L’Assemblée générale met pour la première fois aux voix sa résolution annuelle sur l’Afghanistan

AG/12100
6 décembre 2018
Soixante-treizième session, 46e séance plénière – matin

L’Assemblée générale met pour la première fois aux voix sa résolution annuelle sur l’Afghanistan

L’Assemblée générale a, pour la première fois aujourd’hui, à la demande de la Fédération de Russie, mis aux voix sa résolution annuelle* sur la situation en Afghanistan.  Elle y exprime sa « grave préoccupation » face à la dégradation continue de la sécurité et encourage simultanément l’ébauche d’un processus de paix, s’accordant sur le fait qu’il ne peut y avoir de solution militaire au conflit.

La résolution a été adoptée par 124 voix pour et les abstentions de la Fédération de Russie, de la Libye et du Zimbabwe, rompant le consensus qui prévaut depuis 1980.  En présentant ce texte long d’un dispositif de 68 paragraphes de fond, l’Allemagne a avoué que les négociations ont été « intenses » mais que la résolution est « d’abord et avant tout », l’expression de l’appui de la communauté internationale à l’Afghanistan et à son peuple, dans un contexte marqué par la tenue des élections législatives d’octobre, de la Conférence de Genève et de son Cadre de responsabilité mutuelle mais aussi de la prochaine élection présidentielle en 2019. 

La préoccupation majeure, a expliqué l’Allemagne, est la sécurité fragile du pays qui a connu un certain nombre d’attaques, dont celle du 20 novembre contre un rassemblement de religieux qui a fait 55 morts et 80 blessés.  La résolution salue le patriotisme et les sacrifices des Forces de sécurité afghanes et souligne le travail la mission « Soutien résolu » de l’OTAN, un appui qui ne sera viable que s’il s’accompagne d’efforts diplomatiques, de développement et de stabilisation pour trouver une solution politique.  Un processus inclusif mené par les Afghans eux-mêmes, impliquant tout le peuple dont les Taliban est la seule voie vers un règlement durable du conflit, a souligné l’Allemagne qui a estimé que par son offre de paix et son initiative de cessez-le-feu, plus tôt cette année, le Gouvernement afghan a montré au monde que les solutions politiques sont possibles.  La résolution réitère l’appel à toutes les parties au conflit, en particulier les Taliban, pour qu’elles reconnaissent leur responsabilité et entrent dans des pourparlers directs sans condition.  L’appui des voisins de l’Afghanistan et des pays de la région au processus de paix est « crucial ».  L’Afghanistan revient de loin mais il a encore devant lui de nombreux défis dont la lutte contre la corruption et pour la bonne gouvernance.  La résolution encourage le Gouvernement afghan à mettre en œuvre les réformes politiques et économiques annoncées.

La résolution, a rétorqué la Fédération de Russie, à l’origine du vote, ne se fonde pas vraiment sur une bonne analyse de la situation sur le terrain et sur les efforts de recherche de solutions pérennes.  Les dynamiques régionales sont ignorées et les préoccupations que nous avons exprimées, ignorées, s’est-elle impatientée, s’étonnant de l’absence d’une référence à la Conférence de Moscou qui a pourtant réuni des représentants du Gouvernement afghan et des Taliban.  Il est temps, a-t-elle martelé, soutenu par l’Iran, que les résolutions tiennent compte des préoccupations de tous les États et pas uniquement de certains d’entre eux.

Notre position géostratégique au cœur de l’Asie a conduit à des interférences et à des ingérences qui ne servent les intérêts de personne, a prévenu l’Afghanistan, qui a indiqué qu’il y a moins de deux semaines à Genève, son gouvernement a présenté la Feuille de route pour la paix, laquelle souligne qu’aucun groupe lié aux réseaux terroristes transnationaux, à d’autres organisations criminelles ou à des acteurs étatiques et non étatiques qui veulent avoir de l’influence sur l’Afghanistan, ne pourront participer au processus.  Pour aller de l’avant, une équipe de négociation sera chargée d’entamer des discussions avec les Taliban, ce dont se sont félicités tous les intervenants.

Pour le succès de ce processus, a martelé l’Afghanistan, le consensus régional est « impératif ».  Il a salué les initiatives de l’Envoyé spécial américain pour la réconciliation en Afghanistan qui entend favoriser les pourparlers directs avec les Taliban.  Aujourd’hui, les États-Unis ont exhorté les Taliban à s’asseoir à la table des négociations, alors que le Pakistan, qui a signé en avril avec l’Afghanistan, le Plan d’action pour la paix et la solidarité (APAPPS), informait l’Assemblée générale qu’aujourd’hui-même à Doha, l’Envoyé spécial américain menait le troisième cycle des pourparlers avec les Taliban, et qu’à la demande du Président Donald Trump, son Premier Ministre a promis de tout faire pour appuyer le processus.  À la Conférence de Moscou le mois dernier, a ajouté le Pakistan, les Taliban ont exposé leur position et il faut espérer que les points de vue se rapprocheront. 

Ce qu’il faut aujourd’hui, a martelé l’Afghanistan, c’est régénérer et solidifier le consensus fort sur le fait que la coopération et la collaboration servent les intérêts de tous.  La présence de forces étrangères n’a jamais apporté la moindre stabilité, a souligné l’Iran qui a ajouté: la meilleure contribution de ces forces serait leur retrait.

L’Assemblée générale se réunit de nouveau cet après-midi pour examiner des projets de résolution, dont un projet américain, sur la situation au Moyen-Orient.

*A/73/L.44

LA SITUATION EN AFGHANISTAN (A/73/374)

Déclarations

Ne jugeant pas inutile d’effectuer un petit saut dans le passé, M. MAHMOUD SAIKAL (Afghanistan) a affirmé que la position géostratégique de son pays au cœur de l’Asie a conduit à des interférences et à des ingérences qui ne servent les intérêts de personne.  La violence qui les a accompagnées a apporté des souffrances et une dévastation indicibles à la population, menant à une crise humanitaire et à l’instabilité dans toute la région.  Il est temps de changer de paradigme, et la résolution présentée cette année montre l’engagement de la communauté internationale en faveur de cet impératif, s’est réjoui le représentant. 

Les Forces nationales afghanes, a-t-il fait observer, ont veillé à ce que les Taliban ne capturent ni province ni ville afghane.  Elles ont aussi réussi à affaiblir les combattants terroristes étrangers comme Daech.  En conséquence, les Taliban et leurs affiliés se livrent à des attentats contre les centres très fréquentés, y compris les sites religieux, pour attiser les tensions comme l’a montré l’attentat du mois dernier contre un rassemblement de religieux qui a fait 55 morts et plus de 80 blessés.  De tels attentats ne sauraient miner notre détermination à faire de l’Afghanistan un pays démocratique, a affirmé le représentant, parlant des Afghans qui sont sortis en nombre pour participer aux élections législatives.

Après la présentation en février d’un Plan pour la paix offrant des discussions sans conditions avec les Taliban et la Conférence des oulémas à Kaboul et à Jakarta, un cessez-le-feu de trois jours a été observé en juin et des progrès ont été enregistrés en juillet.  L’Organisation de la coopération islamique (OCI) a organisé de son côté une Conférence internationale des oulémas en Arabie saoudite qui a dénoncé la guerre en Afghanistan et rejeté toute justification religieuse à ce conflit.  Mais, a déploré le représentant, les Taliban ont continué leurs violences et leur terreur. 

Il y a moins de deux semaines à Genève, a-t-il encore indiqué, la Feuille de route pour la paix a été présentée par le Gouvernement afghan, laquelle souligne qu’aucun groupe lié aux réseaux terroristes transnationaux, à d’autres organisations criminelles ou à des acteurs étatiques et non étatiques qui veulent avoir de l’influence sur l’Afghanistan, ne pourront participer au processus.  Pour aller de l’avant, une équipe de négociation sera chargée d’entamer des discussions avec les Taliban.

Pour le succès de ce processus, a martelé le représentant, le consensus régional est « impératif ».  Il a salué les initiatives du Représentant spécial des États-Unis pour la réconciliation en Afghanistan qui entend favoriser les pourparlers directs avec les Taliban.  Il a aussi mis l’accent sur le Plan d’action pour la paix et la solidarité (APAPPS) signé en avril dernier entre son pays et le Pakistan.  Aucun pays ne profitera plus d’un Afghanistan stable et pacifique que le Pakistan, a souligné le représentant.

La semaine dernière à Genève, a-t-il aussi indiqué, nous avons présenté à la communauté internationale les progrès du Cadre de responsabilité mutuelle.  Pour les années à venir, nous demandons à nos partenaires internationaux une aide au développement conforme aux priorités nationales, efficace et coordonnée. L’Afghanistan est un cas unique où des pays de régions différentes et des blocs politiques ont convergé en 2001 dans un seul but: vaincre le terrorisme international et promouvoir un paysage international plus sûr et plus stable.  La mission a commencé avec un consensus fort sur le fait que la coopération et la collaboration servent les intérêts de tous, et l’expérience a montré que les progrès sont les plus tangibles quand les pays de la région et d’ailleurs font montre d’une coopération effective dans le contexte de l’engagement international en faveur de l’Afghanistan. 

Ce qu’il faut aujourd’hui, a conclu le représentant, c’est régénérer et solidifier ce consensus.  Il s’est félicité de ce que la résolution de cette année appelle à une approche plus coordonnée entre les parties prenantes régionales et internationales pour faire avancer la paix, la sécurité et la prospérité en Afghanistan.

M. JOÃO PEDRO VALE DE ALMEIDA, (Union européenne), a salué la tenue de la Conférence ministérielle sur l’Afghanistan organisée à Genève les 27 et 28 novembre derniers, qui a mis l’accent sur la paix, « un domaine où l’Union européenne entend jouer son rôle et assumer ses responsabilités ».  L’Union européenne, a-t-il dit, reconnaît les efforts des autorités afghanes et les mesures prises pour un règlement politique durable et un accord de paix inclusif fondé sur le consensus national.

Le représentant a rappelé la Stratégie européenne de 2017 et les « Conclusions sur l’Afghanistan » adoptées par les Ministres des affaires étrangères de l’Union européenne en novembre dernier, et dans lesquelles ils expriment leur ferme intention de continuer le travail autour des quatre piliers de la Stratégie que sont la promotion de la paix, de la stabilité et de la sécurité régionale; le renforcement de la démocratie, de l’état de droit et des droits de l’homme, et la promotion de la bonne gouvernance et de l’autonomisation des femmes; le soutien au développement économique et humain; et la gestion des défis liés à la migration et aux déplacements forcés.

Pour appuyer les réformes en Afghanistan, l’Union européenne a adopté un train de mesures de 474 millions d’euros, dont 311 millions d’euros destinés au Contrat d’appui à la consolidation de l’État et de la résilience 2018-2021.  Le représentant s’est félicité de la tenue d’élections législatives les 20 et 21 octobre derniers, pressant les Afghans de travailler sur les enseignements tirés en prévision de l’élection présidentielle de l’année prochaine.  L’Union européenne a d’ailleurs prévu une enveloppe de 15,5 millions d’euros, a-t-il souligné.

M.TEGAN BRINK (Australie) a indiqué que son pays s’est porté coauteur de la résolution présentée cette année, laquelle illustre le maintien de l’appui international à l’Afghanistan et à son peuple.  Le représentant s’est félicité de la proposition du Gouvernement afghan d’entamer sans conditions préalables des négociations avec les Taliban et de former une équipe de négociateurs.  Il a également salué les conclusions de la Conférence ministérielle de Genève et exhorté les Taliban à s’engager en faveur d’un cessez-le-feu et à rejoindre la table des négociations.  Après avoir insisté sur la coopération régionale, il a rappelé que son pays s’est engagé à verser la somme de 320 millions de dollars entre 2016 et 2020, soucieux d’investir « dans un Afghanistan sûr et stable ».

Mme EENAM GAMBHIR (Inde) a rappelé que de nombreux États avaient pris part en novembre, à la Conférence de Genève sur l’Afghanistan, réaffirmant l’engagement de la communauté internationale et de l’ONU aux côtés de l’Afghanistan.  Cette année a montré que l’Afghanistan « reprend les rênes de son destin ».  Après les élections du 20 octobre dernier, malgré la violence terroriste, le scrutin présidentiel prévu l’année prochaine devrait encore consolider les institutions démocratiques.  Mais la représentante a regretté que le pays détienne le record du « pays le plus meurtrier au monde » en raison du terrorisme.  Elle a vivement critiqué les Nations Unies pour n’avoir pas eu la détermination qu’il faut face aux causes sous-jacentes de ce fléau.  Le Comité des sanctions du Conseil de sécurité, a-t-elle dénoncé, refuse toujours d’inscrire sur sa liste des individus sanctionnés les nouveaux dirigeants taliban ou de geler les avoirs du dirigeant assassiné.  La représentante a espéré que « ceux qui se trouvent à New York comprennent bien que la paix en Afghanistan est liée à la paix et la sécurité internationales ».

Les Taliban, a-t-elle accusé, planifient et lancent leurs attaques à partir des sanctuaires installés dans les pays voisins.  Pendant des années, ces sanctuaires ont protégé non seulement les Taliban mais aussi Haqqani, Daech, Al-Qaida et leurs affiliés proscrits comme Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed.  L’Inde, a promis la représentante, continuera d’aider l’Afghanistan.  Elle participe d’ailleurs à plusieurs projets de connectivité comme celui du port de Chabahar et du couloir de fret aérien direct, désormais opérationnel.     

Mme FARZANA ZAHIR (Maldives) a déclaré soutenir un Afghanistan dirigé par les Afghans eux-mêmes.  Elle a salué les dernières élections législatives comme « une des étapes les plus importantes de la décennie de transformation afghane ».  Elle a reconnu les efforts du pays dans la promotion des droits de l’homme, notamment en ce qui concerne les femmes et les filles, jugeant encourageante la participation importante de ces dernières aux élections d’octobre.  Nous aimerions voir une plus grande participation des femmes dans les négociations de paix, le maintien de la paix et la prévention des conflits, a-t-elle avoué.  Elle a enfin conclu sur la nécessité d’une meilleure intégration économique régionale, ce qui requiert un engagement de tous les partenaires régionaux.

Nous avons ouvert nos cœurs et nos maisons à des millions de réfugiés afghans et les avons gardés pendant presque quatre décennies sans un réel appui de la communauté internationale, a souligné Mme MALEEHA LODHI (Pakistan).  Le Pakistan compte aujourd’hui 20 millions de réfugiés afghans dans ce qui est la plus grande présence prolongée de réfugiés au monde.  Le Pakistan a donc un intérêt « vital » à voir un Afghanistan pacifique, stable, uni et prospère.

La représentante a parlé, à son tour, du Plan d’action pour la paix signé entre son pays et l’Afghanistan, et d’autres initiatives financières, économiques et sociales.  Mais compte tenu d’une augmentation en flèche de la violence, elle a jugé évident que ni la Coalition internationale, ni les Taliban, ne pourront imposer leur agenda.  Un règlement politique négocié, a-t-elle assénée, est la seule voie pour mettre fin à la violence et au bain de sang.  À cet égard, la représentante s’est réjouie du consensus international qui prévaut désormais, après que pendant plus de deux décennies le Pakistan n’a cessé de répéter que la guerre ne prendra fin qu’avec un règlement politique négocié.

La représentante a donc salué la volonté du Président afghan de négocier et la décision américaine de favoriser des pourparlers directs avec les Taliban.  Elle a d’ailleurs indiqué que l’Envoyé spécial américain mène en ce moment-même à Doha, le troisième cycle des pourparlers avec les Taliban, et qu’à la demande du Président Donald Trump, son Premier Ministre a promis de tout faire pour appuyer le processus.

La représentante s’est aussi réjouie des efforts faits par la Chine, la Fédération de Russie et d’autres pour promouvoir le dialogue entre les parties afghanes.  Toute paix durable, a-t-elle martelé, exigera l’adhésion de tous les États de la région.  Le dialogue de Moscou le mois dernier, a-t-elle rappelé, a réuni les représentants des Taliban, du Conseil de paix afghan, des États-Unis et d’autres pays importants de la région autour de la même table.  Les Taliban y ont exposé leur position et il faut espérer que les points de vue se rapprocheront. 

Pour M. TORE HATTREM (Norvège), il n’y a aucun doute que les Nations Unies et leur Mission en Afghanistan auront un rôle crucial à jouer dans les efforts de paix et de développement, tout en sachant que seuls les moyens politiques permettront de venir à bout du conflit afghan.  Le représentant a salué « l’offre généreuse » du Président afghan aux Taliban de reprendre les négociations de paix sans conditions.  Il a également pris note des efforts américains pour engager les Taliban dans des discussions exploratoires et du soutien apporté par les partenaires régionaux.

La Norvège, a-t-il promis, poursuivra ses efforts pour rassembler les parties concernées et les autres acteurs pertinents, mais, a-t-il mis en garde, rien ne pourra se faire sans une implication active des parties afghanes.  Si un accord était trouvé entre les Taliban et le Gouvernement afghan, la communauté internationale devrait être prête à apporter le soutien nécessaire à sa mise en œuvre, qu’il soit financier et autre, a prévenu le représentant qui n’a pas manqué de souligner le rôle vital que les femmes doivent jouer dans la recherche d’un règlement pacifique et de mettre l’accent sur l’importance de la protection de leurs droits.

Condamnant dans les termes les plus fermes les attaques terroristes qui ont coûté la vie à de nombreux civils à Kaboul, il a insisté sur le maintien de la présence militaire et civile internationale.  Avant de conclure, il a rappelé que lors de la Conférence de Genève, les progrès en termes de bonne gouvernance et de lutte anti-corruption avaient été reconnus mais qu’il restait encore beaucoup à faire.

Coauteur de la résolution, M. FERIDUN HADI SINIRLIOĞLU (Turquie) a souligné que la région a, à de nombreuses occasions, montré sa détermination à résoudre ses propres problèmes et à transformer les problèmes en domaines d’intérêt commun.  Il a fermement appuyé les projets de connectivité régionale et salué l’élan qu’a imprimé le Processus d’Istanbul.  La Turquie, a-t-il poursuivi, entend aussi continuer à contribuer à la sécurité en Afghanistan dans le contexte de la nation-cadre pour Kaboul et la Mission de l’OTAN.  Notre appui au peuple afghan, s’est enorgueilli le représentant, est le programme de développement le plus global qui n’a jamais été lancé pour un seul pays.  Au mois de septembre 2018, 1 056 projets avaient été finalisés, grâce à une aide financière de 1,1 milliard de dollars.

M. WU HAITAO (Chine) a estimé que la communauté doit continuer à apporter son appui, en garantissant un processus inclusif et le retour des Taliban à la table de négociations.  Les Processus de Kaboul et d’Istanbul et le Format de Moscou doivent se poursuivre, en même temps que les efforts contre la violence et le trafic de stupéfiants.  Après la Conférence de Genève, le représentant a appelé à une « aide ciblée ».  L’Afghanistan et ses voisins, a-t-il prévenu, doivent aussi se pencher sur la question du retour et de la réinstallation des réfugiés.  Dans le cadre de l’initiative trilatérale, a-t-il conclu, la Chine a fait sa part et débloqué au fil des ans près d’un milliard de dollars.  Le représentant a insisté sur l’implication directe de son pays dans des projets tels que la nouvelle Route de la soie. 

Mme AMEIRAH OBAID MOHAMED OBAID ALHEFEITI (Émirats arabes unis) a apporté le soutien de son pays aux efforts en faveur des pourparlers de paix, la participation active de tous les Afghans dont les Taliban étant « vitale ».  Elle s’est cependant dite préoccupée par la détérioration de la sécurité, ces dernières années notamment, en raison des opérations de Daech.  Elle a d’ailleurs rappelé l’attaque contre une délégation émirienne qui apportait de l’aide humanitaire à Kandahar.  Six diplomates ont été tués l’hiver dernier, a regretté la représentante, avant d’exprimer la détermination de son pays à soutenir les réformes du Gouvernement afghan.  Les Émirats arabes unis, a-t-elle rappelé, ont versé la somme de 233 millions de dollars au cours de l’année écoulée.  Mon pays, qui a décidé d’accorder aux réfugiés afghans un permis de séjour d’une durée d’un an, appelle les autres pays qui abritent des Afghans à se garder de les déployer dans des conflits auxquels ils ne sont pas liés.  

M. JEROEN COOREMAN (Belgique) a appuyé la résolution qui souligne les nombreux progrès réalisés par l’Afghanistan ces 10 dernières années, « bien que ces derniers soient encore fragiles et que de nombreux défis restent encore à relever ».  Félicitant le pays pour la tenue des élections législatives, il a déploré le nombre élevé de victimes civiles et a appelé toutes les parties à protéger la population, notamment les femmes et les enfants.  Il a insisté sur l’importance d’un processus de paix dirigé par les Afghans eux-mêmes et a appelé la communauté internationale à rester unie dans son soutien aux efforts afghans, dans le cadre du Processus de Kaboul.  Il a appelé les dirigeants Taliban à répondre à l’offre de paix sans précèdent du Président Ashraf Ghani.  Insistant sur la nécessité d’un soutien coordonné, le représentant est revenu sur les différentes contributions financières.  Il a ainsi mentionné que la Belgique a décidé d’augmenter substantiellement sa contribution à la Mission de l’OTAN mais aussi au Fonds central pour les interventions d’urgence de l’ONU.  Il a annoncé une nouvelle contribution de 2 millions d’euros au bureau d’ONU-Femmes pour la mise en œuvre du Plan d’action national afghan pour les femmes et la paix et la sécurité.

Coauteur de la résolution, Mme CATHERINE BOUCHER (Canada) a appelé la communauté internationale à se tenir aux côtés de l’Afghanistan et a, à ce propos, souligné l’importance du soutien des pays de la région aux efforts de paix, à l’amélioration de la connectivité et à la promotion des opportunités de développement économique.  La résolution présentée aujourd’hui prouve l’importance de l’engagement international et de la collaboration, ainsi que le rôle de leadership du Gouvernement afghan et de son peuple dans la construction d’un avenir plus radieux, a dit la représentante, qui a salué la tenue des élections législatives d’octobre dernier et a dit attendre avec impatience l’élection présidentielle de 2019, « autre étape clef pour le pays ».  Elle a insisté sur la participation des femmes et dit soutenir un processus de paix inclusif dirigé par les Afghans eux-mêmes et où les Afghanes jouent un rôle de leadership important.  La paix et la sécurité durables ne peuvent être obtenues sans une participation active et substantielle de tous les membres de la société, femmes et filles comprises.

M. ESHAGH AL HABIB (Iran) a salué les développements prometteurs survenus au cours de l’année en particulier les élections législatives malgré les menaces et les complots visant à les empêcher.  Par ailleurs, s’est-il réjoui, l’Afghanistan a renouvelé ses efforts en faveur de la réconciliation car il existe un consensus national, régional et international fort sur le fait qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit.  L’heure de la réconciliation et d’une solution politique inclusive, conduite par le Gouvernement et le peuple afghans a sonné, a prévenu le représentant.  La communauté internationale, a-t-il estimé, se doit de faciliter le dialogue interafghan, en aidant à ramener les Taliban à la table des négociations.  Ces efforts doivent être conduits dans le respect de la constitution en place.  En revanche, la présence de forces étrangères en Afghanistan n’a jamais apporté la moindre stabilité, a-t-il jugé.  Bien au contraire, elle a favorisé le recrutement d’éléments extrémistes.  La meilleure contribution de ces forces serait leur retrait d’Afghanistan et l’Iran réclame toujours un calendrier de retrait de toutes les forces de sécurité étrangères.  C’est essentiel, a martelé le représentant, pour combattre les groupes terroristes comme Daech, dont l’arrivée en Afghanistan s’est traduite par davantage de violences et une dérive dangereusement sectaire.  Personne n’en tirera le moindre bénéfice, comme on l’a vu en Iraq et en Syrie, a-t-il insisté.

Le représentant a réclamé, par ailleurs, une stratégie globale de lutte contre la drogue fondée sur le développement économique.  En tant que voisin, l’Iran a apporté son aide à quelque quatre millions de réfugiés afghans au cours des 40 dernières années et continue d’appuyer la résolution de l’Assemblée générale qui témoigne du fort soutien de la communauté internationale.  Ce texte doit refléter la position et les préoccupations de tous.

M. TAREQ MD ARIFUL ISLAM (Bangladesh) a salué les succès du Gouvernement d’unité nationale et les initiatives en faveur de la paix et du développement.  Il a rendu hommage au peuple afghan qui a participé aux élections en dépit des menaces et des attentats, et qui attend désormais l’élection présidentielle, en avril prochain.  Il a exprimé son soutien à l’engagement des Nations Unies en Afghanistan et a appelé au retour dans la dignité des réfugiés afghans.   Il a condamné les attentats et dénoncé les groupes terroristes qui cherchent à étendre leur présence dans la région, notamment les combattants terroristes étrangers et ceux qui participent au trafic des stupéfiants.  Le projet de résolution reflète l’engagement collectif de la communauté internationale en faveur de la paix, s’est-il réjoui.

Coauteur de la résolution, M. CAMP (États-Unis) a dit la détermination de son pays à rechercher une paix inclusive au profit de tous les hommes et les femmes afghans, une paix qui les mettent à l’abri des terroristes et qui accélère la croissance économique et la prospérité de l’Afghanistan et de ses voisins.  Parmi les signes encourageants, il a cité l’invitation faite par le Gouvernement afghan aux Taliban pour entamer des pourparlers sans conditions préalables; l’établissement d’un Plan d’action pour la paix, la Feuille de route afghane pour la paix et la nomination d’une équipe inclusive de négociateurs.  Il a salué le premier cessez-le-feu, depuis 17 ans, décrété à l’occasion de l’Aïd al-Fitr, lequel a été respecté par les Taliban.  Mais ces derniers, a-t-il regretté, ont refusé un deuxième cessez-le-feu pour l’Aïd al-Adha.  Le représentant a exhorté les Taliban à s’asseoir à la table des négociations, affirmant que son pays est engagé à appuyer un processus dirigé par les Afghans eux-mêmes.  « La paix est possible en Afghanistan et nous devons tous saisir cette chance », a-t-il conclu.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a exhorté l’Assemblée générale à soutenir le Gouvernement afghan et la résolution, qui devrait bénéficier du consensus comme les années précédentes.  Il a reconnu l’importance d’un processus mené par et pour les Afghans comme seul moyen de parvenir à une paix juste et pérenne.  Tous ceux qui sont présents ici doivent apporter leur plein soutien, a-t-il insisté.  La participation aux élections législatives d’octobre dernier, a-t-il estimé, a montré l’engagement des Afghans en faveur d’un processus politique.  Une fois de plus, le peuple afghan a montré son courage, sa résilience et sa capacité à braver les menaces.  Cependant, a reconnu le représentant, la persistance de nombreux problèmes logistiques est préoccupante et les responsables doivent en tirer les leçons pour la prochaine élection présidentielle.  La résolution, a-t-il conclu, insiste sur les efforts déployés par les autorités pour mettre en œuvre les réformes, notamment fiscales et économiques mais ces réformes doivent se poursuivre et même s’accélérer d’ici à la prochaine échéance.

Adoption de la résolution A/73/L.44

Le représentant de la Fédération de Russie a dénoncé une résolution qui ne se fonde pas vraiment sur une bonne analyse de la situation sur le terrain et sur les efforts de recherche de solutions pérennes.  Les dynamiques régionales sont ignorées et les préoccupations que nous avons exprimées, ignorées, s’est-il impatienté.  Il a donc demandé un vote, arguant d’une situation problématique qui se dégrade.  Il a aussi dénoncé le fait qu’aucun rapport n’ait été soumis sur la lutte de la Coalition internationale contre le terrorisme, dont Daech.  Il s’est aussi étonné de l’absence, dans la résolution, d’une référence à la Conférence de Moscou qui a pourtant réuni des représentants du Gouvernement afghan et des Taliban.  Il est temps, a-t-il martelé, que les résolutions tiennent compte des préoccupations de tous les États et pas uniquement de certains d’entre eux.

Après la motion d’ordre de l’Afghanistan et de l’Allemagne, le représentant russe a dit ne pas comprendre en quoi, par son explication de vote, il avait enfreint le règlement de l’Assemblée générale.  Le Vice-Président de l’Assemblée a renvoyé à l’article 88 et affirmé que l’État qui demande un vote ne peut faire une explication de vote.  L’article dit « Le Président ne peut pas autoriser l’auteur d’une proposition ou d’un amendement à expliquer son vote sur sa proposition ou sur son amendement. »

Déclarations

Ne jugeant pas inutile d’effectuer un petit saut dans le passé, M. MAHMOUD SAIKAL (Afghanistan) a affirmé que la position géostratégique de son pays au cœur de l’Asie a conduit à des interférences et à des ingérences qui ne servent les intérêts de personne.  La violence qui les a accompagnées a apporté des souffrances et une dévastation indicibles à la population, menant à une crise humanitaire et à l’instabilité dans toute la région.  Il est temps de changer de paradigme, et la résolution présentée cette année montre l’engagement de la communauté internationale en faveur de cet impératif, s’est réjoui le représentant. 

Les Forces nationales afghanes, a-t-il fait observer, ont veillé à ce que les Taliban ne capturent ni province ni ville afghane.  Elles ont aussi réussi à affaiblir les combattants terroristes étrangers comme Daech.  En conséquence, les Taliban et leurs affiliés se livrent à des attentats contre les centres très fréquentés, y compris les sites religieux, pour attiser les tensions comme l’a montré l’attentat du mois dernier contre un rassemblement de religieux qui a fait 55 morts et plus de 80 blessés.  De tels attentats ne sauraient miner notre détermination à faire de l’Afghanistan un pays démocratique, a affirmé le représentant, parlant des Afghans qui sont sortis en nombre pour participer aux élections législatives.

Après la présentation en février d’un Plan pour la paix offrant des discussions sans conditions avec les Taliban et la Conférence des oulémas à Kaboul et à Jakarta, un cessez-le-feu de trois jours a été observé en juin et des progrès ont été enregistrés en juillet.  L’Organisation de la coopération islamique (OCI) a organisé de son côté une Conférence internationale des oulémas en Arabie saoudite qui a dénoncé la guerre en Afghanistan et rejeté toute justification religieuse à ce conflit.  Mais, a déploré le représentant, les Taliban ont continué leurs violences et leur terreur. 

Il y a moins de deux semaines à Genève, a-t-il encore indiqué, la Feuille de route pour la paix a été présentée par le Gouvernement afghan, laquelle souligne qu’aucun groupe lié aux réseaux terroristes transnationaux, à d’autres organisations criminelles ou à des acteurs étatiques et non étatiques qui veulent avoir de l’influence sur l’Afghanistan, ne pourront participer au processus.  Pour aller de l’avant, une équipe de négociation sera chargée d’entamer des discussions avec les Taliban.

Pour le succès de ce processus, a martelé le représentant, le consensus régional est « impératif ».  Il a salué les initiatives du Représentant spécial des États-Unis pour la réconciliation en Afghanistan qui entend favoriser les pourparlers directs avec les Taliban.  Il a aussi mis l’accent sur le Plan d’action pour la paix et la solidarité (APAPPS) signé en avril dernier entre son pays et le Pakistan.  Aucun pays ne profitera plus d’un Afghanistan stable et pacifique que le Pakistan, a souligné le représentant.

La semaine dernière à Genève, a-t-il aussi indiqué, nous avons présenté à la communauté internationale les progrès du Cadre de responsabilité mutuelle.  Pour les années à venir, nous demandons à nos partenaires internationaux une aide au développement conforme aux priorités nationales, efficace et coordonnée. L’Afghanistan est un cas unique où des pays de régions différentes et des blocs politiques ont convergé en 2001 dans un seul but: vaincre le terrorisme international et promouvoir un paysage international plus sûr et plus stable.  La mission a commencé avec un consensus fort sur le fait que la coopération et la collaboration servent les intérêts de tous, et l’expérience a montré que les progrès sont les plus tangibles quand les pays de la région et d’ailleurs font montre d’une coopération effective dans le contexte de l’engagement international en faveur de l’Afghanistan. 

Ce qu’il faut aujourd’hui, a conclu le représentant, c’est régénérer et solidifier ce consensus.  Il s’est félicité de ce que la résolution de cette année appelle à une approche plus coordonnée entre les parties prenantes régionales et internationales pour faire avancer la paix, la sécurité et la prospérité en Afghanistan.

M. JOÃO PEDRO VALE DE ALMEIDA, (Union européenne), a salué la tenue de la Conférence ministérielle sur l’Afghanistan organisée à Genève les 27 et 28 novembre derniers, qui a mis l’accent sur la paix, « un domaine où l’Union européenne entend jouer son rôle et assumer ses responsabilités ».  L’Union européenne, a-t-il dit, reconnaît les efforts des autorités afghanes et les mesures prises pour un règlement politique durable et un accord de paix inclusif fondé sur le consensus national.

Le représentant a rappelé la Stratégie européenne de 2017 et les « Conclusions sur l’Afghanistan » adoptées par les Ministres des affaires étrangères de l’Union européenne en novembre dernier, et dans lesquelles ils expriment leur ferme intention de continuer le travail autour des quatre piliers de la Stratégie que sont la promotion de la paix, de la stabilité et de la sécurité régionale; le renforcement de la démocratie, de l’état de droit et des droits de l’homme, et la promotion de la bonne gouvernance et de l’autonomisation des femmes; le soutien au développement économique et humain; et la gestion des défis liés à la migration et aux déplacements forcés.

Pour appuyer les réformes en Afghanistan, l’Union européenne a adopté un train de mesures de 474 millions d’euros, dont 311 millions d’euros destinés au Contrat d’appui à la consolidation de l’État et de la résilience 2018-2021.  Le représentant s’est félicité de la tenue d’élections législatives les 20 et 21 octobre derniers, pressant les Afghans de travailler sur les enseignements tirés en prévision de l’élection présidentielle de l’année prochaine.  L’Union européenne a d’ailleurs prévu une enveloppe de 15,5 millions d’euros, a-t-il souligné.

M.TEGAN BRINK (Australie) a indiqué que son pays s’est porté coauteur de la résolution présentée cette année, laquelle illustre le maintien de l’appui international à l’Afghanistan et à son peuple.  Le représentant s’est félicité de la proposition du Gouvernement afghan d’entamer sans conditions préalables des négociations avec les Taliban et de former une équipe de négociateurs.  Il a également salué les conclusions de la Conférence ministérielle de Genève et exhorté les Taliban à s’engager en faveur d’un cessez-le-feu et à rejoindre la table des négociations.  Après avoir insisté sur la coopération régionale, il a rappelé que son pays s’est engagé à verser la somme de 320 millions de dollars entre 2016 et 2020, soucieux d’investir « dans un Afghanistan sûr et stable ».

Mme EENAM GAMBHIR (Inde) a rappelé que de nombreux États avaient pris part en novembre, à la Conférence de Genève sur l’Afghanistan, réaffirmant l’engagement de la communauté internationale et de l’ONU aux côtés de l’Afghanistan.  Cette année a montré que l’Afghanistan « reprend les rênes de son destin ».  Après les élections du 20 octobre dernier, malgré la violence terroriste, le scrutin présidentiel prévu l’année prochaine devrait encore consolider les institutions démocratiques.  Mais la représentante a regretté que le pays détienne le record du « pays le plus meurtrier au monde » en raison du terrorisme.  Elle a vivement critiqué les Nations Unies pour n’avoir pas eu la détermination qu’il faut face aux causes sous-jacentes de ce fléau.  Le Comité des sanctions du Conseil de sécurité, a-t-elle dénoncé, refuse toujours d’inscrire sur sa liste des individus sanctionnés les nouveaux dirigeants taliban ou de geler les avoirs du dirigeant assassiné.  La représentante a espéré que « ceux qui se trouvent à New York comprennent bien que la paix en Afghanistan est liée à la paix et la sécurité internationales ».

Les Taliban, a-t-elle accusé, planifient et lancent leurs attaques à partir des sanctuaires installés dans les pays voisins.  Pendant des années, ces sanctuaires ont protégé non seulement les Taliban mais aussi Haqqani, Daech, Al-Qaida et leurs affiliés proscrits comme Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed.  L’Inde, a promis la représentante, continuera d’aider l’Afghanistan.  Elle participe d’ailleurs à plusieurs projets de connectivité comme celui du port de Chabahar et du couloir de fret aérien direct, désormais opérationnel.     

Mme FARZANA ZAHIR (Maldives) a déclaré soutenir un Afghanistan dirigé par les Afghans eux-mêmes.  Elle a salué les dernières élections législatives comme « une des étapes les plus importantes de la décennie de transformation afghane ».  Elle a reconnu les efforts du pays dans la promotion des droits de l’homme, notamment en ce qui concerne les femmes et les filles, jugeant encourageante la participation importante de ces dernières aux élections d’octobre.  Nous aimerions voir une plus grande participation des femmes dans les négociations de paix, le maintien de la paix et la prévention des conflits, a-t-elle avoué.  Elle a enfin conclu sur la nécessité d’une meilleure intégration économique régionale, ce qui requiert un engagement de tous les partenaires régionaux.

Nous avons ouvert nos cœurs et nos maisons à des millions de réfugiés afghans et les avons gardés pendant presque quatre décennies sans un réel appui de la communauté internationale, a souligné Mme MALEEHA LODHI (Pakistan).  Le Pakistan compte aujourd’hui 20 millions de réfugiés afghans dans ce qui est la plus grande présence prolongée de réfugiés au monde.  Le Pakistan a donc un intérêt « vital » à voir un Afghanistan pacifique, stable, uni et prospère.

La représentante a parlé, à son tour, du Plan d’action pour la paix signé entre son pays et l’Afghanistan, et d’autres initiatives financières, économiques et sociales.  Mais compte tenu d’une augmentation en flèche de la violence, elle a jugé évident que ni la Coalition internationale, ni les Taliban, ne pourront imposer leur agenda.  Un règlement politique négocié, a-t-elle assénée, est la seule voie pour mettre fin à la violence et au bain de sang.  À cet égard, la représentante s’est réjouie du consensus international qui prévaut désormais, après que pendant plus de deux décennies le Pakistan n’a cessé de répéter que la guerre ne prendra fin qu’avec un règlement politique négocié.

La représentante a donc salué la volonté du Président afghan de négocier et la décision américaine de favoriser des pourparlers directs avec les Taliban.  Elle a d’ailleurs indiqué que l’Envoyé spécial américain mène en ce moment-même à Doha, le troisième cycle des pourparlers avec les Taliban, et qu’à la demande du Président Donald Trump, son Premier Ministre a promis de tout faire pour appuyer le processus.

La représentante s’est aussi réjouie des efforts faits par la Chine, la Fédération de Russie et d’autres pour promouvoir le dialogue entre les parties afghanes.  Toute paix durable, a-t-elle martelé, exigera l’adhésion de tous les États de la région.  Le dialogue de Moscou le mois dernier, a-t-elle rappelé, a réuni les représentants des Taliban, du Conseil de paix afghan, des États-Unis et d’autres pays importants de la région autour de la même table.  Les Taliban y ont exposé leur position et il faut espérer que les points de vue se rapprocheront. 

Pour M. TORE HATTREM (Norvège), il n’y a aucun doute que les Nations Unies et leur Mission en Afghanistan auront un rôle crucial à jouer dans les efforts de paix et de développement, tout en sachant que seuls les moyens politiques permettront de venir à bout du conflit afghan.  Le représentant a salué « l’offre généreuse » du Président afghan aux Taliban de reprendre les négociations de paix sans conditions.  Il a également pris note des efforts américains pour engager les Taliban dans des discussions exploratoires et du soutien apporté par les partenaires régionaux.

La Norvège, a-t-il promis, poursuivra ses efforts pour rassembler les parties concernées et les autres acteurs pertinents, mais, a-t-il mis en garde, rien ne pourra se faire sans une implication active des parties afghanes.  Si un accord était trouvé entre les Taliban et le Gouvernement afghan, la communauté internationale devrait être prête à apporter le soutien nécessaire à sa mise en œuvre, qu’il soit financier et autre, a prévenu le représentant qui n’a pas manqué de souligner le rôle vital que les femmes doivent jouer dans la recherche d’un règlement pacifique et de mettre l’accent sur l’importance de la protection de leurs droits.

Condamnant dans les termes les plus fermes les attaques terroristes qui ont coûté la vie à de nombreux civils à Kaboul, il a insisté sur le maintien de la présence militaire et civile internationale.  Avant de conclure, il a rappelé que lors de la Conférence de Genève, les progrès en termes de bonne gouvernance et de lutte anti-corruption avaient été reconnus mais qu’il restait encore beaucoup à faire.

Coauteur de la résolution, M. FERIDUN HADI SINIRLIOĞLU (Turquie) a souligné que la région a, à de nombreuses occasions, montré sa détermination à résoudre ses propres problèmes et à transformer les problèmes en domaines d’intérêt commun.  Il a fermement appuyé les projets de connectivité régionale et salué l’élan qu’a imprimé le Processus d’Istanbul.  La Turquie, a-t-il poursuivi, entend aussi continuer à contribuer à la sécurité en Afghanistan dans le contexte de la nation-cadre pour Kaboul et la Mission de l’OTAN.  Notre appui au peuple afghan, s’est enorgueilli le représentant, est le programme de développement le plus global qui n’a jamais été lancé pour un seul pays.  Au mois de septembre 2018, 1 056 projets avaient été finalisés, grâce à une aide financière de 1,1 milliard de dollars.

M. WU HAITAO (Chine) a estimé que la communauté doit continuer à apporter son appui, en garantissant un processus inclusif et le retour des Taliban à la table de négociations.  Les Processus de Kaboul et d’Istanbul et le Format de Moscou doivent se poursuivre, en même temps que les efforts contre la violence et le trafic de stupéfiants.  Après la conférence de Genève, le représentant a appelé à une « aide ciblée ».  L’Afghanistan et ses voisins, a-t-il prévenu, doivent aussi se pencher sur la question du retour et de la réinstallation des réfugiés.  Dans le cadre de l’initiative trilatérale, a-t-il conclu, la Chine a fait sa part et débloqué au fil des ans près d’un milliard de dollars.  Le représentant a insisté sur l’implication directe de son pays dans des projets tels que la nouvelle Route de la soie. 

Mme AMEIRAH OBAID MOHAMED OBAID ALHEFEITI (Émirats arabes unis) a apporté le soutien de son pays aux efforts en faveur des pourparlers de paix, la participation active de tous les Afghans dont les Taliban étant « vitale ».  Elle s’est cependant dite préoccupée par la détérioration de la sécurité, ces dernières années notamment, en raison des opérations de Daech.  Elle a d’ailleurs rappelé l’attaque contre une délégation émirienne qui apportait de l’aide humanitaire à Kandahar.  Six diplomates ont été tués l’hiver dernier, a regretté la représentante, avant d’exprimer la détermination de son pays à soutenir les réformes du Gouvernement afghan.  Les Émirats arabes unis, a-t-elle rappelé, ont versé la somme de 233 millions de dollars au cours de l’année écoulée.  Mon pays, qui a décidé d’accorder aux réfugiés afghans un permis de séjour d’une durée d’un an, appelle les autres pays qui abritent des Afghans à se garder de les déployer dans des conflits auxquels ils ne sont pas liés.  

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