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CS/12966
24 août 2017
8031e séance – après-midi

Guinée-Bissau: Le Chef du BINUGBIS demande aux partis signataires de l’Accord de Conakry de s’entendre sur un « pacte de stabilité »

Si la situation politique en Guinée-Bissau s’est apaisée depuis quelques semaines, la mise en œuvre de l’Accord de Conakry et de la feuille de route de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), « principaux cadres de résolution de la crise », est toujours dans l’impasse, a constaté, cet après-midi, le Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays, M. Modibo Touré, en exhortant les parties prenantes à se réengager en faveur du dialogue et à s’entendre sur un « pacte de stabilité ».

« En juillet, pour la première fois depuis le début de la crise en 2015, des discussions bilatérales se sont déroulées entre le Président de la République, le Premier Ministre, le Président de l’Assemblée nationale du peuple et les dirigeants des principaux partis politiques », s’est félicité M. Touré, alors qu’il y a encore trois mois, « les tensions avaient atteint un nouveau sommet », marquées par une montée de la « rhétorique incendiaire » et des « menaces de manifestations violentes ».

Aussi le haut fonctionnaire a-t-il lancé un appel à la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO et au Conseil de sécurité de l’ONU, auquel il était venu présenter le dernier rapport* en date du Secrétaire général sur l’évolution de la situation en Guinée-Bissau et les activités du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix dans ce pays (BINUGBIS), qu’il dirige.

« Je leur demande d’exhorter le Président de la République à respecter son engagement à appliquer l’Accord de Conakry dans les délais prévus, et le leadership du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et de Cabo Verde (PAIGC) à réintégrer les membres restants des 15 parlementaires qui en ont été exclus », a lancé M. Touré.

M. Touré a dit attendre en outre du leadership du PAIGC et du Parti pour le renouveau social (PRS), ainsi que des trois autres partis représentés au Parlement, qu’ils concluent un accord sur un « pacte de stabilité en mesure de garantir la viabilité d’un gouvernement inclusif ».

C’est d’autant plus important à ses yeux que, le mois prochain, expirera le mandat de trois mois de la Mission de la CEDEAO en Guinée-Bissau (ECOMIB), chargée d’aider ses acteurs politiques à appliquer pleinement l’Accord de Conakry, et que s’ouvre une période préélectorale sensible, avec la tenue, respectivement en 2018 et 2019, de scrutins législatifs et présidentiel.

Dans un tel contexte, le soutien financier de la communauté internationale demeure plus que jamais nécessaire, a rappelé le Représentant spécial, rejoint sur ce point par le Président de la formation Guinée-Bissau de la Commission de consolidation de la paix (CCP), M. Mauro Vieira, pour qui les élections ne pourront probablement pas remédier à l’impasse actuelle « sans une solution politique à la crise ».

De retour d’un déplacement en Guinée-Bissau, le Président du Comité des sanctions applicables à ce pays, M. Elbio Rosselli (Uruguay), qui s’est ensuite exprimé en sa qualité nationale, a fait état de désaccords persistants entre ses interlocuteurs sur place quant aux noms qui doivent figurer sur la liste des mesures décidées par le Conseil de sécurité, chacun rejetant sur l’autre les responsabilités de l’impasse actuelle.

De son côté, le représentant du Togo, M. Kakou Kpayedo, qui s’exprimait au nom de la CEDEAO, a affirmé la détermination de cette organisation sous-régionale à prendre, « si nécessaire », des sanctions ciblées à l’encontre de « tous ceux » qui entraveraient la bonne application de l’Accord de Conakry. 

Son homologue de la Bolivie a rejeté catégoriquement l’imposition de « toute sanction unilatérale », le Président du Comité des sanctions annonçant pour sa part qu’il comptait recommander une « révision » de la liste des individus et entités visés par ces mesures.

Pour le représentant de la CEDEAO, aucun progrès significatif n’a été enregistré sur les points de contention que sont la nomination d’un premier ministre jusqu’aux élections législatives de 2018, la formation d’un gouvernement inclusif et la réintégration de 15 députés du PAIGC.

La représentante de la Guinée-Bissau, Mme Maria-Antonieta Pinto Lopes D’Alva, a assuré les membres du Conseil que son pays est conscient qu’il devra faire preuve d’un « engagement interne vigoureux » pour parvenir à une solution durable. 

Selon elle toutefois, les crises institutionnelles qui secouent son pays demeurent circonscrites à la sphère politique.  Le « vrai » pays, a-t-elle observé, vit dans la paix civile, « sans troubles depuis cinq ans ».

De l’avis du Représentant spécial toutefois, les progrès accomplis dans la réforme du secteur de la sécurité au cours de la période à l’examen ont été « lents », malgré des développements positifs, notamment l’approbation récente d’un ambitieux programme commun triennal sur la justice.

La croissance économique, en revanche, devrait atteindre 5,2% en raison d’une nouvelle récolte considérable de cajou dans un contexte de prix attractifs sur les marchés internationaux, a remarqué M. Touré.  De plus, selon le Fonds monétaire international (FMI), le pays a réalisé des progrès notables dans l’amélioration des cadres macroéconomiques et de la gestion des dépenses publiques.  

Et une meilleure mobilisation des ressources intérieures en l’absence de soutien budgétaire a permis le paiement régulier des salaires des fonctionnaires, ce dont s’est également enorgueillie la représentante de la Guinée-Bissau.

« L’engagement concerté sur le long terme de la CEDEAO, de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), de l’Union africaine, de l’Union européenne et des Nations Unies reste crucial pour appuyer la mise en œuvre de l’Accord de Conakry », a prévenu le Représentant spécial.  

« Ce n’est qu’en remplissant les conditions minimales posées par l’Accord que le pays pourra avancer dans le processus de réformes, organiser des élections crédibles et apaisées, canaliser les ressources nationales, et mobiliser l’assistance internationale nécessaire au soutien de ses efforts de développement socioéconomique pour le bien-être de son peuple », a résumé le Chef du BINUGBIS.

Il a donc encouragé la CEDEAO à mener une mission d’évaluation de la mise en œuvre de l’Accord de Conakry, en vue de recommander des actions appropriées, et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à Bissau à effectuer sa visite prévue avant la fin de l’année conjointement avec le Conseil de sécurité de l’ONU.

Par la voix du Togo, la CEDEAO l’a rappelé aujourd’hui: « Une persistance de la crise ferait courir des dangers à l’Afrique de l’Ouest, déjà confrontée au terrorisme et à la criminalité transnationale, fléaux qui eux-mêmes se nourrissent de l’instabilité chronique, de la pauvreté et du désarroi social qu’elle engendre. »

* S/2017/695

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