Quatrième Commission: l’UNRWA salue le soutien de la communauté internationale pour l’aider à surmonter sa crise financière

CPSD/684
9 novembre 2018
Soixante-treizième session, 24e séance – après midi

Quatrième Commission: l’UNRWA salue le soutien de la communauté internationale pour l’aider à surmonter sa crise financière

C’est un vibrant plaidoyer du multilatéralisme et de la solidarité qu’est venu faire cet après-midi, devant la Quatrième Commission (questions politiques spéciales et décolonisation), le Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).  Ce dernier a notamment fait le point sur l’état financier de l’Office, suite à la « décision brutale » des États-Unis, son plus important donateur, de couper sa contribution de 300 millions de dollars, la ramenant ainsi à 60 millions de dollars pour 2018.

M. Pierre Krähenbühl a indiqué que la crise financière qui en a résulté est sans précédent puisqu’à la mi-janvier, l’Office avait enregistré un manque à gagner de 446 millions de dollars, « ce qui était vraiment ahurissant pour une agence qui fournit des services essentiels sur lesquels des millions de personnes dépendent au quotidien, sans alternative viable ».  

Ce déficit, qui équivaut à 40% de ses revenus d’exploitation, a menacé l’ensemble du système de services dans 58 camps environ de la région, a-t-il fait savoir, à commencer par l’éducation de 525 000 enfants, l’octroi de soins de santé primaires à 3 millions de patients et la fourniture d’une aide alimentaire à 1,7 million de réfugiés, y compris en Syrie.

Face à cette situation de crise, l’Office a réagi en lançant la campagne #DignityIsPriceless pour impulser un nouvel élan à la coopération multilatérale.  « Et la réponse internationale a été à la hauteur des attentes », s’est félicité le Commissaire général.  Grâce à une mobilisation collective sans précédent qui s’est accompagnée d’un engagement diplomatique au plus haut niveau, depuis janvier les donateurs ont versé ou annoncé des contributions supplémentaires de 382 millions de dollars, ce qui a ramené le déficit de l’Office à 64 millions de dollars.

« Nous avons relevé ces défis avec détermination et créativité et nous sommes sur le point de surmonter le plus grand problème financier de l’histoire de cette agence », a-t-il affirmé, expliquant que cela a été possible, dans une très large mesure, au fait que « vous », les États Membres de l’Assemblée générale, avez été à la hauteur des défis.  « Votre soutien a vraiment été remarquable », a-t-il lancé à la salle. 

Qu’il s’agisse des membres de l’Union européenne ou de ceux du Mouvement des pays non alignés, tous se sont accordés à dire qu’empêcher l’UNRWA de conduire ses importantes activités risque d’aggraver l’instabilité dans la région et de créer un vide dont les extrémistes profiteront.  C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Union européenne a accru de 40 millions d’euros sa participation au budget de l’Office, amenant à 146 millions d’euros l’ensemble de ses contributions depuis le début de l’année.  Le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït ont également levé 50 millions de dollars chacun, soit 50% des fonds supplémentaires promis cette année, a ajouté M. Krähenbühl.

La Palestine a d’ailleurs averti que toute interruption ou suspension des services de l’UNRWA exacerberait de manière « considérable » la détresse des réfugiés et déstabiliserait la situation fragile qui prévaut sur le terrain.  « Les mesures de réduction des coûts et les préoccupations suscitées par les coupures des États-Unis sont déjà la source de profondes préoccupations parmi les réfugiés, attisant la crainte qu’ils sont en train d’être abandonnés par la communauté internationale », a notamment signalé la délégation.

Prenant notamment l’exemple de Gaza, elle a rappelé que 80% de la population y dépend de l’aide internationale.  Pour ses habitants et tous ceux des territoires occupés, notamment la communauté bédouine qui est sous la menace d’un nouveau transfert forcé, l’UNRWA demeure une « bouée de sauvetage » qui doit être préservée tant qu’une juste solution restaurant les droits du peuple palestinien n’aura pas été trouvée, a-t-elle plaidé.

Tout en soutenant les activités humanitaires de l’UNRWA, Israël lui a néanmoins reproché à nouveau sa nature politique, l’accusant notamment de perpétuer le problème des réfugiés palestiniens en accordant ce statut à leurs descendants « un privilège dont aucune autre population ne profite dans le monde » et qui, selon la délégation, ne fait qu’empirer le problème, puisque les 750 000 réfugiés d’origine sont désormais plus de 5 millions du fait de ce mécanisme de transmission des droits. 

Le problème, a estimé la délégation israélienne, c’est que si l’on autorisait le retour aujourd’hui de 5,3 millions de « réfugiés » palestiniens, Israël serait effacé de la carte, sous le poids du nombre.  Derrière leur réclamation du droit au retour, ce sont les Palestiniens qui, au travers de l’UNRWA, refusent en fait d’accepter le droit des Juifs à l’autodétermination, a dénoncé Israël. 

La Palestine a toutefois catégoriquement rejeté toute demande de redéfinition du statut de réfugié palestinien, y voyant une tentative « cynique » de diminuer leurs droits.  Elle a également souligné que le droit au retour est bien un droit individuel et collectif qui revient à tous les réfugiés, conformément à la résolution 194 des Nations Unies, « et qu’on ne saurait le nier pour accommoder les manigances d’Israël pour assurer une majorité juive ». 

S’agissant du reproche fait à l’Office de « perpétuer » la question des réfugiés palestiniens, le Commissaire général a souligné que contrairement au mandat du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) qui est de trouver des solutions, soit par le retour des réfugiés soit par leur réinstallation, celui de l’UNRWA ne prévoit rien de tel.  Il s’est aussi préoccupé du fait que les réfugiés palestiniens sont présentés comme étant un « problème » ou un « obstacle » à la paix au Moyen-Orient, « comme s’ils étaient responsables de ce conflit non résolu ».  

La Quatrième Commission poursuivra l’examen de cette question le lundi 12 novembre à 10 heures.

OFFICE DE SECOURS ET DE TRAVAUX DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS DE PALESTINE DANS LE PROCHE-ORIENT

Déclaration liminaire

M. PIERRE KRÄHENBÜHL, Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), a fait le point de l’évolution de la situation sur le terrain en 2018.  M. Krähenbühl a rappelé à quel point cette année a été difficile pour l’Office et à quel point les défis à son travail sur le terrain ont été soudains et sans précédent.  « Nous avons relevé ces défis avec détermination et créativité et nous sommes sur le point de surmonter le plus grand problème financier de l’histoire de cette agence », a-t-il affirmé, expliquant que cela a été possible, dans une très large mesure, au fait que « vous », les États Membres de l’Assemblée générale, avez été à la hauteur des défis.  « Votre soutien a vraiment été remarquable », a-t-il lancé à la salle. 

Le soutien durable de la communauté internationale envers les réfugiés palestiniens, leur développement humain et la sauvegarde de leurs opportunités -dans l’attente d’une solution juste et durable- reste inestimable, a poursuivi M. Krähenbühl, soulignant que cet engagement est essentiel à la fois pour la dignité humaine, la stabilité régionale et pour le maintien d’un multilatéralisme « fort et engagé ».

Poursuivant, il a indiqué que les réfugiés de Palestine à Gaza et en Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est), en Jordanie, au Liban et en Syrie constituent une communauté diverse dans une région fragmentée, liés par une identité commune qui s’articule autour d’une dépossession partagée et par une situation politique non résolue de la longue date qui réside au cœur de leur statut de réfugié. 

Les réfugiés de Palestine, a-t-il précisé, ont été profondément marqués par les effets des conflits en cours, aggravés par le manque de progrès politiques, les annonces relatives à Jérusalem et les pressions exercées sur le financement et les opérations de l’UNRWA.  Il en résulta un sentiment accablant de crise existentielle chez les réfugiés de Palestine, a martelé le Commissaire général, avant de rappeler la « Grande Marche » des Gazaouis à la frontière avec Israël.  La population de Gaza, constitué aux deux tiers de réfugiés, a pris conscience du fait que des milliers de jeunes porteront désormais des blessures débilitantes pour les années à venir alors même que les traitements médicaux à l’extérieur de Gaza sont limités et que le système médical public sur place est sur le point de s’effondrer. 

« Pour avoir visité Gaza plus de 30 fois depuis ma prise de fonctions en mars 2014, j’ai de plus en plus de mal à trouver les mots justes pour décrire la profondeur du désespoir résultant de la combinaison du conflit, de l’occupation et du blocus dans la bande de Gaza », a regretté le Commissaire général rendant notamment hommage, en les énumérant un à un, aux 13 jeunes garçons et filles qui étudiaient dans les écoles de l’UNRWA et qui ont été tués lors des « Marches » cette année.  Que deviendraient les 280 000 écoliers de l’UNRWA si leur droit à l’éducation n’est pas garanti? a-t-il lancé, soulignant qu’il n’existe pas d’alternative au système éducatif de l’UNRWA.

Six écoliers de l’UNRWA ont également été tués en Syrie, a-t-il également déploré, évoquant par ailleurs la situation dans le camp de Yarmouk et à Edleb où 6 000 familles sont coupées d’accès. 

Au Liban, les réfugiés restent privés des services gouvernementaux et d’accès à la plupart des emplois formels, alors qu’en Jordanie, où les réfugiés ont connu une large inclusion, les vulnérabilités restent profondes et beaucoup de réfugiés dépendent de l’UNRWA pour obtenir des services et l’assistance la plus élémentaire pour lutter contre la pauvreté.

C’est dans ce contexte très difficile, les besoins et la vulnérabilité des réfugiés ayant atteint un niveau sans précédent, que l’Office a dû faire face à un choc d’envergure.  En janvier 2018, a-t-il rappelé, 300 millions de dollars ont été coupés « suite à la décision brutale prise par notre plus grand donateur de ramener sa contribution à 60 millions de dollars pour 2018 ».  Les États-Unis ont depuis annoncé qu’ils ne contribueraient à aucun fonds à compter de 2019, a-t-il regretté.

Tout en reconnaissant que le financement d’une organisation humanitaire reste une décision souveraine, ainsi que la générosité et la cohérence du soutien des États-Unis à l'UNRWA au fil des décennies, il a regretté cette décision « précisément parce que cela avait été un partenariat si important ». 

La crise financière qui en a résulté est sans précédent puisqu’à la mi-janvier, l’Office avait enregistré un manque à gagner de 446 millions de dollars, « ce qui était vraiment ahurissant pour une agence qui fournit des services essentiels dont des millions de personnes dépendent au quotidien, dans des environnements instables et sans alternative viable ». 

Ce déficit, qui équivaut à 40% de ses revenus d’exploitation, a menacé l’ensemble du système de services dans 58 camps environ de la région, a précisé le Commissaire général, à commencer par l’éducation de 525 000 enfants, l’octroi de soins de santé primaires à trois millions de patients et la fourniture d’une aide alimentaire à 1,7 million de réfugiés, y compris en Syrie.

Face à cette situation de crise, l’Office a réagi par une campagne mondiale appelée #DignityIsPriceless, pour impulser un nouvel élan à la coopération multilatérale.  « La mobilisation collective a été la plus large des dernières décennies et s’est accompagnée d’un engagement diplomatique au plus haut niveau », s’est enorgueilli M. Krähenbühl, citant notamment les deux réunions ministérielles qui ont été déterminantes pour mobiliser l’appui: 100 millions de dollars en contribution annoncés à Rome le 15 mars 2018 et 122 millions de dollars à New York, le 27 septembre 2018. 

Depuis janvier, a-t-il poursuivi, les donateurs ont versé ou annoncé des contributions supplémentaires de 382 millions de dollars, ce qui a ramené le déficit de l’Office à 64 millions de dollars.  Bien que modique, cette somme est nécessaire pour couvrir des dépenses essentielles qui risquent autrement d’être ajoutés au déficit de 2019.

Mon message aujourd’hui concerne le chemin parcouru, a-t-il martelé, ajoutant que lui et son équipe font leur part pour préserver l’efficacité du système d’aide multilatérale dans le contexte actuel de menaces grandissantes.

« Quatre de nos partenaires arabes ont fait preuve d’un véritable leadership humanitaire », a-t-il poursuivi, remerciant dans la foulée le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït qui ont levé 50 millions de dollars chacun, soit 50% des fonds supplémentaire promis cette année.  Et au cours des 12 derniers mois, 40 pays et institutions ont augmenté leurs contributions à l'UNRWA.  Les pays hôtes se sont également joints aux efforts, l’un d’eux ayant notamment augmenté à un niveau record son appui direct.

Toutefois, certaines annonces de contributions importantes faites tout au long de l’année n’ont pas encore été versées, a souligné le Commissaire général, et il est essentiel que cela se fasse rapidement.  Pour sa part, le Commissaire général s’est engagé à poursuivre sur la voie de l’efficacité et de la discipline financière, soulignant que le déficit de 446 millions de dollars enregistré cette année aurait atteint 538 millions de dollars sans la politique rigide de gestion des coûts qui a été appliquée.

Réfutant les accusations contre l’Office comme étant responsable de « l’inflation du nombre de réfugiés palestiniens », M. Krähenbühl a expliqué qu’il est « un fait que les enfants de parents réfugiés et leurs descendants sont reconnus comme étant eux-mêmes des réfugiés du point de vue des mandats respectifs de l’UNRWA et de l’UNHCR ».  

S’agissant du reproche fait à l’Office de « perpétuer » la question des réfugiés palestiniens en appelant à un retour à leur lieu d’origine, le Commissaire a martelé que, contrairement au mandat du Haut-Commissariat pour les réfugiés qui est de trouver des solutions, soit par le retour des réfugiés soit par leur réinstallation, celui de l’UNRWA ne prévoit rien de tel.  Il s’est aussi préoccupé du fait que les réfugiés palestiniens sont présentés comme étant un « problème » ou un « obstacle » à la paix au Moyen-Orient, « comme s’ils étaient responsables de ce conflit non résolu ».  La responsabilité de cette situation qui perdure revient clairement aux parties et à l’absence de volonté de la communauté internationale, ou à son incapacité totale à trouver une solution négociée et pacifique au conflit entre Israël et la Palestine.

Le Commissaire général a, par ailleurs, indiqué que l’UNRWA évalue régulièrement le curriculum et le contenu des manuels scolaires palestiniens qu’il utilise, rappelant que leurs contenus sont régulièrement passés au crible, notamment pour ce qui a trait à la paix israélo-palestinienne, pour qu’ils s’alignent sur les valeurs et principes de l’ONU.  Il a précisé que seulement 3% des pages des nouveaux manuels publiés par la Palestine était problématique, notamment dans le domaine de la cartographie et de la représentation des sexes, et que ces préoccupations avaient été portées à l’attention des autorités palestiniennes. 

L’UNRWA, a-t-il souligné, est à l’avant-garde de l’éducation dans une région durement éprouvée par les conflits et l’extrémisme, ce qui représentante un progrès remarquable pour instiller une vision des droits de l’homme et d’autres valeurs de l’ONU, ainsi que pour stimuler la pensée critique et indépendante chez les jeunes générations de réfugiés palestiniens.

M. Krähenbühl a également réaffirmé l’attachement de l’Office à la neutralité, estimant qu’elle est cruciale pour préserver la confiance et l’accès dans des environnements très polarisés.  Dans ce contexte, le Commissaire général a indiqué que l’an dernier une enquête menée par l’Office avait déterminé que deux membres de son personnel étaient proches du Hamas, suite à quoi il a été mis fin à leurs contrats.  L’UNRWA a également découvert que des tunnels avaient été creusés, l’an dernier, sous certaines de ses écoles à Gaza.  L’Office a fait part de ses vives condamnations au Hamas et les a bouchés avec du ciment – un geste que peu d’organisations humanitaires auraient fait, a-t-il avancé.

Finissant sur une note positive, M. Krähenbühl a appelé la communauté internationale à mettre en avant la force, l’énergie positive et la créativité de la communauté des réfugiés palestiniens.  Cette année, malgré les immenses difficultés financières, l’UNRWA a célébré le droit à l’éducation de 530 000 filles et garçons, d’Alep à Rafaa, et « nous avons célébré la pertinence de nos partenariats », a conclu le Commissaire général.

Dialogue interactif avec les délégations

À l’issue de la présentation du rapport de l’UNRWA, plusieurs délégations avaient des questions pour son Commissaire général.

Que va-t-il se passer au cours des deux prochaines années, à la fois en ce qui concerne la situation financière de l’UNRWA et la situation des jeunes? a demandé le Soudan, qui a en outre, proposé d’accueillir des étudiants dans les universités du Soudan.

Les initiatives prises pour les jeunes sont-elles compatibles avec les objectifs de développement durable? a demandé la Palestine, tandis que l’Indonésie s’est inquiétée de la situation des 400 000 réfugiés palestiniens en Syrie.

 De son côté, Israël a noté que sur les 4,5 millions de réfugiés, seule une petite partie pourrait véritablement être considérée comme des réfugiés.  Les autres sont des citoyens de Jordanie, notamment, descendants de réfugiés, et ne devraient pas être considérés comme des réfugiés, a souligné la délégation, qui a, par ailleurs, voulu savoir pourquoi l’Office continue de travailler dans la bande de Gaza alors que « certains de ces soi-disant réfugiés sont des terroristes ».

À son tour, la Syrie a regretté que le rapport sur l’UNRWA passe sous silence l’appui apporté par son pays aux réfugiés palestiniens, précisant que 57 écoles ont été ouvertes par son gouvernement.  Il a également appelé à tenir compte des déficits pour reconstruire les camps de réfugiés.

Répondant aux questions, le Commissaire général de l’UNRWA a indiqué qu’avant la guerre en Syrie, une des communautés de réfugiés palestiniens qui vivait au sud de Damas bénéficiait d’une indépendance économique.  Mais avec la guerre tout a changé:  120 000 réfugiés ont quitté la Syrie, 30 000 sont allés au Liban et les autres sont partis dans des pays tiers.  De plus, l’UNRWA a perdu 18 collègues et 25 autres sont encore portés disparus.

« Peu importe les considérations politiques de chacun, il est inconcevable que les jeunes gazaouis ne puissent plus quitter ce territoire », a ensuite affirmé M. Krähenbühl, qui a souligné que 280 000 enfants n’ont jamais quitté Gaza, et il y a très peu de contact avec les Israéliens.  Il a déploré un état de fait problématique pour « redécouvrir l’humanité de l’autre ».  Il a espéré qu’en 2019, ce ne seront plus les problèmes de financements de l’Office qui feront la une, mais l’émergence de solutions envisageables. 

Le Commissaire général s’est dit optimiste par rapport aux investissements réalisés par l’UNRWA dans le modèle éducatif malgré les effectifs élevés des classes.  Par ailleurs, l’Office est à l’écoute des recommandations issues des Parlements de jeunes qui ont été éduqués de ses écoles.  J’espère, a-t-il ajouté, que la jeunesse palestinienne pourra expérimenter sa « citoyenneté mondiale » en participant à des foras internationaux.

Répondant à l’intervention d’Israël, il a reconnu qu’il existe des différences de points de vue sur la définition même du terme de réfugiés, ainsi que sur le nombre de réfugiés palestiniens.  S’agissant de la question des descendants, il a réitéré que la définition utilisée par l’Office est celle de l’Assemblée générale et que l’UNRWA utilise la même approche que le HCR.  Il a estimé que c’est la faiblesse de la résolution politique des conflits qui prolonge les crises des réfugiés, récusant toute affirmation selon laquelle ce serait le travail humanitaire d’office comme l’UNRWA qui perpétuerait le problème.

En venant à la gestion de la situation sécuritaire à Gaza, le Commissaire général a déclaré que la « neutralité, c’est la garantie que, sans avoir à choisir de camp, les acteurs humanitaires pourront poursuivre leur travail et garder la confiance des communautés ». 

M. Krähenbühl a ensuite indiqué que suite aux coupes budgétaires de cette année, 118 membres du personnel de l’Office ont perdu leur emploi, une situation contre laquelle ils ont protesté avec force, le taux de chômage étant proche de 50% à Gaza.

Le Commissaire général a, par ailleurs, souligné que le rôle du Gouvernement syrien a toujours été reconnu par l’UNRWA.  Il a rappelé qu’avant la guerre, l’UNRWA disposait de 100 bâtiments scolaires en Syrie, mais que la moitié de ces bâtiments est à présent inutilisable ou a été détruite.  Nous avons cependant demandé au Gouvernement syrien la possibilité d’avoir accès à ces bâtiments pour donner des cours de l’après-midi.  Il s’est, par ailleurs, déclaré prêt à discuter de la question du retour des réfugiés palestiniens de Syrie avec le Gouvernement syrien. 

Rapporteur du Groupe de travail sur le financement de l’UNRWA

M. KJETIL J. HALVORSEN, Rapporteur du Groupe de travail chargé d’étudier le financement de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, a présenté le dernier rapport du Groupe, précisant que celui-ci s’était réuni alors que l’Office était confronté à un déficit financier sans précédent qui menaçait le développement humain des réfugiés palestiniens ainsi que la stabilité de la région.

Le Groupe de travail a exprimé sa profonde préoccupation face à la décision de certains États Membres de retirer leur soutien de l’Office et au déficit important qui en résulte, ce qui affecte le budget programme de l’UNRWA en 2018.  Malgré les efforts de l’Office pour améliorer encore la rentabilité des programmes, et malgré les contributions supplémentaires de nombreux donateurs traditionnels et non traditionnels, le déficit de cette année s’élève à 64 millions de dollars.  Le Groupe de travail a réaffirmé qu’il incombe avant tout à l’Assemblée générale et à la communauté internationale de veiller à ce que les services de l’Office soient maintenus à un niveau acceptable, afin que l’UNRWA puisse remplir son mandat et répondre aux besoins croissants de la population de réfugiés.

Le Groupe de travail exhorte notamment tous les gouvernements à augmenter, sur plusieurs années, leurs contributions volontaires à l’Office, tout en tenant compte de l’importance cruciale d’assurer la totalité du financement de son budget-programme.  Il importe de tenir la cadence face aux exigences de l’Office pour répondre aux besoins croissants de la population de réfugiés palestiniens et de prendre en compte les effets de l’inflation.  Les contributions devraient également refléter le partage approprié de la charge au niveau international, a ajouté M. Halvorsen.

Le Rapporteur a ensuite salué les mesures prises par l’UNRWA pour accroître son efficacité, tout en maintenant la qualité des services fournis aux réfugiés de Palestine, et l’a encouragé à poursuivre la mise en œuvre de ces mesures.

Débat général

Mme FEDA ABDELHADY-NASSER (État de Palestine) s’est dite profondément reconnaissante de l’appui financier et politique fourni par l’UNRWA aux 5,4 millions de réfugiés palestiniens.  Le considérant comme indispensable, elle s’est émue que l’Office traverse une crise financière « exacerbée par la décision punitive des États-Unis de suspendre ses subventions, après des décennies où ils furent le principal donateur et l’un de ses plus fervents soutiens », et à laquelle s’ajoute une tentative de saper la crédibilité de l’Office ainsi que les droits des réfugiés palestiniens.

Elle a catégoriquement rejeté la rhétorique consistant à demander une redéfinition du statut de réfugié palestinien, y voyant une tentative cynique de diminuer leurs droits.  Par ailleurs, vouloir renier le statut de réfugié aux descendants Palestiniens n’est pas plus recevable, puisque ce droit est reconnu par le droit international tant qu’une solution stable et durable n’est pas trouvée dans la région concernée.  De la même manière, elle a souligné que le droit au retour n’était pas une réclamation, mais un droit individuel et collectif qui revient à tous les réfugiés conformément à la résolution 194 des Nations Unies, « et qu’on ne saurait le nier pour accommoder les manigances d’Israël pour assurer une majorité juive ».

La déléguée s’est rangée derrière l’analyse du Secrétaire général des Nations Unies et du Commissaire général: « Le problème des réfugiés palestiniens persiste en raison de l’incapacité à s’attaquer aux racines du conflit et à résoudre légitimement la question palestinienne. »  Dans ses conditions, a-t-elle poursuivi, prétendre que l’UNRWA perpétue le problème des réfugiés est absurde et offensant puisque, UNRWA ou non, les réfugiés continueront d’exister tant qu’une solution juste ne sera pas trouvée.  Ce que l’Office a fait, c’est simplement aider à corriger les conséquences de cette tragédie humaine sur les Palestiniens, a-t-elle insisté.  Elle en a profité pour remercier tous les donateurs qui ont évité à l’UNRWA de connaître une situation financière telle que ses opérations et le bien être des réfugiés auraient été menacés.

Estimant que les Palestiniens vivent actuellement la pire situation depuis 1948, elle a dénoncé les opérations de spoliation et de déplacement forcé organisées, selon lui, par Israël.  Cette « force occupante », a-t-elle dénoncé, nie les droits de millions de Palestiniens et les plonge dans l’insécurité et la pauvreté.

Toute interruption ou suspension des services de l’UNRWA exacerberait de manière considérable la détresse des réfugiés et déstabiliserait la situation fragile qui prévaut sur le terrain.  Les mesures de réduction des coûts et les préoccupations suscitées par les coupures des États-Unis sont déjà la source de profondes préoccupations parmi les réfugiés, attisant la crainte qu’ils sont en train d’être abandonnés par la communauté internationale.

Prenant notamment l’exemple de Gaza, elle a rappelé que 80% de la population y dépend de l’aide internationale.  Pour ses habitants et tous ceux des territoires occupés, notamment la communauté bédouine qui est sous la menace d’un nouveau transfert forcé, l’UNRWA demeure une « bouée de sauvetage » qui doit être préservée tant qu’une juste solution restaurant les droits du peuple palestinien n’aura pas été trouvée, a souligné la déléguée.

C’est à cet égard, que la représentante de l’État de Palestine a exhorté la communauté internationale à soutenir cet office politiquement comme financièrement et à voter en faveur de toutes les résolutions qui la renforcent.  Elle a aussi profondément regretté que les États-Unis et Israël politisent son travail humanitaire et sapent les opérations de l’UNRWA.  Appelant tous les pays qui le veulent à également contribuer volontairement à son financement, elle a conclu en souhaitant que la question palestinienne soit définitivement réglée sur la base de la résolution 194 des Nations Unies et qu’Israël soit tenu pour responsable de ses crimes.

M. SAMUEL MONCADA (Venezuela) au nom du Mouvement des pays non alignés, s’est dit profondément inquiet face à la grave crise que traverse l’UNRWA qui résulte en partie de la décision des États-Unis de retirer leur contribution, affectant encore davantage les populations les plus pauvres et menaçant d’autant la stabilité de la région.  De la même façon, il s’est montré très préoccupé par l’annonce qu’Israël entend fermer les bureaux de l’Office à Jérusalem-Est.  L’année 2018 aura été difficile pour l’UNWRA qui aura dû opérer en situation de crise, a-t-il noté.  Et de ces conditions dégradées, ont résulté une plus grande volatilité et une violence généralisée dans la région.

Le représentant a, par ailleurs, exprimé sa profonde préoccupation face aux pratiques illégales d’Israël, citant notamment le blocus de la bande de Gaza qui empêche le passage de l’aide humanitaire, entrave tout redressement économique et rend la population encore plus dépendante de l’aide de l’UNWRA. 

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh), au nom de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), a jugé que la situation vécue par les Palestiniens risque de s’aggraver du fait de la crise financière sans précédent qui s’abat sur l’UNRWA en raison « de la décision regrettable des États-Unis de cesser leurs contributions ».  Ce retrait met en grande difficulté les missions d’éducation, de santé, d’actions sociales et les programmes d’assistance fournis par l’Office dans tous les territoires occupés, s’est inquiété le délégué.  Selon lui, la réunion d’aujourd’hui doit envoyer un message d’espoir et d’engagement politique aux réfugiés palestiniens.  Il s’est dit confiant que la coopération et l’action conjointe de tous les acteurs internationaux parviendront à contenir les augmentations budgétaires de l’UNRWA.  À cet égard, l’OCI, en collaboration avec la Banque islamique de développement, poursuit son processus de création d’un fonds pour soutenir les réfugiés palestiniens et contribuer à mobiliser les ressources nécessaires pour financer l’UNRWA.

M. PIERRE-CHRISTOPHE CHATZISAVAS, de l’Union européenne, a concentré son intervention sur le nécessaire soutien à l’UNWRA car, a-t-il souligné, l’assistance humanitaire doit dépasser les divisions politiques.  Empêcher l’UNRWA de conduire ses importantes activités risque de causer l’instabilité dans la région et de créer un vide dont les extrémistes profiteront, a-t-il averti.  Pour cette raison, l’Union européenne (UE) et ses États membres sont collectivement les plus importants contributeurs au budget de l’UNRWA.  IL a notamment annoncé, qu’il y a quelques semaines, l’UE a accru de 40 millions d’euros sa participation au budget de l’Office, amenant à 146 millions d’euros l’ensemble de ses contributions depuis le début de l’année.  L’année prochaine sera encore plus difficile pour l’UNWRA a-t-il prévenu, et appelant les donateurs à accentuer leurs efforts.  La communauté internationale doit veiller à ce que l’UNWRA et son personnel dévoué puissent continuer de travailler.

Mme MARÍA ANTONIETA SOCORRO JÁQUEZ HUACUJA (Mexique) a constaté que, malheureusement, le travail de l’UNRWA continuera d’être indispensable tant qu’une solution à la situation des réfugiés palestiniens ne sera pas trouvée.  L’instabilité de la région a des conséquences graves sur la situation économique, sociale et humanitaire de la population civile, qui affecte particulièrement les femmes et les enfants, et provoque une augmentation du nombre des réfugiés dans la région, a-t-elle rappelé.  En outre, elle a estimé que l’UNRWA joue un rôle essentiel qui contribue à la stabilité de la région.  La crise financière actuelle de l’organisme, avec un déficit de 250 millions de dollars, a un caractère différent des difficultés rencontrées par le passé.  Pour y remédier, la représentante a rappelé que son pays a contribué à hauteur de 500 000 dollars en 2018.

M. ARIEL RODELAS PENARANDA (Philippines) a loué le rôle important de l’UNRWA.  En solidarité avec le peuple palestinien, les Philippines confirment leur contribution financière volontaire de 10 000 dollars au budget-programme de l’Office pour 2018, a-t-il indiqué.

M. HUMBERTO RIVERO ROSARIO (Cuba) a rendu hommage aux personnels de l’UNRWA.  Il a ensuite constaté que la situation des réfugiés en Palestine est victime de la précarité de la situation financière de l’UNRWA.  « Il est remarquable de constater que malgré l’interruption du financement de l’UNRWA par son plus important contributeur, son travail n’a pas été interrompu », s’est-il félicité.  Le représentant a salué les efforts des pays du Golfe et du Secrétaire général pour résoudre la situation critique de l’UNRWA.

Le représentant a jugé « lamentable » que le principal contributeur de l’UNRWA ait tenté d’asphyxier son travail humanitaire.  Il a estimé que d’aucuns essaient de lancer des moyens malhonnêtes pour faire plier le peuple palestinien.  « Nous en appelons aux États Membres de l’ONU pour garantir un financement de l’UNRWA pour qu’il puisse s’acquitter de son mandat », a-t-il déclaré.

M. JASSIM SAYAR A. J. AL-MAAWDA (Qatar) a salué les efforts déployés par le Commissaire général et de tout le personnel de l’UNRWA afin de garantir aux réfugiés palestiniens l’accès aux services essentiels dans un contexte difficile.  L’UNRWA est chargé de répondre aux besoins des plus de 5 millions de réfugiés palestiniens dans les territoires occupés qui dépendent des services de l’Office et cela aussi longtemps qu’une solution juste à la question palestinienne ne sera pas trouvée, à commencer par le droit au retour, a-t-il rappelé.

Pour le Qatar, il ne fait pas de doute que l’Office s’acquitte de son mandat dans une situation financière difficile liée à son déficit de financement chronique et qui ne cesse de s’aggraver au point de menacer la pérennité même de ses activités dans les domaines les plus essentiels.  Par conséquent, le représentant a plaidé pour un financement régulier de l’Office, avant de rappeler que le Qatar avait contribué 50 millions de dollars supplémentaires au budget général de l’UNRWA, notamment pour financer ses activités dans le domaine de l’éducation.  « Au fil des ans, nous avons été un pays fer de lance en termes de soutien au peuple frère de Palestine », a-t-il indiqué, y compris par une contribution d’un milliard de dollars pour la reconstruction de Gaza. 

M. THANDEKILE TSHABALALA (Afrique du Sud) a souligné que dans le contexte d’impasse qui caractérise le processus de paix, l’UNRWA reste plus important que jamais.  Les réfugiés palestiniens sont poussés hors de leurs foyers et endurent plus de souffrances et de menaces que l’imagination peut le laisser penser.

C’est pourquoi les coupes dans le budget de l’UNRWA menacent la vie des plus vulnérables, à savoir les femmes et les enfants, et minent les progrès qui peuvent être atteints et éloignent encore de la possibilité d’un accord de paix, s’est-il inquiété.  Il a appelé urgemment tous les États Membres de continuer à honorer leurs engagements à soutenir le travail de l’UNRWA qui, a-t-il souligné, crée les conditions qui pourraient, un jour, mener à l’autodétermination et à la prospérité des Palestiniens.

M. ABDALLAH Y. AL-MOUALLIMI (Arabie saoudite) a rappelé que l’UNRWA a été créé par la résolution 302 de l’Assemblée générale en 1949 du fait de la crise de la Nakba, et que le nombre de réfugiés palestiniens dépasse désormais 5,8 millions de personnes « qui rêvent d’un retour garanti par les différentes résolutions des Nations Unies ».

Il a dénoncé le blocus illégal imposé par Israël dans la bande de Gaza et ses conséquences humanitaires accablantes, ainsi que les activités de peuplement israéliennes en Cisjordanie « qui risquent d’annihiler toute perspective d’une solution des deux États ».  Il a également reproché à Israël de refuser l’Initiative de paix arabe.

Pour l’Arabie saoudite, la question de la Palestine est prioritaire et elle ne cessera de soutenir l’UNRWA, ce dont témoignent les contributions importantes dans différents domaines que le représentant a passés en revue.  Il a assuré le soutien de sa délégation à l’Office, en particulier à ses activités éducatives et a appelé la communauté internationale à relever ses niveaux de contributions pour que l’Office puisse poursuivre ses services et programmes.  Il a également appelé à s’attaquer aux causes profondes du conflit, en exigeant la reconnaissance d’un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale.  Il a aussi réaffirmé le droit au retour des Palestiniens.

M. ISAAC BACHMAN (Israël) a rappelé qu’Israël a coopéré avec l’UNRWA pendant de nombreuses années pour aider l’Office à fournir des services essentiels au bien-être du peuple palestinien et à la stabilité des pays voisins.  Pour Israël, jusqu’à ce que les Palestiniens puissent subvenir aux besoins de leur peuple dans des proportions comparables à ce que leur fournit l’UNRWA, la communauté internationale doit continuer de leur fournir une aide internationale.  Cependant, cette aide doit être dirigée vers d’autres canaux internationaux « car l’UNRWA est une organisation politique ».

Le représentant a notamment estimé que la définition que fait l’UNRWA du terme « réfugié » est politique, pointant par ailleurs la décision de l’ONU de fusionner toutes les agences de réfugiés, à l’exception de l’UNRWA, pour constituer le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR).  C’était une démarche politique qui n’avait rien d’humanitaire, a-t-il affirmé.

Selon lui, l’Office utilise la fourniture de services sociaux pour faire avancer « un agenda politique maximaliste et nourrir les demandes palestiniennes de retour aux frontières d’avant 1967 ».  Il a accusé aussi l’UNRWA de donner une définition du réfugié différente de celle de l’UNHCR en octroyant ce statut également aux descendants des réfugiés: « aucune autre population de réfugiés ne profite de ce privilège dans le monde ».  Pour lui, ce statut particulier ne fait qu’aggraver le problème, puisque les 750 000 réfugiés d’origine sont désormais plus de cinq millions du fait de ce mécanisme de transmission des droits.  En manipulant l’échelle du problème des réfugiés palestiniens, l’UNRWA joue un rôle direct et biaisé dans la politique du conflit.  De plus, la plus grande majorité des bénéficiaires de l’UNRWA ne répondent pas aux critères de réfugiés établi par le droit international.

« Les réfugiés palestiniens peuvent obtenir la citoyenneté d’un autre pays, tout en maintenant leur statut de réfugiés.  Ce privilège est unique à l’UNRWA et ne s’applique pas à ceux du HCR », a poursuivi le représentant d’Israël.  Et lorsque l’on sait qu’un réfugié palestinien n’a même pas besoin de franchir une frontière internationale pour obtenir le statut de réfugié, il n’est pas surprenant que les besoins budgétaires de l’UNRWA ne fassent qu’augmenter.  Le modèle d’affaire de l’UNRWA est irrémédiablement imparfait et conduira systématiquement l’Office à la banqueroute, a-t-il en outre averti.

Selon lui, les raisons de ce traitement de faveur découlent de l’histoire de la région.  Il a argué que si les 750 000 réfugiés avaient été relocalisés dès 1949, la crise des réfugiés palestiniens n’existerait pas.  Le problème, a ajouté le délégué, c’est que si l’on autorisait le retour aujourd’hui de 5,3 millions de « réfugiés » palestiniens, Israël serait effacé de la carte sous le poids du nombre.  Derrière leur réclamation du droit au retour, ce sont les Palestiniens qui, au travers de l’UNRWA, refusent en fait d’accepter le droit des juifs à l’autodétermination dans quelque partie que ce soit du territoire d’Israël.  Pour le délégué, la solution des deux États et le retour des cinq millions de réfugiés sont mutuellement excluants: « Israël en tant que seul État juif cesserait d’exister. »

Pour le représentant israélien, la décision des États-Unis de geler ses contributions à l’UNRWA doit être un coup de semonce pour la communauté internationale.  Chaque dollar donné à l’UNRWA met un point d’interrogation sur l’existence d’un État Membre de l’ONU et sur le droit du peuple juif à l’autodétermination.  Il faut mettre un terme au mandat de l’UNRWA et réorganiser progressivement ses services.  Les véritables réfugiés palestiniens ne doivent bénéficier d’aucun traitement qui différerait de celui octroyé aux autres populations de réfugiés dans le monde, a-t-il souligné.

M. NEVILLE MELVIN GERTZE (Namibie) a décrit l’UNRWA comme un élément stabilisateur dans la région qui fournit une assistance de base aux communautés palestiniennes de Gaza, de Cisjordanie, de Syrie, du Liban et de Jordanie.  En Cisjordanie, a-t-il rappelé, l’Office a fourni une éducation scolaire à 48 192 enfants, des soins dans 43 établissements de santé, et des rations de vivres à beaucoup d’habitants.  Alors que Gaza entame sa onzième année sous blocus israélien, l’UNRWA offre là aussi une aide indispensable, a-t-il ajouté.  Depuis 2017, pas moins de 271 900 étudiants ont été formés dans 275 écoles, 3,8 millions de consultations médicales ont été offertes et 993 000 personnes ont reçu une assistance nutritionnelle.

Rappelant que les réfugiés palestiniens représentent 25% de l’ensemble des réfugiés dans le monde, il a souligné qu’ils seront 6,2 millions en 2020, contre 5,3 aujourd’hui.  Mécaniquement, cette augmentation va accroître le volume opérationnel de l’UNRWA à l’avenir, donc ses besoins financiers, a insisté le délégué.  Et même si le gel des contributions des États-Unis a été temporairement comblé par de généreux donateurs, il a souligné que le manque de visibilité budgétaire de l’Office handicape ses activités.  Il a, à cet égard, salué les efforts entrepris par l’UNRWA pour contrôler son budget et faire preuve de transparence.

Droits de réponse

Le représentant d’Israël a réagi aux revendications faites par certaines délégations pour que le droit au retour des réfugiés palestiniens soit respecté.  Il a souligné que la résolution 194 de l’Assemblée générale n’est pas juridiquement contraignante, dénonçant une interprétation subjective, sans validité.  Pour sa délégation, c’est le « refus ardent », par les Palestiniens, de la notion de souveraineté israélienne sur une partie du territoire qui est la racine profonde de ce conflit.  « Si les Palestiniens avaient accepté le plan de partage de 1949, le conflit israélo-palestinien n’existerait pas », a-t-il insisté. 

Il a également reproché à l’UNRWA d’être responsable de la « non-réinstallation » des réfugiés palestiniens dans un pays tiers.  Tant que l’UNRWA existera dans sa forme actuelle, le nombre de réfugiés palestiniens ne cessera d’augmenter, a-t-il affirmé, sans pour autant nier les services essentiels offerts par l’Office.  Il a insisté sur le fait que son déficit financier chronique est dû à l’augmentation constante du nombre de réfugiés palestiniens.

Pour ce qui est de la situation dans la bande de Gaza, il a expliqué qu’Israël appuie l’économie de Gaza mais que depuis la prise de pouvoir du Hamas, en 2007, la situation a changé.  Ainsi les restrictions imposées à l’importation de certains biens ne sont pas des mesures punitives mais bien des mesures sécuritaires, a-t-il précisé.

L’observatrice de l’État de Palestine a rappelé que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) avait reconnu le droit d’existence de l’État d’Israël en 1993.  Mais le peuple palestinien n’a jamais bénéficié de ce droit, a-t-elle déploré.  Loin de jouir d’un droit exclusif au retour, les réfugiés palestiniens bénéficient des mêmes droits que tous les autres réfugiés dans le monde.  Les arguments présentés aujourd’hui par Israël illustrent très bien la volonté d’établir une majorité juive sur ces terres.  « C’est pour cela que la paix nous échappe depuis si longtemps. »

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