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CS/13159
10 janvier 2018
8155e séance – après-midi

Le Conseil de sécurité s’informe de la fin de la première phase dans la restructuration de la mission de l’ONU au Darfour

La première phase de la restructuration de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) s’est achevée avant la date limite du 31 décembre, a annoncé cet après-midi au Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.  M. Jean-Pierre Lacroix, qui présentait l’évaluation de cette première phase*, est également revenu sur le dernier rapport du Secrétaire général.

Le Secrétaire général adjoint a confirmé le passage sous l’autorité soudanaise de 10 bases opérationnelles de la MINUAD, la réduction du nombre des Casques bleus de 15 845 à 11 461 et celui des policiers, de 3 403 à 2 666.  Pour les civils, il s’agit d’une réduction de 558 personnes.  La MINUAD a aussi formalisé le concept de l’équipe spéciale du Djebel Marra et travaille parallèlement à des plans de stabilisation État par État, en coopération avec les autorités publiques et l’équipe de pays des Nations Unies, a indiqué le Secrétaire général adjoint. 

Cette première phase a été évaluée sous l’angle de l’incidence de la réduction des effectifs, de la coopération du Gouvernement soudanais et de l’élimination des obstacles bureaucratiques.  Il s’agissait aussi de voir s’il faut ou pas continuer à réduire les effectifs, la deuxième phase étant prévue du 31 janvier au 30 juin 2018. 

Alors que la MINUAD s’en approche, le Secrétaire général adjoint a recommandé au Conseil de sécurité d’envisager un nouveau concept de mission avec des priorités ajustées.  Il a aussi mis l’accent sur la question du financement de la consolidation de la paix au Darfour, estimant que cela devrait être une priorité politique afin de protéger les investissements consentis jusqu’ici et éviter une reprise du conflit.

Le Secrétaire général adjoint a en effet regretté l’absence de progrès dans le processus politique au Darfour et dans la mise en œuvre du Document de Doha sur la paix, une position partagée par l’Éthiopie, la Guinée équatoriale et la Bolivie qui ont encouragé les mouvements non signataires de ce Document à le faire et à dialoguer avec le Gouvernement. 

Le Soudan a estimé qu’il ne reste de la crise au Darfour que les déplacés et les répercussions résiduelles sur le développement.  Aussi est-il grand temps pour l’ONU et la communauté internationale de soutenir mon pays, a-t-il dit, en prenant l’exemple du Qatar, qui préside le Comité international de suivi sur la paix au Darfour.  Le Document de Doha constitue le socle « institutionnel » de la paix au Darfour, a insisté le Soudan. 

* S/2018/12

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD

Rapport du Secrétaire général sur l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (S/2017/1113)

Déclarations

M. JEAN-PIERRE LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, qui présentait le rapport du Secrétaire général sur l’Opération hybride Union Africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) ainsi que le document relatif à l’évaluation menée par le Président de la Commission de l’Union africaine et par le Secrétaire général de la première phase de restructuration de cette mission, a rappelé que l’évaluation avait été menée par une équipe conjointe Union africaine-ONU ainsi que des membres des équipes de pays du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), qui se sont rendus à Khartoum au Darfour du 7 au 17 novembre 2017.

Les tendances du conflit dont il est fait état dans le rapport spécial du 18 mai (S/2017/437) se poursuivent, a noté M. Lacroix, puisque le Gouvernement soudanais consolide son autorité sur tout le territoire à l’exception de certaines poches de la région du Djebel Marra qui sont sous le contrôle de groupes rebelles. 

Au Darfour, le déploiement des Forces d’appui rapide et la campagne de collecte d’armes ont permis au Gouvernement de rapidement répondre à des crises sécuritaires et de créer de nouvelles dynamiques, en consolidant les milices sous l’autorité des Forces d’appui rapide.  La collecte d’armes a contribué à l’amélioration des conditions de sécurité au Darfour. 

Sans avoir connu des incidents majeurs, la campagne de désarmement a cependant été reçue de manière mixte et avec scepticisme en particulier de la part des communautés de personnes déplacées.  La MINUAD participe avec les autorités pour répondre aux violations commises dans le cadre de cette campagne.  En attendant, aucun progrès sur la voie d’un règlement politique négocié n’a eu lieu, a regretté le Secrétaire général adjoint.

S’agissant des indicateurs humanitaires, il a noté que la situation restait grave avec 2,7 millions de personnes déplacées et 2,1 millions de personnes au Darfour ayant besoin d’une assistance humanitaire.  Aucun nouveau déplacement n’a été signalé au cours de la première phase et on a même observé certains retours volontaires, a constaté M. Lacroix. 

Il a salué le fait que la première phase de la restructuration de la MINUAD avait été achevée avant la date butoir du 31 décembre 2017, en précisant que la composante militaire s’élevait actuellement à 11 461 (par rapport à une force autorisée de 11 395) alors que la composante police s’établissait à 2 666 (par rapport à 2 888 autorisés) alors que le nombre de postes civils avait été réduit de 558. 

Dans le cadre de la restructuration en deux phases, la MINUAD a aussi récemment formalisé le concept de l’équipe spéciale du Djebel Marra, a poursuivi M. Lacroix, ajoutant que la Mission travaillait sur les plans de stabilisation État par État en coopération avec les gouvernements étatiques au Darfour et l’équipe pays des Nations Unies. 

M. Lacroix a salué l’attitude coopérative du Gouvernement soudanais tout au long de cette première phase de restructuration de la MINUAD.  Il a néanmoins regretté que la mission eût rencontré des difficultés pour obtenir des visas pour son personnel international, en particulier pour son personnel spécialisé en matière de droits de l’homme.

M. Lacroix a souligné que l’évaluation avait eu lieu quelques semaines après la fermeture de bases d’opération de la MINUAD, ce qui signifie qu’il n’était pas encore possible de faire une analyse préliminaire de l’impact que cela a eu sur la reconfiguration de la mission et sur la population. 

S’agissant des tendances dégagées dans le rapport du Secrétaire général, il a souligné qu’il n’y avait pas eu de confrontations armées au cours de la période à l’examen entre les forces du Gouvernement et les groupes armés au Darfour, alors que le lancement de la phase de la collecte forcée d’armes au Darfour et dans les camps de personnes déplacées dominait cette première phase.  M. Lacroix a aussi regretté qu’il n’y ait pas eu de résultats tangibles dans le processus politique au Darfour et dans la mise en œuvre du Document de Doha pour la paix au Darfour au cours de cette période.

Alors que la mission rentre dans la deuxième phase de sa restructuration, il a recommandé au Conseil de sécurité de procéder à un examen pour définir un nouveau concept de mission avec des priorités ajustées dans le contexte du renouvellement du mandat de la MINUAD en juin 2018. 

Le Secrétaire général adjoint a également mis l’accent sur la question du financement de la consolidation du maintien de la paix au Darfour en estimant que cela devrait être une priorité politique pour les États Membres en vue de protéger les investissements faits jusque-là dans la paix au Darfour et pour éviter toute reprise du conflit.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) s’est félicité de constater que la situation au Darfour continue de s’améliorer, avec une forte diminution des conflits intercommunautaires dans la région.  Il a exprimé l’espoir que la finalisation de la collecte forcée d’armes à travers le Darfour et son lancement dans les camps de personnes déplacées permettent de sécuriser définitivement la région. 

Le représentant s’est dit en revanche déçu de constater que les progrès en vue d’un accord politique avec les groupes armés non signataires n’aient pas encore été couronnés de succès jusqu’à présent, exhortant ces derniers à déposer les armes et à adhérer au Document de Doha pour la paix au Darfour. 

Selon lui, le Gouvernement s’acquitte de ses obligations, malgré les difficultés créées par certains acteurs pour soutenir les groupes armés.  Le délégué a par ailleurs salué l’achèvement de la première phase de la restructuration de la MINUAD et appuyé les efforts consentis par l’Opération et l’équipe de pays des Nations Unies en faveur d’une stratégie de collecte de fonds pour assurer la mise en œuvre du Cadre stratégique intégré pour le Darfour, portant sur la période de juillet 2017 à juin 2019. 

Le représentant s’est également ému du nombre de réfugiés au Darfour en provenance du Soudan du Sud, qui s’est hissé à 192 826, dont plus de 89 000 sont arrivés en 2017.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) s’est félicité de la stabilité croissante qui règne au Darfour.  Constatant que la campagne de collecte d’armes avait entraîné une diminution de la violence durant les derniers mois, il a encouragé le Gouvernement à poursuivre ses efforts dans le cadre du Document de Doha pour la paix au Darfour.  Il a néanmoins noté avec préoccupation le fait que les violations des droits de l’homme se poursuivaient et a donc rappelé aux autorités soudanaises leur responsabilité de protéger la population civile, en particulier les femmes, les enfants et les personnes déplacées vulnérables.

Face au processus de reconfiguration de la MINUAD, le représentant a estimé que trois questions requéraient une attention urgente.  Il a d’abord noté que la rapidité avec laquelle avait été menée la première phase de la reconfiguration avait limité les possibilités d’une planification adéquate et a donc jugé indispensable que la deuxième phase soit mieux organisée.  Ainsi, le Pérou appuie la recommandation faite de reporter la remise de la base de Kalma à la fin de la seconde phase du processus de reconfiguration. 

En deuxième lieu, le représentant a déploré les retards dans la mise en place d’une base temporaire à Golo, que le Pérou juge essentielle pour que la MINUAD puisse remplir son mandat en matière de développement durable du Darfour en traitant des causes profondes du conflit. 

En outre, M. Meza-Cuadra a jugé urgent le traitement des difficultés que rencontre encore l’aide humanitaire pour parvenir à destination.  S’il a reconnu des progrès dans l’attribution de visas et d’autres formalités concernant les travailleurs humanitaires, il a jugé tout aussi important de lever les obstacles administratifs à l’entrée de conteneurs d’aide. 

Enfin, le Pérou estime que la poursuite de la paix au Darfour exige un cessez-le-feu permanent et le traitement des causes profondes du conflit.  En ce sens, il salue l’initiative de la MINUAD et de l’équipe de pays pour mettre en œuvre le Cadre stratégique intégré 2017-2019 et souhaite la participation de bailleurs non conventionnels et d’institutions financières régionales. 

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) s’est félicité de l’amélioration des conditions humanitaires au Darfour, où il est maintenant urgent d’appuyer l’élaboration de projets destinés à soutenir les moyens de subsistance des populations locales.  Après avoir relevé des occurrences dans l’obstruction à l’assistance humanitaire, le représentant a estimé que le Soudan est confronté à un problème de revitalisation du processus de paix au Darfour. 

Il a souligné l’importance des questions de la gestion des terres et de la propriété foncière, avant d’encourager les mouvements non signataires du Document de Doha pour la paix au Darfour à dialoguer avec le Gouvernement. 

En conclusion, le délégué a considéré que pour faire avancer le processus de paix, le Soudan a besoin du soutien de l’ONU, de l’Union africaine et de la communauté internationale dans son ensemble. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a salué les évolutions positives dans la situation au Darfour qu’il a attribuées au travail conjoint de l’Union africaine, de l’ONU et du Gouvernement soudanais.  À ce titre, il a notamment cité la réduction du nombre des affrontements avec les groupes rebelles. 

Il a salué en outre l’engagement du Gouvernement soudanais à respecter le Document de Doha pour la paix au Darfour et a appelé toutes les parties au conflit à redoubler d’efforts pour parvenir à une solution politique négociée par le biais du dialogue politique inclusif.  Il a noté avec satisfaction que la circulation du personnel de la MINUAD et du personnel humanitaire s’est améliorée. 

En conclusion, sa délégation a appelé la communauté internationale à appuyer le Soudan en vue de sortir des impasses qui subsistent.

M. BERNARD TANOH-BOUTCHOUE (Côte d’Ivoire) est préoccupé par le peu de progrès enregistrés dans la mise en œuvre du Document de Doha pour la paix au Darfour, un cadre politique utile pour s’attaquer aux causes profondes du conflit et donner aux populations du Darfour la possibilité de jouir des dividendes de la paix.  Le représentant craint aussi l’impasse sur le plan politique qui risque de réduire à néant les efforts entrepris jusque-là pour une sortie durable de crise, et qui conduit à un retour à la situation antérieure, à l’origine des déplacements massifs de personnes auxquels « nous assistons à nouveau aujourd’hui ».

Pour M. Tanoh-Boutchoue, la paix au Darfour passe nécessairement par la réconciliation nationale, une cessation permanente des hostilités et un dialogue inclusif.  Il a invité toutes les parties prenantes à s’impliquer véritablement dans le retour de la paix, pour le bien-être des populations et pour la stabilité de toute la région. 

Le représentant s’est dit enfin inquiet que le Gouvernement soudanais n’ait pas encore mis à disposition la base temporaire de redéploiement de Golo, en vue de l’établissement de l’équipe spéciale du Djebel Marra. 

M. BADER ABDULLAH N. M. ALMUNAYEKH (Koweït) a appuyé le processus de dialogue national en cours au Soudan et s’est félicité du rôle positif joué par les « amis du Soudan » pour contribuer au retour volontaire des déplacés au Darfour.  Toutes les parties prenantes doivent participer maintenant au processus de paix, a-t-il ajouté. 

S’il s’est félicité de la campagne de collecte des armes dans certains camps des réfugiés, il s’est cependant déclaré préoccupé par les attaques commises au cours de la période à l’examen.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) est encouragé par les progrès faits sur la situation sécuritaire et humanitaire au Darfour ainsi que la coopération renforcée entre le Gouvernement soudanais, les Nations Unies et l’Union africaine.  La preuve la plus évidente est l’acceptation par le Gouvernement soudanais de créer la base de Golo, a indiqué le représentant. 

Il a salué la décision du Gouvernement de prolonger le cessez-le-feu unilatéral jusqu’à la fin mars 2018.  Il a espéré que les autres parties suspendront également les hostilités afin de revigorer le processus politique inclusif mené par le Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine.  « Progressivement, nous devons aller vers la réalisation du Document de Doha pour la paix au Darfour », a exhorté le délégué. 

Avant de terminer, il a indiqué que les efforts de consolidation de la paix devraient être axés sur la mise en œuvre du cadre stratégique intégré de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour-Équipe de coordination des Nations Unies.    

M. OMER DAHAB FADL MOHAMED (Soudan) a considéré que le Secrétariat de l’ONU ne ferait que se pencher sur des « incidents mineurs » et des « délits » commis dans des postes de police, estimant que leur mention relève d’un « dysfonctionnement » dans la préparation des rapports sur la situation au Darfour.  Selon lui, il serait judicieux de revenir à une périodicité trimestrielle dans l’examen de cette question par le Conseil de sécurité. 

Pour le représentant, il ne reste de la crise au Darfour que les répercussions résiduelles en matière de développement et de déplacements de population.  Aussi est-il grand temps pour l’ONU et la communauté internationale de soutenir son pays, a-t-il estimé, en prenant pour exemple le Qatar, qui préside un comité international de suivi de la paix au Darfour.  M. Mohamed a assuré que le Document de Doha constitue le socle institutionnel de la paix au Darfour. 

Pour sa part, Khartoum, a-t-il ajouté, œuvre à des projets de développement sur place, où se déroule également la campagne de collecte des armes qui, en dépit d’un manque de ressources, avance en raison d’une volonté réelle sur le terrain.  Pour le délégué, la réussite de cette campagne passe par le respect ferme de la loi et l’importance de la coopération avec la MINUAD, sous peine de voir le retour des défis et des affrontements. 

Réagissant en conclusion à la recommandation du Secrétaire général d’officialiser l’attribution de terrains pour la création de la base opérationnelle temporaire de Golo de la Mission, il a expliqué que son Gouvernement avait approuvé un terrain de 5 620 mètres carrés.

 

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