Diamants du sang: l’Assemblée générale encourage la poursuite du renforcement du Processus de Kimberley

AG/12002
7 mars 2018
Soixante-douzième session, 78e séance plénière - matin

Diamants du sang: l’Assemblée générale encourage la poursuite du renforcement du Processus de Kimberley

En réaffirmant ce matin son « appui ferme et constant » au Processus de Kimberley et à son système de certification, l’Assemblée générale a encouragé la poursuite du renforcement du Processus, « afin de le rendre mieux à même de résoudre les problèmes auxquels font face l’industrie diamantaire et les populations qui en dépendent ».

En adoptant à l’unanimité la résolution A/72/L.41, qui était présentée par l’Australie, l’Assemblée générale a encouragé à faire en sorte que le Processus garde toute son utilité à l’avenir et continue de contribuer à la consolidation de la paix, à la mise en œuvre du Programme 2030 et à la réalisation des objectifs de développement durable.

Elle réaffirme en outre son appui ferme et constant au Système de certification du Processus de Kimberley; demande que soient intégralement appliquées les mesures adoptées par le Conseil de sécurité pour réprimer le commerce des diamants de la guerre; et engage les États Membres à accroître leur appui en vue de renforcer les capacités de participants dans les domaines ayant trait à l’application des normes, règles et procédures du Processus de Kimberley.

Les diamants de la guerre sont des diamants bruts utilisés par les mouvements rebelles ou leurs alliés afin de financer des conflits armés visant à déstabiliser des gouvernements légitimes.  Pour l’Assemblée, « le commerce des diamants de la guerre demeure un sujet de grave préoccupation à l’échelle internationale ». 

Lancé en 2000 sur l’initiative des pays d’Afrique australe producteurs de diamants, le Processus de Kimberley est une instance technique internationale et tripartite de négociation réunissant des États, l’industrie mondiale du diamant et la société civile, avec comme objectif majeur d’endiguer le flux de diamants bruts, dits « diamants du sang » ou « diamants de la guerre », dont se servent les rebelles pour financer les conflits armés, tout en protégeant l’industrie légitime du diamant.

La Ministre des affaires étrangères de l’Australie, pays qui présidait le Processus en 2017, a rappelé qu’il y a 15 ans, lorsque le Système de certification du Processus de Kimberley a été mis sur pied, le commerce mondial des diamants était très différent de ce qu’il est à l’heure actuelle.  Il était impossible à l’époque pour les consommateurs de connaître la provenance d’un diamant et de savoir si, en achetant un bijou ou un article de mode, ils contribuaient par inadvertance à la poursuite d’un conflit mortel.

Depuis, s’est félicitée Mme Julie Bishop, le flux des diamants vers des groupes rebelles et les insurrections a été stoppé, leurs finances ont été drainées et, en protégeant le commerce licite des diamants, le bien-être de ceux qui en dépendent s’est amélioré.  Qui plus est, la sensibilisation a fait ses preuves: selon une récente étude, les « millennials » sont trois fois plus susceptibles que les générations précédentes d’éviter d’acheter un diamant qui n’a pas été exploité de manière responsable.

Nonobstant ces progrès, Mme Bishop a estimé que davantage d’efforts étaient nécessaires pour empêcher le commerce de « diamants du sang », ainsi que pour aligner le commerce diamantaire sur les objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

« Les avancées réalisées jusqu’à présent sont trop précieuses pour que le Processus de Kimberley soit lentement voué à perdre sa pertinence, une victime de son propre succès », a-t-elle notamment mis en garde, soulignant que la résolution adoptée aujourd’hui permet de relier « l’excellent travail » réalisé jusqu’à présent par le Processus de Kimberley et son « potentiel » à contribuer à l’agenda plus élargi des Nations Unies dans les années à venir.

Mme Bishop a prédit que le Processus de Kimberley pourrait perdurer et se rapprocher des objectifs de 2030 en renforçant son objectif, en lui octroyant un secrétariat et en encourageant la participation par l’intermédiaire d’un fonds d'affectation spéciale multidonateurs.

En 2018, la présidence du Processus de Kimberley sera assurée par l’Union européenne dont le représentant a indiqué, devant l’Assemblée générale, que sa délégation comptait profiter de cette nomination pour favoriser un dialogue ouvert entre les gouvernements, l’industrie et la société civile afin de dégager un consensus autour d’un programme de réforme et d’améliorer l’efficacité du Processus.  Une des grandes priorités consistera à renforcer ces liens tripartites et à promouvoir l’établissement de fora multipartites au niveau national, a-t-il indiqué.  L’Union européenne compte également offrir un espace important à la coalition de la société civile pour lui permettre d’exprimer ses vues de manière véritablement inclusive.

Outre la promotion de la bonne gouvernance, l’Union européenne vise à appuyer la mise en œuvre de la Déclaration de Washington sur l’intégration du développement de l’extraction de diamants artisanale et à petite échelle dans l’application du Processus de Kimberley.  Elle entend aussi encourager la coopération au niveau régional, notamment dans le cadre de l’Union du fleuve Mano, et envisage de mettre sur pied de telles approches en Afrique centrale notamment.  À cet égard, le représentant a salué l’engagement continu de la République centrafricaine à assurer la traçabilité des envois de diamants bruts provenant de zones déclarées conformes.

Venu présenter la perspective d’un pays producteur de diamants, le représentant du Botswana a souligné le caractère essentiel de la bonne gestion des ressources naturelles pour la réalisation d’un développement et d’une paix durables.  Les revenus tirés du commerce de diamants, a-t-il expliqué, permettent à son gouvernement de mettre en œuvre son plan national de développement, le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Agenda 2036 de l’Union africaine.

L’exploitation de cette ressource, a-t-il indiqué, est la raison pour laquelle le Botswana, qui était autrefois l’un des pays les plus pauvres du monde, avait réussi à devenir un État à revenu intermédiaire.  Chaque diamant vendu permet de mettre de la nourriture sur la table, de fournir des soins de santé et de l’eau potable, de construire une centrale électrique ou encore de fournir gratuitement des médicaments antirétroviraux et de subvenir aux besoins des orphelins du VIH/sida, a-t-il notamment fait valoir.

Dans une même veine, la représentante d’Israël a elle aussi souligné que l’engagement à mettre en œuvre le système de certification contribuait énormément à réaliser les objectifs de développement durable.  L’industrie du diamant donne du travail à plus 40 000 personnes en Afrique subsaharienne, a-t-elle relevé, soulignant que les revenus de cette industrie aident non seulement des garçons et des filles à avoir accès à l’éducation mais constituent aussi une part importance du financement des programmes de lutte contre le VIH/sida dans cette région.

La déléguée s’est aussi félicitée du fait qu’à l’heure actuelle, 99,8% des diamants du monde sont considérés comme « non liés aux conflits », notant toutefois que les 0,2% de diamants de guerre restant indiquent qu’il y a encore du chemin à faire.

Au cours de ce débat, le Botswana et l’Union Européenne ont salué la « détermination » du Gabon à devenir membre du Processus de Kimberley.

En début de séance, le Président de l’Assemblée générale a par ailleurs, sur recommandation du Groupe des États d’Amérique latine et des Caraïbes, nommé le Brésil au Comité des conférences pour un mandat commençant le 7 mars 2018 et expirant le 31 décembre 2020, ainsi que l’Équateur pour un mandat allant du 7 mars au 31 décembre 2018.

Enfin, l’Assemblée générale a pris note que la Dominique, l’Équateur, la Grenade, la Guinée, les Îles Marshall, la République dominicaine et le Suriname avaient versé les paiements nécessaires pour réduire leurs arriérés au budget de l’ONU, au titre de l’Article 19 de la Charte des Nations Unies.  

La prochaine réunion de l’Assemblée générale sera annoncée dans le Journal des Nations Unies.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.