Assemblée générale: la zone de libre-échange africaine « un véritable coup d’accélerateur à l’intégration du continent »

AG/12081
19 octobre 2018
Soixante-treizième session, 23e séance plénière – matin

Assemblée générale: la zone de libre-échange africaine « un véritable coup d’accélerateur à l’intégration du continent »

Aujourd’hui à l’Assemblée générale, les 25 intervenants ont salué unanimement la création de la Zone de libre échange sur le continent africain, au cours de l’examen des progrès accomplis dans la mise en œuvre du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) que les pays africains ont continué de mettre en œuvre dans plusieurs domaines clefs, notamment les infrastructures, l’agriculture et la prise en compte de la problématique femmes-hommes, selon le rapport du Secrétaire général.

L’une des avancées majeures, ajoute-t-il, a été la création de la Zone de libre-échange continentale, à Kigali, en mars 2018, qui a donné « un véritable coup d’accélérateur » à l’intégration du continent.  Grâce à la reprise de l’économie mondiale, notamment du commerce, et à une gestion saine des politiques économiques, la croissance africaine a connu une accélération de 3,6% en 2017, alors que l’aide publique au développement (APD) a légèrement diminué en 2016.  Le niveau élevé de la dette est toujours une préoccupation majeure pour l’ensemble du continent africain car trop d’emprunt peut conduire au surendettement, menacer la croissance et le développement et saper les progrès socioéconomiques durement acquis.

« L’Organisation ne peut connaître le succès sans l’implication de l’Afrique », a souligné la Présidente de l’Assemblée générale, Mme Maria Fernanda Espinosa Garcés.  La signature, en 2017, du Cadre commun ONU-Union africaine pour un partenariat renforcé en matière de paix et de sécurité, suivi, en 2018, du Cadre pour la mise en œuvre de l'Agenda 2063 et du Programme de développement durable à l'horizon 2030 démontre, a estimé le Groupe des États d’Afrique, l’engagement des deux Organisations à aligner leur coopération avec les domaines prioritaires.

L’ONU n’est pas la seule à prêter main-forte: avec son Plan d’investissement extérieur, adopté en septembre 2017, l’Union européenne a augmenté le niveau de son appui, avec un fonds de garanties de 1,5 milliard d’euros, complété par une assistance technique et un appui à l’amélioration des investissements climatiques.  Ces efforts, qui s’ajoutent aux facilités d’investissement de 2,6 milliards d’euros, devraient permettre de collecter plus de 44 milliards d’euros d’ici à 2020, sans compter la nouvelle Alliance Afrique-Europe annoncée le 12 septembre dernier.  Le Canada a parlé de la création d’un affilié au « Global infrastructure hub » de Toronto, afin de tirer parti de l’expertise canadienne en matière d’infrastructure et relier les capitaux aux projets.  Avec le Kenya, il organisera la première Conférence sur l’économie bleue durable à Nairobi le mois prochain. 

L’Indonésie a annoncé quant à elle le Dialogue maritime Afrique-Indonésie pour explorer les contours de la coopération sur la pêche durable et la sécurité maritime.  Avec plusieurs pays côtiers, l’Inde dit également tourner aussi son partenariat vers l’économie bleue.  Le Japon a annoncé l’organisation, l’année prochaine, du septième Sommet de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD IX), l’année prochaine.  Avant cela, à la fin de ce mois-ci, l’Italie a dit son intention d’accueillir la deuxième Conférence ministérielle Afrique-Italie, avec comme sujets de discussion la croissance économique et la paix.

Pour revenir à l’APD, l’Union européenne a souligné qu’elle assure déjà 50% de l’aide mondiale, passant 0,31% du PNB en 1999 à 0,50% en 2017.  Sur une APD totale de 2,17 milliards de dollars, l’Afrique a reçu la part la plus importante, a indiqué le Qatar.  La Norvège dont l’APD a atteint 1% de son PNB a fait observer qu’elle se tourne de plus en plus vers le commerce, les investissements privés, la coopération entre les entreprises et les questions multilatérales.

L’Afrique, qui est « l’avenir du monde », doit être respectée et vue comme un partenaire et non comme une source de problèmes ou de menaces pour les autres.  La coopération, le respect mutuel, le partenariat véritable et la solidarité, voilà ce qu’il nous faut, a martelé l’Algérie.  L’Afrique sait ce qu’elle veut, elle sait où elle va et « nous savons ce qu’il nous faut », a renchéri le Cameroun, en appelant au respect des engagements pris par toutes les parties.  

L’Assemblée générale reprendra ses travaux le jeudi 25 octobre à 10 heures pour examiner le rapport de la Cour internationale de Justice. 

NOUVEAU PARTENARIAT POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE

Seizième rapport de synthèse du Secrétaire général sur les progrès de la mise en œuvre et l’appui international (A/72/269)

Le Secrétaire général souligne que son rapport coïncide avec la troisième année de mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Dans le cadre de l’Agenda 2063: L’Afrique que nous voulons, vision stratégique pour la transformation du continent, et de son premier plan décennal de mise en œuvre (2014-2023), les pays africains se sont employés à intégrer les priorités du Programme 2030 et de l’Agenda 2063 dans leurs programmes nationaux de développement, avec l’appui des institutions régionales et sous-régionales.  L’une des avancées majeures au cours de la période considérée a été la création de la Zone de libre-échange continentale africaine, à Kigali, en mars 2018, qui a donné un véritable coup d’accélérateur à l’intégration du continent et à la réalisation de la vision par l’Union africaine d’une Afrique intégrée, pacifique et prospère.

Grâce à la reprise de l’économie mondiale, notamment du commerce, et à une gestion saine des politiques économiques dans les pays d’Afrique, la croissance a connu une accélération de 3,6% en 2017, alors que l’aide publique au développement (APD) pour l’Afrique a légèrement diminué en 2016, avec le risque de nuire à la mise en œuvre des objectifs de développement durable, notamment dans les pays les moins avancés d’Afrique, où les apports de fonds publics contribuent sensiblement au financement du développement.

Les pays d’Afrique ont continué de mettre en œuvre le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique dans plusieurs domaines clefs, notamment les infrastructures, l’agriculture et la prise en compte de la problématique femmes-hommes.  Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) est de plus en plus largement reconnu comme un instrument de promotion de la bonne gouvernance, ainsi qu’en témoigne le nombre croissant de pays africains qui y adhèrent.  Le niveau élevé de la dette demeure toutefois une préoccupation majeure pour l’ensemble du continent africain.  En effet, trop d’emprunt peut conduire au surendettement, qui constitue une menace pour la croissance et le développement et risque de saper les acquis socioéconomiques durement gagnés en matière de réduction de la dette grâce aux efforts internationaux d’allègement de la dette.  La priorité des gouvernements africains doit être de s’attaquer à cette question ainsi qu’aux défis actuels essentiels à la transformation structurelle afin de créer des emplois en promouvant l’industrialisation, en investissant dans l’agriculture et en développant des chaînes logistiques agricoles, a dit encore le Secrétaire général.

Rapport biennal du Secrétaire général sur l’examen de la concrétisation des engagements pris en faveur du développement de l’Afrique (A/73/270)

Dans ce rapport, le Secrétaire général donne un aperçu de la concrétisation des engagements pris par les pays africains et les partenaires de développement. Il met en évidence les progrès réalisés, les résultats obtenus et les difficultés rencontrées dans quatre domaines thématiques importants pour la promotion d’une paix et d’un développement durables, ainsi que pour la mise en œuvre du Programme 2030 et de l’Agenda 2063, à savoir l’industrialisation et l’intégration régionale; la santé, l’eau et l’assainissement; les changements climatiques; le financement du développement durable.

En ce qui concerne l’industrialisation et l’intégration régionale, le Secrétaire général indique que malgré les efforts visant à promouvoir la diversification économique, des progrès limités ont été faits dans la promotion d’une industrialisation inclusive et durable.  Il demeure essentiel d’assurer un environnement national, régional et international favorable à la stimulation des capacités productives et à la promotion d’un développement industriel inclusif et durable, l’insuffisance des infrastructures et les obstacles non tarifaires comptant parmi les facteurs qui continuent d’empêcher l’amélioration de l’efficacité et de la rentabilité du commerce intra-africain.  Néanmoins, la création de la Zone de libre-échange continentale africaine est une étape importante de l’action visant à promouvoir l’intégration régionale.

Dans les domaines de la santé, de l’eau et de l’assainissement, l’accès aux services de base a été amélioré, mais des difficultés essentielles doivent encore être surmontées.  Les taux de mortalité juvénile demeurent plus élevés que dans les autres régions.  D’importantes inégalités persistent quant à l’accès à l’eau et à l’assainissement entre les zones rurales et les zones urbaines.  Il faut absolument que les gouvernements des pays africains, presse le Secrétaire général, honorent les engagements financiers qu’ils ont pris au titre de la Déclaration d’Abuja sur le VIH/sida, la tuberculose et autres maladies infectieuses connexes et continuent de privilégier l’amélioration des systèmes de santé nationaux et de moderniser les infrastructures de la santé.

S’agissant des changements climatiques, les pays africains continuent d’appliquer des politiques nationales et des initiatives régionales afin de promouvoir la résilience face aux effets des changements climatiques et l’adaptation à leur égard et d’améliorer la préparation en prévision des catastrophes.  Il importe, estime le Secrétaire général, d’appuyer ces efforts en respectant les engagements relatifs au financement de l’action climatique, au transfert des technologies et au renforcement des capacités.

Dans le domaine du financement du développement durable, poursuit le Secrétaire général, il est impératif de continuer d’exploiter toutes les possibilités offertes par les diverses sources de financement.  Les pays africains continuent de réaliser des progrès considérables en matière de mobilisation des ressources intérieures mais il importe d’accroître la coopération internationale afin de lutter contre les flux financiers et de tirer parti du potentiel des ressources financières intérieures.  Le respect des engagements pris en matière d’aide publique au développement est également essentiel au financement du développement.

Rapport du Secrétaire général sur les causes des conflits et la promotion d’une paix et d’un développement durables en Afrique (A/73/273-S/2018/566)

Le Secrétaire général souligne que ce rapport marque le vingtième anniversaire de son premier rapport annuel sur la question.  Il réexamine donc les facteurs structurels qui ont accru la probabilité de conflits et d’insécurité sur le continent au cours des deux dernières décennies, et pour lesquels des mesures supplémentaires sont nécessaires pour répondre aux aspirations et atteindre les objectifs communs du Programme 2030 et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Conformément à sa conception de la prévention des conflits et du maintien de la paix et au mandat donné dans la résolution 71/315, à savoir élaborer des propositions de politique générale sur les questions identifiées dans le rapport (A/52/871-S/1998/318), le Secrétaire général préconise le renforcement des capacités de prévention structurelle des conflits en Afrique.  Des progrès appréciables ont été accomplis, surtout en ce qui concerne l’opérationnalisation de l’architecture africaine de paix et de sécurité.  Toutefois, une action plus concertée des organisations régionales et sous-régionales africaines et des partenaires internationaux de l’Afrique est nécessaire pour renforcer encore l’action menée par l’Afrique pour prévenir les conflits et s’attaquer à leurs causes profondes, notamment par des actions mieux intégrées et plus inclusives centrées sur la population africaine elle-même.

Déclaration liminaire

Mme MARIA FERNANDA ESPINOSA GARCÉS, Présidente de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale, a salué le renforcement des liens entre l’ONU et le continent africain.  Elle a plaidé auprès de la communauté internationale pour qu’elle appuie financièrement la mise en œuvre du Programme 2030 et l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA).  Dans le domaine de la paix et la sécurité, la Présidente a rappelé que près 60% des femmes Casques bleus sont des africaines, tout en notant que l’Afrique est également le continent qui fournit la majorité des soldats de la paix.  Quant à la parité des genres, Mme Espinosa Garcés a félicité l’Éthiopie qui vient de former un gouvernement composé à moitié de femmes.  Elle a en outre félicité le Docteur Denis Mukwege de la République démocratique du Congo (RDC) pour avoir reçu le prix Nobel de la paix.

La Présidente a ensuite salué les avancées économiques de l’Afrique.  Elle s’est particulièrement félicitée de la création de la Zone de libre échange sur le continent, souhaitant que ce soit les prémices d’un marché commun.  Elle a insisté sur le soutien nécessaire à ces initiatives africaines, notamment par le biais de l’aide publique au développement (APD), le transfert des connaissances et des capacités, et ce, dans un esprit de libre partenariat.  Elle a aussi plaidé pour un financement durable et prévisible des opérations africaines de maintien de la paix, autorisées par le Conseil de sécurité.  En conclusion, la Présidente de l’Assemblée générale a souligné que l’Afrique est au cœur des activités de l’ONU.  « L’Organisation ne peut connaître le succès sans l’implication de l’Afrique. » 

Débat

Au nom du Groupe des États d’Afrique, M. OMAR HILALE (Maroc) a fait observer que le débat coïncide cette année avec les « Séries de dialogues sur l’Afrique ».  Il s’est félicité de ce que le Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique ait adopté une nouvelle approche pour la Série, en estimant que « peut-être » cette synergie et cet équilibre s’avèreront « fondamentales » pour répondre aux besoins spécifiques du continent en matière de développement.  Saluant le rapport du Secrétaire général sur le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), le représentant a appelé tous les partenaires à appuyer les efforts des pays africains pour maintenir la stabilité macroéconomique, y compris grâce au transfert des technologies.  La fracture numérique, s’est expliqué le représentant, met en lumière la nécessité d’investissements plus importants pour éviter que l’Afrique ne soit abandonnée en marge de la « société de l’information ».

Le représentant s’est réjoui du fait que le rapport du Secrétaire général reconnaisse que l’agriculture est toujours au centre de l’agenda du développement de l’Afrique.  Toutefois, pour éradiquer la pauvreté, les investissements dans l’agriculture devront être « socialement responsables, écologiquement viables et finalement bénéfiques pour tous les petits exploitants ». 

La signature, en 2017, du Cadre conjoint Union africaine-ONU sur un partenariat renforcé en matière de paix et de sécurité, suivi, en 2018, du Cadre conjoint pour la mise en œuvre de la Vision 2063 et du Programme 2030 démontre, a estimé le représentant, l’engagement des deux organisations à aligner leur coopération avec les domaines prioritaires.  Il a insisté sur une mise en œuvre et un suivi efficaces pour maximiser l’impact des deux Cadres et assurer des résultats sur le terrain.  Il a souligné qu’une approche multidimensionnelle, impliquant la mobilisation des ressources et le renforcement du partenariat mondial au développement est incontournable pour réaliser cet objectif ambitieux.

Le représentant s’est dit préoccupé par l’aggravation de la crise de la dette, demandant une aide pour contenir la volatilité et renforcer la capacité des pays africains de générer des revenus pour booster la croissance et le développement.  Il est important, a-t-il martelé, que les pays développés et les donateurs d’aide publique au développement (APD) continuent à honorer leurs engagements. 

Compte tenu de la place désavantagée qu’occupe l’Afrique dans la course au développement durable, le représentant a appelé à un appui international accru dans les domaines du financement, du commerce, du transfert des technologies et de l’allègement de la dette.  La lutte contre les flux financiers illicites et la restitution des biens et des fonds détournés aux pays d’origine donnera à l’Afrique les ressources qu’il faut pour financer la santé, l’éducation, les infrastructures et autres besoins critiques.  Le représentant a donc appelé les partenaires au développement à aider l’Afrique à mettre fin à ce fléau et améliorer, ce faisant, la transparence du système fiscal et de l’actionnariat des grandes entreprises. 

Au nom du Groupe des 77 et la Chine, M. MOHAMED FATHI AHMED EDREES (Égypte), s’est félicité des analyses et des recommandations du Secrétaire général.  L’engagement conjoint de la communauté internationale à éliminer la pauvreté sous tous ses aspects a été consacré dans le Programme 2030.  Il est donc crucial d’appuyer sa réalisation, en créant des synergies entre les stratégies nationales et internationales et en apportant suffisamment de moyens financiers, sans oublier le renforcement des capacités et l’assistance technique.  Passant au rapport sur les engagements pris en faveur du développement de l’Afrique, le représentant a noté une baisse des investissements étrangers directs (IED) et de l’APD.  Il a d’ailleurs rappelé la cible de 0,7% du PIB fixé pour les pays développés.  Le terrorisme et l’instabilité s’aggravant, il est indispensable, a estimé le représentant, que les partenaires renforcent leur appui à la paix et à la sécurité pour atteindre l’objectif « Faire taire les armes en Afrique d’ici à 2020 ».  La signature des deux Cadres Union africaine-ONU montre bien l’engagement ferme de l’Afrique pour la paix et la sécurité, et le développement durable, a-t-il conclu.

Au nom de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. DANG DINH QUY (Viet Nam), a salué les avancées que l’Afrique a connues l’an dernier dans la mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), particulièrement sur les plans des infrastructures, de l’agriculture, de l’éducation, de l’égalité des genres et de la bonne gouvernance.  L’établissement d’une Zone de libre échange sur le continent en mars dernier va certainement renforcer l’intégration économique et commerciale intra-africaine, s’est-il félicité.  Le représentant a également promis que l’ASEAN allait continuer de travailler de concert avec tous ses amis et partenaires, y compris l’Afrique, afin de renforcer les valeurs du multilatéralisme.  Il a insisté sur les larges possibilités de collaboration entre l’ASEAN et l’Afrique, notamment dans le domaine de l’échange des connaissances sur l’agriculture, l’éducation, les technologies de l’information et des communications (TIC), le commerce, les investissements et les infrastructures.  Dans ce contexte, le représentant a souligné le potentiel de la coopération Sud-Sud et de la coopération triangulaire.

Mme ELISABETH MARIA PAPE, déléguée de l’Union européenne, a souligné que l’Union européenne a été un solide partisan du NEPAD depuis le début et salué l’alignement de la Vision 2063 de l’Union africaine et du Programme 2030 ainsi que les conclusions du rapport qui met en évidence les avancées dans l’exécution des priorités du NEPAD.  Elle a reconnu l’importance des infrastructures pour l’industrialisation du continent et l’intégration régionale ainsi que le manque d’investissement pour élever l’Afrique aux normes mondiales.  Elle a salué les initiatives africaines tendant à remédier aux difficultés, comme le lancement récent de l’Agenda 5% par le Réseau d’affaires continental du NEPAD.  L’Union européenne est une très ancienne partenaire de la région comme en témoigne ses investissements dans des projets de pointe tels que l’interconnecteur Caprivi.

Avec le Plan européen d’investissement extérieur, adopté en septembre 2017, l’Union européenne augmente encore le niveau de son appui, en mobilisant les investissements des institutions financières et du secteur privé dans un fonds de garanties de 1,5 milliard d’euros, complété par une assistance technique et un appui à l’amélioration des investissements climatiques.  Ces efforts qui s’ajoutent aux facilités d’investissement de 2,6 milliards d’euros, devraient permettre de collecter plus de 44 milliards d’euros d’ici à 2020, a expliqué la représentante.

Elle a également souligné que l’Union européenne demeure de loin le premier destinataire des exportations africaines et a donc salué la signature de l’accord sur la Zone de libre-échange.  La représentante s’est dit préoccupée par l’augmentation de la dette dans beaucoup de pays africains, en particulier celle due aux pays non parties au Club de Paris.  Elle a dit attendre beaucoup de la Conférence sur la coopération Sud-Sud qui doit se tenir à Buenos Aires en mars 2019.  Concluant sur l’APD, la représentante a fait observer que la part de l’Union européenne dépasse les 50%.  Elle est passé de de 0,31% du PNB en 1999 à 0,50% en 2017.  L’Afrique, a conclu la représentante, demeure une priorité pour l’Union européenne.  Elle a d’ailleurs rappelé la nouvelle Alliance Afrique-Europe qu’a annoncée le Président de la Commission européenne le 12 septembre dernier. 

M. VITAVAS SRIVIHOK (Thaïlande) a, à son tour, salué l’établissement d’une Zone de libre-échange en Afrique et la signature de l’Accord sur le marché unique du transport.  Selon les données de la Banque mondiale, a-t-il affirmé, la Thaïlande est le pays de l’ASEAN qui a le plus de liens commerciaux avec l’Afrique.  Comme le recommande l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Thaïlande a depuis 2015 instituer un système d’importation des produits africains en franchise et sans restriction.  Le pays est prêt à partager son expertise et ses meilleures pratiques dans des domaines tels que l’agriculture, le développement des ressources humaines ou la santé publique.  Avant de conclure, le représentant dont le pays compte de nombreux Casques bleus en Afrique, a annoncé le déploiement prochain d’une compagnie d’ingénierie militaire au Soudan du Sud.

Mme TAHANI R. F. A. ALNASER (Koweït) s’est félicitée de la coopération entre l’ONU et l’Union africaine qui a favorisé la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent et le renforcement du partenariat pour surmonter les obstacles qui subsistent dans les domaines politique, économique et du développement.  Elle s’est plus particulièrement félicitée du Cadre pour la mise en œuvre du Programme 2030, signé début 2018.  Elle a, au contraire, déploré les difficultés auxquelles se heurtent les décideurs africains et l’Union africaine pour préserver les acquis en matière de développement.  Il faut en effet trouver rapidement des solutions viables aux conflits et aux situations d’instabilité sur le continent et soutenir toutes les initiatives tendant à la paix ou à sa consolidation.  Elle a recommandé, entre autres, d’aider à la formation des forces de sécurité et de police.  Le Fonds koweïtien d’aide au développement a appuyé 42 pays africains, consentant à des prêts préférentiels.  Quelque 312 prêts ont ainsi été octroyés en 2017-2018. 

M. OMAR A. A. ANNAKOU (Libye) a déclaré que ce débat se déroule trois ans après l’adoption du Programme 2030, qui a pour objectif principal de ne laisser personne de côté, alors que la Vision 2063 de l’Union africaine s’étend sur 50 ans.  Les deux programmes se renforcent mutuellement, a souligné le représentant.  Mais, s’est-il demandé, en parlant en particulier des conflits, que fait réellement la communauté internationale pour aider les pays concernés?  Qu’ont fait les pays africains pour appuyer la Libye dans les difficultés qu’elle traverse pendant sa période de transition?  N’ont-ils pas contribué à l’aggravation de la situation?  Le problème migratoire, a-t-il prévenu, ne sera résolu que par le développement durable et l’éradication des organisations criminelles.  Le représentant a aussi dénoncé « l’hémorragie » qui résulte du régime de sanctions imposées à son pays par le Conseil de sécurité 2011.  Jusqu’ici, a accusé le représentant, le Comité des sanctions où siègent trois pays africains, reste sourd aux plaintes de la Libye.  Ce sont d’ailleurs les États africains, a affirmé le représentant, qui exploitent l’instabilité pour mettre la main sur les avoirs libyens sous des prétextes fallacieux.  Le règlement de ces problèmes définira les relations futures de la Libye avec certains pays, a prévenu le représentant qui a réclamé la restitution des avoirs et des biens volés à son peuple.  Il faut cesser de protéger les criminels qui ont détourné ces biens, a-t-il martelé, sans oublier de critiquer « l’inertie » des pays développés.  Malgré ces difficultés, la Libye, a conclu le représentant, entend devenir un État civil, un État de droit et d’alternance politique pour reprendre le rôle qui lui revient en Afrique.    

Mme NOA FURMAN (Israël) a souligné que l’Afrique fait face aux mêmes défis auxquels Israël est confronté depuis sa création, il y a 70 ans.  MASHAV, l’Agence israélienne pour le développement international et la coopération, travaille depuis 60 ans avec ses partenaires africains dans les domaines de la santé, de l’agriculture, de l’éducation, de l’autonomisation des femmes, de l’innovation et de l’entrepreneuriat.  Quelque 70 000 Africains ont bénéficié d’une formation en Israël ou sur place en Afrique, selon un modèle de renforcement des capacités fondé sur la formation de formateurs, afin de s’assurer, a-t-elle expliqué, que les Africains puissent passer le flambeau et former les nouvelles générations, rendant ainsi le développement véritablement durable.  Mme Furman a parlé d’un programme de formation en horticulture et en marketing ciblant les petits agriculteurs en Éthiopie.  Au Ghana, un partenariat avec les autorités locales permet de réduire la mortalité infantile tout en améliorant l’accès à la santé par le renforcement des capacités du personnel médical.  La représentante a insisté sur le travail de l’ONG israélienne « Save a Child’s Heart » en Afrique.  L’organisation a été lauréate du prix 2018 du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) car elle opère les enfants africains du cœur directement en Israël ou indirectement en Afrique par la formation du personnel médical.

M. DMITRY S. CHUMAKOV (Fédération de Russie) a salué la création d’un marché unique de transport aérien et de la Zone de libre-échange.  Il a prédit que ces mesures et d’autres politiques adéquates contribueront à l’éradication de la pauvreté.  Il faut laisser aux pays africains le soin de mener leurs politiques de développement et les mesures visant la réalisation du Programme 2030 selon leurs propres priorités et orientations africaines, a dit le représentant, tout en ajoutant que la communauté internationale doit continuer d’apporter son soutien. La Fédération de Russie offre déjà des taux préférentiels aux exportations africaines.  Elle a aussi allégé la dette à hauteur de 20 milliards de dollars dans la cadre de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE).  En outre, plus de 11 000 étudiants africains sont formés dans les instituts supérieurs russes et la Fédération de Russie est bien déterminée à poursuivre son partenariat avec le continent africain, d’égal à égal.

M. AHMAD SAIF Y.A. AL-KUWARI (Qatar) a mentionné l’importance du financement du développement durable et la nécessité d’alléger la dette publique pour que les pays africains puissent atteindre les objectifs de développement durable.  Quant aux conflits en Afrique, il serait opportun de se pencher sur leurs causes profondes et de s’inspirer des recommandations du Secrétaire général, dans lesquelles l’accent est mis sur les deux Cadres conjoints.  Le Qatar s’est engagé à aider les nations africaines à trouver les moyens d’améliorer les conditions de vie de leurs populations.  Le Qatar a fourni une aide publique au développement.  Sur une aide totale de 2,17 milliards de dollars, l’Afrique a reçu la part la plus importante, a indiqué le représentant, ajoutant que les fonds ont été essentiellement destinés aux infrastructures, à l’éducation et à la santé.  Le Fonds du Qatar pour le développement a également aidé les pays africains dans les secteurs humanitaires.  À ce jour, quelque 596 000 écoliers du monde entier ont reçu des bourses d’études.

Mme LOUISE BLAIS (Canada) a rappelé qu’à l’ouverture de la session de l’Assemblée générale, son Premier Ministre, le Président du Ghana, celui du Rwanda et le Premier Ministre du Royaume-Uni ont organisé ensemble une réunion sur l’investissement dans des opportunités d’emplois de qualité pour les jeunes africains.  70% de la population d’Afrique subsaharienne a moins de 30 ans et nous savons également qu’au cours des 20 prochaines années, les 10 villes les plus dynamiques au monde seront africaines, a souligné la représentante.  Pour soutenir cette réalité, nous devons construire une infrastructure essentielle et pour aider à combler le déficit actuel, le Premier Ministre Justin Trudeau a annoncé la création d’un affilié au « Global infrastructure hub » de Toronto, afin de tirer parti de l’expertise canadienne en matière d’infrastructure et relier les capitaux aux projets.  Ces projets alimentent la croissance économique à long terme et soutiennent la transition vers une économie à faible émission de carbone, tout en contribuant au progrès vers la réalisation des objectifs de développement durable et en améliorant la représentation des femmes et des groupes marginalisés dans des infrastructure durables.  Comme l’a dit le Premier Ministre, a rappelé la représentante, « les pays en développement ne doivent pas être punis pour un problème qu’ils n’ont pas créé.  Ils ne doivent pas non plus être privés des opportunités de croissance propre que les pays développés poursuivent maintenant ».

En tant que Président du G7 cette année, le Canada a eu l’honneur de voir les Présidents du Rwanda, du Kenya, de l’Afrique du Sud et des Seychelles participer à la conversation « critique » sur la résilience climatique et la reconstruction après les catastrophes.  Le Canada est tout aussi fier de s’associer au Kenya pour organiser la première Conférence sur l’économie bleue durable à Nairobi le mois prochain.  Le pays continue également d’appuyer le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et croyant dans le leadership africain, il n’a pas hésité à se rallier au consensus et à la volonté africaine en élisant Mme Louise Mushikiwabo du Rwanda à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie.  Le Canada sera d’ailleurs une voix pour la Francophonie au Conseil de sécurité en 2021-2022. 

Le pays a également mis en marche l’Initiative Elsie pour les femmes dans les opérations de maintien de la paix, un projet pilote visant à accroître la participation significative des femmes en uniforme.  Le Canada établira des partenariats bilatéraux d’assistance technique et de formation avec les Forces armées du Ghana et le Service de police de la Zambie.  Il soutiendra également la mise en œuvre de la stratégie d’intégration des genres dans les forces armées du Sénégal, a indiqué la représentante.

On ne saurait surestimer le rôle critique de l’APD et de l’IED, a prévenu Mme INA KRISNAMURTHI (Indonésie).  Elle a aussi appelé à des efforts pour alléger la dette des pays africains, leur assurer une part plus importante dans le commerce international, les aider à développer des infrastructures essentielles pour le commerce et l’intégration dans l’économie mondiale et contribuer à renforcer leurs capacités.  La représentante s’est dit fière que son pays ait été l’un des initiateurs du Nouveau Partenariat stratégique Asie-Afrique (NAASP).  Les pays africains sont d’ailleurs les premiers récipiendaires du programme indonésien de coopération Sud-Sud fondée sur la demande et l’absence de conditionnalité.  Au début de l’année, l’Indonésie a accueilli le premier Forum Indonésie-Afrique pour promouvoir le commerce et les investissements, dont les promesses de contrats ont été chiffrés, lors de cette dernière édition, à 586 millions de dollars.  Des discussions ont également eu lieu sur l’accord sur le commerce préférentiel et profitant de cet élan, l’Indonésie entend convoquer en août 2019, un Dialogue Afrique-Indonésie sur les infrastructures.  À la fin de ce mois, l’Indonésie accueillera aussi le Dialogue maritime Afrique-Indonésie en marge de la conférence « notre océan » pour explorer les contours de la coopération sur la pêche durable et la sécurité maritime.  La représentante a conclu en rappelant que son pays a déployé 1 388 soldats de la paix dans sept missions de maintien de la paix en Afrique.  Il est d’ailleurs sur le point de déployer un bataillon d’intervention rapide de 800 hommes au sein de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO).

M. ASHISH SINHA (Inde) a fait une intervention en forme de chapelet d’initiatives: l’Inde a ouvert 180 lignes de crédit de 11 milliards de dollars pour plus de 40 pays africains.  Au dernier Sommet Inde-Afrique, le pays s’est engagé à ouvrir une ligne de crédit concessionnel de 10 milliards de dollars et à verser 600 millions de dollars de dons pour l’assistance technique.  Chaque année, quelque 8 000 jeunes africains viennent étudier en Inde.  Les sociétés indiennes ont investi plus de 54 milliards de dollars en Afrique et le commerce avec le continent a atteint les 62 milliards de dollars, soit une augmentation de 21% par rapport à l’année précédente.  Le réseau électronique panafricain lie désormais 48 pays d’Afrique entre eux et avec l’Inde, avec le potentiel de devenir la nouvelle colonne vertébrale de l’innovation numérique en Afrique.  Avec plusieurs pays côtiers, le partenariat se tourne de plus en plus vers l’économie bleue.  Par ailleurs, les médicaments indiens ont inversé la tendance des maladies qui menaçaient l’avenir de l’Afrique.  L’Alliance solaire internationale, une initiative de l’Inde et de la France, compte 70 pays dont 25 d’Afrique, avec l’objectif de faire une contribution concrète à l’action climatique. 

Malgré des progrès indéniables, l’Afrique doit encore surmonter des défis persistants et émergents, a reconnu Mme HMWAY KHYNE (Myanmar).  Un financement suffisant et prévisible est « indispensable » pour une mise en œuvre réussie de la Vision 2063 et du Programme 2030, a-t-elle souligné, plaidant pour l’augmentation de l’APD, conformément aux promesses faites aux pays africains.  La coopération entre l’Afrique et la communauté internationale est cruciale, a poursuivi la représentante qui a cité les domaines du commerce, des investissements, du transfert des technologies, de l’allègement de la dette et de la lutte contre les flux financiers illicites.  Il faut aussi promouvoir la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire.  La représentante a d’ailleurs espéré que le repositionnement du système des Nations Unies pour le développement renforcera encore les capacités des pays africains de réaliser le développement durable.

M. STEFANO STEFANILE (Italie) a salué les progrès des pays africains dans la mise en œuvre des priorités du NEPAD.  Il a estimé que la création d’une Zone de libre-échange peut conduire à des progrès économiques notables.  L’Italie, a-t-il dit, est un gros pourvoyeur d’investissements privés et d’APD en Afrique.  En 2018, l’APD italienne vers l’Afrique s’est élevée à 182 millions d’euros, en plus des programmes de renforcement des capacités qui sont organisés, en fonction des priorités africaines.  L’Italie est particulièrement présente dans la Corne de l’Afrique, a souligné le représentant, en rappelant que son Premier Ministre vient d’y séjourner pour appuyer le rapprochement récent entre l’Éthiopie et l’Érythrée.   L’Italie se félicite également des avancées du Plan de soutien des Nations Unies au Sahel, a-t-il ajouté, avant d’annoncer l’organisation, à la fin du mois à Rome, de la deuxième Conférence ministérielle Afrique-Italie, avec comme sujets de discussion la croissance économique et la paix.

Si la mise en œuvre de la Vision 2063 relève de la responsabilité première des pays africains, dans ce monde interconnecté dans lequel nous nous sommes engagés à revitaliser le partenariat mondial par des cadres de développement internationalement agréés, soutenir l’Afrique est la bonne chose à faire, a déclaré Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie).  L’Afrique doit être soutenue par des actions coordonnées car elle sera le test ultime du succès de la communauté internationale dans la mise en œuvre du Programme 2030, a prévenu la représentante.  La paix, a-t-elle souligné, est une condition préalable au développement de l’Afrique, sachant que la prévention des conflits est au bout du compte l’illustration de la capacité des pays à assurer la résilience et à rendre les communautés locales aptes à maintenir la paix et à promouvoir le développement durable.  Pour ce faire, l’Éthiopie a ouvert un nouveau chapitre de son histoire politique et sociale et d’autres développements historiques ont cours dans la sous-région. L’ONU doit donc penser sérieusement à la manière d’appuyer cette évolution. 

M. SABRI BOUKADOUM (Algérie) a jugé positif que l’Agence du NEPAD porte le Projet de réseau ferré intégré à grande vitesse en Afrique qui ambitionne de connecter toutes les capitales africaines.  Alors que l’on pense déjà à connecter l’Afrique du Sud à l’Algérie par le chemin de fer, il est pratiquement possible aujourd’hui d’aller d’Alger à Lagos par l’autoroute transsaharienne, qui a pour but de rapprocher 400 millions de personnes sur près de 6 millions de km2.  Ce projet, a-t-il expliqué, permettra aux pays enclavés du Sahel, dont le Mali, le Niger et le Tchad, d’avoir un accès direct à la Méditerranée. 

Le représentant a d’ailleurs noté avec préoccupation que les données de 2017 sur l’APD sont absentes du rapport du Secrétaire général.  Il a aussi demandé des informations sur ce que l’ONU et les partenaires au développement font pour soutenir la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger.  Il s’est par ailleurs demandé pourquoi le Secrétaire général fait peser tout le poids du financement du secteur de la santé sur les épaules de la coopération Sud-Sud.  Cet effort doit être élargi à toutes les formes de coopération, a-t-il estimé.  Il a d’ailleurs insisté auprès des partenaires au développement pour qu’ils augmentent leur APD, proportionnellement aux défis auxquels sont confrontés les pays africains.  L’Afrique, qui est « l’avenir du monde », doit être respectée et vue comme un partenaire et non comme une source de problèmes ou de menaces pour les autres.  La coopération, le respect mutuel, le partenariat véritable et la solidarité, voilà ce qu’il nous faut, a conclu le représentant.

Il y a beaucoup de raisons de se montrer optimiste face à l’avenir de l’Afrique, a estimé Mme MARI SKÅRE (Norvège) qui a tout de même reconnu que la croissance économique n’a pas créé suffisamment d’emplois pour les pauvres, en particulier les minorités, les femmes et les jeunes.  Nous devons, a-t-elle dit, renforcer notre appui, combattre les flux financiers illicites et intensifier la coopération.  La Norvège vient d’ailleurs d’ouvrir sa nouvelle Mission permanente auprès de l’Union africaine à Addis-Abeba.  Nous devons aussi travailler plus étroitement pour renforcer le système multilatéral et développer d’autres normes communes.  La Norvège qui a toujours été un partenaire fiable de l’Afrique et de l’Union africaine, comme en témoigne la place d’une APD de 1% du PNB dans sa coopération au développement, se tourne de plus en plus vers le commerce, les investissements privés, la coopération entre les entreprises et les questions multilatérales.  La représentante dont le pays tient au leadership des femmes et à l’égalité des sexes, a félicité l’Éthiopie pour son gouvernement paritaire et s’agissant de la prévention des conflits, a rappelé que la Norvège appuie politiquement et financièrement la formation dispensée par l’Union africaine aux pays qui entrent au Conseil de sécurité.

M. MELITÓN ALEJANDRO ARROCHA RUĺZ (Panama) a déclaré d’emblée que le sujet à l’ordre du jour exige « l’engagement de tous » si l’on veut insuffler une dynamique au dialogue sur la coopération au développement en Afrique.  Il a insisté sur le lien entre « l’Afrique que nous voulons » et « ne laisser personne de côté ».  Il a salué la future Zone de libre-échange et a dit placer beaucoup d’espoirs sur la « Série de dialogues sur l’Afrique » qui se déroulent depuis plusieurs jours.  Il a dit en attendre un renforcement de l’alliance « stratégique » entre l’Union africaine et l’ONU.  Il a de son côté attiré l’attention sur la « Politica halcón » du Panama visant à resserrer les liens politiques, d’amitié et de coopération avec l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient.

M. MAGDI AHMED MOFADAL ELNOUR (Soudan) a également mis en exergue l’accord sur la Zone de libre-échange et celui signé le 12 septembre dernier, entre son pays et le Soudan du Sud.  Le représentant s’est aussi félicité des processus de réconciliation dans d’autres sous-régions, comme la Corne de l’Afrique, lesquels s’inscrivent, s’est-il réjoui, dans l’initiative « Faire taire les armes d’ici à 2020 ».  Le rapport du Secrétaire général, a-t-il retenu, montre que l’Afrique aura besoin de 130 à 160 milliards de dollars pour ses infrastructures, ce qui exige des efforts accrus aux niveaux régional et international.  Il a donc voulu que l’on appui les réformes lancées par l’Union africaine.  Après avoir insisté sur l’appropriation africaine, M. Elnour a encouragé la lutte contre le trafic de drogues, la traite des personnes, les flux financiers illicites, et la criminalité transnationale organisée. 

M. TOSHIYA HOSHINO (Japon) a rappelé que son pays a lancé dès 1993 la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) à laquelle participent les pays africains, l’ONU, la Commission de l’Union africaine et la Banque mondiale.  La TICAD se caractérise par son ouverture et ses mécanismes de suivi pour assurer une bonne mise en œuvre des engagements pris.  Elle s’aligne avec la Vision 2063 et le Programme 2030, en se focalisant sur le nexus « paix, développement et aide humanitaire » et en se fondant sur une approche centrée sur la personne.  Lors de la dernière Réunion ministérielle de la TICAD, ce mois-ci à Tokyo, il a été convenu que l’appui international doit obéir aux normes internationales, en tenant compte de la viabilité de la dette.  Les participants ont aussi convenu de l’importance des investissements privés pour diversifier les économies africaines et développer des infrastructures de haute qualité.  Ils ont également souligné l’importance de la couverture sanitaire universelle.  À la lumière de ces résultats, le Japon entend accélérer les préparatifs du septième Sommet du TICAD qui aura lieu l’année prochaine au mois d’août.

Mme MARTHA AMA AKYAA POBEE (Ghana) a estimé que la Vision 2063 constitue un plan stratégique efficace pour le développement de l’Afrique.  Elle a salué la conclusion, l’an dernier, par l’Union africaine d’un ensemble de traités majeurs, tels que la Zone de libre-échange en Afrique ou l’Accord sur le marché unique du transport.  Ces avancées portent la marque de l’engagement de l’Afrique à réaliser les transformations socioéconomiques qui s’imposent pour mettre le continent sur la voie de la prospérité.  Face à la profusion des initiatives centrées sur le développement durable en Afrique, Mme Pobee a appelé à garantir la cohérence entre les efforts nationaux, régionaux et internationaux.  Elle a salué, à cet égard, l’action de coordination du NEPAD.

Les conditions économiques mondiales ont des répercutions majeures sur les performances des économies africaines, a par ailleurs relevé la représentante, ajoutant que les chocs externes mettent souvent à mal les efforts de développement du continent.  Pour se prémunir de ces effets négatifs, Mme Pobee a appelé les pays africains à renforcer leur résilience économique.  Elle a appelé la communauté internationale à respecter les niveaux convenus d’APD et à lutter contre les flux financiers illicites.  Enfin, la représentante a estimé que les objectifs de la Vision 2063 ne pourraient être pleinement remplis sans une plus grande intégration des femmes et des jeunes à la vie économique africaine.

M. MICHEL TOMMO MONTHE (Cameroun) a souligné que les efforts de coordination, de finalisation de projets et de mobilisation des ressources n’ont pas toujours produit les résultats escomptés.  Il a souscrit à la recommandation du Secrétaire général mettant en relief une vision appropriée pour le progrès durable de l’Afrique.  Ayant fait sienne cette orientation stratégique, le Cameroun, a dit le représentant, regrette que ses efforts pour assurer la sécurité nutritionnelle, conformément à la Déclaration de Malabo, soient gravement mis en péril par la désertification, la sécheresse, le terrorisme de la secte Boko Haram, et l’instabilité dans la sous-région qui imposent une gestion de réfugiés socialement et économiquement lourde.  Il s’est aussi montré préoccupé par l’alourdissement de la dette africaine et par la tendance baissière de l’APD.  Il a invité la communauté internationale à renforcer les capacités du NEPAD, et à respecter des règles justes et équitables pour un meilleur accès des pays africains au commerce international et aux technologies nécessaires au développement de l’Afrique.  Le continent sait ce qu’il veut, il sait où il va et « nous savons ce qu’il nous faut », a conclu le représentant, en appelant au respect des engagements pris par toutes les parties.  Les Nations Unies, a-t-il ajouté, doivent renforcer la coordination de leurs organismes et les capacités du Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique, de la Commission économique pour l’Afrique et de ses structures sous régionales qui jouent un rôle de coordination, de planification et de programmation, en plus de la mobilisation des ressources et de l’opinion internationale en faveur de l’Afrique.

En dépit des perspectives économiques positives esquissées dans les rapports du Secrétaire général pour l’année 2017, M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a rappelé que le continent faisait toujours face à de nombreux défis, dont la dette, le manque de création d’emploi, le déficit d’investissements et la désertification, pour ne citer qu’eux.

En tant que Président du Groupe des pays les moins avancés, le représentant a souligné que le Bangladesh était particulièrement conscient des intérêts de cette catégorie de pays en Afrique, notamment en termes de transformations structurelles, de technologies de l’information et de la communication, de questions sociales et de santé publique et de renforcement de la résilience.

Le représentant a salué la Vision 2063 et s’est dit prêt à contribuer à sa mise en œuvre par quelque manière que ce soit.  Il a estimé que le Bureau des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud constituait une plateforme efficace pour contribuer au développement du continent.  En tant que l’un des principaux pays contributeurs de troupes et de bataillons de police, le Bangladesh continuera également de travailler en faveur du maintien de la paix en Afrique, a-t-il ajouté. 

Du point de vue bilatéral, en dépit de la distance géographique entre son pays et l’Afrique, le représentant a indiqué que le Bangladesh continuait d’approfondir ses relations diplomatiques avec le continent, ce qu’il l’a conduit, en 2016, à ouvrir 3 missions diplomatiques dans des pays africains.  « D’autres le seront prochainement », a-t-il promis.

Le représentant a en outre indiqué que son pays partageait actuellement les succès qu’il a rencontrés en matière d’e-gouvernance avec la Somalie et l’Éthiopie, s’agissant de la gestion en ligne des services publics.  Ces expériences, a-t-il ajouté, sont des bons exemples de la coopération Sud-Sud.

Par ailleurs, le représentant a souligné que son pays avait fait des progrès significatifs dans la lutte contre le paludisme, comme en témoigne la diminution de moitié du nombre de cas depuis 2010 et le recul de 54% des décès liés à la maladie.  Il a offert de partager ce savoir-faire avec les pays d’Afrique pour réaliser de la cible 3.3 du Programme 2030.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.