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CS/13107
7 décembre 2017
8124e séance – matin

Conseil de sécurité: « risque d’escalade » au Soudan du Sud, quatre ans après le début du conflit

« Extrêmement préoccupé » par la situation sécuritaire très grave au Soudan du Sud, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean-Pierre Lacroix, a prévenu le Conseil de sécurité, ce matin, du « risque d’escalade » du conflit et des affrontements intercommunautaires à l’approche de la saison sèche, avec des répercussions catastrophiques potentielles sur la population civile.

La séance du Conseil, qui s’est tenue à huit jours de l’expiration du mandat de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), a aussi été l’occasion pour le Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock, de dresser un bilan alarmant de la crise humanitaire dans le pays.  L’Envoyé spécial de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), M. Ismail Wais, est, pour sa part, revenu sur les propositions faites avec « 48 parties prenantes » lors des consultations préalables à la tenue du forum de haut niveau pour la revitalisation.

« Le conflit au Soudan du Sud entre dans sa cinquième année.  Nous sommes convaincus que seuls le forum de haut niveau pour la revitalisation et le dialogue national peuvent enrayer l’aggravation de la crise.  Mais les combats ne peuvent se poursuivre simultanément aux efforts pour faire advenir une paix durable », a tranché le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, en rappelant aux parties les mesures que le Conseil avait exigées d’elles le 23 mars dernier

Il s’agissait tout d’abord du respect immédiat du cessez-le-feu permanent et de la levée des obstacles à l’acheminement de l’aide humanitaire, puis de la nécessité, pour les parties, d’appuyer les efforts de l’ONU, de l’Union africaine et de l’IGAD pour garantir la mise en œuvre de l’Accord de paix et le caractère inclusif du dialogue national. 

Le Conseil avait aussi enjoint les parties de lever les obstacles aux opérations de la MINUSS et du Mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, et de cesser les attaques contre leurs personnels.  Enfin, il leur était demandé de cesser tous les actes d’obstruction et d’agression perpétrés contre les agents humanitaires nationaux et internationaux, a rappelé le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix. 

« Plus que jamais, j’exhorte ce Conseil à rester vigilant, à redoubler d’efforts pour condamner et faire cesser la violence, à protéger les civils et à faciliter d’urgence un règlement politique du conflit », a insisté le haut fonctionnaire, avant de rendre compte des efforts entrepris par la MINUSS pour être plus « proactive, robuste et rapide » dans l’application de son mandat.

Actualisant le dernier rapport trimestriel du Secrétaire général sur les activités de la MINUSS, le Secrétaire général adjoint a assuré que ces derniers mois, les Casques bleus se sont mobilisés pour protéger les installations humanitaires, faciliter la livraison de l’aide dans les zones dangereuses et contribuer à l’évacuation des travailleurs humanitaires piégés par les affrontements.

La Mission est également intervenue pour protéger les civils « des enlèvements, des recrutements, des violences sexuelles et du harcèlement », y compris dans des zones jusqu’alors difficiles d’accès, comme au sud-ouest de Wau et dans les Équatoria, a expliqué le Secrétaire général adjoint.

Mais ces efforts ont été déployés à mesure que le conflit s’étendait à travers le Soudan du Sud, émaillé d’« offensives militaires qui ont contraint des dizaines de milliers de civils à fuir », s’est alarmé le Secrétaire général adjoint.  Il a attiré l’attention sur le fait qu’au plus fort des combats entre l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition (M/APLS dans l’opposition), « plus de 2 000 civils traversaient quotidiennement la frontière avec l’Ouganda ».

Si plus de deux millions de personnes ont déjà fui le Soudan du Sud depuis le début du conflit, sept millions –soit les deux-tiers de la population restante– continuent d’avoir besoin d’assistance dans le pays, a relevé le Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock.  Sur 1,9 million de déplacés internes environ, 210 000 ont trouvé refuge dans les sites de protection des civils administrés par la MINUSS.

« En cette fin d’année, 1,25 million de Sud-Soudanais se trouvent en situation d’urgence, soit deux fois plus que l’année dernière à la même époque », a alerté le Coordonnateur des secours d’urgence.  Au début de l’année 2018, la moitié de la population dépendra de l’aide alimentaire d’urgence avant que la saison maigre ne favorise, dès le mois de mars, la famine dans différentes régions du pays.

Des vols de bétail et des litiges fonciers sont à l’origine des incidents intercommunautaires meurtriers, indique le Secrétaire général dans son rapport.  Les dernières échauffourées entre Murle et Dinka, le 28 novembre, ont fait 45 morts et 19 blessés, sans compter les huttes et les maisons incendiées par centaines.  Or, a constaté le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, ces violences ont éclaté exactement six mois après la signature d’un accord de cessation des hostilités entre ces deux peuples, d’où l’importance de continuer à s’engager dans les efforts de réconciliation, a-t-il insisté.

Dans ce contexte, il faut espérer que le forum de haut niveau pour la revitalisation de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) ne soit pas celui de la « dernière chance », a dit l’Uruguay, mais qu’il enclenche « un processus durable de nature à contraindre toutes les parties à la cessation des hostilités et à la mise en œuvre inclusive de l’Accord de paix en vue d’une transition couronnée de succès », a plaidé, à son tour, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.

Le représentant du Soudan du Sud a réitéré l’engagement de son gouvernement en faveur du forum, affirmant que des consultations venaient de se tenir en ce sens.  S’exprimant par visioconférence depuis Addis-Abeba, l’Envoyé spécial de l’IGAD, M. Ismail Wais, a précisé que toutes les parties prenantes avaient proposé la signature d’une « charte politique de renonciation à la violence » avant la tenue du forum, plus tard ce mois-ci.

M. Wais a également mentionné les trois options à l’étude pour une restructuration du pays: un « retour à 10 États fédérés »; le « maintien du nombre actuel de 32 États et une renégociation du partage des pouvoirs »; ou « un retour aux trois régions de Bahr el-Ghazal, de l’Équatoria et du Haut-Nil ».

S’agissant du futur gouvernement de transition, a poursuivi l’Envoyé spécial, cinq options sont sur la table: le maintien du statu quo; le retour au statu quo antérieur au 8 juillet 2016; la reconstitution de l’Accord de paix pour inclure de nouvelles parties; la formation d’un nouveau gouvernement transitoire composé de technocrates; ou la formation d’un nouveau gouvernement transitoire hybride composé à la fois de technocrates et de politiques. 

Enfin, dans le cas d’un système de gouvernance rénové, deux options ont été proposées pour la présidence pendant la période intérimaire, dont la durée pourrait varier entre 2 et 10 ans, a conclu M. Wais: une présidence tournante ou une présidence « symbolique » avec un premier ministre chargé du pouvoir exécutif.

Abordant la question du renouvellement du mandat de la MINUSS, le représentant sud-soudanais s’est félicité de ce que, pour « la première fois », son gouvernement ait été associé aux délibérations, « un changement bienvenu ».  Djouba, a-t-il dit, souhaiterait notamment que la Mission s’engage dans le « renforcement des capacités humaines et institutionnelles » et dans « des projets de développement ».

La Bolivie a appuyé la proposition du Secrétaire général de proroger le mandat de la MINUSS de deux mois, en attendant de finaliser « l’examen stratégique ».  Elle a plaidé pour la multiplication des patrouilles de Casques bleus dans les zones où les affrontements sont les plus virulents.

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