L’Assemblée générale célèbre le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « joyau du multilatéralisme »

AG/12109
18 décembre 2018
Soixante-treizième session, 57e,58e & 59e séances plénières – matin & après-midi

L’Assemblée générale célèbre le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « joyau du multilatéralisme »

« Joyau du multilatéralisme », « socle de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde » ou encore « signe d’espoir » pour les peuples vivant sous le joug colonial, la Déclaration universelle des droits de l’homme a été à l’honneur aujourd’hui à l’Assemblée générale, pour les 70 ans de ses 30 articles dont le premier énonce: « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».  Dans une longue réunion où se sont succédés plus d’une quarantaine d’orateurs, l’Assemblée a aussi commémoré le vingtième anniversaire de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme et salué les quatre lauréats du Prix des Nations Unies pour la cause de ces droits.  

La Déclaration universelle des droits de l’homme est « un joyau du multilatéralisme » et un document « historique » qui est le legs d’une génération qui a souffert de la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, a rappelé la Présidente de l’Assemblée générale, Mme María Fernanda Espinosa Garcés.  Au lendemain de l’Holocauste et des horreurs, nos fondateurs visionnaires ont rédigé 30 articles qui ont jeté les bases de ce qu’ils ont décrit comme « le socle de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde », a renchéri le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres.  Quand elle a été adoptée, le 10 décembre 1948, seuls quatre États africains étaient Membres des Nations Unies.  Mais cette adoption, a confié le Groupe des États d’Afrique, a été un « signe d’espoir » pour nous, car la Déclaration parlait directement des souffrances et de la réalité du colonialisme. 

Mais, sept décennies plus tard, il reste encore un long chemin à parcourir, a fait observer le Secrétaire général.  Des femmes, des hommes et des enfants dans le monde entier endurent encore des contraintes voire le déni total de leurs droits.  La torture, les exécutions extrajudiciaires, la détention sans procès et d’autres violations iniques des droits de l’homme persistent.  Un nombre incalculable de femmes et de filles sont encore confrontées, au quotidien, à l’insécurité, à la violence et à la discrimination.  Aujourd’hui encore, nous voyons une vague montante d’autoritarisme, d’intolérance, de xénophobie et de racisme.

Or, ce n’est qu’en respectant et en promouvant les droits de l’homme, a souligné le Secrétaire général, que nous réaliserons le Programme de développement durable à l’horizon 2030, et des sociétés diverses, inclusives, paisibles et épanouies sur une planète saine.  La mise en place d’une gouvernance qui sert au lieu de faire taire, et de systèmes économiques ancrés dans la dignité de chacun nous sous-tend la légitimité d’un gouvernement et la souveraineté des États, a souligné la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Mme Michelle Bachelet qui a fait le serment, à l’occasion du vingtième anniversaire de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme, de plaider pour l’espace dont ils ont besoin pour accomplir leur travail.  Le Rapporteur spécial sur la situation de ces défenseurs, M. Michel Forst a proposé l’élaboration de lignes directrices des Nations Unies, afin que les coordonnateurs résidents soient dotés d’une vraie stratégie sur le terrain, et que toutes les agences de l’ONU intègrent cette question à leur cadre stratégique.

Mais qui sont ces défenseurs des droits de l’homme?  Ce sont, a rappelé le Secrétaire général, les peuples autochtones qui défendent leurs terres, leurs traditions et leur environnement; les groupes de citoyens qui sauvent des migrants de la noyade et de l’exploitation; les travailleurs humanitaires qui fournissent une aide salvatrice à des civils piégés par un conflit; les femmes qui luttent pour participer aux conseils d’administration et aux tables de négociation de paix; les juristes qui défendent l’indépendance de la justice; les responsables syndicaux qui défendent l’emploi décent et le salaire minimum vital; les journalistes qui enquêtent sur les disparitions et la corruption; les activistes qui manifestent contre la pollution et les changements climatiques; les personnes d’ascendance africaine qui s’élèvent contre le racisme et la discrimination; le personnel de santé qui cherche le moyen d’améliorer les traitements pour les patients porteurs du VIH.

Pourtant, en 20 ans, 3 500 d’entre eux ont perdu la vie, harcelés, attaqués, traités de traîtres voire de terroristes, a énuméré la Haute-Commissaire aux droits de l’homme.  Un monument en leur mémoire sera érigé au Ministère des affaires étrangères, a annoncé l’Irlande.  Entre 2015 et 2017, a alerté l’Union européenne, 1 000 défenseurs des droits de l’homme ont été assassinés.  « 1 000 en deux ans!  C’est inacceptable », s’est-elle emportée, en indiquant qu’elle a débloqué une somme de 3 millions d’euros pour leur protection dont plus de 550 ont bénéficié « dans des situations critiques ».  La France a rappelé qu’elle a organisé à Paris, au mois d’octobre, le Sommet mondial des défenseurs de droits humains, où plus de 150 de ces défenseurs sont venus du monde entier.  Dès 2019, a-t-elle ajouté, notre politique d’aide publique au développement sera mobilisée en soutien à ces défenseurs, y compris en finançant leurs projets.  La Tunisie s’est prévalue de son statut d’« exemple vivant » des véritables changements que les défenseurs des droits de l’homme peuvent apporter au monde car ce sont eux qui les premiers ont appelé à davantage de justice et de liberté en 2011.

La Haute-Commissaire n’a pas oublié les « défenseures », lesquelles doivent en plus endurer la violence fondée sur le sexe et les préjugés sociaux, en raison de l’extrémisme religieux et les accusations de « trahison culturelle ».  Le Liechtenstein a rappelé que cette journée marque également le cinquième anniversaire de la toute première résolution de l’Assemblée générale sur la protection des « défenseures ».  Justement, cette année, le Prix des Nations Unies pour la cause des droits de l’homme a été décerné à Asma Jahangir, fondatrice dès 1968, du premier centre d’assistance juridique au Pakistan; Rebecca Gyumi, promotrice des changements législatifs sur le mariage des enfants en Tanzanie; et Joênia Wapichana, première avocate autochtone à défendre une affaire devant la Cour suprême du Brésil.  L’ONG irlandaise « Front Line Defenders » a reçu le Prix parce que, chaque année, elle apporte un soutien rapide et pratique à plus de 2 000 défenseurs des droits de l’homme menacés. 

Les dangers encourus par les militants écologistes n’ont échappé à personne.  La Ministre norvégienne des affaires étrangères, Mme Ine Eriksen Søreide, a attiré l’attention sur la résolution que son pays a présentée au Conseil des droits de l’homme, espérant qu’elle fera la différence « pour ceux qui luttent contre l’exploitation abusive des terres et des ressources ».  Si la communauté internationale entend véritablement réaliser le Programme 2030, elle se doit de répondre à la violence grandissante, au harcèlement et à la diabolisation des défenseurs du droit de l’environnement, a exhorté l’Islande.  L’Équateur a dit s’être porté coauteur, aux côtés de l’Afrique du Sud, d’un projet d’instrument juridiquement contraignant pour réglementer les activités des entreprises transnationales et commerciales et d’un projet de protocole facultatif centré sur les victimes d’abus de leurs droits.

L’Espagne a indiqué s’être dotée d’un programme spécial de protection permettant d’accueillir temporairement, sur son territoire, des défenseurs des droits de l’homme menacés dans leur pays d’origine.  La Slovénie dont la capitale, Ljubljana, est devenue membre du réseau international des villes-refuges en 2011, offre un abri aux écrivains et aux artistes en danger.

La Ministre norvégienne des affaires étrangères a salué l’annonce faite par le Secrétaire général aujourd’hui de développer une approche plus cohérente et plus globale pour soutenir les défenseurs des droits de l’homme au sein de l’Organisation.  La Suisse a d’ailleurs regretté que l’Assemblée ait tenu sa réunion dans un cadre formel qui limite la participation de la société civile.  En tant que membre du Conseil de sécurité, en 2019 et 2020, l’Allemagne a promis de tout faire pour veiller à ce que cette société participe aux travaux de l’Organisation.  La Ministre norvégienne a exhorté l’Assemblée à assurer un meilleur financement du Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui ne reçoit que 3% du budget ordinaire de l’ONU.

L’Assemblée achèvera ce débat demain, mercredi 19 décembre, au cours d’une séance ouverte à 10 heures, qui portera aussi sur l’approbation du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, adopté à Marrakech, le 10 décembre dernier.

QUESTIONS RELATIVES AUX DROITS DE L’HOMME, Y COMPRIS LES DIVERS MOYENS DE MIEUX ASSURER L’EXERCICE EFFECTIF DES DROITS DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES

Réunion commémorative à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du vingt-cinquième anniversaire de la Déclaration et Programme d’action de Vienne organisée en application de la résolution 72/169 du 19 décembre 2017

Déclarations liminaires

La Présidente de l’Assemblée générale, Mme MARÍA FERNANDA ESPINOSA GARCÉS, a estimé que la Déclaration universelle des droits de l’homme est « un joyau du multilatéralisme » et un document « historique » qui est le leg d’une génération qui a souffert de la tragédie de la Seconde Guerre mondiale et a reconnu que le respect des droits de l’homme est crucial.  La Présidente a salué le rôle joué par Eleanor Roosevelt et d’autres femmes dans l’élaboration de la Déclaration qui est aujourd’hui une source d’inspiration pour de nombreuses femmes privées de droits dans le monde.  

Mme Espinosa Garcés a également rappelé que nous commémorons aujourd’hui le vingt-cinquième anniversaire de la Déclaration et Programme d’action de Vienne qui a donné lieu à la création du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

La Déclaration universelle, a-t-elle poursuivi, a transformé le monde avec ses 30 articles qui ont inspiré la plupart des instruments internationaux en vigueur et des lois nationales.  La Présidente a mis en garde contre les reculs et la politisation des droits de l’homme.  Si nous ne faisons pas de ces principes une réalité, il est à craindre que l’humanité se retrouve de nouveau face à la peur, la division, voire dans des conflits similaires à ceux d’il y a 70 ans. 

Les droits de l’homme sont les mêmes pour tous et ils exigent une lutte quotidienne.  De nombreux êtres humains ne sont toujours pas libres.  Ils souffrent toujours de la faim, sont toujours victimes de la torture, des formes modernes d’esclavage, d’exclusion, alors que les droits des femmes continuent d’être violés.  L’adoption du Pacte mondial pour des migrations sûres, régulières et ordonnées, qui va être entériné demain par l’Assemblée générale, porte à croire, a souligné la Présidente, que de nombreux États sont disposés à appliquer les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Elle a insisté sur le respect des droits des migrants, en cette Journée internationale des migrants proclamée par l’UNESCO. 

Au nom du multilatéralisme, a conclu la Présidente, la communauté internationale doit renouveler son engagement en faveur de la Déclaration universelle.  C’est le meilleur hommage que nous pouvons rendre à un document qui est aussi valable aujourd’hui qu’il l’était il y a 70 ans. 

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a déclaré qu’il y a 70 ans, au lendemain de l’Holocauste et des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, nos fondateurs visionnaires ont rédigé 30 articles qui ont jeté les bases de ce qu’ils ont décrit comme « le socle de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde ».  L’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme a fait que, pour la première fois, les pays se sont regroupés pour reconnaître que tous les individus, partout dans le monde, sont nés libres et égaux et partagent des droits fondamentaux et inaliénables.  Les droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques inscrits dans ce document appartiennent à chacun d’entre nous.

Où que l’on vive, quels que soient notre statut ou notre place dans la société, notre race, notre couleur, notre sexe, notre orientation sexuelle, notre langue, notre religion, nos opinions, notre nationalité ou notre statut économique, nous sommes tous égaux en droits de l’homme et en dignité.  Personne ne perd jamais ses droits de l’homme, quoi qu’il fasse, où qui qu’il soit.

La clarté et la profondeur avec lesquelles la Déclaration universelle des droits de l’homme parle aux aspirations des peuples partout en ont fait le document le plus traduit au monde.  Notre défi, a prévenu le Secrétaire général, demeure de le traduire dans la réalité pour tous et dans le monde entier.  La Déclaration est bien plus qu’une source d’inspiration et une déclaration de principes.  Ses 30 articles constituent des mesures pratiques pour faire avancer la paix et le développement inclusif.

Au fil des sept décennies, a encore dit M. Guterres, la Déclaration a permis aux femmes et aux hommes de toutes les régions de revendiquer leurs droits et de contester les forces d’oppression, d’exploitation, de discrimination et d’injustice.  Partout dans le monde, les gens ont graduellement acquis de plus en plus de libertés et d’égalité.  Les conditions de vie marquées par la misère économique et l’exploitation ont été améliorées.  Les droits des femmes ont été promus ainsi que ceux de l’enfant, des victimes de la discrimination raciale et religieuse, des peuples autochtones et des personnes handicapées.  Les auteurs de violations horribles des droits de l’homme ont été traduits en justice par les tribunaux internationaux.

Mais, sept décennies plus tard, il reste encore un long chemin à parcourir, a fait observer M. Guterres.  Des femmes, des hommes et des enfants dans le monde entier endurent encore des contraintes voire le déni total de leurs droits.  La torture, les exécutions extrajudiciaires, la détention sans procès et d’autres violations iniques des droits de l’homme persistent.  Un nombre incalculable de femmes et de filles sont encore confrontées, au quotidien, à l’insécurité, à la violence et à la discrimination.  Aujourd’hui encore, nous voyons une vague montante d’autoritarisme, d’intolérance, de xénophobie et de racisme.

Ce n’est qu’en respectant et en promouvant les droits de l’homme, a souligné le Secrétaire général, que nous réaliserons le Programme de développement durable à l’horizon 2030, et des sociétés diverses, inclusives, paisibles et épanouies sur une planète saine.

Le Secrétaire général a ajouté une note personnelle: j’ai grandi, a-t-il raconté, sous la dictature, travaillé dans les bidonvilles de Lisbonne, plus tard, vu les conséquences amères des abus des droits de l’homme en tant que Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.  En tant que Secrétaire général, M. Guterres a mis l’accent sur la Charte qui fait des droits de l’homme une partie intégrante de l’identité même de cette Organisation.

Les droits de l’homme sont une partie intrinsèque de tout ce que nous faisons et de tout ce que nous sommes.  Les droits de l’homme inspirent, transforment, sont les moteurs du progrès et changent le cours de l’Histoire.  En tant que gardiens de la Déclaration universelle des droits de l’homme, votre engagement continu en faveur des droits qu’elle consacre est « critique », a conclu le Secrétaire général, en ajoutant: « maintenons allumé le phare de ce document pour qu’il continue de nous guider sur la voie de la paix, de la dignité, de la sécurité et d’égalité des chances ».   

La Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Mme MICHELLE BACHELET, a rappelé que le premier élan vers la Déclaration des droits de l’homme est venu d’Amérique latine, puis la Chine, le Costa Rica, le Ghana, l’Inde, la Jamaïque, le Liban, le Libéria, le Pakistan et les Philippines ont insisté sur des engagements forts contre la torture, pour les droits des femmes et sur la justice, la dignité et la conscience.  Ensemble, les États de toutes les régions du monde ont rédigé les 30 articles de la Déclaration universelle, et aujourd’hui, leur promesse est toujours valable: le fait que l’on reconnaisse le respect des droits de chacun d’entre nous comme la seule voie vers la paix et le développement inclusif est aussi puissant et pertinent aujourd’hui qu’il y a 70 ans. 

Les acquis de la Déclaration pour des millions de femmes et d’hommes sont indéniables et les attaques actuelles contre les droits et libertés fondamentaux ne sont pas motivées par l’échec mais plutôt par le succès de la Déclaration.  Parce que les droits de l’homme s’opposent à l’exploitation de la majorité par la minorité, ils exigent une gouvernance et des institutions au service des peuples et non des intérêts égoïstes de quelques puissants. 

Cette Assemblée, a poursuivi Mme Bachelet, représente les espoirs et les intérêts de tous les peuples et son socle est la détermination de protéger les générations futures du fléau de la guerre, de réaffirmer la foi dans les droits de l’homme, la dignité et la valeur de chaque être humain, de créer les conditions sous lesquelles la justice et le respect du droit international peuvent être maintenus et de promouvoir le progrès social et de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

L’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme est un rappel important de la raison d’être des Nations Unies et de l’Assemblée générale et de l’objectif qu’elles servent aujourd’hui.  Les 30 articles de la Déclaration nous guident vers des mesures contre la violence et la destruction.  Ils réparent la fracture sociale et nous éloignent des conflits pour nous rapprocher des solutions pacifiques partagées.  Ils se renforcent mutuellement.

La mise en place d’une gouvernance qui sert au lieu de faire taire, et de systèmes économiques ancrés dans la dignité relèvent de la responsabilité de tous les dirigeants.  Elle sous-tend la légitimité d’un gouvernement et la souveraineté des États, a souligné la Haute-Commissaire.

Déclarations

Au nom du Groupe des États d’Afrique, M. NEVILLE MELVIN GERTZE (Namibie) a signalé que lors de l’adoption de la Déclaration, le 10 décembre 1948, seuls quatre États étaient Membres des Nations Unies et avaient leur place à la table.  À l’époque, la plupart des pays africains étaient absents, encore sous le joug du colonialisme.  L’adoption de la Déclaration a été un signe d’espoir pour nous, a confié le représentant, car elle stipulait que les droits de l’homme et les libertés fondamentales étaient inhérents à chaque être humain, parlant directement des souffrances et de la réalité de cette période.  Pour de nombreux mouvements de libération africains, l’article 1 de la Déclaration et les autres ont insufflé un élan à la lutte pour la liberté et l’indépendance et amplifié la cause contre l’injustice et la subjugation coloniale.

Pour le Groupe des États d’Afrique, l’adoption historique de la Déclaration rappelle le chemin parcouru, en tant que nations, dans le combat pour le plein respect de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales.  Nous avons pris cette Déclaration à bras le corps, a affirmé le représentant, qui a rendu hommage à Eleanor Roosevelt, Présidente du Comité de rédaction de la Déclaration et baptisée par le Président Harry Truman de « Première Dame du monde ».  Le représentant a salué la forte conviction d’Eleanor Roosevelt pour laquelle la Déclaration était aussi importante pour le monde que la Déclaration de l’indépendance, pour les citoyens américains.

Le représentant s’est enorgueilli des progrès accomplis par l’Afrique dans la promotion des droits de l’homme.  Citant les instruments adoptés par l’Union africaine et les organisations sous-régionales, il a souligné que certains d’entre eux mentionnent spécifiquement la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Ces instruments ont aussi été assortis d’institutions pour faciliter leur application concrète, comme la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, des institutions qui ont fait une immense contribution.  Si elles reçoivent des ressources suffisantes, elles auront un impact qui sera ressenti dans tout le continent, surtout pour les plus vulnérables.  Le représentant a enfin mis en garde contre les menaces posées aux droits de l’homme, dont la xénophobie, le racisme, la traite des personnes, les attaques contre les migrants et d’autres menaces pressantes au bien-être de la planète et des citoyens du monde.  Il a exhorté les nations à renouveler leur engagement en faveur des valeurs et des idéaux de la Déclaration universelle des droits de l’homme.   

Au nom du Groupe des États d’Asie et du Pacifique, M. MAHMADAMIN MAHMADAMINOV (Tadjikistan) a estimé qu’avec le temps, la Déclaration universelle des droits de l’homme est devenue l’incarnation universelle du droit à la vie, à la liberté d’expression, à la liberté, à l’égalité, à l’alimentation, à la protection et, par-dessus tout, à une vie digne.  La Déclaration universelle part aussi du postulat que les différents droits ne peuvent être atteints que conjugués les uns aux autres.  Cette indivisibilité et cette interdépendance ont été confirmées en 1993 par la Déclaration et Programme d’action de Vienne, a-t-il rappelé, jugeant que les deux documents démontrent la volonté de la communauté internationale de rendre le monde meilleur.

Pourtant, a-t-il pointé, en dépit des efforts normatifs et l’architecture des mécanismes, des inquiétudes continuent de se faire jour en raison des défis auxquels est confronté l’esprit du multilatéralisme.  Nous devons garantir un environnement de travail sûr aux personnes engagées dans la promotion et la protection des droits de l’homme et faciliter leurs activités, a-t-il plaidé.  Dans ce cadre, a poursuivi M. Mahmadaminov, nous devons garder à l’esprit que l’état de droit s’applique à tous de manière égale.  Se conformer à ces principes permettra, selon lui, de maintenir l’objectivité et la neutralité de ceux qui s’emploient à promouvoir et protéger les droits humains.  De surcroît, a-t-il ajouté, nous devrions lutter contre la politisation de ces questions et privilégier la voie de la coopération et du dialogue constructif.  Il a conclu son propos en appelant à la poursuite des efforts en vue de la réalisation de la Déclaration universelle et de la Déclaration et Programme d’action de Vienne, qui demeurent les deux piliers de l’action en faveur des droits de l’homme.

Au nom du Groupe des États d’Europe orientale, Mme AUDRA PLEPYTÉ (Lituanie) a noté que l’adoption en 1948 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « fruit des énormes souffrances endurées par les peuples durant la Seconde Guerre mondiale et de leur lutte pour la paix », a constitué la « première étape » d’un long voyage destiné à rassembler l’humanité en réponse aux atrocités de la « plus grande tragédie de l’histoire » et à construire un nouveau monde, avec les droits de l’homme comme pilier.  La Déclaration est depuis lors devenue une pierre angulaire des normes internationales en matière de droits de l’homme sur laquelle de nombreux États ont construit une solide architecture des droits humains, a-t-elle relevé, se félicitant qu’à l’issue de la guerre froide, la communauté internationale ait franchi une nouvelle étape sur cette voie en adoptant la Déclaration et Programme d’action de Vienne.

Toutefois, a constaté la représentante, « en nous retournant sur les sept décennies écoulées, nous mesurons que les promesses de la Déclaration universelle et de la Déclaration et Programme d’action de Vienne restent à réaliser », et ce, bien qu’elles continuent de porter le testament de leurs idéaux éternels d’égalité, de justice et de dignité humaine.  Cet anniversaire, a dit la représentante, est le moment opportun d’évaluer les effets sociétaux qu’ont eus les droits de l’homme au long des années.  Il convient de démontrer que la Déclaration universelle et la Déclaration de Vienne continuent d’inspirer notre réflexion sur les moyens de défendre les droits de l’homme et l’état de droit face aux défis existants.  Au-delà de l’espoir qu’il suscite, cet anniversaire vient aussi rappeler que l’on ne peut tenir les droits humains pour acquis, a souligné la déléguée, appelant la communauté internationale à répondre aux violations et suppressions des droits humains, à prévenir la violence et à maintenir la paix.  À cet égard, a-t-elle ajouté, il nous faut sécuriser nos acquis et nous mobiliser pour maintenir notre engagement en faveur de la défense des droits de l’homme et réaffirmer la signification fondamentale de ces droits pour nos vies et celles des générations futures.  Nous devons pour cela trouver la force dans la dimension morale de la Déclaration universelle, a-t-elle conclu, reconnaissant qu’« il nous reste un long chemin à parcourir ».

Au nom du Groupe des États d’Amérique latine et des Caraïbes, Mme VERONICA CORDOVA SORIA (Bolivie), a indiqué que l’adoption, le 25 juin 1993, de la Déclaration de Vienne a réaffirmé l’engagement de tous les États de respecter leur obligation de promouvoir le respect universel de tous les droits de l’homme et libertés fondamentales et mis l’accent sur le caractère indispensable de la coopération internationale.  Elle a souligné que la Déclaration universelle des droits de l’homme a permis à tous, partout dans le monde, de réclamer leurs droits et de lutter contre toutes les formes d’oppression, d’exploitation, de discrimination et d’injustice.  Elle a également tenu à reconnaître l’importance des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, tout aussi indispensables à la dignité et au développement personnel de chacun d’entre nous.  La représentante a néanmoins attiré l’attention sur le risque d’érosion des valeurs universelles et exhorté au renforcement du système multilatéral pour y faire face, sur la base de la compréhension mutuelle, du dialogue, de la transparence, de la confiance et de la promotion de la coopération internationale, dans le respect de la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États.

Au nom du Groupe des États d’Europe occidentale et autres États, Mme LISE GREGOIRE VAN HAAREN (Pays-Bas) a estimé que la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Déclaration de Vienne sont aussi pertinentes aujourd’hui qu’elles l’étaient les jours où elles ont été adoptées.  Par exemple, depuis la signature de la Déclaration universelle il y a 70 ans, le monde a indéniablement évolué dans une direction prometteuse, et les droits de l’homme sont de plus en plus codifiés dans les lois nationales et protégés par des systèmes de justice qui fonctionnent.  Cela a conduit à plus de liberté, plus d’égalité et plus de prospérité.  Ainsi, la Déclaration universelle a joué un rôle déterminant dans les progrès réalisés et a même servi à plusieurs reprises d’inspiration aux constitutions nationales, sans compter les 18 traités et protocoles facultatifs qui ont fait progresser les droits de l’homme dans le monde.

Mais, a tempéré Mme Gregoire Van Haaren, « nous, les peuples des Nations Unies », avons également abandonné beaucoup de nos semblables dont beaucoup douteraient qu’ils soient vraiment nés libres et égaux en dignité et en droits.  Nombreux sont ceux qui font constamment face à des abus et à des violations de leurs droits, souvent de la part même de gouvernements qui ont la charge de protéger et de promouvoir ces droits.  Notre échec, a tancé la représentante, tient au fait que nous ne tirons pas les enseignements du passé.  Parmi ces leçons, elle a mentionné en premier le rôle crucial de la société civile, y compris une presse libre qui doit tenir les gouvernements comptables du respect et de la protection des droits de l’homme.  Les défenseurs des droits de l’homme, a poursuivi la représentante, méritent globalement notre soutien indéfectible, surtout quand ils deviennent la cible de la répression.

Deuxièmement, nous avons appris l’importance d’institutions internationales des droits de l’homme fortes, a-t-elle noté, en soulignant qu’elles sont nécessaires à la poursuite du dialogue intergouvernemental, de la compréhension mutuelle et de l’amélioration des cadres normatifs.  Là où ces institutions ne donnent pas les résultats escomptés, nous devons tous nous efforcer de les améliorer et de les renforcer.  Enfin, les Pays-Bas demandent que nous améliorions la prévention: prévention des conflits et des atrocités de masse, mais aussi des inégalités et de la pauvreté.  Le respect des droits de l’homme, a argué la représentante, devra servir d’outil préventif et le revers de la médaille, à savoir les violations et les abus des droits, doit servir de « canari dans la mine de charbon ».  Les violations et les abus sont des alertes avant que la situation n’échappe à tout contrôle.

Mme Gregoire Van Haaren a enfin salué les femmes qui ont contribué à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Elle en a cité quelques-unes avant de mentionner les héroïnes d’aujourd’hui, Malala Yousafzai et Nadia Murad, toutes deux lauréates du prix Nobel de la paix.  Les femmes représentent la moitié de la population mondiale, elles devraient donc être équitablement représentées.

Au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), Mme SHEILA GWENETH CAREY (Bahamas) a rendu hommage aux hommes et aux femmes qui ont veillé à la rédaction de la Déclaration universelle, envisagée comme un document qui devait consigner les droits de l’homme de tous.  Aujourd’hui, ce document est universellement révéré car il consacre tous les droits de l’homme comme indivisibles et interdépendants, une reconnaissance qui a permis des avancées cruciales, y compris pour les femmes.  Elle a pris l’exemple de l’Assemblée générale, présidée aujourd’hui par une femme.  Elle a aussi pris l’exemple d’un autre « jalon » quand, il y a quelques mois, « un petit État comme les Bahamas » a remporté un siège au sein du Conseil des droits de l’homme.  Notre région est fière de ce succès et attend d’autres occasions de participer aux affaires du monde, a-t-elle déclaré, encourageant les États à faire des contributions au Fonds d’affectation spéciale pour les petits États insulaires en développement.  Les instruments comme la Convention relative aux droits de l’enfant et celle sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, qui découlent de la Déclaration universelle, ont fait la différence a souligné la représentante qui n’a pas oublié de mettre l’accent sur la vulnérabilité aux changements climatiques et sur des droits comme le droit à l’eau et à l’alimentation.  Elle a préconisé une approche systémique qui permette de reconnaître le lien entre paix, sécurité, développement et droits de l’homme. 

M. JAN KICKERT (Autriche) a rappelé que dans le contexte de la fin de la guerre froide, la Conférence mondiale de 1993 sur les droits de l’homme avait poursuivi la voie empruntée en 1948 par la Déclaration universelle et a donc adopté la Déclaration et Programme d’action de Vienne.  Cet instrument a clairement énoncé que « la démocratie, le développement et le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales sont interdépendants et se renforcent mutuellement ».  Cet instrument a également conduit à la création du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, « une étape importante ».

Malgré les acquis de ces 70 dernières années, il faut constater, a avoué le représentant, que la dignité et les droits inaliénables de tous les êtres humains ne sont souvent pas garantis.  On assiste même à un retour en arrière sur les engagements relatifs aux droits de l’homme.  Les organisations de la société civile et les défenseurs des droits de l’homme, à qui nous rendrons un hommage spécial aujourd’hui, font face à des pressions, des restrictions et parfois des représailles.  C’est dans ce contexte que l’Autriche, conjointement avec le Bureau de la Haute-Commissaire aux droits de l’homme, a organisé une conférence des experts des droits de l’homme de toutes les régions du monde les 22 et 23 mai derniers à Vienne, afin de commémorer le vingt-cinquième anniversaire de la Déclaration et Programme d’action de Vienne, avec à la clef des recommandations.  M. Kickert a conclu en rappelant les conclusions de la Déclaration et Programme d’action de Vienne, qui stipulent que les droits de l’homme et les libertés fondamentales sont des droits acquis à la naissance par tous les êtres humains, et leur protection et promotion est la responsabilité première des gouvernements.  

M. LUKIYANTSEV (Fédération de Russie) a indiqué que cette célébration est véritablement consacrée à un monument « historique », symbolisant la victoire sur l’idéologie de la supériorité.  La Déclaration est une norme à laquelle les États doivent tendre.  Ils doivent beaucoup à un texte qui n’est pas contraignant et qui ne nie pas les particularités culturelles, religieuses ou autres.  La force motrice du processus de coopération des États étant l’Organisation des Nations Unies, ses États Membres doivent travailler dans la solidarité contre toutes les formes de discrimination.  La Déclaration universelle, a-t-il rappelé, a été la réaction de la communauté internationale face aux souffrances innommables infligées par la doctrine du nazisme.  Il s’est donc inquiété des tentatives « cyniques » de nier cette réalité et de changer l’histoire.

M. ADBELAZIZ, Ligue des États arabes, a parlé des avancées des États de la Ligue dans le domaine des droits de l’homme, comme la création dès 1968 de la Commission arabe des droits de l’homme.  Il a aussi parlé de l’adoption de la Charte arabe des droits de l’homme de 2002 et de la Journée arabe des droits de l’homme.  L’Observateur a également évoqué la mise en place d’un « Plan arabe pour l’éducation aux droits de l’homme 2009-2014 » et l’organisation de conférences, en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.  Il a conclu sans oublier d’insister sur le droit du peuple palestinien à poursuivre sa lutte pour l’autodétermination. 

Cérémonie au cours de laquelle sera décerné le Prix des Nations Unies pour la cause des droits de l’homme organisée en application de la décision 73/509 de l’Assemblée générale du 28 novembre 2018

Mme MARÍA FERNANDA ESPINOSA GARCÉS, Présidente de l’Assemblée générale, a rappelé que les premiers prix ont été décernés en 1968, à l’occasion du vingtième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Saluant des lauréats qui agissent parfois au péril de leur vie, elle a affirmé que ces prix sont « un message de reconnaissance pour tous les défenseurs des droits de l’homme où qu’ils se trouvent » et dont le combat nous permet de jouir de nos droits.  Aux récipiendaires de cette année, elle a demandé de continuer, « même si la voie qu’ils ont choisie est parmi les plus difficiles ».   

Il est important, a déclaré, à son tour, le Secrétaire général de l’ONU, M. ANTÓNIO GUTERRES, de rendre hommage aux défenseurs des droits de l’homme qui s’emploient à faire respecter la Déclaration universelle et à faire des droits de l’homme « une réalité pour tous ».  Aujourd’hui, a-t-il déclaré, nous saluons les contributions exceptionnelles de trois personnalités et d’une organisation.  Le Secrétaire général a ainsi félicité Rebeca Gyumi de la République-Unies de Tanzanie, militante des droits des filles à l’éducation; feue l’avocate des droits de l’homme, Asma Jahangir du Pakistan; Joênia Batista de Carvalho, première avocate autochtone du Brésil; et l’organisation « Front Line Defenders » de l’Irlande, qui protège les défenseurs des droits de l’homme menacés.

Leur travail et celui des autres défenseurs des droits de l’homme est essentiel pour nos efforts collectifs de maintenir la paix et de garantir un développement durable et inclusif, a souligné M. Guterres, observant que « cela est souvent dangereux ».  En effet, a-t-il noté, nous sommes régulièrement informés d’abus à l’encontre de défenseurs des droits de l’homme, qu’il s’agisse de meurtres, de disparitions, de torture, de détention arbitraire ou d’autres actions tendant à les faire taire.  Ces personnes et groupes courageux apportent une lueur d’espoir partout où des violations des droits de l’homme sont commises.  Les défenseurs des droits de l’homme, a-t-il poursuivi, donnent une voix aux sans-voix et offrent aux personnes impuissantes une protection contre l’injustice.  Ils défendent tous les droits, économiques, civils, politiques, sociaux et culturels.  Ils soutiennent l’état de droit et œuvrent pacifiquement aux changements législatifs afin que les femmes et les filles, les communautés autochtones, les minorités et les autres groupes marginalisés puissent jouir de leurs droits.  Ils s’emploient en outre à autonomiser les personnes par l’éducation et contribuent à la protection d’autres défenseurs des droits l’homme contre le harcèlement, l’intimidation ou l’arrestation.

« Nous les saluons tous », a lancé le Secrétaire général, ajoutant que les lauréats d’aujourd’hui partagent leur prix avec tous ceux qui l’ont reçu ces 50 dernières années.  Parmi eux, a-t-il rappelé, figurent Eleanor Roosevelt, Martin Luther King, Nelson Mandela, Jimmy Carter, Malala Yusafzai, et les deux prix Nobel de la paix de cette année, Denis Mukwege et Nadia Murad, ainsi que des organisations telles qu’Amnesty International et le Comité international de la Croix-Rouge.  « Vous intégrez une liste prestigieuse et je vous en félicite », leur a-t-il dit, avant de les remercier, au nom de la communauté internationale, pour leurs efforts en faveur de la promotion des droits de l’homme pour tous.

Mme MICHELLE BACHELET, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, s’est déclarée non seulement émue par le grand courage et la ténacité des lauréats mais également par l’impact de leurs actions.  La défense des droits de l’homme n’est pas uniquement un acte noble en soi mais c’est une partie essentielle de la façon dont les sociétés résolvent les problèmes, redressent les torts et avancent vers la paix, l’inclusion et une prospérité durable, a-t-elle estimé.

Elle a signalé que lorsqu’Asma Jahangir a fondé, en 1968, le premier centre d’assistance juridique au Pakistan, sa défense des droits des femmes, des enfants, des minorités religieuses et des pauvres a contribué au renforcement de l’état de droit, en tant que moteur d’une meilleure gouvernance.  Asma Jahangir a inspiré des générations de défenseurs des droits de l’homme bien au-delà des frontières pakistanaises, et lorsqu’elle l’a perdue, la communauté toute entière a été plongée dans le deuil.

Le travail de Rebecca Gyumi a favorisé des changements législatifs sur le mariage des enfants en Tanzanie, « acquis incommensurable », non seulement pour des générations de jeunes filles mais aussi pour l’économie et la société toute entière.  Son travail d’autonomisation et d’éducation des filles continue à sensibiliser aux droits de l’homme et à l’engagement du Programme de développement durable à l’horizon 2030 de ne laisser personne sur le côté.

Joênia Wapichana, première avocate autochtone à défendre une affaire devant la Cour suprême du Brésil, a, par son travail, protégé les droits des peuple macuxi, wapixana, ingarikó, taurepang et patamona à leurs terres et cultures ancestrales.  Joênia Wapichana défend une approche inclusive du développement reposant sur les droits de l’homme et la justice sociale, ce qui favorise une coexistence pacifique des peuples au Brésil.

Andrew Anderson de « Front Line Defenders » fait partie d’une organisation qui, chaque année, apporte un soutien rapide et pratique à plus de 2 000 défenseurs des droits de l’homme menacés.  Cet appui va de la subvention pour la protection, à la formation et au renforcement des capacités en termes de sécurité physique et numérique, en passant par des lignes électroniques de communication d’urgence et des campagnes régulières.  Nous honorons et louons cet appui courageux, a déclaré la Haute-Commissaire.  Elle a rappelé que les défenseurs des droits de l’homme travaillent souvent dans un climat de restrictions croissantes et sous la menace de la violence, de la stigmatisation, de la criminalisation et même de mort.  « Vous et la communauté des défenseurs des droits de l’homme à laquelle vous appartenez, vous êtes mon inspiration », a-t-elle lancé à l’adresse des lauréats.     

Mme Bachelet a ensuite expliqué que le Prix des Nations Unies pour la cause des droits de l’homme est l’un des plus anciens et des plus distingués.  Il a été établi en 1966 par l’Assemblée générale pour reconnaître les contributions remarquables en faveur de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales.  Ce Prix est l’occasion de reconnaître publiquement la lutte des lauréats et d’envoyer un message d’appui et de gratitude aux défenseurs des droits de l’homme du monde entier.  Il rappelle les enjeux importants et la profonde valeur de votre travail qui est également le nôtre, a encore affirmé Mme Bachelet, qui a ajouté que la défense des droits bâtit des sociétés plus robustes ancrées dans la justice, au lieu de la peur; la dignité, au lieu de l’exploitation; le respect, au lieu de l’humiliation, du dédain et de la discrimination.    

Séance plénière de haut niveau à l’occasion du vingtième anniversaire de l’adoption de la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales universellement reconnus

Déclarations

La Présidente de l’Assemblée générale, Mme MARÍA FERNANDA ESPINOSA GARCÉS, a rappelé que les défenseurs des droits de l’homme jouent un rôle essentiel pour des sociétés justes et libres.  Comme parfois ce sont eux et leurs organisations qui tirent la sonnette d’alarme sur des violations, les États doivent créer les conditions nécessaires à la bonne exécution de leurs tâches.  Les réseaux d’appui à la société civile sont à cet égard importants car ce sont ces défenseurs des droits de l’homme qui donnent vie à la Déclaration universelle, en donnant une voix à ceux qui n’en ont pas.  Sans ces défenseurs, les nombreux progrès que nous apprécions aujourd’hui n’auraient pas été possibles.  La communauté internationale a donc la responsabilité de défendre et protéger ces défenseurs, a rappelé la Présidente de l’Assemblée générale, qui a déploré que pas moins de 3 500 d’entre eux aient été assassinés depuis l’adoption de la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales.  Rien qu’en 2017, 300 défenseurs ont perdu la vie, et la situation de leurs collègues femmes est encore plus précaire.  Elles sont en effet plus exposées en raison de leur double casquette de défenseur et de femme.  La Présidente a aussi attiré l’attention sur la recrudescence des attaques contre les défenseurs de l’environnement: « si nous ne les défendons pas, l’injustice frappera vite à nos portes, mais si nous assumons notre responsabilité de citoyen, nous deviendrons à notre tour défenseur des droits de l’homme ». 

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies, a exprimé son admiration pour ces militants qui consacrent leur vie, et parfois se sacrifient, pour défendre le respect des droits économiques, sociaux, culturels, civiques et politiques.  Il a voulu montrer la diversité de ces défenseurs en en citant quelques-uns: les peuples autochtones qui défendent leurs terres, leurs traditions et leur environnement; les groupes de citoyens qui sauvent des migrants de la noyade et de l’exploitation; les travailleurs humanitaires qui fournissent une aide salvatrice à des civils piégés par un conflit; les femmes qui luttent pour participer aux conseils d’administration et aux tables de négociation de paix; les juristes qui défendent l’indépendance de la justice; les responsables syndicaux qui défendent l’emploi décent et le salaire minimum vital; les journalistes qui enquêtent sur les disparitions et la corruption; les activistes qui manifestent contre la pollution et les changements climatiques; les personnes d’ascendance africaine qui s’élèvent contre le racisme et la discrimination; le personnel de santé qui cherche le moyen d’améliorer les traitements pour les patients porteurs du VIH.

Toutes ces personnes défendent et plaident pour les droits, principes et valeurs sur lesquels l’ONU est fondée, a souligné M. Guterres.  Notant la montée de l’intolérance et le rétrécissement de l’espace accordé à la société civile, il s’est inquiété que ces droits restent menacés dans de nombreux domaines et régions.  Des défenseurs sont « persécutés, intimidés, incarcérés et même assassinés », s’est-il insurgé.  Et, sous prétexte de lutte antiterroriste, plusieurs pays ont adopté des lois ou des mesures qui restreignent le travail des défenseurs des droits de l’homme.

Pour le Secrétaire général, il est important de reconnaître que les défenseurs des droits de l’homme sont des partenaires majeurs des gouvernements et des Nations Unies pour faire face aux énormes défis dans la mise en œuvre du Programme 2030.  Et ils ne peuvent jouer ce rôle essentiel que s’ils disposent de la protection et de l’espace nécessaires.  « Protéger les droits de l’homme renforce les États et les sociétés et aide à prévenir les conflits », a assuré M. Guterres, alors que les négliger fait beaucoup de dégâts.  Si davantage d’attention avait été apportée aux droits de l’homme dans le monde ces deux dernières décennies, « nous aurions empêché beaucoup de morts, de souffrance et d’instabilité et préservé les difficiles acquis du développement ».  « Quand les défenseurs des droits de l’homme sont menacés, les principes des Nations Unies sont attaqués », a insisté le Secrétaire général.

En conclusion, il a rappelé que les défenseurs des droits de l’homme sont un gros atout pour le travail en faveur du maintien de la paix et du développement durable.  Ces individus et organisations sont en effet souvent les premiers à donner l’alerte pour empêcher des crises et ils sont des acteurs essentiels dans l’élaboration de solutions dans tous les domaines.  Le Secrétaire général a dit « admirer leur courage et leur sacrifice » et a appelé à les soutenir.

Mme MICHELLE BACHELET, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a indiqué qu’il y a 20 ans, la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus avait réaffirmé la nécessité vitale de respecter la dignité et les droits de tous les héros des droits de l’homme dont la lutte profite à tous.  Leur travail sert aux États, car il façonne des politiques sensibles aux besoins réels et contribue à de meilleurs résultats en matière de développement, conformément au Programme 2030 et au droit au développement.

Leur travail bénéficie aux sociétés, car ils amplifient la voix de ceux que l’on n’entend pas.  Il garantit la primauté du droit, détecte et résout les tensions avant qu’elles ne dégénèrent.  Leur travail améliore les sociétés, profite aussi au commerce et aux entreprises.  Il y a une dizaine de jours, s’est expliquée Mme Bachelet, de grandes compagnies ont appelé au respect des droits des défenseurs et les entreprises, à une contribution positive aux situations où les libertés civiles.

Ces défenseurs, a poursuivi la Haute-Commissaire, appuient les droits des êtres humains dans toute leur diversité.  Elle a cité les deux derniers lauréats du prix Nobel de la paix, le Docteur Denis Mukwege et Nadia Murad.  Le premier a aidé, pendant plus de 30 ans, les survivantes de la violence sexuelle; et la deuxième, ayant survécu à cette violence, a utilisé sa force et sa compassion pour servir les autres.  La Haute-Commissaire a également évoqué Nelson Mandela, « géant des droits de l’homme », dont le centenaire vient d’être célébré en Afrique du Sud.

Qu’ils interpellent pour que les auteurs de violence soient traduits, pour sauver les migrants des dangers, pour exposer la corruption, pour mettre fin à la discrimination ou pour travailler en faveur des droits des peuples autochtones, des habitants des bidonvilles, des personnes âgées ou handicapées, les défenseurs des droits de l’homme font un travail « précieux » pour la communauté internationale et les États Membres.   

Mme Bachelet a rappelé que la Déclaration est en réalité la promesse des États de protéger les défenseurs des droits de l’homme contre toute mesure arbitraire.  C’est aussi la promesse de garantir des réparations et de diligenter des enquêtes en cas de violations de leurs droits.

Beaucoup reste à faire, a-t-elle reconnu, en attirant l’attention sur les accusations qui pleuvent sur ces défenseurs.  Ils sont traités de traîtres, de terroristes.  Ils sont harcelés ou attaqués.  Leur travail est sévèrement restreint et leurs actions, criminalisées.  Chaque jour, un défenseur est tué.  Mme Bachelet n’a pas oublié les « défenseuses » qui doivent en plus endurer la violence fondée sur le sexe et les préjugés sociaux, en raison de l’extrémisme religieux, et les accusations de « trahison culturelle ».  La Haute-Commissaire a aussi alerté sur le fait que les nouvelles technologies de l’information et des communications ouvrent de nouveaux canaux de surveillance et de restrictions du travail sur les droits de l’homme.  Elle s’est engagée à plaider pour l’espace dont les défenseurs ont besoin pour accomplir leur travail.     

M. MICHEL FORST, Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, a affirmé que l’année 2018 fut particulièrement difficile pour les défenseurs des droits de l’homme.  Il a indiqué qu’avec la mort de ces défenseurs disparaissent des espoirs de justice de milliers de gens.  M. Forst a noté que son rapport est présenté aujourd’hui, avec des détails sur la situation dans 143 pays.  Il a aussi lancé, aujourd’hui, une campagne internationale pour sensibiliser la communauté internationale à la situation des défenseurs et aux moyens de les défendre et les protéger.  Il a proposé, par exemple, l’élaboration de lignes directrices des Nations Unies, afin que les coordonnateurs résidents soient dotés d’une vraie stratégie sur le terrain, et que toutes les agences de l’ONU intègrent cette question à leur cadre stratégique.

Mme INE ERIKSEN SØREIDE, Ministre des affaires étrangères de la Norvège, a déclaré qu’en dépit des progrès accomplis depuis l’adoption, il y a 70 ans, de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme, « le monde peut être dangereux en 2018 ».  Alors que ces défenseurs sont tués quotidiennement, nous avons la responsabilité de faire davantage pour protéger les hommes et les femmes courageux qui se dressent contre les injustices faites aux autres.  Pour comprendre leurs attentes, a ajouté la Ministre, nous devons écouter et nous engager dans un dialogue avec eux et de leur conférer une légitimité, en reconnaissant leur action, tout en continuant d’encourager et de financer leurs activités.  La Chef de la diplomatie norvégienne a constaté que, si le Programme 2030 est notre feuille de route « pour le monde que nous voulons », les militants écologistes sont parmi les plus marginalisés aujourd’hui.  Le respect des droits de l’homme, l’environnement et la croissance économique ne sont pas des notions qui s’excluent.  « Œuvrons ensemble au renforcement de la protection des défenseurs de l’environnement, sur la base de la résolution présentée par la Norvège à la quarantième session du Conseil des droits de l’homme », a déclaré la Ministre, en espérant que ce texte fera la différence pour ceux qui luttent contre l’exploitation abusive des terres et des ressources.  Mme Søreide a salué, en conclusion, l’annonce faite par le Secrétaire général aujourd’hui de développer une approche plus cohérente et globale en vue de soutenir les défenseurs des droits de l’homme au sein de l’Organisation.  Elle a également appelé à un meilleur financement du Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui ne reçoit que 3% du budget ordinaire de l’ONU.

Mme HINA JILANI, Avocate à la Cour suprême du Pakistan, a insisté sur la responsabilité des États de combattre l’impunité des auteurs de crimes contre les défenseurs des droits de l’homme.  Elle a dénoncé les tendances négatives observées dans certaines régions, y compris à l’égard de ceux qui coopèrent ou ont coopéré avec les mécanismes du Conseil des droits de l’homme.  Elle a exhorté la communauté internationale à prendre des mesures contre cette situation, notamment par la création d’une jurisprudence.  La société civile, a-t-elle martelé, mène des activités utiles qu’il faut veiller à ne pas restreindre et qu’il faut protéger de « l’ombre de la violence ».  Tous les organes des Nations Unies doivent œuvrer ensemble pour une défense réelle et constante des droits de l’homme, conformément aux textes en vigueur, a-t-elle conclu, en appelant la communauté internationale à faire résolument face au risque de totalitarisme car c’est la seule voie pour sauver le monde des conflits et des guerres.    

Mme ALICE MOGWE, Directrice du Centre des droits de l’homme du Botswana, a rappelé qu’en octobre 2018, elle a pris part au second Sommet mondial des défenseurs des droits de l’homme à Paris, lequel a noté qu’en 2017, 312 défenseurs ont été tués dans le monde, et plus de 3 500 ces 20 dernières années.  Les attaques ne cessent d’augmenter, notamment dans le contexte de la lutte contre le terrorisme qui sert de prétexte pour fermer les ONG de défense des droits de l’homme.  Elle a donc invité l’ONU à mieux défendre les défenseurs des droits de l’homme et à leur donner davantage la parole.  Les États, a-t-elle dit, ont l’obligation de défendre les défenseurs et de prendre des mesures pour reconnaître leur rôle essentiel, notamment par l’adoption de plans d’action nationaux.  Ils doivent également briser le cycle de l’impunité, en traduisant en justice les auteurs de crimes contre les défenseurs.  Il faut, a martelé la représentante, une politique de tolérance zéro.  Elle s’est dite très fière de sa qualité de défenseure des droits de l’homme, ajoutant: « tout ce qui est impossible aujourd’hui, nous le rendrons possible demain par la force de nos convictions et de notre détermination ».

Mme FLORENCE SIMBIRI-JAOKO, Envoyée spéciale de l’Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme et ancienne Présidente de l’Institut national des droits de l’homme du Kenya, a, à son tour, attiré l’attention sur le fait que, chaque fois, plus de défenseurs des droits de l’homme font l’objet de menaces, d’intimidation et de représailles.  La reconnaissance de ces menaces et de ces dangers, en particulier ceux qui pèsent sur les femmes, est « fondamentale ».  Le pluralisme et la tolérance, a-t-elle souligné, sont les conditions préalables à la coexistence dans une société humaine.  Elle a appelé au respect des Principes de Paris et plaidé pour que les médias veillent « sans relâche » à ce respect.  La contribution des défenseurs, surtout au niveau local, est « cruciale » et il est temps d’envoyer un signal fort à ceux qui veulent faire reculer des acquis gagnés de haute lutte, parfois au sacrifice de la vie.   

Débat général

M. SERGE LEON A. CHRISTIANE, Union européenne, a rappelé que 1 000 défenseurs des droits de l’homme ont été assassinés entre 2015 et 2017.  « 1 000 en deux ans!  C’est inacceptable », s’est-il emporté.  Il a voulu que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice et appelé à la mise en place de mécanismes de protection qui répondraient tant aux situations d’urgence qu’aux situations à long terme.  C’est le seul moyen de faire en sorte que les défenseurs soient systématiquement protégés et qu’ils puissent assumer le rôle vital qu’ils jouent au sein de toute société démocratique, a-t-il affirmé.  Insistant sur l’engagement de l’Union européenne, il a rappelé qu’elle a alloué plus de 3 millions d’euros pour la protection des défenseurs des droits de l’homme.  Plus de 550 défenseurs ont ainsi pu bénéficier d’une assistance dans des situations critiques.  Le délégué a rendu hommage à Lyudmila Mikhailovna Alexeyeva, lauréate du Prix Sakharov en 2009, qui vient de décéder.  Il a conclu son intervention par ces mots empruntés à Hauwa Ibrahim: « Je peux être la prochaine victime.  Si je ne me bats pas pour les victimes d’aujourd’hui, comment se battront-elles pour moi le moment venu? ».

M. SERGIY KYSLYTSYA, Vice-Ministre des affaires étrangères de l’Ukraine, a attiré l’attention de l’Assemblée sur une page tragique de l’histoire de l’Ukraine, connue sous le nom d’« Holodomor ».  Il y a 85 ans, les droits et libertés fondamentales des Ukrainiens ont été bafoués par le Gouvernement soviétique, qui a mené une politique de répression et de discrimination à grande échelle contre la nation ukrainienne, dans le seul but de la terroriser et de la soumettre au régime totalitaire stalinien, a raconté le Vice-Ministre.  Pour commémorer cette tragédie, 39 États Membres de l’ONU ont récemment signé la Déclaration sur le quatre-vingt-cinquième anniversaire de l’Holodomor de 1932-1933 en Ukraine, a indiqué M. Kyslytsya, qui les a tous cités avant de lire le texte.  Pour lui, sensibiliser la communauté internationale aux horreurs de la grande famine de 1932-1933 est aussi l’un des moyens de s’assurer que de tels crimes ne se reproduiront pas.

Mme MARIA ANGELA ZAPPIA (Italie) a indiqué, à titre national, qu’elle avait mené des consultations sur la réunion de haut niveau d’aujourd’hui, tâche difficile mais qui a favorisé la création de cet espace pour réfléchir aux meilleurs moyens d’appuyer le rôle et le travail des défenseurs des droits de l’homme.  L’Italie défend une approche ouverte aux droits de l’homme, dans le respect des orientations de l’Union européenne.  J’ai reçu de ma capitale, a confié la représentante, des instructions claires pour que tous les représentants du pays dans le monde fassent une analyse et offrent leur appui aux organisations de la société civile.  Dans le cadre de la Présidence italienne de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), un atelier a été organisé afin de mettre en commun des pratiques optimales entre les pays.  La représentante a conclu sur la situation préoccupante des femmes et enfants défenseurs des droits de l’homme.

M. ALEJANDRO VERDIER (Argentine) a jugé essentiel de promouvoir la mise en œuvre des dispositions de la Déclaration pour garantir la protection effective des défenseurs des droits de l’homme dans leur travail quotidien.  Le représentant a voulu souligner la « fonction positive et légitime » qu’ils occupent pour faire respecter les normes relatives aux droits de l’homme, soutenir les victimes de violations, ainsi que pour former et sensibiliser.  M. Verdier les a remerciés pour leur lutte en faveur d’un monde plus pacifique, plus juste et plus inclusif, qui a permis à nos sociétés de faire de grands progrès dans la protection des droits de l’homme de toutes les personnes, en particulier les groupes vulnérables.

De l’avis de M. MARC-ANDRE BLANCHARD (Canada), la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme, adoptée il y a 20 ans, a marqué pour ces derniers une étape importante dans la reconnaissance du travail qu’ils accomplissent et de la nécessité d’assurer leur protection.  Les défenseurs des droits de l’homme doivent pouvoir agir librement et sans ingérence, intimidation, abus, menaces, violences ou représailles, a-t-il argué, rappelant que les droits de la personne internationalement reconnus, tels que le droit à la liberté d’expression, de réunion et d’association, sont au cœur de leur travail et clairement inscrits dans la Déclaration.  « N’oublions pas qu’elle a été adoptée par consensus par tous les États Membres des Nations Unies », a souligné le représentant, avant de s’alarmer des attaques auxquelles sont de plus en plus confrontés les défenseurs des droits de la personne, souvent en raison de leur travail.

Dans ce contexte, le Canada exhorte les États Membres à mettre fin aux attaques contre ces défenseurs et à leur fournir un endroit sûr où mener à bien leur travail, et ce, dans toutes les régions et dans tous les secteurs d’activités, a poursuivi le représentant, assurant que son pays continuera à soutenir les droits de la personne et l’ordre international fondé sur des règles.  À cet égard, les lignes directrices du Canada sur le soutien aux défenseurs des droits de la personne constituent un outil important et font partie intégrante de la politique étrangère canadienne, a conclu le délégué, observant que, par la nature même de leur travail, ces défenseurs « contribuent à la réalisation des objectifs et des principes énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et à la préservation de l’ordre international fondé sur des règles que nous avons bâties ensemble ».

M. CHRISTIAN WENAWESER (Liechtenstein) a rappelé que cette journée marque également le cinquième anniversaire de la toute première résolution des Nations Unies sur la protection des femmes défenseures des droits de l’homme, laquelle complète la Déclaration.  Le représentant s’est dit préoccupé du nombre croissant des intimidations et même des assassinats de défenseurs qui sont disproportionnellement affectés par la violence sexuelle et sexiste.  Il a rappelé que le système des Nations Unies a la responsabilité de faire face à ce problème, ajoutant que la lutte contre l’impunité pour les auteurs de ces attaques doit être une priorité pour chaque État Membre et pour l’Organisation.

« Ne nous payons pas de mot », a d’emblée lancé M. FRANÇOIS DELATTRE (France), relevant que, par définition, les défenseurs des droits de l’homme sont « ceux qui dérangent, qui dénoncent ».  Partout, a-t-il observé, ils agissent pour amener les États à renforcer la protection de tous les droits.  Qu’il s’agisse des droits des femmes, de la protection de l’environnement et du climat, des droits des personnes LGBTI, des migrants, des personnes autochtones, des personnes vulnérables, les défenseurs des droits de l’homme « gênent et sont donc menacés », a renchéri le représentant, avant d’appeler les États Membres à prendre collectivement l’engagement, comme il y a 20 ans, de tout faire pour que la Déclaration soit pleinement mise en œuvre.  « La France s’y engage », a-t-il assuré, rappelant que Paris a accueilli le Sommet mondial des défenseurs de droits humains qui, du 29 au 31 octobre, a rassemblé autour de la Haute-Commissaire aux droits de l’homme Michelle Bachelet, et du Rapporteur spécial, Michel Forst, plus de 150 défenseurs venus du monde entier.  Dès 2019, a-t-il ajouté, notre politique d’aide publique au développement sera mobilisée en soutien aux défenseurs des droits, y compris en finançant leurs projets, en ligne avec le Programme 2030 et son objectif 16.  En conclusion, le représentant a exhorté les États Membres à se montrer les « dignes héritiers des rédacteurs des déclarations que nous célébrons aujourd’hui », des déclarations qui sont « les piliers de l’édifice multilatéral que nous avons bâti, ensemble, en près de 75 ans ».

Mme INA HAGNININGTYAS KRISNAMURTHI (Indonésie) a fait remarquer que la Constitution de l’Indonésie garantit la protection des droits de l’homme pour tous et que la société civile joue un rôle important dans la promotion des droits de l’homme et de la démocratie.  Quant aux défenseurs des droits de l’homme, ils jouissent d’une grande liberté pour mener leurs activités.  La représentante s’est aussi fait un plaisir de souligner que leur protection a été réaffirmée au cours du troisième cycle de l’Examen périodique universel au Conseil des droits de l’homme.  Au-delà de cela, l’Indonésie considère que la synergie entre les contributions de l’État et des acteurs non étatiques est indispensable.  L’intégrité de l’appareil de l’État et des représentants de l’ordre bénéficie de programmes de renforcement des capacités en termes de droits de l’homme, et des activités de sensibilisation au travail des défenseurs des droits de l’homme sont organisées.  Des réformes législatives et institutionnelles sont également en train d’être mises en place et intègrent les principes des droits de l’homme.  Parvenir à un équilibre entre les droits et la responsabilité est difficile mais nécessaire, a conclu la représentante.

M. ELBIO OSCAR ROSSELLI FRIERI (Uruguay) a souligné la responsabilité première des gouvernements et le rôle essentiel des défenseurs dans des sociétés démocratiques et pluralistes.  L’espace de participation doit non seulement leur être garanti mais aussi protégé et promu par les autorités, a-t-il affirmé, soulignant que cela exige la création d’un climat propice et sûr dans un cadre juridique approprié conformément aux normes internationales relatives aux droits de l’homme.  Les défenseurs jouent un rôle positif, important et légitime dans la promotion des droits de l’homme aux plans local, national, régional et international, a-t-il encore déclaré, en particulier dans la prévention des conflits, la consolidation de la paix et le développement durable grâce au dialogue, à l’ouverture, à la participation et à la justice.  Ils surveillent la situation de tous les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels et soumettent des rapports à cet égard.

Le représentant s’est inquiété, à son tour, de la prolifération des attaques contre les défenseurs et l’absence de mesures politiques fermes et ambitieuses pour mettre fin à cette situation.  Il s’est également érigé contre les tentatives d’interdir les activités des défenseurs par des mécanismes d’intimidation ou de répression, tant dans leur pays d’origine qu’à l’extérieur.  Il s’est opposé à toute norme qui fait obstacle ou limite, sans justification, leur travail.  Il a insisté pour que les États veillent à la sécurité de tous ceux et celles qui coopèrent avec le système international de protection des droits de l’homme et prennent les mesures nécessaires pour que les actes de violence à leur encontre ne demeurent pas impunis.  Il a recommandé le renforcement de la réponse coordonnée du système des Nations Unies face aux cas de représailles et réitéré son appui sans faille au travail de la Secrétaire générale adjointe aux droits de l’homme à cet égard.   

Mme ONDINA BLOKAR DROBIČ (Slovénie) a salué le travail et le courage des défenseurs des droits de l’homme, en particulier les femmes.  Malgré les progrès enregistrés depuis 20 ans, il faut reconnaître que ces défenseurs font trop souvent face à des situations qui non seulement entravent leur travail mais mettent aussi leur vie en danger, a souligné la représentante.  Elle a jugé inacceptable qu’ils soient confrontés à la discrimination, aux menaces, aux mauvais traitements ou même à des poursuites pénales dans de nombreuses régions du monde.  Elle s’est dit très préoccupée par la réduction de l’espace accordé à la société civile et par les cas de représailles contre des individus ou des groupes.  Les organisations de la société civile jouent un rôle indispensable dans la promotion et la protection des droits de l’homme et les États ont donc la responsabilité de leur accorder l’espace nécessaire à leur fonctionnement, a-t-elle insisté.  Pour sa part, le Gouvernement slovène est engagé dans une coopération active avec la société civile, ce qui contribue à une bonne gouvernance, à la transparence et à une responsabilité mutuelle.  Par exemple, la capitale Ljubljana est devenue membre du réseau international des villes-refuges en 2011.  Elle offre ainsi un abri aux écrivains et aux artistes en danger.

M. SAMUEL GROUT-SMITH (Royaume-Uni) a rappelé que « nous bénéficions énormément quand la société civile est présente ici pour parler directement des violations des droits de l’homme, tenant les États que nous sommes pour responsables et nous indiquant la voie pour relever les défis ».  Cet accès à l’ONU est d’autant plus important pour les organisations qui font face à des restrictions au niveau national.  Face aux attaques contre les défenseurs, le Royaume-Uni appelle à l’action.  Mon pays, a dit le représentant, a déjà pris des mesures pour leur protection partout où cela est possible à travers le monde.  Notant la montée des attaques contre les médias et les journalistes qui jouent pourtant un rôle crucial pour faire la lumière sur les abus et violations des droits de l’homme, le représentant a mis au défi ses collègues dans la salle à travailler de concert pour « sécuriser les changements positifs contenus dans la Déclaration, ce qui permettrait aux défenseurs de jouer pleinement leur rôle ».

M. AGUSTIN SANTOS MARAVER (Espagne) a estimé que la vitalité d’une démocratie se mesurait en partie à l’aune du dynamisme de sa société civile.  Malheureusement, 20 ans après l’adoption de la Déclaration, les menaces qui pèsent sur les défenseurs des droits de l’homme n’ont pas diminué, a déploré le représentant.  S’il a reconnu l’existence de certains progrès en matière de protection juridique, ces dernières années, le délégué a surtout relevé certaines évolutions « alarmantes », comme la criminalisation croissante de la société civile, le rétrécissement de l’espace civique, les entraves nouvelles à la liberté d’expression, les lois défavorables aux ONG et les persécutions dont font l’objet certains groupes précis, dont les défenseurs de l’environnement.  Face à ces tendances, le représentant a affirmé que la promotion et la protection des défenseurs des droits de l’homme constituent l’une des priorités de la politique extérieure de l’Espagne, qui s’est notamment dotée d’un programme spécial de protection permettant d’accueillir temporairement, sur le territoire espagnol, des défenseurs des droits de l’homme menacés dans leur pays d’origine.

M. JÜRG LAUBER (Suisse) a salué la tenue de cette séance plénière de haut niveau tout en regrettant qu’elle ait lieu dans un cadre formel qui limite la participation des représentants de la société civile.  Or, pour la Suisse, la société civile apporte une contribution significative aux travaux des Nations Unies et joue un rôle crucial dans le fonctionnement du système multilatéral, a souligné le représentant, appelant de ses vœux l’inclusion de la société civile, y compris les ONG et les défenseurs des droits de l’homme, dans les institutions onusiennes.

Affirmant d’autre part que la protection des défenseurs des droits de l’homme constitue une priorité de la politique extérieure de son pays en matière de droits de l’homme, il a rappelé que la Suisse a soutenu politiquement et financièrement le Sommet mondial des défenseurs des droits de l’homme qui s’est tenu à Paris en octobre.  Elle s’est aussi activement engagée dans la négociation des résolutions pertinentes adoptées au Conseil des droits de l’homme et à la Troisième Commission de l’Assemblée générale, a relevé le représentant.

Néanmoins, a-t-il concédé, malgré les progrès accomplis au niveau multilatéral, la Suisse s’alarme que les défenseurs des droits de l’homme soient plus que jamais la cible de répression, d’intimidation, de menaces et d’attaques.  Dans ce contexte, leur reconnaissance et leur protection revêtent une importance capitale, a fait valoir le représentant, concluant son propos par un appel à tous les États pour qu’ils garantissent un environnement sûr et favorable aux défenseurs de droits de l’homme et veillent à ce que ces derniers puissent exercer leurs activités sans risque de représailles.      

M. MHER MARGARYAN (Arménie) en a profité pour appeler la communauté internationale à renouveler son engagement en faveur de la Convention sur la prévention du génocide.  Mon pays, a-t-il affirmé, s’est à nouveau fermement engagée à faire avancer la prévention.  Mettant l’accent sur le rôle « précieux » des défenseurs des droits de l’homme dans cette prévention et l’identification des alertes précoces, le représentant a fermement condamné toutes formes d’attaques, de violence, de menaces et d’intimidations contre les défenseurs et les militants des droits de l’homme, y compris les journalistes.  Le respect de ces droits a d’ailleurs été au cœur de la transformation démocratique de l’Arménie, tel que l’a démontré la Révolution de velours des mois d’avril et de mai derniers, que le Secrétaire général de l’ONU a lui-même qualifiée de « remarquable exemple de transfert pacifique du pouvoir ».  Les jeunes et les femmes ont été au premier rang de ce processus démocratique non violent, dans le plein exercice de leurs droits et libertés fondamentales.  Le représentant a aussi indiqué que son pays brigue un siège au sein du Conseil des droits de l’homme pour la période 2020-2022.    

M. GUILLERMO ROQUE FERNANDEZ DE SOTO VALDERRAMA (Colombie) a condamné énergiquement les agressions dont les défenseurs sont régulièrement victimes, souvent au péril de leur vie.  Aux yeux du délégué colombien, l’une des avancées auxquelles la Déclaration a donné lieu a été l’essor de la protection de ces défenseurs par des acteurs non étatiques.  Le représentant a en outre appelé à redoubler d’efforts pour faire en sorte que les activités de défense des droits de l’homme soient moins stigmatisées.  Il a également appelé à approfondir le dialogue social et à renforcer les mécanismes de prévention, à l’instar du système colombien de prévention et d’alerte précoce, qui permet une action concertée entre plusieurs institutions publiques pour éviter que les défenseurs des droits de l’homme ne soient mis en danger.

M. JEROEN COOREMAN (Belgique) a commencé par rendre hommage aux hommes et aux femmes qui, chaque jour, s’emploient à faire de la Déclaration universelle des droits de l’homme une réalité.  Il a ensuite assuré que la Belgique reconnaît le rôle crucial des défenseurs, qu’il a qualifiés d’« alliés courageux indispensables et souvent stimulants quand il s’agit de la promotion et de la défense des droits partout dans le monde ».  Nous les saluons d’autant plus que leur travail s’avère souvent périlleux, a poursuivi le représentant, observant que l’espace alloué à la société civile rétrécit dans certains pays et que les voix critiques sont régulièrement réduites au silence.  De fait, a-t-il constaté, un nombre croissant de défenseurs se retrouvent sous pression, confrontés aux attaques, aux menaces, au harcèlement et à l’insécurité.  Ces deux dernières années, selon les chiffres du Rapporteur spécial, plus d’un millier de défenseurs ont été tués pour avoir défendu des droits inscrits dans l’un des documents les plus fondamentaux des Nations Unies, s’est-il encore indigné, appelant à ce que les auteurs de ces crimes soient tenus pour responsables.  Dans ce contexte, a-t-il conclu, nous devons, en tant que gouvernements, prendre nos responsabilités et défendre les droits de l’homme en créant un environnement sûr pour les organisations de la société civile et les défenseurs des droits de l’homme.

M. WAEL AL KHALIL (Syrie) a estimé que cet anniversaire est l’occasion de réfléchir à la mise en œuvre globale des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, « certains gouvernements répétant souvent une litanie de défense de ces droits, alors qu’ils n’hésitent pas à tuer des milliers de civils innocents ».  Ces gouvernements ont des pétrodollars qu’ils utilisent pour verser des pots-de-vin « scandaleux » et dissimuler des violations graves des droits de l’homme, y compris aux Nations Unies.  Le représentant a appelé la Haute-Commissaire à respecter la souveraineté des États et suivre de près les agissements du Front el-Nosra en Syrie et dans le Golan syrien occupé.  Il a aussi appelé à la libération du prisonnier le plus ancien du Golan occupé M. Al Mokt.  Israël doit également libérer tous les prisonniers syriens, a-t-il réclamé.    

M. FABIAN OSWALDO GARCIA PAZ Y MIÑO (Équateur) a déclaré que son pays n’avait pas ménagé ses efforts, au cours des deux dernières décennies, pour faire en sorte que les lois équatoriennes reflètent le mieux possible le contenu de la Déclaration.  Sur le plan international, le représentant a souligné l’engagement sans équivoque de son pays en faveur des droits de l’homme, comme en témoigne le fait que l’Équateur soit devenu, en septembre dernier, le cinquième État à avoir ratifié dans leur intégralité les 18 instruments fondamentaux des Nations Unies pour la protection des droits de l’homme.  Au niveau national, le délégué a indiqué que la ratification de ces instruments s’était traduite par l’élaboration et la mise en œuvre de politiques publiques centrées sur les droits de l’individu tout au long de sa vie.

S’agissant de son action de promotion des droits de l’homme au sein de l’Organisation, le représentant a précisé que l’Équateur s’était porté coauteur, aux côtés de l’Afrique du Sud, d’un projet d’instrument juridiquement contraignant pour réglementer les activités des entreprises transnationales et commerciales, ainsi que d’un projet de protocole facultatif centré sur les victimes d’abus de leurs droits.  Le représentant a enfin souligné que le développement, en plus d’être un droit à part entière, est une condition sine qua non pour promouvoir, garantir et protéger les droits de l’homme.

M.  NESRINE ELMANSOURI (Tunisie) a estimé que l’adoption à l’unanimité de la Déclaration avait placé les défenseurs des droits de l’homme au cœur de la mise en œuvre de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Ces derniers, a-t-il poursuivi, sont indiscutablement les premiers partenaires des États pour la protection des droits de l’homme et de l’état de droit, ainsi que pour la réalisation du développement durable.  Pour accomplir leur tâche cruciale, les défenseurs doivent avoir la capacité d’agir librement, à l’abri des interférences, intimidations et restrictions, a estimé le représentant, appelant les États Membres à redoubler d’efforts pour garantir leur accès aux moyens de communication, y compris au sein des Nations Unies.

« La Tunisie est aujourd’hui l’exemple vivant des véritables changements que les défenseurs des droits de l’homme peuvent apporter au monde », a affirmé le délégué tunisien, précisant que c’étaient les premiers à avoir appelé à davantage de justice et de liberté en 2011.  « Guidé par l’esprit de notre nouvelle Constitution », la Tunisie, a indiqué le représentant, est déterminée à préserver le bon fonctionnement de son système national des droits de l’homme.  De ce point de vue, il a déclaré que la Tunisie appuyait toutes les initiatives onusiennes en matière de droits de l’homme.

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a assuré que son pays a toujours protégé les défenseurs des droits de l’homme, tout en déplorant la « tragédie » de ces dernières années qui voit la montée des intimidations et des attaques contre ces défenseurs dans certains pays.  L’Irlande est fière de voir qu’une organisation de sa société civile, « Front Line Defenders », a été honorée aujourd’hui par le Prix des Nations Unies pour la cause des droits de l’homme.  La représentante a annoncé qu’un monument sera érigé dans les jardins du Ministère irlandais des affaires étrangères afin d’honorer les quelque 3 500 défenseurs des droits de l’homme tués ces 20 dernières années dans le monde.  Elle a invité les États à offrir un environnement de travail propice aux défenseurs des droits de l’homme. 

Mme ELENE AGLADZE (Géorgie) a affirmé que la législation de son pays favorise la participation des organisations de la société civile à tous les processus de prise de décisions, y compris à l’élaboration de la Stratégie nationale des droits de l’homme.  En Géorgie, c’est le Bureau du Procureur général, institution inscrite dans la Constitution, qui supervise la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales, tout en identifiant les violations et contribuant à la restauration des droits et libertés bafoués.  La représentante a relevé que la protection des défenseurs des droits est d’autant plus difficile quand le pouvoir central est absent, comme c’est le cas dans les régions d’Abkhazie et de Tskhinvali, occupés par la Fédération de Russie, et où ces défenseurs sont poursuivis et réduits au silence.                                        

M. AMRITH ROHAN PERERA (Sri Lanka) a estimé que la promotion et la protection des droits de l’homme est un travail perpétuel, et que chaque nation se heurte à des défis spécifiques.  En dépit de ces défis, il est de notre responsabilité d’aspirer à la réalisation, à la promotion, à la protection et au respect des droits de l’homme pour tous.  La Déclaration universelle des droits de l’homme, la Déclaration et Programme d’action de Vienne, ainsi que la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme constituent un cadre fondamental et un guide pour nos efforts collectifs contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui lui est associée.  La Sri Lanka suit une politique d’engagement constructif et de dialogue pour promouvoir les droits et les libertés fondamentales.  Au cours des trois dernières années, a souligné le représentant, nous avons consenti à ce que huit procédures spéciales, dont deux groupes de travail, se rendent à Sri Lanka, « à notre invitation ».  Dans le cadre de nos interactions avec les organes de traité de l’ONU, a-t-il poursuivi, nous avons suivi une approche « de bas en haut », sous la forme de consultations avec toutes les parties prenantes, y compris la société civile, les défenseurs des droits de l’homme et la Commission nationale des droits de l’homme, un organe dont l’indépendance a d’ailleurs été renforcée grâce à un amendement constitutionnel.  En outre, Colombo a pris, à en croire M. Perera, des mesures pour consolider le rôle du Parlement, rétablir les commissions indépendantes, veiller à un appareil judiciaire indépendant. 

M. LYLE PATRICK DAVIDSON (Afrique du Sud) a relevé que les commémorations de ce jour coïncident avec le centenaire de Nelson Mandela et d’Albertina Sisulu, deux icônes sud-africaines « championnes des droits de l’homme », à la fois dans leur pays comme en dehors.  Ils sont ainsi devenus des défenseurs des droits de l’homme et ont fermement milité en faveur de la démocratie et de l’état de droit.  Le représentant s’est alarmé de la montée des menaces, de la criminalisation et des attaques dont sont victimes les défenseurs des droits de l’homme, y compris ceux défendant leurs terres ancestrales.  Ces acteurs jouent un rôle important pour les droits de l’homme, y compris le droit au développement.  C’est pourquoi nous appelons à une coopération transnationale et demandons que les entreprises privées soient tenues pour responsables des violations des droits humains dans les zones où elles mènent leurs activités.    

M. JORGE ANDRES IGLESIAS MORI (Chili) a appelé à renouveler la légitimité et la nécessité de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme et à améliorer la manière dont on perçoit leur travail qui est un droit à part entière.  En tant que membre du Conseil des droits de l’homme, le Chili, a dit le représentant, réaffirme la contribution essentielle des défenseurs aux travaux des mécanismes dudit Conseil et des organes de traité.  Il a alerté sur les risques encourus par les défenseurs et s’est réjoui que le système des Nations Unies ait évolué peu à peu, comme en témoignent le mandat du Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme et le point focal contre les représailles, en la personne du Sous-Secrétaire général aux droits de l’homme.  Tout en applaudissant ces initiatives, le représentant a estimé qu’elles resteront insuffisantes sans la volonté des États de garantir la « protection de ceux qui défendent ».  Il a espéré que ce vingtième anniversaire sera l’occasion de réaffirmer l’engagement international de protéger les défenseurs et de garantir un climat propice à leurs activités.  Aucun argument valable ne saurait être avancé au détriment des droits de l’homme, des défenseurs et des organisations de la société civile, a affirmé le Chili.

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a noté que les défenseurs des droits de l’homme sont parmi les plus courageux de nos sociétés.  Il a dit être frappé par la violence contre les journalistes, les activistes en ligne, les défenseurs des LGBT, les Ouïgours ou encore les Casques blancs en Syrie et les journalistes de Reuters qui sont encore en prison du fait de leur enquête sur les exactions de l’armée au Myanmar.  Le représentant a demandé qu’une protection spéciale soit accordée aux femmes qui défendent les droits de l’homme.  Il s’est dit consterné par la restriction de l’accès de la société civile aux Nations Unies.  En tant que membre du Conseil de sécurité, en 2019 et 2020, l’Allemagne va faire en sorte que la société civile ait la possibilité de prendre part aux travaux de l’Organisation.

M. JONAS GUNNAR ALLANSSON (Islande) a dit continuer à appuyer et à plaider en faveur de la protection et de la sécurité de la société civile et des défenseurs des droits de l’homme.  L’Islande a d’ailleurs érigé cette question en priorité au cours de son mandat au sein du Conseil des droits de l’homme.  Le représentant a souligné qu’il est de la responsabilité de chaque État d’offrir un environnement sûr à la société civile et aux défenseurs, grâce à la consécration de la primauté du droit et de la liberté d’expression, en réservant un espace aux opinions alternatives et à la critique.  Il a regretté que la réalité sur le terrain demeure inquiétante compte tenu des menaces croissantes, des exécutions extrajudiciaires, des détentions arbitraires et autres graves violations des droits de l’homme.  Il a particulièrement appelé l’attention sur la situation des personnes et groupes qui œuvrent à la défense d’un environnement sûr, sain et durable.  Si la communauté internationale entend véritablement réaliser le Programme 2030, elle se doit de répondre à la violence grandissante, au harcèlement et à la diabolisation par les acteurs étatiques et non étatiques des défenseurs du droit de l’environnement, a-t-il exhorté. 

M. FRANCISCO DUARTE LOPES (Portugal) a déclaré que la Constitution portugaise consacre les droits stipulés dans la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme et que son pays a des contacts fréquents avec les organisations locales, régionales et internationales.  Les défenseurs doivent bénéficier de l’appui inconditionnel des États et ne pas être assujettis à des intimidations et des représailles, conformément à la Déclaration de San José.  Au Portugal, l’apprentissage des droits de l’homme est obligatoire, a souligné le représentant.

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