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CS/13164
17 janvier 2018
8158e séance – matin

Le représentant du Kazakhstan fait le compte rendu de la récente mission effectuée par le Conseil de sécurité en Afghanistan

L’instabilité persistante et le manque de progrès dans le processus de paix avec les Taliban sont les principaux éléments qui empêchent une stabilisation durable de l’Afghanistan, a déclaré, ce matin, devant le Conseil de sécurité, le représentant du Kazakhstan, M. Kairat Umarov, en faisant le compte rendu de la mission que le Conseil a effectuée en Afghanistan du 13 au 15 janvier 2018.  Cette visite, la première depuis 2010, a permis au Conseil de mieux comprendre les besoins et priorités de ce pays et de montrer sa solidarité envers le peuple afghan, a-t-il affirmé.

M. Umarov a déclaré, à l’entame de son intervention, que la situation sécuritaire demeurait extrêmement volatile.  Il a déploré le nombre croissant de victimes, en raison des « tactiques » de plus en plus violentes utilisées par les groupes terroristes.  Le délégué s’est dit particulièrement préoccupé par la présence et l’activité, dans l’est et le nord du pays, de l’État islamique d’Iraq et du Levant - province de Khorassan, qui a intensifié ses attaques contre la population chiite, alimentant, ce faisant, les tensions sectaires et ethniques dans le pays.

Un autre défi est le retour de combattants terroristes étrangers qui se trouvaient en Syrie et en Iraq, a-t-il continué.  Le représentant a averti que le territoire afghan pourrait être utilisé pour déstabiliser des pays de la région, avant de mentionner les liens étroits qui existent entre l’extrémisme violent et le trafic de stupéfiants.  « Quand la guerre est financée par le trafic de stupéfiants, l’insécurité peut avoir des conséquences négatives pour la stabilité de toute la région. »

Le représentant a indiqué que le Gouvernement afghan avait identifié le principal obstacle à la paix: les sanctuaires pour les Taliban situés à l’extérieur du pays.  C’est pourquoi le Gouvernement a réitéré sa volonté d’un engagement constructif avec les pays voisins en vue de vaincre le terrorisme et de négocier.  M. Umarov a ensuite déploré le manque de progrès dans l’avancement du processus de paix, alors que le Gouvernement doit bientôt présenter sa stratégie en vue de parvenir à un accord avec l’opposition armée.

Il n’y a pas de solution exclusivement militaire en Afghanistan et il faut déployer des efforts sur tous les plans pour vaincre l’opposition armée, a déclaré M. Umarov en misant sur le processus politique.  Il a indiqué que le Haut Conseil de paix afghan visait, pour les prochaines années, à initier des pourparlers avec les Taliban, en s’appuyant sur l’accord de paix signé en 2016 avec Hezb-i Islami de Gulbuddin Hekmatyar.

« Certains de nos interlocuteurs ne se sont néanmoins pas montrés très optimistes, en relevant que des mesures significatives manquaient encore pour mettre le processus de paix sur les rails, malgré la volonté d’ouverture du Gouvernement », a dit le représentant.  En outre, le fait que les Taliban sont un mouvement fragmenté, et non pas un parti politique, ne facilite pas la tenue d’un dialogue constructif, a-t-il ajouté.

Le représentant a poursuivi son exposé en soulignant que le processus de paix était mené en même temps que les efforts visant à parvenir à une gouvernance transparente, à la tenue des élections cette année et à la conduite des réformes.  Il a rapporté à ce titre l’appel lancé par les membres du Conseil de sécurité pour que se tiennent, cette année, des élections transparentes, inclusives et dans les délais fixés, « afin de garantir la crédibilité du Gouvernement, de restaurer la confiance de la population dans les institutions et de prévenir une plus grande instabilité ».

Alors que les préparatifs des élections sont en cours, le Gouvernement d’unité nationale continue de donner la priorité à son programme de réformes, en mettant l’accent sur l’état de droit, la lutte contre la corruption et la réforme du secteur de la sécurité, a noté M. Umarov.  Le délégué a en même temps mentionné les préoccupations de certains groupes politiques devant la logique de faction au sein du Gouvernement, laquelle est de nature à créer des tensions politiques.  « Il est crucial qu’un dialogue constructif soit rétabli entre les forces politiques afghanes », a-t-il affirmé.

Le représentant a ensuite souligné les défis socioéconomiques que le pays doit relever, 39% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté.  À cette aune, M. Umarov a insisté sur le caractère essentiel de l’aide internationale pour promouvoir la paix et la réconciliation, dans le cadre du Processus de Kaboul.  Nos interlocuteurs afghans ont insisté sur un appui continu aux opérations antiterroristes et au processus de relèvement, y compris dans la région, a-t-il déclaré, tout en ajoutant que les Afghans devaient jouer le premier rôle dans la coordination de ladite aide. 

Le Président afghan Ashraf Ghani a réitéré sa demande d’une assistance budgétaire accrue et d’une plus grande cohérence de l’aide onusienne, tout en soulignant l’importance de l’unité du Conseil de sécurité sur le dossier afghan, a-t-il dit.

Enfin, le représentant du Kazakhstan a déclaré que l’intégration économique régionale était de nature à promouvoir la paix et la stabilité de l’Afghanistan.  Nos discussions ont en effet révélé une préférence pour un nouveau paradigme, non seulement basé sur l’assistance mais aussi sur des investissements accrus, les infrastructures, des échanges énergétiques et la quête de nouveaux marchés, a-t-il déclaré.

Pour finir, le délégué a mentionné les atouts du pays, tels que son capital humain, son emplacement géographique et ses ressources, qui peuvent faciliter son insertion dans les différents processus régionaux.  Il a notamment mis en exergue le potentiel de plusieurs projets, tels que l’initiative « la ceinture et la route », l’ouverture de lignes de communication à fibre optique vers la Chine ou bien encore les liaisons ferroviaires qui traversent le territoire afghan pour relier à l’Asie du Sud les pays d’Asie centrale, la Chine et l’Iran.  Ces thèmes seront au cœur du débat ministériel qui doit se tenir le 19 janvier, a conclu M. Umarov.

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