la population rohingya de la part des communautés bamar et rakhine persistent, ainsi que celles émanant des forces de sécurité de l’État Rakhine, et « les tensions demeurent élevées ».  M. Jenča a mentionné en outre la transmission, le 14 novembre dernier, par le Myanmar au Bangladesh d’une liste de 1 300 personnes suspectées de terrorisme aux fins d’extradition.

Sur la deuxième priorité –la demande d’un accès humanitaire immédiat dans les zones affectées de l’État Rakhine-, M. Jenča a indiqué que l’accès était encore lourdement entravé.  La majorité des organisations humanitaires qui travaillaient auparavant dans cet État ne sont pas autorisées à pénétrer dans ces zones, a-t-il déploré.  Il a précisé que l’ONU n’avait pas un accès suffisant pour conduire une évaluation rigoureuse de la situation. 

Enfin, en ce qui concerne le retour volontaire, durable, dans la sécurité et la dignité des personnes déplacées -la troisième priorité-, le Sous-Secrétaire général a mentionné le récent accord signé entre le Bangladesh et le Myanmar et le groupe de travail commun mis sur pied pour faciliter ces retours.  Il a fait observer les progrès faits par le Myanmar dans les préparatifs logistiques en vue d’accueillir les personnes déplacées. 

M. Jenča a ensuite souligné l’importance de la mise en œuvre des recommandations de la Commission consultative sur l’État Rakhine (« Commission Annan ») en vue de faciliter ces retours.  Le Myanmar a pris quelques mesures importantes, dont la mise sur pied d’un conseil consultatif qui a recommandé un plein accès humanitaire, l’inclusion de l’ONU à un stade précoce ou bien encore la constitution d’une mission d’enquête, a-t-il noté, avant d’exhorter le Gouvernement à coopérer avec les mécanismes onusiens des droits de l’homme, à jouer un rôle de chef de file dans la promotion de la cohésion intercommunautaire, à créer un environnement propice au dialogue, à promouvoir la tolérance entre les communautés rakhine et rohingya et à accélérer le processus de naturalisation.  M. Jenča a également souligné la nécessité de remédier aux causes profondes du conflit, la première d’entre elles étant l’apatridie des Rohingya. 

M. Jenča a aussi mentionné les affrontements et les efforts de paix entre le Gouvernement et les organisations armées de divers groupes armés.  Les combats se sont intensifiés dans les États Kachin et Shan, a-t-il expliqué, en déplorant les entraves aux efforts humanitaires du fait du Gouvernement.  Il s’est en revanche félicité de la signature, aujourd’hui, d’un accord de cessez-le-feu avec deux organisations armées de groupes ethniques, le « New Mon State Party » et le « Lahu Democratic Union ».  Dix groupes ethniques sur 16 ont signé un tel accord de cessez-le-feu, a-t-il précisé. 

Enfin, M. Jenča a déploré l’arrestation de deux journalistes de Reuters, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, et a appelé à leur libération.  Reuters a publié l’article sur lequel travaillaient ces deux journalistes, article alarmant qui relate l’exécution de 10 hommes rohingya dans le village Inn Din dans le nord de l’État Rakhine, a-t-il précisé. 

M. FILIPPO GRANDI, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, a rappelé que six mois s’étaient écoulés depuis qu’avait débuté le flux « rapide et chaotique » de plus de 688 000 réfugiés en provenance du Myanmar vers le Bangladesh, provoqué par la violence et les destructions, après des décennies de répression et d’exclusion vis-à-vis des Rohingya.  Si ce mouvement a diminué de manière significative, il se poursuit néanmoins, 1 500 réfugiés étant parvenus au Bangladesh ce mois-ci, a précisé M. Grandi.

Après avoir salué le Gouvernement et le peuple bangladais de leur hospitalité et leurs efforts, M. Grandi a souligné le grave problème de la surpopulation dans les sites d’accueil des réfugiés, où règnent des conditions de vie précaires.  Des épidémies se sont déclarées, y compris de diphtérie, a rappelé le Haut-Commissaire, pour qui « nous sommes maintenant lancés dans une course contre la montre face à l’émergence d’une nouvelle menace, alors que la saison des moussons débutera en mars ».  Il a fait notamment observer qu’environ 107 000 réfugiés vivent actuellement dans des zones propices aux inondations et aux glissements de terrain et que des dizaines de milliers d’entre eux devaient être réinstallés ailleurs de toute urgence.  Les fondations des abris actuels doivent être renforcées, des ponts construits ou consolidés et de nouveaux sites préparés, s’est alarmé M. Grandi, qui a ajouté que la zone de Kutupalong à Cox’s Bazar constituait désormais le plus important camp de réfugiés au monde.

Mais résoudre la crise suppose aussi de trouver des solutions durables au sein même du Myanmar, a souligné M. Grandi, en expliquant que c’était la condition sine qua non d’un retour volontaire des réfugiés.  Aussi s’est-il félicité du dialogue entre le Bangladesh et le Myanmar sur le rapatriement volontaire des réfugiés et de leur engagement à respecter les normes internationales pour assurer un retour volontaire, sûr et digne, conformément à l’accord bilatéral signé par les deux gouvernements. 

Le Haut-Commissaire s’est ensuite ému du manque d’accès humanitaire dans le nord et le centre de l’État Rakhine, alors que la présence du Haut-Commissariat y demeure indispensable.  Selon lui, les recommandations de la Commission consultative sur l’État Rakhine -la « Commission Annan »- constituent une importante matrice pour garantir un avenir pacifique et inclusif, et donc pour le retour des réfugiés dans des conditions acceptables, y compris dans leurs localités d’origine. 

M. Grandi s’est attardé sur celles de ces recommandations qui portent sur les 120 000 personnes déplacées se trouvant dans le centre de l’État Rakhine.  De manière plus générale, il a déclaré qu’outre un soutien politique international, une expertise technique et des ressources financières seraient nécessaires de part et d’autre de la frontière entre le Myanmar et le Bangladesh, y compris en appui à des activités humanitaires et de développement.  Des accords commerciaux préférentiels, des financements innovants, des partenariats nationaux et une coopération régionale étendue devraient jouer un rôle crucial, a-t-il conclu.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a mentionné les « horreurs commises » dans le nord de l’État Rakhine, avant d’appeler au retour des personnes déplacées rohingya dans leurs foyers.  Le Conseil doit traduire ses paroles par des actes, a-t-il dit, en mentionnant la déclaration présidentielle adoptée le 6 novembre 2017.  Il a rappelé les violences endurées par les Rohingya des mains des forces armées du Myanmar et parlé « d’épuration ethnique ». 

Les conditions pour un retour librement consenti et digne des personnes déplacées ne sont pas garanties, malgré le récent accord signé entre le Myanmar et le Bangladesh, a déclaré le représentant.  Il appelé ces deux pays à coopérer avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour œuvrer à ces retours, le HCR ayant seul l’expertise nécessaire pour conduire des opérations de cette ampleur. 

Le démantèlement des camps de personnes déplacées dans l’État Rakhine serait un pas dans la bonne direction, a-t-il dit.  Il a appelé les autorités du Myanmar à garantir la sécurité de toutes les communautés dans l’État Rakhine et demandé que les auteurs de violations des droits de l’homme soient traduits en justice. 

Le délégué a en outre appelé à la libération de deux journalistes Reuters, avant d’exhorter le Myanmar à mettre en œuvre les recommandations de la Commission consultative sur l’État Rakhine, dont l’octroi de la citoyenneté aux Rohingya. 

Enfin, le délégué britannique a mentionné la contribution de son pays de 59 millions de livres sterling pour appuyer le Bangladesh dans son accueil des réfugiés. 

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a attiré l’attention sur la question centrale du retour des centaines de milliers de réfugiés se trouvant au Bangladesh, dont il a salué l’hospitalité.  Or, en dépit d’un accord intervenu le 23 novembre dernier entre ce pays et la Birmanie, force est de constater que les conditions d’un tel retour ne sont pas réunies.  « Il est en particulier crucial que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) soit pleinement associé à ces discussions, dans le cadre d’un accord tripartite avec la Birmanie et le Bangladesh, et que des mesures soient prises dans l’Arakan en faveur de la reconstruction, de la réconciliation et du respect des droits de l’homme », a déclaré le représentant.

Pour la France, il est temps de mettre en œuvre les demandes formulées dans la déclaration présidentielle du Conseil du 6 novembre dernier, à savoir mettre fin aux violences et aux violations des droits de l’homme dans l’Arakan, et garantir un accès sûr et sans entrave aux acteurs humanitaires.  Les autorités birmanes doivent coopérer avec la mission d’établissement des faits et la Rapporteuse spéciale, a ajouté M. Delattre, qui a ensuite insisté sur la nécessité de donner effet aux recommandations élaborées par la commission présidée par Kofi Annan, avec l’appui du Groupe d’experts indépendants nommés à cette fin.  Quant à l’ONU, elle doit rester pleinement mobilisée sur ce sujet, a ajouté le représentant, avant de réitérer le soutien de la France à la transition démocratique birmane et aux efforts en ce sens du Gouvernement conduit par Mme Aung San Suu Kyi.

M. MA ZHAOXU (Chine) a appuyé les efforts du Bangladesh et du Myanmar, avant de mentionner l’aide d’urgence apportée par son pays aux personnes déplacées.  Estimant que l’objectif de la stabilité et du retour de l’ordre dans l’État Rakhine était achevé, il a souligné la nécessité de mesures pour remédier à la pauvreté dans cet État en vue de l’instauration d’une paix durable.  Le problème dans l’État Rakhine est complexe et ne pourra être réglé du jour au lendemain, a averti le représentant, qui a rappelé que le Myanmar avait accueilli les médias internationaux dans le nord de l’État Rakhine. 

Le processus de rapatriement des réfugiés a pris du retard, a relevé M. Ma, qui a en même temps invité la communauté internationale à analyser avec objectivité les difficultés auxquelles se heurtent le Myanmar et le Bangladesh dans ce processus.  La situation dans l’État Rakhine est stable, a répété le représentant, pour qui le règlement de la situation ne pourra résulter que des efforts bilatéraux du Myanmar et du Bangladesh, et qui a appelé le Conseil de sécurité à jouer « un rôle constructif ». 

M. CARL ORRENIUS SKAU (Suède) a salué le dispositif bilatéral établi par le Bangladesh et le Myanmar pour assurer le retour volontaire des réfugiés et a estimé que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) devait être pleinement associé au processus. 

Il a toutefois constaté que les conditions dans l’État Rakhine ne sont pas suffisamment sûres pour permettre le retour des réfugiés et a souligné que le HCR doit se voir accordé l’accès à Rakhine afin d’évaluer les conditions sur le terrain et d’appuyer les opérations de rapatriement depuis l’intérieur du pays.  Il a estimé qu’une attention particulière doit être accordée aux victimes de violences sexuelles et sexistes. 

En outre, les personnes qui décident de rentrer doivent pouvoir retourner dans leur lieu d’origine, la construction de nouveaux camps de personnes déplacées dans l’État Rakhine devant être évitée.

Le représentant a ensuite appelé à accélérer la mise en œuvre du rapport de la Commission consultative sur l’État Rakhine, y voyant un élément essentiel pour répondre aux causes du conflit, au manque de développement et à la discrimination.  Cela, a-t-il ajouté, doit notamment comprendre l’établissement d’un véritable processus pour accorder la citoyenneté aux Rohingya. 

Le délégué s’est aussi préoccupé des informations récentes portant sur la découverte de charniers et a appelé à enquêter sur les faits, soulignant que l’impunité ne saurait être tolérée pour les crimes contre l’humanité commis dans l’État Rakhine.  La Suède exhorte donc le Myanmar à coopérer avec la mission d’établissement des faits du Conseil des droits de l’homme.

Le délégué a indiqué que si aucun effort ne doit être épargné pour appuyer le retour volontaire des réfugiés, il n’en demeure pas moins nécessaire de poursuivre la planification de l’aide humanitaire accordée à ceux qui se trouvent au Bangladesh. 

Il a averti que la situation dans les camps est désespérée et qu’avec l’approche de la saison des moussons, une nouvelle crise humanitaire risque de poindre au sein de la crise actuelle.  Il a appelé la communauté internationale à fournir davantage d’aide humanitaire, jugeant essentiel de ne pas délaisser les communautés d’accueil.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a plaidé pour que les conditions nécessaires soient réunies en vue de garantir le retour volontaire, sûr, digne et durable des réfugiés rohingya au Myanmar, regrettant que ce ne soit pas encore le cas.  Le représentant a ensuite apporté le soutien de son gouvernement aux recommandations faites par la Commission consultative sur l’État Rakhine, présidée par l’ancien Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, en octobre dernier. 

De leur côté, a-t-il ajouté, la communauté internationale et l’ONU doivent soutenir le Myanmar pour mettre fin à cette crise complexe, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) devant être pleinement associé au processus de retour des réfugiés, du stade de la planification à celui de la mise en œuvre, avec une attention particulière portée aux groupes vulnérables. 

En conclusion, la délégation a considéré qu’il était crucial que la mission d’établissement des faits dépêchée par le Conseil des droits de l’homme enquête sur les violations de droits de l’homme perpétrées au Myanmar, en vue de mettre fin à l’impunité.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a appelé au retour des Rohingya déplacés.  Face aux « défis colossaux » dans l’État Rakhine, il a appelé la communauté internationale à consentir d’efforts.  Le représentant a demandé la fin de la violence et un accès humanitaire garanti.  Il a également appelé à une coopération accrue entre le Myanmar et le Bangladesh.  Il importe de traiter les causes profondes de la situation, a plaidé M. Alemu, en appelant à mettre en œuvre les recommandations de la Commission consultative sur l’État Rakhine.  Enfin, le représentant a estimé qu’une visite du Conseil au Myanmar et au Bangladesh pourrait être utile. 

M. KAREL JAN GUSTAAF VAN OOSTEROM (Pays-Bas) a évoqué les moult informations qui circulent au sujet des atrocités perpétrées contre les Rohingya, soulignant que la plupart du temps, ce sont des journalistes qui en sont à l’origine.  Il a attiré l’attention sur le sort des journalistes Wa Lone et Kyaw Soe Oo, arrêtés il y a deux mois alors qu’ils enquêtaient sur la découverte d’un charnier dans le village d’Inn Din. 

Il a exhorté le Gouvernement du Myanmar à laisser les journalistes travailler indépendamment, sans interférence indue.  Il a aussi appelé à répondre aux atrocités de masse et à trouver une solution juste et durable face à la détresse des Rohingya. 

M. van Oosterom a ensuite salué les mesures prises par le Myanmar et le Bangladesh pour établir un cadre visant à faciliter un éventuel retour des réfugiés, regrettant toutefois que les conditions dans l’État Rakhine ne soient pas propices à cette fin. 

Il a aussi insisté sur l’importance d’assurer un contrôle indépendant du processus et a exhorté le Myanmar à autoriser le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à jouer un rôle dans le processus de rapatriement.  Il a également fait observer qu’une grande majorité de réfugiés rohingya ne souhaitent pas, pour le moment, regagner le Myanmar, par crainte de subir une nouvelle fois les abus qui les ont poussés à partir. 

Le représentant a appelé le Myanmar à accorder l’accès à la mission d’établissement des faits, à accepter la juridiction de la Cour pénale internationale (CPI) et à établir un plan d’action assorti d’un échéancier pour assurer la pleine mise en œuvre des recommandations de la Commission consultative.

Le délégué a également touché mot de la situation à Cox´s Bazar, au Bangladesh, avertissant que l’approche de la saison des pluies aggravera la situation dans les camps.  Il a appelé la communauté internationale à épauler le Bangladesh pour faire face à ces défis.

Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) a déclaré que les informations en provenance de Birmanie lui « brisaient le cœur ».  Le Gouvernement birman nie les allégations portées contre lui, notamment l’existence de charniers, où des cadavres auraient été brûlés au visage et aux mains pour ne pas permettre leur identification, a-t-elle accusé.  Elle a relaté un incident au cours duquel la police aurait demandé aux habitants d’un village de pêcheurs de prendre part aux atrocités auxquelles elle se livrait sur place.

Par ailleurs, l’accès de l’État Rakhine est entravé par les autorités pour empêcher de faire la lumière sur ces crimes graves, a ajouté la représentante.  Les États-Unis, a-t-elle assuré, ont redoublé d’efforts auprès des partenaires humanitaires, dont le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).  Mme Haley a demandé la remise en liberté des deux journalistes de l’agence Reuters qui ont réalisé une enquête sur les violations graves des droits de l’homme perpétrées contre les Rohingya dans l’État Rakhine. 

Mme Haley a ensuite demandé au Secrétaire général de l’ONU de nommer un envoyé spécial pour le Myanmar, et au Gouvernement birman de permettre à la mission d’établissement des faits du Conseil des droits de l’homme de circuler librement.  On ne peut pas espérer que les réfugiés rohingya retournent d’eux–mêmes au Myanmar en l’absence de conditions nécessaires mises en place par le Gouvernement, a estimé la représentante, qui a déploré que le Conseil n’ait pas encore assumé ses responsabilités en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales face aux événements dans l’État Rakhine.  Selon elle, le Conseil doit tenir pour comptables de leurs actes les autorités militaires de Birmanie et exercer une pression sur Aung San Suu Kyi. 

M. BERNARD TANOH-BOUTCHOUE (Côte d’Ivoire) a estimé que le retour des populations rohingya dans leur foyer d’origine constitue un devoir moral pour la communauté internationale, qu’il a appelée à se mobiliser pour trouver des solutions concrètes à cette crise.  Il a salué l’accord du 23 novembre 2017 entre les Gouvernements du Myanmar et du Bangladesh sur le rapatriement des personnes déplacées et a invité ces deux États à prendre toutes les dispositions idoines pour une mise en œuvre effective et réussie de cet accord. 

Il s’est toutefois inquiété des limitations à l’accès humanitaire, des entraves à la liberté d’expression des médias et de circulation des observateurs indépendants.  Ces obstacles font peser un doute certain sur l’opportunité d’un retour sécurisé des réfugiés, a-t-il fait observer.

Le représentant a indiqué que la Côte d’Ivoire était particulièrement préoccupée par les dernières informations faisant état d’exécutions sommaires et extrajudiciaire perpétrées à l’encontre des Rohingya par les forces armées gouvernementales, les milices et les groupes d’autodéfense. 

Il a aussi condamné les attaques perpétrées par l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan contre les forces de sécurité du Myanmar.  Il s’est notamment inquiété de la récupération que pourraient en faire les groupes terroristes comme Al-Qaida et l’État islamique qui, sous le prétexte de la solidarité avec les communautés musulmanes, pourraient s’adonner à des activités terroristes de déstabilisation.

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a indiqué que le « problème » rohingya remontait à l’époque coloniale.  Il a plaidé, en vue de le régler, pour des mesures à court terme et des stratégies de long terme visant notamment à l’éradication de la pauvreté.  Près de 176 000 Rohingya sont en insécurité alimentaire dans l’État Rakhine, a-t-il rappelé.  Il a invité la communauté internationale à prendre très au sérieux les accusations d’épuration ethnique au Myanmar et souhaité que toute la lumière soit faite sur ces allégations, avant d’ajouter que les attaques des organisations terroristes devaient être énergiquement condamnées.

Le représentant a appelé le Myanmar à œuvrer à la bonne cohabitation des communautés dans l’État Rakhine, à résoudre le problème des retours et à mettre en œuvre les conclusions de la Commission consultative sur l’État Rakhine.  Enfin, il a rendu hommage aux efforts du Bangladesh, souhaité que ce pays reçoive une aide accrue et plaidé pour un accord bilatéral entre le Myanmar et le Bangladesh pour régler la crise de manière durable. 

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) s’est dite profondément préoccupée par la crise humanitaire qui frappe les Rohingya forcés de se réfugier au Bangladesh et ceux qui sont déplacés à l’intérieur même de l’État Rakhine.  Elle a déploré que, jusqu’à présent, la mission d’établissement des faits du Conseil des droits de l’homme n’ait pas été autorisée à se rendre dans le pays. 

Sa délégation, a-t-elle poursuivi, ne peut apporter de soutien au retour sûr, digne et durable des réfugiés en l’absence des conditions nécessaires sur place, une obligation qui incombe au Gouvernement du Myanmar.  La Pologne est prête à apporter son concours à la recherche d’une solution durable à la crise qui se pose au Myanmar, a assuré Mme Wronecka. 

Elle a demandé par ailleurs que soient établies les responsabilités pour les charniers découverts récemment dans l’État Rakhine, avant de plaider pour le respect de la résolution 2222 (2015) pour protéger les journalistes opérant dans le cadre d’un conflit armé. 

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a salué le bien-fondé de la demande du Bangladesh afin que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) soit associé à la vérification du processus de réinstallation des réfugiés en vue que celui-ci se déroule dans des conditions satisfaisantes. 

Il a plaidé pour la restauration des droits des Rohingya et pour une solution durable sur la question de leur apatridie.  Il a exhorté le Myanmar à garantir un accès humanitaire durable aux agences onusiennes, avant de mentionner la contribution de 500 000 dollars de son pays pour appuyer les efforts humanitaires au bénéfice des Rohingya. 

Il s’est dit très préoccupé par les informations faisant état de fosses communes au Myanmar et souligné l’importance de lutter contre l’impunité. 

Enfin, il a appelé à la pleine mise en œuvre des recommandations de la Commission consultative sur l’État Rakhine. 

M. PEDRO LUIS INCHAUSTE JORDÁN (Bolivie) a redit sa profonde inquiétude face aux violences commises contre les Rohingya.  D’après les dernières informations rendues publiques par le HCR, le nombre de réfugiés au Bangladesh est passé de 640 000 à 688 000, une hausse significative, a estimé le représentant, qui s’est également déclaré préoccupé de la surpopulation observée dans les camps de réfugiés à l’approche de la saison des moussons.  Pour la Bolivie, il est crucial de garantir à ces populations des conditions suffisantes pour assurer leur retour volontaire, sûr et digne au Myanmar.  M. Inchauste Jordán a encouragé les autorités de ce pays à mettre en œuvre les recommandations de la « Commission Annan », rappelant que la seule solution à la crise restait le dialogue.

M. ALEXANDER A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a mis en garde contre les « déclarations à l’emporte-pièce » faites dans les médias et les commentaires à chaud sur la situation dans l’État Rakhine.  La situation est contrôlée, maîtrisée dans l’État Rakhine, a-t-il dit, en louant les efforts du Gouvernement.  Il a jugé positivement les efforts menés par le conseil consultatif dirigé par l’ancien Ministre des affaires étrangères de la Thaïlande au Myanmar et a mentionné l’accès des médias à l’État Rakhine, en particulier la télévision russe. 

S’agissant du retour des réfugiés, la dynamique est positive, a-t-il dit, en louant les efforts du Bangladesh et du Myanmar.  Le délégué a indiqué que le problème des réfugiés est un problème bilatéral entre le Myanmar et le Bangladesh qui doit donc être réglé de manière bilatérale. 

Enfin, il a mis en garde contre les tentatives de certains visant à ralentir de manière artificielle le retour des réfugiés en arguant que les conditions ne sont pas réunies. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a condamné les actions qui ont conduit au déplacement d’environ 700 000 Rohingya depuis l’État Rakhine et a salué les efforts déployés par le Bangladesh pour accueillir les réfugiés.  Il a indiqué qu’au mois d’octobre, le Koweït avait coprésidé la Conférence d’annonce de contributions pour faire face à la crise des réfugiés rohingya et que son gouvernement s’était engagé à contribuer à hauteur de 15 millions de dollars. 

Il a averti qu’une génération entière d’enfants risque de tout perdre, n’ayant pas accès à l’éducation pour pouvoir tracer leur avenir, ni aux soins de santé. 

Le représentant a ensuite souligné que le retour volontaire des réfugiés ne pourrait se faire qu’une fois que des « mesures explicites » d’établissement de la confiance auront été prises.  En la matière, il a notamment exhorté le Myanmar à assurer la cessation immédiate des violences et à prévenir l’usage excessif de la force contre les civils dans l’État Rakhine. 

Il importe aussi de s’abstenir d’établir, dans le nord de cet état, de nouveaux camps entourés de barbelés qui ressemblent à des centres de détention, a-t-il ajouté.  Le délégué a aussi insisté pour que les agences de l’ONU se voient autorisées à se rendre sur place et pour que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) puisse participer au processus bilatéral engagé entre le Bangladesh et le Myanmar. 

Il importe aussi d’informer les réfugiés au sujet de la situation dans leur lieu d’origine avant leur retour, a-t-il indiqué.  Le Gouvernement du Myanmar doit en outre prendre toutes les mesures nécessaires pour établir la paix et l’harmonie intercommunautaires en favorisant le dialogue, éliminer les causes de la détresse des Rohingya et leur accorder leur droit inhérent à la nationalité. 

M. HAU DO SUAN (Myanmar) a souligné les grandes avancées accomplies par son pays depuis la déclaration présidentielle du Conseil du 6 novembre dernier.  S’agissant du processus de rapatriement, il a indiqué que le groupe de travail commun, établi dans le cadre de l’accord signé entre le Myanmar et le Bangladesh, s’était réuni le 15 janvier.  Le processus de rapatriement a commencé le 23 janvier, a-t-il ajouté, précisant que dans un premier temps, son pays recevrait 300 réfugiés par jour, mais que ce nombre pourrait augmenter en fonction des progrès accomplis dans les retours déjà effectués.  Il a précisé que son pays ferait appel au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés chaque fois que nécessaire.  Le Myanmar a fourni au Bangladesh une liste de 508 hindous et 750 musulmans, résidents du Myanmar, pour une première série de rapatriements, a poursuivi le représentant, qui a affirmé que le pays avait « fait les préparatifs nécessaires » et était « prêt à accueillir le premier groupe de réfugiés ».  Le corps diplomatique et les agences onusiennes avaient eu accès à la zone de Maungdaw pour observer le processus de rapatriement et la situation sur le terrain, a encore déclaré le représentant. 

Bien qu’il n’y ait pas eu d’affrontements majeurs avec les terroristes ces six derniers mois, ces derniers continuent de poser une menace, a affirmé M. Suan, qui a dénoncé les « tactiques brutales d’intimidation » qu’ils emploient.  Le représentant a insisté sur les efforts humanitaires menés par son gouvernement, aux côtés notamment de la Croix-Rouge, pour répondre aux besoins humanitaires dans l’État Rakhine.  Il affirmé que son pays était déterminé à mettre en œuvre les recommandations de la Commission consultative sur l’État Rakhine, ajoutant que les premiers pas en ce sens avaient été faits.  Il a cité à cet égard la mise sur pied d’un conseil consultatif, dirigé par l’ancien Ministre des affaires étrangères de la Thaïlande, M. Surakiart Sathiratai, lequel vise à apporter une perspective extérieure pour une mise en œuvre efficace des recommandations précitées. 

Le représentant a affirmé que son pays ne tolérerait aucune violation des droits de l’homme et mentionné la constitution d’une mission d’enquête pour faire la lumière sur les 10 personnes exécutées à Inn Din.  Il a indiqué que 16 personnes des forces armées et de la police avaient été arrêtées en lien avec ces exécutions.  « Personne n’est au-dessus de la loi », a-t-il affirmé.  Il a précisé que les deux journalistes de Reuters arrêtés l’ont été non pour leur reportage, mais pour avoir été en possession de documents gouvernementaux confidentiels.  Mon pays reconnaît la liberté de la presse, a-t-il assuré. 

M. Suan s’est félicité de la signature aujourd’hui d’un accord de cessez-le-feu avec deux organisations armées de groupes ethniques, le « New Mon State Party » et la « Lahu Democratic Union ».  Dix groupes ethniques sur 16 ont signé cet accord de cessez-le-feu national, a-t-il fait valoir.  Le représentant a réaffirmé que la crise actuelle « impliquant des musulmans dans l’État Rakhine » était la conséquence des attaques terroristes perpétrées contre les forces du Gouvernement, celles-ci n’ayant pas eu d’autre choix que de répondre.  Il a insisté sur le fait que d’autres musulmans vivaient en toute tranquillité à travers le pays.  « C’est au peuple du Myanmar de déterminer comment faire advenir un État Rakhine prospère et pacifique », a-t-il encore ajouté, affirmant que son pays ne serait pas l’otage des récits biaisés avancés par certains médias et activistes et que la solution devait « venir de l’intérieur et non être imposée de l’extérieur ». 

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a déclaré que, conformément à la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité de la fin de l’an dernier, son gouvernement est déterminé à garantir le retour volontaire, sûr et digne de réfugiés en provenance de l’État Rakhine, sous réserve que le Myanmar mette en place les conditions nécessaires à cette fin.  

Or, l’un des principaux obstacles qui se posent à ce retour, en dépit des affirmations du contraire par les autorités du Myanmar, c’est précisément l’afflux ininterrompu de nouveaux arrivants au Bangladesh, chassés par la famine, les hostilités et les violations des droits de l’homme qui se poursuivent dans l’État Rakhine.  Ils racontent en effet être les victimes de menaces persistantes de la part des forces de sécurité et de milices armées, de pénuries alimentaires, d’incendies de marchés locaux, de vols de bétails et de restriction à l’accès humanitaire, a dénoncé le représentant, qui a également fait état d’enlèvements de mineurs, de violences sexuelles et d’esclavage. 

La situation en cours est largement corroborée par le fait que près de 6 000 Rohingya déplacés se trouvent actuellement dans le « no man’s land » le long de la frontière entre le Bangladesh et le Myanmar.  Ces personnes se sont abstenues de se rendre au Bangladesh et ont exprimé leur volonté de retourner dans leur région d’origine sous réserve que les conditions soient réunies par le Gouvernement du Myanmar, ce que celui-ci a échoué à faire jusqu’à présent, a expliqué M. Bin Momen.  « Compte tenu de la situation sur le terrain, la réinstallation de ces populations pourrait être un test pour le rétablissement de la confiance parmi les Rohingya présents au Bangladesh », a-t-il estimé. 

Le délégué a rappelé que les réfugiés rohingya demandent de réintégrer leurs villages d’origine, pas d’être réinstallés dans des camps clôturés.  Ils souhaitent en outre récupérer leurs terres, voir garantis leurs droits de cultiver, de récolter, de pêcher et d’avoir accès aux marchés locaux, et de pouvoir se déplacer librement.  Nombre de personnes déplacées au Bangladesh revendiquent en outre des dédommagements pour les incendies et les dégâts causés à leurs propriétés au cours des cycles de violence qui se sont abattus sur eux, a ajouté M. Bin Momen.  Ce dernier s’est aussi déclaré préoccupé par le refus du Myanmar de laisser la mission d’établissement des faits faire son travail.

Le Bangladesh, a rappelé le représentant, dialogue de bonne foi avec le Myanmar pour créer une situation propice au retour durable des Rohingya chez eux.  « Mais si la crise humanitaire actuelle est souvent présentée comme une question d’ordre bilatéral entre le Bangladesh et le Myanmar, il faut reconnaître qu’elle est avant tout la conséquence de politiques abusives et discriminatoires pratiquées depuis des décennies par les autorités du Myanmar », a tranché le délégué. 

Considérant le Conseil de sécurité comme le « gardien » du processus de pacification du Myanmar, il a demandé à l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales de planifier une visite dans ce pays et au Bangladesh pour y évaluer la situation humanitaire sur place et donner de l’élan à un rapatriement qui réponde vraiment aux attentes légitimes des Rohingya. 

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