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CS/13128
19 décembre 2017
8142e séance – matin

Conseil de sécurité: absence d’améliorations récentes sur les fronts politique et humanitaire en Syrie selon MM. de Mistura et Lowcock

L’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, a fait ce matin, au Conseil de sécurité, le bilan du huitième cycle de pourparlers de paix intersyriens qui vient de se conclure à Genève.  Le Conseil de sécurité a ensuite entendu le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock, qui a dressé un tableau préoccupant de la situation humanitaire en Syrie depuis le mois de novembre.

Pour M. Staffan de Mistura, l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, « l’occasion en or de lancer une véritable discussion » lors du huitième cycle de pourparlers de paix intersyriens a « malheureusement été ratée ».  Le Gouvernement et l’opposition avaient pourtant envoyé des signaux publics en faveur de véritables discussions à Genève, et pour la pleine mise en œuvre de la résolution 2254 (2015), « la seule qui guide et légitime le processus politique », selon 12 principes.  La question de la gouvernance et celle de la lutte contre le terrorisme ont été évoquées, de même que celle des détenus et des personnes disparues, au cours de ce cycle de pourparlers entamé le 28 novembre et qui a été prolongé jusqu’au 15 décembre.  Mais M. de Mistura n’a pas caché sa déception et a tenté d’expliquer les raisons de cet échec. 

Si l’opposition syrienne n’a pas été en mesure de se préparer à ces discussions, elle a en revanche exprimé publiquement et d’une voix commune sa position en faveur de négociations directes, sans conditions préalables.  Pour sa part, a relaté M. de Mistura, la délégation du Gouvernement syrien a considéré que la déclaration de Riyad II contenait une condition préalable appelant le Président Assad à partir et a posé comme condition qu’elle soit retirée.  Le Gouvernement a en outre estimé que la délégation de l’opposition n’était pas représentative, posant ainsi une nouvelle condition jamais évoquée auparavant, et a refusé d’étudier tout point inscrit à l’ordre du jour par les Nations Unies autre que la lutte contre le terrorisme.  En tant que médiateur, M. de Mistura s’efforce d’aider les deux parties et de surmonter tout obstacle, mais il n’a pas réussi à convaincre le Gouvernement syrien, qui a estimé que l’opposition maintenait des exigences totalement irréalistes.

Par ailleurs, l’Envoyé spécial a relevé qu’aucun progrès n’a été réalisé sur les questions humanitaires les plus urgentes lors de ces pourparlers à Genève.  Il n’y a pas eu non plus de progrès concernant les personnes enlevées, détenues et disparues. 

M. de Mistura a rappelé au Conseil que seul un processus sous l’égide des Nations Unies serait considéré comme impartial par les Syriens et aurait une légitimité internationale.  « Le moment est venu pour les Nations Unies de fournir des orientations précises » sur la révision de la Constitution et l’organisation d’élections, a-t-il lancé, conseillant d’élaborer des modalités très claires pour l’application de la résolution 2254 (2015).  L’exercice d’examen constitutionnel doit donner lieu à un « dialogue national large et structuré » avec la communauté universitaire, la société civile et les partis politiques, a indiqué M. de Mistura, en préalable à un processus d’élections « libres et justes, conformément à une nouvelle Constitution sous la houlette des Nations Unies ».

« Les Nations Unies sont prêtes à faire œuvre de bons offices si le Conseil leur en donne le mandat mais un contexte calme et neutre est nécessaire à ce processus et à la participation des parties prenantes », a souligné l’Envoyé spécial, insistant sur la nécessité de renforcer la confiance, la gouvernance et la lutte contre le terrorisme.  Le moment est venu de fixer des paramètres clairs sur la façon de mettre en œuvre pleinement et de manière crédible la résolution 2254, a encore insisté M. de Mistura devant le Conseil de sécurité. 

Le représentant de la République arabe syrienne a réagi en fin de séance affirmant que l’Envoyé spécial a ignoré les consultations intersyriennes conduites sous l’égide du Gouvernement.  « M. de Mistura a en outre fait la promotion de la très dangereuse réunion Riyad II, que la Syrie dénonce », a-t-il regretté.  Il a aussi critiqué certains États qui se sont appuyés sur la position de l’Envoyé spécial afin d’imposer les propositions faites par l’opposition.  « Le Gouvernement est prêt à poursuivre ses efforts pour mettre fin au bain de sang et exhorte le Secrétaire général à convaincre les pays concernés d’annuler Riyad II et à persuader les groupes d’opposition à négocier en bonne foi. »

Avant de présenter le bilan de la situation humanitaire, M. Mark Lowcock, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a commencé par se féliciter de l’adoption, ce matin, de la résolution qui renouvelle l’autorisation donnée par le Conseil de permettre le passage de l’aide transfrontalière en Syrie.  « Ce n’est pas nouveau, mais je le dirai simplement et sans équivoque », a poursuivi le Secrétaire général adjoint: dans la Ghouta orientale assiégée –une zone dite de « désescalade »– l’intensification des combats et le manque d’accès humanitaire rendent la vie intenable pour environ 393 000 personnes.  Des milliers de civils sont piégés dans les affrontements qui menacent leur vie quotidiennement, a-t-il poursuivi.  « À l’exception d’une pause de deux jours, des frappes aériennes et des tirs d’artillerie soutenus ont été signalés quotidiennement depuis la mi-novembre », a poursuivi le haut fonctionnaire.  Les pertes civiles sont significatives et des centaines ont été blessées, à la fois dans la Ghouta orientale et à Damas, visée par des obus tirés depuis l’enclave assiégée. 

Au cours des semaines écoulées, l’ONU et ses partenaires humanitaires ont été en mesure de venir en aide à seulement 7% de la population de la Ghouta orientale.  Le manque de vivres a conduit à la hausse de nombreux cas de malnutrition aiguë, et une étude du secteur de la nutrition menée en novembre a montré une rapide détérioration de la santé des enfants âgés de moins de 5 ans.  Près de 12% d’entre eux ont été diagnostiqués avec une malnutrition aiguë, soit cinq fois plus qu’au cours des 10 derniers mois.  Il s’agit du taux le plus élevé constaté dans le pays depuis le début du conflit, a souligné le Secrétaire général adjoint.  « Ces enfants, dont les vies dépendent d’une intervention humanitaire, ont besoin de notre soutien immédiat », s’est alarmé M. Lowcock.  De plus, plus de 500 personnes dans la Ghouta orientale nécessitent une évacuation immédiate pour recevoir des soins d’urgence, a-t-il poursuivi.  Parmi eux, 137 enfants, 231 fillettes et femmes, et 61 personnes âgées de plus de 65 ans.  « Il y a également 73 personnes atteintes d’un cancer grave, 25 patients d’une insuffisance rénale, et 97 avec des problèmes cardiaques », a précisé le Coordonnateur des secours d’urgence.  « Tout ce dont nous avons besoin, c’est du feu vert des autorités syriennes pour permettre à ces personnes de se rendre dans les hôpitaux », a-t-il plaidé.

L’accès humanitaire, a relevé le Secrétaire général adjoint, continue de se heurter à des restrictions dans toutes les localités assiégées et difficiles à atteindre.  En 2017 en moyenne, à peine 27% des personnes identifiées pour bénéficier d’une assistance dans le cadre des plans biennaux des Nations Unies ont reçu l’aide dont elles avaient besoin.  « Les obstacles bureaucratiques, tels que la non-délivrance des lettres de facilitation, continuent d’avoir un impact significatif sur ces retards, en dépit de la création d’un mécanisme de coordination tripartite pour répondre à ces problèmes », a expliqué M. Lowcock.  Jusqu’à présent, en décembre, aucun de nos convois n’a été en mesure de parvenir à quelque localité assiégée que ce soit, a-t-il reconnu.  L’ONU et ses partenaires ont été en revanche en mesure de fournir une aide à des millions de personnes dans le besoin dans les parties contrôlées par le Gouvernement syrien et grâce aux opérations transfrontalières.  Plus de 650 camions ont livré, ce mois-ci, une aide alimentaire à plus de 900 000 personnes.

Le Coordonnateur des secours d’urgence s’est ensuite alarmé de la situation de la population à Raqqa, où des pertes civiles continuent d’être constatées, principalement causées par les mines et les engins explosifs.  Dans la province de Deïr el-Zor, les offensives militaires pour reprendre les zones aux mains de Daech continuent de provoquer des déplacements de population.  Plus de 250 000 personnes ont ainsi été déracinées de leurs foyers en novembre.  Et dans les provinces d’Hama, d’Alep et d’Edleb, plus de 90 000 personnes de plus ont été déplacées par les combats au cours des deux derniers mois.  « Octobre et novembre ont été les pires mois de l’année pour les déplacements de population, portant le nombre total à 2,6 millions, soit 7 700 déplacements par jour », s’est désolé le haut fonctionnaire.  En conclusion, M. Lowcock a lancé un appel au Gouvernement syrien, pour qu’il autorise la livraison d’une aide humanitaire vitale dans le camp de Rubkan, situé à la frontière avec la Jordanie.

Les membres du Conseil de sécurité étaient saisis d’un rapport du Secrétaire général* qui contient une série d’informations communiquées par divers organismes des Nations Unies sur l’acheminement de l’aide humanitaire en Syrie au cours du mois écoulé.

Le rapport du Secrétaire général reconnaît des améliorations, en particulier à travers l’assistance du Gouvernement syrien à la population, a noté le représentant de la Syrie après cette intervention.  Il a toutefois regretté que le Secrétariat se fonde sur des sources « non fiables », et a rejeté les critiques relatives aux obstacles administratifs délibérés dans l’acheminement de l’aide.  Au contraire, a-t-il assuré, le Gouvernement syrien a approuvé la proposition du Coordonnateur des secours d’urgence sur la mise en place d’un mécanisme tripartite, lequel a tenu cinq réunions à ce jour, « contrairement à ce l’on prétend dans le rapport ».  D’autre part, depuis la création de zones de désescalade, l’aide est dépêchée à ceux qui la méritent et non aux terroristes armés, a ajouté le délégué syrien.  Il a déploré le fait que l’on reproche aux autorités syriennes d’avoir retiré des fournitures médicales des convois. 

Le représentant de l’Uruguay a salué le renouvellement du mécanisme d’aide transfrontalière avant de plaider en faveur de l’acheminement libre de l’assistance humanitaire dans toutes les zones.  Il a appuyé la requête du Secrétaire général pour le renvoi de la situation en Syrie à la Cour pénale internationale (CPI), notamment en cas de crimes très graves.  D’après lui, « la barbarie terroriste et l’utilisation géopolitique du conflit par plusieurs États de la région et étrangers ont aggravé et prolongé cette crise ».  Deux ans après la résolution 2254 (2015), a-t-il déploré, il n’y a pas encore eu de négociations directes entre les parties, et le processus de transition politique, avec une feuille de route et des échéanciers clairement établis, n’a pas été mis en œuvre.  Il a toutefois encouragé l’Envoyé spécial à persévérer dans la recherche d’idées pour réactiver le processus. 

Pour sa part, le représentant de la Bolivie a reconnu les efforts du Gouvernement et du peuple syriens dans la lutte contre Daech et condamné tout acte de terrorisme.  Il a appelé à prendre les mesures nécessaires aux fins de prévenir, à court terme, la réorganisation ou la résurgence de nouveaux groupes terroristes.  Il a aussi espéré la reconstruction de la Syrie, à moyen terme, soulignant que « toute action militaire unilatérale est totalement illégale et contraire aux principes de la Charte ».  Enfin, il a jugé impératif de mettre en œuvre la résolution 2254 (2015) et d’avancer dans le processus constitutionnel et en vue de nouvelles élections sous la supervision des Nations Unies, sans conditions préalables. 

* S/2017/1057

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