Première Commission: Préoccupations face à la paralysie des négociations sur le désarmement nucléaire

AG/DSI/3605
18 octobre 2018
Soixante-treizième session, 11e séance – après-midi

Première Commission: Préoccupations face à la paralysie des négociations sur le désarmement nucléaire

La Première Commission (désarmement et sécurité internationale) a entamé, cet après-midi, son débat thématique sur « les armes nucléaires », qui a fait apparaître une nouvelle fois l’inquiétude des délégués face à la paralysie des négociations sur le désarmement.

Celles-ci se trouvent « dans une impasse alarmante », a notamment estimé l’Indonésie au nom du Mouvement des pays non alignés (NAM), appuyée par le Maroc pour le Groupe africain: les puissances nucléaires n’ont fait « aucun progrès » dans l’élimination de leurs arsenaux, bien au contraire, ils les modernisent et escomptent même développer de nouveaux vecteurs, ont-ils pointé.

Il est évident, aux yeux de ces orateurs, que l’approche dite « pas à pas » a échoué à conduire le monde vers leur élimination complète.  Pourtant, le désarmement ne se fera pas sans les États dotés, a insisté l’Australie, qui a appelé à renforcer la confiance par un dialogue constructif et soutenu.

L’Égypte, au nom du Groupe arabe, a appelé à accélérer le rythme pour assurer la crédibilité et la continuité du mécanisme de désarmement, citant notamment la création de zones exemptes d’armes nucléaires, notamment au Moyen-Orient.  À quoi les États-Unis ont riposté, lors d’un droit de réponse, que faire dépendre le succès de la Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP), en 2020, de la création d’une telle zone portait en soi le germe de l’échec.

Au nom du Groupe de la levée de l’état d'alerte, la Nouvelle-Zélande a averti que les risques se multiplient quand les armes nucléaires sont en alerte rouge, évoquant notamment le risque d’un lancement dû à un problème technique, à une mauvaise interprétation, de faux rapports ou à l’utilisation de l’arme nucléaire par des acteurs non étatiques.  Étant donné les conséquences dévastatrices potentielles de ces armes, « nous ne pouvons plus gager notre survie sur la chance », a-t-elle averti. 

Les Philippines, au nom de l’Initiative sur la non-prolifération et le désarmement, ont par ailleurs insisté sur la nécessité d’adjoindre des mesures de vérification au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

C’est précisément le sujet du Groupe d’experts gouvernementaux chargé d’examiner le rôle de la vérification dans la progression du désarmement nucléaire, dont le Président a présenté les réflexions en début de séance.

Ces travaux ne concernent pas un traité en particulier, a insisté M. Knut Langeland.  En revanche, ils doivent permettre un partage d’expériences et d’associer des États non dotés, en privilégiant les notions de transparence et d’irréversibilité. 

Le Groupe va se poser trois questions, a-t-il détaillé: qu’est ce qui constitue une vérification du désarmement adéquate?  Comment tirer les enseignements du passé?  Et enfin, qui pense avoir un rôle à jouer pour la mise en œuvre de la vérification?  Un rapport sera soumis en avril prochain à l’Assemblée générale et à la Conférence du désarmement.

La Commission a également entendu le Président d’un autre Groupe d’experts gouvernementaux qui est chargé d’étudier de nouvelles mesures concrètes de prévention d’une course aux armements dans l’espace.  L’objectif, a expliqué M. Guilherme de Aguiar Patriota, est d’examiner des recommandations sur la création d’un « instrument juridiquement contraignant » relatif au placement d’armes dans l’espace extra-atmosphérique. 

Ce dernier a indiqué que le projet de traité sur la prévention du déploiement d’armes dans l’espace est apparu comme une référence constante dans les débats et des questions ont par ailleurs émergé sur les mesures de vérification correspondant à la diversité des menaces.  Un projet de rapport sera transmis à la soixante-quatorzième session de l’Assemblée générale, ainsi qu’à la Conférence du désarmement avant 2020.

La Première Commission poursuivra ses travaux demain, vendredi 19 octobre, à partir de 15 heures.

EXPOSÉS

M. KNUT LANGELAND (Norvège), intervenant en tant que Président du Groupe d’experts gouvernementaux chargé d’examiner le rôle de la vérification dans la progression du désarmement nucléaire, a rappelé les termes de la résolution 7167 sur le désarmement, adoptée il y a deux ans: elle fournit le mandat du Groupe, stipule l’importance de la vérification pour parvenir à un monde exempt d’armes nucléaires et appelle à la coopération étroite entre les États Membres.

Il a ensuite indiqué qu’en janvier 2018, la Norvège et le Royaume-Uni ont organisé un comité préparatoire et des consultations informelles en marge de la Conférence du désarmement et de cette Commission.  Il a été noté que le processus de vérification du désarmement ne concerne pas un traité en particulier mais qu’il permet de partager les expériences, d’examiner les initiatives et de parvenir à un rapport consensuel.

Les 14 et 18 mai, le Groupe d’experts gouvernementaux s’est retrouvé à Genève pour une réunion au cours de laquelle il a été convenu que la vérification peut permettre d’atteindre l’objectif d’un monde exempt d’armes nucléaires et que, indépendamment de la façon dont il mènera ses travaux, le Groupe pourra aider à préparer le terrain et renforcer le processus sans exclusive en associant les États non dotés d’armes nucléaires.  Tous les États, a souligné le Président, ont le devoir de coopérer et les États non dotés ont beaucoup d’informations à partager.  À cette occasion, il a également été reconnu qu’une vérification efficace peut renforcer la confiance, un aspect du processus qui sera de plus en plus important au fur et à mesure que les stocks seront réduits, a-t-il estimé.

La discussion a aussi porté sur les notions de transparence et d’irréversibilité.  À ce titre, des experts ont partagé les expériences de l’Afrique du Sud, du Kazakhstan, de l’Argentine et du Brésil, ainsi que dans le cadre du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et du nouveau Traité de réduction des armements stratégiques.  Certains ont estimé que seules les parties aux traités concernés pourront avoir un rôle dans la vérification, a fait savoir M. Langeland, qui a par ailleurs souligné le rôle essentiel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans la vérification mais aussi dans le maintien d’un monde sans armes nucléaires. 

Il a ensuite expliqué que le Groupe cherche à dégager quelques pistes à partir d’expériences passées mais qu’il lui a été rappelé qu’il ne doit pas créer un régime spécial, ni préjuger du champ d’application d’un éventuel traité sur le désarmement.  Il a ajouté que le Groupe a jusqu’en avril 2019 pour traiter de cette question.

Le Groupe, a enchaîné M. Langeland, a considéré que les principes génériques identifiés par la Conférence du désarmement en 1988 pourront être source d’inspiration, au regard des 30 dernières années.

Se félicitant de l’atmosphère de coopération et collégiale qui a marqué les discussions, il a fait savoir que le Groupe allait présent entrer dans les détails en se posant trois questions: qu’est ce qui constitue une vérification du désarmement adéquate?  Comment tirer les enseignements du passé?  Et, enfin, à qui revient le rôle d’assurer la mise en œuvre de la vérification?

Le Groupe fera rapport en avril prochain à l’Assemblée générale et à la Conférence du désarmement.

M. GUILHERME DE AGUIAR PATRIOTA, Président du Groupe d’experts gouvernementaux chargé d’étudier de nouvelles mesures concrètes de prévention d’une course aux armements dans l’espace, a rappelé que ce Groupe a été instauré par la résolution 72/250, adoptée par vote, qui prévoit qu’il devra se réunir deux fois entre 2018 et 2019.  Il a expliqué que l’objectif est d’examiner des recommandations sur la création d’un instrument juridiquement contraignant relatif au placement d’armes dans l’espace extra-atmosphérique et que le rapport du Groupe sera transmis à la soixante-quatorzième session de l’Assemblée générale, ainsi qu’à la Conférence du désarmement avant 2020.  La première réunion avec les États Membres de l’ONU se tiendra du 31 janvier au 1er février 2019.  Il a aussi déclaré que les trois États qui avaient voté contre la résolution participent aux discussions.  Il s’est félicité de la qualité du dialogue entre les membres du Groupe.

M. de Aguiar Patriota a ensuite indiqué qu’avec l’appui de la Chine et de la Fédération de la Russie, un atelier de travail a été organisé, en juillet, à Beijing, avec l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR).  Cet atelier a facilité un premier échange sur les sujets à aborder et bien que peu de membres désignés aient été présents, les experts ont mieux compris les préoccupations des uns et des autres, a-t-il estimé.

Une première réunion a ensuite été organisée du 6 au 17 août, à Genève, avec un ordre du jour prévoyant d’examiner: la sécurité internationale, le régime juridique existant, le droit à l’autodéfense, les principes existants applicables et les nouveaux principes, ainsi que les interdictions, mesures et comportement des États et les limites à l’emploi de la force.  À cela s’ajoutent également les termes nécessitant d’être précisés, la surveillance et la coopération, les mesures de confiance, le renforcement des capacités et les dispositions finales. 

Le projet de traité sur la prévention du déploiement d’armes dans l’espace est apparu comme une référence constante dans les débats mais les échanges ont également porté sur l’importance de la cohérence avec les traités existants.  Le travail dans les instances connexes a été pris en compte, notamment les discussions conduites à la Conférence du désarmement, ainsi que les recommandations du rapport du Groupe d’experts gouvernementaux sur les mesures de transparence et de confiance relatives aux activités spatiales de 2013.

Le Président a précisé que différents types et niveaux de vérification ont été envisagés s’agissant notamment du placement des armes, des menaces et de l’emploi de la force contre des objets spatiaux.  Une perspective a également été envisagé pour établir des catégories de risques de hauts et bas niveaux concernant, entre autres, les menaces liées aux débris spatiaux et à leur traitement, les capacités antisatellitaires, le double usage des satellites. Les experts ont également réfléchi aux mesures de confiance et de vérification qui pourraient correspondre à chaque défi.

Le Groupe va élaborer une grille ouvrant la possibilité de contributions des experts sur tous les points importants.  Un projet de grille a déjà été discuté au sein du Groupe de façon à ce que chaque expert puisse y contribuer d’ici à la fin novembre.  Cette grille servira de base à l’élaboration du rapport qui doit être examiné en mars 2019.

DÉBAT THÉMATIQUE SUR DES QUESTIONS PRÉCISES ET PRÉSENTATION ET EXAMEN DE TOUS LES PROJETS DE RESOLUTION PRÉSENTÉS AU TITRE DES POINTS DE L’ORDRE DU JOUR

Déclarations

Mme INA HAGNININGTYAS KRISNAMURTHI (Indonésie), au nom du Mouvement des pays non alignés, a estimé que le désarmement nucléaire est dans une impasse alarmante. Les États nucléaires n’ont fait aucun progrès dans l’élimination de leurs armes nucléaires.  Au contraire, ils modernisent leurs arsenaux et affichent leurs intentions de développer un nouveau type de véhicules de livraison des armes nucléaires, a-t-elle dénoncé.  Le Mouvement des pays non alignés (MNA) est profondément préoccupé par ces affaires qui montrent que les États nucléaires ne remplissent pas les obligations légales qui sont les leurs.  À ses yeux, il est évident que l’approche dite « pas à pas » a échoué à faire des progrès concrets, et le désarmement nucléaire continue d’être pris en otage par de fausses notions. « Il est temps de mettre en place une nouvelle approche pour le désarmement nucléaire », a-t-elle déclaré.

Le Mouvement réitère en outre que la tenue d’une conférence internationale de haut niveau sur le désarmement nucléaire, qui serait décidée par l’Assemblée générale, fournirait une opportunité pour faire l’examen des progrès réalisés et promouvoir le noble objectif du désarmement.

La représentante a émis l’espoir qu’une fois entré en vigueur, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires contribuera à atteindre l’objectif d’élimination totale des armes nucléaires, tout en réaffirmant la nécessité urgente de conclure un instrument universel et juridiquement contraignant, pour assurer à tous les États non détenteurs qu’il n’y aura pas d’utilisation ou de menace d’utilisation de l’arme nucléaire, « quelles que soient les circonstances ».

La représentante a regretté l’échec de la neuvième Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) à trouver un consensus.  Elle a appelé tous les États nucléaires à faire montre de leur volonté politique pour permettre à la Conférence prévue en 2020 de prendre des recommandations concrètes.  Enfin, le Mouvement a réaffirmé le droit pour chaque État de développer la recherche, la production et l’utilisation de l’énergie nucléaire, à des fins pacifiques, ainsi que le droit souverain de chaque État de définir ses politiques énergétiques.

M. OMAR HILALE (Maroc) s’exprimant au nom du Groupe des États d’Afrique, a souligné que l’élimination des armes nucléaires est la seule garantie de ne pas les utiliser et a insisté sur le besoin urgent de débarrasser le monde de ces arsenaux « qui menacent la paix et la sécurité ».  L’Afrique appuie le principe de la dénucléarisation et, dans cet esprit, salue l’adoption du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui complète et renforce le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).  Aussi, le Groupe demande « instamment » à tous les pays de le signer et le ratifier, notamment les États dotés.  L’élimination des armes nucléaires est notre objectif et c’est également celui du TNP, a-t-il insisté, en regrettant « le rythme lent » des négociations pour y parvenir.

Le Groupe africain a ensuite rappelé l’importance des zones exemptes d’armes nucléaires qui renforcent la paix régionale et internationale.  Il s’est inquiété de l’échec à organiser une conférence régionale pour envisager l’établissement d’une telle zone au Moyen-Orient.  Celle-ci devait se tenir en 2012, a-t-il notamment rappelé.

Le représentant a par ailleurs rappelé le droit inaliénable des États à bénéficier de l’énergie nucléaire, insistant en outre sur l’importance des transferts de technologies pour le développement des pays, notamment africains.

M. BASSEM HASSAN (Égypte), au nom du Groupe arabe, a exprimé sa préoccupation quant à l’échec continu pour parvenir au désarmement nucléaire.  Critiquant les États dotés pour avoir refusé à plusieurs reprises d’établir un calendrier en vue de mettre en œuvre leurs engagements, il a rappelé que le Groupe rejetait les doctrines militaires de ces pays.  Selon lui, l’échec de la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 2015 met la communauté internationale face à des responsabilités.  Il a estimé notamment qu’il fallait accélérer le rythme pour assurer la crédibilité et la continuité du mécanisme de désarmement, citant la création de zones exemptes d’armes nucléaires, notamment au Moyen-Orient.  En 2015, les États arabes ont essayé de sortir de l’impasse avec la rédaction d’un document, a-t-il expliqué, mais cette approche positive a finalement échoué puisque trois États ont brisé le consensus.

« Se débarrasser des armes de destruction massive est un effort collectif », a-t-il insisté avant de réclamer un engagement des autres parties, au risque d’abîmer la crédibilité du TNP.  Prendre des actions rapides et concrètes sur la création de zones exemptes d’armes nucléaires, notamment au Moyen-Orient, est nécessaire, a-t-il affirmé.  Regrettant que l’appel de 1995 à la création de cette zone ait été entravé, il a considéré que cela avait empêché et empêche toujours l’avènement d’une paix et d’une sécurité durables dans la région.  « Nous demandons à tous les États défenseurs de la paix de venir appuyer ce travail. »  À ce titre, il s’est dit préoccupé par les menaces persistantes à la sécurité que fait peser le refus d’Israël d’adhérer au TNP.

M. JOHANN KELLERMAN (Afrique du Sud) au nom de la Coalition pour un nouvel ordre du jour, a regretté qu’il reste tant à faire pour arriver à un monde sans armes nucléaires.  Engagée dans cet objectif, il a présenté les grandes lignes du projet de résolution que la Coalition présentera au cours de cette session.

Le projet de résolution rappelle notamment les inquiétudes de la coalition, concernant l’impact humanitaire de l’usage de ces armes.  Il demande aussi instamment aux États dotés de réduire l’opérationnalité de leurs systèmes d’armement nucléaire et ainsi que leur rôle dans leurs doctrines militaires et leurs stratégies.  Le projet veut aussi s’assurer de la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient, conformément aux engagements de 1995, et plaide pour l’universalisation du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

Mme DELL HIGGIE (Nouvelle-Zélande) s’exprimant au nom du Groupe de la levée de l’état d’alerte, a averti que les risques nucléaires se multiplient de façon significative quand ces armes sont en alerte rouge, énumérant ensuite les risques liés à un lancement dû à un problème technique, une mauvaise interprétation, de faux rapports ou l’utilisation de l’arme nucléaire par des acteurs non étatiques, y compris des groupes terroristes ou lors de cyberattaques.  Selon elle, ces risques sont étayés par des incidents survenus ces dernières décennies, les États-Unis et la Fédération de Russie ayant par exemple reçu des informations erronées par le passé.  Et ce cas est loin d’être isolé, a-t-elle signalé.  Étant donné les conséquences dévastatrices potentielles de ces armes, on ne peut pas confier la survie des pays à la chance.

La représentante a regretté la position de certains États nucléaires qui estiment que la levée de l’état d’alerte pourrait créer une situation dangereuse en cas de crise.  Cette position éloigne les États concernés de leurs engagements.  Aussi, le Groupe présentera, une nouvelle fois, une résolution visant à réduire les préparatifs opérationnels des armes nucléaires avec quelques mises à jour par rapport à celle de 2016.

Mme MARATEE NALITA ANDAMO (Thaïlande), au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN, a appelé, à préserver son statut de zone exempte d’armes nucléaires. Selon elle, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires constitue un pas essentiel vers un désarmement nucléaire effectif qui complète les traités existants, soulignant d’ailleurs que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) constitue toujours la pierre angulaire du désarmement nucléaire.  La Thaïlande a, en outre, ratifié le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), en septembre dernier, permettant à l’ensemble de l’ASEAN d’y être désormais partie.  Pour leur part, le Brunei et le Myanmar ont signé le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Concernant la situation dans la péninsule coréenne, la représentante s’est réjouie de la tenue des trois sommets intercoréens et du sommet entre les États-Unis et la République populaire démocratique de Corée.  Elle a réaffirmé le droit inaliénable de chaque pays de faire un usage pacifique du nucléaire.  À ce titre, elle a considéré que le plan quinquennal du réseau des organismes de réglementation de l’énergie atomique de l’ASEAN permettra de garantir un emploi en toute sécurité du nucléaire civil dans la région.

Mme SALLY MANSFIELD (Australie), au nom d’un groupe de pays, a indiqué que les États parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) se sont donné rendez-vous, dans moins de deux ans, à New York pour la Conférence d’examen 2020 du TNP - 50 années après son entrée en vigueur.  Cet anniversaire « nous oblige à regarder vers l’avenir et à nous concentrer sur nos intérêts communs en soutenant et renforçant ce Traité », a-t-elle déclaré, invitant les délégations à faciliter l’émergence d’un compromis pour avancer sur la voie d’un monde sans armes nucléaires.  « Une approche multilatérale est la seule voie possible », et cela est aussi vrai aujourd’hui qu’au moment de la négociation de ce Traité. 

L’Australie préconise pour cela une approche progressive qui consiste en une série de pas pragmatiques, inclusifs et efficaces.  À ce titre, elle a cité l’universalisation et l’entrée en vigueur rapide du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), les négociations au sujet de l’établissement d’un traité interdisant la production de matières fissiles; ainsi que les efforts de coopération en faveur de la vérification du désarmement nucléaire.  Une approche progressive tient également compte de l’environnement sécuritaire international sans perdre de vue les préoccupations relatives à la menace nucléaire, a précisé le représentant.

Elle s’est dite préoccupée par la remise en question de normes de longue date et de l’ordre mondial fondé sur des règles.  « Nous avons tous une responsabilité à assumer en matière de désarmement nucléaire, par conséquent nous devons dépasser nos différences et trouver un socle commun », a martelé la représentante, pour qui le statu quo n’est pas une option.  Tout progrès dépend néanmoins d’un engagement direct des puissances nucléaires, a-t-elle reconnu, pour ensuite les enjoindre à faire preuve de leadership et à respecter leurs obligations en vertu de l’article VI du TNP. 

Mme KIRA CHRISTIANNE DANGANAN AZUCENA (Philippines), qui s’exprimait au nom de l’Initiative sur la non-prolifération et le désarmement, a réaffirmé l’importance d’une action concertée pour parvenir à créer un monde sans armes nucléaires.  Profondément engagés à réaliser le principal mandat de cette Initiative, qui est de renforcer le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) sur la base du Plan d’action pour 2010, ses membres soulignent que, vu la situation géopolitique actuelle, il est plus nécessaire que jamais de renforcer et d’appuyer le TNP.  Ils appellent d’ailleurs à prendre des mesures courageuses en ce sens à l’approche de la Conférence des Parties chargée d’examiner le TNP en 2020.  L’Initiative réitère en outre sa détermination à poursuivre un dialogue constructif avec les cinq puissances nucléaires, en particulier pour ce qui est de la transparence et du renforcement du processus d’examen du TNP.

Abordant la situation de la péninsule coréenne, la représentante a salué les développements positifs et a émis l’espoir de pouvoir parvenir à sa dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible.  Elle a également apporté le soutien de membres de l’Initiative au Partenariat international pour la vérification du désarmement nucléaire, et au Groupe d’experts gouvernementaux chargé d’examiner le rôle de la vérification dans la progression du désarmement nucléaire.

Mme ANNE KEMPPAINEN, Union européenne, a estimé que malgré la situation sécuritaire actuelle, il y a une marge pour faire progresser le contrôle des armes, le désarmement et la non-prolifération.

Elle a rappelé l’engagement des États de l’UE au titre de l’article VI du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), notamment en ce qui concerne la réduction des arsenaux nucléaires.  C’est pourquoi elle a appelé la Fédération de Russie à tenir compte des inquiétudes concernant le respect du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.  Ce pays ainsi que les États-Unis doivent préserver ce Traité crucial pour la sécurité de l’Europe et d’autres régions, a souligné la représentante.  Elle a également encouragé ces deux puissances nucléaires à prolonger le nouveau Traité sur la réduction des armes stratégiques (START) et à réduire davantage leurs stocks respectifs d’armes nucléaires, « notamment en raison du contexte sécuritaire tendu que nous connaissons ».

Regrettant que le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) ne soit toujours pas entré en vigueur, elle a appelé tous les États qui ne l’ont pas fait à le ratifier.  Elle a par ailleurs souhaité que la Conférence du désarmement accorde la priorité au début des négociations autour d’un futur traité interdisant la production de matières fissiles.  En attendant, elle a exhorté tous les pays dotés à ordonner un moratoire sur leur propre production.  À propos des garanties négatives de sécurité, elle a rappelé que la Conférence d’examen du TNP de 2010 avait demandé à la Conférence du désarmement de commencer les discussions sur cette question.  « L’UE demande à tous les États dotés de réaffirmer l’existence de ces garanties », a-t-elle ajouté.

La déléguée a enchaîné en demandant à la Russie d’honorer son engagement à réfréner la menace ou l’usage de la force contre l’intégrité territoriale de l’Ukraine.  Elle a aussi soutenu l’édification d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient.  Se disant persuadée des vertus du dialogue et des mesures de renforcement de la confiance, elle a par ailleurs exhorté la République populaire démocratique de Corée à s’engager « sérieusement » dans les négociations et à procéder de manière « crédible » à une élimination de son arsenal nucléaire.

Enfin, considérant le Plan d’action global commun comme un élément clef de l’architecture de non-prolifération, elle s’est félicitée des conclusions de l’AIEA selon lesquelles l’Iran se conforme à ses obligations.  Elle a souhaité que cet État joue un rôle constructif dans la région et n’entreprenne aucune activité liée aux missiles balistiques.

Droit de réponse

Réagissant aux propos de l’Égypte, le délégué des États-Unis a rappelé que son pays appuie la mise en œuvre de la résolution de 1995, mais pas les initiatives qui ne sont pas le produit d’un dialogue direct et d’un consensus entre tous les pays de la région.  Il a par ailleurs souligné que lors de la Commission préparatoire de la Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) en 2020, les États-Unis ont présenté certaines idées pour créer un climat capable d’ouvrir la voie à l’établissement d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient.  La seule façon de créer cette zone est de prendre en compte les perspectives de tous les pays de la région, a-t-il souligné, dénonçant toute tentative de faire reposer le succès de la prochaine Conférence d’examen du TNP sur la création de cette zone.  Ceux qui essaieront, a-t-il ajouté, devront en assumer la responsabilité.

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