Assemblée générale: Face à un monde marqué par une crise de confiance et « de plus en plus chaotique », les tenants d’un multilatéralisme rénové et du « patriotisme » s’opposent

AG/12062
25 septembre 2018
Soixante-treizième session, 6e & 7e séances plénières - Matin & après-midi

Assemblée générale: Face à un monde marqué par une crise de confiance et « de plus en plus chaotique », les tenants d’un multilatéralisme rénové et du « patriotisme » s’opposent

 

Réunis pour le débat annuel de l’Assemblée générale, les dirigeants du monde ont commencé aujourd’hui à présenter leur point de vue sur les causes de la « confiance fragilisée » des peuples dans la gouvernance mondiale et les remèdes à y apporter.  Face à un ordre mondial « de plus en plus chaotique », le Président des États-Unis a, comme l’an passé, mis en avant le « patriotisme ».  La plupart des autres dirigeants ont, en revanche, plaidé pour un multilatéralisme renouvelé présenté comme la seule réponse possible aux défis mondiaux.  Ils ont dénoncé l’unilatéralisme et le « fracas des nationalismes », les accusant de « conduire toujours vers l’abîme ».

D’ici au 1er octobre, les dignitaires des 193 États Membres, ainsi que du Saint-Siège, de l’État de Palestine et de l’Union européenne, doivent prendre la parole devant le principal organe plénier des Nations Unies.  Quelque 96 chefs d’État, 4 vice-présidents et 41 chefs de gouvernement sont attendus.  Ce mardi, ce sont 31 chefs d’État et trois premiers ministres qui se sont exprimés après la présentation par le Secrétaire général de son rapport annuel et le discours d’ouverture de la Présidente de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale, Mme María Fernanda Espinosa Garcés, de l’Équateur.

Le Secrétaire général a déploré le « syndrome du déficit de confiance » qui affecte aussi bien les institutions nationales que les relations entre États ou encore l’idée d’un ordre mondial reposant sur des règles.  Ces rapports de pouvoir « moins clairs » font peser une menace sur le multilatéralisme « au moment même où nous en avons le plus besoin », en particulier pour résoudre les défis mondiaux, a poursuivi M. António Guterres.  Le Secrétaire général a rappelé son attachement à un tel monde, tout en insistant sur la nécessité de le réformer pour le redynamiser et le renforcer, en plaçant l’Organisation des Nations Unies en son centre.

Le défi mondial le plus largement abordé a sans doute été les changements climatiques qui, comme l’a rappelé le Président des Seychelles, M. Danny Faure, font peser « une menace existentielle » sur certains États.  De très nombreux dirigeants ont estimé avec le Secrétaire général qu’il était essentiel de garantir la mise en œuvre de l’Accord de Paris voire de l’accélérer.  Le Président de la France, M. Emmanuel Macron, s’est prononcé en ce sens, ajoutant, en référence au retrait des États-Unis de l’Accord en début d’année: « Si un membre ne veut pas avancer, nous avancerons quand même, avec d’autres partenaires ».  Son homologue américain, M. Donald Trump, est resté silencieux sur la question tout en proposant, au nom d’une indépendance énergétique qu’il a jugée cruciale, d’exporter « partout dans le monde un pétrole abondant et abordable, un charbon propre et du gaz naturel ».

La question climatique n’a été que l’une des illustrations de l’opposition entre les États-Unis et la France, dont le Président s’est présenté comme le chantre d’un multilatéralisme modernisé.  S’il a dit ne pas croire « à un peuple mondialisé qui n’existe pas » et rejeté le « discours d’ouverture inconditionnelle » face aux flux migratoires, M. Macron a rappelé aux dirigeants du monde que « les génocides qui ont fait que vous êtes là aujourd’hui ont été nourris par les succès d’estrade que nous applaudissons ».  Défendre le multilatéralisme « peut ne plus être à la mode; alors, ne soyons pas à la mode », a-t-il lancé, en appelant les dirigeants du monde « à ne pas s’habituer ni à accepter » ces formes d’unilatéralisme.

Face au Président Trump qui invitait ses pairs à suivre l’exemple d’un patriotisme « donnant la préférence à l’indépendance et à la coopération internationale » plutôt qu’à une gouvernance mondiale, M. Macron, « l’universalisme chevillé au corps », a plaidé pour un « nouvel équilibre reposant sur de nouvelles formes de coopération régionale et internationale ».  Il a présenté à cette fin trois principes: respect des souverainetés, renforcement de la coopération régionale et apport de garanties internationales plus robustes, afin de « trouver ensemble un nouvel équilibre mondial, forger ensemble un nouveau modèle ».

À l’image du Président français qui a refusé de laisser le principe de souveraineté des peuples « dans les mains des nationalistes », plusieurs chefs d’État ont, tel le Président du Mexique, M. Enrique Peña Nieto, vu dans le multilatéralisme « le meilleur moyen de défendre la souveraineté et la dignité de chaque État tout en contribuant à la sécurité et au bien-être de la communauté des nations ».

Pour la France, un des exemples du succès des garanties internationales se trouve dans le Plan d'action global commun de Vienne sur le nucléaire iranien, dénoncé, au contraire, comme « horrible » par le Président Donald Trump, qui en a retiré son pays en mai dernier. Aujourd’hui, le Chef de l’État américain s’en est violemment pris à l’Iran et à son « régime corrompu », annonçant de nouvelles sanctions unilatérales.  Le Président iranien, M. Hassan Rouhani, qui a comparé ces sanctions à du « terrorisme économique », a préféré saluer « la position unie et catégorique » de la communauté internationale vis-à-vis du retrait américain, avant d’exhorter l’ONU à faire en sorte qu’aucun État ne puisse se dérober à ses engagements internationaux.

C’est aussi l’action collective qui permettra de maîtriser les crises au Moyen-Orient, a estimé le Roi de Jordanie Abdallah II, en référence tant à la Syrie qu’à la « crise principale: le refus prolongé d’un État palestinien ».  Ces deux crises ont en outre amené le Président de la Turquie, M. Recep Tayyip Erdoğan, à accuser le Conseil de sécurité de ne plus servir que les intérêts de ses cinq membres permanents dotés du droit de veto.  La réforme des Nations Unies ne peut se limiter à celle de son budget, a-t-il tranché, alors que plusieurs autres chefs d’État, dont les Présidents du Mexique, du Brésil et du Nigéria, réclamaient eux aussi une réforme du Conseil de sécurité comme condition d’une ONU plus performante.

L’Assemblée générale poursuivra son débat général demain, mercredi 26 septembre, à partir de 9 heures.

RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR L’ACTIVITÉ DE L’ORGANISATION

Présentation du rapport par le Secrétaire général de l’ONU

À l’ouverture du débat général de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale de l’ONU, le Secrétaire général de l’ONU, M. ANTÓNIO GUTERRES, a parlé du « syndrome du déficit de confiance » dont souffre le monde aujourd’hui, qui se manifeste au niveau des institutions nationales, entre États, ou dans l’ordre mondial fondé sur des règles.

« Aujourd’hui, l’ordre mondial est de plus en plus chaotique » et les rapports de pouvoir « moins clairs » qu’auparavant, a-t-il poursuivi, mettant en garde contre la menace qui pèse sur le multilatéralisme « au moment même où nous en avons le plus besoin ».

Certes, a-t-il reconnu, « nous avons élevé le niveau de vie de millions de personnes, bâti la paix dans des pays troublés et –en tout état de cause– évité une troisième guerre mondiale », mais rien de ce qui précède n’est « à jamais acquis ». 

De fait, la confiance dans la gouvernance mondiale est « fragilisée, alors que les institutions et les mentalités du XXe siècle ne sont plus adaptées aux défis du XXIe siècle », a-t-il fait observer.  S’il est vrai que « nous nous dirigeons vers un monde multipolaire », cela ne « garantira pas la paix ni ne résoudra les problèmes du monde », a-t-il dit. 

Aujourd’hui, alors que l’équilibre entre puissances se modifie, le risque d’affrontement peut encore s’aggraver, a-t-il mis en garde car le « conflit n’est jamais inévitable », a poursuivi M. Guterres citant le politologue Graham Allison.  En effet, ce sont des dirigeants déterminés à coopérer sur le plan stratégique et à gérer des intérêts divergents qui peuvent nous éviter la guerre et orienter le monde sur la voie de la sécurité, car les dirigeants ont le « devoir de promouvoir le bien-être de leurs peuples ».

Mais pour lui, il faut en faire plus.  Ensemble, en tant que gardiens du bien commun, « nous avons également le devoir de promouvoir et de soutenir un système multilatéral réformé, redynamisé et renforcé » et renouveler « notre attachement à un ordre fondé sur des règles », qui place l’Organisation des Nations Unies en « son centre et s’appuie » sur les institutions et les traités qui donnent vie à la Charte.

C’est pourquoi le Secrétaire général a dit être « résolument engagé à réformer » l’Organisation et à la rendre mieux à même de répondre aux besoins et aux aspirations des « peuples des Nations Unies ».

Regrettant que les défis qu’il avait mis en lumière l’année dernière devant cette même tribune soient toujours d’actualité, notamment les guerres en Syrie et au Yémen, le conflit israélo-palestinien, la question du peuple rohingya, la menace terroriste, le péril nucléaire, les inégalités sapant la confiance dans le contrat social ainsi que les discriminations que subissent migrants et réfugiés, il a souligné « l’obligation de changer de cap et de relever les défis qui se présentent », préconisant de « nous fonder sur les faits, et non céder à la peur; écouter la raison, et non caresser des chimères ».

Pour ce faire, M. Guterres a suggéré de placer la prévention au « cœur de notre action », estimant que la présente session de l’Assemblée générale constitue une occasion unique d’aller de l’avant.

Il s’est félicité, à cet égard, de l’appui solide qu’a reçu son initiative intitulée « Action pour le maintien de la paix », à laquelle 148 États et organisations ont adhéré.  L’initiative a pour but de contribuer au succès des missions que nous envoyons dans des régions à l’instabilité chronique.

Mais aujourd’hui, il « veut se centrer sur deux défis transcendants » qui, l’année dernière, ont acquis un caractère d’urgence absolue: les changements climatiques et les nouveaux risques liés aux progrès de la technologie.

D’abord les changements climatiques qui constituent, selon lui, une « menace directe pour notre existence » car « nous sommes à un moment charnière ».  Il a appelé à changer de « cap dans les deux années à venir », au risque de « perdre le contrôle de la situation ».  Pour ce faire, « nous devons garantir la mise en œuvre de l’Accord de Paris », qui a le « potentiel immense de nous mettre sur la bonne voie – mais ses objectifs sont loin d’être atteints.  Et pourtant ils ne représentent que le strict minimum pour éviter les pires retombées des changements climatiques ».

À cet égard, il a insisté sur le caractère décisif de la prochaine Conférence des Parties –COP24–, qui se tiendra en Pologne, en décembre:  il faut « absolument qu’elle réussisse », a-t-il martelé, mettant en garde contre les désaccords entre États Membres, qui « nous ont paralysés à Copenhague ».  Des désaccords qui ne peuvent se reproduire à Katowice, a-t-il lancé.

Mais fort heureusement, « l’évolution technologique est notre alliée », a-t-il rassuré, notant que l’énergie verte est plus compétitive que jamais, promettant que si « nous nous engageons sur la bonne voie », l’action climatique pourrait représenter « 26 milliards de dollars de plus pour l’économie mondiale d’ici à 2030 » et les politiques en faveur d’une économie verte pourraient « créer 24 millions d’emplois ».  De plus en plus d’entreprises et d’investisseurs constatent que l’économie verte est rentable, a-t-il ajouté.  « Nous nous devons d’agir dès aujourd’hui.  Le monde a besoin que nous soyons tous des champions de l’action climatique. »

S’agissant des progrès technologiques, il a estimé nécessaire de renforcer la confiance entre les nations et en leur sein, si « nous voulons assurer une utilisation responsable des technologies nouvelles ».  Il a engagé à utiliser l’ONU comme « instance pour attirer l’attention du monde sur ces questions cruciales » et favoriser l’instauration d’un « avenir numérique sûr et bénéfique à tous ».  Il a cité les laboratoires d’innovation créés notamment au sein de son Cabinet, et le Groupe de haut niveau sur la coopération numérique établi en juillet dernier.

En dépit du chaos et de la confusion qui règnent dans notre monde, le Secrétaire général a voulu conclure sur les « vents d’espoir » qu’il voit souffler à travers le globe, illustrés notamment par la signature de l’accord de paix historique entre les dirigeants de l’Éthiopie et de l’Érythrée, il y a quelques jours en Arabie saoudite; la signature d’un accord de paix entre les deux dirigeants rivaux au Soudan du Sud; « la courageuse initiative » du Sommet de Singapour entre les dirigeants des États-Unis et de la République populaire démocratique de Corée.

Le Secrétaire général a également cité l’attachement de la population à la paix en Colombie, la transition politique pacifique en Ouzbékistan, et encore les progrès du règlement des différends entre la Grèce et l’ex-République yougoslave de Macédoine.  À cela s’ajoutent le succès des opérations de maintien de la paix au Libéria et ailleurs en Afrique de l’Ouest, la participation centrale des jeunes d’Arménie à la transition politique, l’adoption de pactes mondiaux sur les réfugiés et les migrations, la sortie de l’extrême pauvreté de centaines de millions de personnes depuis 30 ans, et les progrès dans l’égalité des sexes.

Pour M. Guterres « notre avenir repose sur la solidarité », c’est pourquoi « nous devons rétablir la confiance rompue », « revitaliser notre projet multilatéral et défendre la « dignité de tous ».

Ouverture du débat général

« L’apport des Nations Unies à l’humanité a été immense », a déclaré la Présidente de l’Assemblée générale, Mme MARÍA FERNANDA ESPINOSA-GARCÉS, ajoutant que l’essor du droit international, la promotion de la paix, les droits de l’homme, la protection de l’environnement et les objectifs de développement durable dérivaient tous des travaux de cette même Assemblée.  En ce sens, l’ONU, 73 ans après sa création, n’a, selon elle, rien perdu de sa pertinence et le multilatéralisme continue d’être la seule réponse possible aux défis globaux rencontrés par les États Membres.

Aux vues des souffrances humaines, des guerres, des conflits, des crises économiques et de la détérioration de l’environnement qui affectent sans distinction l’humanité tout entière, la Présidente a plaidé en faveur d’un agenda multilatéral basé sur trois grands principes: le leadership global, les responsabilités partagées et l’action collective.

Le leadership global, a-t-elle expliqué, pour identifier des solutions communes à des problèmes mondiaux et prendre des mesures adaptées.  La responsabilité partagée, a poursuivi Mme Espinosa-Garcés, parce que nous avons tous le devoir de veiller à la cohésion sociale et au respect de la dignité humaine, mais aussi au salut de la planète.  Enfin, a-t-elle dit, l’action collective, parce que les problèmes les plus sensibles de l’humanité nous concernent tous. 

La Présidente a ensuite proposé d’articuler ces trois grands principes autour de sept axes prioritaires, à commencer par l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes, dont le manque de participation économique freine selon elle le développement global.  Pour Mme Espinosa-Garcés, une participation accrue des femmes à l’économie serait susceptible d’engendrer une hausse de 25% du produit intérieur brut mondial d’ici à 2025.

Par ailleurs, la Présidente a appelé à mettre en œuvre des nouveaux pactes mondiaux sur les migrations et les réfugiés, au bénéfice des 260 millions de migrants et des près de 25 millions de réfugiés qui ont été forcés de quitter leur maison par la violence et les conflits.

Générer des opportunités de travail décentes pour tous doit également être une priorité, a poursuivi Mme Espinosa-Garcés, de même que réaliser des progrès dans les accords pour freiner les changements climatiques.  Sur ce point, elle a notamment mentionné les milliers de personnes ayant trouvé la mort dans des ouragans en 2017 et le problème de la contamination plastique des océans. 

Entre autres axes prioritaires, la Présidente a également appelé à renforcer l’engagement des États Membres en faveur des personnes handicapées; à redynamiser les Nations Unies pour réformer le système onusien, renforcer le processus de revitalisation de l’Assemblée et améliorer son rôle dans les prises de décisions; et à œuvrer pour la paix et la sécurité mondiales, en donnant notamment davantage de poids à la jeunesse dans la prévention des conflits.

Outre ces axes prioritaires, la Présidente a de manière générale appelé les États Membres à maintenir leur engagement à réaliser les objectifs de développement durable, afin que chacun puisse vivre dans la dignité et la paix.  En ce sens, elle a jugé nécessaire de prendre en compte les pays les plus vulnérables, comme les petits États insulaires en développement, les pays sans littoral et les pays les moins avancés. 

Mme Espinosa-Garcés a aussi renouvelé son engagement envers l’Afrique et ses peuples.  « Dédions nos meilleurs efforts pour accélérer la réalisation du programme de développement de l’Afrique », a-t-elle déclaré.  « Ne parlons pas seulement avec l’Afrique, mais agissons avec l’Afrique. »

Outre ce continent, la Présidente a déclaré que l’un des défis en suspens de cette Organisation demeurait de parvenir à une paix « définitive et durable » au Moyen-Orient.

En ce soixante-dixième anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, Mme Espinosa-Garcés a également estimé que la défense des droits de l’homme devait être au centre des priorités mondiales.

Enfin, en ce début de débat général, la Présidente a appelé les leaders du monde entier à se montrer à la hauteur des besoins des peuples et à ne ménager aucun effort pour édifier un ordre mondial pacifique, plus sûr et plus humain.  « Construisons des Nations Unies qui soient davantage pertinentes pour tous », a-t-elle conclu.

Déclarations

M. MICHEL TEMER, Président du Brésil, a considéré comme un honneur d’inaugurer le débat général de cette soixante-treizième Assemblée, et s’est réjoui que Mme María Fernanda Espinosa-Garcés soit la première personnalité sud-américaine à présider l’Assemblée, saluant aussi le Secrétaire général, qui partage avec lui le même idiome. 

« Combien d’orateurs se sont succédé à ce podium pour réclamer des améliorations de l’ordre international que nous avons construit durant des décennies? » s’est d’emblée demandé le Chef d’État.  « Probablement beaucoup.  Moi-même inclus.  Je crois que nous avions raison; hier comme aujourd’hui, nos paroles demeurent de bon sens.  Cependant, si nous voulons vraiment améliorer l’ordre mondial, une autre tâche est nécessaire, celle de soutenir l’intégrité de notre système.  Un système qui, quoiqu’imparfait, n’a jamais cessé de promouvoir les progrès du genre humain. »

Évoquant « à certains moments, un ciel obscurci par les forces isolationnistes et l’unilatéralisme, d’une manière de moins en moins exceptionnelles », il a ajouté que ces forces « ne sauraient ni ne peuvent nous intimider ».  Il s’est dit conscient que le développement du Brésil repose « sur l’ouverture sur le monde, pour que le commerce international et les investissements prospèrent ».  C’est « précisément en s’ouvrant aux autres que nous construirons un monde meilleur, et non l’inverse », a insisté M. Temer, avant de déclarer travailler à une politique universaliste.  « Dans le Marché commun du Sud (Mercosur), nous avons abattu les barrières commerciales et avons atteint de nouveaux succès », a-t-il affirmé en disant aussi avoir resserré les liens avec les pays de l’Alliance du pacifique et des partenaires de tous les continents: l’Union européenne, le Maroc, la Tunisie, le Canada, la Corée du Sud ou encore le Liban.

Le Président brésilien a évoqué le protectionnisme comme « un chant de sirène qui sécurise », qui peut séduire, mais qui au final nuit à l’objectif d’atteindre une prospérité globale.  Face à l’intolérance, il a mis en avant les valeurs de « dialogue » et de « solidarité ».  Citant le chiffre de 250 millions de migrants à travers le monde, M. Temer a appelé à la compassion et l’entraide.  « Il est notre devoir de les protéger et c’est dans ce cadre que fut créé le Pacte mondial pour les migrations », a-t-il rappelé.

En l’occurrence, le Brésil absorbe actuellement une large population de migrants vénézuéliens - plus d’un million, a-t-il dit.  « Le Brésil a accueilli tous les migrants les bras ouverts » et leur a offert toute l’assistance nécessaire en collaboration avec le Haut-Commissariat pour les réfugiés, en fournissant des visas de travail, une scolarité pour les enfants ainsi qu’une assistance médicale.  « Mais nous savons que la solution à cette crise migratoire sera trouvée quand notre voisin vénézuélien reprendra le chemin du développement. »  Il a donné l’exemple de son pays qui, l’an dernier, a adopté une nouvelle loi sur l’immigration, plus moderne, qui reconnaît la valeur ajoutée des immigrés et leur accorde de vastes droits, et notamment le droit de rester au Brésil en tant qu’immigrants.

Qualifiant l’esprit de dialogue et de solidarité d’antidote aux plaies actuelles et de pierre angulaire de la diplomatie brésilienne dans la crise qui secoue le Moyen-Orient, M. Temer a salué le soixante-dixième anniversaire de l’État d’Israël et redit son attachement à la solution des deux États dans le conflit qui l’oppose à l’Autorité palestinienne.  Il a aussi réitéré son engagement en faveur de la dénucléarisation et de la paix dans la péninsule coréenne.

« Nous devons réformer le Conseil de Sécurité qui reflète un monde qui n’existe plus », a aussi exigé M. Temer, appelant de ses vœux un renouveau du multilatéralisme, avant de lancer en conclusion un plaidoyer contre la déforestation, pour la maîtrise du réchauffement climatique, et la lutte contre le trafic de drogue. 

M. LENÍN MORENO GARCÉS, Président de l’Équateur, a entamé son discours par un tour d’horizon des priorités du programme équatorien de développement social, intitulé « Toute une vie ».  Ces priorités, a-t-il dit, sont centrées sur les mères et leurs enfants -avant et après la naissance- afin de veiller à ce que ces derniers puissent bénéficier d’une éducation de qualité, notamment sur le plan scientifique et technologique.

Faisant le trait d’union entre ce plan et les problématiques mondiales, le Président a appelé à ce que les discussions du débat général de l’Assemblée se traduisent par la conclusion d’accords et d’engagements concrets, notamment dans le domaine de la santé.  « Il est scandaleux, injuste et immoral », a-t-il en effet jugé, que l’accès à des médicaments capables de sauver des vies soit restreint, bien souvent en raison de la priorité accordée à la propriété intellectuelle et aux profits des grandes entreprises pharmaceutiques.  À ses yeux, l’ONU a le devoir et la capacité de peser sur ces questions, afin d’améliorer la vie des citoyens mondiaux.

Dans le même ordre d’idées, M. Moreno Garcés a appelé les États Membres à ne pas perdre de vue « l’idéal de paix et de vie commune » qui a donné naissance à l’ONU.  En ce sens, l’Organisation doit, selon lui, être le cadre privilégié des discussions concernant les problèmes, « petits ou grands », entre États.

Outre les gouvernants, le Président équatorien a mentionné le rôle du secteur privé sur la scène internationale, et notamment la réalisation des objectifs de développement durable.  Ce secteur, a-t-il dit, est aujourd’hui « davantage conscient » de sa responsabilité sociale, au-delà des simples logiques de profit, de production et d’emploi.

Le Président a par ailleurs appelé l’Organisation à lutter contre toutes les « barrières » qui empêchent les individus de se réaliser, qu’il s’agisse des maltraitances, de la xénophobie, du racisme, de l’injustice, du machisme ou des inégalités.  Il a estimé que des textes comme la Convention des Nations Unies relatives aux droits des personnes handicapées constituaient des instruments efficaces de lutte contre ces différentes entraves. 

M. Moreno Garcés a mentionné un autre texte célèbre, qui affirme selon lui l’égalité entre les hommes, mais aussi le droit de ces derniers à la vie, à la liberté et au bonheur: la Déclaration d’indépendance des États-Unis.  Or, le Président a déclaré ne pas comprendre comment le pays qui a produit une telle Déclaration est aujourd’hui capable d’imposer un blocus contre le peuple cubain « sans défense ».

Dans le même ordre d’idées, le Président s’est dit consterné par le fait que les grandes puissances dépensent leurs ressources pour s’armer, au lieu d’investir dans le développement des peuples.  Je ne comprends pas, a-t-il poursuivi, comment ces pays sont incapables d’intervenir dans des conflits externes « sans aider à les résoudre, sans les aggraver et sans les prolonger ».

C’est sans doute parce que les « banquiers ont pris d’assaut les porte-monnaie des Équatoriens », a par ailleurs déclaré le Président, que ces derniers ont bien souvent été contraints de rechercher une vie meilleure loin de leur terre. 

Inversement, M. Moreno Garcés a déclaré qu’au moins 6 000 citoyens vénézuéliens trouvaient chaque jour refuge en Équateur.  « Nous avons exhorté le Gouvernement et le peuple vénézuéliens à résoudre leur crise par un dialogue national de bonne foi et ouvert », a-t-il déclaré, appelant tous les pays de la région à faire preuve de solidarité envers les réfugiés du Venezuela et à entreprendre une « action à l’échelle du continent » pour trouver une solution structurelle au problème actuel.  Dans ce cadre, il a souhaité que le Pacte mondial pour les migrations, adopté en juillet dernier, ne reste pas lettre morte.

Face à la crise que traverse le Venezuela, mais aussi le Nicaragua, le Président a appelé l’Amérique latine à consolider la démocratie, au lieu de mettre en place des « gouvernements autoritaires, corrompus et populistes ».  L’Équateur n’est lui-même pas exempt de difficultés concernant la paix à l’intérieur du pays, a-t-il ajouté, expliquant que la frontière nord du pays était sous le coup de la délinquance internationale et du trafic de drogue.

M. Moreno Garcés a enfin félicité Mme María Fernanda Espinosa-Garcés, de l’Équateur, pour son élection en tant que première femme latino-américaine à présider l’Assemblée. 

M. DONALD TRUMP, Président des États-Unis d’Amérique, a commencé par présenter « les progrès extraordinaires » accomplis par son gouvernement, estimant que ce dernier avait en deux ans réalisé « presque plus que toute autre administration dans l’histoire de notre pays ».  Il a ainsi parlé de « l’essor sans précédent de l’économie américaine », du « niveau sans précédent de sa bourse » et du taux de chômage « le plus bas en 15 ans ».  Au titre de ces réalisations, il a mentionné non seulement la création d’un « demi-million de nouveaux emplois dans le secteur industriel, des réductions d’impôts inédites mais aussi « la construction d’un mur à la frontière » et le fait d’avoir obtenu « un financement record pour notre armée, qui sera bientôt plus puissante qu’elle ne l’a jamais été ».  « Les États-Unis sont plus forts, plus sûrs, plus riches qu’il y a deux ans quand j’ai pris mes fonctions », s’est-il félicité.

Nous défendons l’Amérique, son peuple et nous défendons également le monde, a poursuivi M. Trump, parlant à cet égard d’« excellente nouvelle pour le monde entier ».  Estimant que les représentants présents dans la salle étaient chacun porteur d’une « culture distincte, d’une histoire riche », le Président a ensuite affirmé que « l’Amérique choisira toujours l’indépendance et la coopération internationale, plutôt que la gouvernance internationale », et a invité chaque pays à « défendre ses propres traditions et ses propres cultures ».  Nous ne voulons pas vous imposer notre manière de vivre, mais respectez notre souveraineté, a-t-il lancé. 

M. Trump a ensuite recensé plusieurs changements survenus depuis un an et jugés positifs.  Il a rappelé que son pays avait « pris contact avec la Corée du Nord pour dissiper le spectre du conflit », mettant en avant sa rencontre en personne avec le Président Kim Jong Un et les « progrès encourageants » en matière de dénucléarisation, tout en en remerciant les dirigeants de la République de Corée, du Japon et de la Chine.  Reconnaissant néanmoins qu’il restait encore beaucoup à faire, il a précisé que les sanctions imposées à la République populaire démocratique de Corée (RPDC) resteraient en place « jusqu’à la dénucléarisation ».

M. Trump a ensuite fait état de « changements » au Moyen-Orient, notamment dans la lutte contre le terrorisme.  Faisant état d’efforts pour mettre fin à « l’horrible conflit » au Yémen, il a insisté sur la construction d’une alliance stratégique dans la région, notamment avec les États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), et sur le rôle qu’y joue l’armée des États-Unis. 

Après avoir cité la défaite de l’État islamique d’Iraq et du Levant, M. Trump a abordé la « tragédie qui perdure en Syrie et nous fend le cœur ».  Il a préconisé une désescalade du conflit et « une solution politique qui respecte la volonté du peuple syrien ».  Il a souhaité la reprise du processus de paix, tout en prévenant que les États-Unis « réagiraient si le régime syrien d’Assad » utilisait des armes chimiques.  Il a enfin félicité les pays de la région « comme la Jordanie », pour leur « politique de compassion » qui consiste à héberger les réfugiés au plus près de leur foyer afin de faciliter leur retour futur, et ce, « à un moindre coût ».

Le Président s’en est ensuite pris au « régime corrompu de l’Iran », accusé de ne pas respecter ses voisins ni les droits souverains des nations, et aux dirigeants iraniens, accusés de « piller leur nation pour semer le chaos au Moyen-Orient ».  Affirmant que « le peuple iranien est indigné à juste titre » par ces détournements à des fins d’enrichissement personnel ou destinés à soutenir leurs alliés dans les pays voisins, il a affirmé que c’était la raison pour laquelle « tant de pays au Moyen-Orient » avaient soutenu sa décision de retirer les États-Unis de « l’horrible » Accord de 2015 sur le nucléaire iranien.  Ce dernier a été présenté comme « une manne pour le régime iranien » accusé d’avoir utilisé l’argent débloqué du fait de l’Accord pour accroître ses capacités nucléaires, financer les massacres au Yémen, ou encore intensifier la répression intérieure.  M. Trump a ainsi justifié les « nouvelles sanctions fortes » prises à l’encontre de l’Iran, tout en ajoutant que de nouvelles sanctions seraient « imposées le 5 novembre » et qu’il « y en aurait encore d’autres ».  Il a appelé toutes les nations à « isoler le régime iranien et à soutenir le peuple iranien qui lutte pour se réapproprier son destin ». 

Toujours à propos du Moyen-Orient, M. Trump a rappelé le déplacement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, revendiquant le droit souverain de son pays de le faire et parlant de reconnaissance de faits évidents.  Les États-Unis ne se laisseront pas prendre en otage par d’anciens dogmes ou des idéologies discréditées, a-t-il ajouté, sans les préciser. 

Le commerce doit être juste et réciproque, a ensuite souligné le Président, qui a longuement justifié le refus des États-Unis de « se laisser exploiter plus longtemps » après des décennies d’ouverture qui n’ont pas été récompensées par un accès juste et réciproque en retour.  Accusant certains États d’avoir manipulé leur monnaie ou utilisé d’autres stratagèmes, y compris le vol de la propriété intellectuelle, citant nommément la Chine, il a justifié la dénonciation d’accords anciens jugés injustes et la négociation de nouveaux traités.  L’Amérique ne s’excusera jamais parce qu’elle protège ses ressortissants, a-t-il encore expliqué. 

M. Trump a également rappelé le retrait cette année des États-Unis du Conseil des droits de l’homme, rappelant qu’aucune mesure n’avait été prise pour le réformer en profondeur, malgré les demandes de son pays.  « Nous n’y retournerons pas, à moins qu’il y ait de vraies réformes », a affirmé le Président, qui a ajouté qu’il en irait de même pour la Cour pénale internationale (CPI), qui n’a pour les États-Unis « ni légitimité, ni compétence, ni autorité ». 

M. Trump a également confirmé que les États-Unis ne participeraient pas au nouveau Pacte mondial pour des migrations.  Pour lui, la seule solution à long terme est d’aider les personnes à prospérer et faire leur vie dans leur pays, en faisant en sorte que leur pays soit meilleur.  Il a au contraire dénoncé les menaces sur la souveraineté résultant de migrations incontrôlées, tout en dénonçant la traite des êtres humains, « horrible et cruelle », et en rendant la migration illégale responsable de la criminalité organisée et du trafic de drogue. 

M. Trump a dénoncé « le régime socialiste de Maduro et ses parrains cubains », l’accusant d’avoir poussé le pays vers la faillite.  Là où le socialisme, le communisme, ont été introduits, il n’y a eu que déchéance et souffrance, a-t-il ajouté, invitant « toutes les nations du monde à résister au socialisme », avant d’appeler au « rétablissement de la démocratie au Venezuela » en annonçant de nouvelles sanctions contre le « régime oppressif » de ce pays. 

Les États-Unis sont le plus grand donateur d’aide « mais on ne nous donne pas beaucoup d’aide », a ensuite déclaré M. Trump, qui a annoncé un « grand examen » de la politique d’aide américaine.  « À l’avenir, les États-Unis ne verseront de l’aide qu’à ceux qui nous respectent et qui sont nos amis », a-t-il averti.

Tout en affirmant que « les Nations Unies ont un potentiel illimité », M. Trump a déclaré qu’à l’avenir les États-Unis ne paieraient « pas plus de 25% du budget de maintien de la paix ».  Il a en outre préconisé de passer de quotes-parts de contributions au budget de l’ONU à un système de contributions volontaires.  « Si chacun paye sa part, alors nous pourrons promouvoir les aspects les plus nobles des Nations Unies », a-t-il estimé.

Après avoir insisté sur l’aspect capital de la sécurité énergétique, affirmé que les États-Unis, « les plus grands producteurs d’énergie », étaient prêts à « exporter partout dans le monde un pétrole abondant et abordable, un charbon propre et un gaz naturel », accusé l’OPEP de « tricher et faire payer le prix fort aux nations » et affirmé en passant que l’Allemagne allait « devenir entièrement dépendante de l’énergie russe si elle ne change pas immédiatement de cap », M. Trump a affirmé que son pays ne renoncerait « jamais à son rejet de l’idéologie mondialiste et embrassait la doctrine du patriotisme ».

C’est par la défense du patriotisme que le Président a conclu son discours.  Parlant du « cœur de patriote qui bat », d’une « passion qui consume le cœur des patriotes et l’âme des nations », présentée comme « source d’inspiration pour les révolutions, l’art ou les découvertes scientifiques », il a exhorté à « ne pas la gommer, mais à l’embrasser ».  Il faut « se fonder sur cette volonté de rendre nos nations plus grandes, défendre les fondements des nations souveraines et indépendantes, seuls vecteurs ayant permis de faire fleurir la liberté » et où la démocratie a perduré, a poursuivi M. Trump.  Pour le Président des États-Unis, « nous trouverons de nouvelles solutions pour la coopération, une nouvelle passion pour faire la paix, de nouvelles déterminations, de nouveaux objectifs et ce sera un monde plus beau dans lequel il fera bon vivre ».  Appelant à choisir « la paix et la liberté plutôt que la domination et la défaite », il a conclu en appelant à la défense de nations pour toujours fortes, souveraines, justes et reconnaissantes « pour la volonté et la gloire de Dieu ».

M. RECEP TAYYIP ERDOĞAN, Président de la Turquie, a rappelé que les Nations Unies avaient beaucoup fait et beaucoup réussi au long des 73 années de leur existence, pour aussitôt ajouter qu’elles s’étaient au fil du temps éloignées des attentes de l’humanité en matière de paix et de bien-être.  Il s’en est pris au Conseil de sécurité, l’accusant de ne plus servir que les intérêts de ses cinq membres permanents dotés du droit de veto « en ignorant l’oppression dans le reste du monde », comme l’ont montré les massacres commis sous ses yeux en Bosnie, au Rwanda, en Somalie dans le passé, au Myanmar récemment et en Palestine aujourd’hui.  Face à ceux qui ne haussent pas la voix, « voire qui réduisent leur aide, encourageant ainsi leurs oppresseurs », la Turquie continuera de se placer aux côtés des Palestiniens, a promis M. Erdoğan, qui a souligné une nouvelle fois la nécessité de réformer la structure et le fonctionnement du Conseil de sécurité: « le monde est plus grand que les Cinq », a-t-il lancé, affirmant en outre qu’il fallait rendre l’ONU plus efficace, mais ne pas limiter la réforme à celle de son budget.

Citant ensuite le poète mystique Djalāl ad-Dīn Muḥammad Balkhi, dit Rûmî, M. Erdoğan a insisté sur la nécessité pour les Nations Unies de promouvoir la justice, « qui apporte ordre et bonheur » dans le monde.  Parlant d’un « cercle de justice » aujourd’hui brisé, il a illustré ses propos en opposant l’égale richesse des 62 personnes les plus riches du monde et celle des 3,6 milliards les plus pauvres, mais aussi les 821 millions qui souffrent de la faim aux 672 millions d’obèses, ou encore en soulignant que la mortalité infantile en Afrique est neuf fois supérieure à celle de New York. 

La Turquie apporte sa contribution à cette quête de justice par sa politique humanitaire mondiale, a ensuite expliqué M. Erdoğan, qui a cité l’accueil par son pays de « 4 millions de réfugiés, dont 3,5 millions de Syriens », et les services « sans comparaison dans le monde » qui leur sont apportés, pour un montant de 32 milliards de dollars, qu’il a comparés au 1,7 milliard d’euros et aux 600 millions de dollars reçus à ce jour par son pays de la part de l’Union européenne et d’organisations internationales.  Il a donc demandé un soutien « plus abondant et plus souple ». 

Le Président a également mentionné l’assistance apportée dans la zone de désescalade d’Edleb en Syrie, ainsi que les efforts diplomatiques de la Turquie dans le conflit syrien, mentionnant les processus de Genève et d’Astana, la lutte contre Daech et contre le terrorisme.  Appelant à la coopération pour résoudre les conflits dans de multiples régions de monde, M. Erdoğan a également mis en avant les efforts de son pays, « devenu cette année le premier donateur d’assistance humanitaire dans le monde, et le sixième pour l’aide au développement ».

M. Erdoğan a aussi décrit les efforts de son pays en faveur de la médiation, notamment au sein de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) ou de l’Alliance des civilisations, ainsi que pour lutter contre le racisme ou l’islamophobie, « notamment en Europe ».  Il s’est ensuite lancé dans une longue diatribe contre le terrorisme et en particulier l’organisation « FETÖ » (le mouvement Gülen), qu’il a rendu responsable de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, avant de reprocher aux États-Unis et à l’Europe de « n’avoir pas compris le danger » et de les inviter à cesser de soutenir ce mouvement.

M. Erdoğan a fait part de son inquiétude face au risque de guerre commerciale, rappelant que de telles guerres avaient toujours, en tout temps, nui à l’humanité.  Alors que nous devrons travailler ensemble à réaliser les objectifs de développement durable du Programme de développement durable à l’horizon 2030, « personne ne veut voir le monde subir une nouvelle rupture économique », a-t-il affirmé, avant de dénoncer « certains pays qui cherchent de manière persistance à créer le chaos ».  Favorable à la libre circulation des biens et des personnes, la Turquie souhaite que les difficultés soient résolues par le biais du dialogue constructif, sur une base d’égalité, a plaidé le Président.

Enfin, M. Erdoğan a appelé à la mise en place d’une « Organisation des Nations Unies de la jeunesse », en proposant qu’elle établisse son siège à Istanbul.  Il a conclu en rappelant que la troisième Assemblée mondiale des personnes âgées s’y tiendra le 10 décembre prochain.

En dépit d’un sens inégalé de la solidarité transnationale, a estimé M. PAUL KAGAME, Président du Rwanda, l’Afrique s’est souvent illustrée par ses divisions et disfonctionnements internes, un état de fait qui a selon lui empêché le continent de faire avancer des intérêts communs.  « Nous avons confié à d’autres la responsabilité de notre futur, non pas par la force, mais par défaut », a ainsi déploré le Président.

Cependant, pour M. Kagame, la tendance actuelle sur le continent est à « une coopération plus productive », aussi bien à travers l’Union africaine (UA) que les communautés économiques régionales.  À ses yeux, les États d’Afrique sont désormais capables de se concentrer sur leurs besoins urgents, de maintenir l’ordre sur leur territoire et de changer la façon dont ils font des affaires.  C’est la raison pour laquelle l’UA a selon lui entamé une réforme financière et institutionnelle majeure il y a trois ans.

« Nous en récoltons aujourd’hui les résultats tangibles », a estimé M. Kagamé, pour qui la nouvelle discipline financière a contribué à diminuer de 12% le budget de l’UA cette année.  Dans le même temps, la part de ce budget financée par les États membres de l’organisation régionale a fortement augmenté.  Les contributions au Fonds pour la paix, qui finance les opérations d’appui à la paix de l’UA, sont à leur plus haut niveau depuis la création du Fonds en 1993.  Plus tôt cette année, l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine a été signé après plusieurs décennies de négociations.  M. Kagame a estimé que ces différentes avancées permettraient aux États d’Afrique de réaliser les objectifs de développement durable d’ici à 2030, y compris la création de nouveaux partenariats public-privé.

Au-delà de la dimension économique, le Président a en outre estimé que 2018 avait été le théâtre de transitions politiques clefs et de résolutions pacifiques des conflits, en particulier dans la Corne de l’Afrique.  Il a appelé le Conseil de sécurité à collaborer étroitement avec l’UA pour accompagner ce processus de normalisation.  Au Zimbabwe, a-t-il poursuivi, la communauté internationale doit également encourager de manière soutenue les prochaines étapes du processus de paix.

Toutefois, le Président a reconnu que de nombreuses questions sécuritaires demeuraient irrésolues sur le continent, notamment en République centrafricaine, en Libye, dans le Sahel et au Soudan du Sud.  À ses yeux, l’Afrique et le monde doivent travailler de concert pour « prendre les décisions qui s’imposent, harmoniser les initiatives qui font doublons et s’assurer que les accords sont respectés » sur ces dossiers.

C’est dans cet état d’esprit, a poursuivi M. Kagame, que l’UA et les Nations Unies sont sur le point d’ouvrir une nouvelle page de leur coopération, avec pour « base solide » les missions d’appui à la paix mandatées par l’UA.  Dans ce contexte, le Président a estimé que la représentation diplomatique de l’UA à l’ONU devait désormais jouir d’un statut et d’un poids équivalents aux autres organisations régionales majeures.

Dans le même ordre d’idées, le Président a dénoncé la gouvernance mondiale « à deux vitesses » en vertu de laquelle « un petit nombre d’États dictent les normes en fonction desquelles d’autres doivent être jugés ».  C’est en s’attaquant à cette injustice au cœur même du système onusien que l’Organisation sera à même de raviver sa légitimité, a-t-il conclu.

M. ENRIQUE PEÑA NIETO, Président du Mexique, dans sa dernière intervention à l’Assemblée générale à ce titre, a assuré que son pays, qui compte parmi les 10 nations les plus peuplées et les 15 plus grandes économies du monde, est « un acteur mondial responsable ».  La promotion du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur les changements climatiques sont des priorités.  Avec la Suisse, le Mexique s’efforce également depuis deux ans de faire du respect des droits de l’homme de tous les migrants, quel que soit leur statut, l’un des principes directeurs du Pacte mondial pour des migrations ordonnées, sûres et régulières. 

Après plus de deux décennies d’absence, le Mexique participe de nouveau aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, s’est félicité le Président.  Le pays, qui s’est également illustré par sa lutte pour l’élimination de toutes les armes de destruction massive, a ratifié en janvier dernier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.  De même, a averti M. Peña Nieto, le trafic des armes illicites représente un fléau auquel il faut s’attaquer de toute urgence.  Le régime international de contrôle des drogues doit aussi permettre, selon lui, de passer de la simple interdiction à une régulation efficace qui conjugue les approches de prévention, de santé publique et de droits de l’homme.

Reconnaissant que son pays soit confronté à de graves défis en matière de droits de l’homme, le dirigeant mexicain a assuré qu’il avait mis en place des politiques publiques spécifiques pour y répondre et qu’il était ouvert à la surveillance internationale.  Par ailleurs, il s’est dit préoccupé par « l’usurpation du pouvoir, la violation systématique des droits politiques, la rupture de l’ordre démocratique et la crise humanitaire » dans certaines parties du continent américain.

Au niveau international, M. Peña Nieto a dénoncé ensuite « les politiques qui promeuvent l’exclusion; l’exclusion politique des minorités; l’exclusion sociale des groupes vulnérables; l’exclusion économique des moins favorisés; l’exclusion culturelle de ceux qui vivent ou pensent de manière différente ».  D’après lui, le multilatéralisme est le meilleur moyen de défendre la souveraineté et la dignité de chaque État, tout en contribuant à la sécurité et au bien-être de la communauté des nations.

En ce sens, M. Peña Nieto a appelé les États Membres à parvenir à un consensus sur une réforme du Conseil de sécurité qui n’admette pas de nouveaux membres permanents et permette aux membres non permanents de participer plus longtemps à ses travaux.  Il les a aussi priés de respecter les résolutions du Conseil, notamment en ce qui concerne la dénucléarisation de la péninsule coréenne.  Après avoir souhaité que le Programme 2030 se transforme en « guide mondial efficace pour que personne ne soit laissé de côté », il a salué la nomination de Mme Michelle Bachelet au poste de Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. 

M. EMMANUEL MACRON, Président de la France, a rappelé que les participants au débat étaient les « héritiers d’un formidable espoir » et que les Nations Unies avaient « eu des résultats »: la diffusion des droits de l’homme, le développement du commerce et de la prospérité, le recul de la pauvreté.  Mais il a aussi appelé à regarder « avec lucidité » la « crise profonde de l’ordre international westphalien », constatant que les dérives climatiques, économiques, financières ou environnementales n’avaient « pas trouvé de réponse ».  Née d’une espérance, l’ONU « peut devenir comme la Société des Nations avant elle, le symbole d’une impuissance », a averti M. Macron, pour qui « les responsables de ce délitement sont ici, ce sont les dirigeants que nous sommes ».

Face à cette situation, le Président a dit voir trois voies possibles.  La première consisterait à penser qu’il ne s’agit que d’un « moment », « une parenthèse » avant un retour à la normale.  Mais il a dit ne pas y croire, voyant dans la crise actuelle « l’expression de notre insuffisance passée ». 

Une deuxième voie serait « la voie du plus fort, la tentation de chacun de suivre sa propre voie ».  Mais pour M. Macron, l’unilatéralisme « nous conduit directement au repli et au conflit, à la confrontation généralisée de tous contre tous », et nuit à chacun et même, à terme, à « celui qui se croit le plus fort ».  La loi du plus fort ne protège aucun peuple contre quelque menace que ce soit, a insisté le Président, qui a dit à plusieurs reprises « ne pas y croire », « quand bien même elle s’habillerait d’une forme de légitimité là où elle a perdu toute forme de légalité ».

M. Macron a cité plusieurs exemples à cet égard, et en premier lieu celui de l’Iran.  Pour lui, ce qui a permis de redresser la situation avec l’Iran, qui a stoppé la voie vers le nucléaire militaire, « c’est l’Accord de Vienne de 2015 ».  Il a donc plaidé pour un accord « plus vaste », qui prenne en compte « tous les problèmes résultant des politiques iraniennes ».  De même, pour régler les déséquilibres commerciaux, il faut des règles communes et « en aucun cas un traitement bilatéral de tous nos différends commerciaux et un nouveau protectionnisme, a martelé le Président.  Autre exemple, M. Macron a dénoncé, dans le conflit israélo-palestinien, les solutions unilatérales, affirmant qu’il n’existe pas d’alternative crédible à la solution des deux États, et appelant Israël à renoncer à la « politique du fait accompli, qui menace la possibilité même d’aboutir à un accord de paix ».  Il s’est dit en revanche prêt à « sortir des dogmes » et à prendre de nouvelles initiatives. 

M. Macron s’est donc prononcé pour une troisième voie, « sans doute la plus difficile, la plus exigeante », qui consiste à « trouver ensemble un nouvel équilibre mondial, à forger ensemble un nouveau modèle ».  Rappelant les diverses étapes qu’a connues le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, M. Macron, face à la nouvelle instabilité du monde, a plaidé pour un nouvel équilibre reposant sur de nouvelles formes de coopération régionale et internationale.  Il a présenté en ce sens trois principes: le respect des souverainetés, principe qui se trouve « au fondement de la Charte », le renforcement de la coopération régionale et l'apport de garanties et sauvegardes internationales plus solides.

« Je ne crois pas en un grand peuple mondialisé; ça n’existe pas », a affirmé M. Macron.  En revanche, face aux « défis démographique, climatique et numérique », il a dit sa foi en des valeurs universelles, « à la défense non négociable de nos valeurs », comme l’égalité des individus ou l’égalité entre les sexes.  De même, a-t-il plaidé, les droits de l’homme « ne sont pas un fait culturel, mais un corpus juridique consacré par les traités internationaux ».  Pour M. Macron, leur universalité n’est pas contraire à la souveraineté des peuples.

Disant croire profondément à la souveraineté des peuples et, dans le même temps, à une coopération renforcée aux formes multiples et à une légitimité renouvelée des Nations Unies, le Président a cité plusieurs exemples liés aux conflits, en premier lieu la Syrie, où la solution devra être soutenue par les États garants du processus d’Astana, d’autres États régionaux ou autres, sous l’égide des Nations Unies.  De même, face au terrorisme, « nous sommes forts quand les États peuvent compter sur leurs propres forces et s’appuyer sur des formes de coopération régionale », a poursuivi le Président, qui a cité comme modèles les forces conjointes mises en place au Sahel et dans la région du bassin du lac Tchad.

À cet égard, il a plaidé pour une meilleure articulation des actions de l’ONU et de l’Union africaine et souhaité l’adoption en ce sens d’une résolution du Conseil de sécurité avant la fin de l’année.  Citant encore les premiers résultats de l’Alliance pour le Sahel pour « lutter contre les racines du désespoir qui ont permis aux terroristes de capturer les âmes », il a insisté sur « les principes de la souveraineté des peuples, de l’engagement régional et d’un vrai soutien de la communauté internationale ».

De même, M. Macron a dit ne pas croire au « discours d’ouverture inconditionnelle » face aux flux migratoires, mais pas davantage au « discours mensonger de ceux, en Europe ou ailleurs », qui affirment que leurs peuples seront mieux abrités derrière des murs.  Il s’est donc prononcé pour des mobilités internationales « choisies et non subies », tout en appelant à s’attaquer aux causes profondes des migrations subies et à démanteler les réseaux de trafiquants, avant de rappeler le soutien de la France au Pacte mondial sur les migrations.

 « Je ne laisserai en rien le principe de souveraineté des peuples dans les mains des nationalistes, qui veulent utiliser le principe de souveraineté des peuples pour porter atteinte à nos valeurs », a martelé le Président français, pour qui il faut « restaurer un multilatéralisme fort, réellement capable de régler les conflits mais aussi de s’attaquer aux causes » des dérèglements et des déséquilibres.

« Qu’est-ce qui fait renaître les nationalismes?  Le doute sur notre Assemblée, les crises que nous n’avons pas su régler », a répondu M. Macron, qui a appelé à regarder ensemble et en face les failles de l’ordre international.  Pour lui, nous n’avons pas vraiment apporté une réponse aux laissés-pour-compte de la mondialisation ni remédié à l’hyperconcentration des richesses.  Or, « nous devons une réponse » aux 265 millions d’enfants qui n’ont pas accès à l’école, aux 700 millions d’enfants qui vivent dans les régions les plus exposées aux changements climatiques, aux 200 millions de femmes qui n’ont pas accès à la contraception, au milliard de femmes qui ne sont pas protégées par la loi en cas de violences conjugales, ainsi qu’aux aspirations de la jeunesse, a poursuivi le Président. 

Si beaucoup de progrès ont permis de réduire les inégalités, le combat est loin d’être achevé, a insisté le Président, qui a annoncé une série d’initiatives et de mesures.  Ainsi, a-t-il déclaré, la France augmentera son aide au développement d’un milliard dès 2019 et ses crédits humanitaires de 40%.  En outre, la lutte contre les inégalités sera la priorité de la présidence française du G7 en 2019.  Le Président compte, lors du prochain débat général, rendre compte des résultats du Sommet du G7 qui se tiendra peu avant à Biarritz.

M. Macron a également dit vouloir s’attaquer aux « inégalités de destins », dans lesquelles il voit une « aberration morale ».  Se félicitant des résultats de la conférence mondiale pour le financement de l’éducation tenue à Dakar l’an dernier, il a appelé à un grand élan mondial pour l’éducation, présentée comme « un pilier, avec la santé, des sociétés du XXIe siècle ».  De même, il a souhaité faire de l’égalité de genre une grande cause mondiale, comme il l’a fait en France pour la durée de son quinquennat, et a annoncé que 50% de l’aide au développement de la France irait à des projets en ce sens.  Il a également annoncé diverses initiatives dans le domaine de la santé. 

M. Macron a appelé à lutter contre les urgences environnementales, un combat qui doit nous rassembler ».  Même ceux qui en contestent la réalité en subissent les conséquences; en affaiblissant l’action collective, certains ne font que s’exposer davantage eux-mêmes, a-t-il averti.

À cet égard, « la décomposition annoncée de l’Accord de Paris a été déjouée », a affirmé le Président, car, « malgré la décision des États-Unis, nous avons su rester unis ».  Il a ainsi rappelé la tenue du Sommet One Planet en décembre dernier et la création de l’Alliance solaire internationale à New Dehli.  « Accélérons le mouvement », a-t-il ensuite lancé, appelant à conclure en 2020 un pacte mondial pour un environnement ambitieux.  Il a aussi suggéré de ne plus signer d’accords commerciaux avec les puissances qui ne respectent pas l’Accord de Paris et de mobiliser les fonds souverains pour une politique « à bas carbone ».  La France continuera d’exercer avec tous ceux qui le veulent le leadership, a encore affirmé M. Macron, qui a averti: « Si un membre ne veut pas avancer, nous avancerons quand même, avec d’autres partenaires ».

La défiance, les tentations de repli, se nourrissent des inégalités et de notre incapacité collective à y répondre avec efficacité, a répété le Président, qui a dénoncé tant la tentation de « toujours s’aligner vers le bas, comme nous l’avons fait depuis des décennies » que celle du repli protectionniste, qui ne fait qu’accroître les tensions sans rien régler des inégalités profondes.  Le Président a ensuite proposé une réforme en profondeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la mise en place d’un système dont le G7 réformé serait le moteur, avec l’appui de l’ONU et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).  Il a aussi appelé à une plus grande participation des grands acteurs non étatiques privés, comme les géants d’Internet, qui « contribuent à changer le monde mais ne participent pas assez à la lutte contre les inégalités ».  Il a enfin demandé que toute sa place soit faite à l’Afrique. 

Alors que notre système collectif se fracture, nous n’en avons jamais tant eu besoin, a déclaré M. Macron, qui a cité en ce sens l’UNESCO, le Conseil des droits de l’homme, la CPI et l’UNRWA, précisant que ce dernier visait avant tout à éduquer des enfants et annonçant que la France augmenterait sa contribution.  Enfin, rappelant que la capacité des Nations Unies à répondre ensemble était trop souvent entravée par les divisions du Conseil de sécurité, il a réaffirmé le soutien de la France à l’élargissement de cet organe dans ses deux catégories de membres ainsi que son souhait de voir encadrer l’exercice du droit de veto en cas d’atrocités de masse. 

« Beaucoup peuvent être fatigués du multilatéralisme, a reconnu M. Macron avant de conclure, et dans un monde où dire les pires choses peut être à la mode, défendre le multilatéralisme peut ne plus être à la mode ».  « Mais ne soyons pas à la mode », a-t-il suggéré, car « les génocides qui ont fait que vous êtes là aujourd’hui ont été nourris par les succès d’estrade que nous applaudissons ».  « Non, je ne m’y résous pas; Ne vous habituez pas; n’acceptez pas ces formes d’unilatéralisme », a encore lancé le Président, affirmant avoir « l’universalisme chevillé au corps ».  « Le fracas du nationalisme conduit toujours vers l’abîme et les ressentiments accumulés face à l’ordre international peuvent conduire deux fois dans une vie humaine à un déchainement mondial de la violence », référence aux deux guerres mondiales du XXe siècle, a-t-il averti.

M. DANNY FAURE, Président des Seychelles, a déclaré que les valeurs de la coopération sont essentielles pour assurer la poursuite de la paix et de la prospérité de « toutes nos nations ».  Nous ne pouvons pas laisser ces valeurs être menacées, a-t-il affirmé, nous devons continuer d’accepter le multilatéralisme.  Les Seychelles apportent leur plein appui à l’évolution et aux progrès qui verront le jour dans le cadre de la réforme des Nations Unies, a fait savoir M. Faure avant d’annoncer que les Seychelles et l’équipe de pays de l’ONU avaient signé, le 30 août, le tout premier Cadre de partenariat stratégique pour la période 2019-2023.

Le Président des Seychelles a ensuite indiqué qu’au cours de son mandat, il s’était évertué à veiller à ce que les institutions servent non seulement l’intérêt du peuple, mais lui fournisse les recours nécessaires « s’il en ressentait le besoin ».  Il a appelé les économies avancées à appuyer le renforcement des institutions des pays en développement, « non pas avec des dons mais en privilégiant le partage des expertises et des meilleures pratiques ».  Ce n’est que par le renforcement de nos institutions que nous pourrons veiller au respect des droits de l’homme, de l’état de droit et de l’indépendance judiciaire, ce qui, a-t-il ajouté, créera un avenir favorable à « un ordre démocratique vibrant ».

M. Faure a fait observer qu’en tant qu’insulaire, il lui est impossible de dissocier le concept d’une paix et d’une prospérité durables des périls des changements climatiques, évoquant la « menace existentielle » qu’ils représentent, avec l’érosion du littoral, l’imprévisibilité de la météo, et leur impact sur les récifs de coraux et la montée du niveau de la mer.  « Si nous n’honorons pas les engagements pris à Paris où à la COP23, à Bonn, l’an dernier, nous atteindrons une crise inéluctable », a-t-il averti.

Le Président a également attiré l’attention sur les possibilités inexploitées que recèlent les océans.  En début d’année, les Seychelles ont initié une feuille de route et un cadre de politique stratégique pour l’économie bleue dans le but, a-t-il expliqué, de décupler le potentiel économique de leurs eaux territoriales tout en les protégeant pour les générations à venir.  « Pour nous, l’économie bleue est la prochaine frontière du développement. »  Il s’agit, a-t-il précisé, de privilégier un développement durable sur la base des océans, axé sur la diversification économique, la prospérité partagée, la sécurité alimentaire ainsi que la santé et la productivité des océans. 

Les Seychelles, a-t-il encore dit, sont en train de passer de la dépendance envers les donateurs bilatéraux à la création de sources novatrices de financement pour leur économie bleue.  M. Faure n’en a pas moins reconnu que cela ne suffira pas pour répondre à toutes les obligations des Seychelles en matière de développement durable et d’action climatique découlant du Programme 2030, de l’Accord de Paris, et des Orientations de Samoa pour les petits États insulaires en développement (PEID).  C’est pour cela, a-t-il souligné, que les Seychelles continuent de réclamer un indice de vulnérabilité et de résilience précis pour les PEID afin de mieux refléter les réalités qu’ils affrontent.  L’agenda des PEID est inextricablement lié à celui de l’humanité, a-t-il affirmé.

M. MARTÍN VIZCARRA CORNEJO, Président du Pérou, s’est félicité d’avoir su traverser, au cours des six premiers mois de son mandat, une série de crises politiques et institutionnelles, dans le respect de la Constitution.  Ce faisant, il a estimé avoir apporté à son pays la stabilité politique longtemps recherchée.  Il a rappelé la tenue récente du Sommet des Amériques, qui a mené à la signature du Compromis de Lima sur la gouvernance démocratique et la corruption, qui prévoit 57 mesures destinées à renforcer la coopération régionale en matière de lutte contre la corruption.  « Rien ne peut se construire sur la base d’entités corrompues », a-t-il dit.  Il a également fait état de l’adoption par son gouvernement de la Politique générale de gouvernance 2021 et du Plan national d’intégrité et de lutte contre la corruption 2018-2021.  De plus, un projet de loi relatif à la réforme du système judiciaire et politique sera soumis à un référendum le 9 décembre prochain. 

Le Pérou compte promouvoir l’adoption d’une résolution en lien avec la Conférence des États parties à la Convention des Nations Unies contre la corruption afin de renforcer la coopération entre les États pour combattre ce « fléau », a poursuivi le Président, tout en invitant les États Membres à réaffirmer leur engagement à cet égard.  « La corruption détourne 5% du PIB mondial au profit de quelques-uns, au lieu d’allouer ces ressources à la mise en œuvre des objectifs de développement durable pour ceux qui en ont besoin », a dénoncé M. Vizcarra Cornejo. 

Considérant la biodiversité comme le principal « capital naturel » dont dispose le Pérou, il a plaidé en faveur de l’adoption d’un cadre juridique permettant d’assurer des investissements prévisibles dans la lutte contre les changements climatiques.  « Notre population la plus pauvre est aussi la plus vulnérable aux effets des changements climatiques » a-t-il relevé, avant de vanter l’adoption d’un plan d’action national à ce sujet.  Après avoir réaffirmé son engagement à mettre en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030, il a déclaré vouloir s’attaquer en priorité à la violence et à la discrimination contre les femmes, afin de mettre un terme aux inégalités structurelles dont elles sont victimes. 

Dans un contexte international marqué par la résurgence du nationalisme et du protectionnisme économique, de la discrimination et de la xénophobie, le Président péruvien a réaffirmé l’engagement de son pays envers le multilatéralisme et les principes de la Charte des Nations Unies.  En tant que membre du Conseil de sécurité, le Pérou entend contribuer pleinement à la paix et à la sécurité internationales, notamment au sein des opérations de maintien de la paix. 

Évoquant la « vocation démocratique » du Pérou, M. Vizcarra Cornejo a condamné la rupture de l’ordre constitutionnel au Venezuela et jugé illégitimes les élections du 20 mai 2018.  Après avoir exprimé sa solidarité avec le peuple vénézuélien, il a rappelé l’adoption par son gouvernement de mesures afin de régulariser la situation des 450 000 Vénézuéliens arrivés au Pérou en quête d’un « avenir digne », une situation sans précédent dans la région. 

M. ABDULLAH II IBN AL HUSSEIN, Roi de Jordanie, a entamé son discours par un plaidoyer en faveur de l’action collective.  « Lorsque les États Membres s’unissent derrière une cause commune, nous en sortons tous gagnants », a-t-il dit, rappelant le rôle clef de l’action collective dans la maîtrise des crises de sa région, « y compris la crise principale: le refus prolongé d’un État palestinien ». 

Chacune des résolutions de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité sur cette question, a-t-il dit, reconnaît le droit du peuple palestinien à la paix, à la dignité et à l’espoir.  « C’est l’essence de la solution des deux États, la seule voie possible vers une paix complète et durable », a estimé le Roi de Jordanie, appelant de ces vœux la création d’un État palestinien d’après le tracé des frontières d’avant 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.  Cet État, a-t-il poursuivi, coexisterait pacifiquement avec celui d’Israël, qui serait lui pleinement intégré dans la région et reconnu par tous les pays arabes et musulmans à travers le monde.  Ces derniers sont, selon lui, acquis à la cause d’une paix complète depuis longtemps, comme en témoigne depuis maintenant 16 ans l’Initiative de paix arabe.

Quelle est l’alternative proposée par certain à cette vision? s’est interrogé le souverain, « un État unique binational, dont les fondations même iraient à l’encontre de l’égalité de son propre peuple? »  À ses yeux, il s’agit là de la « réalité veule et antidémocratique » d’une solution basée sur un État unique.  Ce n’est pas une alternative, a-t-il insisté, mais « un abandon de la paix, une nouvelle façon d’abdiquer du travail de réconciliation et le contraire de ce dont les deux parties ont besoin ».

Le Roi Abdullah II a ainsi appelé Palestiniens et Israéliens à travailler de concert pour parvenir à un accord.  « Un accord unilatéral n’existe pas », a-t-il dit, appelant également les pays de la région à se garder de prendre des mesures susceptibles de compromettre les négociations, telles que des annexions illégales, des confiscations de terres ou des menaces d’usage de la force.  Il nous faut également soutenir financièrement l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

En tant que gardien des sites religieux chrétiens et musulmans à Jérusalem, le souverain a également exhorté la communauté internationale à défendre « l’héritage et la paix » de la ville sainte et à s’opposer aux tentatives visant à remettre en cause son statut historique. 

Outre le conflit israélo-palestinien, le Roi de Jordanie a rappelé que l’action collective était également vitale pour résoudre d’autres conflits et crises à travers le monde.  Sur cette base, il a indiqué que son pays continuerait d’appuyer les efforts multilatéraux pour aider la Syrie à trouver une solution politique à sa crise actuelle, sur la base du processus de Genève et de la résolution 2254 du Conseil de sécurité, afin de préserver l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.

Mettre en œuvre une réponse globale pour lutter contre le terrorisme exige également une action collective, a poursuivi le souverain, pour qui le combat contre les « hors la loi de l’Islam » n’est pas fini.  Pour gagner cette guerre, les États Membres doivent selon lui adopter une approche globale, basée sur l’ouverture et l’espoir.  « Sur Internet comme dans le monde réel, nous devons contrer toutes, et je dis bien toutes les idéologies de haine, y compris l’islamophobie », a-t-il déclaré.

Le Roi Abdullah II a enfin appelé à renforcer la réponse collective à la crise globale des réfugiés.  Comme beaucoup d’entre vous le savent, a-t-il dit, la Jordanie porte de manière disproportionnée le « fardeau » de cette crise.  « Nous avons partagé nos maigres ressources, notre nourriture et notre énergie, notre eau précieuse », a-t-il rappelé, expliquant que cette crise a limité la croissance économique jordanienne.  À ses yeux, le sacrifice consenti par les pays d’accueil ne pourra se poursuivre que si les pays donateurs tiennent leur promesse en matière de développement et d’aide humanitaire.

CHEIKH TAMIM BIN HAMAD AL-THANI, Émir du Qatar, a rappelé la dimension transnationale des crises contemporaines, qui exigent des solutions multilatérales.  Un an après l’imposition du blocus à l’encontre de son pays, de nombreux faits ont été rendus publics sur la campagne de désinformation lancée contre le Qatar pour justifier des mesures préméditées, a affirmé le dirigeant.  « En dépit de toutes les mesures prises pour porter préjudice à la sécurité et à la stabilité du Qatar et accabler son peuple, notre pays est parvenu à renforcer son rôle de partenaire actif dans les arènes régionale et internationale, tandis que son économie poursuit sa croissance », s’est enorgueilli M. Al-Thani. 

En outre, l’État qatari a réussi à se maintenir parmi les pays les plus avancés de la région, notamment à l’aune des critères de sécurité humaine et de développement humain, a poursuivi l’Émir.  Pour lui, il n’est pas raisonnable que les divergences de vues sur la meilleure manière de résoudre les crises régionales puissent paralyser l’efficacité d’une organisation régionale aussi importante que le Conseil de coopération du Golfe.  « Le blocus du Qatar a porté atteinte à la réputation de ses États membres, et la paralysie qui en résulte affaiblit le rôle auquel aspire le Conseil sur les plans régional et global », a ajouté le Chef d’État.

C’est d’autant plus vrai que peu de progrès ont été accomplis en ce qui concerne les questions en suspens au Moyen-Orient, en particulier la cause palestinienne, « l’un des derniers vestiges du monde colonial » dans le monde, a déploré le Cheikh.  Après avoir réaffirmé l’importance de négociations entre les parties au conflit à l’appui de la solution des deux États, il a regretté qu’Israël « rejette » cette option juste.  L’Émir du Qatar a également estimé que l’échec à dissuader le régime syrien de commettre des crimes dans le cadre de « la guerre qu’il mène contre son propre peuple », comme à établir ses responsabilités, est de nature à faire perdre « tout sens » au droit international et aux droits de l’homme.

Il a ensuite confirmé la position ferme de son pays à propos du conflit au Yémen, rappelant que les parties doivent œuvrer à la réconciliation nationale et à la fin du conflit sur la base de la résolution 2216 du Conseil de sécurité, de l’Initiative du Conseil de coopération du Golfe, et des résultats du dialogue national.  Le Cheikh a saisi l’occasion pour annoncer l’accord passé par son pays et l’ONU pour lutter contre le choléra au Yémen en soutenant des projets visant à éradiquer les causes de la maladie et à endiguer l’épidémie. 

Au sujet de la crise libyenne, il a noté que l’intervention étrangère dans ce pays ne fait que compliquer la situation et empêche de parvenir à un consensus national.  Il a réitéré le soutien du Qatar à l’Accord politique de Skhirat signé en décembre 2015.  Rejetant toutes les formes de terrorisme, l’Émir a rappelé en conclusion que la guerre que mène la communauté internationale contre ce fléau ne pourra être remportée que sur la base d’une coopération sans faille des États Membres, de l’harmonisation des normes existantes dans le domaine de la lutte antiterroriste, à commencer par une définition commune de la notion de terrorisme, et d’une prise en considération des causes profondes du phénomène.

M. HASSAN ROUHANI, Président de la République islamique d’Iran, a dénoncé le mépris de certains États pour les règles internationales.  La préservation de la sécurité de tous, qui soit la moins onéreuse possible, n’est possible que grâce à la coordination internationale, a-t-il dit.  Il est regrettable de voir des dirigeants internationaux encourager les tendances extrémistes, racistes et xénophobes, de manière guère éloignée du nazisme, et fouler aux pieds le droit international, a-t-il accusé, en qualifiant « d’acte immoral » la convocation demain d’une séance de haut niveau du Conseil de sécurité.  M. Rouhani a appelé à dissiper l’illusion selon laquelle il est possible d’accéder à plus de sécurité aux dépens de celle des autres.  Loin de faire montre de force, ceux qui défient le multilatéralisme font, au contraire, preuve de faiblesse et d’une incapacité à comprendre un monde interconnecté et complexe, a-t-il analysé.  « Ceux qui recherchent l’hégémonie sont des fauteurs de guerre et des ennemis de la paix. »

Les États-Unis, « tout du moins l’administration actuelle », semblent déterminés à ce que les institutions internationales soient frappées de paralysie, a déclaré le Président.  Il a déploré le récent retrait des États-Unis du Plan d’action global commun, au mépris du droit international et des obligations contractées par le prédécesseur du Président américain actuel.  Les États-Unis ne se cachent pas de vouloir renverser le Gouvernement iranien qui l’invite pourtant à des pourparlers, a-t-il observé.  Il a indiqué que le respect par son pays du Traité sur la non-prolifération et les négociations ayant abouti au Plan d’action global commun précité attestent du respect de l’Iran pour le multilatéralisme.  Le Président iranien a ensuite loué « la position unie et catégorique » de la communauté internationale vis-à-vis du retrait américain et rappelé que le Plan d’action a été entériné par le Conseil de sécurité à l’unanimité de ses membres dans la résolution 2231 (2015). 

L’Iran a respecté ses engagements dans le cadre de ce Plan d’action, comme l’ont montré 12 rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), alors que les États-Unis n’ont pas respecté les leurs, sous des motifs fallacieux, a tranché M. Rouhani.  Il a exhorté l’ONU à faire en sorte qu’aucun État ne puisse se dérober à l’exécution de ses engagements internationaux, avant de dénoncer les menaces américaines contre les pays qui appliquent la résolution précitée.  C’est la première fois qu’un pays encourage des violations du droit international, a-t-il déclaré, en dénonçant également la position des États-Unis vis-à-vis de la CPI.  M. Rouhani a appelé les autres parties signataires du Plan d’action à continuer d’appuyer la mise en œuvre de cet instrument, qui constitue, selon lui, un « succès très important de la diplomatie ». 

Les sanctions unilatérales s’apparentent à du terrorisme économique, a asséné le Président iranien.  Les nouvelles sanctions américaines portent préjudice non seulement au peuple iranien, mais aussi aux peuples des autres pays, a noté M. Rouhani tout en disant que l’Iran a montré qu’il a pu surmonter ce défi.  L’Iran et les Iraniens n’ont jamais rompu, ils n’ont même pas ployé face à ces sanctions, a-t-il insisté, ajoutant, « sans ambigüité », que la politique des États-Unis vis-à-vis de l’Iran est injuste depuis le début. 

Déclarant que l’Iran, par sa longue histoire, sa position géographique exceptionnelle notamment, est « une réalité indéniable », il a dénoncé l’autoritarisme et le harcèlement des États-Unis, ainsi que leur position, selon laquelle la loi du plus fort fait foi.  Aucune nation ne peut être amenée à négocier par la force, sous peine de faire mûrir les raisins de la colère, a-t-il mis en garde.  Pour lui, il n’y a rien de préférable au dialogue, pourvu qu’il ait lieu dans les deux sens; la résolution 2231 (2015) n’est pas qu’une simple « feuille de papier. »

« Nous vous invitons à revenir à la table des négociations que vous avez quittée.  Si vous n’aimez pas ce Plan d’action car il est le fruit de vos opposants politiques, alors revenez à la résolution, revenez au sein des organisations internationales, n’imposez pas de sanctions », a-t-il prié, ajoutant que « sanctions et extrémisme sont les deux faces d’une même médaille ». 

Le Président a indiqué que les deux parties peuvent encore s’écouter, sans qu’il soit nécessaire de prendre des photographies.  « J’entame le dialogue ici même », a-t-il dit, tout en déclarant que l’ONU ne fait pas partie de l’Administration américaine.  « Le dialogue peut être repris au même point et par la même personne qui a quitté la table des négociations », a-t-il estimé en précisant qu’il faudrait d’abord cesser les menaces.

« Notre position est claire, c’est engagement pour engagement, menace pour menace, violation pour violation et œil pour œil ».  Ce que dit l’Iran est clair, pas de menace, pas de guerre, a-t-il déclaré, en soulignant l’engagement de l’Iran pour la paix et la position de son pays aux avant-postes de la lutte contre le terrorisme.  « Nous pleurons le martyre des dizaines d’innocents assassinés samedi dernier par des terroristes. »

M. Rouhani a noté que l’Iran continuera de condamner tous les actes de terrorisme, avant de s’étonner que des dirigeants d’organisations terroristes puissent opérer librement dans les pays occidentaux et même recevoir des financements de leur part. 

« En Syrie, nous avons constamment souligné que la crise ne pourra être réglée que par un dialogue intrasyrien. »  Il a ajouté que la présence de conseillers militaires iraniens en Syrie s’est faite à la demande de la Syrie et dans le respect du droit international.  L’Iran, la Russie et la Turquie ont, par le biais du processus d’Astana, empêché une escalade sanglante à Edleb, a-t-il fait remarquer.  Il a ensuite dénoncé les crimes et destructions commises au Yémen, des « crimes contre l’humanité », et appelé à des pourparlers interyéménites, sans ingérence, pour régler la situation dans ce pays. 

La crise la plus urgente au Moyen-Orient est la question de la Palestine, a poursuivi M. Rouhani, en fustigeant les « crimes innombrables commis par Israël » avec le soutien des États-Unis.  Israël pose la plus grave menace à la paix, a-t-il estimé, en qualifiant de « consternante » la décision des États-Unis de transférer leur ambassade à Jérusalem et de « raciste, digne de l’apartheid » la récente loi israélienne sur l’État nation.  Il a marqué son attachement à une coopération avec tous les pays du Golfe persique, selon le même modèle qui a permis la signature récente, avec quatre autres pays, d’une convention sur le statut juridique de la mer Caspienne.  « Nous ne recherchons pas la guerre avec qui que ce soit. »

« L’Iran n’a pas besoin d’un empire, il est un empire par sa culture et sa civilisation, non pas par la domination politique. » Gardien scrupuleux de l’ordre international, l’Iran, a poursuivi son Président, avait décelé la nature fasciste du régime bassiste en Iraq avant même l’invasion du Koweït.  L’Iran a lutté contre les Taliban et Al-Qaida avant même les attaques terroristes de New York, et l’Iran a combattu Daech et son interprétation fallacieuse de l’Islam avant même les attentats de Londres, de Paris et de Bruxelles, a-t-il rappelé.  « Cessez d’imposer des sanctions, mettez un terme à l’extrémisme », a déclaré le Président iranien, ajoutant, en conclusion, que le monde n’aura pas de meilleur allié que l’Iran « si c’est bien la paix que vous recherchez ».

M. SAULI NIINISTÖ, Président de la Finlande, a rappelé que son pays avait toujours été un avocat convaincu de la coopération multilatérale.  En Finlande, a-t-il expliqué, la capacité à s’accorder sur des règles communes est une pierre angulaire de la sécurité et du bien-être nationaux.  De même, sur le plan mondial, des solutions et des règles communes sont nécessaires pour traiter les défis les plus pressants de notre temps. 

Mais malheureusement, a poursuivi M. Niinistö, il y a des raisons aujourd’hui de s’inquiéter pour tous ceux qui croient au multilatéralisme.  Le système international construit ensemble est visiblement sous pression, ses capacités et sa crédibilité sont remises en question.  Pour la Finlande, qui place les Nations Unies au cœur du système multilatéral, « la défense du multilatéralisme commence donc ici même ».  L’ONU et ses Membres doivent montrer ici leur volonté d’agir ensemble, non pas l’un contre l’autre, a-t-il plaidé.  La Finlande appuie le programme de réforme du Secrétaire général et estime qu’il est temps de le mettre en place: pour être crédibles, les Nations Unies doivent pratiquer ce qu’elles prêchent, a martelé le Président. 

Les trois piliers de l’ONU que sont la paix et la sécurité internationales, les droits de l’homme et le développement ont passé l’épreuve du temps, a estimé M. Niinistö, pour qui, toutefois, beaucoup des défis actuels font fi des frontières entre ces piliers, comme en témoignent les principales réalisations récentes des Nations Unies: le Programme de développement durable à l’horizon 2030, l’Accord de Paris sur le climat et les pactes mondiaux sur les migrations et les réfugiés. 

Le Président a ensuite insisté sur les changements climatiques, notamment dans la région de l’Arctique, qui se réchauffe à une vitesse « alarmante ».  Ce n’est pas un simple problème régional: il représente une menace pour tout le système climatique mondial, a-t-il mis en garde.  Par ailleurs, si les changements climatiques ne sont pas traités, ils entraîneront de nouveaux flots migratoires.  « Il n’existe pas de solution facile à la question migratoire, mais ne rien faire n’est pas une solution », a poursuivi M. Niinistö, qui a réitéré son soutien au Pacte mondial pour les migrations et a annoncé sa participation à la conférence de Marrakech qui doit le ratifier en décembre prochain.

M. Niinistö a ensuite rappelé les souffrances provoquées par la persistance des conflits.  Il s’est dit encouragé par les efforts visant à parvenir à un dialogue authentique entre la République populaire démocratique de Corée et la communauté internationale, efforts qui doivent se poursuivre.  Il a rappelé l’utilité des opérations de maintien de la paix, tout en précisant qu’elles doivent s’adapter au changement, et a réitéré le soutien de son pays à l’initiative du Secrétaire général « Action pour le maintien de la paix ».  Il a également rappelé l’importance de la prévention et de la médiation. 

Le Président a insisté sur l’importance de la participation des femmes et des jeunes, notamment dans le domaine du maintien de la paix.  Enfin, il a attiré l’attention sur le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et rappelé que la Finlande prenait très au sérieux les mécanismes de responsabilisation pour les crimes de droit international.  Il a appelé les États Membres et le Secrétaire général à maintenir en permanence les questions des droits de l’homme, de la non-discrimination et de l’égalité de genre parmi les priorités de l’ONU.

M. MUHAMMADU BUHARI, Président du Nigéria, a regretté que plusieurs crises et menaces à la paix et à la sécurité desquelles l’Assemblée générale a parlé l’année dernière comme elle l’a fait les années précédentes, n’aient toujours pas été résolues, dont le terrorisme international et local de Boko Haram et des Chabab.  Les soulèvements terroristes qui frappent en particulier le Sahel et le bassin du lac Tchad sont alimentés en partie par des dynamiques et des facteurs locaux, mais de plus en plus par « le mouvement jihadiste international », composé des combattants qui ont fui l’Iraq et la Syrie et par les armes venues de la désintégration de la Libye.  Passant en revue d’autres crises dans le monde, le Président a souligné que l’immigration clandestine n’est pas seulement une conséquence des conflits mais aussi des effets des changements climatiques et du manque d’opportunités « chez soi ».  C’est le cas du Nigéria et de ses voisins du bassin du lac Tchad qui subissent le rétrécissement du lac et le dessèchement des terres autrefois fertiles.  Le lac, a rappelé le Président, nourrissait plus de 45 millions d’habitants, condamnés désormais à la pauvreté et exposés aux activités des groupes terroristes et extrémistes.  Cette instabilité a provoqué des mouvements de populations dans la sous-région qui ont conduit à des tensions économiques intenses entre agriculteurs et éleveurs, a poursuivi M. Buhari. 

C’est la raison pour laquelle, s’est expliqué le Président, nous appelons la communauté internationale à renouveler ses efforts de reconstitution du lac Tchad.  Il nous faut une coopération forte entre l’ONU, les gouvernements nationaux et les organisations régionales et sous-régionales comme la Commission du bassin du lac Tchad, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine, pour renforcer nos capacités de prévention et de gestion des conflits, et de consolidation de la paix. 

Lutter contre la corruption « une cause qui nous concerne tous », résoudre les conflits dans le monde, vaincre le terrorisme, combattre le trafic d’armes et contenir les migrations sont, a conclu le Président, des défis qui ne peuvent être relevés que grâce à la coopération multilatérale et à une action concertée.  Le seul cadre institutionnel que nous ayons pour ce faire est l’ONU, a-t-il souligné.  Il a donc appelé à l’accélération des réformes, en particulier celle du Conseil de sécurité qui doit être « plus équitable et plus représentatif de la communauté internationale ».  Un Conseil composé de plus de membres permanents et non permanents serait conforme au consensus international et à notre intérêt commun.  Il est grand temps d’arrêter de « tourner autour du pot » et de fixer des critères et un calendrier réalistes pour ces réformes, a martelé le Président. 

Pour sa toute première intervention au débat général de l’Assemblée générale en sa qualité de Chef d’État, M. MATAMELA CYRIL RAMAPHOSA, Président de l’Afrique du Sud, s’est félicité que l’Assemblée ait proclamé la période 2019-2028 Décennie de la paix Nelson Mandela.  Dans un « océan de doutes », l’ONU reste selon lui l’outil le plus puissant dont dispose la communauté internationale pour régler les crises et résoudre des problèmes auxquels seul le multilatéralisme peut répondre.  Or, l’un des obstacles persistants à la réalisation de la prospérité mondiale, c’est l’exclusion de millions de jeunes gens âgés de moins de 30 ans, hommes et femmes.  Dans ce contexte, a estimé le Chef d’État, nous devons privilégier l’intérêt des jeunes, en particulier les femmes qui sont souvent plus vulnérables.  Nous devons agir, avec à l’esprit le « même sentiment d’urgence » que pour mettre fin aux conflits prolongés, comme celui qui touche les Palestiniens depuis des décennies, a exhorté le Président.  « Il nous faut faire tout notre possible pour nous attaquer au chômage des jeunes et tirer le meilleur parti de la révolution dite numérique », a-t-il ajouté.

En vue de mieux répondre aux défis contemporains, des institutions comme l’ONU, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC) doivent être réformées et renforcées, a recommandé le dirigeant.  C’est tout particulièrement vrai du Conseil de sécurité, auquel l’Afrique du Sud sera candidate pour siéger entre 2019 et 2020.  L’histoire de l’économie mondiale le démontre, a argué M. Ramaphosa: aucun pays ne peut prospérer durablement au détriment des autres.  Il faut donc assumer nos responsabilités collectives, comme s’efforce de le faire l’Afrique du Sud, en respectant les dispositions du Programme de développement durable à l’horizon 2030, du Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement et de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  « Pris ensemble, ces instruments reflètent notre engagement commun à faire échec à la pauvreté, au sous-développement et la détérioration de l’environnement », a résumé le Président.  L’Afrique, qui a la population la plus jeune au monde, peut, a conclu M. Ramaphosa, devenir la « prochaine frontière de la croissance mondiale ».  C’est cette génération-là qui changera le monde, a-t-il lancé en conclusion.

M. ARTHUR PETER MUTHARIKA (Malawi) a rappelé que Kofi Annan fut une voix qui militait pour la paix, une voix des sans voix, la conscience et l’arbitre moral du monde.  Il s’est également souvenu que le regretté Secrétaire général brandissait le drapeau de la paix au milieu des tumultes.  Le Président a demandé à l’Assemblée générale de se lever et de marcher dans la défense de la paix.  Pour M. Mutharika, « nous ne pouvons pas être ici à l’Assemblée quand des communautés sont chassées de chez elles, obligées d’abandonner leur pays et condamnées à errer.  Selon le Chef de l’État, « l’histoire jugera notre génération sur la manière avec laquelle elle a défendu la vie humaine et protégé cette planète menacée ».  Il est de notre responsabilité commune, a-t-il martelé, de rechercher la paix, de défendre la paix et d’essayer de faire revenir à la raison « ceux qui font la guerre à la paix ». 

Le Président du Malawi a souligné qu’à l’Assemblée générale, il n’y a ni minorité ni petite nation mais des pays qui composent les Nations Unies.  Inégalités économiques ou pas, nous avons tous quelque chose à offrir à l’humanité, a-t-il dit, estimant naturellement que ceux qui ont plus doivent donner plus car le pouvoir s’accompagne de responsabilité.  Le leadership n’est pas un prestige mais une responsabilité.  Leadership mondial veut dire responsabilité mondiale, a insisté le Président qui a annoncé la convocation du Forum de haut niveau sur l’objectif 16 de développement durable -sociétés pacifiques- au Malawi en 2019.

M. Mutharika a poursuivi en exhortant les gouvernements, les chefs d’entreprise, les investisseurs et la société civile à faire baisser les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020, afin d’atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  Le Malawi, a-t-il dit, plaide pour des financements adéquats, prévisibles et durables tels que le Fonds vert pour le climat. 

Le Président a conclu sur la réforme du Conseil de sécurité, réclamant, conformément à la Position commune africaine, deux sièges permanents avec droit de veto et au moins cinq sièges non permanents car « la ségrégation de l’Afrique » doit prendre fin.  L’ONU ne devrait pas prêcher la démocratie si elle ne l’applique pas elle-même.  Aujourd’hui, c’est près du tiers des États Membres qui demande justice, a fait observer le Président.  L’ONU, a-t-il conclu, ne saurait parler de leadership mondial si elle ne tient pas compte du leadership africain dans sa prise de décisions.  « Il est temps d’entendre la voix de l’Afrique. »

M. JIMMY MORALES, Président du Guatemala, a remercié la communauté internationale pour l’aide humanitaire apportée à son pays à la suite de l’éruption, le 3 juin dernier, du volcan de Fuego, qui a fait des dizaines de morts et des centaines de blessés, sans compter des dommages matériels innombrables.

M. Morales a profité de cette première journée du débat général pour renouveler l’engagement de son pays en faveur de la paix, comme en témoigne selon lui la volonté du Guatemala de régler « de façon pacifique et définitive » les différends territorial, insulaire et maritime qui l’opposent au Belize depuis plus d’un siècle et demi.  À cette fin, le 15 avril dernier, un référendum a eu lieu dans le pays pour décider de soumettre le cas à la Cour internationale de Justice (CIJ), ce que les citoyens guatémaltèques ont approuvé à 96%.  Le Président s’est félicité de la décision du Belize d’organiser un référendum similaire, le 10 avril 2019.

Outre la résolution des différends par la voie du dialogue, M. Morales a déclaré que l’intégration économique régionale contribuait également à la paix dans la région.  Sur ce point, il a estimé qu’un « pas historique » avait été franchi en 2018, avec l’établissement d’une union douanière entre le Guatemala, le Honduras et El Salvador.  Cela signifie, a-t-il spécifié, que 80% du commerce bilatéral en Amérique centrale bénéficiera de la libre circulation des biens et des marchandises.  « Cette union douanière transforme les trois pays d’Amérique centrale en un marché de 32 millions de personnes », a-t-il salué.

Sur le plan sécuritaire, M. Morales a mentionné l’ampleur des menaces transnationales pesant sur son pays, dont le trafic de drogue.  Avec l’aide des États-Unis, a-t-il indiqué, les forces de sécurité guatémaltèques ont éradiqué plus de 417 millions de plante de pavot, d’une valeur totale de 1,4 milliard de dollars.  En deux ans, a poursuivi le Président, son pays a saisi une quantité de drogues supérieures à celle des huit dernières années. 

Outre la lutte contre le trafic de drogue, M. Morales a insisté sur les efforts de son gouvernement pour mettre fin à la corruption et pour instaurer plus de transparence dans la vie publique.  Il a toutefois admis que cela n’était pas chose aisée, après presque quatre décennies d’un conflit armé qui a fortement affaibli les institutions nationales. 

Tout en remerciant la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) pour son appui aux autorités guatémaltèques dans cette lutte contre le crime organisé, M. Morales a appelé le Secrétaire général à publier le détail des ressources utilisées depuis la création de la Commission, et ce, afin de rendre des comptes à la communauté internationale.

M. Morales a également souhaité expliciter les raisons pour lesquelles son pays n’a pas souhaité proroger pour la sixième fois le mandat de la Commission.  En premier lieu, a-t-il dit, parce que la CICIG a « violé » la Constitution du Guatemala et outrepassé son mandat, en manipulant la justice et en remettant en cause la présomption d’innocence et le bon déroulement des affaires judiciaires.  En second lieu, parce que le Commissaire de la CICIG, Iván Velásquez, s’est mêlé des affaires intérieures du pays, au point de créer une « atmosphère d’instabilité ». 

Pour le Président, la CICG s’est également illustrée au cours des dernières années par son refus de rendre des comptes à la communauté internationale.  Il s’est plaint de « l’indifférence » et de la « passivité » du Secrétaire général de l’ONU sur la question, en dépit des préoccupations personnellement exprimées à ce dernier s’agissant des mauvaises pratiques de la CICIG et de son Commissaire, notamment les « poursuites illégales » dont ont, selon lui, été victimes de nombreuses familles guatémaltèques. 

« En résumé, la CICIG en est venue à être une menace pour la paix au Guatemala », a conclu le Président, rejetant le « système de terreur » mis en place par la Commission.  Selon lui, l’idéal de la Commission s’est perdu dans le dédale de la bureaucratie onusienne et le « culte de la personnalité ».  Ce qui est certain, a-t-il déploré, c’est que le pays est désormais polarisé comme il ne l’avait plus été depuis des décennies, voire même plus que durant le conflit armé.

Pour mettre fin à cette situation, le Président a appelé le Secrétaire général à nommer, de concert avec son gouvernement, un nouveau commissaire pour procéder au transfert des capacité techniques de la CICIG aux institutions nationales correspondantes.

Comment peut-on, s’est demandé M. ABDEL FATTAH AL SISI, Président de l’Égypte, blâmer un Arabe qui doute de la crédibilité des Nations Unies et des valeurs qu’elles prétendent défendre alors que sa région est menacée par la désintégration et l’effondrement de l’État-nation, ouvrant la voie au terrorisme et au sectarisme? Comment peut-on, a poursuivi le Président, blâmer un Arabe qui s’étonne que le peuple palestinien soit privé de son droit légitime de vivre dans la paix et la dignité dans un État indépendant qui reflète son identité nationale, ses espoirs et ses aspirations?  Comment peut-on, a-t-il encore demandé, minimiser les plaintes d’un Africain devant l’inefficacité de l’ordre mondial quand son continent souffre d’un ordre économique qui perpétue la pauvreté et les inégalités, alimente les crises sociales et politiques et n’offre aucune perspective de progrès et de développement?

Ces questions, le Chef de l’État a dit les poser en sa qualité de Président du Groupe des 77 et de la Chine « lequel représente la majorité de la population de la planète » et qui a donc un intérêt tout particulier à renforcer le rôle des Nations Unies.  Le Président a résumé la vision de son pays en trois principes, le premier étant que l’on ne peut progresser dans l’édification d’un ordre international efficace si son principal élément constitutif, l’État-nation, risque la désintégration.  La désintégration des nations, qu’elle soit provoquée par un conflit civil ou une régression vers des intérêts sectaires, mène aux phénomènes les plus dangereux de l’heure: conflits armés, traite des êtres humains, migration irrégulière, criminalité organisée, commerce illicite d’armes et de drogues. 

La seule sortie des crises, en Syrie et au Yémen, a, par exemple, estimé le Président, c’est le rétablissement de l’État-nation et la protection de la souveraineté et des institutions publiques.  L’Égypte, a prévenu le Président, rejette toute exploitation de ces crises pour laisser la voie à des interventions régionales ou créer un environnement propice au terrorisme, à l’extrémisme et au sectarisme.  Le même principe s’applique à la Libye. 

Le deuxième principe, a poursuivi le Président, c’est l’engagement de tous en faveur de solutions pacifiques et durables aux conflits, « raison d’être de l’ONU ».  Le Président est donc revenu sur la cause palestinienne, « l’exemple parfait », selon lui, de l’échec du système international.  À ce propos, il a souligné que les Arabes tendent toujours la main de la paix. 

Le troisième principe, c’est l’engagement à réaliser le développement durable et à cet égard, le Président a estimé que la réforme de l’architecture économique et financière mondiale ne saurait plus tarder.

La préservation de l’État-nation, le règlement pacifique des différends et le renforcement de la coopération exigent, a conclu le Président, des partenariats véritables entre les Nations Unies et les organisations régionales.  Il a d’ailleurs salué le succès du partenariat entre les Nations Unies et l’Union africaine, « un modèle de partage des fardeaux et d’optimisation des avantages comparatifs ».  L’Égypte assumera la présidence de l’Union africaine en 2019, a rappelé le Président Al Sisi, qui a, une nouvelle fois, défendu son idée de créer un cadre international pour développer des politiques et renforcer la coopération contre le terrorisme et la propagande terroriste. 

Ayant lancé au début de l’année, l’opération « Sinaï 2018 », l’Égypte peut dire aujourd’hui que le niveau de financement, de sophistication des armes et de la formation et des moyens de communication des groupes terroristes, sans oublier la facilité avec laquelle se déplacent les combattants terroristes étrangers, pointent vers la nécessité « inévitable » d’un système mondial.  Enfin, le Président a jugé important de corriger les graves lacunes en matière de droits de l’homme, sans manquer de dénoncer ceux qui se livrent à des campagnes de diffamation médiatiques et à la politisation des mécanismes existants, tout en refusant de mettre tous les droits de l’homme sur un pied d’égalité dont les droits économiques, sociaux et culturels. 

M. MARIO ABDO BENĺTEZ, Président du Paraguay, a rappelé l’attachement de son pays à la liberté, à la justice et à la dignité.  « Nous avons soif de paix », a-t-il dit.  Il a appelé au renforcement de l’Assemblée générale –voix des pays du monde entier– et à la réforme du Conseil de sécurité afin de rendre cet organe plus représentatif.  Le Conseil devrait accueillir davantage de pays en développement, a-t-il dit, en souhaitant la suppression du droit de veto.  Le Président a appuyé les propositions de réforme du Secrétaire général, estimant que la lutte contre la pauvreté doit être pensée comme « un défi humain » et pas comme un indicateur économique. 

Tirons profit du dividende démographique pour jeter les bases d’un monde meilleur, a déclaré M. Benitez, en louant le potentiel extraordinaire des jeunes.  Il a aussi insisté sur la nécessité de promouvoir le rôle des femmes, comme c’est le cas au Paraguay, et souligné « l’obligation morale » de faire respecter les droits des peuples autochtones.  M. Benitez a aussi condamné le terrorisme et la criminalité sous toutes leurs formes.  Dès mon entrée en fonctions, a-t-il affirmé, j’ai mis en place des mesures vigoureuses contre le trafic de stupéfiants et promis d’éradiquer les organisations criminelles. 

Le Président n’a pas manqué de défendre l’Accord de Paris sur le climat, soulignant que son pays est dans le peloton de tête des promoteurs des énergies renouvelables.  Nous devons aussi, a-t-il poursuivi, nous engager résolument contre le fléau de la corruption.  Le Paraguay a fait le pari d’une intégration régionale approfondie, a poursuivi le Président, exprimant sa solidarité avec les peuples du Venezuela et du Nicaragua « qui souffrent des abus de leurs dirigeants ». 

Insistant sur la vulnérabilité particulière des pays en développement sans littoral, il a réclamé la pleine mise en œuvre du Programme d’action de Vienne.  Il a conclu en appuyant « la demande légitime » de Taiwan de siéger à l’Assemblée générale, au nom du « principe d’universalité » qui est la marque de l’ONU.  Promouvons l’amitié, mobilisons les ressources nécessaires à la pleine mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et que Dieu bénisse les Nations Unies, a conclu le Président. 

M. MAURICIO MACRI, Président de l’Argentine, a souligné que son pays traversait une période de changements profonds.  « Mais nous changeons sans prendre de raccourcis et sans compromettre le futur », a-t-il assuré.  « Nous sommes en train de bâtir des consensus pour un développement équitable et durable. »  Il a replacé l’Argentine dans le contexte de l’intégration régionale, et de la coopération entre les pays du MERCOSUR et de l’Alliance du Pacifique, dans le respect des valeurs de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme. 

Préoccupé par la situation des droits de l’homme au Venezuela, le Président argentin a indiqué qu’il porterait à l’attention de la Cour pénale internationale (CPI) « les crimes contre l’humanité de la dictature vénézuélienne ».  Il a appelé ce pays à reconnaitre la crise humanitaire pour que puisse se déployer l’aide internationale.  Pour sa part, a précisé M. Macri, l’Argentine a accueilli 130 000 Vénézuéliens. 

Par ailleurs, le Chef de l’État a plaidé pour la création d’une instance judiciaire complémentaire au niveau régional pour lutter contre la criminalité organisée.  Condamnant le terrorisme sous toutes ses formes, il a rappelé que cinq ressortissants argentins avaient été tués dans un attentat à Manhattan le 31 octobre 2017. 

M. Macri a ensuite tenu à réaffirmer « les droits souverains légitimes et imprescriptibles » de l’Argentine sur les Îles Malvinas, les Îles de Géorgie du Sud et Sandwich du Sud et les espaces maritimes avoisinants.  Il a également réaffirmé l’engagement de son gouvernement dans la nouvelle phase de sa relation avec le Royaume-Uni, fondée sur le renforcement de la confiance.

Enfin, le Président a annoncé que l’Argentine accueillera en 2019 la Conférence de haut niveau sur la coopération Sud-Sud.  Le pays se prépare en outre à présider le G20 à Buenos Aires, le 30 novembre prochain, puis la Conférence des Parties chargées d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), en 2020. 

« Si nous sommes réunis ici, nous le devons à ceux qui, après la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, ont cru qu’un ordre international basé sur des règles internationales et le dialogue -et pas sur le seul rapport de force- nous conduirait à la paix et la prospérité », a rappelé d’emblée M. ALAIN BERSET, Président de la Confédération suisse.  « Ils avaient raison », a-t-il estimé, compte tenu de l’ampleur et de l’intensification des défis et des transformations auxquels le monde doit faire face, et auxquels personne ni aucun pays n’est en mesure de répondre seul.  « C’est notre responsabilité commune, la responsabilité de chaque État Membre de l’ONU » de faire en sorte que les institutions internationales soient en mesure de nous épauler dans cette tâche, a estimé M. Berset avant de noter la tendance actuelle à chercher les réponses à ces problèmes - comme la mondialisation, les changements climatiques, les inégalités ou encore l’extrémisme - dans un repli nationaliste et une méfiance croissante à l’égard de la coopération entre États. 

« Nous assistons à une refonte de l’ordre mondial, à l’émergence de nouveaux acteurs, à l’apparition d’une nouvelle classe moyenne », a-t-il remarqué, mais ce qui le préoccupe, c’est que ces changements vont de pair avec « une érosion du système international fondé sur le droit ».  « Nous assistons réellement à une crise du multilatéralisme », a-t-il averti, ce qui lui semble paradoxal au moment même où le monde cherche à définir les grands axes de la gouvernance mondiale de demain. 

Pour la Suisse, l’ONU est la pierre angulaire de la coexistence pacifique de tous les États, dans le respect de règles bien définies en commun.  Elle est indispensable et idéalement placée pour affronter les combats contemporains, notamment le combat contre les inégalités.  « Mais pour pouvoir remplir son rôle, l’ONU doit être forte », et, dans cet esprit, la Suisse soutient activement le programme de réformes lancé par le Secrétaire général de l’ONU, qui a pour objectif d’assurer la pertinence et l’efficacité de l’ONU face aux défis du monde actuel.

La Suisse est déterminée à construire un multilatéralisme meilleur qui doit être en mesure de répondre à ceux qui cherchent, dans l’autorité et l’unilatéralisme, la solution aux faiblesses du système actuel.  Le Président a brossé le tableau de l’engagement suisse dans la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030, et plus précisément la mise en place d’un mécanisme de suivi et de meilleures données statistiques.  Il a aussi insisté sur le soutien de son pays au travail du Conseil des droits de l’homme et de la Cour pénale internationale (CPI).  La Suisse cherche aussi à établir des ponts, soutenir des négociations et des médiations et mettre à la disposition des pays, des organisations internationales et régionales sa diplomatie de bons offices dans le but de contribuer à la résolution de conflits ou faire avancer certaines thématiques, dont le Pacte mondial pour les migrations.  M. Berset a également plaidé pour que Genève devienne « une plateforme de dialogue pour les nouveaux thèmes situés à l’interface entre la politique, la société, l’innovation, la science et l’économie ». 

Constatant que le protectionnisme commercial et l’égoïsme avaient actuellement « le vent en poupe », M. Berset a affirmé qu’hier comme aujourd’hui, ces pratiques de repli n’apporteront pas de réponse aux dysfonctionnements et aux déséquilibres du monde dans lequel nous vivons.  « Le malaise actuel est une mise en garde » et doit conduire à tout faire pour éviter l’avènement d’un monde du « chacun pour soi » et pour privilégier la coopération entre États et l’engagement en faveur des biens communs universels.  Le monde ne doit pas être un jeu à somme nulle, a estimé M. Berset, pour lequel il doit être un jeu à somme positive où la coopération ne fait que des gagnants.

M. MAITHRIPALA SIRISENA, Président du Sri Lanka, s’est félicité des progrès que son pays a enregistrés ces trois dernières années et demi.  Arrivé à la tête de la présidence en janvier 2015, « à une époque où les pouvoirs du Président étaient excessifs, comparables à ceux d’un Empereur », le Chef de l’État a dit avoir pris l’initiative de transférer les pouvoirs au Parlement, tout en prenant des mesures pour consolider la démocratie, les droits de l’homme et les libertés fondamentales, sans oublier la liberté de la presse et l’indépendance de la justice.  Sri Lanka n’est plus le pays qu’il était il y a trois ans et demi, a assuré le Président. 

S’agissant de la politique internationale, il s’est attardé sur la question des réfugiés, une question complexe qui exige des efforts renforcés.  Une meilleure attention doit aussi être accordée à la cause palestinienne que le Sri Lanka appuie sans réserve.  Le Président s’est également attardé sur l’impact de la pauvreté dans le monde.  Il a appelé les Nations Unies à s’impliquer davantage contre un fléau qui affecte des centaines de millions de personnes dans le monde et exacerbé par les inégalités sociales, la mauvaise répartition des richesses et les changements climatiques.  Le trafic d’armes, de drogues ou de faux médicaments sont les autres fléaux qu’a dénoncés le Président, lequel a dit avoir apprécié l’appel lancé hier par le Président Donald Trump contre la drogue.  Il a aussi salué l’Accord de Paris que son pays a dûment ratifié. 

Sri Lanka, a conclu le Président, savoure aujourd’hui après 30 ans de conflit, une transformation impressionnante, favorisant la réconciliation nationale et la prévention d’un autre conflit.  Le pays, qui a vaincu l’une des organisations terroristes les plus dangereuses au monde, demande, 10 ans après le rétablissement, qu’on le regarde sous un autre angle.  Mon pays, s’est enorgueilli le Président, vit aujourd’hui dans la paix avec une prospérité économique pointant à l’horizon.  Laissez-nous, a-t-il plaidé, résoudre nos problèmes nous-mêmes.  Nous acceptons la coopération internationale mais nous refusons toute influence extérieure.  Laissez-nous la marge de manœuvre nécessaire.  C’est notre droit, un droit qui doit être respecté, a ajouté le Président dont l’objectif ultime est de faire disparaître la peur et la suspicion entre les différents groupes ethniques de son pays. 

La défense du multilatéralisme va de soi, a déclaré M. BORUT PAHOR, Président de la Slovénie.  Aucun État, aucune nation ne sortira gagnant s’il ne lutte que pour ses propres intérêts, s’est-il expliqué.  Nous devons tous, a poursuivi le Président, faire de l’ONU une Organisation réformée plus forte et plus efficace pour la rendre capable de contribuer au règlement des questions les plus pressantes de notre temps.  Le Président a fermement appuyé les efforts de réforme du Secrétaire général.  Si nous voulons créer un monde plus stable, plus pacifique et plus juste, nous devons adhérer, a dit le Président, au droit international.  Comme je viens d’un pays voisin de la région des Balkans occidentaux, je ne saurais trop souligner l’importance du droit international et des jugements rendus par les tribunaux internationaux, a-t-il ajouté.  Accepter les faits historiques, qu’ils soient douloureux ou pas, est la base de la stabilité et des progrès, a martelé le Président qui, au nom de la stabilité, a appuyé l’adhésion des pays de la région à l’alliance euro-atlantique. 

Insistant sur son attachement aux droits de l’homme, le Chef de l’État a appelé les membres du Conseil de sécurité à ne pas voter contre les résolutions qui cherchent à prévenir ou à mettre fin à des crimes de génocide, contre l’humanité et de guerre.  En tant que Président actuel du Conseil des droits de l’homme, il a dit espérer que les États-Unis, promoteurs traditionnels de ces droits, continueront à les défendre.  Face aux fléaux de la guerre, de l’extrémisme violent et du terrorisme, de l’impunité des parties à un conflit, de la prolifération nucléaire, des crises humanitaires, de la violence sexuelle dans les conflits armés ou encore des migrations irrégulières, nous avons besoin plus que jamais d’un système multilatéral fort qui mette l’accent sur le « faire plus collectivement, en temps voulu et plus efficacement », a conclu le Président qui n’a pas oublié de mentionner les efforts slovènes dans le domaine de la coopération au développement. 

M. EDGAR CHAGWA LUNGU, Président de la Zambie, a regretté que, 73 ans après la création de l’ONU, la structure économique de l’Afrique ait peu évolué, une préoccupation qui a été exprimée à maintes reprises sur la scène régionale et internationale.  Dès lors, la mise en œuvre effective du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et de l’Agenda 2063 présente des opportunités considérables pour revitaliser la croissance africaine et accélérer sa transformation.  Pour réaliser sa propre vision, a dit le Président, la Zambie devra surmonter un certain nombre d’obstacles, à commencer par sa dépendance aux matières premières, dont les prix ont chuté sur le marché international.  La Zambie est donc déterminée à diversifier son économie et à développer les secteurs de l’agriculture, du tourisme et de l’énergie, en mettant en place des cadres politiques propices à l’investissement et à la modernisation des infrastructures.  Pour y parvenir, a toutefois noté M. Lungu, la coopération internationale sera nécessaire.

Des progrès ont déjà été constatés, a assuré le Président, faisant valoir la construction de nouvelles routes et la réhabilitation des anciennes, l’expansion et la construction de centrales hydroélectriques, le développement des énergies renouvelables, notamment le solaire, la remise en état des lignes ferroviaires, et la construction et la modernisation des aéroports.  En outre, des réformes structurelles ont été lancées, en vue d’améliorer la mobilisation des ressources domestiques et d’élargir l’assiette fiscale. 

Revenant à l’ONU, le Chef de l’État a apporté son soutien à la résolution 2378 (2017), relative à la réforme du maintien de la paix, et qui place au premier plan les États Membres s’agissant de la médiation, des accords de cessez-le-feu, de la surveillance et de la mise en œuvre de tous les accords de paix.  Le Président a dit avoir renforcé la participation de son pays aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, en augmentant le nombre de troupes déployées, en particulier les femmes.  Il a réitéré la volonté de son pays de lutter contre la discrimination à l’encontre des femmes et des filles, ce dont témoigne la « Politique d’embauche 50-50 » qui exige des établissements scolaires l’inscription d’un nombre égal de garçons et de filles.  En conclusion, il a souligné l’importance du principe de responsabilité partagée s’agissant de l’accueil des migrants, en fonction des capacités nationales et des ressources disponibles. 

Le Président de la République démocratique du Congo, M. JOSEPH KABILA KABANGE, s’est félicité de ce que la paix se soit consolidée au centre de son pays, le « défi de la sécurité » restant entier dans la région du nord-est, à cause de la persistance des activités terroristes.  Mais M. Kabila s’est dit déterminé à poursuivre son action en faveur de la paix, de la stabilité et de la « sécurisation » du processus électoral.  Il a salué à cet égard les efforts déployés par la classe politique congolaise afin de parvenir à un « consensus global » sur le processus électoral.  Malgré les « défis énormes », notamment dans la constitution du fichier électoral, le Président a réaffirmé le caractère « irréversible » des élections d’ici à la fin de 2018.  « Tout sera mis en œuvre afin de garantir le caractère apaisé et paisible desdits scrutins, gage de la consolidation de la stabilité politique et économique dont la République démocratique du Congo (RDC) a tant besoin pour son émergence », a affirmé le Président congolais. 

M. Kabila Kabange a estimé que l’efficacité des Nations Unies est tributaire de sa capacité à « préserver les idéaux » qui ont permis sa création.  Nous ne saurons faire de l’ONU, une Organisation pour tous, si l’ingérence caractérisée de certains gouvernements est « dangereusement tolérée, sinon banalisée ».  Le Président a en effet dénoncé toute ingérence dans le processus électoral, expliquant par-là la décision de son pays de financer l’entièreté de ses coûts opérationnels.  Il a aussi dénoncé la « diplomatie à géométrie variable » instrumentalisée à outrance par certains pour « affaiblir » des pays qui ont pourtant décidé de se tourner résolument vers le progrès.  Pour sa part, la RDC, « quoique vieille seulement de 58 ans d’âge et d’une quinzaine d’années de démocratie » est fière de partager son expérience tant au Conseil des droits de l’homme que dans d’autres fora régionaux et internationaux, « en toute humilité mais sans complexe », ayant présent à l’esprit que le chemin à parcourir est encore long. 

De même, a-t-il poursuivi, nous ne pouvons faire de l’ONU une Organisation pour tous, tant que la faune et la flore des pays détenteurs des grands massifs forestiers ne serviront que d’ornement » sous le prétexte « bien choisi » de faire office de « poumon de l’humanité, sinon de réparateur des dégâts environnementaux causés par les industries du Nord », sans contreparties « conséquentes » pour les populations locales, compte tenu des engagements maintes fois souscrits mais jamais tenus. 

L’Afrique, a poursuivi le Président Kabila Kabange, souhaite « mieux faire entendre sa voix », grâce à une meilleure représentativité à l’ONU, dont « l’essentiel » des actions la concerne.  Vingt ans après le déploiement des forces onusiennes en RDC et en raison de leurs résultats « largement mitigés », la RDC, a conclu le Président, réitère son exigence de voir le lancement effectif du retrait de la force multilatérale des opérations de maintien de la paix en RDC, il a exigé le début « effectif et substantiel » du retrait des forces onusiennes. 

M. SOORONBAI JEENBEKOV, Président du Kirghizistan, a expliqué qu’après le transfert du pouvoir à l’automne 2017, son pays a connu une période de stabilité politique et sociale.  C’est bien la démocratie parlementaire qui est la mieux indiquée au Kirghizistan, a estimé le Président qui a souligné le caractère « crucial » de la coopération entre les pays d’Asie centrale.  Dans ce contexte, il a appelé à de nouvelles approches pour la gestion régionale de l’eau et de l’énergie.

Sur le plan international, il a conseillé aux pays d’œuvrer de concert contre le terrorisme, le trafic de drogues, la traite des êtres humains, les flux illicites d’armes et le blanchiment d’argent.  « C’est très important pour mon pays qui se trouve au carrefour du trafic de stupéfiants », a-t-il expliqué.  Il a également fait observer que son pays est véritablement victime des changements climatiques, un fléau qui survient après la radioactivité émanant des activités nucléaires de l’époque soviétique.  C’est pourquoi le Kirghizistan organise une manifestation parallèle sur les dangers de l’uranium, le 27 septembre, au Siège de l’ONU. 

M. Jeenbekov a ensuite appelé l’ONU au changement, des changements qui s’appuient sur les principes d’universalité et de représentation géographique équitable, et c’est pour attirer l’attention de la communauté internationale sur les petits États que le Kirghizistan se porte candidat à un siège non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2027-2028, a annoncé le Président, au nom d’un pays qui n’a jamais été membre du Conseil de sécurité et dont la présence renforcerait la confiance et l’égalité de tous les membres, et par conséquent, la crédibilité de l’Organisation. 

Pour M. ADAMA BARROW, Président de la Gambie, aucun pays ne peut relever seul les nombreux défis auxquels est confrontée l’humanité.  Notre salut réside dans le renforcement des institutions multilatérales et de la coopération internationale, a-t-il argué, appelant les États Membres à participer davantage au travail des Nations Unies.  Pour réaliser des progrès dans la lutte contre les changements climatiques et le terrorisme, il faut rétablir la confiance en un ordre international basé sur des règles, a estimé le Président.  Pour sa part, la Gambie a été en mesure de rétablir la démocratie et l’état de droit après « l’impasse politique » de 2016, et ce, avec l’appui de ses partenaires.  Depuis, le pays a tenu des élections législatives et locales, et revu le processus électoral dans son ensemble, a-t-il noté. 

M. Barrow s’est dit « résolu » à poursuivre les réformes institutionnelles et constitutionnelles afin de remettre la Gambie sur la voie de la démocratie et des droits de l’homme.  Alors que les Gambiens ont voté en 2016 pour « prendre en charge leur destinée », il s’est engagé à mettre en œuvre le Plan de développement national 2018-2021, qui vise à « transformer » la Gambie dans les domaines prioritaires des infrastructures, de la production agricole et de l’emploi.  Afin de rendre à la Gambie son avenir, le Président Barrow compte assurer l’autosuffisance alimentaire et la sécurité énergétique de son pays, et en faire une destination à même d’attirer les investissements.  Il a remercié à cet égard les engagements pris par les Nations Unies, l’Union européenne et la Banque mondiale pour soutenir le développement de la Gambie lors d’une rencontre des donateurs qui s’est tenue à Bruxelles. 

Afin de poursuivre la transformation du pays et assurer la mise en œuvre du Plan de développement national, M. Barrow compte aussi faire usage des talents et des ressources de la diaspora gambienne.  Alors que le nombre de jeunes migrants originaires de la Gambie est en baisse, il a considéré que les interventions visant à contenir la migration devraient être accompagnées de mesures incitatives, une question qu’il entend aborder à la Conférence de Marrakech sur le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, prévue en décembre 2018. 

La Gambie, a poursuivi le Président, appuie pleinement la mise en œuvre du Plan des Nations Unies pour le Sahel afin de ramener la paix et la sécurité dans la région.  Il s’est dit encouragé par cette nouvelle stratégie, qui envisage le Sahel comme une terre d’opportunités plutôt que de désespoir.  Il s’est toutefois inquiété de l’état actuel des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, plaidant pour que la mise à disposition des ressources essentielles au bon déroulement des opérations fasse partie des priorités de la réforme proposée par le Secrétaire général. 

Après avoir défendu la candidature de son pays au Conseil des droits de l’homme pour la période de 2020 à 2022, Mme HILDA C. HEINE, Présidente des Îles Marshall, a dit que les petits États peuvent avoir un rôle unique dans le système multilatéral.  Nous constituons le quart des États Membres mais le système des Nations Unies investit-il équitablement en nous? a-t-elle demandé.  Nous aurons du mal à réaliser les objectifs de développement durable si une attention urgente n’est pas accordée à la fois à notre capacité à collecter nos propres données et à les faire accepter par le système international.  Bon nombre de nos principaux indicateurs de développement social stagnent et, même si nous essayons de changer tout cela, nous ne pouvons le faire sans un système international directement axé sur nos caractéristiques uniques, a ajouté la Présidente.  Soutenant les propositions de réforme du Secrétaire général, Mme Heine a dit que cette année est une excellente occasion de faire des « Orientations de Samoa » une véritable occasion de changer le système. 

Le Sommet sur le climat de 2019 sera aussi l’occasion de mettre en œuvre l’Accord de Paris en répondant au besoin urgent d’une action renforcée et d’une véritable ambition d’échelle.  Ce n’est pas seulement une promesse morale mais bien une réalité économique; les marchés de l’énergie montrant déjà la voie vers de meilleurs choix.  Les Îles Marshall quant à elles ont décidé de faire la transition vers l’objectif « zéro émission » d’ici à 2050, a rappelé la Présidente.  En tant que Présidente du Forum sur la vulnérabilité climatique, elle a appelé les dirigeants du monde à participer à un sommet virtuel en ligne, le 22 novembre, pour faire en sorte qu’aucune personne et qu’aucun pays ne soit laissé de côté.  Elle a aussi annoncé que la semaine prochaine, son pays organise le lancement de l’initiative régionale pour un Pacifique sans pêche illicite, non déclarée et non réglementée. 

Première femme Chef d’État de la région, Mme Heine a demandé à l’ONU d’accélérer ses efforts pour assurer que toutes les femmes aient un rôle à jouer dans les processus de décisions à tous les niveaux y compris aux plus hauts niveaux politique, économique et du développement.  Rappelant que 67 essais nucléaires avaient été menés entre 1946 et 1958 dans le Pacifique, la Présidente a indiqué que son gouvernement vient de créer une commission nationale pour travailler avec les communautés locales, les agences régionales et internationales et élaborer une « stratégie de justice nucléaire ». 

M. DANILO MEDINA SÁNCHEZ, Président de la République dominicaine, a rappelé que l’année prochaine, son pays sera pour la première fois, membre non permanent du Conseil de sécurité.  Le respect de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté et de la diversité sera le phare qui guidera notre travail au Conseil, a-t-il promis.  Il est clair qu’un espace traitant de problèmes susceptibles de modifier l’histoire et le destin de millions de personnes n’est pas le lieu pour des solutions faciles et irréalistes, a averti le Président.  Dans ce contexte, notre pays emploiera toujours le Conseil comme un organe de dialogue, de compréhension et de recherche de solutions pacifiques.  Nous serons toujours disposés à faire ce qu’il faut pour trouver un terrain d’entente et soutenir le consensus comme meilleur outil pour la paix et le développement. 

M. Medina Sánchez a ajouté qu’en 70 ans, l’ONU a joué un rôle central dans le maintien d’un monde plus stable et plus sûr.  Toutefois, cette stabilité ne saurait être prise pour acquise.  Nous ne devons pas baisser la garde.  Dans la région de l’Amérique latine et des Caraïbes, 35% de la population appartiennent à ce qu’on appelle la « classe vulnérable », ce qui signifie que tout revers peut les ramener dans la pauvreté.  Sur le plan sécuritaire, il y a des territoires dans les Amériques comme partout dans le monde où vivre pacifiquement et sans peur est une utopie, compte tenu de la criminalité organisée.  Qu’est-ce que nous pouvons faire pour bâtir un monde plus stable? s’est interrogé le Président qui a identifié les principales menaces à la stabilité et à la sécurité mondiales: les changements climatiques, le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée. 

Commençant par les conséquences des catastrophes naturelles, il a dit que son pays s’est fermement engagé à prévenir les conséquences des changements climatiques, en se focalisant sur les actions locales, nationales et internationales.  Au niveau local, c’est là que le travail de construction, de préparation et de sensibilisation doit commencer, que le Gouvernement a le plus de capacité d’action, que la résilience est renforcée, que les communautés qui vivent autour de nos bassins versants les plus importants sont appelées à partir.

Au niveau national, nous travaillons également sans relâche, tant dans nos stratégies de réaction rapide que dans le domaine de la prévention.  Ainsi, par exemple, nous plantons des millions d’arbres sur notre territoire, tout en investissant dans les énergies renouvelables comme jamais auparavant, a annoncé le Président.  Ces mesures soutiennent nos économies mais aussi nous aideront à réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 25% avant 2030.  Cet objectif nous remplit de satisfaction.  Toutefois, la lutte contre les changements climatiques est la tâche de tout le monde et c’est la raison pour laquelle le niveau international est vital.  Il doit être le plus large et le plus généralisé possible.  S’il n’y a pas de volonté politique, la plupart des efforts resteront vains et auront un impact négatif sur tous les gains réalisés aux niveaux local et national. 

M. Medina Sánchez a également souligné l’urgence du financement et de l’opérationnalisation des initiatives telles que le Mécanisme international de Varsovie relatif aux pertes et préjudices liés aux incidences des changements climatiques, qui permettra de compenser la destruction des infrastructures et des écosystèmes, et d’atténuer la vulnérabilité des populations.  Nous jugeons inévitable que les pays qui ont le plus contribué aux émissions des gaz responsables des changements climatiques contribuent proportionnellement à ce Mécanisme, a tranché le Président dominicain estimant que la lutte contre le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée doit aussi être menée aux niveaux local, national et international pour obtenir les meilleurs résultats. 

M. BAKIR IZETBEGOVIĆ, Président de la Bosnie-Herzégovine, s’est attardé sur trois questions qui, a-t-il dit, sont essentielles pour résoudre les problèmes auxquels le monde fait face: le multilatéralisme, le droit international et un ordre international fondé sur des règles.  Qu’il s’agisse de la prévention ou du règlement des conflits, de la sécurité, du développement, des changements climatiques, de la prolifération nucléaire, du terrorisme, des migrations ou des droits de l’homme, aucun pays ne peut y faire face seul.  Il faut des réponses multilatérales fondées sur le dialogue et la coopération entre toutes les nations.  Il faut, a ajouté le Président, faire preuve de responsabilité et respecter les normes internationales agréées. 

Or, a-t-il déploré, nous assistons aujourd’hui à des attaques contre l’ordre international fondé sur des règles et sur les objectifs, les principes et les normes du droit international, avec les menaces que cela suppose sur la paix et la sécurité internationales.  Le Président a cité un champion du multilatéralisme, l’ancien Secrétaire général Kofi Annan: « Plus que jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité, nous partageons le même destin que nous ne pouvons maîtriser que si nous y faisons face ensemble, et c’est la raison pour laquelle nous avons les Nations Unies ».  Nous devons, a martelé le Président, réaffirmer le rôle de l’ONU comme « véritable incarnation du multilatéralisme ».  Le Président a donc fermement appuyé la réforme de l’Organisation pour que « la voix de tous les États Membres soit démocratiquement représentée ». 

Nos réponses aux crises modernes, s’est une nouvelle fois lamenté le Président, sont malheureusement marquées par un mépris à l’égard du droit international, du multilatéralisme et d’un ordre international fondé sur des règles.  Il a cité la Syrie, dont le conflit entre dans sa huitième année ou encore le conflit israélo-palestinien, vieux de plus de 50 ans.  Le Président a conclu en se désolant devant un monde caractérisé par la pauvreté et l’exclusion, le terrorisme et l’extrémisme violent, la prolifération nucléaire.  Il s’est félicité de la vision du Secrétaire général qui veut faire de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix, les priorités des Nations Unies, lesquelles peuvent tirer parti de la pleine mise en œuvre du Programme 2030, a souligné le Président. 

M. FILIPE JACINTO NYUSI, Président du Mozambique, a rendu hommage à la mémoire de l’ancien Secrétaire général M. Koffi Annan, ainsi qu’au Secrétaire général António Guterres pour sa volonté réformatrice.  Fervent soutien du multilatéralisme, il s’est déclaré conscient du rôle de premier plan des Nations Unies dans la résolution pacifique des différends, la conclusion d’accords comme l’Accord de Paris sur les changements climatiques ou encore la protection des droits de l’homme.  Il a en outre souligné le rôle de premier plan joué par les Nations Unies dans le développement durable.

« Les Nations Unies sont un forum où les objectifs communs sont respectés », a-t-il déclaré.  Il a appuyé les efforts du Secrétaire général pour réformer le système des Nations Unies dans le but de répondre aux nouveaux défis qui se présentent.  À cet égard, M. Nyusi a loué la méthode utilisée par le Secrétaire général et appelé de ses vœux une réforme du Conseil de sécurité, sans laquelle sa capacité d’action serait réduite.  « Ces réformes permettront de veiller à ce que les Nations Unies gardent leur pertinence aux yeux de tous. »

Le Mozambique, a poursuivi le Président, s’est engagé à un dialogue constructif pour bâtir une paix durable qui favorise la réconciliation et le développement économique.  « Je me suis personnellement engagé en faveur de la paix », a-t-il souligné, tout en déplorant que son pays continue d’être le terrain de conflits, « car des armes sont vendues illégalement ».  Il a indiqué qu’en juillet 2018, un amendement à la Constitution a introduit une certaine décentralisation qui a permis d’engager le processus de désarmement.  « De nombreux partis politiques vont participer à des élections générales, ce qui prouve que le Mozambique est du côté de la démocratie », s’est-il félicité.  Le Président a saisi l’occasion pour remercier la communauté internationale pour son soutien.  « Nous sommes déterminés à vivre en paix, mais la criminalité organisée trouble la tranquillité dans certains districts ».  Tout en rappelant que le droit le plus fondamental de la personne est le droit à la vie, il a souligné que son pays a besoin d’aide.

En ce qui concerne les changements climatiques, M. Nyusi a rappelé que le Mozambique a adopté une loi sur la biodiversité et entrepris de protéger les énergies naturelles et la gestion durable des écosystèmes.  Il a lancé un appel à la contribution internationale pour renforcer les capacités dans ce domaine.

Selon le Premier Ministre du Japon, M. SHINZO ABE, depuis la Seconde Guerre mondiale, l’existence d’un système économique international libre, ouvert et basé sur les règles a permis au Japon de bénéficier d’une croissance soutenue, et aux citoyens des pays asiatiques d’accéder à la classe moyenne.  Qui donc prendrait sa place si le Japon devait cesser de maintenir et de renforcer ce système, dont il a profité plus que toute autre nation? s’est-il demandé.  C’est là une énorme responsabilité, a estimé le Premier Ministre, ajoutant que le Japon a pour mission de partager les avantages des échanges commerciaux dans le monde. 

Après la signature d’un accord de partenariat avec l’Union européenne et l’engagement du Japon envers l’Organisation mondiale du commerce (OMC), M. Abe s’est dit prêt à déployer tous les efforts nécessaires pour mener à bien les négociations sur le Partenariat économique régional global, en vue de créer une vaste zone de libre-échange en Asie de l’Est.  Décrivant les liens commerciaux qui unissent le Japon et les États-Unis, il a noté que les investissements japonais ont entraîné la création de 856 000 emplois dans ce pays.  Alors que son pays exporte 1,74 million de véhicules aux États-Unis, plus de 3,77 millions de voitures sont assemblées sur le sol américain, a-t-il ajouté, voyant là une situation profitable aux deux pays. 

« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour mettre un terme aux vieilles structures d’après-guerre en Asie du Nord-Est », a déclaré le Premier Ministre japonais.  Il a rappelé sa rencontre récente avec le Président russe, M. Vladimir Putin, afin de résoudre le différend territorial qui oppose les deux pays depuis plus de 70 ans et de conclure un traité de paix.  Après avoir longtemps exhorté la République populaire démocratique de Corée (RPDC) à cesser ses enlèvements et ses essais nucléaires et balistiques, et appuyé les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, le Premier Ministre a dit suivre avec la plus grande attention les changements en cours.  La RPDC se trouve à un carrefour, a relevé M. Abe: elle peut saisir « l’occasion historique » qui lui est offerte, ou l’ignorer.  La volonté du Japon de mettre fin à un « passé malheureux » et de normaliser ses relations avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) ne changera pas, a-t-il martelé, tout en s’engageant à rapatrier les Japonais kidnappés.  Le Premier Ministre Abe s’est dit prêt à rencontrer le Président Kim Jong Un pour discuter de ces questions.  S’agissant de la Chine, il a rappelé qu’il y a prévu une visite le mois prochain, laquelle sera suivie d’une invitation au Président chinois à visiter le Japon. 

Lorsque la « structure de confrontation » en Asie du Nord-Est aura été éliminée, M. Abe a dit vouloir mettre en place un corridor maritime joignant la mer du Japon à l’océan Arctique, une voie appelée à gagner en importance, selon lui.  De même, a-t-il poursuivi, sa stratégie « Indopacifique libre et ouverte » permettra, de concert avec les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, de développer le potentiel commercial sur les océans Indien et Pacifique.  Or, tous ces projets ne pourront être réalisés que dans le cadre d’un système basé sur des règles et sur l’état de droit.  Il s’agit là, a dit le Premier Ministre, de la « noble mission » du Japon. 

« Un vent nouveau soufflera bientôt sur le Japon », a poursuivi M. Abe, alors que, pour la première fois en 200 ans, un empereur est sur le point d’abdiquer.  En juin 2019, le Japon sera l’hôte du Sommet du G20, puis de la Conférence internationale sur le développement de l’Afrique, et des Jeux olympiques, en 2020, à Tokyo.  Le Premier Ministre a noté en concluant que l’absence de progrès dans la réforme du Conseil de sécurité finit par remettre en cause la pertinence des Nations Unies au XXIe siècle. 

M. NIKOL PASHINYAN, Premier Ministre de l’Arménie, s’est réjoui de son accession au poste de Premier Ministre, après une « révolution du velours » sans violence, sans victime et sans désordre.  C’était une « révolution d’amour et de solidarité » qui a mobilisé les populations dans une marche vers la capitale, Erevan.  Le Premier Ministre s’est félicité de la nouvelle culture politique du pays, évoquant par exemple les félicitations adressées par les vainqueurs à tous les candidats malheureux aux dernières élections municipales.  Le pays est maintenant prêt pour des élections législatives, a-t-il relevé en promettant qu’il ne sera pas possible de manipuler le processus électoral ou de saper la confiance des citoyens.  Le Premier Ministre a expliqué que la situation actuelle en Arménie n’est pas juste un changement de gouvernement ou de parti au pouvoir.  Il s’agit plutôt, a-t-il assuré, de l’émergence d’un nouveau système politique et de gouvernance dans lequel le peuple dirige directement les affaires publiques.

Mais, a promis M. Pashinyan, la politique extérieure reste la même.  L’Arménie est toujours disposée à dialoguer de manière constructive avec tous ses partenaires, au nom du multilatéralisme.  La diaspora arménienne est éparpillée dans le monde entier et celle de la Syrie fait face à des menaces existentielles, a fait observer le Premier Ministre.  Il a ajouté que le règlement du conflit du Haut-Karabakh reste un élément crucial de la politique extérieure de l’Arménie.  Toute tentative de résoudre ce conflit par les armes est une menace directe à la sécurité, à la démocratie et aux droits de l’homme, a tranché le Premier Ministre.  Il a promis que l’Arménie restera fidèle aux bons offices des Coprésidents du Groupe de Minsk de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), seul groupe habilité à gérer ce conflit. 

Le Premier Ministre a invité l’Azerbaïdjan à renoncer à ses velléités militaires et à mettre en œuvre les accords existants.  Si l’Azerbaïdjan veut vraiment résoudre ce conflit, il doit commencer par la question du Haut-Karabagh.  Le Premier Ministre a accusé les dirigeants azéris de vouloir « chasser » tous les Arméniens d’un territoire qui ne fait pourtant pas partie de l’Azerbaïdjan, « à moins que l’on ne veuille déclencher un second génocide arménien ».  En ce soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, l’Arménie compte organiser une série de discussions.  « Vivre ensemble » est d’ailleurs le thème du dix-septième Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie qui se tiendra en octobre prochain à Erevan, une ville presque trois fois millénaire.

M. SAAD-EDDINE EL OTHMANI, Premier Ministre du Maroc, a dit qu’il faut trouver des approches innovantes pour faire avancer le multilatéralisme qui connaît une crise conceptuelle.  Il faut, pour ce faire, rendre les organisations internationales plus efficaces et mieux à même de s’adapter aux changements du monde.  Il a invité la communauté internationale à se souvenir de deux moments historiques qui ont permis à l’ONU d’avancer: la première mission de maintien de la paix de l’ONU créée il y a 70 ans, et la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948 qui a ouvert la voie à d’autres instruments importants. 

Le Premier Ministre a estimé que le monde a plus que jamais besoin d’une approche consensuelle pour faire face à des défis comme les changements climatiques ou la question des migrations.  Il a rappelé qu’à la Conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies (COP 22) en 2016 au Maroc, les engagements de l’Accord de Paris avaient été renforcés.  La communauté internationale va une nouvelle fois se retrouver au Maroc, les 10 et 11 décembre prochains, pour adopter le Pacte mondial pour les migrations qui sont, pour le Maroc, une dynamique importante pour le développement des sociétés.   

M. El Othmani a ensuite invité les Nations Unies à relancer le processus politique visant la création d’un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale.  Il a rejeté toute idée de porter atteinte au statut juridique et historique de la vieille ville.  Il a également dénoncé « l’ingérence de certaines puissances dans les affaires intérieures des pays arabes » et demandé à ces puissances de mettre fin à des pratiques contraires au droit international. 

S’agissant du Sahara marocain, « source d’instabilité et obstacle à l’intégration du Maghreb », le Premier Ministre a demandé à l’Algérie de « prendre ses responsabilités politiques et historiques ».  « C’est bien l’Algérie qui a créé cette crise », a-t-il accusé, avant de réitérer le soutien de son pays aux initiatives du Secrétaire général de l’ONU et de son Envoyé personnel.

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