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CS/13045
27 octobre 2017
8079e séance – matin

Conseil de sécurité: 17 ans après l’adoption de la résolution 1325, progrès isolés et « revers alarmants » dans la participation des femmes aux processus de paix

La participation des femmes aux processus de paix et politiques a connu des progrès isolés mais au cours de l’année écoulée, des « revers alarmants », s’est desolée la Directrice exécutive d’ONU-Femmes, Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, lors de la réunion biannuelle du Conseil de sécurité sur la problématique « femmes, paix et sécurité » à laquelle sont intervenues aujourd’hui 91 délégations.

Venue présenter le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la question, la Directrice exécutive d’ONU-Femmes a cité en exemple la conformité de l’Accord de paix en Colombie avec les exigences de la résolution 1325 (2000), qui demande aux États « de faire en sorte que les femmes soient davantage représentées à tous les niveaux de prise de décisions dans les institutions et mécanismes nationaux, régionaux et internationaux pour la prévention, la gestion et le règlement des différends ».

Cette résolution avait aujourd’hui un visage et une voix, ceux de Charo Mina-Rojas, coordonnatrice nationale de « Proceso de Comunidades Negras », qui a expliqué avoir pris part au processus de paix « historique » entre le Gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Un accord appelé, selon elle, « à faire école », dans la mesure où deux de ses dispositions sont « particulièrement progressistes » et pourraient amener des « changements significatifs » pour les futurs processus de paix dans le monde.  Elle a cité l’intégration implicite de la perspective « genre » comme principe intersectoriel et celle d’un chapitre ethnique qui offre des garanties importantes pour assurer l’autonomie, la protection et la promotion des droits des peuples d’ascendance africaine dans une perspective « genre, famille et génération ».

Malheureusement, a constaté la Directrice d’ONU-Femmes, la Colombie semble être une exception, comme en témoignent l’absence des femmes à la table des négociations de paix et leur faible taux de 3% parmi les Casques bleus déployés dans le cadre des opérations de maintien de la paix de l’ONU, un chiffre « inacceptable » en 2017, a tranché la Chef de cabinet du Secrétaire général, Mme Maria Luiza Ribeiro Viotti qui a confirmé la détermination de M. Antonio Guterres à se concentrer sur la prévention.

Engagé dans des discussions avec les pays fournisseurs de contingents, le Secrétariat de l’ONU est déterminé à accroître le nombre des femmes médiatrices, a assuré la haut-fonctionnaire, qui s’est lancée dans un plaidoyer en faveur des partenariats avec les organisations régionales et internationales et la société civile.  L’ONU, a-t-elle dit, entend s’engager plus systématiquement avec les organisations féminines, « partenaires naturelles de la prévention ».  

Mme Viotti a regretté les très nombreux exemples d’initiatives de prévention menées par les femmes qui sont soit insuffisamment appuyées, soit « déconnectées » des mécanismes nationaux et régionaux d’alerte rapide ou des organes décisionnels en général.  La Ministre des affaires étrangères de la Suède, Mme Margot Wallström s’est indignée, à son tour, que les organisations et réseaux de femmes reçoivent un « montant ridiculement bas » du financement du développement.  Cela doit changer, s’est-elle impatientée.

Cela change peut-être.  Plusieurs intervenants se sont félicités du Réseau de femmes médiatrices de la région méditerranéenne, lancé par l’Italie hier à Rome avec le soutien du Parlement.  En mars 2017, l’Union africaine avait déjà créé son « Réseau africain des femmes dans la prévention des conflits et la médiation de la paix », après celui des femmes nordiques médiatrices de la paix.

L’Éthiopie a fait état des politiques en matière d’égalité hommes-femmes de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).  Le Rwanda a signalé une initiative de la Communauté de l’Afrique de l’Est pour développer un « cadre destiné à renforcer le leadership des femmes » dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix.

Reste que c’est aux États Membres qu’il incombe au premier chef de mettre en œuvre la résolution 1325 (2000) et les huit autres résolutions pertinentes du Conseil de sécurité adoptées depuis 17 ans.  C’est ce que la France a dit qu’elle s’efforce de faire dans le cadre de son deuxième plan d’action national sur les femmes et la paix et la sécurité, couvrant la période 2015-2018.  Plusieurs pays ont en effet présenté leur plan d’action national.

Mais combien de résolutions, d’études, de réunions seront encore nécessaires pour en finir avec le chiffre « inacceptable » de 9% de femmes parmi les participantes aux quelque 30 grandes négociations menées ces 25 dernières années? s’est impatientée la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Mme Michaëlle Jean.  L’Équateur a dénoncé « les plafonds de verre, les échelles bancales et les sols glissants » qui retardent les progrès. 

« De quoi avons-nous peur?  D’être plus performants? », s’est demandée la Chef de l’OIF.  La Thaïlande n’a pas dit autre chose lorsqu’elle a appelé à la fin des préjugés sur ces femmes « pacificatrices douces, propagatrices d’un sentiment de sécurité ».  Non, les femmes sont « des agents efficaces du changement ».

Nous savons ce qu’il faut, a souligné la Ministre suédoise des affaires étrangères: « un espace politique, une société civile active et un renforcement constant des capacités » et les exemples sont là, a-t-elle dit, en revenant sur la Colombie où les organisations féminines ont ouvert la voie à leur inclusion dans le processus de paix mais aussi sur l’Afghanistan où le Haut Conseil de la paix compte 13 femmes et 39 hommes, et sur la Somalie, où le Forum national du leadership a fixé un quota de femmes au Parlement.  « Pas de femmes, pas de paix », a résumé la Ministre.

LES FEMMES ET LA PAIX ET LA SÉCURITÉ

Réaliser la promesse du programme concernant les femmes et la paix et la sécurité: assurer sa pleine application, y compris la participation des femmes

Rapport du Secrétaire général sur les femmes et la paix et la sécurité (S/2017/861)

Lettre datée du 20 octobre 2017, adressée au Secrétaire général par la Chargée d’affaires par intérim de la Mission permanente de la France auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2017/889)

Déclarations

Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI, Chef de Cabinet du Secrétaire général de l’ONU, a voulu insister sur la prévention, comme pilier essentiel de l’agenda sur les femmes et la paix et la sécurité et priorité du Secrétaire général.  Les liens entre prévention et égalité des sexes, a-t-elle dit, sont non seulement nombreux mais très clairs.  Elle a regretté les très nombreux exemples d’initiatives de prévention menées par les femmes qui sont soit insuffisamment appuyés soit déconnectés des mécanismes nationaux et régionaux d’alerte rapide ou des organes décisionnels en général.  Le Secrétaire général, a assuré sa Chef de Cabinet, est fermement déterminé à promouvoir l’égalité des sexes dans le travail de paix et de sécurité de l’ONU et à investir dans l’analyse de cette égalité dans les conflits.  Son Cabinet s’est d’ailleurs doté d’un Conseiller principal, avec rang de Secrétaire général adjoint, pour la prévention et le genre qui travaille à consolider les liens entre ces deux problématiques.

La Chef de Cabinet a expliqué que la visite que le Secrétaire général effectue en ce moment en République centrafricaine vise non seulement à appuyer l’opération de l’ONU en ce moment délicat mais aussi à voir par lui-même comment la nouvelle approche de la prévention de l’exploitation et des atteintes sexuelles change les choses sur le terrain.

Le Secrétaire général a aussi mis en place un plan concret pour parvenir à la parité entre les sexes au sein de l’ONU.  Comme cette parité est en échec dans les opérations de maintien de la paix, il travaille avec les pays contributeurs de troupes et de police pour accroître le nombre des femmes en uniforme car il est tout simplement « inacceptable » qu’en 2017, les femmes ne représentent que 3% des soldats de la paix, « la partie la plus visible de l’ONU ».  L’Organisation travaille aussi, a poursuivi la Chef de Cabinet, à accroître sa réserve de médiatrices.  Le nouveau Conseil consultatif sur la médication est d’ailleurs à la fois de haut niveau et paritaire.  Le nouveau Bureau de lutte contre le terrorisme intègre lui aussi la perspective genre dans ses efforts contre l’extrémisme violent.  Les propositions de réforme de l’architecture de paix et de sécurité du Secrétariat mettront aussi un accent fort sur le renforcement du lien entre les stratégies politiques et l’expertise genre.

Énumérant les cinq résolutions pour l’année à venir, la Chef de Cabinet a souligné que l’ONU entend s’engager plus systématiquement avec les organisations féminines comme « partenaires naturelles de la prévention ».  Elle fera aussi en sorte que ses initiatives de prévention et de suivi mettent l’accent sur les violations des droits des femmes.  L’ONU, a poursuivi la Chef de Cabinet, entend également s’attaquer aux causes structurelles et sous-jacents des crises, y compris les inégalités entre les hommes et les femmes.  Elle veut améliorer la collecte et l’analyse des statistiques sur le genre et encourage d’ailleurs les États à suivre les indicateurs d’égalité des sexes comme partie intégrante de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  L’égalité des sexes et la sécurité des femmes sont parmi les indicateurs les plus fiables de la paix, a insisté la Chef de Cabinet.

Dix-sept ans après l’adoption de la résolution 1325 (2000), la mise en œuvre demeure aléatoire, a-t-elle reconnu.  Si l’on comprend clairement le lien entre égalité des sexes, participation des femmes et stabilité et résilience, on ne fait pas assez pour opérationnaliser cette compréhension.  À partir de l’année prochaine, a annoncé la Chef de Cabinet, le rapport du Secrétaire général se concentrera sur les résultats et moins sur les activités.  Elle a invité tous les États Membres à partager leurs informations et leurs exemples et en dire plus sur l’impact de leurs politiques.  Profitons-en pour identifier les lacunes et tirer parti des succès, a-t-elle conclu, non sans oublier de souligner que la concrétisation de cette vision dépendra de la profondeur du partenariat avec les États, les organisations régionales et la société civile, conscients qu’une participation effective des femmes rend plus forts et plus viables les efforts de paix.

Si le rapport du Secrétaire général célèbre à juste titre des progrès accomplis dans la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) et des autres résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, « il met également en lumière nombre de tendances et de revers alarmants », a affirmé Mme PHUMZILE MLAMBO-NGCUKA, Directrice exécutive d’ONU-Femmes.  Elle a commencé par saluer l’Accord de paix qui est actuellement mis en œuvre en Colombie, lequel prévoit une centaine de dispositions relatives à l’égalité entre les sexes.  Malheureusement, a-t-elle constaté, ce pays semble être une exception dans le monde, comme en témoigne le fait que l’absence des femmes à la table des négociations de paix est plus souvent la norme que l’exception.  À la lumière des indicateurs dont nous disposons, nous avons constaté que nous faisons un peu moins bien qu’il y a un an, a révélé la Directrice exécutive.  Ainsi, à la Conférence de l’union pour la paix au Myanmar en 2016 –« avant la crise actuelle »– il y avait 7 femmes pour 68 hommes.  En République centrafricaine, aux récents pourparlers de paix qui se sont déroulés sous les auspices de la Communauté de Sant’Egidio, aucune femme n’était présente.  En Syrie, six ans après le début du conflit, la participation des femmes aux négociations de paix se limite pour l’essentiel à un rôle consultatif.  Cette « marginalisation politique » va au-delà des pourparlers de paix, a-t-elle indiqué.

À peine 17 pays ont une femme à la tête de l’État ou du gouvernement, dont un seul se relevant d’un conflit, le Liberia, a précisé la haut-fonctionnaire, cependant que la proportion de femmes parlementaires dans les pays en conflit et postconflit a stagné à 16%, ces deux dernières années.  Le recours à des quotas et à des mesures provisoires spéciales pourrait contribuer à remédier à cette situation, a poursuivi Mme Mlambo-Ngcuka, qui a relevé qu’en Somalie, la représentation des femmes au Parlement a atteint 25%, par rapport au taux de 14% lors du précédent cycle électoral.  Au Mali, a-t-elle encore noté, les femmes représentent 30% des candidats élus à Bamako, Gao et Tombouctou, soit quatre fois plus que lors des dernières élections locales. 

La Directrice exécutive a souligné que les atrocités commises contre les femmes et les filles en temps de conflit sont désormais connues de tous.  La communauté internationale a des preuves suffisantes des atrocités en Syrie, au Soudan du Sud ou en République centrafricaine.  En revanche, leurs auteurs continuent d’échapper à leurs responsabilités, tandis que les victimes ne reçoivent pas l’appui nécessaire, a dénoncé Mme Mlambo-Ngcuka. 

La Directrice exécutive a rappelé les programmes, qui n’existaient pas il y a encore 20 ans, et qui ont permis d’apporter un soutien à des centaines de milliers de victimes.  Cependant, de nombreuses autres n’en bénéficient pas en raison d’un manque de ressources, d’accès ou de sécurité, a-t-elle déploré.  Rappelant que les conséquences de la guerre pour les femmes et les filles ne se limitent pas à la violence sexuelle, la Directrice exécutive a souligné que les inégalités entre les sexes entravaient leur accès à la nourriture, à l’eau, à la santé, à l’emploi ou bien encore à l’éducation.  Au Yémen, un nombre significatif de filles de moins de 15 ans sont mariées, tandis que le nombre de femmes analphabètes devrait atteindre les deux tiers, effaçant les gains réalisés au cours des dernières décennies, a-t-elle dit. 

Mme Mlambo-Ngcuka a rappelé que la mortalité maternelle au Nigéria est près de 10 fois plus élevée dans le nord-est du pays, touché par un conflit, que dans le sud-ouest, en raison de la destruction des infrastructures de santé.  Il y a quelques mois, nous fêtions la libération de 82 écolières de Chibok, lesquelles sont devenues des jeunes femmes après trois ans de captivité, a noté Mme Mlambo-Ngcuka, ajoutant que celles-ci reçoivent désormais un soutien médical et éducatif. 

Venant aux défis et aux progrès liés au Conseil de sécurité, Mme Mlambo-Ngcuka a rappelé que le nombre de femmes dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU était encore très bas.  « Nous avons essayé de mettre un terme à l’exploitation et aux atteintes sexuelles commises par les soldats de la paix mais nous avons échoué », a-t-elle reconnu, en soulignant les conséquences négatives de cette situation pour la réputation de l’ONU.  Appelant l’ONU et les États Membres à y remédier, elle a jugé encourageants la réduction des allégations de violences sexuelles en République centrafricaine et les progrès accomplis dans le soutien apporté aux victimes.  Une culture de la responsabilité est en train de se mettre en place, a-t-elle affirmé.  La Directrice exécutive a en revanche déploré la réduction des postes de spécialistes de la problématique hommes-femmes en raison des coupes dans le budget du maintien de la paix.  Les missions et les équipes de pays ont pourtant davantage besoin de ces postes, que moins, a-t-elle dit. 

Mme Mlambo-Ngcuka a redit l’engagement d’ONU-Femmes à faire en sorte que l’analyse de la question du genre en temps de conflit soit dûment prise en compte lors de la création, du déploiement et du retrait des opérations de maintien de la paix.  Le Fonds de consolidation de la paix a alloué, en 2016, 19,2% de ses ressources à l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, dépassant la cible fixée de 15%, s’est-elle réjouie.  Mme Mlambo-Ngcuka a exhorté les États Membres à continuer d’appuyer le Fonds et a souhaité que la cible de 15% soit adoptée par les donateurs dans le cadre de la coopération bilatérale et multilatérale et par les fonds mis en place au profit de pays fragiles ou affectés par un conflit.  Le « Women’s Peace and Humanitarian Fund », le seul fonds onusien consacré aux femmes, à la paix et à la sécurité, devrait être doté de davantage de ressources, afin d’appuyer les organisations féminines en RDC, en Iraq ou bien encore en Palestine, a-t-elle déclaré. 

Mme Mlambo-Ngcuka a prévenu que les défenseures des droits des femmes n’ont jamais été autant la cible d’attaques.  Nous ne ferons jamais assez pour les protéger, a-t-elle dit, avant de se féliciter qu’elles soient désormais invitées par le Conseil à prendre la parole.  Si elle a salué l’adoption de résolutions consacrées exclusivement aux moyens de remédier à l’exploitation et aux atteintes sexuelles, elle a estimé que le Conseil pourrait faire plus pour « peser de tout son poids politique » derrière le programme relatif aux femmes et la paix et la sécurité.  La Directrice exécutive a souligné la nécessité de faire fond sur les gains enregistrés, au nombre desquels elle a mentionné l’établissement de listes régionales de femmes médiatrices ou bien encore l’adoption par 68 pays et territoires de plans d’action nationaux.  Nous menons 25 projets destinés à prévenir l’extrémisme violent dans plusieurs pays et régions, a-t-elle continué.  Elle a ajouté que plus de 60 pays, organisations régionales et internationales et ONG ont adhéré à l’Appel à l’action pour la protection contre la violence sexiste dans les situations d’urgence. 

Mme Mlambo-Ngcuka a salué l’adoption du Traité « historique » sur l’interdiction des armes nucléaires et souligné les signes encourageants pour l’égalité des sexes recensés dans les tribunaux internationaux.  Il y a quelques jours, la Cour de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a créé un précédent en rendant sa toute première décision sur la violation du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique, dit Protocole de Maputo, a-t-elle relevé.  En conclusion, la Directrice exécutive a reconnu que le programme relatif aux femmes et la paix et la sécurité, devenu un pilier essentiel des affaires internationales, n’en était qu’au début de sa mise en œuvre. 

Au nom du Groupe de travail des ONG sur les femmes et la paix et la sécurité, Mme CHARO MINA-ROJAS, Représentante de la société civile et Coordonnatrice nationale de « Proceso de Comunidades Negras », a rappelé qu’elle était impliquée dans le processus de paix historique à la Havane entre le Gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).  En représentant le Conseil national afro-colombien pour la paix (CONPA), j’ai plaidé pour que l’on veille au respect des droits et que l’on réponde aux attentes des peuples d’ascendance africaine dans l’Accord de paix, a-t-elle dit.

Je suis en mesure de parler comme témoin de l’importance des négociations et des processus de mise en œuvre inclusifs qui soutiennent la participation des femmes de différentes origines ethniques, emblématiques des objectifs et principes de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.  Deux dispositions de l’Accord de paix étaient particulièrement progressives et pourraient amener des changements significatifs pour les futurs processus de paix dans le monde: l’intégration implicite de la perspective « genre » comme principe intersectoriel et celle d’un chapitre ethnique qui offre des garanties importantes pour assurer l’autonomie, la protection et la promotion des droits des peuples d’ascendance africaine dans une perspective « genre, famille et génération ».

L’Accord de paix a une grande importance pour la société civile et nous nous attendons à ce que, dans sa mise en œuvre, cet engagement et la participation active des femmes, des groupes ethniques et de leurs communautés continuent. 

Néanmoins, la Colombie, a averti Mme Mina-Rojas, risque de gaspiller cette chance si le désarmement échoue et si les communautés les plus affectées par le conflit armé, y compris les militantes et les activistes des droits de l’homme, continuent à être ignorées dans la mise en œuvre de l’Accord de paix.  Je suis devant vous aujourd’hui pour rendre audible leur appel urgent et pour souligner que pour mon peuple, « c’est une question de vie ou de mort ».

Il y a trois domaines prioritaires sur lesquels j’aimerais mettre l’accent dans ma déclaration, a confié l’oratrice qui a cité la participation des femmes de différentes origines ethniques, la sécurité des défenseurs des droits de l’homme, des activistes de la société civile et des communautés autochtones et d’ascendance africaine, et la surveillance et la réalisation inclusives des processus de paix. 

Le premier domaine demande la participation continuelle des femmes, surtout des communautés diverses, dans toutes les matières relatives à la réalisation de l’Accord de paix.  Les femmes en Colombie et surtout celles d’ascendance africaine, se mobilisent depuis des décennies pour rendre visibles les violations de leurs droits et pour assurer des transformations significatives dans l’approche de la paix et de la sécurité.  En Colombie, a déploré la représentante, il n’y a aucune organisation ethnique représentative dans l’organisme de haut niveau sur le genre établi pour surveiller la mise en pratique du chapitre genre de l’Accord de paix.

Alors que les parties à l’Accord travaillent avec la communauté internationale pour démobiliser les combattants des FARC, les paramilitaires et les autres acteurs armés ont rempli le vide laissé par les FARC dans de nombreuses régions de la Colombie, pointant la nécessité urgente de consulter les organisations féminines locales et les leaders communautaires, de même que celle de les inclure dans la conception des stratégies de protection afin de sauvegarder leurs communautés. 

En consultation avec les communautés autochtones et d’ascendance africaine, le Conseil de sécurité et la communauté internationale doivent appuyer le Gouvernement colombien dans la conception et la mise en pratique de systèmes de sécurité et d’autoprotection communautaires qui tiennent compte de la question du genre.  Ignorer nos préoccupations sécuritaires et nos alertes a pour l’instant eu des conséquences dévastatrices, a rappelé Mme Mina-Rojas.

En ce qui concerne la nécessité de garantir la sécurité intégrale et collective qui comprend la sécurité physique des leaders et des communautés ainsi que le respect et la protection des territoires et des droits territoriaux, elle a indiqué que la prolifération des armes alimente la peur et les déplacements forcés dans les communautés autochtones et d’ascendance africaine, ce qui influe négativement sur la participation des femmes et leur mobilité,  en donnant lieu à une aggravation de la violence sexuelle et fondée sur le sexe. 

L’oratrice s’est dite alarmée par le nombre croissant d’assassinats et de menaces à l’égard des défenseurs et activistes des droits de l’homme partout en Colombie.  Les leaders et les membres du Conseil communautaire d’Alto et Frontera, une municipalité proche de la frontière avec l’Équateur continuent, par exemple, à être ciblés par des groupes paramilitaires et des détracteurs des FARC qui cherchent à contrôler le territoire afin d’y cultiver et de vendre la coca.  La semaine dernière, nous avons enterré Jair Cortés, le sixième leader tué dans cette municipalité.  Nous avons aussi été forcés d’évacuer plusieurs femmes leaders et leurs familles menacées de mort.

La violence sexuelle et fondée sur le sexe et la stigmatisation qui l’accompagne, surtout contre les femmes autochtones et d’ascendance africaine et leurs enfants, représentent une question de sécurité intégrale et collective.  Le silence qui entoure ces crimes est plus condamnable encore que les crimes eux-mêmes.  Les femmes activistes risquent leurs vies pour porter leurs cas devant la justice. 

Il faut de toute urgence établir une ligne de communication directe entre les autorités autochtones et d’ascendance africaine, les organisations féminines et la juridiction spéciale pour la paix, dont la Commission vérité, coexistence et non-répétition, pour que ces cas deviennent une priorité, que leurs auteurs soient traduits en justice et que les victimes aient accès aux soins et à un appui psychosocial.

Pour terminer, a indiqué Mme Mina-Rojas, il est crucial que le plan- cadre pour la mise en œuvre de l’Accord de paix inclue des objectifs et des indicateurs spécifiques pour mesurer les progrès et les résultats des politiques, programmes et réformes, à la lumière des besoins, des valeurs et des droits des peuples autochtones et d’ascendance africaine. 

Il est indispensable que le Gouvernement colombien et sa commission de mise en œuvre acceptent et incluent les indicateurs ethniques, y compris les indicateurs fournis par les organisations autochtones et d’ascendance africaine plus tôt ce mois-ci.  Ces indicateurs doivent être soutenus par une véritable volonté politique.  Ils aideront à transformer les conditions de la guerre qui entravent le bien-être des femmes autochtones et d’ascendance africaine et leurs communautés et avancer vers le développement social et la sécurité collective. 

Pour les femmes d’ascendance africaine, assurer leur sécurité collective nécessite aussi que les principes de consentement libre, préalable et informé, de consultation, d’autonomie, d’intégrité culturelle et de participation soient respectés et que les droits de l’homme inscrits soient inconditionnellement encouragés et protégés.  Afin d’atteindre la paix en Colombie et ailleurs, il n’est pas seulement question de mettre fin à la guerre et à la violence, mais aussi de traiter collectivement les causes profondes du conflit, y compris les injustices sociales, qu’elles soient liées au sexe ou à la race, et de promouvoir le bien-être de toutes les personnes de toutes origines et toutes religions.

Cela implique aussi l’appui aux efforts des femmes en faveur de la démilitarisation et du désarmement.  Tous les acteurs, y compris le Conseil de sécurité, le système de l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales, et surtout les États Membres, ont la responsabilité d’honorer leurs obligations.  S’il est mis en pratique et bien financé, l’agenda sur les femmes, la paix et la sécurité peut ouvrir le chemin de la paix en Colombie et dans le monde.  L’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et la protection des droits des femmes sont fondamentales pour la prévention des conflits et une paix durable, a insisté Mme Mina-Rojas. 

Mme MICHAËLLE JEAN, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a demandé combien de résolutions, d’études, de réunions seront encore nécessaires pour en finir avec le chiffre « inacceptable » de 9% de femmes parmi les participants aux quelque 30 grandes négociations menées ces 25 dernières années.  « De quoi avons-nous peur?  D’être plus efficaces? » a-t-elle lancé, avant d’appeler les organisations internationales et les États à s’engager résolument, avec la société civile, à identifier et mobiliser de manière plus systématique et coordonnée des femmes pour s’asseoir à toutes les tables de négociation.  Mme Jean a également déploré le chiffre « dérisoire » de 3% de femmes seulement parmi le personnel militaire des missions de la paix de l’ONU alors qu’il est démontré que leur présence contribue à un meilleur comportement des forces de sécurité et accroît la crédibilité des missions.  « De quoi avons-nous peur?  D’être plus performants? ». 

Impliquée depuis plus de 15 ans dans la contribution francophone aux opérations de maintien de la paix, l’OIF se mobilise sur le terrain pour encourager la participation des femmes et former les forces de sécurité aux droits des femmes.  La Secrétaire générale a ajouté qu’il faut faire plus pour l’intégration économique et sociale des femmes parce que la paix, la stabilité et la sécurité dépendent aussi d’un développement partagé et inclusif.  Il faut faire plus pour le financement en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité, plus pour une pleine reconnaissance de toutes les formes de discrimination et des crimes commis contre les femmes, plus pour que cesse l’impunité.

Mme IVANNA KLYMPUSH-TSINTSADZE, Vice-Premier Ministre de l’intégration européenne et euro-atlantique de l’Ukraine, s’est dite convaincue de la nécessité pour le Conseil de sécurité de renforcer la mise en œuvre de ses résolutions relatives à la problématique femmes, paix et sécurité.  D’une manière générale, a-t-elle préconisé, la communauté internationale doit accorder une attention suffisante à la protection des femmes dans les zones touchées par les conflits, et renforcer en parallèle leur participation significative aux processus politiques et de consolidation de la paix, tout en veillant à la complémentarité de ces deux piliers.  Dans ce contexte, elle a estimé que le déploiement de conseillères de la problématique hommes-femmes et de la protection des femmes au sein des opérations de maintien de la paix est déterminant.

Depuis qu’elle est devenue membre non permanente du Conseil, l’Ukraine, a assuré Mme Klympush-Tsintsadze, a fait de la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) une priorité quotidienne.  Ainsi, en 2016, son gouvernement a adopté un plan national d’action pour la mise en œuvre de cette résolution pour la période 2016-2020, qui ambitionne d’élargir la participation des femmes aux processus de prise de décisions dans les domaines de la sécurité et de la défense nationales, et du maintien de la paix.  Ce plan a également pour objectif de garantir la protection des femmes et des filles, et de prévenir les violences dirigées contre elles et d’y répondre.  En outre, l’Ukraine, avec le soutien d’ONU-Femmes, s’est dotée d’une stratégie pluriannuelle de parité entre les sexes pour la sécurité et la défense, qui vise à accroître la représentation des femmes dans les forces armées.  La ministre a indiqué que le Président ukrainien venait tout juste de nommer une femme à la tête du processus de consolidation de la paix dans la région du Donbass, cependant que deux femmes font partie des groupes de travail de Minsk, en charge des questions humanitaires et politiques. 

« L’agression de l’Ukraine par la Fédération de Russie et l’occupation temporaire d’une partie du territoire national ont eu pour conséquence des violations généralisées des droits de l’homme, y compris des violences sexuelles et dirigées contre les femmes », a accusé en conclusion Mme Klympush-Tsintsadze, en faisant état du chiffre de 58% de femmes parmi les personnes déplacées par le conflit qui sévit dans l’est du pays. 

Mme MARGOT WALLSTRÖM, Ministre des affaires étrangères de la Suède, qui rentre à peine d’une visite à Hérat et Kaboul, en Afghanistan, où elle a pu rencontrer des filles et des femmes, s’est fait le porte-parole de leurs difficultés à joindre les deux bouts, à préserver la sécurité de leur famille et à éviter les risques de violence sexuelle.  « Que fait l’agenda femmes, paix et sécurité pour ces femmes? »  Eh bien, a répondu la Ministre, il devrait faire en sorte que ceux qui travaillent dans le secteur de la sécurité aient plus de collègues femmes; que les femmes médiatrices, formées entre autres par la Suède, aient un vrai rôle et travaillent sans craindre des menaces de mort; que la fille que j’ai rencontrée, âgée de 18 ans, mariée à 13 ans et mère de cinq enfants, eut été capable d’avoir 10 ans de plus pour grandir, avoir une éducation et réaliser ses rêves. 

« L’oppression des femmes est une maladie mondiale », s’est indignée la Ministre, dénonçant le fait que les femmes sont systématiquement sous-représentées dans les processus décisionnels, qu’elles sont moins bien payées que les hommes et que dans certains domaines, elles n’ont tout simplement pas de droits. 

La violence sexuelle, comme arme, est l’expression ultime de l’oppression des femmes, s’est encore indignée la Ministre.  Je l’ai vu de mes propres yeux, a-t-elle rappelé, lorsque j’étais la première Représentante spéciale du Secrétaire général pour la violence sexuelle dans les conflits entre 2010-2011.  Ce que j’ai réalisé, a-t-elle indiqué, c’est que nous commettons trois erreurs lorsque nous examinons la question d’une violence « inévitable, innommable mais un moindre crime ». 

La Ministre a insisté sur l’importance de la collecte et de l’analyse de données ventilées par sexe, par exemple sur le niveau d’éducation, les personnes déplacées et même le nombre de femmes et d’hommes policiers.  Il nous faut des rapports fondés sur une bonne analyse de données dûment collectées. 

Elle a souligné l’importance d’un autre élément, l’expertise.  Elle a dit craindre que dans la foulée des coupes budgétaires et des mandats intégrés, le nombre des spécialistes de la problématique hommes-femmes ne vienne à diminuer. 

La Ministre a enfin cité les organisations et réseaux de femmes qui reçoivent un montant ridiculement bas du financement du développement.  Cela doit changer, s’est-elle impatientée.  Nous savons ce qu’il faut, « un espace politique, une société civile active et un renforcement constant des capacités » et les exemples sont là, a dit la Ministre, en citant l’Afghanistan où le Haut Conseil de la paix compte 13 femmes et 39 hommes, la Somalie, où le Forum national du leadership a fixé un quota de femmes au Parlement, et la Colombie où les organisations féminines ont ouvert la voie à leur inclusion dans le processus de paix.  « Pas de femmes, paix de paix », s’est résumé la Ministre.

M. MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni) s’est voulu « franc »: nous nous réunissons ici pour répéter la même chose, demander que plus de femmes participent aux processus de paix et que l’on passe de la parole aux actes.  Séance après séance, rapport du Secrétaire général après rapport du Secrétaire général, on pose le même constat: la mise en œuvre du programme relatif aux femmes et la paix et la sécurité demeure insuffisante.  Le représentant a donc demandé aux États Membres à se montrer « très précis ».  Dans ce souci de précision, il a parlé de l’aide de son pays aux pays comme le Yémen, la Syrie ou la Somalie pour améliorer la participation des femmes, faire entendre leur voix et accroître leur influence.  Il a aussi rappelé que son pays s’est fait le « chantre » de la lutte contre l’exploitation et les atteintes.  Nous avons, a justement précisé le représentant, lancé 23 projets dans des zones de conflit afin d’aider les rescapées et lutter contre leur stigmatisation.  Deux millions de dollars ont été versés au Fonds d’affectation en faveur des victimes d’exploitation et d’atteintes sexuelles.  À ce propos, le délégué a jugé très préoccupant que le Secrétariat n’accorde plus la même importance aux spécialistes de la problématique hommes-femmes dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU. 

Pour la première fois de son histoire, le Royaume-Uni compte en même temps une femme Premier Ministre et une femme Présidente de la Cour suprême.  L’égalité des sexes reste au cœur de la politique étrangère, « nous devons pratiquer ce que nous prêchons quotidiennement », a conclu M. Rycroft, sous une salve d’applaudissements. 

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a rappelé que depuis son adoption il y a 17 ans, la résolution 1325 (2000) continue de se heurter à des difficultés de mise en œuvre.  Convaincu que des informations plus précises sont « indispensables », il a tout particulièrement souligné l’importance des données ventilées par sexe, pour surmonter les difficultés.  Il a donc salué l’initiative de certains États Membres de mettre au point un « indice femmes, paix et sécurité ».  La Bolivie, a-t-il dit, a élaboré des textes de loi pour promouvoir une société plus équitable, en insistant sur l’émancipation politique des femmes.  L’objectif de la parité a été atteint au Parlement, la Bolivie étant classée au deuxième rang mondial pour le nombre de femmes parlementaires.  Sur le plan économique, priorité est donnée au droit foncier des femmes, ce qui leur a permis d’acquérir, là aussi, une réelle autonomie.  Il y a 10 ans, a-t-il rappelé, 38% de personnes vivaient dans la pauvreté en Bolivie, contre 16% aujourd’hui, résultat d’une meilleure répartition des richesses, dont les femmes ont particulièrement bénéficié. 

M. FODÉ SECK (Sénégal) a rappelé que la résolution 1325 (2000) était « d’inspiration africaine, namibienne plus précisément ».  Après avoir pris connaissance des recommandations du Secrétaire général, le représentant a estimé que l’espoir est tout de même permis avec la mise en place de structures et d’instruments comme le Groupe informel d’experts chargé de la question des femmes et de la paix et de la sécurité, le Réseau des points focaux nationaux, le « Women’s Peace and Humanitarian Fund », qui sont tous venus renforcer les structures régionales et nationales.  L’Afrique participe à cette dynamique par le biais du Protocole de Maputo relatif aux droits des femmes et de la Déclaration solennelle sur l’égalité des sexes en Afrique de 2004.  De même, un poste d’envoyé spécial pour les femmes, la paix et la sécurité a été créé par la Commission de l’Union africaine, alors que le Réseau des femmes leaders africaines voyait le jour.

Au plan sous-régional, les membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont adopté la Déclaration de Dakar sur la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000).  Une Unité genre a même été créée au Secrétariat exécutif de la CEDEAO, tandis qu’ont été mis en place un plan stratégique sur le genre et une politique en matières sexospécifques.  Pour sa part, le Sénégal a intégré tous les instruments internationaux, régionaux et sous-régionaux dans son arsenal juridique.  Le pays a ainsi institutionnalisé le genre dans les interventions des forces de défense et de sécurité sénégalaises.  Quelque 113 Sénégalaises sont à présent déployées dans des missions de maintien de la paix. 

Le représentant a prôné le renforcement de la coopération avec les États pour une mise en œuvre effective des plans d’action nationaux élaborés en application de la résolution 1325.  Il a saisi cette occasion pour attirer l’attention sur « la particularité de la bande sahélo-saharienne où se développent de façon inquiétante l’extrémisme violent et le terrorisme ».  Pour le Sénégal, le Groupe d’experts informel, créé par la résolution 2242, ainsi que le Groupe de travail spécial sur la prévention et la résolution des conflits en Afrique gagneraient à travailler en meilleure coordination, et recenser ensemble les leçons apprises et les meilleures pratiques afin de les partager.  Il a conclu en citant le Secrétaire général qui a affirmé que « la mise en place de processus de paix inclusifs avec la participation effective des femmes devrait être la norme et non plus l’exception ».

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) a, à son tour, insisté sur la participation des femmes dans les processus de paix.  L’ONU doit montrer la voie, a-t-il dit, en faisant remarquer qu’au rythme actuel, il faudra 170 années pour arriver à la parité au sein de l’Organisation.  Le représentant a mentionné le lancement, hier, à Rome, du Réseau international des médiatrices pour former les femmes aux techniques de la médiation.  Pour la première fois, le Parlement a débloqué des fonds.  L’Italie a d’ailleurs fait une contribution à ONU-Femmes de 10 millions de dollars. 

Mme MICHELE J. SISON (États-Unis) a estimé que le rôle des femmes dans la paix et la sécurité est plus que jamais important et rappelé l’importance qu’il y à faire en sorte que les femmes prennent pleinement part aux processus décisionnels.  Ainsi, Washington a adopté, le 6 octobre, la loi 2017 sur les femmes, la paix et la sécurité, qui exige du Gouvernement qu’il établisse une stratégie complète permettant aux femmes de prendre part aux efforts de paix.  L’émancipation économique des femmes, a dit Mme Sison, est également une priorité pour les États-Unis, qui financent une initiative destinée à soutenir les projets des femmes d’affaires. 

La représentante s’est déclarée déçue que la participation des femmes aux processus de paix supervisés par les Nations Unies reste relativement faible, tout en se disant rassurée par les garanties données par le Secrétaire général de remédier à cette situation.  Elle s’est félicitée de l’annonce faite par le Secrétariat de créer un groupe consultatif de haut niveau sur la médiation.  « Un accord a plus de chances d’être conclu si les femmes participent au processus de paix », a argué la déléguée.  S’agissant du terrorisme et de l’extrémisme violent, la représentante a préconisé que l’on sollicite davantage les activistes locales pour détecter les signes avant-coureurs de radicalisation.  Elle a rappelé qu’en Afghanistan lorsque les talibans ont attaqué Kunduz en 2012 et 2016, à chaque fois, ils s’en sont pris à la station de radio dirigée par Sediqa Sherzai.

M. AMR ABDELATTIF ABOULATTA (Égypte) a demandé à l’ONU de dépêcher davantage de missions sur les droits et l’autonomisation des femmes dans les pays en conflit, comme celles qui se sont déroulées en RDC et au Nigéria.  Le représentant a estimé que la portée du programme relatif aux femmes et la paix et la sécurité devrait se limiter aux pays en proie à un conflit ou émergeant d’un conflit.  Il faut aller au-delà de la simple évaluation de la présence des femmes dans les processus de paix pour pouvoir avancer des mesures concrètes permettant de renforcer cette participation.  Le nombre de femmes Casques bleus doit augmenter et un équilibre, être assuré, entre les deux piliers du programme que sont la protection et la participation.  En tout chose, a voulu le représentant, il faut tenir compte des spécificités culturelles.  L’Égypte ne ménage aucun effort pour lutter contre l’exploitation et les atteintes sexuelles, a affirmé M. Aboulatta, précisant que les Casques bleus égyptiens reçoivent un module de formation spécifique avant leur déploiement.  Le représentant a prôné un « engagement éthique renouvelé » en faveur des femmes dans les pays en proie à un conflit ou émergeant d’un conflit. 

Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) s’est dite préoccupée par les défis identifiés dans le rapport du Secrétaire général, et notamment par le nombre sans précédent de femmes prenant part désormais à des actes terroristes.  Elle a plaidé en faveur d’une approche régionale pour renforcer la participation des femmes aux processus de paix, en faisant valoir les progrès accomplis par l’Afrique en ce domaine.  En mars 2017, l’Union africaine a créé le Réseau africain des femmes dans la prévention des conflits et la médiation de la paix (« FemWise »).  Cette année, également, la Commission de l’Union africaine et ONU-Femmes, avec l’appui de l’Allemagne, ont lancé le Réseau des femmes leaders africaines, qui réunit environ 80 participantes de toute l’Afrique dans le but de renforcer le rôle des femmes dans la conduite des affaires.  L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) s’est de son côté dotée de politiques en matière d’égalité hommes-femmes, autant d’initiatives qui pourraient fournir un « excellent socle » de coopération avec l’ONU, a estimé la représentante, qui a en conclusion défendu les initiatives visant à renforcer la présence des femmes dans les opérations de maintien de la paix.

M. EVGENY T. ZAGAYNOV (Fédération de Russie) a déploré le manque de progrès accomplis dans la protection des femmes en temps de conflit, avant de se dire horrifié par les atrocités commises par les groupes terroristes.  Le représentant a tout de même estimé qu’il y a des structures spécifiques autres que le Conseil de sécurité pour discuter des questions de parité entre les sexes et d’autonomisation des femmes.  Ici, a-t-il tranché, les discussions doivent se limiter à la participation des femmes aux processus de paix.  « L’enceinte du Conseil ne saurait être utilisée pour promouvoir des concepts qui ne jouissent pas d’un consensus international. »  Le représentant a assuré que son pays veillait à garantir une proportion suffisante de femmes parmi les Casques bleus russes.  Mais, a-t-il prévenu, la protection des femmes ne relève pas de la responsabilité des missions de maintien de la paix de l’ONU mais de celle des gouvernements.  « Ne l’oublions pas », a-t-il insisté, avant de répondre à l’intervention de l’Ukraine et de dénoncer les graves crimes commis par les forces ukrainiennes contre les femmes.  En revanche, le représentant a rappelé « l’histoire unique » de son pays s’agissant du respect des droits des femmes. 

M. SHEN BO (Chine) a jugé qu’il faut redoubler d’efforts pour faire cesser les conflits armés à travers le monde.  La communauté internationale devrait embrasser l’idée d’un développement pacifique pour tous, notamment des femmes, dont les droits doivent être vigoureusement protégés, a-t-il avancé.  Si la protection des droits et des intérêts des femmes doit être renforcée universellement, il faut veiller à ce que, dans les pays sortant d’un conflit, les dividendes de la paix profitent à tous, y compris aux femmes, a insisté le représentant.  Pour y parvenir, les instances onusiennes doivent œuvrer en synergie avec le Conseil de sécurité, dont les résolutions pertinentes doivent pleinement être mises en œuvre, a-t-il suggéré.  Il a exprimé la disposition de son pays à œuvrer à la poursuite des objectifs consacrés dans ces différents textes. 

Près de 17 ans après l’adoption de la résolution 1325 (2000), le cadre normatif instauré à cette occasion n’a toujours pas été pleinement mis en œuvre, a déploré M. KORO BESSHO (Japon).  Il y a exactement deux ans, a poursuivi le représentant, environ 100 États se sont engagés à promouvoir l’application du programme de l’ONU concernant les femmes et la paix et la sécurité.  Parmi eux, le Japon s’était personnellement engagé à mettre en œuvre progressivement et réaliser un suivi de son plan d’action national de mise en œuvre de la résolution 1325 (2000); à augmenter progressivement son appui financier à ONU-Femmes et au Bureau de la Représentante spéciale chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, et à investir dans le développement des ressources humaines et l’éducation des femmes déplacées. 

« Le Japon a tenu fidèlement ses promesses », s’est félicité le représentant.  Le pays a finalisé un premier rapport d’évaluation de son plan d’action national.  Il est également devenu le second pourvoyeur de fonds d’ONU-Femmes en 2016, des contributions qui concourent largement au développement des ressources humaines et à l’éducation des femmes déplacées au Moyen-Orient et en Afrique.  Le représentant a ajouté que son pays demeure l’un des principaux soutiens financiers du Bureau de la Représentante spéciale chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit.

Par ailleurs, M. Bessho a salué les initiatives telles que la création par l’Union africaine, en mars 2017, du Réseau africain des femmes dans la prévention des conflits et la médiation de la paix.  Il a également salué le futur Réseau de femmes médiatrices de la région méditerranéenne et du Réseau des femmes nordiques médiatrices de la paix. 

Selon lui, la formation appropriée du personnel des opérations de la paix est également primordiale.  Pour cette raison, le Japon a appuyé les efforts d’ONU-Femmes visant à former 230 femmes au Centre de formation pour le soutien de la paix du Kenya, en 2016.  Le représentant a enfin estimé que la Stratégie sur la parité des sexes applicable à l’ensemble du système des Nations Unies était un excellent outil, dont il convient de garantir la mise en œuvre.

M. KANAT TUMYSH (Kazakhstan) a demandé un appui au Groupe informel d’experts chargé de la question des femmes et de la paix et de la sécurité et au Réseau des coordonnateurs nationaux pour les femmes et la paix et la sécurité.  Il a encouragé la prise de parole des organisations féminines au Conseil de sécurité, avant d’appeler de ses vœux le doublement du nombre de femmes dans les opérations de paix de l’ONU.  Le manque de financement du programme relatif aux femmes et la paix et la sécurité est une source de préoccupation, a-t-il avoué, avant de détailler les efforts de son pays pour transposer les piliers dudit programme dans la législation kazakhe. 

Mon pays prône une approche de tolérance zéro s’agissant des atteintes sexuelles commises contre les femmes, a-t-il dit.  Il a indiqué que 15% de l’aide publique au développement de son pays est affecté aux programmes sur l’égalité des sexes, notamment en Afghanistan.  À son tour, le représentant a mis l’accent sur l’importance de l’analyse et de la collecte de données fiables afin d’évaluer les progrès.  « Les femmes sont synonymes de beauté, ajoutons de la beauté à ce monde, en renforçant leur influence. »

S’agissant de la mise en œuvre du programme de l’ONU concernant les femmes et la paix et la sécurité, M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay) a salué non seulement les efforts du Secrétaire général et du groupe informel du Conseil de sécurité chargé de cette question, mais également ceux des autres acteurs, tels que le lancement, l’an dernier, par 63 États Membres, à l’initiative de l’Espagne, du Réseau des coordonnateurs nationaux pour les femmes et la paix et la sécurité, qui a tenu sa réunion inaugurale en avril 2017 à Alicante. 

Il revient également à chaque État, a-t-il ajouté, de mettre en œuvre au niveau national la résolution 1325 (2000), à savoir améliorer la participation des femmes aux activités de médiation, de prévention et de résolution des conflits.  « Les capacités de rapprochement, de négociation, de compréhension et d’empathie dont font preuve les femmes dans ces situations ne sont plus à démontrer », a-t-il déclaré.  De son côté, a-t-il dit, l’Uruguay a augmenté la proportion de femmes dans les opérations de maintien de la paix et cela s’est traduit par un enrichissement de la qualité des contingents et des résultats obtenus.  Le représentant a précisé que, dans le cas de la Mission de l’ONU en RDC, l’augmentation du nombre de femmes a contribué à rétablir des liens de confiance entre la Mission et les communautés locales.

Il a appelé à l’éradication totale de la violence sexuelle dans les conflits et de la culture de l’impunité pour rétablir les victimes dans leur dignité.  Ces victimes, a-t-il ajouté, doivent être au centre de la lutte contre ces violences.  M. Rosselli a également estimé que le Conseil se devait de transmettre à la Cour pénale internationale (CPI) les affaires liées à des crimes de violence sexuelle durant les conflits.  Il a salué l’initiative du Secrétaire général concernant l’instauration d’un pacte volontaire permettant à chaque État Membre signataire de renforcer les engagements pris pour lutter contre l’exploitation et les atteintes sexuelles.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a débuté son intervention par un témoignage de soutien à la volonté de l’Union africaine et du Ghana de fonder un « réseau des femmes leaders africaines » et à l’initiative de l’Italie visant à constituer un réseau de femmes médiatrices en Méditerranée, qui sera lancée aujourd’hui même.  « Nous ne pouvons pas résoudre les crises en laissant de côté la moitié de l’humanité: les femmes doivent être protégées mais aussi prendre pleinement part à la prévention et à la résolution des conflits », a poursuivi le représentant.  Exhortant à « passer de la rhétorique à l’action », le représentant a rappelé que la mise en œuvre des huit résolutions ambitieuses adoptées par le Conseil de sécurité sur la question demeurait insuffisante.  Des progrès ont certes été accomplis, a toutefois reconnu M. Delattre, citant le fait que trois quarts des résolutions du Conseil prennent désormais en compte la problématique femmes, paix et sécurité et la création d’un groupe d’experts informel sur cette question.  « Mais désormais, il faut que les États élaborent des plans nationaux, voire régionaux, et les mettent en œuvre », a exhorté le représentant, en soulignant que lorsque les femmes participent aux processus de paix, la réussite durable des accords de paix sur une période d’au moins deux ans augmente de 20%, et la chance qu’un accord reste en place pendant au moins 15 ans augmente de 25%. 

M. Delattre a ensuite attiré l’attention sur le plan national de la France pour mettre en œuvre les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  Sur ce point, il s’est enorgueilli de ce que le Gouvernement français actuel soit « paritaire », tout comme l’est également la Mission permanente de la France auprès de l’ONU.  La France, a-t-il poursuivi, met actuellement en œuvre son deuxième plan d’action national sur les femmes et la paix et la sécurité, qui couvre la période 2015-2018.  Ce plan, a précisé le représentant, repose sur cinq principaux piliers, à savoir la participation des femmes, leur protection pendant les conflits, la lutte contre l’impunité des auteurs de violences sexuelles et sexistes, la prévention via la sensibilisation du public aux violences dont sont victimes les femmes et, enfin, la promotion du programme de l’ONU relatif aux femmes et la paix et la sécurité.  Pour chacun de ces piliers, M. Delattre a indiqué que la France mettait en œuvre des actions à trois niveaux: national, multilatéral et par des actions concrètes de coopération.  C’est dans cette perspective, a-t-il indiqué, que son pays soutient la politique de tolérance zéro du Secrétaire général contre l’exploitation et les atteintes sexuelles.

Sur le terrain, le représentant français a précisé que la France appuyait des programmes humanitaires pour aider les femmes touchées par les conséquences des crises en Afghanistan, en République centrafricaine, au Liban ou encore au Nigéria.  « Nous menons aussi de nombreux projets pour protéger les femmes de la traite des êtres humains », a-t-il dit. 

Selon lui, il est en outre impératif de mettre en œuvre de manière plus cohérente les résolutions du Conseil et les objectifs de développement durable.  Dans cette perspective, il a indiqué que l’aide publique au développement française intégrait pleinement le genre et que le volume des projets financés ayant un impact direct sur la vie des femmes était en augmentation.

La France a par ailleurs entamé un effort global pour accroître la participation des femmes dans ses forces armées.  Sur ce point, M. Delattre a précisé que les effectifs féminins avaient pratiquement doublé depuis 1998, pour atteindre aujourd’hui 15%. 

Reprenant la parole, le représentant de l’Ukraine a dit que les femmes représentent 58% des personnes déplacées en Ukraine soit près d’un million de personnes.  Cette situation est la conséquence directe de l’agression russe, a indiqué le représentant.  La Fédération de Russie doit arrêter d’envoyer des armes et des soldats dans l’est de l’Ukraine, a-t-il ajouté, avant de révéler que le dernier convoi « soi-disant humanitaire » envoyé par la Fédération de Russie contenait deux tanks modernes et des munitions.  Le représentant a conclu en souhaitant la libération « des centaines d’Ukrainiens » détenus dans les prisons russes. 

Mme MARÍA ÁNGELA HOLGUÍN CUÉLLAR, Ministre des affaires étrangères de la Colombie, a souligné, à son tour, que les femmes ont activement participé au processus de paix dans son pays, dont elle-même qui a été négociatrice plénipotentiaire de l’Accord final comptant plus de 100 dispositions relatives au genre.  Un an après la signature de cet Accord, la Colombie a créé les instances nécessaires, dont une spécifique au genre et composée de sept femmes responsables d’organisations rurales, de victimes du conflit et de la société civile.  L’objectif est d’améliorer les conditions de vie par l’autonomisation et l’émancipation économique et de rompre les cycles de violence qui affaiblissent les droits des femmes.

La participation des femmes est également tangible dans la composition des institutions de justice transitionnelle, a poursuivi Mme Holguín Cuéllar.  Par exemple, 28 des 51 magistrats de la juridiction spéciale de paix élus en septembre sont des femmes, dont la Présidente, et cette institution envisage de créer une unité d’enquête dotée d’une équipe spéciale pour les cas de violence sexuelle.  L’Accord de paix stipule d’ailleurs que les délits de violence sexuelle commis dans le cadre du conflit ne peuvent pas être amnistiés.  La Ministre a aussi voulu souligner que la première Mission politique spéciale en Colombie approuvée par le Conseil de sécurité est celle qui a compté la plus forte proportion de femmes, avec près de 20% d’observatrices.  Elle a espéré que la seconde maintiendra ou dépassera ce cap.  La Ministre a estimé que le processus colombien, avec ses qualités et ses défauts, peut devenir une des références dans l’application de la résolution 1325 et que les leçons qui en sont tirées pourront servir à d’autres processus de paix.

Mme CHANTAL SAFOU, Ministre du genre, de l’enfant et de la famille de la République démocratique du Congo (RDC), a dit que son pays, affecté par plusieurs années de conflits armés aux conséquences néfastes, notamment sur les femmes et les enfants, s’est engagé résolument dans la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) sur les femmes, la paix et la sécurité.  Elle s’est félicitée de la sortie de la RDC de la liste des pays qui recrutent les enfants dans les forces armées. 

Le Gouvernement a adopté son plan d’action depuis 2013 avec 10 axes prioritaires.  « Nous avons entrepris sa révision participative et inclusive avec une grande collaboration de la société civile tant nationale qu’internationale notamment Cordaid, Diakonia et ONU-Femmes », a expliqué Mme Safou.

Le Gouvernement a aussi procédé à l’évaluation du plan d’action en cours pour déceler les forces et les faiblesses et collecter les données statistiques dans 10 provinces en attendant les autres provinces, en vue d’atteindre un plus grand nombre de femmes au niveau local. 

La Ministre a ajouté que le renforcement des capacités des femmes leaders en négociation et médiation a influencé la prise de décisions en période de crise et postconflit en RDC.  Plus de 500 leaders féminins et notabilités locales ont vu leurs capacités renforcées sur la résolution des conflits et notions de genre.  Ceci leur permet de contribuer à la résolution pacifique des conflits dans les provinces où sévissent les conflits ethniques.

La RDC, a indiqué Mme Safou, a procédé à la révision de la Stratégie nationale de lutte contre les violences sexuelles et basées sur le genre, à l’adoption du Plan d’action des forces armées ainsi qu’à la signature du Communiqué conjoint entre le Gouvernement et l’ONU sur la lutte contre les violences sexuelles en période de conflits.

À travers ce communiqué, le Gouvernement a réaffirmé son engagement à renforcer la politique de « tolérance zéro » contre les crimes des violences sexuelles, et à adopter des mesures pour lutter contre l’impunité en initiant des poursuites contre leurs auteurs.  Entre juillet et décembre 2014, 135 décisions de justice ont sanctionné des militaires et des policiers haut gradés, et 111 décisions été rendues en 2016 par la justice militaire contre les auteurs poursuivis pour violences sexuelles. 

Mme BÄERBEL KOFLER, Commissaire pour la politique des droits de l’homme et pour l’aide humanitaire de l’Allemagne, a proposé quatre idées pour intensifier la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000).  Premièrement, nous devons appuyer les initiatives pratiques pour transformer les discours sur la participation des femmes dans les processus de paix en actes concrets.  L’Allemagne a soutenu l’Union africaine en développant le Réseau des femmes leaders africaines.  Elle a aussi soutenu l’initiative du Ghana et de l’Union africaine pour lancer le Groupe des amis des femmes leaders africaines à New York. 

Deuxièmement, entre les débats publics annuels, il faut intercaler des discussions tout au cours de l’année sur l’agenda « femmes, paix et sécurité ».  Troisièmement, il faut établir des liens entre la mise en œuvre de cet agenda et les autres programmes d’action plus particulièrement le Programme 2030 et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  L’Allemagne a mis l’accent sur ces liens dans la deuxième génération du Plan d’action national 2017-2020 qu’elle a adopté cette année.  Enfin, nous devons prendre des mesures spécifiques pour la mise en œuvre du programme « femmes, paix et sécurité. »  La Commissaire a insisté sur le fait que les missions de maintien de la paix ont besoin de spécialistes de la problématique hommes-femmes.  Cette expertise est au cœur de la pérennisation de la paix et de la sécurité. 

Mme SANDRA ERICA JOVEL POLANCO (Guatemala) a estimé que la résolution 1325 (2000) et les sept résolutions suivantes du Conseil de sécurité sur les femmes et la paix et la sécurité constituaient des « instruments puissants » pour que les femmes soient à même de jouir pleinement de leurs droits, mais aussi d’accéder à la justice et de bénéficier d’une participation égale aux processus décisionnels, tant en situation de conflit, postconflit ou de paix.  Selon elle, les plans d’action nationaux de mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) sont également des « outils puissants » pour renforcer la mise en œuvre et le suivi des engagements pris par les États. 

Dans cet état d’esprit, le Guatemala a lui-même élaboré, en juin dernier, son propre plan d’action national, que la représentante a qualifié de « succès supplémentaire obtenu par le pays en matière de protection des droits des femmes en situation de conflit ou postconflit ».  Le rôle joué par les femmes au sein des opérations de maintien de la paix est un autre volet important de la mise en œuvre de la résolution, a déclaré la représentante, appelant les États Membres et l’ONU à poursuivre leurs efforts en vue de promouvoir la participation des femmes à tous les niveaux des processus de paix.

Mme LAURA ELENA FLORES HERRERA (Panama) a salué la création par le Conseil de sécurité du Groupe informel d’experts chargé de la question des femmes et de la paix et de la sécurité.  La représentante a salué d’autres initiatives dont l’adoption par le Secrétaire général d’une stratégie de parité hommes-femmes, « Spotlight » de l’Union européenne et le soutien apporté aux femmes par le Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine.  La représentante a également salué la mise en place de réseaux nationaux et régionaux des femmes médiatrices.  Elle a appelé les donateurs à appuyer financièrement ces réseaux.

Mme MYRIAM OEHRI (Liechtenstein) a déclaré que la pleine participation des femmes à la médiation est essentielle pour réaliser une paix.  Les racines des conflits ne peuvent être déracinées et les traumatismes sociaux, guéris, tant que la moitié de la population sera exclue des processus politiques.  Les femmes partagent le fardeau du conflit et du relèvement ce qui rend encore leur participation plus importante.  L’inclusion des femmes dans les processus de paix contribue aussi à leur autonomisation et à l’égalité des sexes conformément à l’objectif 5 de développement durable.  En outre, l’accès à la justice est un élément crucial des sociétés pacifiques, justes et inclusives dont parle cet objectif.

La violence sexuelle peut constituer un crime contre l’humanité et un crime de guerre et dans des circonstances exceptionnelles, des éléments de génocide, a prévenu la représentante qui a estimé que la protection la plus efficace contre cette violence est tout simplement de la prévenir.  Elle a donc salué l’accent mis par le Secrétaire général sur la prévention et a rappelé que 114 États ont signé le Code de conduite du Groupe Responsabilité, cohérence et transparence contre le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre.  La représentante a appelé les autres États à adhérer au Code pour que le Conseil de sécurité puisse remplir ses mandats de protéger les civils des atrocités de masse.

M. MOHAMED KHALED KHIARI (Tunisie) a déploré l’insuffisance des progrès accomplis depuis l’adoption de la résolution 1325 (2000), dans la mesure où les femmes demeurent selon lui « largement absentes » des institutions et des processus internationaux de maintien de la paix.  Il s’est toutefois félicité des efforts déployés par le Secrétaire général pour inverser cette tendance, comme en témoigne l’adoption d’une stratégie pour promouvoir la parité au sein du système des Nations Unies.

S’agissant de son pays, le représentant a indiqué que le Code du statut personnel tunisien, adopté dès 1956, avait été le premier élément fondateur de la Tunisie moderne.  « C’est dire l’importance accordée par mon pays à l’autonomisation des femmes », a-t-il déclaré, ajoutant que, dans cette lignée, la Constitution tunisienne de 2014 consacre et préserve les droits des femmes.  Parallèlement, le représentant a indiqué que le Parlement tunisien venait d’adopter une loi historique visant à l’élimination de toutes les violences faites aux femmes, loi qui s’appuie sur les normes internationales en vigueur et qui reconnaît la violence de genre.  Cette initiative porte la marque, selon lui, de la détermination de la Tunisie à éradiquer cette forme de violence.

Enfin, le représentant a indiqué que la Tunisie participait actuellement à un projet en collaboration avec ONU-femmes, qui devrait aboutir à terme à l’élaboration d’un plan d’action national de mise en œuvre du programme de l’ONU relatif aux femmes et à la paix et à la sécurité.

Au nom de l’Australie, de l’Indonésie, du Mexique et de la République de Corée, M. FERIDUN H. SINIRLIOĞLU (Turquie) a déclaré qu’en dépit des progrès accomplis depuis l’adoption de la résolution 1325 (2000), des difficultés décourageantes subsistaient, les femmes et les filles étant toujours touchées de manière disproportionnée par les conflits.  Des politiques humanitaires sensibles au genre doivent être développées pour assurer l’accès des femmes et des filles à la santé, à l’éducation et aux autres services de base.  Des efforts redoublés doivent également être faits pour empêcher qu’elles deviennent des victimes de la traite dans les situations de conflit et postconflit.  Le représentant a souligné que des progrès significatifs sur ce front ne pourraient être réalisés que par des mesures coordonnées et consolidées, soulignant l’importance de la coopération régionale et internationale à une époque où les causes et les effets des conflits se propageaient facilement d’une frontière à l’autre. 

M. SHANKER DAS BAIRAGI, Ministre des affaires étrangères du Népal, a dit que les femmes peuvent jouer un rôle essentiel d’« agent du changement » en offrant des perspectives novatrices pour maintenir la paix.  Leur rôle dans la prévention des conflits, les négociations de paix, la protection des civils en tant que soldats de la paix ne sera jamais assez souligné.  Depuis l’adoption de la résolution 1325, le Népal n’a cessé de soutenir la cause « femmes et paix et sécurité ».  En 2011, il a été le premier pays d’Asie du Sud et le deuxième d’Asie, à adopter un plan d’action national sur les résolutions 1325 et 1820. Ce plan repose sur les cinq piliers qui sont: la participation, la prévention et la protection, la promotion, les secours et le relèvement, la surveillance et l’évaluation.  Il prévoit 59 actions spécifiques.  Avec une représentation minimum de 33% de femmes dans les comités locaux de paix, le plan est l’exemple même d’un processus transparent, inclusif et participatif, impliquant les victimes du conflit et les organisations de la société civile.  Le Népal a partagé son succès avec d’autres pays et se prépare à adopter un second plan axé cette fois-ci sur la violence sexuelle.

Le Népal estime qu’en respectant la parité entre les sexes, les missions de maintien de la paix feraient preuve de plus de compassion à l’égard des populations qu’elles servent, garantissant ainsi une meilleure protection des civils contre l’exploitation et les atteintes sexuelles.  Pour sa part, le Népal s’est engagé à atteindre l’objectif fixé par l’ONU de 15% de femmes dans ses contingents et à intégrer les mesures de l’ONU sur les abus sexuels et la protection des droits de l’homme dans la formation de ses Casques bleus.

En tant que pays émergeant d’un conflit armé et grand contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix, le Népal est résolument attaché à une meilleure représentation des femmes.  Sa constitution garantit d’ailleurs un seuil de 33% de femmes dans les Parlements fédéral et provinciaux et de 40% aux élections locales.  Elle exige en outre que le président et le vice-président soient de sexe ou de communauté différente.  L’expérience nationale montre qu’il n’y a pas de paix sans une pleine participation des femmes, a conclu le Ministre.

Mme DARJA BAVDAŽ KURET (Slovénie) s’est enorgueillie de la réalisation par son pays d’un premier suivi du plan d’action national slovène pour la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité, examen qui a, selon elle, démontré la contribution de son pays à la mise en œuvre du programme de l’ONU relatif aux femmes, à la paix et à la sécurité dans les instances régionales et internationales.  La représentante a notamment mis l’accent sur la participation de la Slovénie à plus de 20 projets visant à autonomiser les femmes en Afrique, au Moyen-Orient et en Afghanistan.  De plus, a-t-elle dit, la Slovénie continue de financer à hauteur de plusieurs millions d’euros la politique et le plan d’action de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) pour la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000).

S’agissant de la parité dans l’armée slovène, la représentante a indiqué qu’en 2015, un poste permanent de conseiller pour les relations hommes-femmes avait été créé au sein de l’état-major slovène, ainsi qu’un réseau de conseillers militaires pour l’égalité des sexes.  En outre, la Slovénie a répondu à l’appel du Secrétaire général visant à accroître le nombre de femmes haut gradées dans les opérations de maintien de la paix, en nommant la première femme commandant de contingent au sein de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).  La Slovénie intègre également la dimension genre dans sa gestion des mouvements migratoires et participe au Réseau des coordonnateurs nationaux pour les femmes et la paix et la sécurité, ainsi qu’au Réseau de femmes médiatrices de la région méditerranéenne, qui vient tout juste d’être créé. 

Sur le plan politique, la représentante a indiqué que la participation des femmes slovènes était excellente, dans la mesure où la moitié des ministres du Gouvernement actuel sont des femmes, y compris les Ministres de la défense et de l’intérieur.  Enfin, la représentante a voulu que l’on fasse davantage participer les hommes à la promotion de l’égalité des sexes. 

Au nom du Groupe des Amis des femmes et de la paix et de la sécurité, M. MICHAEL DOUGLAS GRANT (Canada) a estimé que les vrais progrès résident dans la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000), et à ce propos, il y a encore fort à faire.  Les pays ayant établi des plans d’action nationaux doivent aussi y mettre des ressources nécessaires pour arriver à des résultats.  Le Groupe salue l’Espagne qui a établi le Réseau des coordonnateurs nationaux pour les femmes et la paix et la sécurité et se félicite que l’Allemagne et la Namibie entendent présider ce réseau en 2018 et 2019 respectivement.  En plus de l’implication des femmes dans tous les processus avant, pendant et après les conflits, il faudrait aussi leur donner un plus grand rôle dans les efforts de consolidation de la paix et de relèvement économique. 

Pour le Groupe, il est important de renforcer la prise en compte des questions de femmes, paix et sécurité dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, à la fois en termes de participation des femmes et d’utilisation de l’expertise genre, tout en rendant cette approche transversale dans la doctrine et tous les documents de planification.  Le Groupe se dit inquiet du fait que la diminution du rôle des conseillers en genre et des conseillers en protection des femmes pourrait paralyser la capacité des missions de maintien de la paix de remplir ces fonctions critiques. 

En outre, il faut s’assurer que les soldats de la paix des Nations Unies ne soient pas eux-mêmes le problème.  C’est pourquoi le Groupe appelle à la condamnation des cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles au sein des opérations de maintien de la paix.  Le Groupe salue les récentes initiatives du Secrétaire général pour lutter contre ce fléau, et affirme qu’il faut faire davantage pour assurer la reddition des comptes et « reconfigurer fondamentalement notre approche collective afin de placer les victimes au centre ».  Le Groupe plaide pour que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice, et que les victimes et survivants reçoivent l’assistance nécessaire afin de pouvoir réintégrer leur société.  Le Groupe salue la récente résolution du Conseil de sécurité, la 2379 (2017), portant sur la redevabilité en ce qui concerne les crimes commis par Daech en Iraq.  Le Groupe souligne d’ailleurs la place des jeunes et des femmes dans la lutte contre l’extrémisme violent. 

S’exprimant ensuite en sa capacité nationale, le représentant a dit que dans la cadre du sa politique étrangère féministe, le Canada prend des actions concrètes pour la mise en œuvre de la résolution 1335 (2000).  Le Canada consacre 150 millions de dollars sur cinq ans en soutien aux organisations locales qui promeuvent les droits des femmes dans les pays en développement et dans des États dits fragiles.  L’an dernier, le Canada a octroyé 1,5 million de dollars à « Women’s Peace and Humanitarian Fund ».

Le Canada entend augmenter le nombre de femmes officiers de police déployées dans les opérations de maintien de la paix, et participe activement aux efforts des Nations Unies pour augmenter le nombre de policières dans les opérations de maintien de la paix.  Le pays est par ailleurs l’un des plus grands défenseurs de la politique de tolérance zéro en matière d’exploitation et d’atteintes sexuelles.  Le Premier Ministre canadien vient d’ailleurs de rejoindre le Cercle du leadership du Secrétaire général et de signer le Pacte volontaire pour prévenir l’exploitation et les atteintes sexuelles.  Le pays fournit un financement au Bureau du Coordonnateur sur les questions d’exploitation et d’atteintes sexuelles et au Fonds d’affectation spéciale en faveur des victimes d’exploitation et d’atteintes sexuelles.  « La question de la reddition des comptes a une forte résonance au Canada », a précisé le représentant.

M. GHOLAMALI KHOSHROO (Iran) a souligné qu’au Moyen-Orient, les femmes sont les principales victimes d’une violence à grande échelle, en particulier du terrorisme.  Il est faux de croire que la disparition physique de Daech fera disparaître ses méthodes inhumaines, a averti le représentant, parce qu’elles ont été adoptées par d’autres groupes terroristes.  Il a dénoncé les politiques interventionnistes qui ont préparé le terrain à ces groupes terroristes, arguant d’une expérience régionale qui a montré que c’est le vide du pouvoir laissé par ces interventions étrangères qui a donné lieu à la violence contre les femmes et les enfants.  Malheureusement, a encore dénoncé le représentant, le Conseil de sécurité ne parle jamais des États qui ont créé ces terreaux fertiles du terrorisme. 

Il s’est enorgueilli de ce que dans son pays, les femmes participent activement à la vie politique et sociale, mentionnant par exemple que dans les universités le nombre des étudiantes en médecine est le double de celui des étudiants.  Mais, a dit craindre le représentant, ces avancées risquent d’être annihilées par les sanctions imposées par les États-Unis, lesquelles sapent les efforts des femmes et de la société civile iranienne tout entière. 

M. KAREL KOMÁREK (République tchèque) a déploré le fait que 68 pays seulement se soient dotés à ce jour d’un plan d’action national de mise en œuvre de la résolution 1325 (2000).  De plus, a-t-il dit, la grande majorité des projets figurant dans ces plans sont « des petits projets à court terme au budget limité ».  Une fois encore, a constaté le représentant, le principal problème est le manque de financement.

Au niveau national, le représentant a indiqué que la République tchèque a adopté un plan d’action national en début d’année, qui comprend des mesures « durables et substantielles ».  Au titre des réalisations du pays sur la question, le représentant a souligné que la République tchèque était devenue le chef de file du programme de formation des femmes de l’armée jordanienne.  Le pays développe également un programme pour encourager la participation des femmes aux processus décisionnels.  La République tchèque a alloué cette année 6 millions de dollars à des projets d’autonomisation des femmes en Serbie, au Kosovo, en République centrafricaine et en Afghanistan.

Toutefois, le représentant a indiqué que les femmes tchèques étaient toujours sous-représentées dans les postes à responsabilité politique, y compris dans la diplomatie.  Il a indiqué que le plan d’action national comportait des dispositions visant à remédier à cette situation.

« L’expérience a montré qu’il n’y a pas de paix durable sans la participation des femmes », a déclaré M. TORE HATTREM (Norvège), qui s’exprimait au nom du Danemark, de la Finlande, de l’Islande et de la Suède.  Par conséquent, toute approche doit tenir compte de l’égalité des sexes.  À la lumière du rapport du Secrétaire général, il a exprimé certaines préoccupations notamment face à la baisse de la participation des femmes dans la médiation, au déclin du nombre des spécialistes de la problématique hommes-femmes et à celui de la dimension genre dans les accords de paix.  « Les acquis difficilement obtenus doivent être sauvegardés », a estimé le représentant, qui a salué le lancement, hier, de l’index mondial sur les femmes et la paix et la sécurité, un outil qui devrait, selon lui, permettre d’affiner les interventions.

Une application plus stratégique est en effet nécessaire, a-t-il argué, soulignant que les femmes sont devenues plus influentes dans les processus de paix, à la table de négociation et dans les initiatives parallèles, comme on le voit pour la Colombie et la Syrie.  L’approche actuelle de la thématique « femmes, paix et sécurité » reste trop générale et manque d’analyses contextuelles et de points d’action.  Le Groupe informel d’experts chargé de la question des femmes et de la paix et de la sécurité est un pas important dans la bonne direction, a estimé le représentant qui a également encouragé les États Membres à nommer plus de femmes à des postes de direction, rappelant que le taux actuel est d’une femme pour sept hommes.

Mme SIMA SAMI BAHOUS (Jordanie) a dit qu’au niveau national, le Gouvernement a obtenu beaucoup de résultats en matière d’autonomisation des femmes et de promotion de leurs droits.  En adoptant son Plan d’action national, il a pu travailler plus étroitement avec les ONG sur le renforcement des capacités et le financement des entreprises dirigés par les femmes.  Le Gouvernement a mis aussi l’accent sur une plus grande participation des femmes à la vie politique: elle est de 15% au Sénat, de 35% dans les partis politiques, de 21% dans les syndicats et de 19% dans le corps diplomatique.  Pour aller de l’avant, le Gouvernement a entamé la réforme de nombreuses lois, notamment celle sur la protection contre les violences et le Code du travail qui prévoit des horaires aménagés pour les femmes.  Pour la Jordanie, le Programme 2030 est une occasion de garantir aux femmes une participation effective dans les processus décisionnels. 

Rappelant que son pays est avec d’autres à l’origine du Groupe des Amis contre l’extrémisme violent, la représentante est revenue à la situation des réfugiés syriens dans son pays pour insister sur les efforts consentis en termes d’accès à la santé, à l’éducation, à la protection, à l’emploi.  La Jordanie aide également les femmes palestiniennes détenues dans les prisons israéliennes. 

M. ALEX GIACOMELLI DA SILVA (Brésil) a plaidé pour une plus grande implication des femmes dans la formulation et la mise en œuvre des mandats des opérations de la paix et des missions politiques spéciales, dans les négociations de paix et dans les interventions humanitaires.  Les crises humanitaires complexes provoquées par les conflits mettent justement en lumière la violence, y compris sexuelle, subie par les femmes et les filles, en particulier les réfugiées et les déplacées, qu’il convient de protéger en priorité. 

Il serait aujourd’hui impensable, a poursuivi le représentant, de créer une opération de maintien de la paix sans déployer des conseillers en matière d’égalité des genres, sans incorporer un mandat pour la protection des femmes ou sans former les Casques bleus à la prévention et à la lutte contre l’exploitation et les atteintes sexuelles.  Le représentant a également salué le Secrétaire général pour son action visant à atteindre la cible de 15% de femmes officiers parmi le personnel des opérations de maintien de la paix.

Au plan national, le représentant a indiqué que le Brésil s’était doté, en mars 2017, d’un plan d’action national de mise en œuvre de la résolution 1325 (2000), dans le cadre duquel, les écoles militaires ont pour la première fois admis des femmes.  « Nous nous efforçons également d’augmenter le nombre de candidates aux postes civils et militaires dans les opérations de maintien de la paix et dans les missions politiques spéciales », a-t-il ajouté.

Mme MARÍA ANTONIETA SOCORRO JÁQUEZ HUACUJA (Mexique) a déclaré que lorsqu’il s’agissait de parvenir à une paix durable, les femmes étaient essentielles pour créer des sociétés inclusives dotées d’un tissu social sain.  Elle a appuyé les conclusions du Secrétaire général et a salué son engagement à intégrer l’égalité des sexes dans la prévention des conflits, ainsi que son initiative de réforme des Nations Unies.  Elle a aussi pleinement appuyé la participation des femmes dans tous les domaines de la vie publique étant donné que l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes sont nécessaires à la réalisation des sociétés pacifiques et équitables, dont parle l’objectif 5 du Programme 2030. 

Le Gouvernement mexicain encourage la représentation équitable des femmes dans tous les secteurs et à tous les niveaux.  La résolution 1325 (2000) du Conseil sur les femmes, la paix et la sécurité a renforcé les normes nationales même si la mise en œuvre effective de la résolution reste un défi.  Le Secrétaire général doit poursuivre ses efforts pour faire en sorte que cet agenda soit réellement transversal.  « La femme est le visage de la paix durable », a conclu la représentante.

Mme MARA MARINAKI, de l’Union européenne, a confirmé son soutien aux efforts du Secrétaire général visant à mettre la parité au cœur de la plateforme de prévention des Nations Unies.  Elle a ensuite énuméré une série d’efforts réalisés par l’Union européenne pour prévenir et éliminer la violence contre les femmes et les filles dans le monde, dont l’initiative Spotlight menée en partenariat avec les Nations Unies, auquel l’Union a contribué à hauteur de 500 millions d’euros.  Au mois de juin dernier, l’Union européenne a également pris la tête de l’Appel à l’action pour la protection contre la violence sexiste dans les situations d’urgence, et a signé la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe, pour renforcer le cadre juridique existant et la capacité à éliminer toutes les formes de discrimination et de violence à l’égard des femmes et des filles.  Concernant la politique de tolérance zéro, Mme Marinaki a indiqué que l’Union européenne avait revu ses normes de comportement pour les opérations civiles et militaires.  Tous ces efforts, a poursuivi la représentante, s’alignent avec « la conviction ferme que la prévention de la violence sexuelle et fondée sur le sexe est essentielle pour empêcher les conflits ».  Elle a mentionné que 18 États membres avaient adopté un plan d’action national, complété par un cadre au niveau européen, et qu’un budget de 6,5 milliards d’euros par an avait été débloqué pour des projets dans le cadre du plan d’action européen sur le genre 2016-2020.

Mme Marinaki est ensuite revenue sur différents outils et avancées de l’Union européenne sur le plan de la parité, ainsi que sur son soutien à des initiatives en Afghanistan, en Syrie et en Ouganda permettant une participation pleine et active des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, ainsi que la consolidation de la paix.  L’union européenne a également soutenu la formation de femmes activistes de la paix en Lybie aux techniques de négociation et médiation, a ajouté la représentante.  Saluant notamment l’important travail du Réseau africain des femmes dans la prévention des conflits et la médiation, elle a dit attendre avec intérêt l’interaction entre ce Réseau et celui des femmes médiatrices de la Méditerranée, lancé récemment.  La participation des femmes et la pleine mise en œuvre du programme femmes, paix et sécurité doivent guider la réforme du pilier paix et sécurité de l’ONU, a-t-elle conclu, annonçant que l’Union européenne a pris des mesures pour accélérer la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000).

M. NEVILLE MELVIN GERTZE (Namibie) a rappelé que son pays avait initié la résolution 1325 du Conseil de sécurité et restait profondément attaché à sa mise en œuvre.  En Namibie cela se fait par le truchement de la politique nationale pour l’égalité des sexes qui comprend un module « Genre, consolidation de la paix, règlement de conflit et gestion des catastrophes naturelles », a expliqué le représentant ajoutant que l’objectif général est d’augmenter la participation des femmes dans ces domaines.  Ce cadre s’accompagne d’autres politiques nationales visant à placer les femmes sur un même pied d’égalité avec les hommes notamment pour ce qui est de l’action affirmative, de l’héritage ou de la loi sur les terres.

Ces politiques ont permis à la Namibie de déployer des femmes dans toutes les missions de maintien de la paix, et, à ce jour, le pays a l’un des contingents de police exclusivement composé de femmes les plus importants à l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour.  Le représentant a rappelé que selon des études de l’ONU, les femmes soldats font l’objet de restrictions culturelles différentes que leurs homologues hommes, et ont plus de facilité à soutirer des informations aux femmes et aux enfants.

Parmi les défis majeurs à la pleine mise en œuvre de la résolution 1325, le représentant a cité le manque de conscience de cet agenda ainsi que le manque de volonté politique liée à des préjugés et à des normes culturelles et traditionnelles qui ne favorisent pas l’accès des femmes a des positions de pouvoir.  Il a plaidé pour l’inclusion des femmes dans les mécanismes d’alerte précoce, de médiation et de règlement de conflits et a demandé des dispositions claires sur le genre dans les accords de paix, ce qui n’était le cas que pour la moitié des accords passés en 2016.

La Namibie encourage les États Membres à nommer des femmes aux positions de tête dans les organisations régionales et internationales œuvrant pour la paix.  De plus les pays contributeurs de troupes et de contingents devraient détacher davantage de femmes en tant qu’expertes militaires.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a expliqué le troisième plan national 2017-2021 de la Belgique qui englobe de nombreuses lignes d’action devant contribuer à améliorer la situation des femmes dans les zones de pré/postconflit.  Pour assurer le suivi de ce plan, un rapport annuel sur les progrès réalisés pour chaque ligne d’action et chaque instrument de suivi sera soumis au Parlement, a-t-il précisé. 

Intégrer la dimension genre dans les actions belges en matière de conflit, de paix et de sécurité est l’un des six piliers de ce plan d’action.  Dans cet objectif, la Belgique œuvre à la promotion au sein de la Commission de consolidation de la paix, dont elle est membre, de l’intégration de la dimension genre dans la préparation des « nouvelles stratégies intégrées de consolidation de la paix » et dans les évaluations biennales des cadres stratégiques, a expliqué le représentant.  Il a salué le fait que la Commission dispose désormais d’un mécanisme qui puisse mieux intégrer l’agenda femmes, paix et sécurité grâce à des points focaux sur le genre.

La Belgique salue aussi le degré d’ambition de la Stratégie du Secrétaire général pour la parité entre les sexes et l’assure de son plein soutien.  Elle partage le point de vue que les femmes sont une force de paix et qu’il est essentiel qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle de protagonistes au service de la paix et de la prévention des conflits.  Dans cet esprit, la Belgique consacrera, en avril 2018 à New York, un séminaire au rôle des femmes dans la médiation en Afrique, afin d’identifier des pistes pour renforcer leur action.

Mme INA H. KRISHNAMURTHI (Indonésie) a dit que les femmes étaient largement l’objet d’exploitation dans les situations de conflit.  Ces défis sapent l’esprit de la résolution 1325 (2000) et signifient aussi qu’il nous reste un long chemin à parcourir avant de réaliser un monde pacifique, juste et prospère.  La représentante a estimé qu’il faut, d’abord, créer un environnement favorable à la paix et à la stabilité, les solutions devant se focaliser sur des institutions qui encouragent la tradition du dialogue, du consensus, de l’inclusivité, du respect, de l’intégrité, du règlement pacifique des différends et du non-recours à la force.  Il est également important de reconnaître et de favoriser le rôle de la femme et de la famille dans la prévention des conflits qui portent toujours les germes du radicalisme et de l’extrémisme.

Deuxièmement, il faut développer un écosystème qui stimule la prospérité. Les États Membres ont adopté le Programme 2030 qui est un plan complet et intégré capable de faire la synergie entre le développement et la paix.  Permettre aux femmes de participer à l’économie contribue à la consolidation de la paix.  Troisièmement, il est important d’avoir une ONU forte dont les mécanismes de consolidation et de maintien de la paix sont constamment renforcés.  Avant 2019, l’Indonésie, a annoncé la représentante, devrait avoir 4 000 Casques bleus sur le terrain dont un nombre croissant de femmes. 

M. ROMÁN OYARZUN MARCHESI (Espagne) a indiqué que la mise en œuvre du programme relatif aux femmes et à la paix et à la sécurité était une priorité absolue pour son pays.  Pour accélérer cette mise en œuvre, a-t-il dit, nous avons besoin de trois choses: le leadership de la part du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale; le renforcement de l’architecture institutionnelle de l’ONU; et des actes concrets, en adoptant des plans d’action nationaux.  L’Espagne, a-t-il précisé, vient justement d’adopter son second plan d’action national.

Le représentant a par ailleurs présenté un certain nombre de changements qu’il souhaiterait voir adoptés dans le cadre de la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000).  En premier lieu, il a salué la création par le Conseil, en 2016, du Groupe informel d’experts chargé de la question des femmes et de la paix et de la sécurité.  Mais, a-t-il estimé, il faudrait que les discussions de ce Groupe d’experts, qui se réunit chaque mois, aboutissent à des mesures concrètes.  Le représentant a aussi plaidé pour une plus grande participation de la société civile aux débats publics du Conseil, notamment pour présenter une perspective locale de la thématique « femmes et paix et sécurité ».  Le représentant a aussi proposé que les auteurs de violences sexuelles dans les pays à l’ordre du jour du Conseil fassent l’objet de sanctions.

Il a rappelé que, à l’initiative de son pays, le Réseau des coordonnateurs nationaux pour les femmes et la paix et la sécurité a été lancé l’an dernier par 63 États Membres.  Le Réseau, a-t-il ajouté, a tenu sa réunion inaugurale à Alicante en avril 2017.  Le représentant a salué l’Allemagne et la Namibie pour avoir proposé d’accueillir les prochaines réunions du réseau, respectivement en 2018 et 2019.  Le représentant a voulu qu’un pays d’Amérique latine, ou à défaut, un pays d’Asie se porte candidat pour la réunion de 2020.  Il a plaidé pour une adhésion massive au Réseau.

« Parfois le processus de réforme des Nations Unies est si complexe que j’ai un peu de mal à le suivre », a subitement déclaré le représentant.  Il a dit craindre que le programme relatif aux femmes et à la paix et à la sécurité n’ait pas la place qu’il mérite.  Cette réforme doit accorder la priorité à la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000).

M. MICHAL MLYNÁR (Slovaquie) a dit que les quatre piliers de l’agenda femmes, paix et sécurité ont besoin d’une attention et d’une action accélérées de la part de l’ONU et des États Membres.  Le représentant a souligné d’autres domaines essentiels comme le désarmement, la création d’un plus grand espace pour les organisations féminines et le besoin d’informations et d’analyses plus solides sur les femmes et la paix et la sécurité. 

La crise des réfugiés ayant créé des défis spécifiques pour les femmes, d’autres actions sont nécessaires.  Il est aussi très important d’avancer collectivement dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et sur l’avènement de sociétés pacifiques et inclusives.

La Slovaquie élabore actuellement son premier plan d’action national sur les femmes, la paix et la sécurité.  Le Gouvernement continue de promouvoir tous les efforts nationaux afin de renforcer le rôle des femmes dans la société grâce à la stratégie nationale de l’égalité des genres 2014-2019 et au plan d’action sur l’égalité des sexes.  Le Ministère de la défense a élaboré son propre plan sur l’égalité des sexes.

M. Mlynár a souligné qu’une réforme du secteur de la sécurité sensible au genre est essentielle pour développer des institutions non discriminatoires, représentatives de la population et capables de répondre efficacement aux besoins spécifiques des différents segments.  L’approche de la réforme du secteur de la sécurité à l’ONU doit être plus sensible au genre et ce, tout au long de ses phases de planification, de conception, de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation.

Cette réforme doit aussi inclure la réforme des processus de recrutement et d’amélioration des services de sécurité pour faire face et prévenir la violence sexuelle et sexiste.  Il est nécessaire de se concentrer davantage sur le développement de stratégies de réforme du secteur de la sécurité sensibles au genre et d’obtenir des résultats tangibles sur le terrain.  C’est la raison pour laquelle, la Slovaquie, coprésidente du Groupe des Amis de la réforme du secteur de la sécurité, prévoit d’organiser un atelier en 2018.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a pointé les nombreux obstacles entravant la bonne mise en œuvre du programme relatif aux femmes et la paix et la sécurité. Il a néanmoins salué l’inclusion croissante de la problématique hommes-femmes dans les mandats des opérations de maintien de la paix de l’ONU et a indiqué que son pays avait accru le nombre de femmes dans les contingents péruviens de ces opérations.  Le programme relatif aux femmes et la paix et la sécurité doit occuper un rôle central dans le processus de réforme en cours des opérations de maintien de la paix, a-t-il dit.  Ce sera l’un des axes du mandat du Pérou, qui siègera au Conseil à partir de janvier 2018. 

M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) s’est enorgueilli du fait que son pays a atteint l’objectif de 15% ciblé par les Nations Unies en matière de participation des femmes à des postes d’observateurs militaires et d’officier au sein des opérations de maintien de la paix.  L’Argentine, a-t-il ajouté, continuera de consolider ce gain dans le cadre de son plan d’action national de mise en œuvre de la résolution 1325 (2000).  Le représentant a par ailleurs appelé à poursuivre les efforts visant à intégrer des spécialistes des questions liées au genre, à la violence fondée et à la violence sexuelle dans les différentes opérations de maintien de la paix, ainsi que des équipes de médiatrices.  A ce sujet, il a appuyé la proposition du Secrétaire général de créer et de renforcer des réseaux nationaux et régionaux de médiatrices. 

M. OMAR HILALE (Maroc) a rappelé que la présence des femmes dans les négociations de paix favorise la durabilité des accords de paix et que 35% des accords négociés par les femmes durent plus de 15 ans. Le Maroc a organisé, le 7 septembre 2016, une conférence internationale sur le thème « Femmes, paix et sécurité », a-t-il dit.  « Lors de cette Conférence, le Maroc a annoncé la création d’un Centre régional indépendant consacré à l’étude du rôle de la femme dans les opérations de maintien de la paix et sa contribution dans la réalisation du développement durable. »  Le délégué a jugé nécessaire l’intégration de l’approche genre et développement dans un contexte postconflit, en vue d’assurer, dès le début du processus de reconstruction, un développement durable et équitable où femmes et hommes se partagent les ressources, la prise de décisions et le pouvoir.  Les objectifs de développement durable prouvent que le genre, la paix, la sécurité et le développement sont liés, interconnectés et indissociables les uns des autres, a conclu le délégué du Maroc.

Mme ALEXANDRA BAUMANN (Suisse) a indiqué que la sécurité humaine, l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes et des filles sont des éléments clefs de la politique étrangère de la Suisse.  Ainsi, le Département fédéral des affaires étrangères a lancé sa première grande stratégie sur l’égalité des genres et les droits des femmes qui met en avant l’action en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité comme l’un de ses principaux volets.  Parmi les raisons, la représentante a cité le fait que l’égalité entre les sexes est une clef pour la prévention des conflits et la violence, y compris de l’extrémisme violent.  En outre il faut que les femmes soient incluses dans les processus de paix et cela ne doit pas se résumer à un siège à la table de négociation mais englober leur capacité de faire valoir leurs idées et préoccupations.

À cet égard, la Suisse salue la stratégie du Secrétaire général sur l’égalité et son appel à nommer davantage de femmes en tant qu’envoyées spéciales, médiatrices et expertes en médiation.  Tirant la leçon des expériences passées, la représentante a encouragé la mobilisation aux côtés de la société civile, la mise en place de capacités et l’autonomisation des femmes.  Il faut mettre en place un effectif de femmes prêtes à agir, le moment venu, en tant que médiatrices et négociatrices, a-t-elle estimé.  Pour cela, il est impératif que les femmes participent à toutes les activités et tous les entraînements liés à la médiation.

Pour la Suisse, il existe en outre deux aspects cruciaux pour la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité à savoir l’action des hommes et des garçons et l’autonomisation économique des femmes.  Il faut que le programme sur les femmes, la paix et la sécurité ne se limite pas aux femmes et qu’il place la transformation des rapports de force dans les sociétés en son centre.  L’autonomisation économique des femmes doit obtenir plus d’attention dans les activités de relèvement post-conflit et de renforcement de l’État, a encore plaidé la délégation suisse.

Mme ANNA FATA, observatrice du Saint-Siège, a observé que malgré les pas positifs accomplis dans la mise en œuvre des huit résolutions du Conseil de sécurité, les femmes restaient minoritaires dans les négociations de paix et dans les opérations de maintien de la paix.  « Les femmes, qui sont des agents du changement, devraient pouvoir faire plus », a affirmé Mme Fata.  S’appuyant sur la présence de l’église catholique au niveau local durant les cinq décennies de conflit en Colombie et sur la mise en œuvre de l’accord de paix sur le terrain, elle a affirmé que cette expérience avait amplement démontré le rôle clef des femmes comme « faiseuses de paix »: elles désarment la violence avec leur capacité de comprendre et d’avoir de l’empathie, de dissuader et de convaincre, de pardonner et de reconstruire des vies, des familles et des communautés entières.

Malheureusement, a-t-elle poursuivi, les femmes sont plus souvent des cibles et des victimes que des agents de la paix dans les conflits d’aujourd’hui.  Elle a dénoncé l’extrémisme violent et le terrorisme qui utilisent les violences sexuelles comme tactique de terreur, et la restriction des droits des femmes par un détournement de la religion, « un développement dangereux et de plus en plus répandu ».  Mme Fata a cependant insisté sur le fait que les violences contre les femmes n’étaient pas seulement perpétrées lors des conflits, soulignant que les femmes constituent aussi la majorité des victimes de la traite.  Rappelant la responsabilité des États, qui doivent poursuivre les auteurs de ces crimes, elle a appelé les parties au conflit à respecter leurs obligations en vertu du droit humanitaire et des droits de l’homme.  Elle a mis en évidence le rôle essentiel de l’éducation, rappelant le rôle de l’église catholique à cet égard, grâce à un « réseau ancré localement et connecté internationalement ».

Mme AMARSANAA DARISUREN, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a rappelé que son organisation était active dans toutes les phases d’un conflit et appuyait le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  La mission spéciale de l’OSCE en Ukraine fait en sorte que la voix des hommes et des femmes vivant dans les zones de conflit soient entendues, a-t-elle dit.  « Nous devons améliorer encore l’équilibre entre les sexes parmi nos observateurs afin de parvenir à des patrouilles mixtes permettant un meilleur accès aux populations civiles. »  Elle a indiqué que 31 pays de la zone de l’OSCE avaient adopté des plans d’action nationaux, avant d’affirmer que son organisation était aux avant-postes de la lutte contre l’extrémisme violent.  Le nouveau projet intitulé « leaders contre l’extrémisme violent et la radicalisation » met l’accent sur le rôle des femmes, a-t-elle affirmé.  Nous reconnaissons que nous devons en faire plus pour assurer de manière plus systématique la participation des femmes aux processus de paix, a conclu Mme Darisuren.

Mme ALYA AHMED SAIF AL-THANI (Qatar) a qualifié de « tournant » l’adoption de la résolution 1325 (2000), un texte qui a consacré le rôle des femmes dans les processus de paix et de médiation.  Il est regrettable de constater qu’elle reste insuffisamment mise en œuvre 17 ans plus tard, a constaté la représentante, qui s’est dite favorable à une stratégie à long terme pour l’autonomisation des femmes, tout en leur facilitant l’accès aux mécanismes de justice transitionnelle dans les sociétés postconflit.  La représentante a aussi jugé qu’il faut reconnaître l’importance du rôle que la femme peut jouer dans la prévention de la radicalisation.  C’est pourquoi l’État du Qatar mène diverses initiatives à l’échelle nationale et internationale, a-t-elle indiqué.  Le Gouvernement a également contribué à une étude internationale sur la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000), contribution qui fait partie prenante de la volonté de Doha de faire de la parité homme-femme un élément transversal dans toutes ses politiques.

Également au nom de l’Estonie et de la Lettonie, Mme AUDRA PLEPYTE (Lituanie) a déclaré que les femmes étaient souvent négligées dans les négociations, le maintien et la consolidation de la paix.  La représentante a souligné la nécessité d’intégrer les femmes à toutes les étapes de la prévention et de la résolution des conflits.  La perspective du genre doit être intégrée dans les opérations de paix, a-t-elle exhorté ajoutant que le rôle accru des femmes dans les activités des Nations Unies s’est révélé efficace et devrait être élargi.  À cette fin, les pays baltes ont encouragé les femmes militaires et policières à postuler à des postes de maintien de la paix. 

La représentante a insisté sur une formation de bonne qualité en matière de droits de l’homme et des questions liées au genre.  Elle a aussi attiré l’attention sur le rôle central que la société civile joue dans la mise en œuvre du programme « femmes, paix et sécurité ».  Avertissant qu’un financement insuffisant est un obstacle majeur à la mise en œuvre du programme, elle a appelé tous les États à aider financièrement les organisations de la société civile.  L’accès à la justice demeure une priorité pour que les auteurs de crimes contre les femmes et les filles puissent être traduits en justice et que les victimes soient indemnisées pour le préjudice qu’elles ont subi, a ajouté la représentante.

Mme NELLY SHILO (Israël) a rappelé que la présence des femmes dans les négociations de paix favorise la durabilité des accords de paix et que 35% des accords négociés par les femmes durent plus de 15 ans. Les femmes font la différence, a-t-elle dit, en prenant l’exemple du processus de paix en Colombie et au Libéria.  En dépit des efforts faits, les femmes ne représentent que 4% du personnel militaire des opérations de paix de l’ONU, a-t-elle déploré.  Pour attirer plus de femmes, elle a prôné une politique de tolérance zéro contre le harcèlement sexuel au sein de ces missions.  Elle a ensuite détaillé les efforts faits par son pays pour une meilleure inclusion des femmes dans la société israélienne.  Près de 50 lois allant en ce sens ont été votées ces 10 dernières années, a-t-elle dit, avant d’admettre que « beaucoup reste encore à faire ».

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a indiqué que les femmes de son pays étaient à l’avant-garde d’un mouvement de réforme et de promotion de politiques et de législations en vue de renforcer leur rôle au sein de la société sud-africaine.  Aujourd’hui, les femmes représentent 42% des parlementaires et 41% des membres du Gouvernement, s’est-il félicité, en faisant observer que deux femmes occupent la présidence de l’Assemblée nationale et du Conseil national des provinces.  L’Afrique du Sud prête aussi une assistance aux femmes médiatrices du continent africain, grâce à son centre de formation.  Soucieuses de consolider la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) et de celles qui ont été adoptées par la suite, l’Afrique du Sud maintient un dialogue permanent avec la société civile et les universitaires pour faire avancer la cause de l’autonomisation des femmes et éliminer les obstacles qui entravent leur participation aux processus de paix et aux efforts de médiation.

Mme GILLIAN BIRD (Australie) a dit que son pays a porté à 25% le nombre de femmes officiers d’état-major et observateurs militaires dans les missions des Nations Unies.  La représentante a félicité le Département des affaires politiques d’avoir supervisé l’augmentation substantielle de l’expertise en matière d’égalité des sexes avec le déploiement de 25 conseillers pour l’égalité des sexes dans 11 missions sur le terrain.  De tels efforts ont démontré qu’avec un financement et des objectifs spécifiques, il est possible d’améliorer la participation des femmes, s’est félicitée la représentante.  Tous les acteurs clefs doivent jouer un rôle dans la mise en œuvre du programme sur les femmes, la paix et la sécurité y compris les groupes de la société civile qui sont la plus grande source d’expertise sur le terrain.  La représentante a rappelé que son pays a créé le Fonds pour la paix et l’aide humanitaire aux femmes, qui apporte un appui aux organisations féminines pour contribuer à la prévention des conflits, la réponse aux crises et la consolidation de la paix.

M. CHO TAE-YUL (République de Corée) a estimé qu’il fallait poursuivre les efforts de manière plus coordonnée pour empêcher les femmes d’être victimes de la violence, en pointant particulièrement la prévention des violences sexuelles lors des conflits et la nécessité de traduire leurs auteurs en justice.  Estimant qu’on ne peut tolérer aucun abus sexuel de la part des soldats de la paix, il a salué la détermination du Secrétaire général et ses initiatives en la matière.  M. Cho a ensuite demandé que l’on traduise en actions concrètes l’objectif d’augmenter la participation des femmes aux efforts de paix.  La République de Corée a adopté un plan national d’action en 2014 et a réalisé l’objectif de 15% de femmes dans les contingents de maintien de la paix.  Le délégué a ensuite plaidé pour que l’on aligne les réformes de l’architecture de paix et de sécurité des Nations Unies avec le programme femmes, paix et sécurité, en citant plus spécifiquement la participation significative des femmes à toutes les étapes des processus de paix et le renforcement de la parité au niveau du recrutement pour des positions de direction.  Le représentant dont le pays assume la présidence de la Commission de consolidation de la paix a attiré l’attention sur la création de points de contact pour les questions d’égalité des sexes au Canada et au Bangladesh.  La Commission a également augmenté la participation des femmes au maintien de la paix au niveau national et a dialogué, lors d’une réunion aux Îles Salomon, avec un groupe de jeunes parlementaires, a conclu le délégué.

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) s’est dite convaincue du rôle crucial des femmes dans le maintien et la consolidation de la paix, arguant du processus de paix en Irlande « qui en a fourni la preuve ».  La déléguée a déclaré que cette problématique sera au cœur de la prochaine session de la Commission de la condition de la femme, que présidera l’Irlande qui finance d’ailleurs des ONG, notamment au Nigéria, pour faire avancer la cause de la participation accrue des femmes aux processus de paix.  La représentante a détaillé le plan d’action national de son pays, qui vise notamment à accroître le nombre de femmes dans les Forces armées irlandaises.  L’Irlande est l’un des 14 pays à avoir signé l’Appel à l’action pour la protection contre la violence sexiste dans les situations d’urgence, a conclu la représentante irlandaise.

M. AMRITH ROHAN PERERA (Sri Lanka) a déclaré que le conflit prolongé dans son pays avait fait de nombreuses victimes, des orphelins, des veuves de guerre, des mères célibataires et des familles monoparentales.  Répondre aux préoccupations immédiates de ces femmes et en faire des participantes dans tous les domaines de la consolidation de la paix reste une priorité des efforts postconflits.  Pour que la consolidation de la paix soit couronnée de succès, il faut que l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, y compris l’autonomisation économique, la sécurité humaine, les droits de l’homme et le développement, aillent ensemble.

Il est également essentiel de faire participer les acteurs nationaux à tous les échelons et aux plus hauts niveaux du Gouvernement afin de garantir l’appropriation des processus de consolidation de la paix et de garantir leur viabilité à long terme.  Alors que Sri Lanka s’engage sur la voie de la réconciliation et de la justice transformatrice, le Gouvernement a créé un groupe de travail composé de 11 personnalités éminentes pour mener des consultations à l’échelle nationale sur les mesures de réconciliation.  Les membres de ce groupe de travail proviennent entièrement de la société civile dont six femmes.

M. MACHARIA KAMAU (Kenya) a indiqué que le 8 mars 2016, Journée internationale de la femme, le Gouvernement a lancé un plan d’action national pour la mise en œuvre de la résolution 1325, qui concerne la sécurité, la consolidation de la paix, la résolution des conflits, la fin de l’impunité relative à la violence contre les femmes, l’intégration de la dimension de genre et la protection des droits humains.  Comme contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix, le Kenya déploie une proportion de femmes de 19%, soit plus des 15% recommandés par l’ONU.  Le Kenya est donc le premier en ce qui concerne le déploiement de femmes officiers, s’est réjoui le représentant.

Le Gouvernement a d’ailleurs mis en place un centre de formation au maintien de la paix pour renforcer les capacités des femmes comme des hommes dans le rétablissement de la paix, les négociations et la diplomatie préventive aux niveaux communautaire et national.  Il a aussi lancé une campagne nationale visant à rompre le silence sur la violence sexiste et à communiquer sur la dimension genre, de la paix et de la sécurité.  Les centres médicaux et psychosociaux pour les victimes de violences sexuelles et sexistes ont été renforcés, de même qu’a été élargi l’accès à la justice.

Mme TAREQ MD ARIFUL ISLAM (Bangladesh) a indiqué qu’il comptait s’écarter du sujet à l’ordre du jour pour évoquer la « catastrophe » qui touche les 600 000 personnes, principalement rohingya, qui se sont réfugiées dans son pays au cours de ces derniers mois fuyant le « nettoyage ethnique » au Myanmar.  Les viols et les violences sexuelles sont la « principale technique » des forces de sécurité du Myanmar qui en usent de « manière systématique et coordonnée » pour chasser les Rohingya et les empêcher de revenir chez eux, a accusé la représentante.  Pour avoir joué un rôle décisif dans l’adoption de la résolution 1325 (2000), le Bangladesh ne peut rester silencieux ou même « objectif » face à de telles atrocités, a déclaré la représentante.  Elle a fait valoir l’aide apportée par son pays à près de 2 000 femmes enceintes.  Elle a rappelé que la Représentante spéciale du Secrétaire général sur la violence sexuelle dans les conflits armés, qui se rendra ce weekend dans les camps de réfugiés du Bangladesh, a exhorté les autorités du Myanmar à interdire à leurs forces armées de se livrer à de tels crimes et à ouvrir des enquêtes approfondies sur ceux qui ont été commis.

Quoique nous n’ayons pas adopté de plan d’action national, s’est expliquée Mme BESIANA KADARE (Albanie), la dimension genre est couverte par notre stratégie nationale sur l’égalité des sexes et la lutte contre la violence domestique.  L’Albanie, a-t-elle affirmé, a également intégré les objectifs de la résolution 1325 (2000) dans la stratégie de gestion des ressources humaines adoptée par ses forces armées et dans la stratégie de maintien de l’ordre public adoptée par ses forces de police.  En conséquence, la participation des femmes dans les forces armées albanaises a augmenté, pour atteindre 17%, sans oublier le fait que l’actuelle Ministre de la défense est une femme, tout comme l’était son prédécesseur.  À cela, s’ajoute le fait que la police albanaise applique désormais un strict critère de parité dans sa politique de recrutement, de sorte que, au total, les femmes représentent à l’heure actuelle 14% des forces de police du pays.  Au plan politique, 28% des Parlementaires et la moitié des ministres du gouvernement sont des femmes.

Par ailleurs, la représentante a déclaré que son pays travaillait actuellement à l’élaboration d’un plan d’action national, avec l’appui de ses partenaires hollandais, d’ONU-Femmes, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et de l’Union européenne (UE).  Au niveau régional, l’Albanie soutient le Réseau des femmes médiatrices de la région méditerranéenne, créé à l’initiative de l’Italie.  « Notre monde a besoin de plus de leaders femmes et de plus d’hommes acquis à la cause de l’égalité des sexes », a-t-elle déclaré en conclusion.

S’associant à la déclaration de l’Union européenne (UE), M. XXX (Hongrie) a rappelé que dans les zones touchées par les conflits, les femmes jouent un rôle clef pour assurer des moyens de subsistance à leurs familles.  Elles sont très bien implantées dans la vie communautaire et sont donc essentielles pour lutter contre l’extrémisme violent.  Le représentant a estimé qu’une bonne mise en œuvre du programme « femmes et paix et sécurité » exige une coopération entre les gouvernements et les organisations de la société civile.  À ce propos, il s’est dit profondément préoccupé par la violence contre les défenseurs des droits des femmes.  À ses yeux, la participation accrue des femmes aux opérations de maintien de la paix est essentielle pour la protection des civils.  Par conséquent, la Hongrie a augmenté le nombre de ses expertes et policières dans les missions de maintien de la paix des Nations Unies auxquelles elle participe.

M. NABEEL MUNIR (Pakistan) a souligné le « fardeau disproportionné de traumatisme et de violence » porté par les femmes en temps de conflit.  Le viol des femmes est une tactique de guerre, a-t-il dit, avant d’inviter le Conseil à se concentrer sur les causes profondes des conflits afin de les prévenir.  Les gouvernements doivent veiller à la protection des femmes, a-t-il poursuivi, jugeant essentiel de renforcer les capacités en la matière.  Le délégué a demandé une participation accrue des femmes aux processus de paix et a rappelé, en conclusion, que son pays a contribué au Fonds d’affectation spécial en faveur des victimes d’exploitation et d’atteintes sexuelles.

M. ALI NASEER MOHAMED (Maldives) a fait observer que les principes d’égalité et de non-discrimination sont au cœur de la Constitution des Maldives. La législation nationale a été renforcée pour lutter contre le harcèlement sexuel, la violence domestique et les abus sexuels.  Aux Maldives, les femmes représentent plus de 60% des fonctionnaires, 40% du personnel judiciaire et au moins 30% des sièges leur sont réservés dans les conseils d’administration des entreprises publiques.  Pour mettre en place la résolution 1325, la législation et les politiques sont nécessaires mais ce sont aussi et surtout les mentalités qui doivent évoluer, a estimé le représentant.  Les études montrent que lorsque davantage de femmes occupent des postes de pouvoir, l’acceptation et la perception que la société en a s’améliorent, a-t-il poursuivi.  C’est la raison pour laquelle le Gouvernement a décidé de faire en sorte que les femmes prennent une part égale dans les décisions essentielles de l’exécutif.

Mme LISE H.J. GREGOIRE-VAN-HAAREN (Pays-Bas) a cité les noms de plusieurs femmes, tirées du dernier rapport de « Human Rights Watch » sur la République centrafricaine, où elles ont été victimes de viols et d’esclavage sexuel, utilisés comme tactique de guerre dans tout le pays.  Elle a ensuite souligné la détermination de son pays à intégrer la problématique hommes-femmes dans toutes ses politiques, laquelle ne consiste pas seulement à respecter des obligations paritaires, mais aussi à être porteuse de changements.  « La résolution 1325 ne doit pas simplement être traduite dans les langues officielles, mais aussi dans les faits », a tranché la déléguée.

M. HECTOR ENRIQUE JAIME CALDERON (El Salvador) a mentionné les efforts constants de son pays en faveur de la protection des droits des femmes.  En juillet dernier, El Salvador a lancé son plan d’action national an application de la résolution 1325 (2000).  Le plan prévoit des actions innovantes relatives à la protection sociale des femmes, a poursuivi le délégué qui a reconnu le rôle crucial des femmes dans la promotion et le maintien de la paix et a apporté son soutien à l’approche de tolérance zéro du Secrétaire général, s’agissant des atteintes sexuelles commises par les soldats de la paix.  En conclusion, il a affirmé qu’El Salvador s’efforçait d’augmenter le nombre de femmes au sein des contingents salvadoriens des missions de paix de l’ONU.

M. CRISTIÁN BARROS MELET (Chili) a rappelé le rôle pionnier joué en Amérique latine par son pays dans la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000), sous le mandat de la Présidente Michelle Bachelet.  Celle-ci est bien consciente du rôle crucial des femmes en tant qu’agents du changement et du maintien de la paix, a-t-il poursuivi.  Le second plan national du Chili met l’accent sur l’éducation et la formation du personnel, a affirmé M. Barros Melet qui a affirmé que l’autonomisation des femmes est l’un des piliers du projet porté par Mme Bachelet.  Au nombre des progrès accomplis, le délégué a mentionné le quota de 40% réservé aux femmes dans le Congrès.  Mais à l’heure actuelle, l’urgence est d’accroître la participation des femmes dans les opérations de paix, a-t-il estimé.

M. EARLE COURTENAY RATTRAY (Jamaïque), s’est dit préoccupé par les insuffisances dans la mise en œuvre du programme « femmes et paix et sécurité ».  Il a exigé des mesures préventives pour s’attaquer aux causes structurelles et profondes des inégalités entre les sexes.  La Jamaïque, a-t-il indiqué, a élaboré une politique nationale du genre, alignée avec sa politique nationale de développement.  À cette fin, le Gouvernement a lancé la campagne « HeforShe » créée par ONU-Femmes et un plan d’action stratégique national 2017-2026 visant à éliminer la violence sexiste.  Le représentant a appuyé l’idée du Secrétaire général de créer des mécanismes efficaces pour mesurer les résultats concernant la mise en œuvre du programme.

Ces mécanismes, a-t-il estimé, doivent tenir compte de la coopération et du soutien nécessaires pour atteindre les résultats requis, notamment grâce à un financement prévisible et durable.  Notant le rôle des jeunes femmes dans la consolidation de la paix, il a exprimé son soutien au travail accompli conformément à la résolution 2250 (2015) sur la jeunesse, la paix et la sécurité. Il a également approuvé les efforts visant à assurer l’autonomisation économique des femmes, leur promotion dans les structures de gouvernance et leur accès à la justice et à la sécurité.  De même, il a exprimé son intérêt pour l’intégration d’une dimension genre dans les efforts de désarmement, de démobilisation et de réintégration.

M. MOHAMMED HUSSEIN BAHR ALULOOM (Iraq) a dit que son pays souhaitait accroître la participation des femmes dans toutes les sphères de la société iraquienne, ainsi que leur nombre dans les postes à responsabilité.  La nouvelle Constitution iraquienne prévoit d’ailleurs que 25% des sièges du Conseil des représentants iraquien soient réservés aux femmes, a-t-il dit.  Le représentant a précisé qu’il y avait trois ambassadrices iraquiennes et qu’une femme est à la tête de la mairie de Bagdad.  Il a sollicité l’aide de la communauté internationale pour faciliter la réinsertion des femmes, notamment yézidies, qui ont enduré les pires sévices de la part de Daech.  Enfin, il a salué l’adoption de la résolution 2371 (2017) sur la collecte des éléments de preuve des crimes commis par Daech afin que ce groupe terroriste rende enfin des comptes à la justice.

M. PHILIPP CHARWATH (Autriche) a partagé trois points.  Premièrement, il ne peut y avoir de solution durable à un conflit sans la participation des femmes.  En avril, l’Autriche a organisé une retraite de haut niveau sur des processus de paix efficaces et l’inclusion des femmes, ce qui a permis de collecter des recommandations concrètes sur la manière d’aboutir à une participation significative des femmes dans ces processus.  Deuxièmement, l’autre élément clef est un journalisme sensible au genre et à la protection des femmes journalistes.  Lorsque les femmes sont présentées comme des victimes, un journalisme sensible au genre peut transformer les préjugés, promouvoir l’autonomisation des femmes et sensibiliser l’opinion publique au rôle des femmes dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits.  Le 3 novembre prochain, l’Autriche organisera une manifestation sur le rôle des médias dans la mise en œuvre de l’agenda femmes, paix et sécurité.  Troisièmement, les organisations régionales sont bien placées pour faire le lien entre le cadre international et les mises en œuvre locales et nationales.  L’Autriche appelle l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à adopter son propre plan d’action sur les femmes, la paix et la sécurité. 

Mme ELENE AGLADZE (Géorgie) a déclaré que son pays était en train d’élaborer son troisième plan d’action national en application de la résolution 1325 (2000).  La Géorgie vient de signer la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, dite Convention d’Istanbul, a-t-elle poursuivi.  La déléguée s’est dite vivement préoccupée par le sort des femmes vivant dans les régions occupées de la Géorgie, lesquelles continuent de subir de graves violations de leurs droits et libertés, en particulier la liberté de mouvement.  La situation dans ces territoires occupés est d’autant plus alarmante qu’aucune mission de surveillance n’y est déployée, a conclu Mme Agladze.

M. RIYAD MANSOUR, Observateur permanent de l’État de Palestine, a dit apprécier les efforts consentis par l’ONU pour mettre cette question au centre de la plateforme de prévention et de l’élan diplomatique.  Il a ensuite mis en avant les propres efforts de la Palestine, soulignant que le mouvement des femmes palestiniennes est l’un des plus vieux et des plus forts de la région et au delà, avec des structures représentatives datant du XIXe siècle.  L’Union générale des femmes palestiniennes, au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a été l’un des premiers syndicats de la région.  Il a également cité le Comité national de haut niveau pour la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000), créé en 2012, et le plan d’action national sur les femmes, la paix et la sécurité lancé en 2016.  La Palestine a été l’un des 68 pays à se doter d’un tel plan, s’est enorgueilli M. Mansour qui a ensuite détaillé les objectifs du plan d’action 2017-2019, adopté tant par le Gouvernement que par les organisations de la société civile.  Malgré ces efforts, une femme n’a été élue à un poste élevé de l’exécutif de l’OLP qu’en 2009.  La Palestine doit aussi revoir le cadre législatif pour garantir la cohérence avec les engagements internationaux concernant la protection et les droits des femmes, a reconnu M. Mansour.

M. CHARLES T. NTWAAGAE (Botswana) a dit que la communauté internationale devait continuer de s’attaquer aux normes sociales qui perpétuent la violence et les abus sexuels contre les femmes et promouvoir le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire.  À cet égard, le représentant a souligné la responsabilité des États d’honorer leur obligation de mettre fin à l’impunité et d’utiliser tous les moyens disponibles pour établir les responsabilités et poursuivre tous les auteurs des violations.  M. Ntwaagae a appelé les États à prendre des mesures pratiques pour lever les obstacles de l’accès des femmes à la justice y compris en créant un environnement dans lequel les femmes peuvent effectivement dénoncer les violences sans crainte et sans intimidation.  Il a exhorté tous les États à renforcer la capacité de leurs systèmes judiciaires pour élargir l’accès des victimes à la justice. 

M. TANMAYA LAL (Inde) a plaidé en faveur d’une « implication institutionnalisée » des femmes dans le maintien de la paix, la prévention des conflits et les processus politiques.  Selon lui, la problématique femmes, paix et sécurité ne peut pas être envisagée isolément du contexte social plus large de l’autonomisation des femmes et des questions de développement durable.  Le représentant a rappelé que son pays, « le plus important contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix de l’ONU ces 70 dernières années », avait mis sur pied, il y a 10 ans, la toute première unité de police féminine au sein de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL).  Le Premier Ministre Modi, a annoncé M. Lal, s’est engagé en faveur d’une participation plus élevée des femmes parmi les Casques bleus, avec un objectif de 15% d’observateurs militaires d’ici à la fin de cette année.  L’Inde a également l’intention de déployer une autre unité de police formée exclusivement de femmes.  Par ailleurs, a ajouté le délégué, New Dehli a pris la tête d’un effort visant à animer des ateliers de sensibilisation à la violence sexuelle dans les situations de conflit armé.

M. JUAN CARLOS MENDOZA-GARCÍA (Costa Rica) a appelé les États membres du Conseil de sécurité à soutenir sans restriction l’engagement du Secrétaire général à parvenir à l’égalité des sexes à tous les niveaux des opérations de maintien de la paix.  Il est en outre essentiel d’intégrer la perspective genre et droits de l’homme dans tous les domaines d’action des processus de paix et de sécurité, comme par exemple dans les commissions d’enquête ou les mécanismes de justice transitionnelle.  Le recours généralisé à la violence sexuelle comme tactique de terreur et arme de guerre est inacceptable, a ajouté le représentant, et ces actes, qui constituent un crime contre l’humanité, doivent être pénalisés avec la plus grande fermeté, une lutte totale contre l’impunité et le renvoi des criminels devant la Cour pénale internationale.

Le Costa Rica salue la volonté du Secrétaire général de lutter contre l’exploitation et les atteintes sexuelles.  Il a d’ailleurs adhéré au Pacte volontaire lancé en septembre. M. Mendoza-García a insisté sur la nécessité d’apporter le soutien nécessaire aux victimes et aux survivants de violences sexuelles en situation de conflit afin de les aider à se réinsérer correctement et avec dignité dans leur communauté.  Il faut également en finir avec les normes discriminatoires et garantir l’accès des femmes aux ressources économiques et financières.  Il est nécessaire de prendre en compte les répercussions de la violence armée sur les femmes, et par conséquent les impliquer dans les efforts de désarmement, de non-prolifération et de contrôle des armes.

M. ION JINGA (Roumanie) a constaté la nécessité de plus en plus urgente d’avoir plus de femmes dans les postes de commandement des opérations de maintien de la paix.  La Roumanie, a-t-il dit, est un grand promoteur de l’intégration des femmes dans les contingents des missions de l’ONU.  Nous sommes fiers qu’une femme officier de la police roumaine ait reçu le titre d’« International Female Police Peacekeeper » en 2015.  Actuellement, une autre femme policier roumaine occupe le poste de chef des opérations au sein de la Mission de l’ONU au Libéria, a indiqué le représentant.

En même temps, en application de la résolution 1325 (2000), le Ministère de la défense a adopté un plan d’action visant à mettre en œuvre le programme femmes, paix et sécurité, ce qui fait qu’à présent, 40 femmes militaires roumaines sont déployées dans des missions de l’ONU ou d’autres organisations internationales, en République démocratique du Congo, en Afghanistan, dans les Balkans et en Géorgie.  En outre, la Roumanie a rejoint le Réseau de points focaux nationaux « femmes, paix et sécurité », officiellement lancé à New York, le 23 septembre 2016.

Les 13 et 14 juin 2017, le Ministère de la défense a organisé à Bucarest, une conférence régionale sur « l’intégration du genre dans la sécurité et la défense ».  La Roumanie a aussi rejoint le Royaume-Uni et le Pérou dans une manifestation organisée à l’ouverture de la session actuelle de l’Assemblée générale sur la présence des femmes dans les opérations de maintien de la paix.

Mme LOUISE SHARENE BAILEY, de l’Union africaine, a déclaré qu’à sa réunion du 13 mars 2017, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a approuvé les modalités de création du Réseau des femmes africaines de prévention de conflit et de médiation (FEMWISE-AFRICA) dont l’objectif est de renforcer le rôle des femmes dans la prévention et la médiation dans le contexte de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA).  En août de cette année, le Conseil de sécurité a approuvé cette initiative. 

Les priorités de FEMWISE-AFRICA sont, entre autres choses, d’« assurer un canal pour la participation significative et efficace des femmes aux processus de paix, y compris en tant que chefs des missions officielles de médiation de haut niveau et, initier l’action des femmes qui catalysera et intégrera l’engagement des femmes dans la médiation, conformément à « l’Agenda 2063 » de l’Union africaine et des objectifs de développement durable.

Comme partie de ses efforts pour accélérer la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000), l’Union africaine lancera officiellement en février 2018 l’initiative « Réseau des femmes leaders africaines ».  Avant cela, le 31 octobre prochain, le Conseil de paix et de sécurité tiendra un débat public sur le « rôle des femmes dans la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent en Afrique ».

M.   , de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), a déclaré que le Plan d’action de l’OTAN sur la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) et les résolutions connexes ont été approuvées par les 29 membres de l’Organisation et 55 pays, ce qui en fait la plus large coalition politique pour mettre en œuvre l’agenda femmes, paix et sécurité.  L’OTAN vise à maintenir cet élan et à intensifier le soutien en 2018 avec des versions révisées à la fois de la résolution 1325 et de son plan d’action.  Cette révision permettra à la politique et au plan d’action de l’OTAN de souligner l’importance d’intégrer la perspective genre dans tout le travail et à tous les niveaux.

Mme DIOSITA T. ANDOT (Philippines) a indiqué que la ville de Marawi, au sud des Philippines, avait finalement été libérée après cinq mois de terreur imposée par l’État islamique, entrainant le déplacement de 700 000 personnes.  Elle a expliqué que son gouvernement avait lancé un plan d’évaluation postconflit et un plan de réhabilitation et de reconstruction de la paix, en coopération avec des partenaires internationaux comme le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  Elle a souligné que ces programmes prenaient en compte la problématique de genre sous tous ses aspects.

La représentante a ensuite rappelé que son pays mettait en œuvre depuis le début la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité et qu’il lançait, pour la période 2017-2022, son troisième plan d’action national (NAPWPS).  Elle a spécifié que ce plan intègre plus largement la situation des femmes dans les conflits armés et reconnait leur contribution au règlement des conflits.  Le plan, a-t-il insisté, a pour objectif premier d’intégrer le vocabulaire et les préceptes de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, a-t-elle expliqué. 

Dans la recherche de la paix avec différents groupes rebelles aux Philippines, des actions significatives sont menées pour assurer une meilleure participation des femmes, en particulier les femmes autochtones ou Moro, et pour garantir une meilleure protection de leurs droits.  La représentante a souligné que les femmes avaient joué un rôle crucial dans la réponse apportée à la crise de Marawi, avec le déploiement, pour la première fois, lors des combats, d’une unité féminine (CRC) chargée de mettre en œuvre les programmes de reconstruction et d’assistance aux personnes déplacées.  La représentante a également mis en avant la création, avec l’aide d’ONU-Femmes, d’un kit pour renforcer l’implication des femmes dans le développement. 

M. NGUYEN PHUONG NGA (Viet Nam) a demandé le renforcement de la réponse collective aux défis de la sous-représentation, des inégalités et de la discrimination à l’encontre des femmes.  La représentation et la participation des femmes aux processus décisionnels dans les situations postconflit et les efforts de paix doivent être élargis pour veiller à ce que leurs besoins et intérêts soient reflétés et satisfaits. 

La perspective genre devrait être intégrée de manière cohérente et complète dans tous les domaines du maintien de la paix et de la prévention des conflits.  L’impunité doit cesser, a ajouté le représentant, avant de souligner l’importance de l’éducation pour renforcer les capacités des femmes.  L’éducation est essentielle pour équiper les femmes et les filles des connaissances qui leur permettront de se protéger des risques et d’assurer leur résilience contre les chocs économiques, les changements climatiques et les catastrophes naturelles.  Il faut les sensibiliser au programme femmes, paix et sécurité en utilisant les différents moyens de communication.  M. Nga a indiqué que la première femme officier vietnamienne sera bientôt déployée à la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud ainsi que neuf autres femmes qui vont travailler dans un hôpital de niveau II.

M. BADER ABDULLAH N. M. ALMUNAYEKH (Koweït) a réaffirmé l’engagement de son pays en faveur de l’égalité des sexes et de la promotion des droits des femmes, qui sont des éléments cruciaux de la prévention et du règlement des différends.  Il a salué les recommandations faites par le Secrétaire général dans son rapport, notamment celles qui attirent l’attention sur les liens entre la problématique à l’ordre du jour et la réalisation des objectifs de développement durable, en particulier les objectifs 5 sur l’autonomisation des femmes et 16 sur les sociétés pacifiques et inclusives.  Le représentant a précisé que son gouvernement avait élaboré plusieurs projets, dont un mécanisme national destiné à protéger la femme de toute forme de violence.

M. SAOD RASHID AL MAZROUI (Émirats arabes unis) a affirmé que l’un des principes fondateurs de son pays était la pleine participation des femmes dans toutes les sphères de la société.  Il a souligné l’importance du partenariat de son pays avec ONU-Femmes, le premier ayant annoncé une contribution de 15 millions de dollars au profit de l’organisation au cours des trois prochaines années.  Mon pays et ONU-Femmes ont lancé en 2016 un bureau de liaison à Abu Dhabi afin de promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, a-t-il dit.  Le délégué a souligné l’importance de renforcer les capacités judiciaires des États pour qu’ils puissent poursuivre les auteurs de violences sexuelles.  C’est pourquoi mon pays soutient l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’action contre la violence sexuelle en Somalie, a-t-il conclu.

M. ZOHRAB MNATSAKANYAN (Arménie) a annoncé l’adoption prochaine par son gouvernement d’un projet de loi sur la prévention des violences conjugales et la protection des victimes.  Il s’est félicité de pouvoir annoncer que le quota des femmes parlementaires est récemment passé de 20 à 25%, avec comme objectif de parvenir à 30% d’ici à 2020.  Outre un plan d’action national de mise en œuvre de la résolution 1325 (2000), le représentant a fait valoir le lancement d’ateliers dans son pays, en coopération avec le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), pour sensibiliser à la mise en œuvre de la résolution.  Il a appuyé les recommandations du Secrétaire général qui envisage de faire de cette mise en œuvre un véritable programme « transformatif » pour pérenniser la paix.  Il a enfin salué le rôle que jouent les femmes dans le règlement des différends, en particulier des organisations issues de la société civile, notamment dans le Haut-Karabakh.  Le représentant a cependant regretté que les efforts déployés en ce sens soient entravés et que des Arméniens soient pris pour cible dans « l’État voisin ».

Pour Mme PENNELOPE ALTHEA BECKLES, (Trinité-et-Tobago), le caractère précurseur de la résolution 1325 ne saurait être assez mis en évidence, son pays ayant été un des premiers à reconnaître la nécessité d’impliquer les femmes dans les efforts de paix et de sécurité.  Le soutien de son pays aux résolutions successives, dont il reconnaît la nature particulière, est fondé sur les obligations de la Charte et les propres lois nationales de Trinité-et-Tobago, qui ont intégré les droits inaliénables des femmes.  Poursuivant, la représentante a rappelé l’importance d’honorer les obligations en vertu des instruments internationaux tels que la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes ou la Convention relative aux droits de l’enfant.

Elle a mis en évidence le rôle que peut jouer le Traité sur le commerce des armes pour contribuer à la réduction, si non à l’élimination, des souffrances incalculables, en particulier des femmes et des enfants.  Mme Beckles a aussi voulu rappeler la complémentarité de la résolution 1325 (2000) avec la première résolution présentée à l’Assemblée générale par son propre pays en 2010, sur les « femmes, le désarmement, la non-prolifération et le contrôle des armes ».  Elle a salué le plan stratégique des Nations Unies pour l’égalité des sexes, « un instrument important qui peut contribuer à l’objectif commun ».

M. URUJENI BAKURMUTSA (Rwanda) a déclaré que faire participer les femmes aux processus de paix et de sécurité n’était pas seulement « une bonne chose à faire, mais aussi une décision intelligente ».  La contribution unique des femmes apporte une valeur ajoutée aux questions importantes telles que la protection des droits de l’enfant, la lutte contre les violences sexistes et la promotion des droits de l’homme.  Il est clair, a dit le représentant, que lorsque les droits des femmes et leur autonomie sont entravés, les répercussions sur la société dans son ensemble sont terribles.  Ainsi, pendant le génocide des Tutsi, le viol et d’autres formes de violence sexuelle étaient principalement dirigés contre les femmes, non seulement pour avilir la femme en tant qu’individu, mais pour dépouiller la communauté au sens large de l’humanité qui est la sienne, a argué M. Bakurmutsa.  Il a ensuite signalé une initiative régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est, en coopération avec l’Union africaine, pour développer un « cadre destiné à renforcer le leadership des femmes » dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix.  Au niveau national, le Rwanda a adopté un plan d’action national pour donner effet à la résolution 1325 (2000).  Ses deux piliers, a précisé le délégué, sont la promotion de la participation égale des femmes et des hommes à toutes les initiatives de paix à tous les niveaux, et l’intégration d’une perspective « genre » dans les efforts de paix et de sécurité.

Mme CRISTINA MARIA CERQUEIRA PUCARINHO (Portugal) a affirmé que le Portugal a toujours soutenu le programme femmes, paix et sécurité, qu’il juge essentiel pour parvenir à une participation active des femmes et des filles dans tous les aspects et à toutes les étapes de la prévention des conflits, de leur résolution et des processus de sortie de conflit.  En 2009, le Portugal a adopté un premier plan d’action national sur la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) puis un deuxième plan pour la période 2014-2018.

Mme Pucarinho a réitéré l’engagement de son pays à continuer de former le personnel des forces armées et de sécurité affecté à des missions de maintien de la paix sur l’égalité des sexes et la violence contre les femmes et les filles, notamment la violence sexuelle, la violence sexiste et la traite.  Le Portugal soutient totalement la politique de tolérance zéro du Secrétaire général, a dit la représentante qui a salué l’organisation de la réunion de haut niveau sur la prévention qui s’est tenue le 18 septembre.  Le Portugal, qui y a participé, a également signé le Pacte volontaire contre l’impunité.  Il a renforcé les mesures de prévention, rejoint le cercle de dirigeants sur la prévention et contribué au Fonds d’affectation spéciale en faveur des victimes d’exploitation et d’atteintes sexuelles, a encore précisé la représentante.

M. VIRACHAI PLASAI (Thaïlande) a estimé que la communauté internationale doit trouver les moyens de promouvoir davantage l’égalité des sexes et les droits des femmes, tout en augmentant leur nombre dans les postes de direction des efforts de paix et de sécurité.  Pour sa part, la Thaïlande a adopté en 2016 des mesures et directives sur la question « femmes, paix et sécurité », qui comprennent les aspects de la prévention, de la protection, du renforcement des capacités et de l’autonomisation.  Ce document souligne le rôle important des femmes dans la résolution des conflits politiques et sociaux tant aux niveaux national qu’international, a expliqué le représentant qui a aussi indiqué que 24% du personnel militaire et de police thaïlandais servant dans les opérations de maintien de la paix au Soudan du Sud, en Inde et au Pakistan ainsi qu’au Darfour sont des femmes.

Les États doivent faire plus pour accroître le niveau de participation des femmes au maintien de la paix, qui reste en-dessous des 4% des effectifs en uniforme.  Nous devons, s’est impatienté le représentant, nous rappeler que les femmes ne sont pas seulement des victimes mais aussi et surtout des agents efficaces du changement.  La rhétorique doit aller au-delà de la promotion du simple rôle des femmes comme propagatrices d’un sentiment de sécurité auprès des autres femmes et des enfants.  Arrêtons une fois pour toutes de perpétuer le stéréotype « femmes douces pacificatrices ».

Mme MANAL HASSAN RADWAN (Arabie saoudite) a dit qu’en dépit d’un consensus international sur le rôle des femmes dans la paix et la sécurité, il reste encore beaucoup à faire pour traduire en actes la résolution 1325 (2000).  Trois difficultés essentielles, selon elle, se posent. La première est l’occupation, qui représente le principal obstacle à la réalisation des droits des femmes, comme en Palestine, où celles-ci sont victimes de détentions arbitraires et de torture physique et psychologique par les forces israéliennes.  La déléguée a ensuite incriminé le terrorisme, comme l’illustrent les agissements du Hezbollah, de Daech et de Boko Haram dans différentes régions du monde.  Elle a aussi mis en cause le « discours de l’extrémisme violent » contre les musulmanes, y compris dans des démocraties, où la liberté religieuse et idéologique des femmes est bafouée « en raison de leur aspect ».  Afin de remédier à ces difficultés, l’Arabie saoudite appelle à mettre fin à l’occupation et à la colonisation et à cesser de soutenir des régimes oppresseurs.  La représentante s’est enorgueillie de ce que les Saoudiennes puissent par exemple participer aux élections municipales et occuper des postes à responsabilité dans la diplomatie.

M. MAHMOUD SAIKAL (Afghanistan) a souligné la détermination de son pays à améliorer la vie des femmes afghanes. L’autosatisfaction n’est pas de mise, a-t-il dit. Le délégué a pointé le fardeau disproportionné porté par les femmes au cours des décennies de conflit qui ont dévasté son pays. Depuis 2001, d’immenses progrès sociaux ont été enregistrés en Afghanistan, a-t-il déclaré. Il a indiqué que son Gouvernement n’épargnait aucun effort pour appliquer la résolution 1325 (2000) en vue d’assurer la pleine participation des femmes au processus de consolidation de la paix en cours et dans toutes les sphères de la société. Le délégué a redit l’engagement de son pays à augmenter le nombre de femmes dans les Forces afghanes, lesquelles comptent aujourd’hui plus de 3 000 femmes soldats et policières. Il a mentionné la création du Ministère de la condition de la femme au nombre des structures créées pour promouvoir les droits des femmes.  Il a affirmé, en conclusion, que son pays est entré dans une « nouvelle phase » et a jugé crucial l’appui de la communauté internationale.

Mme HELENA YÁNEZ LOZA (Équateur) s’est félicitée que le rôle des femmes fasse l’objet d’un examen périodique au Conseil de sécurité, donnant ainsi à la communauté internationale l’occasion de se pencher sur leur place dans la paix et la sécurité.  Elle a estimé que les recommandations du Secrétaire général répondent à la nécessité de travailler sur l’égalité des sexes, pour ce qui est de l’autonomisation des femmes, de la protection de leurs droits et des risques auxquels elles font face, notamment les violences sexuelles et de genre.  Elle a rappelé que la prévention et la résolution des conflits, la reconstruction postconflit et la pérennisation de la paix ne pouvaient être achevés qu’en prenant en compte cet objectif intrinsèque.  Elle a salué le mécanisme mis en œuvre pour assurer l’inclusion de l’égalité des sexes dans les processus de maintien ou de consolidation de la paix.

« Les violences sexuelles dans les conflits sont une réalité inacceptable », a-t-elle déclaré, insistant sur la nécessité « de prévenir l’impunité des auteurs », de mettre en place « un mécanisme d’aide aux victimes » et « d’éduquer la société ».  Elle a rappelé que ces efforts devaient permettre « d’éliminer tous les cas d’abus ou d’exploitation sexuelles dans les opérations de maintien ou de consolidation de la paix », rappelant que ces abus sapent la crédibilité de l’ensemble de l’ONU.

Autant que pour les problèmes de participation ou de leadership, ces problèmes de violences sexuelles ne sont pas dus à une absence de lois, de politiques publiques ou de structures administratives mais d’un manque de mise en œuvre imputable « à des mentalités qui n’ont pas évolué ».  « C’est un exercice quotidien », a-t-elle indiqué, ajoutant que « pour que ce changement s’installe, le processus d’inclusion doit être important et continu ».  Le chemin est long et pavé « d’un plafond de verre, d’échelles bancales et de passages glissants ».

M. EMMANUEL ADEMOLA OGUNNAIKE (Nigéria) a affirmé que la protection des droits des femmes était la marque du progrès de l’humanité.  La responsabilité de cette protection incombe en premier lieu aux gouvernements, la communauté internationale devant leur apporter une aide constructive, a-t-il déclaré.  Il a précisé qu’une telle aide devait respecter les priorités nationales.  Le délégué a noté le rôle de l’Union africaine dans l’avancement du programme « femmes, paix et sécurité ».  Au plan national, il a indiqué que le second plan d’action national adopté par son pays en application de la résolution 1325 (2000) avait élargi le concept de sécurité pour inclure les questions de l’extrémisme violent, du désarmement et de la démobilisation.  Ce plan reflète l’engagement de mon gouvernement à assurer la sécurité des femmes et des filles par temps de conflit armé et à garantir leur pleine participation aux stratégies de prévention des conflits et de consolidation de la paix, a-t-il poursuivi.

Le délégué a déclaré que les efforts de son pays et de ses partenaires internationaux avaient permis la libération de tous les territoires occupés par Boko Haram.  Notant que 80% des deux millions de personnes déplacées dans le nord-est du Nigéria sont des femmes, il a mentionné les mesures concrètes prises pour faciliter leur retour volontaire et digne.  Mon gouvernement œuvre sans relâche pour assurer la libération de toutes les filles de Chibok et des autres personnes qui sont encore aux mains de Boko Haram, a conclu le délégué nigérian.

M. MOHAMED SIAD DOUALEH (Djibouti) a salué le lancement du Réseau des femmes leaders africaines en mai dernier à New York et souligné « le haut degré d’intégration » de la question de la femme dans l’architecture de paix et de sécurité de l’Union africaine. Parmi les efforts consentis par l’Union africaine, il a cité l’accès des femmes à des postes de médiatrices de paix, d’observatrices électorales ou de conseillères pour l’égalité des sexes.  Le délégué a déclaré que le Parlement de Djibouti compte 12% de femmes, ces dernières représentant par ailleurs 25% des effectifs de l’administration publique.  Il a ajouté que son pays préparait un projet visant à la création d’un observatoire du genre et a souligné la nécessité d’éradiquer les causes profondes des conflits et de renforcer leur prévention.

Mme LALA MEHDIYEVA (Azerbaïdjan) a constaté la volonté politique certaine de la communauté internationale de mettre en œuvre la résolution 1325 (2000) mais que les injustices se poursuivent vis-à-vis des femmes.  Elle a contesté les propos du représentant de l’Arménie, pays qui aurait commis des crimes très graves dans son pays et porté des accusations sans fondement aujourd’hui.  Elle a fait état d’atrocités telles des « décapitations » et des « mutilations de femmes enceintes », et de la séparation d’enfants de leur famille.  En avril dernier, les forces armées de l’Arménie ont, a-t-elle affirmé, effectué des tirs d’artillerie lourde contre des villages azéris.  L’Azerbaïdjan poursuivra néanmoins ses efforts pour résoudre le conflit par des moyens pacifiques, a assuré la représentante. 

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