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CS/13010
27 septembre 2017
8058e séance – après-midi

Conseil de sécurité: en Syrie, une fenêtre d’opportunités s’entrouvre pour relancer le processus de paix, selon l’Envoyé spécial de l’ONU

Si de fragiles progrès sur le terrain en Syrie, dont la fin du siège de Deïr el-Zor, semblent favorables à la relance du processus de paix, l’ONU et ses organisations partenaires continuent néanmoins de se heurter à des difficultés dans la livraison de l’aide humanitaire aux populations en détresse, ont constaté, cet après-midi, de hauts fonctionnaires des Nations Unies devant le Conseil de sécurité.

L’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, et le nouveau Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock, dont c’était la première intervention devant le Conseil, se sont félicités de la désescalade consécutive à l’Accord du 4 mai signé par la Fédération de Russie, l’Iran et la Turquie.

Quatre « zones de désescalade » ont été instaurées dans le sud du pays, dans la Ghouta orientale, au nord de Homs et dans la province d’Edleb, auxquelles s’ajoutent deux « zones exemptes de conflit » négociées sous les auspices de la Fédération de Russie, à Ifreen et dans l’est de Qalamoun, a précisé l’Envoyé spécial. 

« Il existe un large consensus quant au fait que ces arrangements ne doivent pas avoir pour conséquence une partition de la Syrie, dont l’unité et l’intégrité territoriale doivent être préservées », a expliqué M. de Mistura.  Pour lui, ils sont au contraire les « précurseurs » d’un véritable cessez-le-feu à l’échelle nationale et les efforts déployés lors des réunions d’Astana et d’Amman, les bases d’une relance du processus de Genève.

« J’aimerais confirmer mon intention de convoquer, à Genève d’ici un mois environ, le huitième tour des pourparlers intrasyriens », a déclaré l’Envoyé spécial, en exhortant les deux parties à s’y préparer « sans conditions préalables ».  Adopté le 30 juin 2012, le Communiqué de Genève appelle entre autres à la création d’un organe de transition doté de pleins pouvoirs exécutifs et formé de membres du Gouvernement syrien et de l’opposition et d’autres groupes, dans le cadre d’une transition politique menée par les Syriens eux-mêmes.

« Nous avons un mois jusqu’à la reprise des pourparlers.  Mettons-le à profit », a exhorté M. de Mistura.  En attendant, le Coordonnateur des secours d’urgence s’est inquiété des récents combats et frappes aériennes dont Edleb et Hama ont été les théâtres.  Outre de nombreux morts et blessés, des dégâts considérables ont été infligés aux infrastructures civiles, dont trois hôpitaux qui sont désormais inutilisables, privant un demi-million de personnes de soins médicaux.

Le représentant de la Fédération de Russie a espéré que les arrangements relatifs aux zones de désescalade permettraient de dénouer les problèmes d’accès humanitaire, en réduisant, par exemple, à deux ou trois jours les procédures d’autorisation des convois.  Mais il s’est élevé contre « certaines capitales » qui continueraient d’indexer l’humanitaire au politique, pour ne pas passer trop vite à la phase de développement.

« Les relations que nous avons nouées avec le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) se fondent sur un volet juridique: il s’agit d’éviter de politiser la situation humanitaire et de l’instrumentaliser pour exercer des pressions sur le Gouvernement », a renchéri le délégué de la Syrie.  « Le moment est venu de sortir du déni » et de reconnaître que le conflit actuel est dû aux groupes terroristes armés, a-t-il affirmé, en ajoutant: « Mon gouvernement continuera de lutter contre le terrorisme sur l’ensemble, je dis bien l’ensemble, du territoire syrien. »

Conscient de l’importance de cette question aux yeux du Gouvernement syrien, l’Envoyé spécial a estimé que c’est précisément maintenant, alors que le terrorisme est en train d’être défait, qu’il faut consolider les acquis au travers d’un processus politique inclusif, sous les auspices de la résolution 2254 (2015)

Quant à l’opposition, il l’a encouragée à parler d’une « seule voix » et à présenter une plateforme commune, en saisissant l’opportunité offerte par l’Arabie saoudite d’organiser une « conférence inclusive de Ryad 2 », qui pourrait se tenir dès le mois d’octobre.  Le Kazakhstan a plaidé lui aussi pour une approche régionale, en appelant les pays du Golfe et du Moyen-Orient à se porter « garants » du cessez-le-feu.

Alors que la représentante des États-Unis s’est enorgueillie du montant de la contribution –697 millions de dollars– annoncée par son gouvernement la semaine dernière pour prêter assistance aux réfugiés syriens et aux communautés d’accueil, son homologue syrien s’est demandé si cet argent ne serait pas mieux employé pour faciliter les retours et la reconstruction de son pays.  Ce à quoi la déléguée américaine a rétorqué qu’elle aimerait avoir « la preuve que les Syriens sont mieux en Syrie qu’en Turquie ou en Jordanie ».

Comme la représentante américaine, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires a misé sur les convois interinstitutions transfrontières au départ de ces deux pays.  M. Lowcock a également fondé ses espoirs dans le Forum tripartite ONU-Syrie-Russie pour régler les questions administratives et sécuritaires en suspens et lever les obstacles bureaucratiques et retards imposés par toutes les parties belligérantes.

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Rapport du Secrétaire général sur l’application des résolutions 2139 (2014), 2165 (2014), 2191 (2014), 2258 (2015) et 2332 (2016) du Conseil de sécurité (S/2017/794)

Déclarations

Pour M. STAFFAN DE MISTURA, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, les discussions d’Amman et d’Astana ont permis d’aboutir à la création de quatre zones de désescalade: dans le sud du pays, dans la Ghouta orientale, au nord de Homs, et dans la province d’Edleb, auxquelles s’ajoutent deux « zones exemptes de conflit » négociées sous les auspices de la Fédération de Russie, à Ifreen et dans l’est de Qalamoun.  Toutefois, la situation reste fragile, comme en témoigne l’offensive d’El-Nosra dans les provinces d’Edleb et de Hama au lendemain de la réunion d’Astana, qui a donné lieu aux premières frappes aériennes dans la région depuis avril dernier, y compris contre des populations et des infrastructures civiles.  L’Envoyé spécial s’est toutefois félicité des revers infligés à Daech par les forces gouvernementales et leurs alliés, qui ont progressé à Hama et Homs, et brisé le siège de Deïr el-Zor, qui durait depuis trois ans. 

Parallèlement, a poursuivi l’Envoyé spécial, les Forces démocratiques syriennes, avec le soutien de la coalition internationale, ont repris à Daech l’essentiel de la ville de Raqqa, cependant que le Conseil militaire de Deïr el-Zor, sous commandement des Forces démocratiques syriennes, a remporté des victoires militaires sur la rive gauche de l’Euphrate.  M. de Mistura a noté que le Gouvernement avait intensifié ses frappes contre les positions des Forces démocratiques syriennes.  Dans ce contexte, il a exhorté les parties au conflit à tout mettre en œuvre pour protéger les civils.

Il existe un large consensus quant au fait que les arrangements relatifs à la désescalade ne doivent pas avoir pour conséquence une partition de la Syrie, dont l’unité et l’intégrité territoriale doivent être préservées, a rappelé le haut fonctionnaire.  La déclaration conjointe adoptée par les garants d’Astana le 15 septembre dernier évoque une durée de six mois pour l’existence de ces zones, avec une possibilité de prolongation au besoin.  Cette désescalade, a-t-il dit, doit être considérée comme le « précurseur » d’un véritable cessez-le-feu à l’échelle nationale et les efforts déployés à Astana et Amman, comme la base d’une relance du processus de Genève.  Après avoir évoqué les réunions auxquelles il a pris part en marge du débat général de l’Assemblée générale, l’Envoyé spécial a confirmé son intention de convoquer, à Genève, d’ici un mois environ, le huitième cycle des pourparlers intrasyriens, exhortant les deux parties à s’y préparer sans conditions préalables.

Conscient de l’importance de la question du terrorisme aux yeux du Gouvernement syrien, M. de Mistura a estimé que c’est précisément au moment où celui-ci est en train d’être défait qu’il faut consolider les acquis sur le terrain au travers d’un processus politique inclusif, sous les auspices de la résolution 2254.  Quant à l’opposition, il l’a encouragée à parler d’une seule voix et à se doter d’une plateforme commune.  Elle devrait, a recommandé le haut fonctionnaire, saisir l’opportunité offerte par l’Arabie saoudite d’organiser une « conférence inclusive de Ryad 2 », dès le mois d’octobre, si possible.  Il est temps de porter à nouveau l’attention du côté de Genève et des pourparlers intrasyriens sous les auspices des Nations Unies.  Il s’agit du seul forum dans le cadre duquel le processus de paix envisagé par la résolution 2254 peut être développé avec les parties elles-mêmes, avec le soutien de la communauté internationale.  Nous avons un mois jusqu’à la reprise des pourparlers.  « Mettons-le à profit pour bien le préparer », a conclu l’Envoyé spécial.

M. MARK LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a relevé que, malgré les efforts collectifs pour améliorer l’accès humanitaire et la protection des civils, les besoins restent importants, partout en Syrie.  Il s’est félicité de la désescalade qui a suivi l’Accord du 4 mai signé par la Fédération de Russie, l’Iran et la Turquie, soulignant les effets positifs sur les civils, dans certaines parties du sud-ouest de la Syrie, dans la région de Rif-Damas, dans le nord-ouest d’Homs et à Edleb.  Il a néanmoins dit avoir reçu des informations sur des violations du droit international humanitaire qui seraient commises par toutes les parties.

Le Secrétaire général adjoint s’est inquiété des récents combats et frappes aériennes qui ont eu lieu à Edleb et à Hama, causant des morts et des blessés et infligeant des dégâts importants aux infrastructures civiles, notamment aux hôpitaux et aux écoles d’Edleb.  Trois hôpitaux, selon les partenaires humanitaires, sont désormais inutilisables, ce qui prive plus de 500 000 personnes d’accès aux soins médicaux.

Dans les provinces de Deïr el-Zor et de Raqqa, le Secrétaire général adjoint a signalé des combats contre Daech qui ont entraîné une flambée de violence.  Il s’est dit inquiet du sort de 14 000 civils pris au piège à Raqqa du fait de l’avancée des Forces démocratiques syriennes.  À Deïr el-Zor, les frappes aériennes auraient fait de nombreux morts parmi les civils, sachant que Daech utilise la population comme bouclier humain.  Près de 100 000 habitants des villes situées le long de l’Euphrate ont fui les combats intenses en cours depuis le 25 août, dont 50 000 la semaine dernière.

M. Lowcock a poursuivi son exposé en indiquant qu’au fur et à mesure que les lignes de front se déplacent, l’accès de l’aide humanitaire se modifie.  Les forces gouvernementales ont pu accéder à la ville de Deïr el-Zor au début du mois de septembre car de nouvelles routes commerciales et humanitaires ont été ouvertes.  Depuis avril 2017, les Nations Unies ont pu larguer 6 030 tonnes de rations alimentaires et de fournitures dans la ville.  Ainsi, après une évaluation complète menée par l’ONU, la ville de Deïr el-Zor et ses 93 500 habitants ont été retirés de la liste des assiégés.

Il reste néanmoins 419 920 personnes assiégées dans 10 sites répartis sur toute la Syrie, 95% d’entre elles, sous le siège du Gouvernement syrien, a indiqué le Coordonnateur des secours d’urgence, en précisant que 2% des gens sont assiégés par des groupes non armés à Fouaa et à Kafraya, et 3% à Yarmouk par les deux parties.  « Ces sièges doivent être levés », a-t-il martelé, en soulignant la situation critique dans laquelle vivent ces personnes.

Le Coordonnateur des secours d’urgence a poursuivi en indiquant que plus d’un million de personnes dépendent de l’aide de l’autre côté des lignes de front, l’accès pour un acheminement régulier de l’aide étant impossible dans la majorité des cas.  Il a cependant dénombré 9 000 personnes dans trois villes assiégées
-Fouaa, Kafraya et Yarmouk- qui ont pu recevoir une aide ce mois-ci, ce qui a aussi été le cas pour 25 000 personnes à Harasta-Est, Misraba et Modira.  Au total, grâce au plan d’accès prévu pour août et septembre, nous avons atteint 280 500 personnes sur les 1,23 million qui ont demandé de l’aide, a-t-il indiqué. 

À certaines périodes, au cours des 18 derniers mois, l’ONU a pu apporter une aide à 300 000 personnes en une seule semaine, s’est-il félicité, en espérant pouvoir en faire autant à l’avenir, ce qui exigera la levée des obstacles bureaucratiques et des retards imposés par toutes les parties, a-t-il prévenu.  Il a placé son espoir dans le Forum tripartite -Fédération de Russie, ONU et Syrie- pour régler les questions administratives et sécuritaires.  Il a fait valoir qu’une planification régulière permettait de livrer de la nourriture, des médicaments et autres articles essentiels à quatre millions de Syriens à l’intérieur du pays.

Avec la planification transfrontière, provenant de la Jordanie et de la Turquie, nous aidons encore plus de monde, a-t-il ajouté, précisant que près d’un million de personnes avaient pu recevoir des rations alimentaires chaque mois.

M. Lowcock a ensuite soulevé le problème de sécurité auquel font face les travailleurs humanitaires œuvrant en Syrie, des dizaines ayant payé de leur vie tandis que 50 employés de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) sont toujours détenus ou portés disparus.  Il a appelé le Conseil de sécurité à garantir la protection de tous les agents humanitaires en Syrie.

Malgré les 6 milliards de dollars promis à la Conférence de Bruxelles en avril dernier, le Plan des Nations Unies de 2017 n’est toujours pas financé suffisamment, a-t-il enfin prévenu, avant d’appeler les pays à tenir leurs promesses.

Pour M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay), le processus d’Astana et les autres initiatives régionales lancées au cours des derniers mois pour tenter d’obtenir la cessation des hostilités en Syrie se sont traduits par une diminution significative des combats dans le pays, grâce notamment à la création de zones de désescalade.  « Il est essentiel que ces zones gardent un statut transitoire, afin de préserver la future unité et intégrité territoriale de la République arabe syrienne », a toutefois déclaré M. Rosselli.

Le représentant a par ailleurs fait part de sa préoccupation face au manque d’informations, pour le cinquième mois consécutif, sur la mise en œuvre du mémorandum du 4 mai sur la création, en Syrie, de zones de désescalade.  Il est primordial, a-t-il poursuivi, de garantir l’accès sans entrave des Nations Unies et de l’aide humanitaire dans ces zones, ainsi que la liberté d’en sortir et d’y rentrer, conformément au droit international humanitaire.  Dans cette perspective, M. Rosselli a salué la publication d’un communiqué conjoint par les trois garants du processus d’Astana, après leur dernière réunion, soulignant la nécessité d’utiliser les zones de désescalade pour mettre en place un accès humanitaire « rapide, sûr et sans entrave ». 

Préoccupé par le fait que cet accès soit loin d’être conforme aux attentes du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le représentant a cependant appelé tous les pays bénéficiant d’une influence sur le Gouvernement syrien à faire pression sur ce dernier pour qu’il gère l’acheminement de l’aide humanitaire de manière plus « fluide ».

M. Rosselli a rappelé que son pays avait appuyé la création du Mécanisme international, impartial et indépendant chargé de faciliter les enquêtes sur les violations les plus graves du droit international commises en République arabe syrienne depuis mars 2011 et d’aider à juger ceux qui en sont responsables.  Dans cette perspective, il a déclaré qu’il soutenait l’appel du Secrétaire général à renvoyer « les situations survenues en Syrie » devant la Cour pénale internationale (CPI).

Rappelant que, le mois prochain, le Mécanisme d’enquête présentera ses conclusions concernant les cas d’utilisation d’armes chimiques en Syrie, M. Rosselli a estimé que le Conseil aura alors la responsabilité de punir ceux qui seront identifiés comme responsables.  « Dans le cas contraire, ce Conseil risque de perdre le peu de crédibilité qui lui reste dans sa gestion de la crise syrienne », a-t-il prévenu.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a parlé de la réunion qui s’est tenue les 14 et 15 septembre derniers, à Astana, pour renforcer le régime de cessation des hostilités au cours de laquelle les paramètres des quatre zones de désescalade ont été définis.  Il a signalé que la situation au Sud-Ouest s’était apaisée grâce au niveau de coopération de la Jordanie et des États-Unis.  Le représentant n’a pas voulu spéculer sur la volonté de diviser la Syrie en zones d’influence, mais il a dénoncé des tentatives de discréditer le processus d’Astana. 

Il a indiqué que les forces aériennes russes continuent à apporter une aide au Gouvernement de la Syrie pour contrer la menace terroriste, se félicitant que Deïr el-Zor ait été débloquée.  « Il ne faut pas jouer avec les terroristes et leur donner la possibilité de lever la tête », a-t-il recommandé, en plaidant en faveur d’une véritable coopération pour éliminer les foyers terroristes.  Le représentant a jugé erronées les informations relayées par les médias selon lesquelles des hôpitaux auraient été bombardés à Edleb.

Le processus d’Astana a relancé les pourparlers intrasyriens sous l’égide de l’ONU, a-t-il insisté, en soulignant l’élan donné aux pourparlers de Genève.  Il a appelé toutes les parties à adopter un esprit constructif et à renoncer aux positions radicales.  Au cours des discussions d’Astana, il a assuré que les pays garants n’avaient pas oublié la question de l’accès humanitaire, précisant aussi qu’il est prévu de libérer des détenus.  Sans la participation du pouvoir syrien, on ne pourra pas parvenir à une solution, a-t-il prévenu.  Il a jugé intolérable de vouloir laisser en place des organes de pouvoir contrôlés par les terroristes.  Il a au contraire parlé du Congrès des peuples de Syrie qui pourrait jouer un rôle important dans le processus de Genève. 

Le représentant russe a poursuivi en espérant que les arrangements mis en place permettraient de dénouer les problèmes d’accès humanitaire, en réduisant par exemple à deux ou trois jours les procédures d’autorisation des convois.  La répartition équitable de l’aide humanitaire est un autre problème qu’il a soulevé, en dénonçant la revente au marché noir de cette aide.  Les Syriens doivent sentir que l’aide arrive, a-t-il souhaité, en appelant à ne pas baisser la cadence.  Le représentant a regretté que certaines capitales continuent de lier l’humanitaire à la politique, exerçant ainsi une pression pour que l’on ne passe pas trop vite au développement.  Il a dénoncé les sanctions unilatérales imposées à la Syrie, y voyant une punition collective de son peuple.  Quant à l’accueil de migrants syriens par des pays voisins, il a assuré que ce n’était qu’une situation temporaire qui n’exige pas que l’on dépense trop de ressources pour la réinstallation.  Les mesures prises doivent se baser désormais sur des données vérifiées, a-t-il martelé.

Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) s’est félicitée de la réunion de haut niveau sur la crise humanitaire en Syrie organisée la semaine dernière à l’initiative de l’Union européenne.  À cette occasion, 697 millions de dollars ont été promis par Washington, a-t-elle précisé, et d’autres annonces de contributions importantes ont été faites par plusieurs bailleurs de fonds.  La représentante s’est ensuite élevée contre le fait que le régime syrien refuse toujours de ménager l’accès humanitaire.  Ainsi, en dépit d’autorisations préalables délivrées par le Gouvernement syrien, aucun convoi onusien n’a circulé librement au cours de la période considérée.  Les Russes prétendent exercer une influence sur le régime syrien, a-t-elle affirmé, mais les convois humanitaires ne parviennent qu’aux partisans d’Assad.  La représentante a rappelé l’attachement de son pays à une solution durable, la « seule possible », pour mettre un terme à la violence et contrecarrer l’Iran.  « Ceux qui ont répondu favorablement à l’appel humanitaire méritent notre respect, mais seul un processus politique sera de nature à résoudre la crise en Syrie », a-t-elle conclu.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a pris note des progrès accomplis dans les processus de Genève et d’Astana, se disant prêt à encourager le processus politique pour parvenir à la paix en Syrie.  Une approche régionale devrait être envisagée pour régler la situation, a-t-il déclaré, avant d’appeler les pays du Golfe et du Moyen-Orient à se porter garants du cessez-le-feu.  Il a salué l’action du personnel humanitaire des Nations Unies et de leurs partenaires et a demandé aux pays voisins de ne pas entraver l’accès humanitaire.  Après un examen mené par l’ONU, Deïr el-Zor a été supprimée de la liste des zones assiégées, s’est-il réjoui, tout en encourageant le personnel des Nations Unies à protéger les personnes qui se trouvent dans les zones de guerre.  Au Conseil de sécurité, il a demandé de s’acquitter de ses responsabilités pour résoudre la crise syrienne le plus rapidement possible.

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a déclaré que certains des intervenants d’aujourd’hui savent de quoi ils parlent, tandis que d’autres, qui ne sont pas sur le terrain, fondent leur point de vue sur des informations mensongères colportées par les médias, dont le fait que la crise humanitaire serait imputable au Gouvernement syrien.  Depuis le début de la « guerre terroriste » en Syrie, mon pays coopère étroitement avec l’ONU à l’acheminement de l’aide humanitaire, a affirmé le représentant.  Il a reproché au Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de ne pas avoir tenu compte, dans son exposé, de la coopération démontrée par les autorités syriennes avec son Bureau.  Le moment est venu de sortir du « déni » et de reconnaître que le conflit actuel est dû aux groupes terroristes armés, qui diffusent leur « idéologie barbare », a-t-il martelé. 

Certains États, a-t-il poursuivi, en violation du droit humanitaire international, ont imposé des sanctions unilatérales qui ont aggravé la souffrance du peuple syrien.  Les États-Unis, a-t-il relevé, viennent de dire que leur gouvernement a promis de l’argent, mais cet argent ne devrait-il pas aller aux Syriens pour financer leur retour et la reconstruction du pays?  Les relations que nous avons nouées avec l’OCHA, a précisé le représentant, se fondent sur un volet juridique: il s’agit d’éviter de politiser la situation humanitaire et de l’instrumentaliser pour exercer des pressions sur le Gouvernement. 

M. Ja’afari a dénoncé le fait que les « aéronefs » américains ont effectué des frappes aériennes contre une école d’étudiants handicapés « et c’est nous qu’on accuse d’avoir attaqué cette école! » s’est-il exclamé.  Il a rappelé que son gouvernement avait approuvé la proposition du Coordonnateur de l’action humanitaire de créer un mécanisme d’assistance dans les zones de désescalade, même si, a-t-il observé, cette aide doit également parvenir aux zones libérées. 

Le Gouvernement syrien, a insisté le représentant, fait montre de son sérieux dans les processus d’Astana et de Genève.  Il s’est donc étonné des accusations selon lesquelles son pays n’est pas impliqué dans les pourparlers, ce que dément visiblement la présence de sa délégation à toutes les réunions.  « Mon gouvernement continuera de lutter contre le terrorisme sur l’ensemble, et je dis bien l’ensemble, du territoire syrien », a-t-il prévenu.

Reprenant la parole, la représentante des États-Unis a jugé que ce serait une erreur de mettre un terme à l’assistance transfrontière en raison des résultats obtenus pour seulement 280 500 personnes.  Ces personnes ont été aidées par des convois interinstitutions transfrontières qui peuvent monter à 500 000 personnes par mois.  Comme nous ne pouvons pas faire confiance au Gouvernement syrien, il serait mal venu, a-t-elle prévenu, de réduire les moyens de porter assistance aux personnes dans le besoin.  Nous sommes nombreux, a-t-elle ajouté, à appeler de nos vœux la fin de la crise syrienne qui montre, selon elle, que les réfugiés ont quitté leur pays plus par peur du régime qu’à cause des terroristes.  Elle a aussi parlé des 697 millions de dollars que son pays verse aux pays qui accueillent des réfugiés.  Nous donnerions naturellement cet argent à la Syrie si elle prenait vraiment soin de sa population, a-t-elle lancé, ajoutant « donnez-nous la preuve que les Syriens sont mieux en Syrie qu’en Turquie ou en Jordanie ». 

À son tour, le représentant de la Fédération de Russie a souhaité que l’on « tire au clair » les statistiques concernant le nombre de personnes ayant reçu une aide humanitaire de l’ONU en Syrie, affirmant qu’elles ne sont pas moins de cinq millions, « grâce à la coopération des autorités syriennes ».  « Mettons nos montres à l’heure », a-t-il tranché.

Enfin, le représentant de la Syrie a tenu à rappeler que par le passé, le terrorisme avait été utilisé à des fins géopolitiques.  Peut-on oublier ce qu’il s’est passé en Iraq, les conséquences catastrophiques de son invasion, pour ce pays et pour la région?  Que font les forces de la coalition sur notre territoire? s’est encore interrogé le représentant, en se demandant comment la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie peuvent être préservées face à de telles violations.  Avons-nous oublié que le précédent Gouvernement américain avait consacré 500 millions de dollars à l’entraînement de 39 terroristes chargés de renverser le régime de Damas?  Le comportement des Occidentaux, a martelé le représentant, est contraire à toutes les résolutions du Conseil de sécurité sur la Syrie et la lutte contre le terrorisme.  Les États-Unis doivent changer leur politique vis-à-vis de la Syrie, a-t-il insisté.

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