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CS/13099
29 novembre 2017
8118e séance – après-midi

Péninsule coréenne: appels au Conseil de sécurité pour une solution politique, après le tir de missile d’une portée sans precedent de la RPDC

Au lendemain du nouveau tir de missile balistique intercontinental de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), capable de frapper le territoire des États-Unis, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Jeffrey Feltman, a souligné, cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, la nécessité d’une solution politique à la situation dans la péninsule coréenne, en raison « des risques graves inhérents à toute confrontation militaire ».  La déléguée américaine a assuré qu’une guerre aboutirait à la destruction du régime nord-coréen. 

Le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques a commencé son intervention en indiquant que le missile balistique de la RPDC lancé le 29 novembre à 2 h 48, heure locale, avait couvert une distance de 950 kilomètres et atteint une altitude de 4 500 kilomètres.  Les paramètres indiquent que, si le missile avait suivi une trajectoire standard, il aurait eu une portée de plus de 13 000 kilomètres, a-t-il précisé.

Notant les tensions créées par les tirs balistiques et nucléaires répétés de la RPDC, il a souligné la nécessité d’une solution politique, avant d’en appeler à l’unité du Conseil pour aboutir à « un engagement diplomatique robuste ».  C’est une chance qui doit être saisie en ces temps périlleux pour établir les conditions propices à des négociations, a poursuivi M. Feltman.  « Rien n’est plus dangereux pour le monde que ce qui se déroule actuellement dans la péninsule coréenne », a-t-il mis en garde.

De son côté, le Président du Comité des sanctions établi par la résolution 1718 (2006), M. Sebastiano Cardi, a noté l’importance de la résolution 2375 (2017), adoptée en septembre, qui a considérablement élargi la portée du régime de sanctions, le plus rigoureux au monde.  Le Comité veille à faciliter la mise en œuvre de toutes ces mesures, a-t-il assuré, en mentionnant la réunion qui s’est tenue le 9 octobre dernier pour expliquer en détail ce régime de sanctions aux États Membres. 

Le délégué du Japon, pays dont le territoire a été survolé par le tir de la RPDC, s’est dit convaincu que la mise en œuvre des sanctions du Conseil était efficace.  « La communauté internationale doit exercer une pression maximale sur les autorités nord-coréennes afin qu’elles changent radicalement de comportement », a-t-il déclaré.  Une position partagée par la plupart des délégations, dont le Royaume-Uni, qui a jugé que le recours à la force serait « dévastateur ». 

De son côté, le délégué de la République de Corée a considéré qu’il existait encore une « fenêtre d’opportunité, aussi étroite qu’elle puisse être ».  « La RPDC commet une erreur grave si elle sous-estime la détermination de la communauté internationale », a-t-il affirmé.  Le délégué de la France a plaidé pour un renforcement du régime de sanctions, tandis que le délégué de la Bolivie a proposé que le Conseil mandate le Secrétaire général pour une mission de bons offices. 

Pour sa part, la représentante des États-Unis a durci le ton, en avertissant que si la guerre, que son pays ne veut pas, devait se produire, « le régime nord-coréen serait complètement détruit ».  Elle a en outre souligné les « violations flagrantes du régime de sanctions », notamment en ce qui concerne les exportations de charbon par la RPDC.  La représentante a en outre accusé la Chine de fournir du pétrole à la RPDC, avant d’enjoindre ce pays « à prendre la bonne décision pour tous et devenir la figure de proue » des efforts de la communauté internationale. 

« C’est lorsque les parties s’engagent dans un dialogue que l’espoir de paix renaît », a réagi le représentant de la Chine, qui a demandé la suspension des « grandes manœuvres militaires conjointes » de la Corée du Sud et des États-Unis.  Il a rappelé que le 4 juillet, une feuille de route avait été rendue publique à l’initiative de Moscou et de Pékin, qui propose l’arrêt simultané des essais nucléaires et balistiques nord-coréens d’une part, et celui des manœuvres militaires conjointes des États-Unis et de la Corée du Sud d’autre part. 

Un point de vue repris par le délégué de la Russie, qui a plaidé pour la recherche d’une confiance mutuelle, dans la continuité de la feuille de route sino-russe.  Il a également dénoncé l’« hyperactivité » des États-Unis, marquée par l’envoi de bombardiers et de porte-avions, mais aussi par le déploiement du système antimissiles THAAD.  Il s’agit là d’un « facteur d’irritation » qui sape l’équilibre militaire des États de la région, a-t-il conclu. 

NON-PROLIFÉRATION/RÉPUBLIQUE POPULAIRE DÉMOCRATIQUE DE CORÉE

Déclarations

M. JEFFREY FELTMAN, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, a indiqué que le missile balistique de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) lancé le 29 novembre, à 2 h 48, heure locale, avait couvert une distance de 950 kilomètres et atteint une altitude de 4 500 kilomètres avant de s’abîmer dans la mer et la zone économique exclusive du Japon.  Les paramètres indiquent que si le missile avait suivi une trajectoire standard, il aurait eu une portée de plus de 13 000 kilomètres, a-t-il dit, ajoutant que c’était le troisième tir de missile balistique effectué par la RPDC en moins de six mois et le vingtième depuis le début de l’année. 

Les organes de presse de la RPDC ont indiqué que ce pays était désormais capable de frapper le territoire continental des États-Unis et avait achevé « la grande cause historique » qu’est la constitution d’une force nucléaire.  M. Feltman a précisé que c’était la treizième fois que le Conseil était saisi du dossier de la RPDC.  Notant les tensions créées par ces tirs balistiques et nucléaires, il a souligné la nécessité d’une solution politique pour inverser cette dynamique.  « Étant donné les risques graves inhérents à toute confrontation militaire, il est de la responsabilité essentielle de ce Conseil de mettre tout en œuvre pour prévenir une escalade », a-t-il dit, ajoutant que l’unité du Conseil était critique.  Il a noté que le Conseil avait ouvert la voie pour un engagement diplomatique robuste, « une chance qui doit être saisie en ces temps périlleux » pour établir les conditions propices à des négociations. 

M. Feltman a indiqué que le dernier tir de la RPDC était une violation des résolutions du Conseil, avant de rappeler que le Secrétaire général avait exhorté la RPDC à éviter toute action déstabilisatrice supplémentaire.  Il a indiqué au représentant de la RPRC qu’il a vu ce matin que rien n’était plus dangereux pour le monde que ce qui se déroule actuellement dans la péninsule coréenne.  Le Secrétaire général a insisté en outre sur l’importance d’une solution politique, a poursuivi le Secrétaire général adjoint.  Enfin, M. Feltman a rappelé que la situation humanitaire demeurait critique dans le pays, 70% de la population étant en insécurité alimentaire.  « Les États Membres doivent appuyer les activités vitales accomplies par les organisations humanitaires dans le pays. » 

Le Président du Comité des sanctions établi par la résolution 1718 (2006), M. SEBASTIANO CARDI (Italie), a fait le point sur les activités du Comité pendant la période allant du 12 septembre 2017 au 29 septembre 2017.  Il a notamment expliqué qu’après l’adoption de la résolution 2375 (2017) le 11 septembre dernier, « un texte qui a considérablement élargi la portée du régime de sanctions », le Comité s’est attelé à faciliter la mise en œuvre de toutes ces mesures et poursuit ses efforts en ce sens. 

Ainsi, dans le cadre de ses activités de sensibilisation, le Comité a organisé une réunion ouverte à tous les États Membres de l’ONU, le 9 octobre dernier, pour leur expliquer en détail ce régime de sanctions élargi ainsi que leurs obligations en tant qu’États Membres à cet égard. 

Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) a estimé que la Corée du Nord a « choisi l’agression ».  Le comportement de ce régime est devenu de plus en plus « intolérable », comme en témoigne le fait que plus de 20 pays ont restreint ou mis fin aux relations diplomatiques avec Pyongyang, a-t-elle souligné.  « Tous ceux qui ont agi en ce sens l’ont fait en raison des préoccupations profondes que suscite le programme nucléaire de la Corée du Nord », a assuré la représentante.

« Hélas », tous les États Membres n’ont pas respecté les dispositions des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment en ce qui concerne les exportations de charbon par la RPDC, a constaté la représentante, qui a dénoncé les « violations flagrantes du régime de sanctions ».  Sa délégation a donc incité tous les États Membres qui ne l’ont pas encore fait à rompre leurs relations diplomatiques et à suspendre les échanges commerciaux avec ce pays.  Mme Haley s’est ensuite déclarée « horrifiée » par les informations selon lesquelles un transfuge nord-coréen aurait développé un parasite d’une taille effrayante et que des « grains de maïs non cuisinés » auraient été détectés dans son estomac. 

Affirmant que la Corée du Nord ne souhaite pas négocier, elle a estimé que la communauté internationale doit continuer de traiter ce pays en « paria ».  La représentante a en outre accusé la Chine de fournir du pétrole à la RPDC.  Selon elle, il faut mettre fin à ces exportations de carburants pour contraindre le régime à changer d’attitude.  « Le Président chinois doit prendre la bonne décision pour tous et devenir la figure de proue » des efforts de la communauté internationale, ou « nous prendrons les choses en mains », a prévenu Mme Haley.  « Nous n’avons jamais cherché la guerre avec la Corée du Nord, mais si elle devait se produire, le régime nord-coréen serait complètement détruit », a ajouté en conclusion la déléguée américaine.

M. KORO BESSHO (Japon) a déploré que, de nouveau, aujourd’hui même, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) ait décidé d’ignorer complètement les appels répétés de la communauté internationale de renoncer à ses programmes de développement nucléaire et balistique.  En procédant à un nouveau tir de missile balistique de longue portée, la Corée du Nord viole de manière flagrante les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, a-t-il insisté.  Le délégué japonais a condamné ce tir de missile « inacceptable » et exhorté la RPDC à mettre immédiatement fin à ses activités illégales et à ses provocations.  Le Japon, a-t-il déclaré, « ne tolérera jamais l’existence d’une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire ». 

Pour lui, la portée des missiles de la RPDC confirme, s’il était encore besoin, que les agissements de ce pays constituent une menace à la paix et à la sécurité « de tous les États Membres ».  Il a estimé que dans un tel contexte, la communauté internationale, par l’intermédiaire du Conseil de sécurité, doit exercer une pression maximale sur les autorités nord-coréennes afin qu’elles changent radicalement de comportement et s’engagent sur la voie de la dénucléarisation.  À cet égard, il s’est dit convaincu que la mise en œuvre des sanctions du Conseil, y compris celles découlant des résolutions 2371 (2017) et 2375 (2017), est efficace.  M. Bessho a également souligné que les activités nucléaires et militaires de la RPDC se faisaient au détriment du bien-être du peuple nord-coréen, dont les besoins les plus élémentaires ne sont pas satisfaits. 

M. MATTHEW JOHN RYCROFT (Royaume-Uni) a jugé nécessaire de redoubler d’efforts pour que la RPDC change de cap.  Ce n’est pas la population de la RPDC qui menace le monde, c’est son régime irresponsable, a-t-il affirmé.  Il a appelé à un règlement politique de la situation, jugeant dévastateur un éventuel recours à la force.  Nous devons explorer tous les moyens diplomatiques à notre disposition, a-t-il dit. 

Le délégué a appelé à la pleine mise en œuvre des sanctions prises contre la RPDC.  Les États doivent fournir des informations sur la mise en œuvre de la résolution 2375 (2017), a-t-il tranché.  Il est encore possible pour la RPDC de prendre une décision responsable, de regagner la table des négociations et de respecter ses obligations, a conclu M. Rycroft.

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a demandé que cessent les violations répétées par la RPDC des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, qui constituent une menace pour la paix et la sécurité régionales et internationales.  Le représentant a vivement encouragé le Conseil à trouver un règlement politique à la question du programme nucléaire nord-coréen, plutôt que de privilégier un durcissement des sanctions pour parvenir à sortir de ce « cercle vicieux » fait de violations des résolutions du Conseil et de mesures additionnelles.

M. CARL ORRENIUS SKAU (Suède) a fermement condamné le test de missile balistique intercontinental d’hier qu’il a qualifié de « menace claire à la paix et la sécurité mondiales », de « provocation inacceptable » et de « violation des obligations internationales de la RPDC ».  Ces actions sont une menace à la fois pour sa propre région et pour toutes les autres, s’est indigné le représentant qui a exhorté le Gouvernement nord-coréen à respecter les décisions du Conseil de sécurité, à cesser ses provocations et s’engager dans un dialogue constructif, mais aussi à abandonner son programme nucléaire et de missiles de manière vérifiable et irréversible.  Il l’a aussi invité à revenir au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et à se soumettre au régime de garanties de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le représentant a souligné l’importance de l’unité des membres du Conseil sur ce dossier.  Les sanctions à elles seules ne règleront pas la situation dans la péninsule coréenne, a prévenu l’intervenant qui a suggéré qu’il fallait ouvrir la voie à une solution pacifique, diplomatique et politique.  Par conséquent, en plus de veiller à l’application stricte des sanctions, il a demandé au Conseil de sécurité de tout faire pour réduire les tensions en vue d’un règlement pacifique.

M. Orrenius Skau a ensuite salué les travaux du Comité des sanctions et l’a encouragé à poursuivre ses efforts de sensibilisation des États Membres à l’importance de l’application des régimes de sanctions, étant d’avis que plus peut être fait dans ce domaine.  Il a rappelé que les mesures préconisées par le Conseil de sécurité à l’encontre de la RPDC n’ont jamais eu pour objectif d’avoir un effet négatif sur l’aide humanitaire, regrettant à ce propos les allégations faites en ce sens. 

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) a qualifié le dernier lancement de missile de la RPDC de violation flagrante de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité et estimé qu’il augmente la menace nucléaire dans la région.  En dépit de tous les efforts diplomatiques déployés pour stopper le programme balistique de la RPDC, il a jugé que le pays n’a donné aucun signe de sa volonté d’infléchir son comportement.  Selon lui, cette politique irresponsable a déjà gravement miné le régime de non-prolifération dans son entier. 

M. Yelchenko a exhorté le leader nord-coréen à cesser ses provocations immédiatement.  Il s’est également dit en accord avec l’augmentation significative du régime de sanctions découlant des récentes résolutions du Conseil.  Le respect inconditionnel des résolutions est un prérequis pour faire baisser le niveau de menace nucléaire dans la région, a-t-il insisté, c’est pourquoi l’Ukraine soutien le travail constructif du Comité, en particulier les mises à jour des listes encadrées par les résolutions 2371 (2017) et 2375 (2017), ainsi que l’adoption de plusieurs notices d’aide à l’application.  Les mesures axées sur les résultats sont essentielles pour renforcer l’efficacité du régime de sanctions.  Il a conclu en prenant acte du refus manifeste de la RPDC de dialoguer: « Franchement, après deux mois et demi sans test ni tir, il y avait une lueur d’espoir quant à la possibilité d’un dialogue.  Mais le lancement d’hier a clairement démontré que le régime nord-coréen n’a pas envie de discuter. »

M. WU HAITAO (Chine) a exhorté la RPDC à respecter les résolutions du Conseil de sécurité et à mettre fin aux agissements susceptibles de raviver les tensions dans la péninsule coréenne.  « C’est lorsque les parties s’engagent dans un dialogue que l’espoir de paix renaît », a déclaré le représentant.  Cette année, le Conseil de sécurité a adopté les résolutions 2356 (2017), 2371 (2017) et 2375 (2017), qui ont démontré la détermination de la communauté internationale en faveur du régime de non-prolifération dans la sous-région et au-delà, a constaté le représentant, qui a considéré comme prioritaire d’appliquer strictement les dispositions de ce texte. 

La délégation chinoise a cependant demandé la suspension des « grandes manœuvres militaires conjointes » de la Corée du Sud et des États-Unis.  M. Wu a rappelé que le 4 juillet, une feuille de route a été rendue publique à l’initiative de Moscou et de Pékin, qui propose l’arrêt simultané des essais nucléaires et balistiques nord-coréens d’une part, et celui des manœuvres militaires conjointes des États-Unis et de la Corée du Sud d’autre part.  Pour la Chine, le Groupe d’experts rattaché au Comité des sanctions doit continuer de travailler « avec impartialité et neutralité ».  Enfin, a ajouté le représentant, les violations ne doivent pas avoir d’incidence sur l’acheminement de l’aide humanitaire à la population nord-coréenne. 

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a déclaré qu’il avait perdu espoir devant la situation en RPDC.  « Nous ne devons pourtant pas baisser les bras et nous devons tout mettre en œuvre pour aboutir à une solution politique », a-t-il dit.  Il n’y a pas d’autre option, a insisté M. Alemu.  Le délégué a exhorté la RPDC à changer de direction, avant de saluer les travaux du Comité des sanctions.  Il a rappelé, en conclusion, l’engagement de son pays en vue de parvenir à une solution politique dans la péninsule coréenne. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a estimé que cette nouvelle violation de la résolution par Pyongyang est regrettable et mérite la condamnation la plus ferme.  « Nous ne pouvons pas accepter l’idée que la RPDC puisse devenir une puissance nucléaire », a-t-il tranché.  Cependant, il ne peut y avoir de solution militaire à l’escalade des tensions actuelles, a souligné le délégué, en demandant que cesse ce cycle de « réactions et de contre-réactions », qui donnent le résultat contraire à celui escompté. 

Le représentant russe a affirmé que les États doivent faire preuve de volonté politique pour mettre en œuvre la résolution 2375 (2017).  Mais les mesures de sanctions ne sont qu’un instrument coercitif pour ramener la RPDC à la table des négociations, a-t-il tenu à rappeler, en soulignant qu’elles ne peuvent porter atteinte au bien-être de la population nord-coréenne.  Par ailleurs, pendant deux mois et demi, les États-Unis et leurs alliés ont « mis à mal la patience » de Pyongyang, en se livrant à des manœuvres militaires de grande ampleur, y compris celles annoncées pour le mois de décembre « aux frontières de la RPDC ». 

M. Nebenzia a plaidé pour la recherche d’une confiance mutuelle, dans la continuité de la feuille de route sino-russe, qui repose sur le gel simultané des essais nucléaires et des manœuvres militaires américano-sud-coréennes.  La délégation russe a de nouveau dénoncé l’« hyperactivité » des États-Unis, marquée par l’envoi de bombardiers et de porte-avions, mais aussi par le déploiement du système antimissiles THAAD, un « facteur d’irritation » qui sape l’équilibre militaire des États de la région.  Appelant à la retenue, le délégué a demandé à la RPDC et aux États-Unis de suivre les recommandations de cette feuille de route. 

M. GORGUI CISS (Sénégal) a jugé que les tirs de la RPDC mettaient à rude épreuve la crédibilité du Conseil, avant d’appeler cet organe à réagir fermement.  Les mesures prises par la résolution 2375 (2017) doivent faire partie intégrante d’une stratégie globale et politique en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne, a-t-il dit, en plaidant pour une reprise du dialogue.  Il a noté les efforts déployés par les États Membres pour appliquer les sanctions prises, avant d’exhorter la RPDC à cesser les provocations et à s’engager pour une solution pacifique.  Pour y parvenir, la RPDC doit cesser toutes ses activités militaires d’une manière vérifiable et irréversible, a-t-il conclu. 

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a rappelé que le monde n’acceptera pas le statut de puissance nucléaire de la RPDC.  Les sanctions économiques doivent être intelligentes et ciblées, et la communauté internationale doit s’abstenir de privilégier un règlement militaire à une solution politique, a-t-il recommandé.  Le représentant a félicité le Président du Comité des sanctions pour la qualité de son travail au cours de l’année écoulée, en assurant qu’il avait sans aucun doute contribué à la mise en œuvre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a exhorté la RPDC à abandonner son programme nucléaire de manière irréversible et vérifiable.  Mon pays ne cessera jamais de condamner toute prolifération nucléaire, a-t-il poursuivi.  Il a dénoncé l’usage de la force pour régler une situation et souligné la nécessité de prévenir une escalade des tensions dans la péninsule coréenne. 

Mettant en garde contre toute initiative se déroulant en dehors du droit international, le représentant a appuyé la proposition chinoise d’un « double gel ».  Les sanctions ne sont pas une fin en soi mais un outil pour un retour à la table des négociations, a-t-il dit.  En conclusion, le délégué a proposé que le Conseil mandate le Secrétaire général pour une mission de bons offices. 

Avec le nouveau tir de missile balistique intercontinental effectué hier, la Corée du Nord a repris sa course irresponsable vers l’escalade et montre son jeu inacceptable, a constaté M. FRANÇOIS DELATTRE (France).  Selon lui, cette nouvelle provocation nous rappelle combien la donne a dangereusement évolué pour devenir « immédiate et globale ».  Dans ce contexte, a-t-il estimé, il est indispensable de mettre en œuvre les sanctions existantes de manière stricte et intégrale, même si elles ne sont pas une fin en soi et que la solution à cette crise majeure est avant tout politique. 

Mais en s’obstinant à braver nos injonctions et à mépriser nos appels à la raison, la Corée du Nord ne nous laisse pas d’autre choix que de renforcer la pression pour tracer la voie d’une solution négociée, a estimé M. Delattre.  « Ne nous voilons pas la face », a-t-il déclaré; face à la gravité de la situation, le renforcement des sanctions constitue l’unique moyen aujourd’hui d’atteindre l’objectif commun de ramener le régime nord-coréen à la table des négociations et de le faire renoncer à ses programmes « proliférants ».  Aussi la France s’est-elle dite favorable, en conclusion, à travailler avec ses partenaires à l’adoption de sanctions additionnelles, dans le cadre notamment de ce Conseil. 

M. ELBIO OSCAR ROSSELLI FRIERI (Uruguay) a réitéré sa condamnation du nouveau tir d’un missile balistique de possible portée intercontinentale par la Corée du Nord.  Tous ces essais sont à la fois « imprudents, irresponsables et inacceptables », a martelé le représentant, exhortant ce pays à abandonner ses programmes nucléaires existants « de manière complète, vérifiable et irréversible » et à mettre fin immédiatement aux activités connexes, y compris les tirs utilisant la technologie des missiles balistiques et autres « actes de provocation ». 

Pour le délégué, les trois tirs de missiles nord-coréens qui ont mis en péril le Japon et sa population cette année constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales.  Ce sont aussi des violations flagrantes du droit international, a-t-il insisté, enjoignant la Corée du Nord de respecter toutes les résolutions du Conseil de sécurité et de renoncer à ses ambitions nucléaires afin de retrouver le chemin du dialogue, l’objectif final devant être la dénucléarisation. 

Sans un régime de sanctions plus efficace, il ne sera pas possible de sortir du « cercle vicieux » qui veut que la Corée du Nord viole de manière systématique les résolutions du Conseil et se voit imposer des sanctions a posteriori sans que cela change en rien la situation, a poursuivi M. Rosselli Frieri.  Mais il faut aussi coordonner les stratégies pour arriver à une solution avec le régime nord-coréen, l’escalade actuelle des tensions risquant d’avoir des conséquences désastreuses pour la région et au-delà, a-t-il plaidé. 

Au moment où il achève son mandat de membre non permanent du Conseil, l’Uruguay, a conclu son représentant, constate qu’il y a eu, en l’espace de deux ans, une « prolifération » des instances traitant de la situation en Corée du Nord et rappelle qu’il a participé à l’adoption de cinq résolutions sur les sanctions sans que cela ait modifié la situation. 

M. SEBASTIANO CARDI (Italie) a souligné le danger pour les pays voisins que constituent les agissements de la RPDC.  Il a encouragé la communauté internationale à unir ses efforts, avant d’insister sur l’importance d’une unité préservée du Conseil.  Mon pays a interrompu la procédure d’accréditation de l’ambassadeur de la RPDC, a-t-il affirmé.  Il a indiqué que le régime de sanctions ne devait pas aboutir à aggraver le sort de la population de la RPDC.  Enfin, le délégué a appelé la RPDC à changer de cap.  C’est la seule façon d’aboutir à une solution pacifique, a-t-il conclu. 

En procédant, hier, à un nouveau tir de missile balistique, a déploré M. CHO TAE-YUL (République de Corée), la RPDC a mis un terme à une accalmie de 75 jours dans sa longue série de provocations.  Le représentant s’est dit véritablement « interloqué » par « le degré d’insouciance » dont a ainsi fait preuve le pays, au mépris de la communauté internationale, qui n’a pourtant eu de cesse de sommer unanimement la RPDC d’arrêter toute provocation.  En témoignent, selon lui, les mesures « solides et cinglantes » prises par de nombreux pays à l’encontre du programme nucléaire nord-coréen, allant de la mise en œuvre « approfondie » des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité à la restriction des relations commerciales et diplomatiques avec la RPDC.  Or, pour toute réponse, le pays s’est une fois de plus livré à un tir de missile de portée intercontinentale, s’est indigné le représentant.

Au cours des deux derniers mois, a indiqué le représentant, certains ont voulu voir dans l’absence de provocations nord-coréennes le signe d’une prise de conscience de la part du pays.  D’autres, a-t-il ajouté, nourrissaient même l’espoir que la RPDC continue dans cette voie, conformément à la résolution sur la trêve olympique adoptée début novembre par l’Assemblée générale.  Quelques-uns, enfin, sont allés jusqu’à interpréter « cette longue période de silence » comme la marque d’un assouplissement des tensions dans la péninsule coréenne.  Ces espoirs « bien intentionnés » risquent d’être réduits à néant par ce nouveau tir de missile, a regretté le représentant.

Toutefois, il serait encore prématuré d’abandonner tout espoir, a nuancé M. Cho.  À ses yeux, cette dernière sortie de route sur la voie de la dénucléarisation ne devrait pas décourager la communauté internationale.  « Aussi étroite qu’elle puisse être, il y a encore une fenêtre d’opportunité », a-t-il affirmé, appelant à faire preuve de patience et de persistance dans les efforts diplomatiques pour ramener la RPDC à la table des négociations.  Dans ce cadre, le représentant sud-coréen a estimé que le Conseil devrait continuer d’envoyer un message « sans équivoque » à la RPDC et renouveler son engagement à durcir les sanctions jusqu’à ce que le pays abandonne enfin son programme nucléaire.

De son côté, a-t-il poursuivi, la RPDC ne devrait pas « prendre à la légère » le message que lui adresse aujourd’hui le Conseil.  Il serait selon lui une erreur pour le pays de continuer à « sous-estimer » ou « mal évaluer » la détermination de la communauté internationale.  M. Cho a par conséquent exhorté Pyongyang à saisir l’opportunité qui lui était offerte de régler pacifiquement la question.  La communauté internationale, a-t-il affirmé, est prête à construire un meilleur avenir pour la RPDC, « à condition qu’elle fasse le bon choix ». 

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