L’Assemblée commémore la Journée contre la discrimination raciale avec des appels à tenir tête à la « vision toxique » de la supériorité raciale

AG/12003
20 mars 2018
Soixante-douzième session, 79e séance plénière – après-midi

L’Assemblée commémore la Journée contre la discrimination raciale avec des appels à tenir tête à la « vision toxique » de la supériorité raciale

Cent bougies pour Nelson Mandela et 70 pour la Déclaration universelle des droits de l’homme.  La Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale a été commémorée cette année dans un contexte inhabituel.  Malgré les progrès enregistrés depuis la naissance de l’« icône mondiale » et la consécration de l’égalité de tous en droits, le monde se retrouve en butte à l’aggravation de la xénophobie, du racisme et de l’intolérance, y compris de l’antisémitisme et de la haine antimusulmane, sans oublier la multiplication des partis néonazis et d’extrême droite. 

Le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a lancé un appel au courage pour que l’on tienne tête aux propagateurs de la « vision toxique » de la supériorité raciale, « surtout lorsqu’ils la formulent sous le couvert d’un langage aseptisé pour dénigrer les migrants et les étrangers ».  « Un climat toxique créé par une rhétorique incendiaire de haine raciste, toléré par les dirigeants politiques au plus haut niveau ».  C’est ce qu’a dénoncé, à son tour, un membre du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale.  Mme Gay McDougall s’est emportée contre ceux qui « ont ouvert les vannes » aux expressions décomplexées.

Aujourd’hui, a renchéri le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Zeid Ra’ad Zeid Al Hussein, la xénophobie et la discrimination raciale, fondées sur l’origine raciale, ethnique, nationale ou religieuse sont promues à des fins politiques et atteignent des niveaux « profondément préoccupants ».  L’égalité entre les hommes est remise en cause.  Les discours explicites de haine et les idéologies suprématistes ont quitté la marge pour intégrer le discours majoritaire, a ajouté la Rapporteure spéciale sur les formes contemporaines de racisme, Mme E. Tendayi Achiume.

« Il n’y a pas de race supérieure.  Il n’y a pas de religion supérieure.  Il n’y a pas de culture supérieure », s’est écrié Israël, au nom des États d’Europe occidentale et autres États, qui a rappelé que l’Holocauste a été un acte sans précédent de discrimination raciale.  Israël a prôné un travail avec la société civile pour surveiller les situations et alerter les gouvernements et les communautés des cas de racisme et de discrimination raciale. 

La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale est entrée en vigueur il y a près de 50 ans.  Elle a été suivie de la Déclaration et du Plan d’action de Durban, et du Programme de développement durable à l’horizon 2030 dont l’une des bases est la non-discrimination, a rappelé le Vice-Président de l’Assemblée générale.  Nous devons, a encouragé M. Odo Tevi, concrétiser ces textes et défendre ce jeune homme ignoré à un entretien d’embauche à cause de la couleur de sa peau, cette fille exclue de la société ou qui souffre de la violence à cause de sa race.  Le mépris des gens à cause de la race ne se fait pas en silos.  Il affecte tous les aspects de nos vies : du développement à la paix, en passant par les droits de l’homme pour tous, a-t-il souligné. 

Le Nigéria a soutenu la création d’un forum permanent des personnes d’ascendance africaine pour appuyer les efforts mondiaux contre la discrimination raciale.  Toutes les sociétés doivent s’impliquer dans cette lutte car « pour moi, l’indifférence, c’est l’incarnation du diable », a conclu Israël, en citant le prix Nobel de la paix, Elie Wiesel.

Instaurée en 1966, la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale est commémorée chaque année le 21 mars, en souvenir des 69 manifestants pacifiques et non armés assassinés par la police sud-africaine en 1960, à Sharpeville, en Afrique du Sud.

ÉLIMINATION DU RACISME, DE LA DISCRIMINATION RACIALE, DE LA XÉNOPHOBIE ET DE L’INTOLÉRANCE QUI Y EST ASSOCIÉE

Réunion commémorative à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

Déclarations

L’origine de cette Journée nous rappelle combien nous venons de loin, a déclaré le Vice-Président de l’Assemblée générale, M. ODO TEVI.  Les lois de l’apartheid sont reléguées dans le passé mais malheureusement le monde est encore confronté à des lois, politiques et pensées racistes.  L’héritage du génocide, de l’esclavage et des atrocités commises au nom d’une race nous hantent.  Mais nous avons l’occasion, ici, de renouveler notre engagement à mettre fin une fois pour toutes à la discrimination raciale.

Notre commémoration, a poursuivi le Vice-Président, est particulièrement poignante cette année, parce qu’elle marque le centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela dont les principes ont été la tolérance, l’inclusion, l’unité et le respect de la diversité.  Cette année marque aussi le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et ses principes de dignité et de valeurs humaines, d’égalité et de non-discrimination.

La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale est entrée en vigueur il y a près de 50 ans.  Elle a été suivie de la Déclaration et du Plan d’action de Durban, et du Programme de développement durable à l’horizon 2030 dont l’une des bases est la non-discrimination.  Mais nous devons, a encouragé le Vice-Président, concrétiser ces textes et défendre ce jeune homme ignoré à un entretien d’embauche à cause de la couleur de sa peau, cette fille exclue de la société ou qui souffre de la violence à cause de sa race.  Le mépris des gens à cause de la race ne se fait pas en silos.  Il affecte tous les aspects de nos vies: du développement à la paix, en passant par les droits de l’homme pour tous. 

Le débat d’aujourd’hui souligne l’importance du dialogue et de l’engagement multilatéral pour combattre le racisme, a souligné le Vice-Président.  L’Assemblée générale est l’organe la plus représentative et la plus diverse, avec ses 193 États Membres.  Il est donc juste qu’elle débatte car, dans cette salle, « nous sommes tous égaux »; « si personne n’est meilleure que nous, nous ne sommes pas non plus les meilleurs ».  Le respect et la tolérance sont au cœur de l’Assemblée générale et le dialogue va main dans la main avec le multilatéralisme.  Nous devons parler librement de la discrimination raciale et, plus important encore, nous devons écouter nos voisins et amis, entendre leur histoire qui révèle notre humanité commune, malgré notre originalité et nos différences, a ajouté le Vice-Président.  « Ouvrons les yeux et les oreilles pour parler aux autres, en élargissant ainsi la voie de la cohésion, de l’inclusion et de l’intégration et contrant la discrimination, la xénophobie et l’intolérance.  Il est important que l’on apprenne aux gens, dès leur plus jeune âge, à combattre la discrimination raciale.

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies, a rappelé que la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale commémore le massacre de 69 personnes, à Sharpeville, qui manifestaient contre le régime de l’apartheid, en Afrique du Sud.  Il a souligné que l’observation de cette Journée doit être l’occasion de rejeter toutes les formes de racisme, de xénophobie et d’intolérance, et a déploré que de telles attitudes persistent encore dans certaines communautés, citant notamment le traitement de la minorité rohingya, au Myanmar.

Après avoir passé en revue les nombreuses avancées réalisées depuis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, il y a 70 ans, à commencer par le droit des femmes et des personnes handicapées ou autochtones, le Secrétaire général a constaté que les actes commis tous les jours ne répondent pas à l’esprit de la Déclaration.

M. Guterres s’est notamment inquiété du fait que la question de l’égalité des sexes continue de poser problème, de même que l’aggravation de la xénophobie, du racisme et de l’intolérance, y compris de l’antisémitisme et de la haine antimusulmane, sans oublier l’augmentation du nombre des partis néonazis et d’extrême droite.  Il s’est aussi alarmé du fait que les migrants soient constamment privés de leurs droits, vilipendés et considérés comme une menace par les sociétés qu’ils cherchent à intégrer.

Face au long chemin qu’il faut parcourir, il a appelé à combattre les messages de haine, à dépasser les clivages entre « eux et nous » et à garder à l’esprit les graves conséquences de la pensée raciste, à savoir la discrimination, l’esclavage et le génocide.

Il a aussi appelé à tenir tête aux dirigeants qui propagent leur « vision toxique » de la supériorité raciale, « surtout lorsqu’ils utilisent la formule sous le couvert d’un langage aseptisé pour dénigrer les migrants et les étrangers ».  On ne peut laisser les idéologies extrémistes être normalisées et légitimées, et il faut protéger la jeunesse des forces de l’intolérance, a-t-il ajouté.  Les réponses que nous devons apporter sont l’inclusion et le respect de la diversité, et pour cela il nous faut des leaders comme Nelson Mandela qui avait assez de courage et assez de principes pour lutter contre toutes les formes de racisme, d’intolérance et de discrimination.

La Déclaration universelle des droits de l’homme dont nous célébrons les 70 ans commence par une formule claire en principe et en fait: « tous les hommes naissent égaux », a rappelé M. ZEID RA’AD ZEID AL HUSSEIN, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.  La Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale dit: « toute doctrine de supériorité fondée sur la différenciation entre les races est scientifiquement fausse, moralement condamnable et socialement injuste et dangereuse et que rien ne saurait justifier, où que ce soit, la discrimination raciale, ni en théorie ni en pratique ».  Ces textes fondamentaux, a souligné le Haut-Commissaire, ont permis à des millions de personnes de se libérer enfin de la violence, de l’injustice et de la pauvreté fondées sur « l’idée répugnante » qu’il y a des « races inférieures » d’êtres humains.  Pourtant aujourd’hui, a alerté le Haut-Commissaire, la xénophobie et la discrimination raciale, fondées sur l’origine raciale, ethnique, nationale ou religieuse, atteignent des niveaux « profondément préoccupants » et sont souvent promus à des fins politiques.

M. Al Hussein a pointé du doigt la haine contre les migrants, les communautés musulmanes stéréotypées, vilipendées et attaquées, la montée des insultes antisémites et la discrimination contre les minorités religieuses dont les chrétiens, dans certaines parties du monde.  Même dans les sociétés les plus prospères, un racisme structurel bien ancré continue d’être infligé aux peuples autochtones, aux personnes d’ascendance africaine et autres minorités.

La discrimination raciale n’est pas seulement une question d’injustice individuelle et la Déclaration universelle des droits de l’homme est très claire là-dessus: quand les droits ne sont pas protégés, les conflits naissent.  L’expérience n’a cessé de démontrer que la discrimination, l’intolérance, les préjudices et les boucs émissaires provoquent non seulement un éclatement désastreux des sociétés, mais génèrent aussi des menaces à la paix régionale, a averti le Haut-Commissaire.

Après avoir engagé chaque décideur à honorer les engagements pris au titre de la Déclaration et du Plan d’action de Durban, le Haut-Commissaire a fait observer que l’histoire de chaque État Membre a été façonnée par des mouvements humains par-delà les frontières et les océans.  Chaque société, a-t-il souligné, a de multiples facettes, composée de différentes communautés fières de leur identité et qui contribuent à des objectifs communs.  L’adhésion active à la diversité est l’identificateur le plus notable des sociétés fortes et stables au sein desquelles chaque individu est poussé à tout donner.  Il a ensuite rappelé la mémoire de feu Nelson Mandela et a appelé tous les dirigeants à honorer sa vision de « tolérance et diversité au XXIe siècle ».

« Au niveau mondial, l’égalité raciale est r mise en cause », a déclaré Mme E. TENDAYI ACHIUME, Rapporteure spéciale sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance qui y est associée.  Les discours explicites de haine et les idéologies de suprématie raciale ont quitté la marge pour intégrer le discours majoritaire, a-t-elle dit.  Elle a indiqué que le sectarisme racial, ethnique et religieux alimente les violations des droits de l’homme, ainsi qu’une extrême violence contre les minorités, les réfugiés, les apatrides et les déplacés.  Ce sectarisme se pratique sans honte, s’est-elle indignée.  « Des foules de jeunes paradant sous des chants nazis à Charlottesville, Varsovie et Berlin aux positions racistes et xénophobes des politiciens hissés à la plus haute marche du pouvoir, en passant par le nettoyage ethnique des musulmans rohingya et l’usage excessif d’une force militaire contre les communautés de descendance africaine – l’assaut mené contre la dignité de millions de personnes dans le monde a pris des dimensions alarmantes. »  Elle a dénoncé le meurtre de Michelle Franco, une activiste afro-brésilienne et souligné l’importance, à l’aune de ce contexte préoccupant, de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.

Cette Journée doit nous rappeler que le défi du racisme demeure beaucoup plus profond et plus large que les manifestations choquantes auxquelles nous assistons quotidiennement dans les médias ou dans les discours nationaux majoritaires, a-t-elle poursuivi.  « Maintenant, plus que jamais, la lutte contre la discrimination raciale doit être comprise et menée à un niveau structurel, y compris dans le climat inquiétant actuel, qui risque d’attirer l’attention seulement sur les cas les plus explicites ou individuels de discrimination et d’intolérance.  Mme Achiume a invité les États, la société civile et l’ONU à s’attaquer aux éléments structurels des inégalités raciales, y compris, comme le reconnaît la Déclaration de Durban de 2001, celles qui s’enracinent dans l’histoire et l’héritage de l’esclavage et du colonialisme ».  Dans le même temps, une attention urgente, au niveau international, doit être portée aux conditions structurelles économiques, politiques et juridiques qui nourrissent ce ressentiment racial déplacé et cette recherche d’un bouc-émissaire parmi les populations qui perçoivent les minorités et les étrangers comme une menace existentielle, a-t-elle déclaré.

Cela signifie prendre au sérieux les doléances et la marginalisation économique de ceux qui ont été les plus affectés par les politiques néolibérales mondiales qui protègent le capital et délaissent le facteur travail, et dont les mesures d’austérité ont appauvri de nombreuses communautés qui ne bénéficient pas des réseaux, appuis et avantages dont bénéficient les élites financières mondialisées.  Cela veut dire également s’attaquer au fait que la montée du nationalisme populiste a au moins autant à voir avec la perte de confiance dans cet « establishment politique » qui privilégie les élites qu’avec la rhétorique choquante et xénophobe des idéologues extrémistes, a noté la Rapporteure.  Cela est particulièrement visible dans cette réaction de rejet contre les réfugiés et les migrants involontaires constatée dans différentes régions du monde, les lacunes de la protection juridique internationale et les politiques nationales sans vision qui ne font que renforcer le chaos, a-t-elle dit.  « Ce chaos avive l’angoisse antimigrants ».

Se voulant « directe », la Rapporteure spéciale a déclaré que les campagnes de droits de l’homme promouvant seulement la cohésion et les restrictions à la migration ne « marcheront pas ».  Lutter contre la discrimination à l’égard des migrants et de tous les groupes marginalisés requiert des réformes structurelles faisant de la cohésion un aiguillon et la logique de toutes les politiques des secteurs public et privé, a-t-elle déclaré.  Il incombe aux États, y compris lors des négociations actuelles sur les pactes internationaux sur les migrations et les réfugiés, de définir des voies légales de migration et de prendre des mesures concrètes en vue de créer un cadre international qui donne la priorité à une véritable égalité pour tous.

Elle a ainsi souhaité que le pacte international sur les migrations inclue une référence explicite à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale en tant que source de droit.  Mme Achiume a exigé la fin du profilage racial par les forces de l’ordre.  Elle a jugé qu’il est aussi important de dénoncer les décrets antimusulmans des politiques migratoires basées sur des préjugés « honteux » qui ciblent des groupes religieux entiers et les déclarations « crûment » islamophobes ou antisémites des dirigeants politiques.  Mettre fin aux déplacements forcés et à l’extinction culturelle de minorités raciales et ethniques et des peuples autochtones est aussi urgent que de remédier à la résurgence du néonazisme.

Il ne peut y avoir aucun compromis dans la poursuite de l’égalité raciale aujourd’hui, a-t-elle martelé.  Mme Achiume a jugé en effet que l’extrémisme et l’exclusion raciale systémique menacent les fondations juridiques et politiques mêmes de chaque État.  Elle a annoncé que dans son premier rapport, elle traitera des conséquences du nationalisme populiste pour l’égalité raciale et les droits humains.  Elle a exhorté les États à s’engager de nouveau en faveur d’une égalité véritable pour tous, ce qui implique l’acceptation des visites des rapporteurs spéciaux et le respect du processus mené par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale.  « Le temps de l’action contre la discrimination raciale et la xénophobie a sonné.

Mme GAY McDOUGALL, membre du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, a expliqué que le travail du Comité, notamment l’analyse de 20 rapports des États parties par an, l’étude des plaintes individuelles ou encore l’examen de certaines situations d’urgence dans le cadre de la procédure d’alerte rapide et d’intervention d’urgence dénotent l’aggravation de la discrimination raciale, du racisme et de la xénophobie dans le monde.  Pour le Comité, il y a « un climat toxique créé par une rhétorique incendiaire de haine raciste, tolérée par les dirigeants politiques au plus haut niveau », lesquels ont soit échoué à condamner ces discours ou les ont tout simplement adoptés pour des raisons électoralistes.  Leur échec a ouvert les vannes aux idées les plus dangereuses comme la « supériorité raciale et les expressions décomplexées ».  On a accordé des licences aux groupes radicaux de suprématistes blancs pour s’imposer de nouveau dans le débat public, a déclaré Mme McDougall.

Même dans les régions les plus riches du monde, a-t-elle poursuivi, les franges les plus désavantagées de la population sont de plus en plus dépeintes comme une menace pour l’économie, la culture et les valeurs.  La rapporteure a dénoncé les attaques racistes, les camps de détention, la torture, les atteintes sexuelles et les expulsions sommaires.  Il y a juste quelques années, il aurait été inimaginable pour le Comité d’adopter une déclaration comme celle de novembre dernier, pour fustiger la vente aux enchères de Noirs et de migrants mis en esclavage alors qu’ils cherchaient refuge en Libye.  La communauté internationale qui avait pourtant promis « plus jamais cela » reste les bras croisés alors que des centaines de Rohingya font face au refoulement et au génocide, du fait de leur identité.  De même, les populations autochtones sont privées de leurs terres ancestrales par des projets de développement qui exploitent leur manque de pouvoir du fait des injustices passées.  Les discriminations à l’encontre de personnes d’ascendance africaine, des Roms et des réfugiés restent une réalité quotidienne, a-t-elle témoigné.  

Mme McDougall a rappelé que par la ratification de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, les États se sont engagés, en vertu de l’Article 7, « à prendre des mesures immédiates et efficaces, notamment dans les domaines de l’enseignement, de l’éducation, de la culture et de l’information, pour lutter contre les préjugés conduisant à la discrimination raciale et favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre nations et groupes raciaux ou ethniques ».  Elle a souligné que c’est dans les écoles que l’on apprend le vivre ensemble, et que dès l’enfance, le respect des cultures, de la diversité, de la capacité de vivre ensemble devrait être nourri et vécu.  « L’éducation est l’un des outils les plus puissants d’inclusion », a-t-elle affirmé.  Elle s’est, de ce fait, dite inquiète des tendances actuelles qui voient la privatisation des systèmes éducatifs et donc l’instauration d’un certain niveau de ségrégation et d’inégalités.

Les médias, notamment les médias sociaux, jouent un important rôle dans la formation des convictions sociales et politiques.  C’est pour cette raison que le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale a voulu que l’on sensibilise les professionnels des médias à leur responsabilité d’encourager la diversité.  Alors que les discours antimigrants se répandent dans le monde, le Comité avait, dès 2016, invité les États à prendre des mesures proactives pour changer la perception de la migration et mettre l’accent sur les contributions positives des migrants et des réfugiés qui apportent avec eux la diversité et enrichissent les sociétés, les cultures et les économies.  Mais, peut-être faut-il cibler la pauvreté et l’exclusion économique qui sont à la fois des causes et des conséquences de la discrimination raciale, a-t-elle proposé.  Pour le Comité, les groupes les plus affectés par la discrimination raciale doivent être conviés à la recherche des solutions durables.  Par exemple, les groupes ethniques doivent participer à la vie politique et à la gestion des affaires publiques, pas seulement en votant, mais également en se sentant assez autonomes pour contribuer au bien national commun.

Au nom du Groupe des États d’Afrique, M. MAMADOU TANGARA (Gambie) a rappelé que le continent africain a souffert de graves violations des droits de l’homme au nom du racisme, citant notamment l’esclavage, le colonialisme et l’apartheid.  Les effets de ces fléaux se font toujours ressentir, a-t-il dit, dénonçant l’incitation à la haine contre les migrants et les réfugiés.  Il a pointé des lacunes substantielles dans la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale qui ne mentionne pas les problèmes de la xénophobie, de l’islamophobie, de l’antisémitisme et de l’incitation à la haine, y compris via l’utilisation des médias.  Il a appelé à des protocoles supplémentaires à la Convention et a salué les efforts déployés par le Zimbabwe en la matière.

Les États africains sont également résolus à instaurer une instance permanente des peuples d’ascendance africaine, a-t-il ajouté, avertissant que ces personnes sont victimes de discrimination dans les domaines de la santé, du logement et de l’embauche.  Face aux phénomènes de la suprématie blanche et du populisme, « qui nient les principes nobles des sociétés pour tous et de la tolérance », il a appelé le système des droits de l’homme de l’ONU à vaincre tous les dangers du racisme.  Pour les vaincre, a-t-il poursuivi en français, il est important de mettre l’accent sur l’éducation et le dialogue interculturel et interreligieux et de placer davantage l’accent sur ce qui nous uni plutôt que sur ce qui nous divise.  À ses yeux, cela permettra une « symbiose culturelle », une « civilisation de l’universel ».  Enchaînant en anglais, le délégué a appelé le Haut-Commissaire aux droits de l’homme à veiller à ce que le programme de l’ONU contre la discrimination raciale soit doté des ressources nécessaires.

Au nom du Groupe des États d’Asie et du Pacifique Mme ALYA AHMED SAIF AL-THANI (Qatar) a rappelé que son groupe se distingue par une vaste diversité s’agissant de l’ethnie, de la langue, de la religion et de la culture.  Pour le Groupe, la promotion de la tolérance, de l’inclusion, de l’unité et du respect de la diversité est donc très importante.  Le Groupe appelle à la lutte contre les diverses formes de discrimination à travers la coopération, le partenariat et l’inclusion.  L’éducation et la sensibilisation aux différences culturelles et religieuses jouent un rôle crucial dans la promotion de la tolérance, de l’acceptation et du respect de la diversité.  Le Groupe plaide pour une adhésion universelle des États à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale et aux principes de la Déclaration et du Plan d’action de Durban de 2001. 

Au nom des États d’Europe occidentale et autres États, M. DANNY BEN YOSEF DANON (Israël) a rappelé que l’Holocauste, quand six millions de Juifs ont été massacrés, a été un acte sans précédent de discrimination raciale.  Des millions de femmes et d’enfants ont été systématiquement assassinés au nom de la supériorité raciale.  « Il n’y a pas de race supérieure.  Il n’y a pas de religion supérieure et il n’y a pas de culture supérieure.  Nous sommes tous nés égaux en droit et en liberté, sans exception », a souligné le représentant.  La discrimination raciale, « un des plus graves fléaux de notre monde », persiste, a-t-il alerté.  Il faut apprendre aux enfants la diversité et la tolérance et se souvenir des victimes de la discrimination raciale.  La mise en œuvre de la Convention ne suffit pas, a mis en garde le représentant, jugeant qu’il faut travailler avec la société civile pour surveiller les situations et alerter les gouvernements et les communautés des cas de racisme et de discrimination raciale.  Toutes les sociétés doivent s’impliquer dans cette lutte car « pour moi, l’indifférence, c’est l’incarnation du diable », a conclu le représentant, en citant le prix Nobel de la paix, Elie Wiesel.

Considérant que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, M. LUIS HOMERO BERMÚDEZ ÁLVAREZ (Uruguay), s’exprimant au nom du Groupe régional des États d’Amérique latine et des Caraïbes (GRULAC), a déclaré que toute doctrine prônant la supériorité raciale est scientifiquement erronée et moralement condamnable.  Pour lui, « le fanatisme, la discrimination et la xénophobie constituent des actes contraires aux normes et aux standards internationaux des droits de l’homme ».  La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale est un fondement juridique adéquat pour l’adoption de mesures visant à éliminer la discrimination raciale et prévenir et combattre les doctrines et pratiques racistes, a argué le représentant.  Toutefois, il en va du « devoir moral » des États d’aller au-delà de ses dispositions pour adopter une approche « proactive » visant à éliminer toutes les formes de discrimination. 

Se référant au Programme de développement durable à l’horizon 2030, M. Bermúdez Álvarez a estimé qu’il ne peut y avoir de développement durable lorsque les systèmes sociaux et économiques génèrent des sociétés stratifiées basées sur la nationalité, la race ou le genre.  Malgré les efforts entrepris par les États pour interdire la discrimination raciale, des millions de personnes continuent d’être victimes de racisme et d’intolérance sous leurs « manifestations contemporaines » parfois violentes, a relevé le représentant, pour qui il incombe à chacun des États Membres d’assurer le plein respect des principes de liberté et d’égalité. 

Après avoir rappelé que les pays de sa région sont formés de populations multiethniques et multiculturelles, M. Bermúdez Álvarez s’est dit « vivement préoccupé » par la « prolifération des campagnes politiques basées sur la discrimination et le racisme ».  Il a condamné la « criminalisation » des migrations irrégulières, estimant plutôt que la contribution des migrants aux sociétés d’origine et d’accueil doit être reconnue.  Il a réaffirmé en terminant sa détermination à assurer le succès des négociations sur le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Au nom des États membres du Groupe des pays d’Europe de l’Est, M. VALENTIN RIBAKOV (Bélarus) a rappelé le rôle de la Déclaration universelle des droits de l’homme et le fait que la Charte des Nations Unies repose sur le principe du respect de tous les droits de l’homme et libertés fondamentales, sans aucune discrimination fondée sur le sexe, la race ou la religion.  Il a en outre rappelé le rôle important de la Déclaration et du Programme d’action de Durban.  En cette Journée internationale, nous sommes réunis pour réaffirmer nos engagements et intensifier les mesures prises en ce sens, a ajouté le représentant.

Les pays d’Europe de l’Est réaffirment leur volonté de lutter contre le racisme et la discrimination raciale, qui reste une des priorités en matière de droits de l’homme.  Ils réaffirment en outre que la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale est et doit rester la base de tous les efforts en ce sens.  Ils insistent sur l’importance de sa ratification et de la mise en œuvre de l’ensemble de ses dispositions et rappellent que cette lutte devrait être une priorité consensuelle de la communauté internationale.

Les manifestations de la discrimination raciale restent encore nombreuses dans le monde et leur impact ne saurait être sous-estimé.  Il s’agit d’une violation grave des droits de l’homme qui dévalorise les individus, sape l’égalité des chances, divise des communautés, nourrit la peur et suscite l’animosité entre les sociétés.  Citant Nelson Mandela, le représentant a appelé l’humanité à adopter un cadre de valeurs communes qui permette de lutter contre le fanatisme, la haine, l’extrémisme ou le terrorisme et de créer un environnement favorable à des relations humaines fondées sur le respect des principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme.  Les pays d’Europe de l’Est insistent sur la nécessité de faire preuve de volonté politique dans la lutte contre toutes les formes de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance partout dans le monde et dans tous les domaines. 

Après avoir rappelé la contribution de Nelson Mandela à la lutte contre le racisme, la discrimination, la xénophobie et l’intolérance, M. PITSO MONTWEDI (Afrique du Sud) a dit qu’il était de plus en plus clair que les peuples du monde ont atteint la tolérance zéro vis-à-vis des maux du racisme qui sapent principalement l’humanité, la coexistence pacifique et la dignité humaine.  Essentiellement, le racisme va à l’encontre de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des deux pactes relatifs aux droits de l’homme.

2018 marque le centenaire de la naissance de Nelson Mandela, une icône mondiale, combattant de la liberté et défenseur passionné des droits de l’homme, de l’autonomisation des femmes et de l’égalité des sexes ainsi que des droits des enfants.  Le Gouvernement sud-africain s’est embarqué dans un programme d’un an pour célébrer la vie et l’héritage de ce géant mondial.  Ces programmes sont nationaux et internationaux. 

Comme nous commémorons aujourd’hui cet événement, c’est l’héritage de Nelson Mandela dont il faut se souvenir, dont son dévouement acharné à la lutte contre le racisme et la discrimination raciale et sa vision de l’unité, de la tolérance et de la cohésion sociale au sein et entre les nations, a ajouté le représentant.

La communauté mondiale, en particulier les enfants et les jeunes, devrait apprendre que le racisme est un vice et non une valeur.  Le représentant a invité les États Membres qui ne l’ont pas encore fait à ratifier la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale et à retirer leurs réserves.  L’ONU doit continuer jusqu’à ce que les fléaux du racisme soient éliminés et que tous les peuples du monde jouissent de leur liberté et dignité.

Mme ANAYANSI RODRÍGUEZ CAMEJO (Cuba) a noté avec une profonde préoccupation que loin de diminuer, les manifestations du racisme et de la xénophobie se développent, même à travers des formes nouvelles et sophistiquées.  Elles se produisent même l’année où la Déclaration universelle des droits de l’homme approche de son soixante-dixième anniversaire.  Cette année, alors que nous entamons d’importants processus de négociation pour l’adoption des pactes mondiaux sur les migrants et les réfugiés, ces manifestations d’intolérance se multiplient et ciblent en particulier les personnes venant d’un monde où la guerre, la violence et la pauvreté sont la réalité.  Les discussions sur ces questions sont une occasion à saisir pour renforcer la coopération internationale dans la lutte contre la discrimination raciale, vaincre les stéréotypes exclusifs et respecter la dignité humaine indépendamment de l’origine ethnique ou religieuse ou de la nationalité.

« Toute doctrine ou pratique de discrimination raciale est juridiquement et moralement inacceptable et ne peut être justifiée », a déclaré d’emblée M. GÜVEN BEGEÇ (Turquie).  Il a dit être profondément préoccupé par l’émergence d’importants défis à la mise en œuvre de la Convention et à la lutte contre toutes les formes de racisme.  Il s’est notamment inquiété de la situation des migrants et d’autres groupes vulnérables qui continuent d’être victimes d’inégalité de traitement, de stigmatisation, d’intolérance et d’actes de haine, et ce, à un « niveau alarmant ».  Il a appelé à répondre de manière résolue à cette tendance qui, a-t-il signalé, se manifeste sous différentes formes de racisme comme « le nationalisme xénophobe » ou les tendances « anti-Islam » et antisémites.  Les crimes de haine contre les communautés de migrants sont gravement sous-documentés et, en en faisant des incidents isolés, on sape gravement les efforts visant à répondre aux causes sous-jacentes du problème, a souligné le représentant.  Aussi a-t-il jugé nécessaire de collecter les données pour mieux appréhender l’étendue de l’hostilité envers les membres de certaines religions, les migrants et autres groupes vulnérables.  Le représentant a aussi appelé les personnalités, les politiques et les représentants des médias des pays où des actes discriminatoires sont souvent commis, à employer une « rhétorique unificatrice » au lieu de semer la discorde.

M. ALEXANDER TEMITOPE ADEYEMI AJAYI (Nigéria) a déclaré que la politique étrangère de son pays prône l’élimination de la discrimination raciale, partant du fait qu’un Africain sur quatre est originaire du Nigéria, et compte tenu du fait que le pays est le lieu où vit la plus grande concentration d’hommes et femmes noirs, cette race ayant le plus souffert de discrimination raciale.  Pour le Nigéria, la discrimination raciale est non seulement contre le développement, mais elle s’apparente également à une pathologie qui n’a pas sa place dans le monde moderne, a-t-il affirmé. 

Le représentant a rappelé l’important rôle joué par le Nigéria dans la lutte contre l’apartheid en son temps.  Il a noté la montée, au cours de récentes années, de la xénophobie, l’extrémisme religieux, les campagnes de haine, l’islamophobie et d’autres vices qui risquent de détruire la coexistence pacifique et saper les avancées glanées au fil des ans.  Il a notamment cité le cas de groupes extrémistes qui propagent des slogans de haine.  C’est un cri d’alarme lancé en direction de toutes les nations éprises de paix à redoubler d’efforts et construire des synergies au-delà des religions, des groupes ethniques et des barrières géographiques afin de vaincre les groupes terroristes, a souligné M. Ajayi. 

Par ailleurs, le Nigéria soutient la création d’un forum permanent des personnes d’ascendance africaine afin d’apporter un soutien aux efforts mondiaux visant à éliminer les formes contemporaines de la discrimination raciale.  C’est parce que les Africains sont les plus affectés qu’il faut mettre en place cette plateforme, a-t-il expliqué.  Il a aussi salué le rôle du titulaire du mandat sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée.

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