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CS/12918
20 Juillet 2017
8008e séance – matin

Soudan du Sud: une initiative régionale de relance de la mise en œuvre de l’accord de paix suscite de l’espoir pour faire avancer le dialogue national

Face à la reprise des combats dans deux régions du Soudan du Sud, le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, M. El-Ghassim Wane, a appelé, ce matin, les membres du Conseil de sécurité à fournir « un appui actif » à une initiative récente, lancée par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), afin d’organiser un forum de haut niveau pour relancer la mise en œuvre de l’accord de paix de 2015.

L’environnement sécuritaire « demeure instable » au Soudan du Sud, où le besoin d’un « cessez-le-feu crédible et durable » se fait cruellement sentir, a mis en garde M. Wane, à l’entame de son exposé aux membres du Conseil, qui étaient saisis du dernier rapport* du Secrétaire général sur la situation dans le pays pour la période allant du 2 mars au 1er juin 2017.

Depuis l’annonce d’un cessez-le-feu unilatéral par le Président Salva Kiir, en juin dernier, la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a en effet témoigné d’une reprise des combats dans les régions du Haut-Nil et de l’Équatoria, où le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan au Gouvernement (M/APLS au Gouvernement) s’efforcerait de reprendre des territoires au M/APLS dans l’opposition.

De plus, malgré le dialogue national lancé par le Président Kiir pour redonner vie au processus politique, des décisions récentes font obstacle à un environnement propice au dialogue.  Le Sous-Secrétaire général faisait référence à la décision de remplacer, au sein de l’Assemblée législative nationale de transition, six membres du M/APLS dans l’opposition fidèles à l’ancien Premier Vice-Président Riek Machar, par des membres du M/APLS dans l’opposition alliés à l’actuel Premier Vice-Président Taban Deng Gai.

C’est dans ce contexte et étant donné l’impasse dans laquelle se trouve la mise en œuvre de l’Accord sur le règlement du conflit dans la République du Soudan du Sud, signé en 2015, que l’IGAD a décidé, en juin dernier, de lancer un espace de discussion, un « forum de haut niveau » pour la revitalisation de l’accord de paix au Soudan du Sud, dont les modalités et le calendrier ont été publiés le 2 juillet.

Pour avoir des chances d’aboutir, a estimé M. Wane, cette initiative de l’IGAD doit recevoir un « appui actif » du Conseil, un appel relayé par le délégué de l’Éthiopie qui est allé encore plus loin en affirmant qu’il n’existait « pas d’alternative aux efforts déployés par l’IGAD » au Soudan du Sud, en coordination avec l’Union africaine (UA) et l’ONU.

Il est également primordial que les dirigeants de la région et l’ensemble des acteurs impliqués, y compris le Conseil, « parlent d’une même voix », a insisté l’ancien Président botswanais Festus Mogae, Président de la Commission mixte de suivi et d’évaluation (JMEC), qui est chargée de suivre la mise en œuvre de l’accord de paix de 2015.  M. Mogae a cependant regretté que, pour l’heure, les démarches de ces acteurs ne soient pas coordonnées, ce dont profitent les dirigeants sud-soudanais. 

Pour tenter de mettre tout le monde au diapason, M. Mogae a entamé une série de consultations, ces derniers mois, en coordination avec l’IGAD, y compris avec le Président Kiir, le Premier Vice-Président Gai et l’ancien Premier Vice-Président Machar.  Ce dernier a cependant refusé de répondre à l’exhortation de M. Mogae qui lui avait demandé, le 31 mars, de « dénoncer la violence », « déclarer un cessez-le-feu unilatéral » et « prendre part au dialogue national » lancé par le Président Kiir.  M. Machar a toutefois accepté l’idée, tout comme d’autres membres de l’opposition, d’un « nouveau processus de la part du régime en dehors du Soudan du Sud ». 

Le représentant du Soudan du Sud a expliqué, plus précisément, que M. Machar avait refusé d’accorder une audience à la délégation du Comité directeur du dialogue envoyée en Afrique du Sud pour consulter les dirigeants de l’opposition à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.  « C’est d’autant plus regrettable que ce dialogue a été conçu comme un forum pour que chacun puisse exprimer ses doléances », a-t-il estimé, avant d’exhorter tous les groupes armés dans l’opposition à mettre « de côté leurs rancœurs personnelles » et à revenir sur leur position concernant le dialogue.

La représentante des États-Unis, qui manifestait son impatience face aux promesses non tenues du Gouvernement, a recommandé au Conseil de sécurité d’exercer une « réelle pression » sur les parties, à commencer par des « sanctions ciblées » et un « embargo sur les armes », une position soutenue par les délégués de la France et du Royaume-Uni.  Ce dernier a noté qu’il y a deux semaines, le peuple du Soudan du Sud aurait dû célébrer ses six années d’indépendance.  « Or, le pays ne peut toujours pas se tenir debout, et ce, du fait de ses dirigeants, qui ne font qu’attiser le conflit », a-t-il déclaré.

La Fédération de Russie a préféré voir le verre à moitié plein en soulignant que le Gouvernement avait quand même déclaré un cessez-le-feu, refusant de faire porter à Djouba toute la responsabilité de la mauvaise mise en œuvre de l’accord de paix.  Il a aussi jugé « constructive » l’attitude du Gouvernement à l’égard du déploiement de la Force de protection régionale, qui progresse de manière satisfaisante.  C’est aussi l’avis de la Chine, pour qui le Gouvernement sud-soudanais « n’a pas ménagé ses efforts ». 

Les représentants russe et chinois ont apporté leur soutien à la fois au dialogue national et à l’initiative de l’IGAD.  De même pour le représentant français qui a toutefois rappelé que l’accord de paix de 2015 devait demeurer « la pierre angulaire du processus politique ».

Par ailleurs, la plupart des membres du Conseil ont déploré la « situation humanitaire catastrophique » dans laquelle se trouve le pays.  Ils ont appelé les parties à mettre fin aux entraves à la livraison de l’aide et aux attaques dont est régulièrement victime le personnel humanitaire.

* S/2017/505

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD

Déclarations

M. EL-GHASSIM WANE, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, a souligné que le déploiement de la Force de protection régionale suivait son cours.  Cependant, a-t-il dit, le processus de paix au Soudan du Sud continue d’être confronté à de nombreux défis qu’il faut relever pour pouvoir tirer parti de cette Force dans le futur.

En particulier, le Sous-Secrétaire général a estimé que l’environnement sécuritaire restait instable partout et que le pays avait besoin d’un « cessez-le-feu crédible et durable ».  Depuis l’annonce d’un cessez-le-feu unilatéral par le Président Salva Kiir, en juin dernier, la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a pris connaissance d’une reprise des combats dans les régions du Haut-Nil et de l’Équatoria.  Il semblerait, a-t-il dit, que le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan au Gouvernement (M/APLS au Gouvernement) s’efforce dans ces zones de reprendre des territoires au M/APLS dans l’opposition.  

Il faut créer un environnement propice à la tenue du dialogue national lancé le 22 mai par le Président Salva Kiir, a appelé le Sous-Secrétaire général tout en notant que « certaines décisions sapent cet engagement ».  En effet, le 17 juillet dernier, deux décrets ont remplacé six membres M/APLS dans l’opposition, fidèles à l’ancien Premier Vice-Président Riek Machar, à l’Assemblée législative nationale de transition, par des alliés de l’actuel Premier Vice-Président Taban Deng Gai.  Par ailleurs, a-t-il poursuivi, le 10 juillet dernier, le dirigeant du principal média d’État a été arrêté, avant d’être ensuite libéré, « ce qui ne contribue pas à créer un environnent favorable au dialogue ».

Ce dialogue national doit être « un processus ouvert et transparent à même de compléter l’accord de paix », a déclaré le Sous-Secrétaire général, ajoutant que ce dialogue devait aussi être soutenu par un éventail politique suffisamment large pour asseoir sa légitimité.

Le succès de l’initiative de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) visant à redynamiser la mise en œuvre de l’accord de paix en organisant dans les prochains jours un forum à Djouba exige « un appui actif » du Conseil pour aboutir, a estimé par ailleurs le Sous-Secrétaire général.  « Je demande au Conseil d’appuyer pleinement le processus lancé à l’initiative de l’IGAD », a-t-il insisté.

« Pour conclure, je voudrais souligner l’importance essentielle d’adopter des objectifs alignés entre la région et la communauté internationale », a-t-il déclaré, appelant à envoyer des messages forts pour dire que « le statu quo actuel n’est pas acceptable » et qu’un « changement de comportement est plus que jamais nécessaire ».

« Nous avons exigé la cessation des hostilités et le rétablissement du cessez-le-feu permanent », a déclaré l’ancien Président botswanais FESTUS MOGAE, Président de la Commission mixte de suivi et d’évaluation (JMEC), en résumant les vastes consultations qu’il a entamées ces derniers mois, avec l’appui du Président de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).  Dans le cadre de ces consultations, M. Mogae s’est notamment entretenu avec le Président Salva Kiir, le Premier Vice-Président Taban Deng Gai, l’ancien Premier Vice-Président Riek Machar et l’ensemble des acteurs régionaux impliqués dans la résolution du conflit, afin de s’assurer que chacun soit sur la même longueur d’onde. 

« Il faut empêcher que la situation ne se dégrade en faisant en sorte que les dirigeants de la région parlent d’une même voix », a-t-il insisté, en référence aux chefs d’État et de gouvernement de l’IGAD.  Parallèlement, M. Mogae a demandé aux différents dirigeants du Soudan du Sud de faire preuve de « davantage d’ouverture ».

Rentrant dans le détail de ses consultations, M. Mogae a déclaré avoir rencontré, le 31 mars, en Afrique du Sud, M. Riek Machar et l’avoir, à cette occasion, exhorté à « dénoncer la violence, à déclarer un cessez-le-feu unilatéral et à prendre part au dialogue national » lancé par le Président Kiir en mai dernier.  « Il a refusé de le faire », a déploré M. Mogae, tout en ajoutant que M. Machar avait cependant « exigé un nouveau processus de la part du régime en dehors du Soudan du Sud ». 

M. Mogae s’est également entretenu avec d’autres responsables politiques de l’opposition, actuellement en dehors du Soudan du Sud, afin d’écouter leurs griefs.  Il a déclaré que ces derniers avaient écouté son message et s’étaient également dits prêts à participer à un « processus politique en dehors du Soudan du Sud qui pourrait mener à la mise en œuvre de l’accord ». 

M. Mogae a espéré qu’un tel processus puisse voir le jour, avec le soutien de l’IGAD et de la communauté internationale, dans le cadre du forum de haut niveau de revitalisation de l’accord de paix proposé par l’IGAD.

Suite à une question posée par le représentant du Sénégal en fin de séance, concernant les mesures à prendre par le Conseil pour soutenir les initiatives de l’IGAD, le Président Festus Mogae a déclaré que tous les acteurs devaient avant tout « s’exprimer d’une même voix ».  À l’heure actuelle, a-t-il regretté, les démarches des différents acteurs ne sont pas coordonnées, ce dont profitent, selon lui, certains dirigeants sud-soudanais.  Il a conseillé au Conseil de sécurité de se montrer plus ferme pour demander aux Sud-Soudanais de respecter leurs engagements.

Mme MICHELE J. SISON (États-Unis) a rappelé que, quand il s’agit du Soudan du Sud, les promesses sont nombreuses: promesses politiques des dirigeants, promesses concernant l’accès humanitaire, promesses concernant la liberté de mouvement de la MINUSS.  Mais le Conseil est toujours en situation d’attente face à ces promesses, a-t-elle noté en relevant que la violence continue, les Casques bleus sont entravés dans leur mission de protection des civils et les acteurs humanitaires sont empêchés d’apporter leur assistance.

Pour la représentante, il faut commencer par arrêter la violence.  Si le Gouvernement a décrété l’an dernier un cessez-le-feu, il a ouvert de nouveaux fronts, provoquant ainsi de nouveaux déplacements de populations, a-t-elle dit.  Dans le même temps, les travailleurs humanitaires ont dû se retirer de certaines régions, privant d’assistance des populations dans le besoin.  Si la famine a pu être évitée, la faim affecte gravement la moitié de la population, s’est inquiétée Mme Sison en signalant les statistiques onusiennes selon lesquelles juin a été le mois le pire pour l’assistance humanitaire.  La communauté humanitaire pourrait pourtant aider la population, a fait remarquer la représentante en rappelant au Gouvernement et aux combattants qu’ils doivent pour cela permettre aux humanitaires d’arriver à destination.

En mars, le Conseil de sécurité a formulé des demandes précises, mais aucune n’a été satisfaite, a encore déploré la représentante.  À son avis, le Conseil de sécurité doit donc exercer une pression réelle sur les parties, à commencer par des sanctions ciblées et un embargo sur les armes.  Les États-Unis, a-t-elle ajouté, se félicitent de la nomination d’un nouvel Envoyé spécial et de la relance d’un forum de négociations.  Le processus de revitalisation de l’accord de paix est la dernière tentative pour sauvegarder cet accord, a-t-elle prévenu.  À défaut, la représentante a averti que les États-Unis devraient revoir leur appui à l’accord.  « Les Sud-Soudanais méritent des dirigeants qui respectent leurs promesses », a-t-elle conclu.

M. MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni) a rappelé qu’il y a deux semaines, le peuple du Soudan du Sud aurait dû célébrer six années d’apprentissage de son indépendance.  Or, le pays ne peut toujours pas se tenir debout, et ce, du fait de ses dirigeants.  La crise du Soudan du Sud a été créée par l’homme, plus précisément par les dirigeants du pays, qui ne font qu’attiser le conflit, a accusé le représentant.  Certains membres du Gouvernement continuent ainsi de nier toute violence à Pagak, tandis que d’autres parlent d’une action d’autodéfense.  Pour le représentant cependant, ce qui se passe à Pagak est une claire violation du cessez-le-feu décrété il y a quelques mois par le Président Salva Kiir.  De même, l’accès humanitaire a été bloqué à 100 reprises au mois de juin, a-t-il regretté.

Pour M. Rycroft, le Conseil de sécurité n’a d’autre choix que d’adopter des mesures visant à préserver la paix et la sécurité.  Il doit, à cette fin, rétablir un embargo sur les armes, tout en appuyant les efforts de l’IGAD pour relancer le forum de négociations.  « En fait, nous avons déjà dit cela en mai », a fait observer le représentant.  « Or, rien n’a changé », a-t-il constaté en misant sur la possibilité qui reste, à savoir trouver un accord avant la saison des pluies.  « À défaut, le Soudan du Sud aura connu cinq années de guerre en six années d’existence. » 

« La situation qui empire au Soudan du Sud est source de vive préoccupation pour les pays de la région, dont le mien », a déclaré M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie), mentionnant, en particulier, l’escalade des conflits dans l’État du Haut-Nil.

Face, parallèlement, à la détérioration de la situation humanitaire du pays, le représentant s’est dit préoccupé par les entraves à la livraison de l’aide humanitaire.  Il a appelé les autorités du pays à mettre fin immédiatement à ces entraves, ainsi qu’aux violences dont sont parfois victimes les acteurs humanitaires.

L’accord de paix reste la principale solution au conflit, avec l’appui des États membres de l’IGAD, a par ailleurs déclaré le représentant.  Cependant, vu l’absence de progrès dans cette mise en œuvre, l’IGAD a lancé l’idée d’un forum de revitalisation de haut niveau de l’accord, qui se réunira dans les prochains jours à Djouba.  Ce forum rassemblera notamment des représentants de tendances qui n’étaient pas parties à l’accord de paix initial. 

Le représentant a appelé le Conseil à soutenir davantage cette initiative pour accomplir de réels progrès au Soudan du Sud, selon le principe « une seule voix, une seule action ».  Il n’y a pas d’alternative aux efforts déployés par l’IGAD, en coordination avec l’Union africaine (UA) et l’ONU, a-t-il estimé.

M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay) a rappelé que le Soudan du Sud connaissait une crise profonde, qu’il a décrite comme le « fruit exclusif de l’ambition personnelle de deux dirigeants du pays » qui sacrifient le destin de leur peuple.  Le représentant a ainsi relevé le contraste entre la Colombie et le Soudan du Sud, entre un pays dont les dirigeants et le peuple travaillent à la paix et le « triste spectacle de ceux qui continuent de jouer à la guerre » en recherchant exclusivement des bénéfices personnels.  S’il a salué les efforts des pays de la région et d’autres acteurs, le représentant a averti qu’aucun effort de l’IGAD ni du Conseil de sécurité ne serait couronné de succès si les dirigeants du pays ne prennent pas d’engagement à l’égard de leur peuple. 

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a lancé un appel à rester mobilisé face aux souffrances qu’endurent toujours davantage les civils au Soudan du Sud, condamnant vivement les obstacles placés sur le chemin des acteurs humanitaires dans le pays, alors même que la situation humanitaire y reste « catastrophique ».  Le représentant a ainsi appelé à lever toute entrave à la livraison de l’aide humanitaire.  Il a également appelé le Conseil de sécurité à « prendre ses responsabilités » en faisant en sorte d’obtenir un cessez-le-feu et de mettre fin à une violence d’un tel niveau.  Sur ce dernier point, il s’est prononcé en faveur de l’instauration d’un embargo sur les armes.

« Les signaux encourageants sur le plan politique doivent se concrétiser », a par ailleurs estimé le représentant, saluant la mise en place par l’IGAD, le 2 juillet, des modalités et d’un calendrier pour un forum de haut niveau visant à redynamiser la mise en œuvre de l’accord de paix.  « La France soutient les acteurs impliqués dans cette initiative », a-t-il dit, soulignant le besoin impératif de coordination entre eux.

« L’accord de paix de 2015 doit cependant rester la pierre angulaire du processus de paix », a estimé le représentant, appelant à le mettre en œuvre en accordant une importance particulière à la lutte contre l’impunité et au rétablissement « indispensable » d’un système de responsabilité.

M. OLOF SKOOG (Suède) a jugé « hautement préoccupante » la situation au Soudan du Sud.  Seule une solution politique permettra de trouver un règlement au conflit et de mettre fin aux souffrances de la population, a-t-il dit.  La Suède se félicite des efforts déployés en ce sens par les pays de la région, notamment ceux de l’Ouganda, ou encore ceux de l’IGAD, dont la Suède salue la décision de convoquer le forum de revitalisation de haut niveau pour le processus de paix au Soudan du Sud.  La Suède souhaite également qu’on renforce la participation des femmes dans ce processus.

Le représentant s’est également préoccupé de la poursuite de combats intensifs, malgré l’annonce d’un cessez-le-feu unilatéral par le Président Salva Kiir.  Il est essentiel que le Conseil de sécurité reste uni et renforce les efforts régionaux, a-t-il lancé, souhaitant aussi que la MINUSS puisse faire son travail et appuyer le processus de paix.  Il a également recommandé que le Conseil de sécurité assure le suivi de la situation.

Le représentant a rappelé que la situation humanitaire se dégradait sans cesse, avec un accès humanitaire de plus en plus restreint.  Il a appelé à garantir au mieux cet accès et à financer davantage l’aide humanitaire.  La MINUSS doit pour sa part agir de manière proactive en faveur des personnes les plus vulnérables, en particulier pour protéger femmes et filles contre les violences sexuelles et sexistes.

Certes, il est important que les acteurs internationaux soient impliqués sur le terrain, mais les acteurs politiques et la population du Soudan du Sud doivent de leur côté mettre fin aux divisions internes, a estimé M. PEDRO LUIS INCHAUSTE JORDÁN (Bolivie).  Tout en rappelant que l’accord de paix de 2015 restait la base du processus de paix, le représentant a salué le rôle fondamental que joue l’IGAD dans ce dossier, avec notamment son initiative de forum de revitalisation de la mise en œuvre de l’accord.  L’UA, les Nations Unies et tous les acteurs régionaux ou internationaux impliqués doivent appuyer ce processus sous l’égide de l’IGAD, a-t-il estimé.

Tout en saluant la fin du risque de famine dans le pays, le représentant s’est cependant déclaré très préoccupé par la situation de la population du pays, dont la moitié a actuellement besoin d’aide alimentaire.  Pour livrer cette aide, a-t-il appelé, il faut garantir un accès sans heurt aux intervenants humanitaires.

Par ailleurs, le représentant a salué le déploiement en cours de la Force de protection régionale.  Il a également salué les efforts de la MINUSS qui a doublé le nombre de ses patrouilles sur le terrain, souhaitant cependant qu’elle puisse mieux circuler dans le pays et bénéficier du matériel dont elle a besoin.

M. SEBASTIANO CARDI (Italie) a constaté le caractère dramatique de la situation sur le terrain, alors que l’Accord sur le statut des forces continue d’être violé et que les travailleurs humanitaires sont empêchés de travailler.  De même, les combats se poursuivent.  L’Italie a en revanche rendu hommage à « l’esprit constructif » dont fait preuve le Gouvernement du Soudan, notamment en ayant ouvert pour un an l’accès par son territoire à l’assistance humanitaire à son voisin du Sud.

Le représentant a également rendu hommage aux efforts de l’IGAD, organisation qui « peut et doit » servir de relais politique entre les différentes parties sud-soudanaises.  Le déploiement de la Force de protection régionale à Djouba aidera la MINUSS à mieux se concentrer sur d’autres régions, a-t-il prédit en appelant les responsables du Soudan du Sud à autoriser son déploiement rapide.  Il a en même temps rappelé aux responsables sud-soudanais leur responsabilité de nourrir et protéger leur population et de parvenir à la paix, sans quoi ils devront répondre de leurs actes.

« Il est injuste de faire porter sur Djouba l’intégralité de la responsabilité concernant le manque de mise en œuvre de l’accord de paix, alors que le Gouvernement a déclaré un cessez-le-feu unilatéral », a estimé M. PETR V. ILIICHEV (Fédération de Russie), tout en notant « l’attitude constructive » du Gouvernement concernant le déploiement de la Force de protection régionale.

Le représentant de la Fédération de Russie a espéré que le dialogue national lancé en mai par le Président Kiir se solde par un succès.  Il a appelé la communauté internationale à appuyer cette initiative, de même que le forum lancé en juin par l’IGAD.  Il a toutefois mis en garde contre « un optimisme exagéré » face à ces initiatives, ajoutant que le processus politique n’en était qu’à son « balbutiement ».

Nous sommes gravement préoccupés par le fait que, malgré le cessez-le-feu unilatéral déclaré par le Gouvernement, les combats se poursuivent du fait du Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan au Gouvernement, a déclaré M. BARLYBAY SADYKOV (Kazakhstan).  Il s’est également inquiété des attaques endurées par la MINUSS.  « Nous exhortons les parties au conflit à cesser immédiatement les hostilités et les attaques contre le personnel humanitaire dans les régions du Haut-Nil et de l’Équatoria », a-t-il lancé.

Le représentant a par ailleurs appuyé le forum de revitalisation du processus de paix lancé par l’IGAD, ainsi que l’initiative de dialogue national lancée en mai par le Gouvernement du Soudan du Sud.  Il a toutefois appelé à ce que ce dialogue s’effectue de manière ouverte, une condition nécessaire à sa légitimité.

M. FODÉ SECK (Sénégal) a indiqué n’avoir pas l’habitude de faire des déclarations quand une séance du Conseil de sécurité doit être suivie de consultations.  Il s’est donc borné à « poser une question »: « Puisque nous savons tous ce qu’il faut faire, pourquoi n’agissons-nous pas? »  Il a en effet souhaité « qu’une fois en séance de consultations, le Conseil de sécurité puisse prendre les mesures qui s’imposent ».

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) a jugé « extrêmement fragile » la situation au Soudan du Sud, même dans des régions qui semblaient jusqu’alors calmes.   Il s’est dit très préoccupé par les informations faisant état de mouvements des forces gouvernementales vers la place forte de l’opposition armée qu’est Pagak.  Il a en outre regretté que l’obstruction au travail de la MINUSS et à celui des organisations humanitaires se poursuive.  Cela empêche la Mission de remplir des tâches essentielles que le Conseil de sécurité lui a confiées, a-t-il souligné.  L’Ukraine estime par ailleurs que le déploiement de la Force de protection régionale est de l’intérêt de tous.

M. YASUHISA KAWAMURA (Japon) a salué l’initiative de l’IGAD qui a proposé le forum de revitalisation de l’accord de paix et appelé le Conseil de sécurité à soutenir ce processus en incitant les parties à y participer.  Tout en saluant, également, le lancement du dialogue national par le Président Kiir, le représentant a prévenu que cette initiative ne pourrait se solder par un succès sans instaurer un climat plus propice au dialogue dans le pays.  Il a par ailleurs appelé le Gouvernement à continuer de coopérer avec l’ONU et ses partenaires internationaux pour régler les problèmes de propriété foncière engendrés par le déploiement de la Force de protection régionale.

M. LIU JIEYI (Chine) a noté « des progrès dans le processus politique » au Soudan du Sud, tout en ajoutant que la situation générale reste « complexe et grave », notamment sur le plan humanitaire.  Il ne peut y avoir de solution que politique, a ajouté le représentant, pour qui il faut s’attaquer aux causes profondes de la situation actuelle.  La priorité doit être, à son avis, de préserver la stabilité et de relancer le processus politique interne.  Pour la Chine, le Gouvernement sud-soudanais « n’a pas ménagé ses efforts » en décrétant un cessez-le-feu unilatéral et en lançant un processus de discussions, qui a permis de rassembler un certain nombre de groupes d’opposition.  La Chine exhorte les différentes parties à abandonner la voie de la violence pour en revenir à la voie politique.

La Chine demande également que soit appuyé le rôle des organisations régionales, en particulier l’IGAD, qui a montré sa bonne volonté par de nombreux efforts, parmi lesquels le forum de revitalisation de haut niveau.  La Chine demande également une augmentation de l’aide humanitaire au pays, dont le développement économique est entravé et qui fait face à un risque sérieux de famine.  La communauté internationale doit accorder la priorité à certains domaines fondamentaux comme l’agriculture ou les routes, a-t-il précisé.

La Chine félicite la MINUSS pour son « excellent rôle » dans le pays et souhaite qu’elle puisse améliorer sa communication avec le Gouvernement, afin de pouvoir mieux remplir ses fonctions.  Enfin, le représentant a rappelé que son pays fournissait une aide importante au Soudan du Sud, y compris une assistance alimentaire, par voie bilatérale ou par l’intermédiaire du Programme alimentaire mondial (PAM).  Le représentant a aussi fait état de presque un millier de Casques bleus déployés au Soudan du Sud.  La Chine continuera donc de jouer un rôle constructif pour permettre au Soudan du Sud d’accéder à la paix et au développement durable. 

« Je souhaiterais réitérer l’engagement du Gouvernement d’unité nationale en faveur du déploiement de la Force de protection régionale », a déclaré le M. AKUEI BONA MALWAL (Soudan du Sud), ajoutant que ce déploiement avait récemment connu des évolutions positives, marquées par l’arrivée à Djouba de plusieurs unités et de leurs équipements.  De plus, a déclaré le représentant, le Gouvernement d’unité nationale a réalisé des progrès sur la question du « point d’entrée unique », en nommant il y a deux jours, le 18 juillet, une équipe chargée de cette question.  « Le point d’entrée unique a pour but de lever les obstacles aux opérations de la MINUSS, en facilitant l’autorisation d’entrée de son matériel », a-t-il précisé.

Le représentant a par ailleurs réaffirmé la « volonté et le désir » du Gouvernement de continuer à travailler étroitement avec la MINUSS et les acteurs humanitaires dans le but de résoudre les questions en suspens.  « Malgré la levée de l’alerte à la famine au Soudan du Sud, qui témoigne d’une amélioration de la sécurité alimentaire, la situation humanitaire reste désastreuse », a regretté le représentant, tout en appelant les partenaires du Soudan du Sud et la communauté internationale à honorer leurs promesses de financement, pour combler le manque de fonds dont pâtissent de nombreuses organisations humanitaires dans le pays.

Le dialogue national lancé le 22 mai par le Président Salva Kiir progresse de manière satisfaisante, a par ailleurs déclaré le représentant, tout en soulignant que les deux coprésidents du Comité directeur du dialogue ont pris des mesures afin de consulter les dirigeants de l’opposition à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.  L’un des deux coprésidents, a-t-il poursuivi, s’est rendu à la tête d’une délégation en Afrique du Sud, afin de s’entretenir avec le docteur Riek Machar, l’ancien Premier Vice-Président du pays, « qui a regrettablement refusé de leur accorder une audience ».  C’est d’autant plus regrettable que le dialogue national a été conçu comme un forum afin que la population du Soudan du Sud puisse exprimer ses opinions et doléances, a ajouté le représentant.

« Par conséquent, le Gouvernement exhorte le docteur Riek Machar et d’autres groupes armés dans l’opposition à revenir sur leur position concernant le dialogue national », a déclaré le délégué du Soudan du Sud, ajoutant que ce dernier ne pouvait véritablement être un dialogue ouvert sans leur participation.  « Mais le succès du dialogue ne dépend pas de leur participation », a-t-il ajouté.  « Il serait donc prudent qu’ils mettent de côté leurs rancœurs personnelles et soutiennent les initiatives ayant pour but d’offrir une solution pacifique et durable au peuple du Soudan du Sud », a déclaré le délégué.

Le Gouvernement d’unité nationale, a-t-il poursuivi, demeure reconnaissant envers l’IGAD, l’UA, l’ONU et la communauté internationale pour leur engagement en faveur de la paix et de la stabilité du pays.  Le Gouvernement soutient la position de la communauté internationale, selon laquelle seul un processus politique accepté par tous les citoyens du Soudan du Sud permettrait de parvenir à la paix.  C’est dans cet état d’esprit, a affirmé le représentant, que le Gouvernement a récemment accepté la proposition formulée à l’issue de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’IGAD, en mars à Nairobi, d’organiser un forum de haut niveau afin de redynamiser la mise en œuvre de l’Accord sur le règlement du conflit dans la République du Soudan du Sud.  Dans ce cadre, les ministres des affaires étrangères des pays de l’IGAD se réuniront à Djouba dans les prochains jours pour discuter de cette initiative.

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