Réunion de haut niveau sur la lutte contre la tuberculose: adoption d’une Déclaration politique pour éradiquer « la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde d’ici à 2030 »

AG/12067
26 septembre 2018
Soixante-treizième session, Réunion de haut niveau, matin & après-midi

Réunion de haut niveau sur la lutte contre la tuberculose: adoption d’une Déclaration politique pour éradiquer « la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde d’ici à 2030 »

Les États ont manifesté aujourd’hui leur détermination à porter un coup décisif à « l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières au monde », dans la Déclaration politique sur la lutte contre la tuberculose issue de la toute première Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur un fléau « qui mine l’humanité depuis des millénaires », s’est alarmé le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)

La tuberculose, a précisé M. Tedros Adhanom Ghebreyesus, a tué 1,6 million de personnes l’an dernier.  À la fin de cette journée, elle aura tué près de 4 400 personnes, dont plus de 600 enfants.  Cet « ennemi mortel » est encore rendu plus dangereux par la résistance aux antibiotiques, puisque plus de 500 000 personnes contractent une tuberculose pharmaco-résistante chaque année et, sur ce nombre, seule une personne sur quatre a accès à un traitement et seule la moitié est traitée avec succès. 

Huit longues années, dont quatre ans de chômage, mon ouïe, mes relations familiales et amicales, c’est ce qu’une maladie dite « traitable et curable » m’a volé, a raconté Nandita Venkatesan, une jeune femme indienne, diagnostiquée en 2007 d’une tuberculose intestinale, après quatre mois de douleurs abdominales, de poussées de fièvre et de vomissements.  Celle qui, à 23 ans, n’était plus qu’« un squelette sans avenir », a lancé « chers chefs d’État, chefs de gouvernement et ministres, vous devez agir maintenant ».

Cela veut dire, a-t-elle précisé, promouvoir le dépistage précoce, mettre en œuvre les changements annoncés par l’OMS dans le traitement de la tuberculose multirésistante, investir plus dans la santé et dans la recherche de protocoles plus courts, conseiller les patients et impliquer les survivants car n’oubliez pas que « rien pour nous, sans nous ».  « Chers leaders et partenaires, je ne peux pas vous entendre car je suis devenue sourde mais je ferai tout pour que vous m’entendiez haut et fort ».

L’ont-ils entendu?  Le Directeur général de l’OMS a salué une Déclaration politique qui comprend des objectifs ambitieux mais « réalisables » même si le Coprésident du « Global TB Caucus » s’est un peu moqué d’une « belle Déclaration » sans mécanisme de responsabilité « solide ou indépendant ».

Dans ce texte de plus de 50 paragraphes, les chefs d’État et de gouvernement s’engagent à promouvoir l’accès à des traitements abordables, y compris aux génériques, à offrir diagnostics et traitements à 40 millions de personnes atteintes de la tuberculose entre 2018 et 2022, à renforcer les systèmes de santé et à y exploiter la technologie numérique.  Pour ce faire, ils s’engagent à mobiliser au moins 13 milliards de dollars d’ici à 2022 et 2 milliards pour la recherche.

« Au-delà des paroles, l’heure est à l’action », a encouragé la Présidente de l’Assemblée générale qui a appelé les États Membres à saisir cette « occasion historique » pour en finir une fois pour toutes avec l’épidémie de tuberculose.  Nous ne pouvons pas rater l’occasion d’être la génération qui aura éradiqué la tuberculose une fois pour toutes, a prévenu Mme María Fernanda Espinosa-Garcés.

« Notre tâche est urgente », a renchéri la Vice-Secrétaire générale de l’ONU.  La tuberculose, a rappelé Mme Amina J. Mohammed, n’existe pas dans le vide.  Elle se nourrit de la pauvreté, des inégalités, de l’urbanisation, des migrations et des conflits et nourrit elle-même la pauvreté et le désespoir.  La tuberculose vit donc dans un cercle vicieux qui exige une approche globale contre les moteurs sociaux qui perpétuent sa propagation.

La tuberculose, a acquiescé le Président du Conseil de coordination de la Stratégie Halte à la tuberculose de l’OMS, est une question de justice sociale qui met en lumière et exacerbe les multiples failles sociales et économiques.  « On ne peut en effet expliquer autrement pourquoi une maladie curable depuis des décennies est toujours présente, devenant l’une des premières causes de mortalité. »  La tuberculose, a estimé le docteur Aaron Motsoaledi, est finalement un test pour notre engagement à lutter contre la pauvreté.

Deux tables rondes ont été organisées sur l’accès à des services abordables de prévention, de diagnostic, de traitement et de soins, et sur les moyens financiers.  M. Bill Gates, de la Fondation Bill & Melinda Gates, qui a promis de financer la recherche par le biais du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a salué l’Inde, pour avoir fait passer son financement de 222 millions de dollars en 2012 à 525 millions en 2017, tout en créant le plus grand système de couverture sanitaire au monde.

RÉUNION DE HAUT NIVEAU SUR LA LUTTE CONTRE LA TUBERCULOSE

Unis pour vaincre la tuberculose: une action mondiale urgente face à une pandémie

Déclarations d’ouverture

Mme MARÍA FERNANDA ESPINOSA-GARCÉS, Présidente de l’Assemblée générale, a regretté que « nos progrès en matière de lutte contre la tuberculose n’aient pas été à la hauteur ».  Or, cette maladie est évitable, traitable et curable.  Pourtant, elle a coûté la vie à 1,6 million de personnes l’année dernière, dont 300 000 personnes porteuses du VIH et, malheureusement, la tuberculose multirésistante est toujours une grave crise de santé publique partout dans le monde.  C’est inacceptable, s’est impatientée la Présidente, car, a-t-elle poursuivi, outre les conséquences sociales du taux de mortalité, les pertes sont astronomiques: la tuberculose pourrait coûter plus de mille milliards de dollars à l’horizon 2030.

Si les mesures qu’il faut sont prises maintenant, « nous pourrons sauver des vies, réduire les souffrances et prévenir les pertes économiques ».  Il s’agit là d’une « responsabilité éthique et politique », a souligné la Présidente, qui a invité les participants aux tables rondes à rester concentrés sur trois axes fondamentaux et d’abord, le fait que la lutte contre la tuberculose ne nous offre pas seulement l’occasion de faire progresser cette cause, mais aussi de renforcer les systèmes de santé en général.  L’amélioration des infrastructures sanitaires et une meilleure coordination entre les gouvernements, les parlements et la société civile peuvent conduire à une amélioration de la santé de nos populations.

Ensuite, la tuberculose, comme beaucoup d’autres maladies, n’affecte pas tout le monde de la même manière.  Bien souvent, ce sont les plus pauvres, les plus vulnérables et les marginalisés qui subissent ses terribles effets, en particulier les femmes et les enfants, les personnes âgées, les personnes handicapées, les réfugiés et les migrants, sans oublier les peuples autochtones.  Nous devons, dès lors, a estimé la Présidente, chercher des moyens d’autonomiser les personnes touchées et améliorer leur résilience, en mettant en œuvre, par exemple, des politiques visant à élargir l’accès équitable et accessible aux médicaments, aux vaccins et aux diagnostics.

Enfin, le financement et la recherche devraient être renforcés de façon conséquente.  La Présidente a fait part, pour cette année, d’un déficit de près de 5 milliards de dollars.  Sans nouveaux outils et sans financement, les perspectives d’avenir sont très décourageantes, a-t-elle mis en garde.

La Déclaration politique approuvée aujourd’hui établit une feuille de route, conforme aux objectifs de développement durable, à la Stratégie Halte à la tuberculose de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et à la Déclaration de Moscou sur l’élimination de la tuberculose.  Nous devons traiter 40 millions de personnes et assurer un traitement préventif à 30 millions d’autres personnes.  Il faudra mobiliser 13 milliards de dollars par an d’ici à 2022 et 2 milliards pour la recherche.  Au-delà des paroles, l’heure est à l’action, a encouragé la Présidente.  On peut gagner cette bataille, a-t-elle insisté, « Alors réaffirmons l’utilité, la nécessité et l’efficacité du multilatéralisme et du système des Nations Unies » et « Saisissons cette occasion historique pour en finir une fois pour toutes avec l’épidémie de tuberculose. »

Notre tâche est urgente, a poursuivi Mme AMINA J. MOHAMMED, Vice-Secrétaire générale de l’ONU, devant « la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde ».  Au cœur des objectifs de développement durable, a-t-elle rappelé, se niche la promesse de ne « laisser personne de côté ».  Aujourd’hui, la voix des communautés affectées résonne dans les murs des Nations Unies et ces voix doivent devenir « les battements du cœur » de notre travail et un appel à intensifier les efforts et à élargir les partenariats.  La tuberculose, a rappelé la Vice-Secrétaire générale, n’existe pas dans le vide.  Elle se nourrit de la pauvreté, des inégalités, de l’urbanisation, des migrations et des conflits et nourrit elle-même la pauvreté et le désespoir.  La tuberculose vit donc dans un cercle vicieux qui exige une approche globale contre les moteurs sociaux qui perpétuent sa propagation.  La Vice-Secrétaire générale a, à son tour, souligné l’importance qu’il y a à mettre en place de meilleurs systèmes de santé et de protection sociale, de faire avancer la recherche et de surmonter la menace de plus en plus dangereuse de la résistance antimicrobienne.  La Vice-Secrétaire générale a encouragé les participants à la Réunion de haut niveau à réfléchir soigneusement au lien entre la tuberculose et l’agenda plus large de la santé.  Pour avancer, nous devons dépasser les approches en silos, s’est-elle expliquée. 

Elle a insisté sur le sous-financement alarmant et l’importance des investissements dans la santé, arguant que la tuberculose offre une occasion critique de mettre en œuvre des approches à l’échelle du système des Nations Unies et reposant sur des infrastructures de santé capables non seulement de prévenir, de diagnostiquer et de soigner la tuberculose mais aussi de promouvoir et de protéger la santé et le bien-être de communautés entières.  Notre réponse peut élargir l’accès aux médicaments et conduire à des progrès dans la couverture santé universelle.  La Stratégie Halte à la tuberculose de l’OMS fournit un cadre d’action qui montre certes des progrès mais des progrès inégaux, lents et fragiles, a mis en garde la Vice-Secrétaire générale.  Deux tiers des nouvelles infections interviennent dans seulement huit pays, a-t-elle fait observer, voyant là la nécessité de trouver une nouvelle façon de travailler: dépasser les approches à une voie, les silos et les objectifs uniques.  Les progrès seront possibles si nous nous fondons sur les meilleures données et la science, des décisions informées, des communautés autonomisées et une action stratégique et bien financée.  L’OMS restera aux manettes de l’action du système des Nations Unies qui compteront aussi sur la contribution de la société civile, a conclu la Vice-Secrétaire générale.

M. TEDROS ADHANOM GHEBREYESUS, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a qualifié d’« historique » cette Réunion, dans « notre bataille contre la tuberculose », une pandémie qui mine l’humanité depuis des millénaires, qui n’a pas de frontières et qui est toujours là.  Elle peut toucher n’importe qui mais elle prospère en général là où il y a la pauvreté, la malnutrition ou les conflits.  Les chiffres en disent long, a fait observer le Directeur général: la tuberculose a tué 1,6 million de personnes l’an dernier.  C’est l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières au monde, l’une des 10 premières causes de mortalité et la principale cause de mortalité chez les personnes vivant avec le VIH.

Les chiffres ne s’arrêtent pas là, a poursuivi le Directeur général: à la fin de la journée, ce sont près de 4 400 personnes qui auront perdu la bataille contre cette pandémie, dont plus de 600 enfants.  La résistance aux antibiotiques rend « cet ennemi mortel » encore plus dangereux, puisque plus d’un demi-million de personnes contractent une tuberculose pharmaco-résistante chaque année et sur ce nombre, seulement une personne sur quatre a accès à un traitement et seulement la moitié est traitée avec succès.  La tuberculose ne détruit pas seulement la santé, elle implique également des coûts financiers trop lourds à supporter.  « Assez! Trop c’est trop! » s’est impatienté le Directeur général, en ajoutant, Halte à la tuberculose.

Au début de cette année, a-t-il rappelé, l’OMS a lancé une nouvelle initiative visant les 40 millions de personnes qui auront besoin de soins d’ici à 2022.  Il a donc prié tous les dirigeants du monde à devenir « 40 millions de champions » et à agir sur trois axes: offrir un soutien sans faille, car le succès est tributaire d’un engagement politique au plus haut niveau servi par des mesures concrètes; augmenter les investissements, en particulier dans la science et la recherche sur le diagnostic, les médicaments et les vaccins; enfin, tenir les promesses faites par un cadre de responsabilité multisectoriel comportant quatre composantes, à savoir l’engagement, l’action, le suivi et l’examen.

La Déclaration politique adoptée aujourd’hui comprend des objectifs ambitieux mais cependant « réalisables », a estimé le Directeur général, citant parmi ces objectifs: traiter 40 millions de personnes atteintes de tuberculose au cours des cinq prochaines années, fournir un traitement préventif à 30 millions de personnes, viser avant tout les populations les plus vulnérables et les plus marginalisées et lutter contre la stigmatisation et la discrimination.  Il s’agit aussi de surmonter la crise sanitaire mondiale de la pharmaco-résistance, d’investir 2 milliards de dollars par an dans la recherche et l’innovation, de mobiliser 13 milliards de dollars par an pour traduire les plans en résultats et de s’engager mutuellement pour atteindre ces résultats.

Ce sont certes des promesses audacieuses, a reconnu le Directeur général, mais qui peuvent être tenues grâce à un vrai partenariat car aucun de nous ne peut réussir seul.  La tuberculose est une maladie redoutable et le meilleur moyen de protéger les gens est d’investir dans des systèmes de santé plus robustes, reposant sur les soins de santé primaires.  La conférence mondiale qui se tiendra à Astana, le mois prochain, est une occasion unique, a estimé le Directeur général, de réaffirmer notre attachement aux soins de santé primaires en tant que pilier de tous les systèmes de santé.  Il a fixé un autre rendez-vous l’année prochaine à la Réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle.

M. AARON MOTSOALEDI, Président du Conseil de coordination du Partenariat Halte à la tuberculose, a d’abord indiqué que son Partenariat compte aujourd’hui près de 2 000 acteurs de la lutte contre la tuberculose.  Il a ensuite rappelé que Nelson Mandela, dont le nom vient d’être donné à la nouvelle Décennie pour la paix, avait lui-même survécu à la tuberculose.  S’il avait pu participer à cette Réunion, il aurait, sans aucun doute, prévenu que le monde ne connaîtra vraiment jamais la paix, la prospérité et la justice tant que la tuberculose, une maladie curable, continuera d’infliger, chaque année, agonie et mort à des millions de personnes dans le monde.  Cette Réunion est donc un « moment historique » qui ne doit pas rater sa « mission historique ».

La tuberculose doit-elle rester une maladie silencieuse, tapie dans l’ombre, négligée par le manque de volonté d’en faire une priorité politique et financière ou choisirons-nous au contraire de tracer une nouvelle voie et de veiller à ce que la Déclaration politique devienne la base d’une réponse sans précédent dans chacun de nos pays?

La tuberculose, a souligné M. Motsoaledi, mérite la plus haute priorité politique, à commencer par les chefs d’État et de gouvernement.  Elle doit être au cœur des principales responsabilités des dirigeants nationaux et internationaux car, a-t-il expliqué, la tuberculose est fondamentalement une question de justice sociale qui met en lumière et exacerbe les multiples failles sociales et économiques.  On ne peut en effet expliquer autrement pourquoi une maladie curable depuis des décennies est toujours présente, devenant l’une des premières causes de mortalité.  La tuberculose, a-t-il affirmé, est finalement un test pour notre engagement à lutter contre la pauvreté.  Or, les derniers chiffres publiés par l’OMS en 2017 montrent que 10 millions de personnes ont contracté la tuberculose dans le monde, que près de 40% des nouveaux patients ne sont pas dépistés, que la résistance aux médicaments est devenue un problème de sécurité sanitaire et que le nombre des nouvelles infections et des morts ne baisse pas suffisamment vite.  Nous sommes encore loin d’atteindre le premier objectif d’Halte à la tuberculose d’ici à 2020, s’est-il alarmé.

Nous devons mobiliser toutes les ressources disponibles; chaque once d’énergie, chaque dollar, car comme les guerres, les épidémies mondiales et les catastrophes naturelles, la tuberculose nécessite des mesures courageuses et audacieuses, celles qui donnent les plus grandes victoires contre les dangers qui menacent le monde.  Après avoir passé en revue les cinq priorités de la Déclaration politique, il a ajouté une « priorité personnelle »: tous les dirigeants doivent parler spontanément de la tuberculose et chaque chef d’État, à qui son ministre des finances demande si l’élimination de la tuberculose n’est pas un luxe inabordable, doit répondre par « peut-on s’offrir le luxe de ne pas le faire? »

Mme VERONIKA SKVORTSOVA, Ministre de la santé de la Fédération de Russie et Présidente de la Conférence ministérielle de l’OMS sur la tuberculose, a, en tant que médecin, dit savoir qu’il n’y a rien de plus important que la vie et la santé.  Les citoyens doivent pouvoir avoir accès à des diagnostics, à des soins préventifs et à des traitements de qualité.  En tant que Ministre de la santé d’un pays qui a fait des progrès considérables dans la réduction de la prévalence de la tuberculose, elle a tenu à souligner l’importance de l’engagement politique en faveur de la santé publique.  Le meilleur moyen de progresser est de veiller à une approche globale impliquant tous les secteurs de l’économie et à une répartition claire des responsabilités.  C’est cette approche qui a permis à la Fédération de Russie de faire un bond décisif contre la tuberculose.  Grâce à des fonds prévisibles et à l’adoption de mesures innovantes, « nous avons réussi à réduire l’incidence de la tuberculose de plus de 42% au cours des 10 dernières années et la mortalité, de plus de 64% ».  La Fédération de Russie ne s’arrête pas à son propre territoire, elle renforce aussi la coopération internationale.  Depuis 2018, elle soutient le Programme de l’OMS, dont la mise en œuvre de la Déclaration de Moscou.

Le succès, a prévenu la Ministre, tient au regroupement des efforts et à la coordination de l’action entre tous les pays, tous les partenaires, toutes les organisations professionnelles et toutes les sociétés civiles.  La pertinence de cette approche a été démontrée en 2017, à Moscou, lors de la première Conférence ministérielle mondiale de l’OMS sur la tuberculose, à laquelle ont participé plus de 1 000 personnalités venues de 120 pays dans le monde.  À cette occasion, le Président Vladimir Putin a confirmé son engagement, a souligné la Ministre qui s’est donc félicitée que la Déclaration de Moscou ait inspiré la Déclaration politique adoptée aujourd’hui.  La Ministre a insisté sur le rôle de coordination de l’OMS et a conclu en disant: nous avons le pouvoir de vaincre cette pandémie, comme l’exigent le troisième objectif de développement durable, la Stratégie Halte à la tuberculose, la Déclaration de Moscou et la Déclaration politique d’aujourd’hui.

Dans un message vidéo, Mme PENG LYUAN, Première Dame de la Chine et Ambassadrice de bonne volonté de l’OMS pour la tuberculose et le VIH/sida, a indiqué que dans le cadre de ses fonctions, elle se rend, le 24 mars de chaque année, auprès d’une communauté frappée par une forte prévalence de la tuberculose pour sensibiliser l’opinion, changer les comportements et encourager l’action.  Cette année, elle s’est rendue à Hubei, dans le centre de la Chine, où elle a parlé à des jeunes enfants de l’importance d’une bonne hygiène.  Elle y a même rencontré un jeune patient complètement guéri qu’elle a encouragé à devenir lui-même sensibilisateur.  La Première Dame a d’ailleurs assisté à une cérémonie d’hommage aux sensibilisateurs les plus efficaces. 

Shili, a-t-elle raconté, est médecin à Sichuan dont l’une des nombreuses tâches est de s’occuper des tuberculeux.  Malgré le séisme de 2008, elle a réussi à rétablir un contact direct avec chacun de ses 540 patients, parcourant kilomètre après kilomètre et passant quelque 20 jours à distribuer des médicaments à ceux qui n’y avaient plus accès.  Aujourd’hui tous ses 540 malades sont guéris.

La Première Dame a aussi remercié les médias et les 700 000 volontaires des programmes chinois contre la tuberculose qui ont réussi à sensibiliser plus de 75% de la population.  Elle s’est attardée sur la rapidité des progrès dans son pays où dans certaines régions, la lutte contre la tuberculose fait partie intégrante des programmes de réduction de la pauvreté.

Quand je me rends à l’étranger, a affirmé Mme Peng, j’essaie toujours de parler de la tuberculose.  Mais, a-t-elle reconnu, les défis restent énormes.  La tuberculose multirésistante, le manque d’accès au traitement et le sous-financement sont des problèmes mondiaux.  Il est temps de dire Halte à la tuberculose et de faire la différence dans la vie des millions de malades, a conclu la Première Dame.

Huit longues années, dont quatre ans de chômage, mon ouïe, mes relations familiales et amicales, c’est ce qu’une maladie dite « soignable et curable » m’a volé, a raconté NANDITA VENKATESAN, une jeune femme indienne, diagnostiquée en 2007 d’une tuberculose intestinale, après quatre mois de douleurs abdominales, de poussées de fièvre et de vomissements.  Adolescente ambitieuse et vive, a-t-elle dit, j’ai passé 18 mois de ma scolarité à avaler 15 comprimés par jour et à braver des effets secondaires handicapants, au lieu de me forger des souvenirs avec mes amis.  Les études étaient ma seule soupape de sûreté.

Après m’avoir déclarée complètement guérie, mon médecin m’a assurée que ma tuberculose était désormais une chose du passé.  Mais, s’est amusée la jeune femme, l’avenir à cette manie d’arriver sans prévenir: malgré mon immersion totale dans mes études et l’obtention d’un diplôme de journalisme, la maladie m’a clouée au sol.  La bactérie de la tuberculose intestinale était revenue comme pour se venger, rendant inefficace tout traitement.  Elle s’est propagée à d'autres organes, avec son lot de séjours à l'hôpital, d’opérations chirurgicales – six-, de médicaments dont plus de 200 injections, d’effets secondaires avilissants, de perte de poids et de cheveux.  À 23 ans, je n’étais plus qu’un squelette sans avenir.  

Mais le plus dur restait à venir.  Deux jours après mon anniversaire, je me réveillais d’une sieste dans le silence le plus total: j’avais perdu l’ouïe en un clin d’œil, un effet secondaire dévastateur des injections de kanamycine.  N’entendant pas, ma parole s’est altérée et la dépression m’a paralysée.  Pendant huit années, j’ai caché ma maladie par crainte des conséquences sur mes relations professionnelles et personnelles. 

Chers chefs d’État, chefs de gouvernement et ministres, vous devez agir maintenant, a lancé la jeune femme.  S’il vous plaît, faites que les fruits des progrès scientifiques parviennent jusqu’aux aux malades.  Cela veut dire, promouvoir les tests précoces car il est tout simplement injuste que les gens attendent un simple diagnostic.

Cela veut dire, mettre en œuvre les changements annoncés par l’OMS dans le traitement de la tuberculose multirésistante.  Les professionnels de la santé doivent éduquer les patients et les prévenir des effets secondaires. 

Cela veut dire, investir plus dans la santé et dans la recherche sur des protocoles plus courts et autres produits et « je veux que mon pays soit le leader en la matière ». 

Cela veut dire, conseiller les patients et impliquer les survivants car combattre la maladie est autant une bataille mentale que physique.  Les conseils et l’appui de patient à patient doivent être institutionnalisés et dotés d’un financement adéquat.  Les survivants apportent avec eux une expérience de première main, de l’empathie et le désir brulant « de secouer le statu quo ».  Utilisez-les et n’oubliez pas que « rien pour nous, sans nous ».  « Chers leaders et partenaires, je ne peux pas vous entendre car je suis devenue sourde mais je ferai tout pour que vous m’entendiez haut et fort », a promis la jeune femme.

Table ronde sur le thème « Accélérer la mise en œuvre d’une action globale, en donnant accès à des services abordables de prévention, de diagnostic, de traitement et de soins, en vue de mettre fin à l’épidémie de tuberculose, y compris de tuberculose à bacilles multirésistants, en tenant compte des comorbidités et des problèmes de santé connexes qui, dans chaque pays, font obstacle à la mise en place d’une couverture sanitaire universelle, et en faisant fond sur les efforts déployés pour établir un cadre de responsabilisation guidant l’action multisectorielle, comme prévu dans la Déclaration ministérielle de Moscou »

« L’histoire s’écrit sous nos yeux », s’est félicité le Président du Nigéria et Coprésident de la table ronde, M. MUHAMMADU BUHARI.  Cette occasion « historique » a aussi été saluée par l’autre Coprésident, le Ministre des personnes déplacées des territoires occupés, du travail, de la santé et des affaires sociales de la Géorgie, M. DAVID SERGEENKO, qui a indiqué que dans son pays, ce sont les partenariats public-privé qui ont permis de faire avancer les choses.  Récemment, les progrès ont en effet permis de tripler le nombre des malades qui ont accès à des traitements, a confirmé M. BILL GATES de la Fondation Bill et Melinda Gates.  Mais il a prévenu d’une impasse due au défi important de la détection des nouvelles infections.  Plus de trois millions de cas ne sont pas détectés à l’heure actuelle, a-t-il prévenu.  Il a salué les efforts de l’Inde et de l’Afrique du Sud, qui sont « des exemples à suivre », avant d’insister sur l’importance de la recherche sur un vaccin et un protocole plus court permettant une guérison dans un délai de deux mois.  Ma Fondation, a-t-il promis, financera la recherche par le biais du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.  Mais les pays doivent aussi jouer leur rôle pour que le Fonds soit suffisamment doté, a-t-il ajouté, se montrant favorable à la création d’un « mécanisme de responsabilité » efficace.

Il faut surtout mettre l’accent sur les jeunes et les enfants dont 600 succombent chaque jour à la tuberculose, a estimé Mme HENRIETTA FORE, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).  Elle a expliqué que 96% des enfants qui meurent de cette maladie n’ont jamais eu accès à un traitement, et que presque la moitié du million d’enfants qui ont contracté la maladie ne sont ni diagnostiqués, ni soignés.  Parfois, leurs symptômes sont confondus avec ceux de la malnutrition, ce qui pointe sur une formation défaillante du personnel de santé mais aussi sur une mauvaise sensibilisation des communautés.  De manière générale, la technologie de diagnostic rapide n’est pas adaptée à l’enfant.  Pour avoir une technologie adaptée, il faut pouvoir présenter des mesures incitatives à l’industrie pharmaceutique.  Or, la tuberculose est une maladie des pays pauvres, a expliqué le fondateur et Président de Bangladesh Rural Advancement Committee (BRAC), M. FAZLE HASAN ABED.  Même le Canada a avoué un problème à Nunavut, où la prévalence de la tuberculose y est 300 fois supérieure au reste du pays, compte tenu de l’insécurité alimentaire, de l’insalubrité des logements et des conséquences du colonialisme.  Au Bangladesh, a expliqué le Président du BRAC, des incitations ont été offertes aux patients: chaque malade s’engage à investir une somme modique pour ses médicaments et reçoit le versement d’intérêts, une fois le traitement achevé.  En conséquence, 65% des malades vont jusqu’au bout de leur traitement, s’est-il félicité.

Il faut miser sur « une véritable révolution de la prévention », a estimé le M. JEREMIAH CHAKAYA MUHWA, Président de l’Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires.  Au Kenya, son pays natal, 120 personnes meurent chaque jour d’une tuberculose.  Le médecin a dit fonder beaucoup d’espoir dans les essais cliniques « concluants » d’un nouveau vaccin « très prometteur » mais qui ne vaudra rien, a-t-il reconnu, à son tour, sans une bonne sensibilisation des communautés.  En l’occurrence, une seule journée par an, le 24 mars, ne suffit pas.  C’est tout le mois de mars qui devrait être consacré à la prévention et ainsi les chefs d’État n’auraient plus d’excuses.  Cette proposition a été soutenue par plusieurs intervenants.  En effet, les progrès sont lents, s’est lamentée Mme KHUAT THI HAI OANH, Directrice exécutive de « Supporting Community Development Initiatives », qui a aussi prôné pour un travail efficace auprès des communautés pour comprendre pourquoi elles refusent de se faire dépister et ce qu’elles proposent pour le traitement, le suivi et les soins.

De tous les défis, c’est l’épineuse question du financement qui a émaillé le débat.  Le Suriname en a appelé à la solidarité avec les pays pauvres.  On ne pourra pas éradiquer la tuberculose si on continue de refuser de l’aide à ces pays, a renchéri le Maroc.  Madagascar a reconnu que le budget alloué par son gouvernement à la lutte contre la tuberculose est très faible.  Les partenaires financiers sont incontournables.  En dépit des difficultés économiques, mon gouvernement s’est engagé à financer le secteur de la santé, a affirmé le Venezuela, accusant certains pays développés de barrer l’accès des pays comme le sien aux équipements médicaux.  Le Venezuela a donc dit privilégier la coopération Sud-Sud.  C’est un autre problème que l’Ukraine a soulevé: les 1 300 nouvelles infections comptabilisées depuis le début de l’année sont imputables à l’annexion illégale de la Crimée par la Fédération de Russie et au fait que le Gouvernement n’a pas accès aux malades dans les territoires occupés.  L’Italie a parlé des barrières linguistiques et culturelles qui rendent difficile toute intervention auprès des migrants.  Ces personnes, a souligné, la Bolivie sont particulièrement vulnérables, contraintes d’interrompre leur traitement pendant leur fuite.

L’Allemagne a dit s’être jointe à la Norvège et au Ghana pour demander à l’OMS d’élaborer une feuille de route et de mieux identifier les moyens pour atteindre l’objectif 3 du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  L’Allemagne s’est aussi engagée à consacrer un milliard d’euros par an au Fonds mondial.  Aucun nouveau médicament n’a été développé depuis 40 ans, a fait observer l’Union africaine.  Des soins novateurs s’imposent, a acquiescé la Slovaquie

Au-delà de la Déclaration politique et « des grandes formules », il faut une action politique, se sont impatientées la société civile et la communauté des personnes affectées.  Elles ont réclamé un accès élargi aux médicaments et en l’occurrence, le secteur privé ne saurait se substituer au secteur public.  Évitons aussi, ont-elles poursuivi, des termes comme « personne à risque élevé ».  Misons sur la recherche et le développement de nouveaux produits de dépistage.  Les États-Unis ont aussi insisté sur l’importance de la recherche biomédicale et annoncé le lancement, aujourd’hui même, d’un vaste programme national.  Un nouveau programme a également été lancé aujourd’hui au Turkménistan où une centrale d’achats de médicaments a été installée.

Table ronde sur le thème « Consacrer, à l’échelle nationale et internationale, des moyens financiers et des efforts de mise en œuvre suffisants et viables dans les domaines de la prestation de services, de l’innovation et de la recherche-développement visant à mettre au point de nouveaux procédés, diagnostics, médicaments, vaccins et autres stratégies de prévention »

Il est en effet crucial de trouver des financements nationaux et internationaux innovants et durables pour accélérer l’éradication de la tuberculose, a d’emblée souligné Mme NILA MOELOEK, Ministre de la santé de l’Indonésie et Coprésidente de la table ronde, dont le pays est lourdement touché par la pandémie.  Les financements innovants, la Banque mondiale y travaille, a répondu sa représentante, Mme ANNETTE DIXON.  L’institution financière internationale s’appuie sur des expériences probantes, dont celle de l’Inde qui a fait passer ses financements de 222 millions de dollars en 2012 à 525 millions en 2017, tout en lançant le plus grand système de couverture sanitaire au monde.  Une telle mobilisation des ressources domestiques est la pierre angulaire d’un bon financement, a estimé Mme Dixon.  Il faut surtout tripler les fonds de la recherche-développement, a pressé la Première Dame du Nigéria, Mme AISHA BUHARI, et cela ne peut se faire qu’à travers la coopération internationale, a prévenu le Ministre de la santé et de l’environnement d’Antigua et Barbuda, M. MOLZYN JOSEPH, l’autre Coprésident de la table ronde.

Aujourd’hui, selon l’OMS, 95% des morts dues à la tuberculose interviennent dans les pays en développement, notamment en Afrique.  Les coûts humains, sanitaires et les coûts économiques sont « immenses », a reconnu la représentante de la Banque mondiale.  La maladie touche surtout les gens en âge de travailler et ceux dans la force de l’âge avec toutes les implications socioéconomiques que cela suppose, a précisé M. PETER SANDS, Directeur exécutif du Fonds mondial, alors que la route vers un traitement accessible et abordable est complexe et sinueuse, a ajouté le Directeur exécutif de la centrale d’achat de médicaments « UNITAID », M. LELIO MARMORA.

Les États-Unis ont annoncé que leur Agence de la coopération pour le développement international, USAID, vient de lancer un « nouvel accélérateur » contre la tuberculose qui se concentrera sur les solutions locales et coordonnera ses efforts avec les organisations confessionnelles qui ont souvent un meilleur accès aux populations.  Trinité-et-Tobago a attiré l’attention sur la situation particulièrement des petits États insulaires en développement.  L’Argentine, qui préside le G20, s’est engagée à développer de nouvelles approches en matière de diagnostic et de vaccins pour garantir la réalisation du troisième objectif du Programme 2030.

Plusieurs intervenants ont vu dans la Déclaration politique adoptée aujourd’hui par acclamation un engagement fort de la communauté internationale alors que d’autres se sont montrés sceptiques.  Cette « belle Déclaration » ne prévoit aucun « mécanisme de responsabilité » solide ou indépendant, a regretté le Coprésident du « Global TB Caucus », M. NICK HERBERT.  Il nous reste une seule chose: Agir et Agir, a lancé l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au nom des 50 millions de migrants « laissés de côté ».  Sans changement radical, ce sont 40 autres millions de personnes qui perdront la vie d’ici à 2030, date butoir de l’éradication de la pandémie, a mis en garde le Coprésident du « Global TB Caucus ».

« Nous allons faire des pas de géants », a assuré le Ministre géorgien de la santé.  Les États ont effet réussi à atteindre leur objectif immédiat qui était l’adoption de la Déclaration politique, a renchéri Mme MARÍA FERNANDA ESPINOSA-GARCÉS, la Présidente de l’Assemblée générale.  Mais ce document, a-t-elle prévenu, ne doit pas devenir une énième déclaration ministérielle mais se transformer en un engagement réel.  Pour aller de l’avant, la Présidente a appelé les dirigeants et le secteur privé à investir massivement et avec détermination.  « Nous ne pouvons rater l’occasion d’être la génération qui aura éradiqué la tuberculose une fois pour toutes », a dit la Présidente.

Chaque malade doit être reconnu comme une personne dotée d’émotions, a souligné Mme TIMPIYIAN LESENI, survivante de la tuberculose et fondatrice d’une organisation communautaire qui sensibilise les gens, les pousse à se faire dépister et se soigner et surtout à suivre leur traitement jusqu’au bout.  Mme Leseni a dit avoir subi le cliché du Masaï, « combattant féroce et isolé du monde ».  Lorsqu’on m’a opéré de l’abdomen, a-t-elle raconté, les médecins m’ont dit sans délicatesse aucune que je me serais évanouie à la vue du pus qu’ils avaient retiré de mes intestins et toujours aussi élégamment, ils m’ont expliqué que j’avais probablement contracté la maladie en buvant le lait à même le pis.  J’ai eu une pensée émue pour ma communauté, a avoué Mme Leseni, expliquant la raison pour laquelle elle a créé son organisation.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.