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SG/SM/18828-SC/13122-CD/3750
15 décembre 2017

RPDC: le Secrétaire général affirme que l’action diplomatique est la seule voie susceptible de mener à la paix durable et à la dénucléarisation

On trouvera, ci-après, le texte de l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, lors de la séance du Conseil de sécurité sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC), à New York, aujourd’hui:

Permettez-moi tout d’abord de remercier la présidence japonaise, et de vous remercier personnellement, Monsieur le Président, d’avoir convoqué la présente séance.  Je tiens aussi à saluer les nombreux ministres et autres représentants réunis autour de cette table, et j’apprécie la participation de la République de Corée et de la République populaire démocratique de Corée à cette séance importante.

La tension qui règne dans la péninsule coréenne constitue aujourd’hui la menace la plus sérieuse qui pèse sur la paix et la sécurité dans le monde.  Je suis profondément préoccupé par le risque d’affrontement militaire, notamment en conséquence d’une escalade involontaire ou d’un mauvais calcul. 

Je sais que le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques a rendu compte au Conseil de sécurité, en début de semaine, de sa récente visite en République populaire démocratique de Corée.  Je ne vais pas répéter ce qu’il a dit, mais je veux noter que son déplacement a été l’occasion du premier échange de vues politique approfondi entre le Secrétariat et des responsables de Pyongyang en presque huit ans.

De fait, sa visite est intervenue à la fin d’une année difficile.  Cette année, la République populaire démocratique de Corée a mené des activités liées à ses programmes d’armes nucléaires et de missiles balistiques à un rythme alarmant et accéléré.  Le 3 septembre, elle a procédé à son sixième essai d’explosion nucléaire, utilisant ce qu’elle a affirmé être une « arme thermonucléaire à deux étages ».  L’essai a causé un séisme d’une magnitude de 6,1 sur l’échelle de Richter. 

Au cours de l’année, la République populaire démocratique de Corée a effectué 20 tirs de missile balistique.  Il s’est notamment agi de ses premiers essais de deux missiles balistiques intercontinentaux et d’essais de missiles balistiques de moyenne portée.  En septembre, deux missiles balistiques de moyenne portée Hwasong-12 ont survolé le Japon. 

Aucun avertissement de sécurité aérienne ou maritime n’a été émis pour l’un quelconque de ces tirs.  L’Agence internationale de l’énergie atomique n’est toujours pas en mesure de se rendre en République populaire démocratique de Corée pour vérifier l’état du programme nucléaire du pays.  Elle en suit l’évolution par images satellites; au Centre de recherches scientifiques sur l’énergie nucléaire de Yongbyon, elle a observé des signatures correspondant à l’exploitation d’un réacteur de production de plutonium et de ce que des sources décrivent comme une installation d’enrichissement par centrifugation.  L’Agence continue également de constater des signes d’activités d’extraction, de traitement et de concentration à la mine d’uranium et à l’usine de concentration de l’uranium de Pyongsan.

La République populaire démocratique de Corée reste le seul pays à enfreindre la norme d’interdiction des essais nucléaires.  Ses agissements témoignent d’un mépris flagrant pour la volonté et les résolutions du Conseil de sécurité et battent en brèche ladite norme et le régime de non-prolifération nucléaire. 

La résolution 2375 (2017), adoptée en septembre, prévoit les sanctions les plus sévères jamais imposées à la République populaire démocratique de Corée.  J’engage de nouveau les dirigeants de la République populaire démocratique de Corée à se conformer aux résolutions applicables du Conseil de sécurité et à ouvrir la porte à une reprise du dialogue sur la dénucléarisation et la paix durable dans la péninsule coréenne.

Tandis que toutes les parties concernées cherchent à éviter une escalade accidentelle qui aboutirait à un conflit, le risque est multiplié par un excès de confiance déplacé, des discours dangereux et un manque de canaux de communication.  Il est temps de rétablir et de renforcer les canaux de communication, notamment entre les deux Corées et entre les responsables militaires des deux camps.  Cela revêt un caractère essentiel pour atténuer le risque de mauvais calcul ou de quiproquo et réduire les tensions dans la région.  Toute action militaire aurait des conséquences dévastatrices et imprévisibles.

L’unité du Conseil de sécurité est capitale pour réaliser la dénucléarisation et elle crée l’espace nécessaire à des initiatives diplomatiques visant à y parvenir de façon pacifique.  Au paragraphe 30 de sa résolution 2375 (2017), le Conseil a unanimement demandé que « des efforts supplémentaires soient entrepris pour réduire les tensions et faire avancer les perspectives d’un règlement global ».  Il a également exprimé, dans cette même résolution, « le désir de trouver une solution pacifique et diplomatique à la situation et se félicitant... des efforts déployés par les membres du Conseil de sécurité et par d’autres États Membres pour faciliter une solution pacifique et globale par le dialogue » (résolution 2375 (2017), huitième alinéa du préambule).

Le Secrétariat et moi-même sommes les partenaires du Conseil dans cet effort, et mes bons offices seront toujours disponibles.  J’estime que le Secrétariat apporte une plus-value stratégique dans trois domaines cruciaux: premièrement, l’impartialité; deuxièmement, la voix et les normes, valeurs et principes applicables à des solutions pacifiques et diplomatiques, conformément au droit international; et, troisièmement, la mise à disposition de canaux de communication avec toutes les parties.  L’Organisation est une instance clef où les six parties sont représentées et peuvent interagir pour rapprocher leurs interprétations divergentes et promouvoir des mesures de confiance. 

En ma qualité de Secrétaire général, je suis déterminé à protéger et renforcer ces trois aspects.  Il est essentiel que le Conseil de sécurité soit uni à l’appui de cette entreprise.  Je me félicite que le Conseil se préoccupe des questions relatives aux affaires humanitaires et aux droits de l’homme. 

Le Secrétariat n’a eu de cesse de souligner qu’il importait de dissocier la situation en matière de paix et de sécurité et l’impératif humanitaire.  En République populaire démocratique de Corée, 70% des habitants souffrent d’insécurité alimentaire et 40%, de malnutrition.  Par l’intermédiaire du document de 2017, intitulé Besoins et priorités humanitaires du pays de la République populaire démocratique de Corée, un appel de fonds a été lancé pour mobiliser 114 millions de dollars afin de remédier aux problèmes les plus pressants.  À ce jour, on n’a réuni que 30% de cette somme. 

Je demande à tous les États Membres, en particulier ceux qui sont représentés autour de cette table, de bien réfléchir aux principes humanitaires qui sous-tendent notre action.  La population de la République populaire démocratique de Corée a besoin de notre générosité et de notre aide.

D’ici peu, des athlètes se rassembleront à Pyeongchang pour les Jeux olympiques d’hiver.  Je forme l’espoir le plus sincère que la République populaire démocratique de Corée y participera.  Comme l’Assemblée générale l’a reconnu, les Jeux olympiques sont à même de créer un climat de paix, de développement, de tolérance et d’entente dans la péninsule coréenne et au-delà.  Nous devons diffuser et approfondir cet esprit d’espoir, porteur de maintes possibilités.  L’action diplomatique est la seule voie susceptible de mener à la paix durable et à la dénucléarisation à long terme.  Il nous faut faire tout notre possible pour réaliser cet objectif et éviter d’atteindre un niveau de danger dont l’évolution serait imprévisible et les conséquences, catastrophiques.

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