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CS/12993
14 septembre 2017
8050e séance – matin

Darfour: Le Représentant spécial conjoint exhorte le Conseil de sécurité à influencer les parties pour un accord de paix inclusif

Le Représentant spécial conjoint pour le Darfour, M. Jeremiah Nyamane Kingsley Mamabolo, a brossé, ce matin, devant le Conseil de sécurité, un tableau contrasté de la situation sur place, marquée, d’un côté, par une accalmie des affrontements entre le Gouvernement soudanais et les mouvements armés, mais, de l’autre, par des « efforts peu concluants » en vue de la négociation d’un accord de paix inclusif.  « J’exhorte le Conseil et les acteurs ayant de l’influence sur les parties à souligner l’importance d’un règlement politique », a-t-il lancé.

Venu présenter le dernier rapport* du Secrétaire général sur la l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), dont il est également le Chef, M. Mamabolo a indiqué que la situation était restée calme, depuis les affrontements en mai et juin entre le Gouvernement et l’Armée de libération du Soudan-faction Minni Minawi (ALS-MM), appuyée par l’Armée de libération du Soudan/Conseil de transition (ALS/CT) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE). 

Il a également mentionné une réduction des incidents intercommunautaires, tandis que la violence contre les civils s’est poursuivie, mais à une échelle réduite.  Des améliorations ont été recensées s’agissant des droits de l’homme, a poursuivi le Représentant spécial conjoint, ajoutant que le Président soudanais avait gracié six défenseurs des droits de l’homme le 29 août.  « Beaucoup reste néanmoins à faire pour une amélioration globale de la situation des droits de l’homme. »

Parmi les causes profondes du conflit, le Chef de la MINUAD a cité les questions foncières et du partage des ressources naturelles, qui sont exacerbées par la prolifération des armes.  Il s’est félicité, à cet égard, du lancement d’un plan de contrôle gouvernemental des armes pour que seules les forces régulières en soient équipées. 

Les réactions par rapport à la collecte des armes ont varié, les mouvements d’opposition et non signataires du Document de Doha pour la paix au Darfour la critiquant tandis que le chef de la milice arabe Musa Hilal s’y est frontalement opposé, a-t-il déclaré. 

Le Représentant spécial conjoint a indiqué que la mise en œuvre de ce document demeurait limitée, s’agissant notamment des questions des déplacements, de la gestion des ressources naturelles et des milices armées.  « Les efforts du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine, avec le soutien de la MINUAD, pour obtenir des parties au conflit au Darfour qu’elles signent un accord de cessation des hostilités et commencent des négociations directes en vue d’un accord de paix inclusif sont restés peu concluants ». 

« Dans le prolongement de mes discussions à Paris avec Abdul Wahid, Minni Minawi et Gibril Ibrahim, j’ai envoyé aux parties un rapport détaillant le processus actuel de médiation, notamment les points de blocage s’agissant de la cessation des hostilités », a poursuivi M. Mamabolo.  Le Représentant spécial conjoint a expliqué que ces mouvements armés insistent sur un séquençage des négociations, depuis la cessation des hostilités jusqu’aux discussions sur la question controversée du Document de Doha. 

De son côté, le Gouvernement insiste sur l’engagement en faveur dudit document comme base des négociations et pour que Doha accueille ces négociations, a-t-il dit, ajoutant qu’Abdul Wahid maintenait son refus de joindre le processus de paix.  M. Mamabolo a donc exhorté le Conseil à agir auprès des parties pour sortir de l’impasse, « afin de diminuer les souffrances des populations que celles-ci disent représenter ».

S’agissant de la Mission, le Représentant spécial conjoint a indiqué que celle-ci avait entamé la première phase de sa configuration, c’est-à-dire la fermeture de 11 bases d’opérations et la réduction de sa composante militaire, de 15 845 membres à 11 395, et de sa composante policière, de 3 403 membres à 2 888.  « Depuis juin, la MINUAD a fermé six bases d’opérations et les sept dernières devraient être fermées d’ici à septembre. »

M. Mamabolo a précisé que la Mission développait des plans pour le déploiement d’un groupement tactique dans le Jebel Marra et avait demandé au Gouvernement soudanais l’octroi d’un terrain pour l’établissement d’une base opérationnelle temporaire à Golo.  Cette reconfiguration de la Mission sera reflétée dans son budget révisé pour 2017/18, a-t-il assuré. 

La coopération avec le Gouvernement soudanais s’est notablement améliorée, a-t-il continué, mentionnant une amélioration de l’environnement pour l’action humanitaire et une diminution des restrictions aux mouvements de la Mission. 

« La coopération du Gouvernement pour la reconfiguration de la Mission, s’agissant notamment de la base d’opérations temporaire de Golo, est une question prioritaire », a conclu le Représentant spécial conjoint. 

« Khartoum a réaffirmé sa coopération avec la MINUAD, comme en témoigne la clôture de plusieurs bases dans la région du Darfour, le retour de personnes déplacées dans leurs villages et l’adhésion de plusieurs chefs rebelles au processus de paix », a, de son côté, déclaré le représentant du Soudan.  Il a souligné l’importance des efforts de réconciliation, avant de demander l’appui de la communauté internationale au processus de collecte des armes. 

« Les transformations positives dont nous sommes témoins au Darfour appellent donc à reconsidérer les sanctions imposées depuis 2005 en vertu de la résolution 1591 (2005) », a plaidé le représentant, en soulignant qu’en dépit du refus de certains chefs rebelles d’adhérer au Document de Doha, plus de 85% de ses dispositions avaient été mises en œuvre jusqu’à présent. 

Enfin, les représentants de l’Uruguay et de la Bolivie ont souligné, le premier, l’importance de la coopération du Gouvernement et du Conseil pour mener à bien la reconfiguration de la MINUAD, le second, la nécessité de s’attaquer aux causes fondamentales du conflit du Darfour. 

* S/2017/746

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