Imprimer
CS/13190
30 janvier 2018
8171e séance – matin

Syrie: l’aide transfrontalière doit reprendre de toute urgence, exhorte devant le Conseil de sécurité la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires

Au cours du mois de janvier, ni les organismes humanitaires de l’ONU ni leurs partenaires n’ont été en mesure d’emprunter, depuis la Jordanie, l’Iraq et la Turquie, les postes frontière agréés pour acheminer en Syrie l’aide à la population en détresse, a souligné, ce matin, devant le Conseil de sécurité, la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires, Mme Ursula Mueller, laquelle a vigoureusement plaidé pour la levée de ces entraves.

« Pas un seul convoi n’a été en mesure d’être déployé », a insisté Mme Mueller, qui est également Vice-Coordonnatrice des secours d’urgence de l’ONU.  Pourtant, le 19 décembre dernier, le Conseil avait, par sa résolution 2393 (2017), autorisé « pour une nouvelle année » courant jusqu’au 10 janvier 2019, ces organismes à utiliser les points de passage en question, cinq au total, et prorogé le mécanisme de surveillance de l’acheminement de l’aide transfrontalière humanitaire en Syrie.

« Les discussions ont bloqué sur la demande de baisser le nombre des destinataires de l’aide, et de séparer les convois d’une façon qui ne nous permettrait pas de fournir des denrées alimentaires ou autres articles de première nécessité.  Nos livraisons doivent continuer d’être basées sur les principes humanitaires et le droit international humanitaire, et en toute impartialité sur les besoins des civils syriens », a expliqué la haute fonctionnaire.

Ils sont aujourd’hui 13,1 millions à nécessiter une protection et une assistance humanitaire, dont 6,1 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, et environ 5,5 millions de personnes réfugiées dans des pays voisins, a précisé Mme Mueller. 

Pour sortir de l’impasse actuelle, a-t-elle poursuivi, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, M. Mark Lowcock, a identifié cinq domaines d’action prioritaires.  Tout d’abord, il est indispensable de financer complètement le Plan de réponse humanitaire des Nations Unies pour 2018, dont le montant a été fixé à 3,5 milliards de dollars, a expliqué la Vice-Coordonnatrice des secours d’urgence.

Ensuite, il faut parvenir à un accord sur les évacuations médicales pour des centaines de patients pris au piège dans des localités assiégées, en particulier la Ghouta orientale, où rien qu’au cours des 10 premiers jours de janvier, 81 civils sont morts, dont 25 femmes et 30 enfants, un sort dont se sont émus les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. 

« Bien que 29 patients qui exigeaient des soins médicaux d’urgence aient pu être évacués de la Ghouta orientale, des centaines d’autres, principalement des femmes et des enfants, ont besoin d’être pris en charge le plus rapidement possible », s’est alarmée Mme Mueller, qui a chiffré à 21 le nombre des morts déjà causés par cette situation.

Par ailleurs, l’accès humanitaire doit être amélioré, a souligné la Sous-Secrétaire générale, qui a annoncé que l’Organisation demande la circulation, « chaque semaine », de « trois à quatre » convois transfrontaliers interagences ONU-Croissant-Rouge arabe syrien. 

Un autre accord est également nécessaire en ce qui concerne les convois d’aide humanitaire soutenus par l’ONU qui rallient Damas à Rukban, dans le sud-est de la Syrie.  La Bolivie a souhaité une coopération accrue entre l’ONU et le Gouvernement de la Syrie pour un meilleur acheminement de l’aide.

Enfin, a conclu la Vice-Coordonnatrice, des arrangements plus efficaces doivent être trouvés pour permettre à l’ONU d’appuyer le travail d’organisations non gouvernementales syriennes et aux organisations non gouvernementales internationales de jouer le rôle crucial qui est le leur.  Les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont demandé le soutien du Conseil de sécurité aux cinq chantiers présentés par Mme Mueller.

« Médecins sans frontières (MSF) a signalé hier que des frappes aériennes ont touché un hôpital qu’ils administrent dans un district d’Edleb, faisant cinq morts et des blessés, et causant des dégâts considérables.  Il s’agissait de la seconde frappe contre cet hôpital en l’espace de neuf jours », a déploré Mme Mueller, qui a comptabilisé au moins 16 attaques contre des centres médicaux en Syrie rien qu’en décembre.

La délégation britannique a accusé Damas de se servir de la restriction de l’accès humanitaire comme d’une « arme de guerre ».  De son côté, la France a estimé que le régime syrien a délibérément fait obstruction au neuvième tour de pourparlers intrasyriens qui s’est tenu à Vienne les 25 et 26 janvier, pointant « le décalage criant » entre la violence qui perdure sur le terrain et les offensives diplomatiques qui cherchent à faire l’impasse sur cet état de fait.

Les combats se poursuivent en effet dans différentes régions du pays, a rappelé la Sous-Secrétaire générale, en faisant mention du nord-ouest de la Syrie, où les frappes aériennes et les combats au sud d’Edleb et au nord d’Hama sont à l’origine d’une vague de déplacements de 270 000 personnes depuis le 15 décembre.  Plutôt que d’essayer de s’installer dans des camps surpeuplés, nombre d’entre elles sont contraintes de se bâtir des « abris de fortune », « en plein hiver », a-t-elle relaté.

La délégation française a prévenu qu’elle n’accorderait « aucun sérieux » aux efforts diplomatiques en cours « sans assurance complète » et sans amélioration significative et durable de la situation humanitaire à Edleb et dans la Ghouta orientale, laquelle a également suscité la préoccupation de son homologue de la Guinée équatoriale. 

Les États-Unis se sont félicités du projet de déclaration présidentielle, préparé par la Suède et le Koweït et qui circule actuellement parmi les membres du Conseil de sécurité, pour répondre à ces défis.  La délégation américaine a rappelé que l’« écrasante majorité » des membres est d’accord pour demander aux autorités syriennes d’autoriser les évacuations de patients et de reprendre l’aide transfrontalière.

Le représentant du Pérou a pour sa part attiré l’attention sur l’importance d’intensifier les activités de déminage dans le pays, devant le nombre de victimes causées par les engins explosifs improvisés, entre 30 et 50 chaque semaine à Raqqa, par exemple. 

Or, près de 60 000 personnes seraient de retour dans cette ville depuis octobre 2017, a rappelé la Sous-Secrétaire générale.  « Plus de 534 civils ont été blessés depuis la chute de ce bastion de Daech, 112 ayant succombé à leurs blessures », a-t-elle précisé.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.