L’Assemblée générale proclame le 24 avril « Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix »

AG/12104
12 décembre 2018
Soixante-treizième session, 51e séance plénière – matin

L’Assemblée générale proclame le 24 avril « Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix »

L’Assemblée générale, qui a adopté aujourd’hui quatre résolutions sur la culture de la paix, a proclamé dans l’une d’elles, le 24 avril, « Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix ».  L’Assemblée a aussi exprimé sa « profonde préoccupation » face aux attaques perpétrées contre des lieux saints et souligné que la liberté d’expression peut être soumise à « certaines restrictions ». 

La résolution sur la « Journée internationale du multilatéralisme »* a été seule à avoir été mise aux voix, à la demande des États-Unis, qui ont dit craindre que la « prolifération » des journées internationales n’en dilue la valeur.  Adoptée par 144 voix pour et l’opposition des États-Unis et d’Israël, le texte a été décrié par le représentant américain comme la proposition d’un pays et de « son régime brutal qui foule au pied ses engagements internationaux ».  Coauteur de la résolution, en tant que membre du Mouvement des pays non alignés, le Venezuela a défendu la nécessité de lutter pour le multilatéralisme, « dans la conjoncture mondiale actuelle ».  On ne peut ignorer, a renchéri l’Iran, que le retrait de l’UNESCO, du Conseil des droits de l’homme, des accords internationaux tels que l’Accord de Paris ou du Plan d’action sur le dossier nucléaire iranien sont autant d’exemples du « moi d’abord » et des politiques « égocentriques » qui découlent directement de l’unilatéralisme.   

Dans la résolution sur l’« Éducation et tolérance religieuse »**, présentée par l’Ouzbékistan, l’Assemblée générale se déclare « profondément préoccupée » par toutes les attaques perpétrées contre des lieux saints, des lieux de culte et des sanctuaires, y compris la destruction délibérée de reliques et de monuments, notamment celles qui sont commises dans le but d’inciter à la haine nationale, raciale ou religieuse.  Elle invite les États Membres à appliquer des stratégies de communication appropriées, comme les campagnes de sensibilisation à grande échelle menées dans les médias nationaux et internationaux et par Internet, et à diffuser des informations à caractère éducatif sur la tolérance, la non-violence et la liberté de religion ou de conviction.

Qu’il s’agisse de la presse écrite, des médias audiovisuels ou électroniques, des médias sociaux ou de tout autre moyen, l’Assemblée générale condamne, dans le texte sur la « Promotion du dialogue, de l’entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix »***, présenté par le Pakistan, tout appel à la haine religieuse.  Elle encourage les efforts faits pour permettre aux voix de la « modération » de s’unir et souligne que toute personne a droit à la liberté d’expression, mais l’exercice de ce droit comporte « des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales » et peut en conséquence être soumis à « certaines restrictions », qui doivent toutefois être expressément fixées par la loi.  Il s’agit de respecter les droits, la réputation d’autrui et de protéger la sécurité nationale, l’ordre public ou la santé et la moralité publiques.

L’Assemblée générale a enfin adopté la résolution sur la « Suite donnée à la déclaration et au Programme d’action en faveur d’une culture de paix »****.  Dans ce texte, présenté par le Bangladesh, elle se félicite d’abord, dans le préambule, du succès du Forum de haut niveau sur la culture de la paix, qu’elle a tenu le 5 septembre 2018 et durant lequel les États ont mis l’accent sur un vaste partenariat et une collaboration sans exclusive entre eux, les organisations internationales et la société civile et prend note du résumé que son Président a fait sur le thème « La culture de la paix un moyen crédible de pérenniser la paix. »

L’Assemblée générale encourage les États, les entités des Nations Unies, les organisations régionales et sous-régionales et les acteurs intéressés à envisager de créer des dispositifs permettant d’amener les jeunes à devenir des artisans d’une culture de paix, de tolérance et de dialogue entre les cultures et les religions, y compris éventuellement au moyen de programmes éducatifs visant à dissuader les jeunes de participer à des actes de terrorisme et à les éloigner de l’extrémisme violent.  L’Alliance des civilisations devrait, selon l’Assemblée, multiplier les activités mettant l’accent sur l’éducation à la paix et à la citoyenneté mondiale.  L’Assemblée prend aussi note de la réunion que le Groupe des amis de l’Alliance des civilisations a tenue le 28 septembre 2018, à laquelle des ministres des affaires étrangères et des dirigeants d’organisations internationales ont examiné le thème « Tisser des liens: le pouvoir de convaincre au service d’une culture de paix. »

Par ailleurs, l’Assemblée générale a élu l’Angola, l’Argentine, l’Éthiopie, la Fédération de Russie et la France au Comité du programme et de la coordination pour un mandat de trois ans.  Deux postes restent à pouvoir. 

L’Assemblée générale se réunira à nouveau demain, jeudi 13 décembre à partir de 10 heures pour examiner, entre autres, la question de la restitution des biens culturels à leur pays d’origine.

*A/73/L.48
**A/73/L.52
***A/73/L.55
****A/73/L.43

CULTURE DE PAIX

Rapport du Secrétaire général sur la promotion d’une culture de paix, du dialogue, de l’entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix (A/73/391)

Le présent rapport est soumis en application des résolutions 72/136, 72/137 et 72/17, dans lesquelles l’Assemblée générale a prié le Secrétaire général de lui présenter un rapport sur les mesures prises par les entités concernées des Nations Unies intéressées en vue de promouvoir une culture de paix et le dialogue entre les religions et les cultures.  L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), en sa qualité de principale responsable de la mise en œuvre la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022), a élaboré le présent rapport, mis en lumière de nouvelles tendances et formulé des recommandations sur les mesures à prendre.

Dans ses conclusions, l’UNESCO indique qu’au cours de la période considérée, la prévention et la pérennisation de la paix ont trouvé leur expression concrète dans l’ensemble de mesures prises à l’échelle du système des Nations Unies.  Dans son rapport sur la consolidation et la pérennisation de la paix (A/72/707-S/2018/43), le Secrétaire général consacre le principe de la responsabilité partagée de toutes les parties prenantes et vise une plus grande cohérence entre les trois piliers de l’Organisation des Nations Unies.  Il a lancé un cadre essentiel pour la consolidation et la pérennisation de la paix, fondé sur des valeurs communes au service de la cohésion sociale.

La reconfiguration de la consolidation de la paix, précédemment envisagée sous l’angle de l’après-conflit et maintenant abordée du point de vue de la diplomatie préventive, signifie que la collaboration transversale est devenue primordiale.  L’importance accordée à la prévention a également permis à un plus large éventail d’acteurs, tels que les femmes et les jeunes, de contribuer aux processus de consolidation de la paix.  Passer de la réaction à la prévention et à l’identification des causes profondes des conflits a également permis d’adopter des stratégies plus interdisciplinaires et détaillées.  La nouvelle orientation des efforts de consolidation de la paix a dégagé un espace accru aux fins du dialogue interculturel et interreligieux et a donné à ce dialogue un rôle plus central et plus important dans le programme de consolidation de la paix.

Dans ce contexte, la définition de la paix s’est élargie pour englober davantage que l’absence de guerre ou de conflit violent et les stratégies de consolidation de la paix ne sont plus limitées à des situations de conflits manifestes ou imminents.  Les mesures se sont diversifiées et sont caractérisées par un vaste processus de transformation axé sur l’être humain, appuyé par des approches de persuasion.  Cette priorité a entraîné une démarche plus globale, consistant non seulement à régler les conflits mais aussi à prévoir et prévenir leur résurgence.

Les rôles très divers que les jeunes et les femmes jouent dans les efforts de consolidation de la paix ont été examinés plus en détail au cours de la période considérée.  Si la priorité a parfois été accordée aux jeunes et aux femmes dans la programmation, il a été difficile aux organismes des Nations Unies d’exploiter le potentiel des jeunes et des femmes de sorte à assurer leur pleine participation à la prévention et au règlement des conflits.

Les droits de l’homme sont restés un fil conducteur dans l’ensemble des activités du système des Nations Unies.  Le regain d’attention accordé aux droits de l’homme dans le dialogue interculturel et une culture de la paix signifie qu’un plus grand nombre d’organismes des Nations Unies examinent des angles novateurs de programmation concernant par exemple la manière d’entretenir une collaboration créative avec les acteurs d’inspiration religieuse.

Malgré de notables efforts, des défis considérables demeurent.  La période considérée a été marquée par une hausse continue des attaques perpétrées à travers le monde contre la culture et les libertés fondamentales, allant d’attaques visant des sites d’importance culturelle et religieuse à des attaques contre des journalistes.  La question de l’impunité est également apparue comme un problème majeur au niveau mondial et les mesures prises pour que les attaques menées contre le patrimoine culturel et les journalistes ne restent pas impunies ont ouvert une voie prometteuse pour l’avenir.  De même, une plus grande sensibilisation du public à l’utilisation éthique et responsable des outils interculturels, tels que les nouveaux médias, a renforcé la volonté mondiale de combattre certains problèmes, tels que l’incitation à la haine.

Compte tenu du renforcement de la collaboration transversale, des initiatives multiples sont mises en œuvre, en faisant plus de place aux partenariats.  En outre, on prend davantage conscience de la valeur du dialogue dans la réalisation d’objectifs de développement plus généraux, par exemple aux fins du développement environnemental.  La participation à des dialogues interculturels et interreligieux s’inscrit dans les activités de plusieurs organismes des Nations Unies, parfois au-delà de leurs mandats traditionnels.  Parallèlement, la période considérée a mis en évidence certaines limites dans la coopération interorganisations, qui pourrait être renforcée afin de promouvoir une action plus cohérente et plus intégrée.  Il est indispensable de mieux comprendre le dialogue interculturel.  Il faudra recueillir des données et augmenter les investissements pour que le dialogue interculturel et une culture de la paix aient un impact concret.  La participation continue d’un large éventail de parties prenantes peut renforcer la promotion d’une culture de la paix et du dialogue entre religions et cultures.

Déclarations

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), Mme SITI ARNYFARIZA MD JAINI (Brunéi Darussalam), a relevé qu’avec plus de 600 millions d’habitants, l’ASEAN a la chance d’héberger une multitude d’ethnies, de religions, de langues et de cultures, et que la promotion de la culture de la paix était une valeur intrinsèque de l’Association depuis sa création il y a plus de 50 ans.  L’ASEAN donne vie à cette valeur via la mise en œuvre du Programme « Communauté de l’ASEAN à l’horizon 2025 ».  Il porte en lui les aspirations partagées de ses membres pour une Communauté de l’ASEAN « inclusive, orientée vers les peuples, centrée sur les peuples, résiliente et basée sur des règles ».  Dans la droite ligne d’une transition mondiale vers la prévention, l’ASEAN a adopté, en 2017, une « Déclaration sur la culture de la prévention pour des sociétés pacifiques, inclusives, résilientes, saines et harmonieuses ».  Cela a été un véritable changement de paradigme pour l’ASEAN.  Persuadée que cette initiative porte en elle la vision des Nations Unies, l’ASEAN est impatiente de travailler avec elles et de développer des projets conjoints pour promouvoir cette culture de la prévention.

Mettant l’accent sur l’importance d’une éducation de qualité et la transmission de valeurs de tolérance et du vivre ensemble dès le plus jeune âge, l’ASEAN a développé plusieurs programmes de volontariat pour la jeunesse.  Mme Jaini a également salué le rôle irremplaçable de l’Alliance des civilisations dans la promotion du dialogue interculturel et du respect entre les cultures, ainsi que celui de l’UNESCO et du Plan d’action pour la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022).

M. ELMAHDI S. ELMAJERBI (Libye) a souligné que l’objectif de la paix est une question d’entente entre deux parties, sans haine et dans l’harmonie, vers la stabilité et la prospérité.  Il a rappelé les trois piliers de la paix: rétablissement de la paix, maintien de la paix et enfin consolidation de la paix, qui doit favoriser et s’appuyer sur le respect des droits de l’homme et le développement économique.  Ces trois piliers ont besoin de tout le monde, a-t-il insisté, en appelant à travailler « ensemble contre l’extrémisme sous toutes ses formes », comme la haine de l’autre ou les discours belliqueux.  Le concept de la paix ne signifie pas la fin des guerres, c’est un processus qui a besoin d’éducation et de formation.  Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 s’est engagé à renforcer les sociétés pacifiques car le développement ne peut être atteint sans paix.  La promotion de la culture de la paix et de la tolérance ne signifie pas la dilution des religions ou des civilisations.  L’objectif du dialogue des civilisations est d’étudier les raisons profondes des divergences pour les dépasser, et de renforcer la tolérance et l’entente comme moyen de prévenir les conflits. 

M. FAHAD M. E. H. A. MOHAMMAD (Koweït) a reconnu le rôle central des Nations Unies et de l’UNESCO dans la promotion de la culture de la paix.  « Notre monde connaît des défis de plus en plus complexes qui ébranlent et menacent cette culture », a-t-il déploré.  Il a dénoncé les conflits « ethniques », alimentés par la haine, exprimant son attachement à transformer cette culture de haine en une culture de paix et de dialogue.  Le représentant a insisté sur l’objectif 16 du Programme 2030 visant à créer des sociétés inclusives et pacifiques.  Il a appelé toutes les instances à redoubler d’efforts pour traiter les conflits dès les premières heures et en déterminer les causes sous-jacentes.

Pour Mme MAYSOUN HASSAN SALIM ALDAH ALMATROOSHI (Émirats arabes unis), les Nations Unies, qui ont été fondées pour promouvoir la culture de la paix, offrent une tribune aux États Membres pour s’enrichir de leurs relations mutuelles et renforcer le dialogue sur des efforts communs en faveur de la paix.  Malgré les progrès, le monde a plus que jamais besoin de redoubler d’efforts pour diffuser la culture de la paix et du dialogue car il est confronté aux menaces telles que le terrorisme qui vise à semer la haine, le racisme et le communautarisme, en essayant de détruire les valeurs humaines et le patrimoine culturel, et de créer une culture basée sur la violence et l’extrémisme.  Comme les États se doivent de renforcer la tolérance et l’entente, les Émirats arabes unis permettent aux églises, mosquées et autres lieux sacrés de pratiquer leur religion.  Le pape François se rendra d’ailleurs à Abou Dhabi en avril 2019 pour participer à un dialogue sur les religions et la fraternité humaine.  La représentante a insisté sur des stratégies nationales, régionales et internationales pour renforcer la paix, des stratégies qui devront être inclusives de façon à traiter des causes profondes de l’extrémisme.  Il faudra aussi se concentrer sur les programmes scolaires et les institutions consacrées à la jeunesse pour créer des générations confiantes, capables d’affronter l’extrémisme.  

Mme ANAYANSI RODRÍGUEZ CAMEJO (Cuba) a estimé que les efforts de paix doivent d’abord et avant tout reposer sur le plein respect des principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et d’indépendance politique des États, sans oublier le principe de non-ingérence dans leurs affaires intérieures.  Ces efforts doivent aussi reposer sur la lutte contre les causes sous-jacentes des conflits, à savoir la pauvreté extrême, la faim, les inégalités, l’exclusion et le manque d’accès à la santé et l’éducation.  La compréhension, la tolérance, la solidarité et le respect de la culture et de l’histoire des différentes religions doivent être renforcés.  La représentante a relevé les obstacles au renforcement de la culture de la paix: les tentatives de renverser les régimes de certains pays en développement, les violations du droit international, le développement de nouvelles armes toujours plus sophistiquées, les mesures coercitives unilatérales, et l’intolérance et la discrimination fondées sur l’ethnicité, la religion ou la race.  Une culture de paix, a-t-elle martelé, exige que l’on condamne sans hésitation tous ces actes, méthodes et pratiques de terrorisme, et que l’on prenne des mesures concrètes pour les combattre, quels que soient leur forme, leurs manifestations ou leurs auteurs, y compris le « terrorisme d’État ».  Les manipulations et la pratique des deux poids, deux mesures, pour pointer le doigt sur des pays en développement et discréditer leur gouvernement légitime, ne contribuent en rien à l’idéal de paix.  La proclamation de l’Amérique latine et des Caraïbes comme « Zone de paix », en 2014, témoigne d’ailleurs de l’engagement de la région à promouvoir des solutions négociées aux conflits et aux différends, et à contribuer à la culture de la paix dans le monde, a conclu la représentante.

M. ALI NASEER MOHAMED (Maldives) s’est inquiété que les idéaux de la Déclaration en faveur d’une culture de paix de 1999 soient menacés, mais s’est aussi réjoui des progrès faits par l’UNESCO en incorporant le Programme 2030 dans son programme de promotion de la culture de la paix.  Persuadé qu’une promotion constante de la culture de la paix servira à surmonter les obstacles des petits États insulaires en développement (PEID) comme les Maldives, M. Mohamed a rappelé que les changements climatiques menacent gravement les populations vulnérables et leur patrimoine culturel, mettant à mal la viabilité de la culture de la paix.

Il a également pointé les médias sociaux comme une plateforme importante pour partager les informations sur ce thème, en remarquant toutefois que les États Membres ont la responsabilité collective de sensibiliser et d’éduquer les populations pour ne pas les inciter à la haine et à l’intolérance.  « Le terrorisme est l’antithèse de la culture de la paix, c’est pourquoi nous devons le combattre sous toutes ses formes. »

M. MAGDI AHMED MOFADAL ELNOUR (Soudan) a salué le rôle de l’UNESCO dans la promotion de la culture de la paix, l’appelant à prendre conscience que ce sont les pays en développement qui sont les plus affectés par les conflits armés.  Il est donc urgent de mettre au point des programmes pour promouvoir la tolérance, le respect de l’autre et l’amour de la paix.  Il faut profiter de la révolution technologique pour propager la culture de la paix et de la tolérance au lieu d’en faire les vecteurs de la xénophobie et du rejet de l’autre.  Prévenir les guerres et faire taire les armes est le premier pas vers une culture de la paix, a souligné le représentant, en attirant l’attention sur les efforts de son gouvernement en ce sens. 

M. KHALID SAEED MOHAMED AL SHUAIBI (Oman) a déclaré que son pays avait posé les fondements « justes » d’une culture de tolérance, « ce qui a encouragé le citoyen à l’ouverture vers l’autre ».  Le représentant a mentionné les bourses d’études attribuées aux étudiants omanais dans différentes universités et l’accueil d’étudiants étrangers qui favorisent les différentes cultures et langues.  Il a conclu en disant toute bonne politique internationale doit se fonder sur les valeurs de bon voisinage, la promotion de la paix et de la justice et la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États.

M. RUBÉN ARMANDO ESCALANTE HASBÚN (El Salvador) a salué la résolution qui offre un vaste éventail de solutions pour parvenir à une société tolérante, inclusive et incluant justement des peuples historiquement exclus.  La résolution, a-t-il commenté, souligne l’importance de l’éducation pour des sociétés plus pacifiques.  L’éducation doit être accessible mais surtout efficace.  Pour avoir vécu un conflit et en être sorti depuis 26 ans, El Salvador, a conclu le représentant, un accord politique seul ne suffit pas à retrouver la paix.  Il faut aussi un accord « culturel et sociétal », favorisant l’émergence d’une société inclusive et tolérante, avec des institutions fortes et un bon accès à l’information et à l’éducation.

M. HAU DO SUAN (Myanmar) a évoqué une séance du Forum national pour la réconciliation et la paix organisé le 21 novembre, où la Conseillère spéciale de l’État, Aung San Suu Kyi, avait souligné que le dialogue interreligieux était vital pour la paix.  Mais pour qu’il soit véritablement efficace, avait-elle souligné, ce dialogue ne doit pas se limiter aux leaders religieux mais s’élargir à tous pour gagner les cœurs et les âmes.  Mme Aung San Suu Kyi avait aussi souligné que l’éducation est essentielle pour surmonter les préjugés et les stéréotypes, la méfiance et la discrimination.  C’est par l’éducation que nous pourrons promouvoir la culture de la paix qui assure le respect mutuel.  Nous voyons aujourd’hui, a poursuivi le représentant, comment la religion est manipulée par les extrémistes pour justifier la violence.  L’intolérance et l’extrémisme religieux sont les obstacles les plus dangereux à la paix et l’harmonie.  Il faut, a insisté le représentant, traiter des causes sous-jacentes de cet extrémisme violent.  Les attaques terroristes de l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA), d’octobre 2016 et du 25 août 2017, dans le nord de l’État rakhine a entraîné une immense crise humanitaire qui a affecté des civils innocents de toutes les religions.  Il a affirmé que son gouvernement a fait de l’état de droit et du développement de l’État rakhine, l’une de ses priorités pour résoudre les « problèmes fondamentaux et longuement négligés » de la peur, de la colère, des frustrations et de la pauvreté.  Mais, a-t-il rassuré, le pays est convaincu de sa capacité à trouver des moyens constructifs et durables de rétablir l’harmonie et la confiance entre les communautés et d’apporter paix et prospérité dans l’État rakhine.

M. TOFIG MUSAYEV (Azerbaïdjan) a estimé que la promotion d’une culture de la paix a son importance dans les contextes de règlement de conflits.  Il a déclaré son soutien aux efforts du Secrétaire général pour prévenir les conflits et loué son système d’alerte rapide pour résoudre les crises.  L’Azerbaïdjan, a-t-il poursuivi, attache une importance de premier ordre à la promotion des échanges interculturels et au dialogue interreligieux aux niveaux national et international.  Ces dernières années, le pays a accueilli de nombreuses manifestations internationales orientées sur les résultats et mettant en avant des initiatives importantes pour encourager le dialogue et la compréhension mutuelle.  M. Musayev a pris pour exemple le Processus de Bakou, dont on fête cette année le dixième anniversaire, ainsi que le quatrième Forum humanitaire de haut niveau, qui s’est tenu cette année à Bakou, avec la participation de gouvernements, d’organisations internationales, d’universitaires, de jeunes et de la société civile.  Il a aussi cité comme partie intégrante du Processus de Bakou le Forum mondial sur le dialogue interculturel, organisé tous les deux ans par l’Azerbaïdjan, en collaboration avec plusieurs organisations internationales.  Le représentant a conclu en qualifiant la culture de la paix et le multiculturalisme « d’essentiels » pour bâtir des sociétés pacifiques et inclusives, surmonter les stéréotypes et les préjugés, et mettre en œuvre un cadre de développement et de pratiques exemplaires.

Pour M. MELITÓN ALEJANDRO ARROCHA RUÍZ (Panama), de nombreuses initiatives ont été menées par les Nations Unies sous différentes latitudes pour cimenter la paix et la sécurité nationales.  À cet égard, la célébration du vingtième anniversaire de la Déclaration sur la culture de paix en septembre 2019 sera indispensable pour permettre à la communauté internationale de mener des actions tangibles contre la violence et l’intolérance et en faveur de la promotion des droits de l’homme, de l’égalité des genres, et de la liberté de l’information.  Comment parler de culture de la paix si on ne reconnaît pas les trois piliers de l’Organisation que sont le développement durable, la paix et les droits de l’homme? s’est-il demandé.  Les menaces à la paix ne sont pas moindres aujourd’hui et la réalité mondiale « complexe » est aggravée par les changements climatiques, le terrorisme et l’intolérance.  Il faut donc s’attaquer aux causes des conflits et de la violence.

Dans « un ordre de plus en plus chaotique », où « les principes démocratiques sont attaqués, l’état de droit compromis, et le multilatéralisme questionné », M. FARHAD MAMDOUHI (République islamique d’Iran) a précisément attribué les mesures unilatérales, le recours à la force et la menace d’y recourir et les sanctions comme moyens des objectifs politiques, à l’absence d’un système multilatéral et d’un ordre mondial véritablement équitables.  Les invasions militaires, le mépris des faits historiques et la montée de la menace terroriste et de l’extrémisme violent ne sont en fait que les « effets sonores » de l’unilatéralisme.  On ne peut ignorer, a-t-il poursuivi, que le retrait de l’UNESCO, du Conseil des droits de l’homme, des accords internationaux tels que l’Accord de Paris ou du Plan d’action sur le dossier nucléaire iranien sont d’autres exemples du « moi d’abord », et des politiques « égocentriques » qui découlent directement de l’unilatéralisme.  Menacer la souveraineté et l’indépendance des États et leur liberté de commercer et d’investir et vouloir empêcher leur peuple d’exercer leur droit de décider de leurs propres systèmes socioéconomiques ne fonctionnent plus.  Le « moi d’abord » peut marcher pendant un certain temps mais au bout du compte, il est condamné à échouer.  Il est temps, a pressé le représentant, de passer à une approche plus démocratique et plus équilibrée.  Le multilatéralisme n’est pas seulement une option, c’est la seule option et une option viable et réaliste.  La raison est simple: il est des menaces comme le terrorisme qui ne connaissent pas de frontières.  Nos efforts pour renforcer le multilatéralisme doivent d’abord venir de l’ONU.  Il y va de notre responsabilité commune, a conclu le représentant. 

Mme AAHDE LAHMIRI (Maroc) a souligné la nécessité impérieuse de s’adapter aux mutations du monde, citant la montée de la violence, des replis identitaires, de l’extrémisme et de l’intolérance.  Face à ces périls, il s’agit d’apporter une réponse unie, solidaire et efficace.  Le Maroc est convaincu que l’éducation est un outil fondamental pour que la culture de paix grandisse dans les cœurs et les esprits.  Mais afin de barrer la route au radicalisme, il faut formuler des discours de paix et de respect de l’autre et soutenir l’engagement des jeunes et des femmes, primordial dans la lutte contre l’extrémisme et la violence, et pour la tolérance.  Le dialogue peut être local, national, régional ou mondial mais il est indispensable, a-t-elle poursuivi en saluant à cet effet les efforts de l’UNESCO et de l’alliance pour le dialogue des cultures.  Au lendemain de l’adoption du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, elle a jugé indispensable de souligner les droits des migrants et la nécessité de les respecter.

Explications de position et de vote

Commentant la résolution sur la « Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix » (A/73/L.48), le représentant des États-Unis a dit craindre que la « prolifération » des journées internationales n’en dilue la valeur.  Il a donc douté de la pertinence de cette nouvelle Journée, d’autant qu’elle est proposée par un pays, le Venezuela et « son régime brutal qui foule au pied ses engagements internationaux ». 

Son homologue de l’Arménie s’est opposé à l’alinéa 23 du préambule de la résolution sur la « promotion du dialogue, de l’entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix » (A/73/L.55).  L’alinéa se lit « considérant que le Forum mondial sur le dialogue interculturel, organisé tous les deux ans par l’Azerbaïdjan (…) constitue une plateforme mondiale essentielle pour la promotion du dialogue interculturel ».  Pour le représentant, cet alinéa montre qu’un certain État Membre a pris l’habitude de manipuler les différents fora internationaux, surtout ceux organisés sur son territoire, pour déformer les principes du droit international et les éléments fondamentaux du règlement pacifique des conflits, tout en diffusant des discours de haine à tous les niveaux.  Le représentant a regretté que la manifestation dont parle la résolution ait été manipulée par le pays hôte pour faire d’une réunion internationale un instrument de propagande.  Lorsque l’on organise de telles manifestations, il faut faire attention au bilan du pays hôte, eu égard à son adhésion aux droits de l’homme, au droit humanitaire international et à la protection du patrimoine culturel de portée historique et religieuse.

Au nom de l’Union européenne, le représentant de l’Autriche a expliqué son adhésion à la résolution portant proclamation de la Journée internationale du multilatéralisme par le fait que la paix est de plus en plus menacée.  Le monde appelle à des actions fermes sans lesquelles la promotion de la paix et de la stabilité internationale resterait vaine.  L’Union européenne craint aussi la « multiplication » des journées internationales, mais compte tenu du thème général de la résolution, elle ne pouvait faire autrement qu’apporter son appui, a souligné le représentant.  S’agissant de la résolution sur l’éducation et la tolérance religieuse (A/73/L.52), a-t-il poursuivi, l’Union européenne estime que la liberté et la tolérance religieuses sont au cœur de la promotion et du respect des droits de la personne.  L’Union européenne, a-t-il souligné, a toujours accordé une grande valeur à l’éducation pour promouvoir l’entente mutuelle.  Elle salue d’ailleurs l’accent mis sur l’éducation comme moyen de contrer l’intolérance et notamment l’intolérance religieuse.

Nous avons aussi rejoint le consensus, a indiqué le représentant des États-Unis qui a insisté sur l’attachement de son pays à la tolérance religieuse.  Il en a profité pour rejeter les dispositions du texte sur « la promotion de la coopération entre les religieux au service de la paix » (A/73/L.55) qui semblent limiter les libertés de confession et de religion qui jouent, a-t-il souligné, un rôle fondamental dans une société.  Quant aux appels à la « modération », il a suggéré de prendre plutôt des mesures contre les États qui appellent à la haine.

Commentant, à son tour, la résolution sur la Journée internationale du multilatéralisme, le représentant de l’Arménie a souligné que la date choisie du 24 avril a une signification particulière pour tous les Arméniens.  C’est en effet le jour où eux et leurs amis dans le monde rendent hommage à la mémoire des victimes du génocide arménien.  Ce génocide contraste avec la promotion de la prévention et la foi dans les droits de l’homme, la dignité et la valeur de la personne humaine.  Il nous rappelle, une fois encore, que l’impunité alimente la récurrence des crimes et nous prouve l’impossibilité de fournir une réponse adéquate et une protection internationale quand les institutions multilatérales ne sont pas là, comme c’était le cas il y a un siècle.  Aujourd’hui, a poursuivi le représentant, l’Arménie est un État qui honore son obligation de travailler dans les cadres multilatéraux de coopération pour prévenir d’autres génocides.  L’Arménie est déterminée à contribuer aux efforts multilatéraux pour faire avancer la prévention, y compris la prévention de la discrimination fondée sur l’identité, les atrocités de masse et le crime de génocide.  La proclamation par l’Assemblée du 9 décembre comme Journée internationale de commémoration des victimes du crime de génocide est une illustration « éclatante » d’un multilatéralisme responsable.  Cette année, a conclu le représentant, marque le soixante-dixième anniversaire de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide et de la Déclaration universelle des droits de l’homme, deux textes qui réaffirment notre détermination collective à combattre l’impunité et prévenir d’autres souffrances humaines.

Droit de réponse

Le représentant de l’Azerbaïdjan a répondu à l’Arménie, en estimant que la culture de la paix est décidément étrangère à ce pays, qui sinon ne serait pas devenu un État « monoethnique », chantre de l’exclusion.  En faisant obstacle à la promotion du dialogue et des religions, l’Arménie a prouvé, si besoin en était, que les efforts actuels en vue d’une solution politique au conflit sont vains.

 

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