Assemblée générale: adoption des résolutions annuelles sur la Palestine et le Moyen-Orient et annonce par les États-Unis d’un texte sur le Hamas

AG/12096
30 novembre 2018
Soixante-treizième session, 43e séance plénière – matin

Assemblée générale: adoption des résolutions annuelles sur la Palestine et le Moyen-Orient et annonce par les États-Unis d’un texte sur le Hamas

L’Assemblée générale a adopté, ce matin, par vote, ses six résolutions annuelles sur la question de Palestine et la situation au Moyen-Orient, après le débat qu’elle a entamé hier.  « Comme les États restent muets sur les attaques menées par les Palestiniens contre les civils israéliens », les États-Unis ont annoncé un projet de résolution sur le Hamas.

Par le texte sur le Comité pour l’exercice de droits inaliénables du peuple palestinien, adopté par 100 voix pour, 12 voix contre et 62 absentions, l’Assemblée prend note du rapport annuel du Comité, présenté hier par son Président, M. Cheikh Niang du Sénégal, qui avait aussi décrit les trois autres projets de résolution sur la question de Palestine.  L’Assemblée prend note des conclusions et recommandations du Comité qui exhorte la communauté internationale à redoubler d’efforts pour parvenir à un règlement pacifique de la question de Palestine, à offrir un cadre multilatéral élargi à même de redynamiser le processus de paix et à s’attacher à ce que chacun assume pleinement ses responsabilités, et à ce que les paramètres pour la paix énoncés de longue date soient intégralement appliqués. 

Le Comité soulignait dans son rapport que l’année 2018 marque le soixante-dixième anniversaire de l’expulsion des Palestiniens en 1948, à savoir la « Nakba » (la catastrophe), et le cinquantième anniversaire de l’occupation israélienne.  Or, entre juillet et août 2018, Gaza a connu la plus forte escalade de la violence depuis le conflit de 2014.  Le Comité accueillait favorablement le plan d’action en huit points que le Président de l’État de Palestine, Mahmoud Abbas, avait présenté au Conseil de sécurité le 20 février 2018.

Justement dans la résolution relative au « Règlement pacifique de la question de Palestine », adoptée par 156 voix pour, 8 voix contre -Australie, Canada, États-Unis, les Îles Marshall, Israël, Kiribati, Micronésie et Nauru- et 12 abstentions, l’Assemblée « préconise vivement » l’intensification des efforts diplomatiques en vue de parvenir sans tarder à une paix globale, juste et durable au Moyen-Orient, sur la base des résolutions pertinentes de l’ONU, du mandat de la Conférence de Madrid, y compris le principe de l’échange de territoires contre la paix, de l’Initiative de paix arabe et de la Feuille de route du Quatuor.  Elle souligne qu’il est nécessaire de reprendre les négociations en se fondant sur le cadre établi de longue date et sur des éléments clairs, et en suivant un calendrier précis.  L’Assemblée demande qu’une conférence internationale soit organisée à Moscou en temps voulu, comme l’a envisagé le Conseil de sécurité dans sa résolution 1850 (2008).  La Fédération de Russie a confirmé que son invitation tient toujours.  

Dans le texte intitulé « Jérusalem », adopté par 148 voix pour, 11 voix contre et 14 abstentions, l’Assemblée générale demande que le statu quo historique soit respecté verbalement et en pratique dans ces lieux saints, notamment l’esplanade des mosquées, et exhorte toutes les parties à œuvrer immédiatement et de façon conjointe à apaiser les tensions et à mettre fin à tous les actes de provocation, d’incitation et de violence qui y sont commis. 

Pour Israël, le fait que l’on parle de « lieux saints, notamment l’esplanade des mosquées » montre le refus des Palestiniens de reconnaître les droits des chrétiens et des juifs à Jérusalem.  Comme l’a dit l’Ordre souverain de Malte, Jérusalem ne devrait pas appartenir à une seule nation, mais au contraire « à nous tous », « à l’humanité entière ».  Lorsque l’Assemblée générale a, pour la première fois en 1947, abordé la question de Palestine, elle a décidé « avec sagesse » d’accorder, dans le cadre du plan de partition, un « régime international spécial » à la Ville, laquelle devait être administrée par les Nations Unies.

Dans la résolution sur le « Golan syrien », adoptée par 99 voix pour, 10 contre -Australie, Canada, États-Unis, les Îles Marshall, Israël, Kiribati, Micronésie, Nauru, Palaos, Royaume-Uni- et 66 abstentions, l’Assemblée générale demande à Israël de relancer les volets syrien et libanais des pourparlers et de respecter les garanties et engagements précédemment souscrits.  Elle exige une fois de plus qu’en application des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, Israël se retire de tout le Golan syrien occupé jusqu’à la ligne du 4 juin 1967.  La Syrie a fustigé la paralysie de la communauté internationale et prévenu: « il n’y a pas de compromis possible.  Les colons israéliens doivent quitter notre terre ».

En vertu du texte sur le « Programme d’information spécial sur la question de Palestine du Département de l’information », adopté par 152 voix pour, 8 voix contre -Australie, Canada, Guatemala, États-Unis, les Îles Marshall, Israël, Micronésie et Nauru- et 14 abstentions, l’Assemblée prie le Département de l’information (DPI) de continuer à exécuter son programme d’information spécial pendant l’exercice biennal 2019‑2020, avec la souplesse voulue pour tenir compte des événements qui pourraient avoir une incidence sur la question de Palestine.

Enfin, dans la résolution sur les activités de la Division des droits des Palestiniens du Secrétariat, adoptée par 96 voix pour, 13 voix contre et 64 abstentions, l’Assemblée prie le Secrétaire général de continuer à doter la Division des ressources dont elle a besoin.  Cette Division est « un cas unique » au sein de l’ONU, a tranché Israël qui lui a reproché de « soutenir et de glorifier le terrorisme ».  Israël n’a pas épargné un DPI qui organise des séminaires sur le Moyen-Orient sans rapport avec la paix.  Celui de cette année, s’est-il étonné, avait pour thème « La paix, 70 ans après la Nakba », ce qui appuie la thèse palestinienne et nie les droits d’Israël.  Ce sont là des attitudes « tendancieuses et dangereuses à la fois », a constaté Israël.

« Comme les États restent muets sur les attaques menées par les Palestiniens contre les civils israéliens », les États-Unis ont dit leur intention de proposer un projet de résolution « autonome » sur le Hamas.  L’Observateur de l’État de Palestine a dénoncé cette initiative comme une tentative de détourner l’attention de la communauté internationale de la solution des deux États, dans les frontières de 1967.  Les coauteurs du projet, a-t-il accusé, ne veulent pas promouvoir la paix.  Bien au contraire, ils veulent briser le consensus international.

L’Assemblée générale poursuivra ses travaux lundi 3 décembre, à partir de 10 heures pour examiner, entre autres, le rapport du Secrétaire général sur le sport au service du développement et de la paix.  

QUESTION DE PALESTINE ET SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Pour l’examen de ces questions, l’Assemblée générale était saisie du rapport du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien (A/73/35); d’une note du Secrétaire général sur les coûts économiques de l’occupation israélienne pour le peuple palestinien (A/73/201); et du rapport du Secrétaire général intitulé « Règlement pacifique de la question de Palestine » (A/73/346).

Déclarations

M. MUHAMMAD SHAHRUL IKRAM YAAKOB (Malaisie) a tout d’abord assuré que l’établissement d’un État palestinien dans les frontières de 1967 demeurait à l’agenda de la nouvelle administration de son pays.  Il a rappelé qu’en décembre 2016, la Malaisie avec d’autres avaient coparrainé la résolution 2334 du Conseil de sécurité réaffirmant que les colonies israéliennes constituent une violation du droit international et appelant à la cessation de leur expansion.   Malheureusement, a-t-il poursuivi, l’attitude illégale d’Israël s’est maintenue au détriment des civils palestiniens, et il est « tragique » de constater que des facteurs extérieurs surpassent les intérêts des civils palestiniens, y compris ceux des femmes et des enfants, et fassent que les grandes puissances ne peuvent ou ne veulent pas demander des comptes à Israël.

Malgré l’asymétrie de la puissance militaire et de l’influence politique d’Israël par rapport aux Palestiniens, le fondement moral du combat de ces derniers demeure intact.  Même aux pires moments, les Palestiniens ont continué de croire que l’avenir leur offrirait un État.  Ces aspirations ne peuvent être niées plus longtemps, a souligné le représentant, avant d’exprimer la détermination de son pays à participer aux efforts multilatéraux pour mettre fin à « la plus longue occupation de l’histoire moderne ».

M. JAIME HERMIDA CASTILLO (Nicaragua) a réitéré le soutien total de son pays au peuple palestinien dans sa lutte pour la liberté et le plein exercice de son droit inaliénable à l’autodétermination, ainsi qu’à la création d’un État palestinien, sur la base des frontières antérieures à 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.  Pour le Nicaragua, a-t-il ajouté, la paix et la stabilité au Moyen-Orient sont possibles par la négociation et la pleine mise en œuvre des résolutions de l’Assemblée générale, mais également celles du Conseil de sécurité, notamment sa résolution 2334 (2016), qui constituent les instruments juridiques pour atteindre la paix et la sécurité dans la région.

Demandant que soit mis fin immédiatement à une occupation illégale et prolongée des territoires palestiniens et au blocus de Gaza, M. MANUEL DE JESÚS PIREZ PÉREZ (Cuba) a jugé que la solution des deux États et un règlement juste, pacifique et durable de la question de Palestine ne seront pas envisageables aussi longtemps qu’Israël s’obstinera à violer le droit international et la Charte des Nations Unies.  Le représentant a exprimé sa vive inquiétude quant à la situation au Moyen-Orient qui est miné par les conflits, les ingérences et les agressions extérieures.  Estimant qu’il est temps de solder le compte de l’histoire palestinienne, il a réitéré son ferme appui à une solution globale, juste et durable, fondée sur la création de deux États et permettant au peuple palestinien d’exercer son droit à l’autodétermination et à avoir un État indépendant et souverain dans les frontières d’avant 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.  Le représentant a insisté sur le droit au retour des réfugiés et rejeté la décision unilatérale des États-Unis d’installer sa représentation diplomatique dans la ville de Jérusalem, ce qui a exacerbé les tensions dans la région.

 Une nouvelle fois, Cuba, a dit le représentant, demande le retrait total et inconditionnel des forces israéliennes du Golan syrien et de tous les territoires arabes occupés.  Toute mesure de la part d’Israël pour modifier le statut juridique, physique ou démographique et la structure institutionnelle du Golan syrien occupé ou pour y exercer sa compétence est une violation du droit international et de la Charte, a martelé le représentant qui a réclamé le respect de ce document fondateur et du multilatéralisme.  Il a aussi réclamé la fin des ingérences, des agressions étrangères et de l’aide aux groupes terroristes mais aussi des faux prétextes et de concepts pour essayer de légitimer le recours unilatéral à la force et les agressions contre des États souverains.

Mme ALYA AHMED SAIF AL-THANI (Qatar) a exhorté la communauté internationale à assumer sa responsabilité sur la question de Palestine jusqu’à ce que justice soit faite au peuple palestinien, ce qui ne manquera pas d’avoir des répercussions positives sur la paix et la sécurité régionales et internationales.  Elle a rappelé qu’alors que le monde arabe et le Moyen-Orient sont secoués par des crises graves, la question de Palestine demeure centrale pour la stabilité de la région.  Il est donc important d’arriver à un règlement global, juste et durable, conformément aux résolutions internationales et à l’Initiative de paix arabe.  Les différentes résolutions adoptées chaque année par l’Assemblée générale font l’unanimité, a-t-elle souligné, avant de s’inquiéter de la situation humanitaire dans la Bande de Gaza.  Elle a rappelé que son pays a déboursé la somme de 150 millions de dollars, en particulier pour remettre en route le réseau électrique.  La représentante a aussi rappelé que son pays a versé 50 millions de dollars à l’Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient (UNRWA).  L’Office, a-t-elle insisté, est la plus ancienne agence d’aide humanitaire au monde et la seule qui est spécifiquement dédiée à l’assistance aux millions de réfugiés palestiniens.   

À l’occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, M. TAREQ MD ARIFUL ISLAM (Bangladesh) a réaffirmé le soutien de son pays aux résolutions dont est saisie l’Assemblée générale.  Nous soutenons le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et la longue lutte de ce peuple pour la paix et la justice, a souligné le représentant, rappelant qu’appuyer les aspirations légitimes des Palestiniens à un État indépendant, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, figurent parmi les obligations constitutionnelles du Bangladesh.

Il a condamné les attaques odieuses contre le peuple de Palestine et l’implantation illégale de colonies qui freinent les négociations sur une solution viable à deux États.  M. Islam a enjoint l’Assemblée générale à œuvrer pour qu’Israël cesse sa colonisation, lève son blocus à Gaza et mette un terme à toute forme d’occupation et de violence.  Il s’est dit préoccupé par le mépris affiché par Israël à l’égard des dispositions de la résolution 2234 (2016) du Conseil de sécurité et a estimé que la priorité doit aller à la protection du peuple palestinien contre la politique de punitions collectives mise en œuvre par la Puissance occupante.  Le représentant a également dénoncé une « culture flagrante d’impunité », au regard des violations du droit international et des droits humains dans les Territoires palestiniens occupés, ainsi que les « provocations » dans Jérusalem-Est occupée, y compris à la mosquée Al-Aqsa.

S’agissant des millions de réfugiés palestiniens, il a appelé les États Membres à faciliter la tâche de l’UNRWA.  Il a enfin remercié l’Égypte pour ses récentes initiatives visant à réduire la tension dans la région, assurant que le Bangladesh, en sa qualité de Président du Conseil des ministres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), continuera de travailler avec la communauté internationale au règlement de la question de Palestine.   

M. ABDALLAH Y. AL-MOUALLIMI (Arabie saoudite) a dit qu’après 70 ans de spoliations, il est regrettable que le conflit israélo-palestinien soit toujours d’actualité, alors que la communauté internationale a convenu depuis longtemps de la nécessité de créer un État palestinien, conformément à l’Initiative de paix arabe présentée par l’Arabie saoudite.  Israël, a affirmé le représentant, estime être un pays au-dessus des lois pouvant tirer parti de l’inaction de la communauté internationale face à « ses crimes de guerre ».  Israël ne s’est pas contenté de construire « un mur de séparation », il a aussi adopté une loi qui établit un « État-nation juif », a souligné le représentant, avant d’ajouter que l’Arabie saoudite condamne toute tentative d’effacer l’identité nationale palestinienne.  Il a dit tenir à la solution des deux États, plaidant pour la création d’un État palestinien dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.  Il a aussi exigé d’Israël qu’il se retire des territoires arabes occupés, y compris le Golan syrien et le Liban.  Israël, a accusé le représentant, essaye de détourner l’attention de la communauté internationale sur la question de l’occupation, en présentant un projet de résolution qui n’a aucun rapport avec les questions à l’examen.

M. MOHAMMED BESSEDIK (Algérie) s’est dit préoccupé par les violations constantes et systématiques des droits du peuple palestinien et des autres Arabes dans les territoires occupés, citant notamment l’expansion des colonies de peuplement israéliennes, la brutalité des colons, l’exploitation des ressources naturelles, la confiscation des terres, la démolition des habitations et les déplacements forcés.  Il a condamné le mauvais traitement des détenus et des prisonniers palestiniens, le recours à la force excessive et l’application de la peine de mort, sans oublier l’absence d’Arabes israéliens dans les institutions d’Israël.

Le représentant a dénoncé le fait que les nombreux appels de la communauté internationale pour qu’Israël mette fin à ces pratiques et mesures illégales soient restés lettre morte, laissant libre cours à Israël pour poursuivre le blocus de Gaza, les activités de peuplement et les punitions collectives, en violation flagrante du droit international humanitaire et des droits de l’homme.  Il ne fait aucun doute, a martelé le représentant, que les colonies de peuplement sont « un obstacle majeur » à la solution des deux États. 

L’Algérie, a-t-il souligné, exhorte la communauté internationale à honorer ses obligations à l’égard du peuple palestinien et à exercer des pressions sur Israël pour qu’il gèle toutes ses activités de peuplement dans les territoires palestiniens et arabes occupés.  L’Algérie rejette toute tentative de saper l’intégrité des résolutions adoptées depuis longtemps par l’Assemblée générale lesquelles réaffirment les droits inaliénables du peuple palestinien, les principes fondamentaux ainsi que les paramètres internationalement acceptés pour parvenir à une paix juste et durable conforme au droit international, aux résolutions pertinentes de l’ONU et à l’Initiative de paix arabe.

M. FARHAD MAMDOUHI (République islamique d’Iran) a relevé que depuis sa naissance, le « régime occupant » ignore le droit international et défie les décisions des institutions internationales, y compris les nombreuses résolutions de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, tout en violant d’autres instruments juridiques internationaux et en continuant de commettre des crimes de guerre et de parrainer le terrorisme d’État.  L’occupation des territoires palestiniens est « au cœur » de la crise du Moyen-Orient, a souligné le représentant.  Les actes criminels du « régime israélien » contre les Palestiniens et d’autres peuples de la région représentent aujourd’hui la plus grave menace à la paix et à la sécurité régionales et internationales.  Israël, a accusé le représentant, méprise tous les régimes internationaux relatifs aux armes de destruction massive, comme en témoigne son refus d’adhérer aux instruments tel que le Traité d’interdiction de non-prolifération (TNP).  Les armes nucléaires qui sont entre les mains de ce « régime » représentent la menace la plus grave à la sécurité de tout le Moyen-Orient.

Fort de la décision des États-Unis de transférer leur ambassade à Jérusalem et des autres changements politiques, le « régime israélien » s’attache désormais à nier, un par un, les droits des Palestiniens dont le droit à un État souverain.  Le représentant a appelé à la fin de l’occupation et des crimes et violations du « régime israélien » et au rétablissement des Palestiniens dans leurs droits inaliénables, dont le droit à l’autodétermination et à un État indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale.  L’Iran considère en outre que le Golan fait « partie intégrante » du territoire syrien.

M. MOHAMMED ATLASSI (Maroc) a relevé que, dans le cadre de la célébration hier, de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, le Roi du Maroc a envoyé une lettre au peuple palestinien pour leur réitérer « son soutien total » à l’avènement d’un État palestinien indépendant vivant côte-à-côte avec Israël.  Le Roi du Maroc, qui préside le Comité d’Al-Qods de l’Organisation de la coopération islamique, est très préoccupé par l’escalade d’Israël et sa détermination à modifier le statut de la Ville.  Le Maroc, a poursuivi le représentant, dénonce les violations systématiques et répétées de la mosquée Al-Aqsa, en dépit de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité.  Dans sa lettre, le Roi du Maroc rappelle d’ailleurs que les relations entre son pays et la Palestine ne datent pas d’hier: quand ils se rendent à la Mecque, les pèlerins marocains ne manquent jamais de faire une halte à la mosquée Al-Aqsa. 

Le Maroc, a souligné le représentant, tient à une solution juste et permanente, conforme à la solution des deux États, aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et à l’Initiative de paix arabe.  Toutes les forces éprises de paix doivent considérer Jérusalem comme « un site de coexistence pacifique et de tolérance » entre plusieurs religions.  De ce fait, toute tentative de modifier le statut de la Ville est contraire au droit international, a martelé le représentant qui a appelé à une solution consensuelle pour éviter que des terroristes et des extrémistes ne se servent de la question de Jérusalem pour justifier leurs actions dans la région.  Les mesures prises dans la Ville sainte pourraient avoir une signification religieuse qui compromettrait la coexistence pacifique entre religions, a mis en garde le représentant.  En définitive, la position du Maroc se base sur l’Initiative de paix arabe et la création d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale, dans les frontières du 4 juin 1967.  Le Maroc, a conclu le représentant, invite la communauté internationale à agir et à relancer le processus de paix avec un calendrier précis.  Le Maroc se tient prêt à s’investir dans toute initiative allant dans ce sens.

M. LUIS BENIGNO GALLEGOS CHIRIBOGA (Équateur) a rappelé la résolution du 29 novembre 1947 relative à la création des deux États et affirmé que la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien « n’est pas une journée de célébration mais une journée de frustration ».  L’Équateur, a-t-il dit, maintient sa position de principe aux côtés du peuple palestinien et renouvelle son appel à la fin de la violence.  Le représentant a voulu voir des mesures « sérieuses » pour résoudre la crise humanitaire des Palestiniens et permettre aux enfants de jouir de leurs droits les plus élémentaires.  Rappelant que son pays avait reconnu, en septembre 2010, l’État de Palestine, il a réitéré les droits inaliénables du peuple palestinien et le caractère « nul et non avenu » des décisions et activités israéliennes dans les territoires occupés.  Il a plaidé en faveur de la création d’un État de Palestine, membre à part entière de l’ONU.  « Il faut la paix maintenant au Moyen-Orient », a-t-il conclu. 

M. OSCAR R. DE ROJAS (Ordre souverain de Malte), a souligné, « comme beaucoup d’autres », que Jérusalem ne devrait appartenir pas à une seule nation, mais au contraire « à nous tous », « à l’humanité entière ».  C’est une ville sacrée pour les trois grandes religions monothéistes et un lieu de pèlerinage et d’inspiration pour une infinité de personnes à travers les millénaires.  Lorsque l’Assemblée générale a, pour la première fois en 1947, abordé la question de Palestine, elle a décidé « avec sagesse » d’accorder, dans le cadre du plan de partition, un « régime international spécial » à la Ville, laquelle devait être administrée par les Nations Unies.  Les frontières du « corpus separatum » étaient même décrites dans une carte détaillée attachée à la résolution 181 (II).  Le représentant s’est donc félicité que le projet de résolution soumis aujourd’hui mentionne la résolution 181 et réaffirme que « la communauté internationale s’intéresse légitimement, par l’intermédiaire de l’Organisation des Nations Unies, à la question de la ville de Jérusalem et à la protection de ses particularités spirituelles, religieuses et culturelles ».  Le représentant a aussi salué le fait que le projet de résolution souligne que « tout règlement global, juste et durable de la question de la ville de Jérusalem doit comporter des dispositions assorties de garanties internationales qui assurent la liberté de religion et de conscience de ses habitants, et garantissent aux personnes de toutes les religions et nationalités l’accès permanent, libre et sans entrave aux lieux saints ».  Seul, a conclu le représentant, un statut internationalement garanti pourra préserver le caractère unique de Jérusalem, le dialogue et la réconciliation.  Il est juste et il est temps que les Nations Unies agissent. 

M. MOUNZER MOUNZER (République arabe syrienne) a rappelé que l’Assemblée générale examine la situation au Moyen Orient depuis 1970, « prie » chaque année Israël de mettre fin à l’occupation des territoires arabes et souligne, à chaque fois, l’illégalité de toutes les mesures prises par la Puissance occupante pour imposer ses lois, son autorité et son administration à Jérusalem et dans le Golan syrien occupé.  Le représentant a aussi rappelé les résolutions 487 (1980) et 497 (1981) du Conseil de sécurité sur le Golan syrien occupé, sans oublier les autres textes dans lesquels les mesures prises par Israël, notamment les colonies de peuplement, sont qualifiées de « nulles et non avenues ».  Israël est donc le seul État de la région à avoir refusé de respecter les résolutions de l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité qui ont atteint la centaine.  Le représentant a insisté sur le droit au retour des réfugiés, conformément à la résolution 194 de 1948.  Il a dénoncé la loi sur l’État-nation juif, qu’il a qualifiée de « raciste », de même que le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

Le peuple syrien, a-t-il poursuivi, souffre aussi de l’occupation du Golan et des pratiques illégales visant à modifier l’histoire régionale, à voler le patrimoine et à exploiter les ressources naturelles.  Il a en particulier dénoncé la tentative d’Israël d’imposer des élections municipales contre lesquelles la population syrienne a vivement résisté.  Il a milité pour le droit des habitants de la région de pratiquer leur culte, leur culture, leur langue.  Il a demandé la libération de Sedqi Suleiman Al-Maqet, emprisonné depuis 27 ans et qui vient d’écoper d’une nouvelle peine de 14 ans pour avoir dénoncé, notamment par le son et l’image, la complicité des « autorités occupantes » avec le Front el-Nosra et d’autres organisations terroristes.  Il a en outre exigé la remise en liberté des autres personnes arrêtées il y a quelques jours à peine, pendant les prétendues élections, dont le jeune Amel Abou Saleh.  Il n’y a pas de compromis possible: les colons israéliens doivent quitter notre terre, a prévenu le représentant avant de se tourner vers la communauté internationale: qu’attendez-vous pour mettre fin à l’occupation israélienne?  Il a fustigé la paralysie devant un État « qui fait concurrence aux groupes terroristes comme Daech ».  M. Mounzer a appelé tous les États à voter en faveur de tous les projets de résolution examinés aujourd’hui.     

Avant de fustiger l’échec du système international à mettre fin aux souffrances des peuples du Moyen-Orient, Mme FATHIMATH NUZUHA (Maldives) a appelé Israël à respecter les résolutions du Conseil de sécurité, à honorer ses obligations juridiques découlant des Accords d’Oslo et à mettre en œuvre l’Initiative de paix arabe et la Feuille de route du Quatuor.  Nous appelons une nouvelle fois aujourd’hui, à la fin de l’occupation illégale des terres palestiniennes et au rétablissement des Palestiniens dans leur droit légitime à l’autodétermination.  En Syrie, a poursuivi la représentante, la situation continue à se détériorer à cause d’un conflit qui entre dans sa septième année, avec des craintes qu’un autre n’éclate dans la province d’Edleb.  Elle a donc appelé la communauté internationale à prendre des mesures « plus décisives » pour mettre un terme aux souffrances des Syriens.  L’intervention humanitaire est « une nécessité absolue », a-t-elle encore déclaré, même si elle a dit attendre une solution politique.  La situation difficile au Moyen-Orient, a-t-elle mis en garde, est aggravée par les groupes terroristes comme Daech.  Rejetant l’idée de lier le terrorisme à une religion, une culture ou une tradition, la représentante a estimé que les facteurs du terrorisme doivent être traités grâce à une coopération internationale qui se concentre sur la lutte contre l’extrémisme violent.  Il est important, a-t-elle conclu, de sauver une région qui a été « le berceau de l’humanité » et à l’origine des premières avancées de la science et de la technologie.  La représentante a exprimé la disposition de son pays à travailler à une solution durable aux conflits « car les temps durs précèdent toujours la saison des espoirs ».

M. KORO BESSHO (Japon) a déclaré que dans tout le Moyen-Orient, la paix ne peut être atteinte que par des négociations politiques.  C’est en particulier le cas du conflit israélo-palestinien, où une reprise du dialogue entre les parties est clairement une nécessité.  La communauté internationale et l’Assemblée générale doivent continuer de jouer un rôle pour créer un environnement propice à la paix.  Ils doivent également rejeter toute activité qui aggrave la situation sur le terrain.  Le représentant a estimé que les mesures de confiance entre les parties doivent être encouragées par divers efforts internationaux.  À titre national, le Japon continuera de soutenir l’initiative « corridor pour la paix et la prospérité », qui encourage et appuie l’indépendance économique de la Palestine, a-t-il assuré.

M. VLADIMIR K. SAFRONKOV (Fédération de Russie) a dit que son pays entend « restaurer la stabilité dans la région du Moyen-Orient ».  Seul le dialogue permettra de résoudre les crises et de vaincre le terrorisme, malgré les divergences d’approches comme l’ont démontré les garants du processus d’Astana.  Si la communauté internationale créé un large front, comme l’a proposé le Président Vladimir Putin, elle avancera dans la lutte contre le terrorisme et la réalisation de la paix aussi bien au Yémen qu’en Libye, en Syrie et en Iraq. 

Le Moyen-Orient, a poursuivi le représentant, a un potentiel naturel et humain énorme.  Mais ce potentiel ne peut être exploité que si l’on cesse les ingérences étrangères.  La Fédération de Russie, a-t-il prévenu, rejettera toute tentative de revenir sur les accords antérieurs arrêtés par le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale.  La Fédération de Russie juge « crucial » le règlement du conflit israélo-palestinien pour améliorer la situation globale de toute la région.  Or malheureusement, « le fossé de la méfiance et de l’incompréhension » se creuse entre Israéliens et Palestiniens et la violence et les rhétoriques provocatrices l’emportent sur les appels à la paix.  Le représentant a espéré que l’accalmie relative qui prévaut en ce moment s’inscrira dans la durée et permettra les activités humanitaires et la relance du processus politique.  Toute initiative humanitaire doit être menée en collaboration avec les autorités légitimes palestiniennes avec à leur tête M. Mahmoud Abbas, a-t-il martelé.

Pour la Fédération de Russie, il est possible de parvenir à la paix en créant un État palestinien vivant côte-à-côte avec Israël.  Il faut donc rétablir un dialogue direct entre les parties et discuter de toutes les questions, y compris le statut final.  La Fédération de Russie maintient son idée de convoquer un sommet à Moscou, a souligné le représentant qui a aussi insisté sur l’importance qu’il y a à soutenir l’UNRWA.  Il faut, a-t-il poursuivi, créer les conditions propices au rétablissement de la confiance dans la région, y compris entre Israël et l’Iran.  En 1988, a-t-il rappelé, le Conseil de sécurité avait formulé la même demande.  La Fédération de Russie estime qu’une conférence globale sur la paix dans le Golfe persique pourrait être organisée et elle se tient prête à contribuer à une telle initiative.

Adoption des projets de résolution sur le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien (A/73/L.31); le Règlement pacifique de la question de Palestine (A/73/L.32); le Programme d’information spécial sur la question Palestine du Département de l’information (A/73/L.33); la Division des droits des Palestiniens du Secrétariat (A/73/L.34); Jérusalem (A/73/L.29); et le Golan syrien (A/73/L.30)

Au nom de l’Union européenne, l’Autriche a déclaré que selon son entendement, lorsqu’une résolution mentionne « Gouvernement palestinien », c’est bien de l’Autorité palestinienne qu’il s’agit.  Elle a aussi remis en question la validité de l’expression « déplacements forcés » pour laquelle l’Union européenne n’a pas de définition agréée.  En outre, certaines résolutions mentionnent les « lieux saints à Jérusalem, notamment l’esplanade des mosquées », ce qui est une source de préoccupations puisque nous devons respecter le statu quo de la Ville. Il a insisté sur « l’importance historique » de « tous » les lieux saints des trois religions monothéistes.

Nous avons, a rappelé Israël, accepté la résolution du 29 novembre 1947 sur la partition de la Palestine.  C’est le monde arabe qui ne l’a pas encore fait, préférant envoyer une coalition militaire contre nous.  Année après année, cette date historique du 29 novembre est l’occasion de s’en prendre à Israël.  Il est regrettable qu’au lieu de s’attaquer aux graves problèmes du Moyen-Orient, l’Assemblée générale adopte chaque année les mêmes résolutions.  Israël a ainsi vivement critiqué le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, de même que la Division des droits des Palestiniens qui soutient et glorifie le terrorisme.  Il est « choquant et honteux » qu’une bonne partie du financement de cette Division aille à l’achat de billets en classe affaire.  Cette Division, a poursuivi Israël, est un cas unique au sein de l’Organisation.  Israël a aussi reproché au Département de l’information (DPI) d’organiser des séminaires sur la paix au Moyen-Orient qui n’ont aucun rapport avec la paix.  Celui de cette année, s’est-il étonné, avait pour thème « La paix, 70 ans après la Nakba », ce qui appuie la thèse palestinienne et nie les droits d’Israël.  Ce sont là des attitudes « tendancieuses et dangereuses à la fois ».  Quant aux résolutions, l’une d’elle mentionne « l’esplanade des mosquées », montrant par-là le refus des Palestiniens de reconnaître les droits des Chrétiens et des Juifs à Jérusalem.  Malgré la réalité du terrain, et les soins que nous prodiguons aux blessés syriens, « c’est le déni qui prévaut ici », a conclu Israël, en appelant à voter contre les projets de texte. 

Les États-Unis ont également déploré le fait que l’Assemblée générale continue d’adopter, chaque année, des résolutions contre Israël qui, du fait de leur nature « tendancieuse », font reculer les perspectives de paix.  Comme les États restent muets sur les attaques menées par les Palestiniens contre les civils israéliens, les États-Unis ont dit leur intention de proposer un projet de résolution « autonome » sur le Hamas.  Appelant au rejet de tous les projets de texte, les États-Unis ont en outre reproché au Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien et à la Division des droits des Palestiniens du Secrétariat de coûter de l’argent alors qu’ils affichent « ouvertement » leur parti pris en faveur de la cause palestinienne.  Des textes de cet acabit ne sauraient faire avancer la cause de la paix, ont tranché les États-Unis.

Singapour a dit voter en faveur du texte portant sur le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, comme témoigne de son soutien à la solution des deux États.

Également au nom de l’Argentine, le Brésil a jugé important de voter en faveur du texte sur le Golan syrien afin de dénoncer le recours à la force pour saper l’intégrité territoriale d’un État Membre.  La question du Golan syrien doit être réglé dans le cadre d’un processus politique, a-t-il estimé.

L’Observateur de l’État de Palestine a remercié la communauté internationale pour son soutien aux résolutions, ce qui conforte le peuple palestinien dans sa lutte pour l’indépendance.  Il a dénoncé le fait que des délégations envisagent de présenter un « texte indépendant » jeudi prochain à l’Assemblée générale.  Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une tentative de vouloir détourner l’attention de la communauté internationale de la solution des deux États dans le respect des frontières de 1967.  Les coauteurs du projet, a-t-il accusé, ne veulent pas promouvoir la paix.  Bien au contraire, ils veulent briser le consensus international.  L’Observateur a appelé à voter contre.  

La République arabe syrienne a salué tous les États qui ont appuyé la résolution sur le Golan syrien laquelle confirme son droit de « récupérer chaque centimètre carré » de nos terres spoliées. 

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