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CS/12956
15 août 2017
8024e séance – matin

Sahel: La Force conjointe du G5 peut apporter une contribution significative à la stabilisation, mais seulement dans un cadre plus global

La Force conjointe du G5 Sahel représente une occasion unique de répondre aux défis régionaux à travers une approche régionale et peut apporter une contribution significative à la stabilisation du Sahel, en synergie avec d’autres initiatives, a affirmé, ce matin, devant le Conseil de sécurité, le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, M. El-Ghassim Wane.  Mais, pour réussir, il faudra traiter simultanément des autres causes de l’instabilité au Mali et dans toute la région, a-t-il ajouté, avant de lancer: « Saisissons cette occasion! »

Cette séance intervenait à la suite de l’adoption, le 21 juin, de la résolution 2359 (2017), par laquelle le Conseil disait « se féliciter du déploiement de la Force conjointe sur l’ensemble du territoire des pays qui y participent » et demandait au Secrétaire général de lui présenter dans les deux mois un rapport oral sur les activités de la Force.  Un rapport écrit est en outre prévu pour octobre, date à laquelle le Conseil a décidé de « réexaminer le déploiement » de la Force conjointe.

La réunion s’est également tenue au lendemain d’une attaque terroriste menée à Ouagadougou, au Burkina Faso, et de deux autres lancées au Mali contre des contingents de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).

Les membres du Conseil ont présenté leurs condoléances aux familles des victimes et aux pays affectés et plusieurs d’entre eux ont pu, comme M. Wane, y voir une illustration du caractère transfrontalier des enjeux de sécurité au Sahel, qu’il s’agisse de terrorisme, d’extrémisme violent, ou encore de criminalité organisée, laquelle leur est étroitement liée.

Il est urgent de trouver des solutions, a averti le Sous-Secrétaire général, qui a expliqué que, du fait de l’insécurité, l’État malien était de moins en moins présent dans le nord du pays.  Or, confrontées au chômage et à la pauvreté chronique, les populations, les jeunes surtout, peuvent facilement devenir des proies pour les groupes criminels ou terroristes.

La Force conjointe du G5 Sahel représente une occasion unique de répondre aux défis régionaux à travers une approche régionale, a estimé M. Wane, qui a rendu hommage aux efforts de ses États membres et a mis en avant les progrès réalisés dans l’opérationnalisation de la Force.

Il a toutefois fait observer que divers défis restaient à relever: le financement, les capacités et l’équipement de la Force, mais aussi son articulation avec les autres structures militaires déjà présentes -MINUSMA, forces armées maliennes, opération française Barkhane-, les règles d’engagement et le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme, mais aussi « le cadre politique global » dans lequel elle doit évoluer, y compris au regard de l’Architecture de paix et de sécurité de l’Union africaine et des accords de paix au Mali, qui doit être « mieux défini ».

Face aux inquiétudes exprimées notamment par les représentants du Japon, de l’Italie ou des États-Unis à propos de la coordination, le représentant du Mali s’est voulu rassurant.  Le déploiement de la Force « ne remettra en question ni l’action des forces nationales des États membres, ni, non plus, la présence des forces partenaires », a-t-il affirmé, présentant celle-ci comme « un cadre de coordination et de complémentarité des efforts conjoints, afin d’en démultiplier l’impact ».

En revanche, le représentant malien a présenté comme un défi la « mobilisation du financement intégral » de la Force, estimé à 423 millions d’euros, dont seuls 25% environ sont actuellement promis.  De nombreux membres du Conseil ont abordé la question, notamment les trois États africains -Égypte, Sénégal et Éthiopie– qui ont tous insisté sur la « responsabilité morale et politique » de la communauté internationale.

Toutefois, comme l’a fait observer M. Wane, la résolution 2359 (2017) impose aux États du G5 Sahel la responsabilité principale de donner à la Force les ressources dont elle a besoin et le représentant du Royaume-Uni a jugé nécessaire de disposer de modalités clairement établies pour obtenir le financement nécessaire.

La France, qui a rappelé son soutien spécifique en plus de celui apporté par l’Union européenne, a annoncé la tenue, conjointement avec l’Allemagne, d’un atelier visant à identifier les contributions des pays européens, qui aura lieu le 18 septembre à Berlin, avant la Conférence de planification requise par la résolution 2359 (2017) qui doit, elle, avoir lieu en décembre à Bruxelles.

Mais il ne saurait y avoir de solution seulement militaire.  Il faut aussi s’attaquer au déficit de gouvernance, à la pauvreté chronique et au chômage, aux changements climatiques et au financement du développement, a insisté M. Wane, appuyé par plusieurs membres du Conseil, qui ont souhaité une relance de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.

Parmi ces derniers, le représentant de la Fédération de Russie a cependant estimé que l’assistance apportée par la communauté internationale ne devrait pas être imposée « sur la base de recettes préexistantes, qui ne fonctionnent pas ».  Pour lui, comme pour son homologue de la Bolivie, la destruction des structures étatiques en Libye en 2011 a largement contribué à une déstabilisation de grande ampleur au Sahel.

Enfin, si M. Wane a tenu à rappeler la primauté du politique, en demandant en particulier que les activités de la Force conjointe soient alignées sur le processus de paix malien et les autres initiatives régionales, plusieurs membres du Conseil, Japon et États-Unis notamment, ont aussi fait observer que les engagements politiques pris par les parties maliennes devaient être respectés. 

À cet égard, la représentante de la France a jugé crucial que les acteurs concernés accélèrent la mise en œuvre concrète de l’Accord pour la paix et la réconciliation.

PAIX ET SÉCURITÉ EN AFRIQUE

Déclarations

M. EL-GHASSIM WANE, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, a rappelé que le terrorisme au Sahel ne connaissait pas de frontières, pas plus que la criminalité transnationale qui lui est liée.  Tous représentent une menace grave pour la stabilité, la prospérité et la croissance au Sahel. 

Au Mali, les attaques de groupes extrémistes violents contre les forces de sécurité nationales ou la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) restent une triste réalité et menacent la mise en œuvre de l’accord de paix, un des principaux éléments en vue de la stabilisation de la région.

Ces activités, a rappelé M. Wane, ne connaissent pas de frontières et, de temps à autres, nous sommes témoins d’attaques dans d’autres pays de la région, comme cela a été le cas ces derniers jours avec les attaques haineuses commises à Ouagadougou et contre deux camps de la MINUSMA à Douentza et Tombouctou.

Mais le pire, a ajouté le Sous-Secrétaire général, ce sont les conséquences pour la population civile, qui subit des intimidations, des violences et souffre de la faible qualité des services sociaux de base, qui est aussi une conséquence de l’insécurité. 

Ainsi, le nombre des fonctionnaires présents dans le nord du Mali a diminué de 10% en un an, notamment parce que les groupes extrémistes prennent pour cibles les enseignants, les enfants et leurs parents, ce qui a entraîné la fermeture de 178 écoles. 

Cette érosion de la présence de l’État crée un terreau fertile pour les groupes terroristes et extrémistes.  Des millions de jeunes confrontés au chômage et à la pauvreté chronique peuvent facilement devenir des proies pour ces groupes, a averti M. Wane.  C’est ce qui rend la situation grave, et urgente la nécessité de trouver des solutions.

M. Wane a rendu hommage aux sacrifices consentis par de nombreux pays africains dans les opérations de paix sur le continent.  Il a rappelé que les pays du G5 Sahel font des efforts considérables avec des ressources très limitées pour lutter contre le terrorisme, l’extrémisme violent et la criminalité transnationale sur de vastes territoires inhospitaliers.  Dès lors, l’engagement des pays du G5 Sahel est digne de louanges, a affirmé le Sous-Secrétaire général.

M. Wane a rappelé les différentes étapes de mise en place de la Force conjointe depuis la décision prise en février par les chefs d’État du G5 Sahel de la créer et de la doter de 5 000 hommes.  Il a cité les étapes normatives, l’approche en deux étapes qui prévoit des opérations transfrontières conjointes puis la consolidation de la coopération entre les États membres du G5 Sahel. 

Le commandant de la Force –le général malien Didier Dacko- a été désigné et un quartier général est en cours de mise en place.  Les premières opérations sont prévues en octobre le long de la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.  Une composante de police et une petite composante civile ont également été mises en place.

Le Sous-Secrétaire général est ensuite revenu sur la question du financement de la Force conjointe.  Il a expliqué que les exigences budgétaires avaient été fixées à 423 millions d’euros, dont environ 234 pour les investissements de départ, 110 millions pour les coûts opérationnels et 83 millions pour les coûts liés au personnel. 

La résolution 2359 (2017) confie la responsabilité première de la gestion des ressources aux États membres du G5 Sahel, a rappelé M. Wane, qui a estimé que les annonces de contribution à hauteur de 10 millions d’euros par chacun des cinq États membres du G5 Sahel étaient particulièrement louables vu les difficultés budgétaires de ces pays. 

Ces 50 millions, ajoutés aux promesses de 50 millions d’euros de l’Union européenne annoncés en juin et aux 8 millions d’euros sous forme d’appui logistique annoncés par la France, représentent 25% de ce qui est nécessaire, a fait observer le Sous-Secrétaire général.  Les pays concernés ont entrepris un réexamen de ces besoins et une réunion est prévue à Berlin en septembre pour définir les options de soutien, avant la Conférence de planification requise par la résolution 2359 (2017).  M. Wane a souhaité que les contributions déjà annoncées soient honorées rapidement.

Face à la multitude des problèmes à traiter et aux nombreux acteurs sur le terrain, M. Wane a appelé à une coordination adéquate, comme le demandent d’ailleurs les résolutions 2359 (2017) et 2364 (2017).  Il a particulièrement insisté sur la coordination entre la MINUSMA et la Force conjointe du G5 Sahel, en citant plusieurs mesures déjà prises: poste de commandement conjoint à Mopti, adaptation des mécanismes de coordination déjà existants entre la MINUSMA, les forces françaises, les forces maliennes de défense, l’appui à ces dernières et l’appui au processus de paix.

M. Wane a rappelé que de nombreux et importants défis restaient à relever.  Il a cité les besoins en termes de financement, mais aussi de génération de forces, de formation et d’équipement, les conséquences de ses efforts sur le positionnement de la MINUSMA et certains aspects juridiques, notamment en ce qui concerne le droit de poursuite.

Il a également rappelé que le succès de la Force conjointe dépendrait aussi de ses règles d’engagement et a appelé au strict respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme, ainsi que la mise en place de mesures destinées à atténuer l’impact des opérations sur les civils.

La Force conjointe du G5 Sahel représente une occasion unique de répondre aux défis régionaux à travers une approche régionale, a estimé M. Wane.  Mais cette occasion ne sera pleinement réalisée que si, en plus de relever les défis déjà mentionnés, on traite simultanément des autres causes de l’instabilité au Mali et dans toute la région, a averti le Sous-Secrétaire général.

Au-delà de l’action militaire, il faut donc s’attaquer au déficit de gouvernance, à la pauvreté chronique et au chômage, aux changements climatiques et au financement du développement.  M. Wane a également souhaité des mesures pour lutter contre la criminalité transfrontière, et notamment des sanctions ciblées.

Rappelant la primauté du politique, le Sous-Secrétaire général a demandé qu’une stratégie politique guide les activités de la Force conjointe, de manière à veiller à ce que celles-ci soient alignées sur le processus de paix malien et les autres initiatives régionales.  En conséquence, a-t-il affirmé, « le cadre politique global de la Force conjointe doit être mieux défini » et les rôles et responsabilités au sein de l’architecture de commandement de la Force conjointe clarifiés.

La Force conjointe peut faire une contribution significative à la stabilisation de la région du Sahel, en synergie avec les autres initiatives, a répété M. Wane, pour qui il est de la responsabilité de toutes les parties prenantes d’assurer que leurs approches soient alignées et se renforcent mutuellement. 

Il a rappelé que le Secrétaire général avait récemment mis en place un groupe de travail du Comité exécutif sur le Sahel présidé par la Vice-Secrétaire générale, afin de mieux coordonner les efforts et de recentrer l’attention du système des Nations Unies sur le Sahel. 

En outre, la Force conjointe doit s’insérer dans l’architecture de paix et de sécurité de l’Union africaine, a estimé le Sous-Secrétaire général, qui a félicité les États membres du G5 Sahel pour les efforts considérables qu’ils ont déjà déployés.

En conclusion, M. Wane a appelé au réalisme.  Le succès de la Force conjointe dépendra de l’approfondissement du partenariat régional et du cadre politique applicable, ainsi que de la détermination de ses membres à atteindre son opérationnalisation et du soutien sans faille de leurs partenaires internationaux, a-t-il résumé. 

« Saisissons cette occasion », a-t-il lancé, en affirmant que les Nations Unies se tenaient prêtes à contribuer à ce partenariat.  Il a confirmé qu’un rapport écrit serait remis en octobre, comme le demande la résolution 2359 (2017).

Mme ANNE GUEGUEN (France) a indiqué que la menace terroriste au Sahel mettait non seulement en péril la stabilité des pays de la région, mais avait également des incidences directes sur la sécurité de nombreux autres pays, en Europe notamment.  Elle a estimé que cette menace appelait une mobilisation de la communauté internationale en soutien aux efforts des pays de la région.  La France, a-t-elle dit, prend toute sa part à cet effort à travers le déploiement sur le terrain des 4 000 soldats de l’opération Barkhane.

Elle a également fait état du lancement, le 2 juillet, par le Président français Emmanuel Macron, de l’Alliance pour le Sahel dont l’objet, a-t-elle expliqué, est de compléter les efforts menés sur le plan militaire par une « coalition de bonnes volontés » s’attaquant aux racines profondes du terrorisme en menant, notamment, des projets dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture et des énergies renouvelables.

Faisant également observer que la situation sécuritaire au Sahel restait directement liée à la situation du Mali, elle a jugé crucial que les parties maliennes accélèrent la mise en œuvre concrète de l’Accord pour la paix et la réconciliation.

La représentante a ensuite souligné que le mode d’action particulier des groupes terroristes au Sahel, « qui se jouent des frontières et se nourrissent de trafics en tout genre, notamment de drogue et d’êtres humains », impose d’apporter une réponse concertée et globale.

C’est précisément cet objectif qu’ont recherché les pays du G5 en établissant leur Force conjointe destinée à apporter une réponse coordonnée sur les plans sécuritaire, économique, humanitaire et du développement, a-t-elle commenté.  Elle a affirmé que la Force conjointe du G5 Sahel accompagnerait et complèterait les efforts de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) en menant des activités antiterroristes dans la région du Sahel tout entière qui ne relèvent pas du mandat et du champ géographique de la Mission.

La représentante s’est félicitée de la détermination et des actions concrètes entreprises pas les pays du G5 afin d’opérationnaliser la Force conjointe dans les meilleurs délais, précisant que l’objectif est de mener d’ici au mois d’octobre les premières opérations dans la zone prioritaire du Liptako-Gourma, à la frontière conjointe entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

Elle a ajouté que la finalisation, dans les jours à venir, des travaux de construction du poste de commandement central de Sévaré est un premier pas important dans ce sens.  La déléguée a aussi salué l’engagement des pays du G5 à consacrer chacun 10 millions de dollars par an à titre national au financement de la Force.

Également convaincue de la responsabilité morale et politique de la communauté internationale d’apporter un soutien aux États africains qui s’unissent à l’échelle régionale pour lutter contre le terrorisme, la représentante s’est notamment réjouie que l’Union européenne ait d’ores et déjà annoncé une contribution de 50 millions d’euros pour financer les structures de commandement de la Force.

La France apporte également une aide matérielle de plus de 8 millions d’euros, en complément de l’engagement de l’opération Barkhane sur le terrain.  La déléguée a aussi annoncé la tenue, par l’Allemagne et la France, le 18 septembre à Berlin, d’un atelier visant à identifier les contributions des pays européens afin d’accompagner le déploiement initial de la Force.

La représentante a par ailleurs qualifié d’essentiel le soutien des Nations Unies à la Force conjointe, estimant que c’est notamment le meilleur moyen de garantir la bonne coordination des acteurs impliqués dans la lutte contre le terrorisme dans la région, une utilisation optimale des ressources qui y sont consacrées, ainsi que « l’indispensable soutien » logistique, médical et mécanique que les forces internationales pourront apporter.  Sans ce soutien, a-t-elle fait observer, les opérations de la Force conjointe n’auront qu’une portée limitée.

Mme Gueguen a en outre annoncé que la France proposerait prochainement la tenue d’une mission du Conseil au Sahel dont le but, a-t-elle expliqué, sera d’évaluer le niveau de la menace terroriste et de faire le point sur le degré d’opérationnalisation de la Force conjointe sur le terrain.  Une réunion ministérielle sur le G5 Sahel est également prévue lors de la présidence française du Conseil.

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) a souligné les défis sécuritaires multiples auxquels le Sahel est confronté, et qui vont bien au-delà de la sous-région.  C’est la raison pour laquelle la coordination avec le G5 est indispensable pour venir à bout de ces difficultés, a-t-il reconnu, donnant l’assurance que son pays continuerait d’apporter son soutien dans le cadre de l’Union européenne mais aussi au niveau bilatéral. 

Le représentant a insisté sur la nécessité de veiller à la coordination et la coopération avec la Force conjointe, estimant qu’il est essentiel d’harmoniser les efforts de la Force conjointe avec ceux des autres opérations en cours dans la sous-région, comme la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). 

Selon M. Cardi, il est également impératif de mettre en œuvre une stratégie politique et de réfléchir au financement de la Force conjointe.  Le délégué a enfin encouragé l’ONU à appuyer les opérations africaines tant sur le plan politique que financier. 

M. LUIS BERMÚDEZ (Uruguay) s’est félicité des efforts fournis par les pays du G5 Sahel pour mettre sur pied la Force conjointe en vue de rétablir l’état de droit sur leurs territoires respectifs, soulignant l’importance de la dimension multidimensionnelle et intégrée privilégiée par ce groupe d’États. 

Il a estimé que la communauté internationale devra appuyer ces efforts, tant sur le plan logistique que financier.  Le représentant a rappelé que le G5 avait été initialement conçu comme un cadre de développement commun pour répondre aux problèmes de longue date de la sous-région, cadre auquel la Force conjointe a été rajoutée pour répondre aux défis sécuritaires transfrontaliers, à l’image des attaques perpétrées au Burkina Faso et au Mali ces derniers jours. 

Il incombe aux pays de la région d’accorder dans le cadre de leurs opérations une attention particulière au sort de la population civile, notamment des enfants enrôlés de force dans les rangs des groupes armés non étatiques, en veillant à leur réinsertion dans leurs communautés d’origine, a préconisé M. Bermúdez.

Mme IRINA SCHOULGIN-NYONI (Suède) a présenté ses condoléances aux familles des victimes de l’attentat terroriste qui a ciblé Ouagadougou, au Burkina Faso, ainsi que des attaques contre la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à Douentza et à Tombouctou, au Mali.  Ces tragédies et ces attentats odieux sont un rappel flagrant des défis auxquels font face les pays du Sahel, a-t-elle affirmé, ajoutant que pour y faire face, il importe de mettre sur pied des solutions régionales, multidimensionnelles et coordonnées, dont une des composantes est la Force conjointe G5 Sahel.

Elle a également estimé capital de s’assurer que les jeunes du Sahel puissent envisager un avenir dans lequel ils n’auraient pas besoin de migrer ou de rejoindre un réseau criminel ou extrémiste.

La représentante a ensuite souligné que pour assurer l’efficacité et le succès de la Force conjointe, il importe que ses activités soient guidées par un cadre politique et une stratégie cohérents.  Des structures de commandement et de contrôle doivent également être bien définies. 

Elle a aussi jugé essentiel de mettre l’accent sur la coordination avec la MINUSMA et les missions de renforcement des capacités de l’Union européenne, ainsi qu’avec le niveau politique.  La représentante a aussi appelé à développer et clarifier le concept des opérations relatif aux droits de l’homme, à la protection des civils, des femmes et des enfants notamment, ainsi qu’au droit de poursuite par-delà les frontières.  Elle a notamment cité le rôle important que jouent les femmes dans la consolidation de la paix.

La déléguée a également réclamé des clarifications urgentes sur la structure, la taille et le fonctionnement de la composante civile de la Force.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a déploré les attentats de Ouagadougou et ceux commis hier contre la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) qu’il a condamnés.  Pour la Bolivie, il ne fait aucun doute que le concept stratégique de la Force conjointe du G5 Sahel représente l’instrument approprié pour compléter les efforts des Nations Unies dans la région.

Le Conseil doit soutenir cette initiative, qui profite à la stabilité dans la région.  Le G5 Sahel est le meilleur exemple de la contribution des États africains au renforcement de la sécurité dans la région. 

Pour le représentant, le Sahel est confronté à de multiples défis qui hypothèquent la structure institutionnelle des pays de la région et affecte toute leur population.  Il a rappelé que le Mali était un pays riche en histoire et en ressources naturelles, qui faisait l’objet de multiples menaces asymétriques et dont la situation humanitaire ne cessait de se détériorer.

Le représentant a aussi demandé qu’on analyse les causes profondes du conflit, rappelant que le conflit en Libye en 2011 avait pour conséquence la déstabilisation du Sahel et le transfert d’armes lourdes venues de Libye, dont certaines servent désormais à commettre des attentats, y compris contre les civils et la MINUSMA.

Le représentant a également mentionné l’exploitation illégale des richesses naturelles de nombreux pays de la région tant par les groupes extrémistes que par des multinationales.  La Bolivie est convaincue de la nécessité de mieux gérer les ressources naturelles des différents États dans le respect de leur souveraineté nationale. 

Elle exhorte la communauté internationale à poursuivre son appui humanitaire et technique à toutes les initiatives en faveur de la stabilité au Sahel.

M. YASUHISA KAWAMURA (Japon) a tout d’abord transmis ses condoléances aux familles des victimes des attentats terroristes qui ont frappé le Burkina Faso ainsi que la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).  Il a ensuite salué les efforts déployés par les pays du G5 Sahel pour opérationnaliser la Force conjointe et rétablir la paix et la sécurité dans la région. 

Le représentant s’est toutefois inquiété des « retards persistants » dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, lesquels sont « amplifiés » par la violation des termes du texte ainsi que par des attentats terroristes sporadiques.

Il a fait observer que le rôle que joue la Force conjointe, qui appuie la mise en œuvre du texte en isolant des groupes terroristes armés, est particulièrement important.  Il a aussi jugé nécessaire de renforcer la coordination entre la Force conjointe, la MINUSMA et les troupes françaises.

« L’étendue des défis auxquels font face les pays du G5 Sahel est vaste, a poursuivi M. Kawamura, et la poursuite des partenariats avec la communauté internationale est essentielle pour rétablir la stabilité et répondre aux vulnérabilités qui, a-t-il relevé, sont profondément ancrées. 

Le délégué a notamment souligné la nécessité de fournir des moyens de subsistance durables et inclusifs à l’importante population de jeunes du Sahel afin de prévenir leur radicalisation et renforcer la stabilité sociale de la région.  Le rôle des femmes en matière de prévention et de résolution de conflits, ainsi que de consolidation de la paix, est également important, a-t-il ajouté.

Après avoir condamné lui aussi les attentats commis à Ouagadougou dimanche et contre la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) hier, M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a estimé que ces attaques rappellent l’urgence d’opérationnaliser la Force conjointe du G5 Sahel. 

Les pays de la sous-région ont fait montre de leur détermination à combattre le terrorisme, mais ils ont besoin de ressources additionnelles pour couvrir les besoins de cette opération militaire pendant l’année à venir, a plaidé le représentant, qui s’est donc félicité de la tenue d’une conférence à Berlin mi-septembre pour mobiliser les bailleurs de fonds et de la Conférence de planification prévue à Bruxelles en décembre prochain. 

La communauté internationale, a-t-il souligné, a une responsabilité morale et politique de contribuer aux efforts consentis par les pays du G5 Sahel.  La mise en œuvre rapide la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel sera essentielle à cet égard, a ajouté le délégué, en insistant à son tour sur la nécessité d’une bonne coordination entre partenaires.

M. BARLYBAY SADYKOV (Kazakhstan) a estimé que la situation au Sahel restait très vulnérable du fait de la présence de groupes terroristes, extrémistes ou de la criminalité organisée.  Le Kazakhstan appuie donc la Force conjointe, qui peut contribuer à la stabilité de la région et compléter les autres efforts entrepris, y compris ceux de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et de la force française de l’opération Barkhane.

Le financement de la Force reste toutefois une source de préoccupation importante, a ajouté le représentant, qui s’est félicité de l’organisation d’une conférence d’annonces de contribution.

En même temps, les mesures militaires ne peuvent suffire, a poursuivi le représentant, qui a rappelé la compétition qui existe au Sahel entre les groupes sédentaires et nomades et a souhaité une approche régionale qui combine les efforts humanitaires et de développement.  Ces objectifs ne seront atteints que par une meilleure mise en œuvre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel, y compris des éléments qui concernent le renforcement de la participation des femmes ou des jeunes, a poursuivi le délégué.

Pour Mme MICHELLE J. SISON (États-Unis), lutter contre l’extrémisme violent et la terreur est de la plus haute importance, y compris au Sahel.  Il faut en outre promouvoir les solutions politiques, mais il faut aussi que les signataires d’accords de paix respectent leurs engagements, a fait observer la représentante.

Les États-Unis, qui ont dit appuyer la résolution 2359 (2017), estiment qu’une coopération accrue entre les États membres du G5 Sahel est importante et ils poursuivront la leur, qui est ancienne, afin, notamment, de rendre la Force conjointe plus efficace.  Les États-Unis entendent également coordonner leurs efforts avec les pays donateurs et attendent avec intérêt la conférence des bailleurs de fonds qui aura lieu en septembre.

Ils continueront également de coopérer étroitement avec les parties prenantes régionales pour veiller à ce que la solution proposée soit la bonne.

M. SHEN BO (Chine) a déclaré qu’il importe que les États du G5 Sahel et la communauté internationale continuent de renforcer leur coopération, notamment au travers de la Force conjointe tout juste opérationnalisée, qui assure le leadership de sa propre sécurité dans la sous-région. 

Elle devra toutefois renforcer sa coordination avec la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), a préconisé la délégation.

M. FODÉ SECK (Sénégal) a dénoncé le terrorisme qui a fait tout récemment des victimes à Ouagadougou, au Burkina Faso, et au Mali, où la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a été visée.  Aussi a-t-il plaidé pour un soutien massif de la communauté internationale aux pays du G5 Sahel au moment où est opérationnalisée la Force conjointe du G5 Sahel.

Elle devra s’inscrire dans une approche globale tenant compte non seulement des menaces sécuritaires multidimensionnelles mais aussi des problèmes de développement, a estimé le représentant, qui a rappelé que la « responsabilité morale et politique » des partenaires internationaux est en jeu. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) s’est dit favorable à une réaction adéquate de la communauté internationale face à la menace terroriste, ajoutant qu’il fallait mettre l’accent sur l’aide aux pays de la région pour renforcer leurs capacités de lutte contre le terrorisme. 

La Fédération de Russie se félicite que les Africains cherchent à résoudre eux-mêmes les problèmes africains, et donc de la création de la Force conjointe.  Il ne s’agit pas seulement de la menace terroriste, mais aussi des activités criminelles qui profitent du chaos de l’instabilité et des souffrances de la population civile et nourrissent du même coup le terrorisme, a affirmé le représentant. 

Les attaques du 13 août au Burkina Faso et au Mali témoignent de la persistance de la menace terroriste dans la région, a constaté le représentant, pour qui il faut aussi arriver à une stabilisation politique pérenne et résoudre les problèmes socioéconomiques, donc appuyer la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel. 

En effet, les efforts militaires ne suffiront pas, a ajouté le représentant.  La communauté internationale a encore beaucoup à faire pour appuyer les efforts consentis par les Africains eux-mêmes, a-t-il poursuivi.  La Fédération de Russie y est disposée mais il faut aussi éviter que cette coopération ne soit imposée sur la base de recettes préexistantes, qui ne fonctionnent pas, a ajouté le représentant, qui a rappelé que la destruction des structures étatiques en Libye avait provoqué une déstabilisation de grande ampleur au Sahel. 

M. JONATHAN ALLEN (Royaume-Uni) a condamné à son tour les actes violents commis ces derniers jours au Burkina Faso et au Mali « par ceux qui souhaitent saper la stabilité du Sahel », ajoutant qu’« ils n’y parviendront pas ». 

Il a rappelé le soutien de longue date de son gouvernement au concept de force conjointe, soulignant l’importance à présent de disposer de modalités clairement établies pour obtenir le financement nécessaire à son déploiement dans les délais prévus. 

Le représentant a exhorté les membres du Conseil de sécurité à explorer les moyens d’apporter un soutien à ce qui est une « composante » très importante de la sécurité de la sous-région.  Parallèlement, les efforts en cours pour parvenir à la paix doivent être redoublés, a préconisé le délégué.

M. EDUARD FESKO (Ukraine) s’est déclaré extrêmement préoccupé par l’ampleur des attaques terroristes perpétrées au Sahel, dont celle de Ouagadougou dimanche dernier.  Ces attentats illustrent le fait que l’instabilité du Mali demeure l’un des principaux facteurs de violence dans les pays voisins, a-t-il relevé.  C’est la raison pour laquelle le déploiement des Forces de défense et de sécurité maliennes à travers le pays est nécessaire de toute urgence, a poursuivi le représentant, tout en reconnaissant que celles-ci sont insuffisamment équipées à cette fin. 

Aussi s’est-il félicité de l’opérationnalisation de la Force conjointe du G5 Sahel, qui exigera toutefois des ressources adéquates.  Il a donc souhaité que les bailleurs de fonds fassent preuve de générosité lors de la conférence des donateurs prévue à la mi-septembre à Berlin. 

Le délégué a suggéré en conclusion que le partage du renseignement entre la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et la Force conjointe constitue une priorité de leur future coordination.

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a estimé que l’adoption de la résolution 2359 (2017) représentait un message de soutien nécessaire adressé aux États membres du G5 Sahel, même si la teneur de la résolution ne satisfaisait pas les attentes de ces pays, notamment pour financer les efforts de la Force conjointe.  L’Égypte s’était ralliée au consensus sur le texte de la résolution en la considérant comme un premier pas, a expliqué le représentant.

Pour le délégué, les divergences au sein du Conseil de sécurité ne doivent pas empêcher de parvenir à une approche globale qui tienne compte du fait que, faute de soutien durable, le tribut humanitaire sera alourdi et la stabilité menacée.  Le soutien aux initiatives régionales est le seul moyen de parvenir à des résultats durables, a encore affirmé le représentant, qui a insisté sur la nécessité de relancer la mise en œuvre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel. 

Pour sa part, l’Égypte, en plus de son rôle au Conseil de sécurité, renforcera ses programmes de coopération bilatérale ou multilatérale avec les États du Sahel.

M. ISSA KONFOUROU (Mali), qui a pris la parole au nom du G5 Sahel, a commencé par rappeler que l’attentat « lâche et barbare » commis le 13 août contre le café Aziz-Istanbul de Ouagadougou, qui a fait 18 morts et de nombreux blessés, souligne à nouveau l’urgence d’opérationnaliser la Force conjointe du G5 Sahel.  « Il renforce également la détermination commune de nos États à travailler ensemble pour neutraliser la menace terroriste dans notre espace commun. » 

Le représentant a annoncé le déploiement des premières unités en octobre 2017 et de l’ensemble des bataillons d’ici à mars 2018, avec pour priorité à court terme de mener des opérations militaires transfrontalières. 

Le budget pour la mise en place initiale de la Force conjointe et son maintien pour une année est fixé à 423 millions d’euros, avec, à ce jour, des contributions financières et matérielles annoncées d’un montant de 108 millions d’euros, a annoncé le délégué malien.  Sur ce total, 50 millions seront débloqués par les pays du G5 Sahel, 50 millions par l’Union européenne, et 8 millions d’euros par la France d’ici à la fin de l’année 2017 sous la forme de 70 véhicules tactiques et un appui opérationnel.  Il a donné l’assurance que ces ressources sont gérées dans la transparence totale, « assortie de reddition de comptes ». 

Toutefois, a observé le délégué, les progrès accomplis n’occultent nullement les défis qui jalonnent le processus d’opérationnalisation et de fonctionnement durable, viable et efficace de la Force conjointe.  Au nombre d’entre eux, figure la « mobilisation du financement intégral », a-t-il observé, se réjouissant de la perspective d’une conférence internationale de planification à Bruxelles en décembre prochain et en appelant la communauté internationale à contribuer au budget.

« Je sais que la question de la coordination de l’action de la Force conjointe avec celle des autres forces déjà présentes dans notre espace revient de manière récurrente », a encore noté le représentant.  Il a réaffirmé que le déploiement de la Force conjointe du G5 Sahel ne remettra en question ni l’action des forces nationales des États membres, ni, non plus, la présence des forces partenaires que sont la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), la force française de l’opération Barkhane, ou celles de toute autre organisation amie.  « La Force conjointe offre plutôt un cadre de coordination et de complémentarité des efforts conjoints, afin d’en démultiplier l’impact », a-t-il précisé. 

En effet, le mécanisme de coopération et de liaison de la Force conjointe avec l’opération Barkhane et la MINUSMA sera basé sur un dispositif déjà existant entre la MINUSMA, les Forces armées maliennes (FAMa) et l’opération Barkhane.

Ce mécanisme, qui sera élargi au besoin à la Force conjointe du G5 Sahel, est une instance de coordination portant sur le soutien mutuel (opérationnel et logistique), le partage de renseignements et la coordination des opérations.  C’est pourquoi, a ajouté le représentant, le quartier général de la Force conjointe à Sévaré, Mopti, comprendra des officiers de liaison des partenaires bilatéraux et multilatéraux. 

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