Assemblée générale: des États réclament, pour la vingt-septième fois, la levée du blocus américain contre Cuba, « l’exemple même de l’action unilatérale »

AG/12085
31 octobre 2018
Soixante-treizième session, 29e séance plénière - matin

Assemblée générale: des États réclament, pour la vingt-septième fois, la levée du blocus américain contre Cuba, « l’exemple même de l’action unilatérale »

Pour la vingt-septième année consécutive, 31 délégations ont demandé aujourd’hui à l’Assemblée générale la levée du blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d’Amérique, l’« exemple même d’action unilatérale » et une question qui fait l’objet d’une résolution annuelle.  Le texte de 2018 sera présenté demain matin par la délégation cubaine, en même temps que huit amendements américains, une première sur ce point de l’ordre du jour.

Aujourd’hui, les délégations ont demandé aux États-Unis de respecter les 26 résolutions de l’Assemblée générale et de mettre fin sans condition à un blocus, contraire au droit international, aux principes de la Charte et au multilatéralisme, et constituant un obstacle à la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Après avoir imposé l’embargo au mois de février 1962, ce n’est qu’en juillet 2015 que les États-Unis ont rétabli leurs relations diplomatiques avec Cuba.  En 2016, dans une décision inédite, ils ont poussé sur le bouton « abstention » quand l’Assemblée générale a mis aux voix sa résolution annuelle.  Mais le 16 juin 2017, le Gouvernement américain a publié un mémorandum sur des changements à sa politique vis-à-vis de Cuba.  Le durcissement de la politique est également passé par le renforcement de l’application extraterritoriale du blocus qui restreint l’accès de Cuba aux financements et aux crédits.  D’après les estimations des autorités cubaines, le blocus aurait, directement ou indirectement, coûté 130 milliards de dollars à l’économie cubaine entre le début des années 1960 et avril 2017.

Aujourd’hui, des États s’abstiennent d’une coopération réelle avec Cuba par peur des sanctions américaines, a constaté la Fédération de Russie qui a dénoncé une « pratique illégale » et un « vestige de le guerre froide ».  La Communauté des Caraïbes (CARICOM) a prévenu que le blocus est un obstacle au développement régional.  « Nous devons prendre comme un affront », s’est indigné Saint-Vincent-et-les Grenadines, le fait que le parlement d’un État Membre puisse décréter des sanctions commerciales contre un autre État et affecté dans la foulée d’autres pays.  Ce « blocus inhumain constitue l’exemple même de l’action unilatérale », a-t-elle estimé. 

Le moment est venu, a conseillé le Venezuela, de considérer la mise en place d’un « front mondial du multilatéralisme et de la diplomatie pour la paix » qui prendrait des mesures concertées contre l’unilatéralisme et les mesures coercitives, au profit des relations d’amitié et de coopération.  Cette proposition n’a pas suffi à la Syrie: la résolution annuelle, a-t-elle argué, doit demander des réparations et des compensations pour les victimes cubaines du blocus et concevoir même des mécanismes concrets contre les mesures coercitives unilatérales.  La Syrie a aussi plaidé pour des indemnisations financières pour les dommages subis par les États qui sont sous le coup d’un blocus, attirant l’attention sur le rapport du premier Rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme sur l’impact négatif des mesures coercitives unilatérales sur la jouissance des droits de l’homme.   

Au cours des trois dernières années, la résolution annuelle sur la levée du blocus a été adoptée par 191 voix pour sur 193 votants, a rappelé la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), qui a vu là la confirmation de l’avis « universel » contre l’embargo.  Elle a invité les États-Unis à écouter l’appel des pays mais aussi celui de leur propre peuple contre le blocus « injuste » imposé à Cuba.

Pour la première fois, la délégation américaine compte défendre sa position en présentant huit amendements portant sur la situation à Cuba, dont les difficultés d’accès à l’information, les restrictions drastiques à la liberté d’expression, le manque total d’indépendance de la magistrature, les arrestations et détentions arbitraires et l’absence des femmes dans les organes de décision les plus influents.  Les États-Unis entendent également demander à Cuba de prendre des mesures pour établir les responsabilités dans toutes les violations graves des droits de l’homme.

Ces amendements, ont tranché l’Afrique du Sud et la Namibie, ne sont qu’« une tentative de dissimuler les graves violations des droits de l’homme découlant de l’embargo contre le peuple cubain ».  La Bolivie a dénoncé des textes qui visent à détourner le sens même de la résolution de cette année.  La Syrie a ironisé sur des libellés qui cherchent difficilement à justifier le blocus et à trouver encore plus difficilement un fondement juridique à des mesures « injustes et inqualifiables ». Un avis partagé par d’autres délégations qui ont salué la résilience de Cuba et son taux de développement humain élevé, à la soixante-huitième place en 2017 sur 195 pays et territoires classés, note le Bureau du Coordonnateur résident des Nations Unies.  Si par ce blocus, ils essayent de « donner une gifle à Cuba, cette petite île extraordinaire et digne », c’est nous tous qui devons la ressentir et vibrer d’indignation, a déclaré la Bolivie.  Avec cet embargo, ce sont douze millions de Cubains qui risquent d’être « laissés sur le côté », donnant une bien mauvaise image au Programme 2030, a averti l’Organisation de coopération islamique (OCI).

L’Assemblée générale poursuivra ce débat demain jeudi 1er novembre à partir de 10 heures.

NÉCESSITÉ DE LEVER LE BLOCUS ÉCONOMIQUE, COMMERCIAL ET FINANCIER IMPOSÉ À CUBA PAR LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE

Pour l’examen de cette question, l’Assemblée générale était saisie du rapport du Secrétaire général (A/73/85) contenant les informations des gouvernements et des organes et organismes des Nations Unies sur l’application de la résolution 72/4 de l’Assemblée relative à la nécessité de lever le blocus imposé à Cuba.

Débat général

Au nom du Groupe des États d’Afrique, M. OMAR HILALE (Maroc) a considéré que les sanctions économiques contre Cuba ont entraîné des conséquences socioéconomiques pour la population, en particulier les groupes vulnérables.  La levée du blocus est une question très importante pour le Groupe africain et pour l’Afrique en général, a-t-il affirmé, rappelant qu’à l’occasion de la trentième session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine, en janvier dernier, les chefs d’État et de gouvernement avaient regretté le recul dans les relations bilatérales entre Cuba et les États-Unis et exhorté le Gouvernement américain à lever le long blocus « injustifié » imposé au peuple cubain.  Le représentant a encouragé le dialogue pour résoudre cette question et permettre à Cuba de contribuer concrètement au développement mondial.  Il a, en conclusion, résolument appuyé le projet de résolution de cette année et s’est dit convaincu qu’il est possible de trouver une solution diplomatique et politique, bénéfique aux deux nations et aux autres. 

Au nom du Groupe des 77 et la Chine, M. MOHAMED FATHI AHMED EDREES (Égypte), a regretté que le blocus qui dure depuis bientôt 60 ans soit encore appliqué voire renforcé.  Il s’est souvenu des mesures positives prises par la précédente administration américaine entre 2015 et 2016 qui, même si elles étaient toujours inadéquates pour mettre fin à l’embargo, allaient dans la bonne direction.  Il a regretté la nouvelle politique de la Maison Blanche, la considérant comme un retour en arrière dans le processus de normalisation.  Réitérant l’engagement de son Groupe en faveur des principes de souveraineté nationale, de non-ingérence dans les affaires intérieures des États, de libre-échange et de libre navigation, le représentant a appelé à la levée immédiate du blocus qui est un frein à la réalisation par Cuba du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Cuba, a-t-il plaidé, n’a jamais renoncé à sa solidarité à l’égard de la communauté internationale.  Le représentant a illustré ses propos par l’assistance médicale qu’a offerte Cuba lors de la crise d’Ebola en Afrique de l’Ouest.  Il a espéré qu’avec la levée « permanente » de l’embargo, Cuba aura enfin la chance « bien méritée » de coopérer pleinement avec la communauté internationale. 

Au nom du Mouvement des pays non alignés, M. SAMUEL MONCADA (Venezuela) a réitéré, une fois de plus, son rejet catégorique des mesures coercitives unilatérales.  Le blocus contre Cuba viole non seulement le droit international, la Charte des Nations Unies et les normes et principes régissant les relations pacifiques entre les États, mais il constitue aussi une violation du droit de Cuba d’interagir pleinement avec la communauté internationale, a précisé le représentant.  Le blocus, a-t-il martelé, montre combien les mesures coercitives unilatérales ont des répercussions négatives sur le bien-être des peuples qui se voient empêchés de jouir pleinement de leurs droits humains, y compris du droit au développement.  Ces mesures affectent tous les secteurs vitaux de l’économie cubaine, y compris la santé publique, la nutrition et l’agriculture, sans oublier le commerce, l’investissement, le tourisme et les banques.  Ces mesures ont empêché Cuba d’accéder aux marchés, de recourir aux institutions financières internationales et de profiter du transfert des technologies.  Elles constituent, a tranché le représentant, le principal obstacle à un meilleur accès à Internet, à la participation aux échanges d’idées et au développement des relations scientifiques, sportives et culturelles.

Pour le Mouvement, le rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis était un premier pas positif dans le processus de normalisation. Malheureusement, le blocus, toujours en vigueur, risque même d’être renforcé par l’actuel Président américain.  Rappelant que 191 États Membres de l’ONU ont voté l’année dernière pour demander sa levée, le représentant a appelé une fois de plus le Gouvernement des États-Unis à céder à la volonté de la grande majorité de la communauté internationale et à mettre fin « immédiatement et absolument » au blocus.

En sa capacité nationale, M. Moncada a réaffirmé que, pour le Venezuela, le blocus est une expression manifeste de la politique d’ingérence des États-Unis, visant à empêcher cette nation latino-américaine et caribéenne d’exercer de manière souveraine et indépendante son droit à l’autodétermination.  Il a prié le Président des États-Unis d’user de son pouvoir exécutif pour modifier substantiellement ce blocus « unilatéral, criminel et cruel » en vue de sa levée définitive.  M. Moncada a appelé les États Membres à rejeter les propositions d’amendements présentées par la délégation américaine qui, selon lui, n’ont d’autre but que de détourner l’attention de la question centrale examinée aujourd’hui.  Le moment est venu, a-t-il dit, de considérer la mise en place d’un « front mondial du multilatéralisme et de la diplomatie pour la paix » qui prendrait des mesures concertées contre l’unilatéralisme et les mesures coercitives au profit des relations d’amitié et de coopération.

Au nom de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes) (CELAC), M. RUBÉN ARMANDO ESCALANTE HASBÚN (El Salvador) a salué les étapes franchies en 2015 et 2016 par Cuba et les États-Unis dans le cadre de la normalisation de leurs relations.  La CELAC, a-t-il dit, déplore le fait que le blocus soit toujours une réalité et un obstacle majeur au développement normal de Cuba.  La CELAC regrette que l’administration américaine actuelle ait annoncé de nouvelles mesures pour renforcer le blocus, amorçant ainsi une marche arrière.  Pour la CELAC, a souligné le représentant, le blocus imposé contre Cuba est contraire à la lettre, à l’esprit et aux principes et buts de la Charte et du droit international.  La CELAC rejette catégoriquement les lois et mesures contraires au droit international, comme la loi Helms-Burton et ses effets extraterritoriaux.  Le représentant a rappelé qu’au cinquième Sommet de la CELAC, à Punta Cana, le 25 janvier 2017, une Déclaration spéciale a été adoptée pour demander la levée du blocus.  La CELAC estime aussi, a-t-il poursuivi, que la rétrocession de Guantanamo à Cuba contribuerait à la normalisation des relations entre les deux pays.  Il a rappelé qu’en 2015, 2016 et 2017, la résolution annuelle sur la levée du blocus avait été adoptée par 191 voix pour sur 193 votants, ce qui confirme l’avis « universel » contre le blocus.  Il a invité les États-Unis à écouter l’appel des pays d’Amérique latine et des Caraïbes et de ceux de toutes les régions du monde.  Les États-Unis doivent aussi écouter l’appel de leur propre peuple et mettre un terme une fois pour toutes au blocus « injuste » contre Cuba, a tranché le représentant. 

Au nom de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. BURHAN GAFOOR (Singapour) a appelé, à son tour, à la levée de l’embargo unilatéral contre Cuba, et ce, dès que possible.  Notant que les relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba ont été rétablies voilà trois ans, il a encouragé les deux pays à poursuivre sur cette voie pour parvenir à la normalisation.  La levée du blocus serait un pas « historique » dans cette direction, a-t-il estimé car elle améliorerait de manière significative la qualité et le niveau de vie du peuple cubain et contribuerait au développement économique des deux pays.

Au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), Mme SHEILA CAREY (Bahamas) a réitéré son opposition sans équivoque à un blocus qui s’éternise depuis 60 ans, occasionnant des problèmes à deux générations de Cubains.  Cela fait 20 ans, a-t-elle rappelé, que l’Assemblée générale s’oppose, à une majorité « écrasante », à cette mesure coercitive unilatérale, qui contrevient aux préceptes du droit international, y compris le droit humanitaire, et qui est contraire au libre-échange et aux normes et principes régissant les relations pacifiques entre États.  La résolution annuelle sur la nécessité de lever le blocus a recueilli, ces dernières années, l’appui de tous les États Membres, à l’exception de deux.  Ces votes quasi unanimes indiquent clairement la désapprobation de l’ensemble des membres de l’ONU qui sait que le blocus est contraire à la doctrine du multilatéralisme, aux principes de souveraineté nationale et de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays consacrés par la Charte des Nations Unies. 

Le blocus « punitif » est un motif d’inquiétude pour la CARICOM qui partage avec Cuba une histoire, une culture et des liens familiaux.  Cuba est le pays le plus peuplé de la région et une partie intégrante du processus pan-Caribéen, a souligné la représentante.  Elle a mis l’accent sur les liens étroits de coopération avec Cuba, dans les domaines du commerce, de la santé, des infrastructures et du renforcement des capacités humaines.  La CARICOM considère donc que le blocus est un obstacle au développement régional.  Mme Carey a souligné que Cuba est un pays « ami de tous, pacifique et généreux », un partenaire qui participe aux affaires internationales et « la voix de la raison » sur les questions de l’agenda mondial.  La CARICOM insiste sur le droit à l’autodétermination du peuple cubain, a poursuivi la représentante, qui s’est alarmée à son tour du recul dans la normalisation des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis.  Tout en se gardant de s’immiscer dans les relations bilatérales des autres pays, la CARICOM, a-t-elle dit, souhaite tout de même rappeler les principes qui guident les relations de bon voisinage entre États. 

En tant qu’acteur important des affaires internationales, les États-Unis doivent être ouverts aux points de vue et préoccupations de leurs amis et partenaires traditionnels.  La représentante a salué la récente visite à Cuba du Président de la Commission des affaires étrangères du Sénat américain, M. Bob Corker, pour discuter des relations entre les deux pays.  La CARICOM, a-t-elle conclu, tient à ses relations amicales avec ses deux voisins, Cuba et les États-Unis, qui ne sont séparés que par 145 kilomètres.   

Au nom de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), M. TAREQ MD ARIFUL ISLAM (Bangladesh), a estimé que les souffrances « injustes » du peuple cubain n’ont que trop duré.  Le blocus a heurté non seulement l’économie cubaine mais aussi le bien-être et les droits humains fondamentaux du peuple cubain.  Ce blocus est contraire à la Charte des Nations Unies et l’OIC s’y oppose fermement, a dit le représentant, qui a ajouté que ces mesures affectent également d’autres pays, entités et entreprises qui risquent des amendes s’ils font du commerce avec Cuba.  C’est l’érosion même du libre-échange, a dénoncé le représentant qui a ajouté que ce « blocus sans fin » entrave l’engagement du peuple cubain à réaliser les objectifs de développement durable.  Ce sont 12 millions de Cubains qui seraient « laissés sur le côté », donnant une bien mauvaise image au Programme 2030.  Le représentant a réaffirmé le ferme appui de l’OCI à la résolution de cette année et appelé les autres États à voter en sa faveur comme ils l’ont fait les années précédentes.

M. OPIMAH (Bélarus) a déclaré que son pays s’était toujours prononcé contre l’application de mesures coercitives unilatérales, « inacceptables » dans le monde actuel et à rejeter par tous.  Avec de telles mesures, comment espérer un dialogue constructif entre les deux pays?  Comment espérer que Cuba puisse nouer des relations bilatérales avec les autres?  Le représentant a appelé à la « volonté politique » et à « l’audace » pour engager un dialogue sincère.  Il a demandé la levée complète et irréversible du blocus.  Seules des mesures sérieuses dans cette direction permettront des relations positives entre Cuba et les États-Unis, a-t-il conclu sous les applaudissements. 

M. DANG DINH QUY (Viet Nam) a avoué s’être senti encouragé, il y a quelques années, par l’intention explicite du Gouvernement américain d’ouvrir un nouveau chapitre dans ses relations avec Cuba, y compris en appelant le Congrès à lever l’embargo.  Malheureusement, ces développements positifs se sont évanouis avec le renforcement de l’embargo en avril de l’année dernière.  Ces mesures coercitives induisent de nouvelles tensions dans les relations bilatérales et provoquent de graves dommages au peuple cubain, en particulier aux groupes les plus vulnérables comme les femmes et les enfants, a fait observer le représentant.  Pays ayant souffert d’un embargo commercial pendant 19 ans, le Viet Nam comprend parfaitement les difficultés et les problèmes de Cuba.  La réalité des relations entre les États-Unis et Cuba montre que seul un dialogue constructif peut favoriser une confiance mutuelle et des changements positifs.  Le représentant a indiqué qu’il voterait en faveur de la résolution de cette année et a exhorté le Gouvernement américain à infléchir sa politique à l’égard de Cuba, non seulement pour le bien des deux peuples, mais aussi pour une paix et un développement durables dans la région. 

M. SONG KIM (République populaire démocratique de Corée) a affirmé son plein soutien à la résolution de cette année et condamné le blocus comme une entrave aux principes de souveraineté nationale, un crime contre l’humanité et une violation des droits de l’homme et de la Charte des Nations Unies.  Rappelant l’appel unanime à la levée du blocus pour créer un environnement favorable au développement durable, M. Song a affirmé que les pertes économiques que Cuba a enregistrées depuis l’embargo s’élèvent à 10 000 milliards de dollars.  Non content de cette situation, a-t-il dénoncé, le Secrétaire américain du Trésor a décidé d’ériger des obstacles supplémentaires aux opportunités déjà limitées des entrepreneurs de son pays à Cuba.  Ceci montre, selon le représentant, que les États-Unis n’ont aucunement l’intention de remettre en cause le blocus, en a conclu le représentant.

M. E. COURTENAY RATTRAY (Jamaïque) a rappelé que le blocus est un affront à la volonté collective de la communauté internationale qui a toujours demandé sa levée.  Il a regretté que les nouvelles mesures prises par les États-Unis soient contraires au rapprochement esquissé, ces dernières années.  Pour la Jamaïque, l’application extraterritoriale des lois américaines est une violation du droit international, de la Charte des Nations Unies et des normes du multilatéralisme.  Comment peut-on maintenir le blocus contre Cuba alors que la communauté internationale a pris l’option du Programme 2030 qui exige que « personne ne soit laissé sur le côté », s’est impatienté le représentant.

M. TANMAYA LAL (Inde) a indiqué que l’existence même de ce blocus nuit à la crédibilité des Nations Unies.  Plus grande démocratie au monde, l’Inde, a dit son représentant, est attachée au multilatéralisme et catégoriquement opposée à ce blocus qui affecte la vie des Cubains dont il faut saluer les réalisations malgré les mesures coercitives qui les accablent.  Le blocus, a prévenu le représentant, met à mal la faculté du pays à réaliser le Programme 2030.  L’Inde soutient fermement la résolution de cette année, a-t-il conclu.

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a rappelé que Cuba entretient de bonnes relations avec les pays du Sud, dans le cadre de la coopération Sud-Sud.  Au prix de sacrifices majeurs, Cuba a joué un grand rôle pour la libération de l’Afrique du Sud, a rappelé le représentant, en saluant la qualité des relations bilatérales entre les deux États.  Il a déploré le fait que les avancées dans la normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba aient fait volte-face.  Il a salué le courage du peuple cubain qui, malgré les obstacles, s’évertue à œuvrer pour son développement, comme en témoignent les progrès de sa médecine.  Pour l’Afrique du Sud, les projets d’amendements présentés aujourd’hui sont « une tentative de dissimuler les graves violations des droits de l’homme découlant de l’embargo contre le peuple cubain ».

M. NEVILLE MELVIN GERTZE (Namibie) a mis l’accent sur le fait que le blocus imposé depuis plus de 60 ans avait, à l’origine, pour but de provoquer un changement de régime dans l’île.  En 2016, a-t-il dit, nous avions noté avec satisfaction un changement de ton de la part du Gouvernement des États-Unis et espéré une levée du blocus.  Au lieu de cela, s’est désolé le représentant, nous avons assisté à une aggravation des tensions, non pas parce que Cuba a fait preuve de mauvaise volonté à l’égard des États-Unis mais simplement parce qu’elle continue d’exercer son droit souverain de choisir son propre modèle de gouvernement.  De l’avis de M. Gertze, ce blocus, contraire au droit international et à la Charte de l’ONU, constitue une violation des droits de l’homme et de la dignité des Cubains.  De plus, il continue d’avoir des graves répercussions sur l’économie cubaine, notamment sur le commerce extérieur et les investissements, ce qui prive le peuple et le Gouvernement cubains des revenus de l’exportation des biens et services, a fustigé le délégué.

Observant que la signature, le 17 juin 2017, par l’actuelle Administration américaine, de la directive sur le renforcement de la politique des États-Unis à l’égard de Cuba marque un recul dans les relations bilatérales entre les deux nations, M. Gertze a pris note des propositions d’amendements des États-Unis à la résolution annuelle.  Il y a vu une tentative de justifier cette « grave violation des droits humains du peuple cubain ».  En conclusion, il a appelé les États Membres à rejeter la manœuvre américaine et à soutenir le peuple cubain, en obtenant la levée sans condition du blocus.     

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a maintenu la position de principe de son pays face à la résolution présentée par Cuba.  Nous sommes solidaires de la communauté internationale et nous demandons la levée immédiate du blocus, a souligné le représentant, devant une « pratique illégale » et un « vestige de le Guerre froide » qui sont contraires aux principes de la Charte et de la coopération internationale.  Il a rappelé qu’en 2016, les États-Unis s’étaient abstenus, pour la première fois en plus d’un demi-siècle, lorsque l’Assemblée a mis la résolution annuelle aux voix.  Mais, a-t-il fait observer, l’atténuation des mesures coercitives engagées par l’Administration précédente n’ont pas été mises en œuvre.  Les restrictions font toujours obstacle aux échanges commerciaux et même à l’achat de médicaments et la majorité des États s’abstient toujours d’une coopération réelle avec Cuba par peur des sanctions américaines.  Le représentant a donc formulé le vœu que les discussions entre les deux pays se poursuivront.  Sous les applaudissements, il a déclaré que son pays votera résolument pour la résolution de cette année et a appelé tous les autres États à faire preuve de solidarité envers le peuple cubain.

M. JUAN JOSÉ IGNACIO GÓMEZ CAMACHO (Mexique) a souligné que la participation de sa délégation à ce débat est d’une importance « cruciale » pour réaffirmer l’engagement en faveur des relations internationales reposant sur la croissance économique, le développement social et le règlement pacifique des différends, et ce, dans le respect mutuel.  C’est d’ailleurs dans cet esprit que le Mexique a fortement soutenu le processus nécessaire de normalisation des relations de ces dernières années entre Cuba et les États-Unis.  Le représentant a réitéré son opposition catégorique aux mesures unilatérales contre Cuba et aux lois commerciales discriminatoires prétendument de portée extraterritoriale.  Il a appelé à la reprise du dialogue entre les deux pays tant il s’est dit convaincu que la levée du blocus permettra à Cuba d’améliorer le niveau de vie de son pays, d’accéder au système financier international et d’accroître les flux commerciaux et les investissements, au profit de toute la région.  La levée du blocus favorisera encore les avancées dans la réalisation intégrale du Programme 2030, a-t-il estimé, renvoyant à l’indice élevé de développement humain affiché par Cuba malgré 60 ans de blocus.  Ces performances, a-t-il rappelé, ont été reconnues dans le dernier rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sur le développement humain en Amérique latine et dans les Caraïbes.  Le rapport reconnaît en effet l’accès universel et gratuit aux services sociaux de base et les succès dans la lutte contre la pauvreté et la faim.  Après avoir rappelé la relation « historique et très étroite » entre le Mexique et Cuba, fortifiée par un dialogue politique « fluide, intense et marqué du sceau de la confiance », le représentant a assuré que son pays continuera à suivre les efforts entrepris par Cuba pour actualiser son modèle de développement économique et social et réformer sa Constitution dans le but de s’aligner avec cette nouvelle ère et ses nouveaux besoins.  Le blocus ne favorise en rien le changement, a-t-il prévenu.

M. MA ZHAOXU (Chine) a appelé à la levée immédiate du blocus et regretté que les dernières résolutions de l’Assemblée générale soient restées lettre morte, mettant à mal les efforts de développement du peuple cubain.  La Chine, a dit le représentant, a toujours défendu le droit de chaque pays de choisir ses propres options de développement, d’autant plus que le monde traverse une période de changement sans pareil, marquée par des relations égalitaires.  Encouragé par le fait que les États-Unis et Cuba aient rétabli leurs relations diplomatiques, il y a trois ans, le représentant a espéré qu’ils parviendront bientôt à des rapports « normaux », conformes aux principes de la Charte.  En attendant, il s’est prononcé pour la résolution présentée aujourd’hui par Cuba. 

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLĺZ (Bolivie) a estimé que le blocus illustre parfaitement les problèmes de l’ONU.  Chaque année depuis 26 ans, la communauté internationale demande la levée de ce blocus et pour la vingt-septième fois, a-t-il souligné, l’Assemblée générale se réunit, de nouveau, pour demander aux États-Unis de respecter ses obligations.  La question du blocus est « centrale » parce que le pays concerné est un membre permanent du Conseil de sécurité et l’hôte du Siège de notre Organisation.  Le représentant a déploré « le silence » de ce pays face aux appels de l’Assemblée générale et dénoncé des amendements qui visent à détourner le sens même de la résolution de cette année.  Il a lancé un message de solidarité en faveur de « cette petite île » qui, en dépit des obstacles, a pu partager les bienfaits de son développement avec d’autres peuples de la planète. Quand les ouragans soufflent, les séismes frappent, les épidémies s’écrasent sur l’Amérique, l’Afrique ou l’Asie, « Cuba est là », a martelé le représentant. 

Il s’est impatienté devant « les attaques délibérées contre le multilatéralisme » partout dans les grandes commissions de l’Assemblée générale.  Regardez ce qui se passe avec l’Accord de Paris, avec la Cour pénale internationale ou avec le Conseil des droits de l’homme, a lancé le représentant, jugeant qu’« aujourd’hui, ce n’est pas seulement de Cuba dont on parle car c’est l’ensemble du système multilatéral qui est en danger ».  Le représentant a estimé qu’il s’agit en réalité de défendre le système multilatéral, les nations et les buts et principes « qui nous rassemblent en tant que communauté internationale ».  Si par ce blocus, ils essayent de « donner une gifle à Cuba, cette petite île extraordinaire et digne », c’est nous tous qui devons la ressentir et vibrer d’indignation, a dit le représentant.

M. SABRI BOUKADOUM (Algérie) a indiqué que chaque année, l’adoption unanime et par une majorité écrasante d’une résolution appelant à la levée du blocus contre Cuba est un message qu’il ne faut guère ignorer.  Ce message reflète le ferme appui et la solide volonté de la communauté internationale de mettre un terme au blocus « injuste » imposé à Cuba depuis six décennies.  Ces sanctions « injustifiées » exacerbent la situation du peuple cubain et entravent les efforts du pays dans la mise en œuvre du Programme 2030.  L’Algérie, a dit le représentant, a toujours reconnu le droit de Cuba au libre-échange et à la liberté de navigation.  Cuba a le droit d’élargir son commerce sur une base mutuellement agréée avec n’importe quel partenaire.

Le représentant a souligné que son pays a toujours rejeté l’imposition de mesures unilatérales ou de règles extraterritoriales entravant le développement d’un pays donné et de toutes les formes de mesures coercitives économiques et commerciales.  Cette position reflète les principes immuables de la politique étrangère de l’Algérie, a-t-il déclaré, ajoutant que Cuba est « une amie » qui s’est tenue aux côtés de son pays dans les périodes difficiles.  Les Cubains ont eu cette solidarité agissante dans beaucoup de contrées du monde, a rappelé M. Boukadoum, qui a également reconnu le savoir-faire et l’expertise indéniable des médecins cubains, lesquels l’ont toujours démontrée, bien au-delà de leurs frontières.  Alors même que d’autres restaient chez eux, les Cubains, eux, sont allés se battre contre l’Ebola en Afrique, au nom et pour le bien de la communauté internationale tout entière sans demander de retour d’ascenseur.  Les médecins cubains ont d’ailleurs été salués plus tard par tous les États Membres.  Le temps est venu, a conclu le représentant, de relancer l’élan positif imprimé ces dernières années dans les relations entre Cuba et les États-Unis.  

Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a noté que les Nations Unies réclament depuis 1992 la fin de l’embargo et que cette exigence demeure nécessaire car le blocus est contraire à la Charte.  Il est une violation du droit international et du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États.  Le blocus, a-t-elle poursuivi, est inhumain et constitue l’exemple même de l’action unilatérale.  Personne ici, a poursuivi la représentante, n’a le droit de dicter aux États-Unis sa politique étrangère, de choisir pour eux leurs amis ou de définir leurs intérêts nationaux.  Mais tout le monde ici a l’obligation, en vertu de la Charte, de s’opposer aux situations où des décisions de politique étrangère se transforment en violation du droit international ou en mépris flagrant des principes d’égalité souveraine et de non-ingérence dans les affaires intérieures, a tranché la représentante.  Les arguments avancés depuis des décennies n’ont jamais réussi à convaincre un total de 191 États Membres du bien-fondé du blocus.  Nous devons prendre comme un affront, s’est indignée la représentante, le fait que le parlement d’un seul État Membre puisse décréter des sanctions commerciales contre un autre État et affecté dans la foulée d’autres pays.  Les allégations changeantes d’un pays contre un autre ne suffisent pas pour imposer un blocus et c’est une question dont il faut discuter ici aux Nations Unies, a-t-elle martelé.

Nous avons commencé, a rappelé Mme King, à mettre en œuvre le Programme 2030.  Quelle place un embargo a-t-il dans notre monde moderne?  Dans ce monde interconnecté aux frontières ouvertes et à la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux, comment peut-on être le champion et l’architecture de la mondialisation et en même temps légiférer sur l’isolement d’un État ou imposer des restrictions extraterritoriales sur le commerce et la libre circulation des personnes?  Ériger un obstacle au développement de Cuba et critiquer, en même temps, « ses nobles efforts » dans la mise en œuvre du Programme 2030 échappe à toute logique, s’est emportée la représentante.  La réalisation des objectifs de développement durable est un processus et nous devons, a estimé la représentante, mettre en garde quiconque voudrait l’invoquer pour marquer des points politiques.  Le fait est que, malgré le blocus, Cuba a engrangé d’énormes progrès en matière de développement, tout en demeurant un allié de Saint-Vincent-et-les Grenadines, même dans les temps difficiles.  Mme King a donc réclamé la fin d’un embargo « absurde », comme une condition préalable à tout rapprochement digne de ce nom entre Cuba et les États-Unis.

M. GHOLAMALI KHOSHROO (Iran) a noté que le blocus contre Cuba est « le plus injuste et le plus long » de l’histoire moderne.  C’est un exemple patent de l’unilatéralisme américain.  Les tendances « obstinées et pathologiques » des sanctions unilatérales, en particulier sous l’Administration actuelle, ont infligé d’énormes dégâts à tous les secteurs de l’économie cubaine et imposé des épreuves au peuple cubain, l’empêchant de jouir pleinement de ses droits humains.  Malheureusement, a regretté M. Khoshroo, au XXIe siècle, les États-Unis ont toujours recours à une rhétorique « incendiaire et hostile » des pires moments de la guerre froide.  Les États-Unis ne tirent aucune leçon de leur politique sans vision vis-à-vis de Cuba comme du Moyen-Orient.  Soumis lui-même à des mesures coercitives unilatérales imposées par les États-Unis depuis plus de 37 ans, l’Iran partage tout à fait les préoccupations de Cuba et sait que le Gouvernement américain utilise les sanctions comme un instrument pour servir ses intérêts.  Ainsi, la résolution 2231 (2015) du Conseil de sécurité était censée lever les sanctions imposées à l’Iran mais les États-Unis, pourtant un des principaux négociateurs du Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien, punissent et menacent des États souverains aujourd’hui, non pas parce qu’ils violent la résolution mais parce qu’ils la respectent.  La guerre économique des États-Unis n’affecte pas seulement le peuple iranien, elle a aussi des répercussions sur d’autres pays. Réimposer des sanctions après le retrait unilatéral d’un accord international montre combien les États-Unis ne sont pas du tout dignes de confiance, a asséné le représentant.

Mme KUMBIRAYI TAREMBA (Zimbabwe) a déclaré qu’il y a deux ans, il semblait que l’Assemblée générale allait vivre un grand moment lorsque l’un des plus grands vestiges des injustices d’une histoire troublée pouvait finalement être éliminé.  À l’instar de beaucoup d’autres pays, le Zimbabwe avait alors espéré que ce serait le premier jalon du processus de normalisation entre Cuba et les États-Unis.  Or, depuis avril 2017, cet optimisme a été échaudé.  Au moment où tous les pays devraient œuvrer de concert pour mettre pleinement en œuvre le Programme 2030, certains échafaudent de nouveaux plans pour empêcher un État souverain de réaliser son droit au développement et de veiller à ce que ses citoyens ne soient pas laissés sur le côté, pendant que le reste du monde prospère.  Mme Taremba a jugé affligeant, voire incompréhensible qu’autant d’argent soit gaspillé pour perpétuer l’isolement économique, commercial et financier d’un petit État en développement et de sa population.  Elle a condamné la promulgation et l’application de mesures coercitives unilatérales à portée extraterritoriale et jugé qu’il est temps de jeter ce blocus « injuste » aux oubliettes de l’histoire.  Elle a noté la disposition de Cuba à dialoguer et encouragé des pas réciproques « de l’autre côté » pour l’intérêt des Cubains et de la communauté internationale tout entière. 

M. BASHAR JA’AFARI(Syrie) a souligné que son pays n’oubliera jamais que ses « amis et frères » de Cuba se tiennent à ses côtés pendant la guerre terroriste qui dure depuis huit ans.  La Syrie n’oubliera non plus jamais que Cuba continue à l’appuyer face à l’occupation israélienne du Golan.  Le représentant s’est enorgueilli du fait que beaucoup de médecins syriens, hommes et femmes, aient été formés dans les universités cubaines, lesquelles demeurent « un flambeau de la connaissance et du savoir », en dépit d’un blocus américain de plus de 60 ans.  Il a appuyé sans ambages ni réserves la résolution de cette année, notamment les paragraphes reflétant l’opposition des États Membres aux mesures coercitives unilatérales qui constituent une punition collective contre les peuples et contreviennent au régime et principes des Nations Unies.  Ces mesures sont aussi un obstacle à la réalisation des objectifs de développement durable et des droits fondamentaux.  La Syrie, a rappelé le représentant, subit également des mesures coercitives multilatérales.  Comment, s’est-il emporté, les représentants des États qui imposent des sanctions contre une longue liste de pays peuvent avoir « l’outrecuidance » de prendre la parole ici à l’ONU pour encourager la pleine mise en œuvre du Programme 2030?

Le représentant a accusé les États-Unis et Israël de nier les droits des autres.  En revanche, personne ne peut oublier que lorsque les médecins occidentaux fuyaient l’Afrique, Cuba en dépêchait des centaines pour soigner et alléger les souffrances des personnes frappées par le virus Ebola dans plusieurs pays africains.  Ceux qui imposent les sanctions sont ceux qui ont le plus de pouvoir économique.  Ce sont ceux qui accordent un soutien militaire à l’occupation de la Palestine par Israël.  Ce sont ceux, a encore accusé le représentant, qui créent des guerres dans les pays en développement.  Les États-Unis, qui ont soumis de nombreux amendements à la résolution de cette année, ne peuvent se positionner en donneurs de leçons, a prévenu le représentant devant des amendements qui cherchent difficilement à justifier le blocus et à trouver encore plus difficilement un fondement juridique à des mesures « injustes et inqualifiables ».  Nous devons aller plus loin, a conseillé le représentant, en estimant que la résolution devrait demander des réparations et des compensations pour les victimes cubaines du blocus voire concevoir des mécanismes concrets contre les mesures coercitives unilatérales.  Il a d’ailleurs plaidé pour des indemnisations financières pour les dommages subis par les États qui sont sous le coup d’un blocus.  Il a renvoyé à cet égard au rapport du premier Rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme sur l’impact négatif des mesures coercitives unilatérales sur la jouissance des droits de l’homme.   

En tant que « nations unies », a estimé, M. LAZARUS OMBAI AMAYO (Kenya), nous devrions viser l’intérêt supérieur et faire mieux qu’appuyer des sanctions unilatérales et des blocus.  Aucune sanction ne devrait devenir une peine à perpétuité, d’autant moins si elle s’applique à un État Membre simplement parce qu’il n’adhère pas aux valeurs culturelles et aux idéaux politiques d’un autre.  Le représentant a jugé qu’il est temps de lever le blocus contre Cuba.  Il est temps, a-t-il insisté, que le peuple cubain soit libre de jouir des mêmes libertés politiques, sociales et économiques que les autres.  Ne nous servons pas des sanctions pour « laisser Cuba sur le côté » car le peuple cubain mérite d’exercer son droit inaliénable de vivre en paix et en bonne intelligence avec ses voisins.  Il mérite la chance d’exercer son libre arbitre sur les questions liées à son autodétermination.  Le Kenya votera donc en faveur de la résolution, a annoncé le représentant.

En rejetant constamment et massivement le blocus contre Cuba comme une violation de la Charte et du droit international, l’Assemblée affirme qu’aucune exception ne confirme la règle, a déclaré Mme JANINE ELIZABETH COYE-FELSON (Belize).  Elle a cité des exemples pour illustrer les relations constructives et mutuellement bénéfiques que son pays entretient avec Cuba.  Nous en parlons, a expliqué la représentante, pour montrer le rôle que Cuba joue à Belize mais aussi dans la région des Caraïbes.  Les exemples de la coopération de Cuba, a-t-elle poursuivi, démontrent aussi l’échec des pressions exercées pour obtenir sa soumission.  Ce pays a su survivre et s’épanouir, comme l’a reconnu la communauté internationale, en particulier dans les domaines de la santé, de l’éducation et des arts.  Belize reste donc solidaire de Cuba et appelle à la levée du blocus, a conclu la représentante.

M. KHIANE PHANSOURIVONG (République démocratique populaire lao) a estimé qu’alors que le monde est interconnecté, les mesures unilatérales à portée extraterritoriale imposées par un pays à un autre sont contraires aux principes de la Charte des Nations Unies et au droit international.  Il a soutenu la résolution sur la levée du blocus, le plus tôt possible.

Mme MARIA DE JESUS DOS REIS FERREIRA (Angola) a estimé, à son tour, que le blocus est une mesure injuste et rétrograde qui inflige de graves dommages à l’économie et au peuple cubains, sans compter qu’il constitue aussi une violation flagrante des droits fondamentaux.  Elle a regretté la marche arrière observée ces derniers temps, avec le renforcement de certains aspects économiques du blocus, alors qu’un vent d’espoir soufflait depuis deux ans, laissant présager la normalisation totale des relations américano-cubaines.  Elle a prié les autorités américaines de lever le blocus et dénoncé les nouvelles amendes imposées aux pays qui entretiendraient des relations économiques avec Cuba.  Elle a prôné le dialogue et le respect mutuel et annoncé, sous les applaudissements, son appui à la résolution.

M. MICHEL XAVIER BIANG (Gabon) s’est dit préoccupé par le maintien du blocus et de ses conséquences sur la population cubaine, y compris les Cubains qui résident à l’étranger.  Cet embargo, s’il est maintenu, pourrait également avoir des effets néfastes sur la réalisation des objectifs de développement durable, aussi bien à Cuba que dans toute la région, a souligné le représentant, qui a souhaité que les résolutions des Nations Unies faisant écho à l’appel collectif en faveur de la levée du blocus soient respectées et appliquées, pour que Cuba puisse participer au commerce international et en tirer profit.  Le représentant a appelé la communauté internationale à poursuivre ses efforts en vue de la normalisation des relations entre les deux pays.  Il a aussi jugé important de maintenir le texte traditionnel de la résolution que l’Assemblée adopte depuis plus de 20 ans. Ce texte, s’est-il expliqué, reflète en effet le statu quo constaté ces 26 dernières années.  Seuls les principes du dialogue et de la coopération aideront à instaurer un climat de confiance et apaisé, permettant des avancées significatives dans ce dossier, a conclu le représentant, en annonçant son appui à la résolution.

Mme JENNY CHEN (Suriname) a désapprouvé, « dans les termes les plus fermes », le maintien du blocus contre Cuba et son peuple.  Année après année, une majorité écrasante d’États Membres prend position contre cet embargo parce qu’il entrave le développement socioéconomique d’une nation souveraine.  Les mesures unilatérales à portée extraterritoriale sont contraires aux principes d’égalité souveraine et de non-ingérence dans les affaires intérieures des États, consacrés par la Charte et qui ont guidé les engagements collectifs en faveur du développement pacifique et durable de toutes les nations.  Le représentant a regretté que le maintien du blocus ait marqué un recul dans la normalisation des relations entre les deux États, ce qui affecte négativement les relations commerciales avec les autres pays de la région.  En votant en faveur de la résolution, le Suriname, a-t-il conclu, rejoindra le reste de la communauté internationale qui appelle les États-Unis à mettre un terme immédiatement à cette « politique obsolète ».

M. MODEST JONATHAN MERO (République-Unie de Tanzanie) a souligné que son pays a toujours soutenu les résolutions demandant la fin de l’embargo contre Cuba.  Ce blocus affecte les gens ordinaires qui espèrent sa levée.  Il a rappelé l’engouement de la communauté internationale quand Cuba et les États-Unis ont décidé de reprendre leurs relations diplomatiques en 2015.  M. Mero a dit espérer que la raison et la diplomatie permettront le rétablissement des liens entre les deux pays.

M. JAIME HERMIDA CASTILLO (Nicaragua) a condamné, une fois de plus, le blocus imposé au peuple héroïque de Cuba, réputé pour sa solidarité et sa disposition à se mettre au service des autres.  C’est un pays qui continue à être à la tête de la région d’Amérique latine et des Caraïbes par sa capacité « inouïe » de résistance contre toutes les formes d’injustice.  D’après le rapport du Secrétaire général, les conséquences du blocus « insensé » dépassent les 933 milliards de dollars.  La communauté internationale a constamment demandé la levée de cette sanction et il faut dire encore une fois aux 11 millions de Cubains qu’ils ne sont pas seuls à se dresser contre cette injustice.  Nous ne voulons plus de haine, nous ne voulons plus d’ingérence, nous ne voulons plus de blocus, s’est impatienté le représentant qui a rejeté les sanctions comme arme de soumission.  Cuba a résisté pendant 60 ans à un blocus qui visait à pousser un peuple mécontent à renverser son régime.  Ce n’est pas arrivé et ça n’arrivera pas, a pronostiqué le représentant.  Comme toujours, Cuba est restée debout, dans l’esprit de José Martí, de Simón Bolívar et du général Augusto César Sandino.  Comme pour le Nicaragua, la solution, ce ne sont pas les sanctions mais le respect des droits inaliénables des peuples « aussi minuscules soient-ils ».  Le représentant a tout de même espéré des relations d’amitié, encourageant les autorités américaines à suivre la voie de leurs prédécesseurs.  Il n’a pas oublié de réclamer aux États-Unis la restitution de Guantanamo, avant de scander « Cuba Si, Bloqueo No ! ».

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.