L’Assemblée générale rejette un amendement américain et demande des recommandations sur un « mécanisme de protection international » en faveur des palestiniens

AG/12028
13 juin 2018
Reprise de la dixième session extraordinaire d’urgence, 38e séance plénière – après-midi

L’Assemblée générale rejette un amendement américain et demande des recommandations sur un « mécanisme de protection international » en faveur des palestiniens

 

Au cours de sa dixième session extraordinaire d’urgence qu’elle a reprise aujourd’hui, l’Assemblée générale a adopté, sous les applaudissements et après le rejet d’un amendement américain, une résolution dans laquelle elle prie le Secrétaire général de lui faire des recommandations sur un mécanisme de protection international en faveur des civils palestiniens.

Adoptée par 120 voix pour, 48 abstentions et 8 voix contre -Australie, États-Unis, Îles Marshall, Îles Salomon, Israël, Micronésie, Nauru et Togo-, la résolution prie le Secrétaire général de présenter des propositions sur les moyens de garantir la sécurité, la protection et le bien-être de la population civile palestinienne se trouvant sous occupation israélienne et « en particulier », des recommandations relatives à un mécanisme de protection international.  Dans ce texte, l’Assemblée générale se félicite aussi de l’engagement pris par le Secrétaire général et le Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient de participer à une action visant à désamorcer immédiatement la situation entre Israéliens et Palestiniens.

L’Assemblée exige que des mesures soient prises d’urgence pour garantir l’instauration immédiate d’un cessez-le-feu durable et pleinement respecté et demande aux parties et à la communauté internationale de redoubler d’efforts afin d’instaurer les conditions nécessaires au lancement de négociations crédibles sur toutes les questions relatives au statut final, en vue de parvenir à une paix juste, globale et durable, fondée sur l’ambition d’une région où deux États démocratiques, Israël et la Palestine, vivent côte à côte, en paix, à l’intérieur de frontières sûres et reconnues.

En attendant, l’Assemblée exige d’Israël, Puissance occupante, qu’il s’abstienne d’un recours excessif, disproportionné et indiscriminé à la force contre les civils palestiniens dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et tout particulièrement dans la bande de Gaza. 

L’Assemblée déplore également « les tirs de roquettes qui ont été effectués depuis la bande de Gaza contre des zones civiles israéliennes ».  Ce libellé n’a pas satisfait les États-Unis qui ont présenté un amendement condamnant nommément le Hamas, ses tirs, ses incitations à la violence et le détournement des ressources pour construire des infrastructures militaires.  Avant la mise aux voix de l’amendement, l’Algérie, appuyée par le Bangladesh et Cuba, a invoqué l’article 74 du règlement intérieur pour demander que l’Assemblée générale ne se prononce pas sur la proposition américaine.  « Comble de l’hypocrisie », « De quoi avez-vous peur? » ont rétorqué les États-Unis, soutenus par le Canada.  La motion algérienne a été rejetée par 78 voix contre, 59 voix pour et 26 abstentions.

Mis aux voix, l’amendement des États-Unis a recueilli 62 voix pour, 58 voix contre et 42 abstentions.  Le problème, comme l’a rappelé le Président de l’Assemblée, est que l’article 84 du règlement intérieur exige la majorité des deux tiers des membres « présents et votants.  L’appel des États-Unis, qui insistaient sur la majorité simple, a été à son tour soumis au vote, en vertu de l’article 71, et rejeté par 73 voix contre, 66 voix pour et 26 abstentions.

« Vous vous rendez complices d’une organisation terroriste, vous donnez au Hamas davantage de pouvoir », a prévenu Israël.  « Lorsque le Hamas lance des roquettes, est-ce que c’est pacifique?  Le Hamas a déclenché plus de 400 incendies en Israël.  Soutenez-vous les kamikazes?  Comment réagiriez-vous si 40 000 rebelles essayaient de franchir vos frontières? ».  L’Observateur de l’État de Palestine a dénoncé « la mauvaise foi » des tenants d’un amendement qui aurait déséquilibré « radicalement » la résolution et éloigné l’Assemblée de l’objectif « essentiel » de protéger les civils et d’appeler au respect du droit international humanitaire.

Notre décision de saisir l’Assemblée, a expliqué l’Observateur palestinien, découle directement de l’échec du Conseil de sécurité à agir, en raison du veto qu’un membre permanent a opposé le 1er juin dernier au projet de résolution présenté par le Koweït et appuyé par la majorité des États, pour envisager des mesures propres à garantir une protection. 

Maintenant que l’occupation s’intensifie dans sa brutalité et que l’impasse politique persiste « dangereusement », la nécessité de protéger notre peuple demeure « urgente et justifiée », a-t-il insisté.  L’Observateur a vu dans la résolution un effort « modeste mais responsable », compte tenu de la gravité de la situation, de la nature profonde de la crise et du cauchemar que vivent les Palestiniens depuis 70 ans. 

« La résolution ne protège ni les Palestiniens ni les Israéliens innocents », a contré Israël, arguant qu’Israël est une démocratie qui se défend et le Hamas, une organisation terroriste qui attaque les Israéliens et les Palestiniens ».  À ceux qui ont voté pour la résolution, il a lancé: « vous êtes les munitions des armes du Hamas, les ogives des missiles du Hamas ».  Israël a tout simplement décelé de « l’antisémitisme » dans le fait que la crise en Syrie n’ait jamais déclenché une session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée générale et que le seul pays « confronté ici, comme au Conseil des droits de l’homme, à un système de deux poids, deux mesures, c’est l’État d’Israël ». 

REPRISE DE LA DIXIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE D’URGENCE SUR LES MESURES ILLÉGALES PRISES PAR LES AUTORITÉS ISRAÉLIENNES À JÉRUSALEM-EST OCCUPÉE AINSI QUE DANS LE RESTE DU TERRITOIRE 

M. SABRI BOUKADOUM (Algérie) a présenté le projet de résolution et souligné que la situation en Palestine est une menace à la paix et à la sécurité internationales. Le bilan des événements à Gaza est « dramatique »; les femmes, les enfants et les infirmières n’étant pas épargnés.  Il a rappelé la mort d’une infirmière palestinienne bénévole lors d’une des manifestations, qui s’inscrivent dans le cadre de la « Grande marche du retour ».  Cette infirmière, qui ne faisait que défendre son pays, avait déclaré que « la voix de la Palestine, c’est la voix de la raison ».  Israël, a accusé le représentant, a abdiqué ses responsabilités de Puissance occupante et méprise le droit international.  Il a conclu en exhortant la communauté internationale à protéger la population palestinienne puisque le Conseil de sécurité n’assume pas ses responsabilités.

Présentant son projet d’amendement (A/ES-10/L.24), Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) a déclaré que de nombreux événements dramatiques se produisent tous les jours dans le monde.  Plus de 150 Nicaraguayens ont trouvé la mort ces deux derniers mois dans des manifestations contre leur Gouvernement et pourtant on ne parle pas du Nicaragua, pas plus qu’on ne parle pas des manifestations en Iran, au Yémen ou au Myanmar.  L’Assemblée générale, a-t-elle estimé, perd « un temps précieux » à se focaliser sur Gaza, parce qu’attaquer Israël est le « passe-temps favori » de certains pays.  Le projet de résolution, qui ne mentionne pas le Hamas, est « partial ».  Il nous éloigne de la paix, il incite à la haine et il sacrifie toute honnêteté à cause de considérations partisanes.  Aucune partie n’est irréprochable dans ce qui se passe à Gaza, a concédé la représentante, mais on ne peut faire endosser la responsabilité à une seule d’entre elles.  Elle a accusé le Hamas d’être responsable de la situation économique désastreuse à Gaza, de tirer des roquettes sur Israël, d’utiliser des boucliers humains et de refuser de s’unir à l’Autorité palestinienne.

Pour autant, a-t-elle relevé, la résolution ne mentionne pas le Hamas.  Mme Haley a donc expliqué que son amendement reflète un « minimum de vérité sur ce qui se passe à Gaza ».  Quel élément de notre amendement pose problème? a-t-elle lancé aux délégations.  Voter sur l’amendement, c’est un moyen de voir qui est en faveur de la réconciliation et qui est lié par des considérations partisanes.

M. RIYAD H. MANSOUR, Observateur permanent de l’État de Palestine, a expliqué que la décision de sa délégation de saisir l’Assemblée générale découle directement de l’échec du Conseil de sécurité à agir, en raison du veto qu’un membre permanent a opposé le 1er juin dernier au projet de résolution présenté par le Koweït et appuyé par la majorité des États, pour envisager des mesures propres à garantir la sûreté, le bien-être et la protection de la population civile palestinienne sous occupation.  Après ce « vote regrettable », a poursuivi l’Observateur, nous avons marqué dans la tristesse, la semaine dernière, le cinquante et unième anniversaire de l’occupation israélienne et nous nous sommes souvenus, une nouvelle fois, des décennies d’échec à mettre fin à cette occupation, à réaliser les droits inaliénables du peuple palestinien, y compris son droit à l’autodétermination et à la liberté, à établir une paix juste fondée sur le consensus bien établi et consacré dans les résolutions pertinentes des Nations Unies.

L’occupation militaire, illégale et agressive est la première source et la cause sous-jacente des crises récurrentes et émergentes, a souligné l’Observateur.  C’est dans le contexte frappant de nos appels incessants à une aide et à une intervention, a-t-il ajouté.  Maintenant que l’occupation s’intensifie dans sa brutalité et que l’impasse politique persiste « dangereusement », la nécessité de protéger notre peuple sous occupation demeure urgente et justifiée, a-t-il insisté.  Il est vrai, a-t-il avoué, que nous aurions clairement préféré que le Conseil de sécurité assume ses responsabilités mais l’impact négatif de son action n’a fait qu’aggraver l’impunité d’Israël, multipliant les risques pour les vies palestiniennes.  Nous avons donc été obligés, s’est résigné l’Observateur, de poursuivre nos efforts au sein du système des Nations Unies pour assurer la protection de notre peuple.  Nous ne nous tairons pas, a-t-il prévenu, devant les crimes les plus violents et les violations des droits de l’homme commis systématiquement contre notre peuple.

L’Observateur a détaillé ces crimes, citant le meurtre de 129 Palestiniens et les plus de 13 600 blessés, les punitions collectives infligées aux 2 millions de Gazaouis et les colonies de peuplement « destructives » en Cisjordanie.  C’est notre devoir, a-t-il dit, de traiter de tous les aspects de la crise et de ses graves injustices, puisque nous avons toujours voulu y parvenir par tous les moyens pacifiques et légaux.  L’Observateur a donc demandé « la précieuse solidarité et l’appui » des États Membres. 

Le projet de résolution, a-t-il expliqué, vise à désamorcer une situation volatile, à mettre fin à la violence contre les civils et à promouvoir l’examen de mesures de protection en faveur des civils palestiniens.  Le texte est ancré dans le droit international et les résolutions des Nations Unies.  Il traite des dimensions pertinentes de la crise actuelle.  C’est un projet de résolution équilibré et élaboré après des négociations élargies.  L’Observateur a donc dénoncé « la mauvaise foi » de ceux qui veulent insérer un amendement qui déséquilibrerait radicalement le texte et éloignerait l’Assemblée de l’objectif essentiel qui est de protéger les civils et d’appeler au respect du droit international humanitaire. 

L’Observateur a exhorté les délégations à rejeter toute politisation de cette « question grave ».  La réalité, a-t-il dit, est que le projet de résolution est un effort « modeste mais responsable », compte tenu de la gravité de la situation, de la nature profonde de la crise de protection et du cauchemar que vivent les Palestiniens depuis 70 ans.  Tout doit être fait, a conclu l’Observateur, pour respecter « l’obligation collective » de protéger les civils en toutes circonstances, y compris les Palestiniens, et d’empêcher une autre déstabilisation et pour sauver les perspectives de paix à laquelle les Palestiniens sont attachés et sur laquelle ils n’ont encore perdu tout espoir. 

M. FERIDUN HADI SINIRLIOĞLU (Turquie) a expliqué que sa délégation a réclamé la tenue de cette session extraordinaire après l’échec du Conseil de sécurité à adopter une résolution appelant à la protection des civils palestiniens.  Il a indiqué que le projet de résolution dont est saisie l’Assemblée générale, et dont la Turquie est coauteur, engage les États Membres à alléger les souffrances humaines, appuie la désescalade et veut prévenir d’autres actes de violence.  Ce projet de résolution ne prend pas parti et ne cherche à cibler personne, a-t-il souligné.

Il s’agit, a-t-il poursuivi, de prendre position en faveur d’un processus de paix crédible et de maintenir en vie l’espoir d’une coexistence pacifique.  Il est plus que temps, a-t-il souligné, que l’Assemblée générale rétablisse la crédibilité de l’ONU, en montrant que la question de Palestine est « plus que des mots ».  Le représentant a affirmé que les États Membres ont le devoir commun de prévenir toute autre érosion du droit international.  Nous devons, a-t-il dit, démontrer que nous sommes unis dans le respect des principes du droit international et de l’esprit et de la lettre de la Charte de l’ONU.

Le délégué a précisé que le texte appelle le Secrétaire général à soumettre un rapport contenant ses propositions sur la création d’un mécanisme international de protection pour prévenir et dissuader les attaques contre les civils palestiniens.  Ce n’est là qu’un modeste pas dans la bonne direction après des semaines de violence et des pertes importantes en vies humaines, a souligné le représentant pour qui l’appel à l’action de l’ONU, c’est choisir de faire triompher le multilatéralisme sur l’unilatéralisme.  Les décisions unilatérales n’apporteront pas la paix, seule une solution juste, complète et négociée le fera, a-t-il ajouté.

Il a noté qu’« un pays » a présenté un amendement « afin de semer la confusion parmi les États Membres » et a appelé les délégations à ne pas l’appuyer.  L’échec du Conseil de sécurité est la raison même de notre présence ici, a-t-il tonné.  Avec ce vote, nous devons tous nous placer du bon côté de l’histoire.  Nous devons nous prononcer en faveur de la paix et de la dignité pour tous, a conclu le représentant.

« Je suis ici pour défendre nos droits fondamentaux, le droit accordé à tous les peuples du monde de défendre ses citoyens », a déclaré M. DANNY BEN YOSEF DANON (Israël).  La résolution ne protège ni les Palestiniens ni les Israéliens innocents, elle ne condamne pas le Hamas.  « Si vous appuyez cette résolution, vous vous rendez complices d’une organisation terroriste, vous donnez au Hamas davantage de pouvoir. »   Le représentant a relevé que le texte a été présenté par l’Algérie et la Turquie, « qui ne sont pas précisément des champions des droits de l’homme ». 

Nous avons beaucoup entendu parler de « la Grande marche du retour » mais les manifestants n’avaient pas l’intention de défendre Gaza et la Judée, a dit avoir constaté le représentant.  « Ils veulent nous prendre notre État. »  Il s’agit en fait, a-t-il dit comprendre, d’une attaque violente du Hamas contre Israël.  Lorsque le Hamas lance des roquettes, est-ce que c’est pacifique?  Le Hamas a déclenché plus de 400 incendies en Israël.  Soutenez-vous les kamikazes? Comment réagiriez-vous si 40 000 rebelles essayaient de franchir vos frontières? Le monde aurait à compter de nombreuses victimes des deux côtés. 

Le Hamas, a poursuivi le représentant, est reconnu par plusieurs pays comme une organisation terroriste.  Or le seul pays qui est confronté ici, comme au Conseil des droits de l’homme, à un système de deux poids, deux mesures, c’est l’État d’Israël, s’est indigné le représentant.  C’est là une utilisation « abusive » du cadre des Nations Unies.  Par comparaison, la crise en Syrie n’a jamais déclenché la convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée générale.  « Il s’agit tout simplement d’antisémitisme », a-t-il accusé. 

Israël, a-t-il affirmé, a redoublé d’efforts pour améliorer la situation humanitaire à Gaza.  C’est le Hamas qui détruit les points de passage et s’approprie l’aide humanitaire, a-t-il dénoncé.  Les gestes humanitaires doivent pourtant aller dans les deux sens.  Malheureusement, le Président palestinien lui-même a refusé de verser le salaire des employés du Gouvernement à Gaza, faisant « machine arrière ». 

« Israël est une démocratie qui se défend; le Hamas est une organisation terroriste qui attaque les Israéliens et les Palestiniens », a tranché le représentant.  « Vous êtes les munitions des armes du Hamas, les ogives des missiles du Hamas », a-t-il lancé.  « Un vote en faveur de cette résolution est un vote en faveur du Hamas. »  

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh), Président du Groupe de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) auprès des Nations Unies, a exprimé sa profonde préoccupation face à la gravité de la situation que viennent de vivre les civils palestiniens, à cause des politiques et pratiques « illégales et répressives » d’Israël.  Il a condamné un usage de la force « délibéré, systématique et illégal » contre des civils, rappelant que 129 Palestiniens avaient trouvé la mort, dont 16 enfants et plus de 13 600 civils avaient été blessés.

Par conséquent, l’OCI demande que des mesures soient prises, sur la base du droit international, y compris le droit international humanitaire et les droits de l’homme, pour garantir une protection internationale « absolument nécessaire » au peuple palestinien.  Pour l’OCI, le silence face aux violations du droit international et le non-respect des résolutions pertinentes de l’ONU par Israël sont « inexcusables ».  « Nous devons agir maintenant pour soulager les souffrances du peuple palestinien et mettre un terme à cette occupation illégale et à cette injustice historique », a demandé le représentant.

L’OCI regrette aussi l’incapacité que vient d’afficher le Conseil de sécurité d’agir face à ce problème pressant, à cause du veto de l’un de ses membres permanents.  Un tel résultat a non seulement sapé les efforts sérieux pour faire face à cette crise d’une manière qui aurait permis la désescalade des tensions et la protection des Palestiniens sans défense, mais cela a également encouragé Israël à poursuivre son agression en toute impunité, s’est indigné le représentant.

À la lumière de ces derniers développements, le Conseil des ministres des affaires étrangères de l’OCI et les membres du Groupe arabe se sont engagés dans cette initiative conjointe, avec le soutien d’autres pays, et ont parrainé le projet de résolution présenté aujourd’hui à l’Assemblée générale, a expliqué M. Bin Momen avant de demander aux délégations présentes de le soutenir.  En priant le Secrétaire général d’agir, ce projet « est une initiative sérieuse », même s’il ne s’agit que d’un premier pas, pour assurer la protection nécessaire des civils palestiniens dans le territoire occupé, y compris à Jérusalem-Est, a-t-il ajouté.

Pour M. SAMUEL MONCADA (Venezuela), qui s’exprimait au nom du Mouvement des pays non alignés, la situation dans le territoire occupé palestinien est plus que critique.  Il a accusé la Puissante occupante d’avoir intensifié les violences et les tensions, surtout à Gaza.  Face à ces violences, le Mouvement exige des mesures pour assurer la protection des civils palestiniens et répondre à la crise humanitaire qui découle, selon lui, du blocus israélien, un blocus qui « doit être levé sans plus attendre ». 

Rappelant les développements récents sur le terrain depuis le 30 mars 2018, et plus spécifiquement les 125 Palestiniens tués lors de la mobilisation pacifique de la « Grande marche du retour », le représentant s’est dit profondément préoccupé qu’Israël n’ait pas été tenu pour responsable de ces violences.  Cela entretient, selon lui, la culture de l’impunité et déstabilise la situation sur le terrain, tout en compromettant les perspectives de paix.  « Israël doit respecter ses obligations et ses responsabilités en vertu du droit international », a exigé le représentant avant de rappeler à la communauté internationale qu’elle avait la responsabilité de protéger les civils palestiniens dans la bande de Gaza et dans tout le territoire occupé, y compris à Jérusalem-Est.

Le Mouvement, a-t-il poursuivi, tient à exprimer aujourd’hui ses profonds regrets face au veto que la délégation américaine a opposé au projet de résolution soumis par le Koweït au Conseil de sécurité dont le but était de répondre à la récente escalade des violences et à l’urgence d’assurer la protection de la population civile palestinienne.  Cette incapacité du Conseil de sécurité de remplir son mandat dans cette question pressante n’est due qu’à la primauté des intérêts particuliers de l’un de ses membres permanents.

Dès lors, a dit le représentant, le Mouvement lance aujourd’hui un appel aux États Membres de l’Assemblée générale pour qu’ils soutiennent la résolution présentée par le Groupe arabe et l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), un texte qui est « en phase avec les responsabilités de la communauté internationale en vertu de la Charte des Nations Unies, du droit international, y compris le droit international humanitaire et les droits de l’homme, des résolutions pertinentes et de l’obligation collective d’assurer la protection des civils ».  Avant de conclure, il a tenu à réaffirmer la pertinence des résolutions du Conseil de sécurité sur la question de Palestine, y compris pour ce qui est du statut de Jérusalem, en précisant que ces textes sont juridiquement contraignants pour tous les États Membres des Nations Unies et doivent, par conséquent, être pleinement mis en œuvre.

Mme JOANNE ADAMSON, de l’Union européenne, s’est dite préoccupée par l’escalade de la violence à Gaza, qui a causé la mort de nombreux Palestiniens.  Elle a souligné la nécessité urgente d’un règlement politique, conduisant à la solution des deux États.  « Tous les efforts crédibles pour relancer le processus de paix doivent être appuyés », a-t-elle insisté avant d’exhorter Israël à respecter le droit de manifester pacifiquement et à éviter les mesures disproportionnées pour protéger ses intérêts sécuritaires légitimes.  Les forces israéliennes doivent s’abstenir de tout recours excessif à la force contre des civils non armés, a-t-elle dit.  La force létale ne peut être utilisée qu’en dernier recours pour protéger la vie.  « Le recours à la force doit être proportionné en toutes circonstances », a insisté la représentante.  Elle a souligné la responsabilité de ceux qui dirigent ces manifestations, y compris le Hamas, les appelant à éviter toute provocation et toute violence.  L’Union européenne, a-t-elle rappelé, condamne les tirs de roquettes de la bande de Gaza vers Israël et continuera de respecter le consensus international sur Jérusalem, y compris pour les représentations diplomatiques.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a précisé qu’il s’agit ici non pas d’un conflit mais d’une situation d’occupation illégale, où les deux parties ne sont pas à égalité. « Autrement dit, Israël est un État qui oppresse et la Palestine est le peuple opprimé. »  On ne peut ignorer la réalité historique, a-t-il ajouté.  L’une des parties est responsable des maux de l’autre, dont la construction de colonies illégales, le refus de laisser plus de six millions de réfugiés rentrer chez eux, l’arrestation de centaines d’enfants palestiniens et le blocus aérien et maritime de Gaza. 

Pendant son mandat au Conseil de sécurité, la Bolivie a constaté que cet organe avait échoué à résoudre la situation du peuple palestinien.  « Israël a en réalité un droit de veto dans la main d’un membre permanent du Conseil de sécurité », a ironisé le représentant.  Le rôle des États-Unis en faveur des États injustes n’est pas une nouveauté, a-t-il ajouté.  Le représentant s’est associé à tous les efforts internationaux pour parvenir à une solution pacifique de la crise.  Il s’est dit convaincu que la seule solution à long terme est celle des deux États, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale.  

Le débat d’aujourd’hui est « urgent et opportun », a jugé M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud).  Que le Conseil de sécurité ait, une fois de plus, échoué à agir face à l’escalade de la violence à Gaza, est inacceptable.  Par conséquent, a-t-il déclaré, l’Assemblée générale doit maintenant assumer l’obligation morale et légale de protéger la population en Palestine et dans le territoire occupé et prendre des mesures urgentes afin de remédier à la situation.  « Il est impératif que l’Assemblée vote en faveur du projet de résolution », a-t-il insisté.  Ce texte, a rappelé le représentant, se fonde sur le droit international, y compris le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme, et sur les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale.  Il contient des références à la protection des civils, y compris les enfants dans les conflits armés, le personnel humanitaire et les journalistes. 

Le représentant a pleinement appuyé la demande faite au Secrétaire général de réfléchir aux moyens de garantir la protection de la population, et de faire des recommandations relatives à un mécanisme de protection international.  Il est clair, a-t-il conclu, qu’il n’y aura ni paix ni sécurité au Moyen-Orient sans paix entre Israël et la Palestine.  Il a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle appuie l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). 

Mgr BERNARDITO CLEOPAS AUZA, Observateur permanent du Saint-Siège, s’est fait l’écho de l’inquiétude du pape François concernant « l’escalade des tensions dans la Terre sainte et au Moyen-Orient », sa grande douleur pour les victimes et les blessés et sa proximité avec tous ceux qui souffrent.  Il a rappelé que la quatrième Convention de Genève met la protection des civils au cœur du droit international humanitaire.  Les Protocoles additionnels de 1977 améliorent sensiblement la protection juridique des civils et des blessés, a ajouté le prélat.  En conséquence, il est dès lors impératif d’éviter de prendre les civils et les infrastructures civiles pour cibles, dans une tactique de guerre.  Il faut aussi éviter toute politisation et toute militarisation de l’aide humanitaire.

Le Saint-Siège renouvelle donc une fois encore son « appel au courage de dire oui à se rencontrer et non au conflit: oui au dialogue et non à la violence; oui aux négociations et non aux hostilités, oui au respect des accords et non aux actes de provocation, oui à la sincérité et non à la duplicité.  Tout cela nécessite du courage, de la fermeté et de la ténacité. »  Le délégué a aussi répété son appel pour que « la sagesse et la prudence prévalent afin d’éviter de nouveaux éléments de tension dans un panorama global déjà bouleversé et marqué par de nombreux conflits cruels ».  Il a enfin réitéré « l’obligation de toutes les nations de respecter le statut historique de la Ville sainte conformément aux résolutions des Nations Unies et le fait qu’uniquement, un statut internationalement garanti peut préserver son caractère unique et garantir un dialogue de paix et la réconciliation ».

Adoption du projet de résolution sur Protection de la population civile palestinienne (A/ES-10/L.23)

Ayant voté en faveur de la résolution, le représentant de la Suisse a jugé vital que l’Assemblée générale appuie la protection des civils mais n’a pas manqué de condamner les attaques indiscriminées du Hamas.  Nous aurions souhaité, a-t-il avoué, un texte qui aurait clairement reflété la complexité de la situation sur le terrain. 

Également en faveur de la résolution, son homologue de la Norvège a rappelé l’engagement de longue date de son pays à parvenir à la solution négociée des deux États.  Selon elle, la résolution condamne dûment tous les actes de violence perpétrés contre des civils, y compris les actes de terrorisme, dont les tirs de roquettes à partir de Gaza.  Le Hamas et d’autres groupes rebelles ne sont malheureusement pas cités nommément, a-t-elle cependant relevé, en soulignant le droit légitime d’Israël de défendre son territoire.  Mais, a-t-elle concédé, « les lacunes du texte ne suffisent pas à étouffer le message constructif qu’il porte ».

Après avoir voté contre la résolution, la représentante de l’Australie s’est certes dite préoccupée par la situation humanitaire à Gaza et a souligné le droit à manifester pacifiquement mais a jugé « illégaux » les tirs de roquettes depuis Gaza.  Le rôle du Hamas n’est pas évoqué dans le texte et le rejet de l’amendement américain reflète « l’approche partisane » de cette question, a-t-elle dénoncé. 

La déléguée de la République tchèque s’est aussi déclarée tout à fait favorable à l’amendement des États-Unis.  Elle s’est donc abstenue sur la résolution car « elle ne contribue pas à la désescalade impérative de la situation sur le terrain » et contient un message « déséquilibré » qui n’évoque pas le rôle du Hamas.

La communauté internationale doit continuer de présenter un front uni pour défendre les droits des Palestiniens, a en revanche fait valoir le représentant de l’Iran, qui a voté pour la résolution.  L’occupation israélienne est au cœur des crises au Moyen-Orient, a-t-il rappelé. Israël doit être contraint de respecter ses obligations, a insisté le représentant, en accusant les États-Unis d’appuyer toutes les actions de ce dernier.

Vivement préoccupé par le grand nombre de victimes à Gaza, le représentant de la Nouvelle-Zélande a voté pour la résolution, même s’il s’est dit « déçu » qu’elle ne condamne pas explicitement le Hamas.

S’il s’est abstenu, le représentant du Mexique a tenu à souligner l’importance qu’il y a à assurer la protection de la population civile palestinienne. 

S’étant elle aussi abstenue, la représentante du Royaume-Uni a expliqué n’avoir pas été en mesure de voter en faveur du texte qui lui semble déséquilibré car il ne condamne pas le Hamas.

Le représentant de l’Argentine a partagé les préoccupations de la communauté internationale face à l’escalade des violences au Moyen-Orient et jugé indispensable que le droit international soit respecté.  C’est pourquoi, a-t-il expliqué, « notre abstention ne doit pas être interprétée comme une condamnation ».   Au contraire, il a réitéré que toute attaque contre des civils innocents est condamnable, quelle que soit la partie responsable.  Ainsi, la condamnation des tirs à partir de Gaza n’est-elle pas suffisamment énergique? 

À son tour, le représentant du Guatemala, respectant le droit humanitaire dans toutes les circonstances, notamment face à l’intensification des violences, a néanmoins considéré que « la résolution n’abonde pas dans le sens d’une solution globale à la crise » et s’est donc abstenu.

De même, le représentant du Canada a expliqué s’être abstenu car, même si elle intervient à un moment critique, la résolution, a-t-il dit craindre, est « inadéquate » car elle n’appelle pas explicitement le Hamas à cesser ses activités contre Israël et ne reflète pas fidèlement la situation sur le terrain.

Ayant voté pour la résolution, la déléguée de l’Islande a appelé les parties à faire preuve de retenue.  Israël a le droit de se défendre mais il doit le faire de manière proportionnée, a-t-elle dit.  Elle a souligné que les manifestations doivent rester pacifiques, avant de regretter que la résolution n’ait pas été « plus équilibrée ».

Son homologue de Singapour, qui s’est abstenu, a aussi jugé que la résolution ne reflète pas la situation sur le terrain.  Il a appelé à la retenue et exhorté les parties à l’accalmie. 

 

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