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CS/13175
24 janvier 2018
8165e séance – matin

Conseil de sécurité: le retrait prématuré de l’AMISOM serait un « cadeau » fait aux Chabab, affirme le Représentant spécial pour la Somalie

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie, M. Michael Keating, a souligné, ce matin, devant le Conseil de sécurité, le rôle fondamental de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) pour la sécurité de ce pays et mis en garde contre son retrait prématuré, qui serait un véritable « cadeau » fait aux Chabab.

Le Chef de l’AMISOM, M. Francisco Cateano Jose Madeira, a, lui, souhaité, dans un contexte de retrait de la Mission, une « transition responsable », les forces somaliennes n’étant pas en mesure, selon lui, de prendre le relais de l’AMISOM.

M. Keating, qui présentait le dernier rapport* du Secrétaire général sur la Somalie, a affirmé que les Chabab demeuraient une menace sérieuse pour la Somalie, « en dépit ou peut-être en raison » des revers qu’ils ont enregistrés suite aux pressions financières, aux opérations antiterroristes et aux frappes aériennes qui les visent.

Selon la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), dont M. Keating est le Chef, sur les 18 mois courant jusqu’à octobre 2017, 2 078 civils ont été tués, la grande majorité des mains des Chabab.

« Vaincre les Chabab nécessitera à la fois une stratégie militaire et une stratégie politique, l’emploi de carottes et de bâtons, ainsi que des efforts accrus pour remédier aux manques dont tirent profit les extrémistes pour asseoir un semblant de crédibilité », a-t-il affirmé.

M. Keating a, toutefois, déclaré que l’AMISOM, dont les efforts ont créé l’espace ayant permis les récents progrès observés dans le pays, ne pouvait pas rester « indéfiniment ».  Il a ainsi exhorté les autorités somaliennes, l’Union africaine et les partenaires internationaux, à assurer, en 2018, l’opérationnalisation du secteur de la sécurité en Somalie et garantir son acceptation sur le plan politique.

Cela devrait permettre le transfert graduel des responsabilités assumées aujourd’hui par l’AMISOM aux mains des forces de sécurité somaliennes et d’asseoir le monopole de l’usage de la force du Gouvernement fédéral et des États fédérés, dans le respect de l’Architecture nationale de sécurité, a-t-il expliqué. 

M. Keating a en effet estimé que la situation actuelle, marquée par une fragmentation et une privatisation fréquente des responsabilités sécuritaires, ainsi que par l’absence d’une reddition de comptes, n’était pas « tenable ».  Il a cependant indiqué que les autorités fédérales et fédérées étaient convenues de développer un plan de transition pour le premier trimestre 2018, assorti de cibles et d’un calendrier clairs.

Ce plan devrait concerner non seulement la transition militaire, mais aussi l’état de droit et le renforcement de la gouvernance locale, qui sont des éléments essentiels pour préserver les gains sécuritaires et asseoir la crédibilité de l’État, a-t-il expliqué.  M. Keating a ajouté que ce plan permettrait de définir le soutien futur apporté au secteur sécuritaire somalien et à l’AMISOM.

Le Représentant spécial a noté que ce plan avait connu un début difficile.  L’examen de la préparation opérationnelle de l’Armée nationale et de la Police nationale somaliennes, conduit par le Gouvernement somalien, a, en effet, révélé de nombreuses lacunes et souligné l’énorme défi consistant à traduire dans les faits l’Architecture nationale de sécurité, a-t-il dit.

M. Keating a, néanmoins, mentionné les progrès enregistrés, tels que l’intégration des 2 400 membres des forces de défense du Puntland dans l’armée somalienne, « un éventuel modèle d’intégration pour le pays », ou bien encore le développement par chaque État Membre d’un plan sur leurs forces de police.

M. Madeira, qui est également Représentant spécial du Président de la Commission de l’Union africaine, a déploré, qu’en dépit des défis auxquels font face l’AMISOM et la Somalie, le nombre de contingents de la Mission ait décliné, pour n’atteindre que 20 587 après une réduction initiale de ses effectifs en 2017. 

Alors que la Mission se prépare à se retirer de Somalie, M. Madeira a rappelé que l’« évaluation opérationnelle franche » menée par le Gouvernement fédéral avait conclu que l’armée nationale n’était pas encore en mesure de prendre le relais de l’AMISOM.  Il faut remédier aux lacunes actuelles avant d’effectuer la transition de manière responsable, a-t-il déclaré.

« Nous continuerons de jouer un rôle de mentorat jusqu’à ce que les conditions soient réunies pour permettre de le faire », a assuré M. Madeira.  « Il nous faut maintenant une vision commune de façon à ce que nous puissions tous nous rallier au plan de transition, pour permettre aux institutions somaliennes chargées de la sécurité de reprendre, de façon coordonnée et stratégique, la responsabilité principale de la sécurité. » 

Enfin, M. Madeira a déclaré que l’AMISOM coopérera avec l’armée nationale pour mener des « opérations musclées » contre les Chabab, « dont la réussite dépendra toutefois des moyens mis à disposition de l’AMISOM, notamment des multiplicateurs de force ». 

De son côté, le délégué de la Somalie, M. Abukar Dahir Osman, a insisté sur les progrès faits par son pays, notamment s’agissant de la relation « forte » entre le Gouvernement fédéral et les États membres de la Fédération, comme en témoigne la « tournée de la paix » actuelle du Président Farmajo dans les régions centrales du pays.

Les États membres de la Fédération ont noué une coopération étroite pour le redressement économique et la lutte contre la corruption, a-t-il assuré.  M. Keating, dans son exposé, avait, lui aussi, loué la relation « stabilisée » entre l’État fédéral et les États fédérés, même si la configuration de la structure fédérale du pays fait l’objet « d’un débat vigoureux ».

Le représentant somalien a par ailleurs réaffirmé l’engagement de son gouvernement à mettre en place des élections démocratiques, transparentes et crédibles avant 2020 et 2021, répondant aux inquiétudes de M. Keating, qui avait exhorté les acteurs politiques somaliens à respecter l’état de droit et à s’abstenir de toute violence.

M. Osman a également déclaré que l’embargo actuel sur les armes sur la Somalie était un obstacle majeur à la mise en place effective « de notre ambitieuse réforme du secteur de la sécurité ».  Le cadre de l'embargo sur les armes doit être étroitement aligné sur l'Architecture nationale de sécurité, a-t-il demandé.

À l’instar de M. Keating, le délégué de la Somalie a enfin souligné l’acuité de la crise humanitaire en Somalie, 6,2 millions de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire.  Le risque de famine, conjuré en 2017 grâce notamment à des dons sans précédent, existe toujours en 2018, a averti le Représentant spécial.

Les délégués de la Bolivie et du Pérou ont également pris la parole, le premier pour souhaiter une pleine appropriation nationale du processus de réforme du secteur de la sécurité, tandis le second a plaidé pour une « transition graduelle » des responsabilités en matière de sécurité de l’AMISOM aux autorités somaliennes.

« Il est important d’aller vers une révision constitutionnelle pour résoudre les questions centrales du conflit », a déclaré le délégué péruvien, en saluant à cet égard l’adoption d’une feuille de route.  Enfin, les deux délégations ont souhaité un financement prévisible et durable de l’AMISOM et prôné une bonne coordination entre l’AMISOM, la MANUSOM et le Bureau d’appui des Nations Unies en Somalie (BANUS).

*S/2017/1109

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