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CS/12913
17 Juillet 2017
8004e séance – matin

La libération historique de Mossoul ne doit pas faire oublier les multiples défis qui restent à relever en Iraq, avertit le Chef de la MANUI

La libération historique de Mossoul ne doit pas faire oublier les multiples défis qui restent à relever en Iraq, a averti, ce matin, le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Iraq et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI), M. Ján Kubiš, en rappelant que la réconciliation nationale et sociétale supposait des efforts à long terme et la poursuite d’un soutien international conséquent.  

M. Kubiš s’est en particulier inquiété des représailles exercées par la population contre des familles perçues comme ayant soutenu Daech, des retards dans le processus électoral et de l’intention du Président de la Région du Kurdistan d’organiser cet automne un référendum sur l’indépendance.

En présentant le rapport trimestriel du Secrétaire général sur la situation en Iraq, M. Kubiš est longuement revenu sur la libération de Mossoul par les forces de sécurité iraquiennes, annoncée officiellement le 10 juillet par le Premier Ministre iraquien al-Abadi.  Rendant hommage aux victimes de la barbarie de Daech, le Représentant spécial a jugé essentiel que toutes les victimes du conflit et leurs familles puissent recevoir tout l’appui qui leur est nécessaire.

M. Kubiš a ensuite déclaré que, sur ordre du Premier Ministre iraquien, les forces de libération et leurs partenaires internationaux avaient fait des efforts exceptionnels pour protéger la population civile.  En adoptant un concept d’opération humanitaire, ils ont pu réduire les pertes et les souffrances de la population, a affirmé le Représentant spécial, qui a opposé cette attitude au « mépris absolu pour les vies humaines et la civilisation » dont a fait preuve Daech.  Il a cité à cet égard les multiples pièges et engins explosifs improvisés, le ciblage direct des civils, l’utilisation de ces derniers comme bombes humaines et la destruction des maisons ou encore celle de la grande mosquée el-Nouri et de son minaret.  

Ne voulant pas, cependant, que cette libération fasse oublier les multiples défis qui restent à relever, M. Kubiš a rappelé notamment que des territoires sont encore à reconquérir sur Daech dans plusieurs provinces du pays.  En outre, les partisans de Daech poursuivent leurs activités terroristes dans le pays et au-delà.  Il faut par ailleurs éliminer les milices et les gangs criminels qui restent hors de contrôle du Gouvernement.

La défaite finale de Daech ne pourra être obtenue que par des solutions inclusives et à long terme, a poursuivi M. Kubiš.  L’autorité de l’État doit être rétablie et des réformes entreprises pour garantir l’état de droit, la bonne gouvernance, une justice équitable et la redevabilité, y compris dans les provinces du sud du pays.  Le Gouvernement devra faire tout son possible pour rétablir la sécurité et permettre à ses ressortissants de vivre dans la dignité, a averti le Représentant spécial. 

À cet égard, M. Kubiš s’est montré particulièrement préoccupé par la volonté croissante de la population d’imposer des sanctions collectives aux familles perçues comme associées à Daech.  Ces familles sont en effet de plus en plus souvent expulsées et soumises à diverses formes de vengeance.

La MANUI, dont le Conseil a, vendredi, prorogé pour un an le mandat dans les mêmes termes qu’auparavant, a d’ailleurs demandé au Premier Ministre de prendre des mesures urgentes pour maintenir l’ordre et éviter les expulsions, a expliqué le Représentant spécial. 

Pour assurer cette réconciliation, l’Iraq va devoir continuer de bénéficier d’un appui international de fond.  L’assistance actuelle ne pourra pas s’achever avec la fin de la campagne militaire, a averti M. Kubiš, qui s’est dit encouragé par la volonté affichée en ce sens par les pays voisins de l’Iraq lorsque le Premier Ministre al-Abadi s’est rendu, en juin, en Arabie saoudite, en République islamique d’Iran et au Koweït.

M. Kubiš a également appelé à lutter contre le sectarisme, qui ne peut que causer des destructions et rendre les pays vulnérables aux influences extérieures.  Tous ceux qui occupent des positions de pouvoir doivent considérer l’ensemble des Iraquiens comme des citoyens égaux en droits et en devoirs.  C’est à cette condition que la confiance de la population envers les institutions du pays sera rétablie.

Le Représentant spécial a en particulier recommandé des négociations d’urgence entre le Gouvernement fédéral et celui de la Région du Kurdistan iraquien.  Il a rappelé le contexte dans lequel le Président de la Région, M. Massoud Barzani, entend mener un référendum le 25 septembre pour trancher une question relative à l’indépendance non seulement de la Région, mais aussi de tous les territoires dits contestés, à population majoritairement kurde mais qui ne font pas partie de la Région du Kurdistan dans ses limites administratives actuelles.

Autre sujet d’inquiétude pour le Représentant spécial: le processus électoral national, complexe, dont les échéances approchent.  M. Kubiš a ainsi noté l’annonce faite par la Haute Commission électorale indépendante, le 21 juin, qu’elle ne serait pas en mesure d’organiser les élections des conseils de province à la date prévue du 16 septembre.  Il faut tout faire pour que les élections au Conseil des représentants se tiennent au plus tard en mai 2018, comme prévu par la Constitution, a déclaré M. Kubiš.

Sur le plan humanitaire, le Représentant spécial a estimé que le nombre des personnes déplacées depuis le début des opérations militaires en octobre s’approchait du million, tout en relevant que le rythme des déplacements s’était ralenti.  Après avoir mentionné les projets déjà menés sous la direction du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans plusieurs territoires libérés de Daech, il a estimé que l’ampleur de ces derniers allait augmenter de manière exponentielle.

Enfin, il a rappelé qu’une des priorités de la MANUI avait été la reddition de comptes pour les multiples exactions commises pendant le conflit.  La MANUI, a expliqué M. Kubiš, s’attache à ce que les tribunaux nationaux aient compétence pour juger les auteurs des crimes internationaux commis, afin de compléter les initiatives prises au plan international pour rassembler les preuves des crimes les plus graves commis par Daech.

Comme la lutte contre le groupe terroriste approche de sa fin, la MANUI va réorienter son action dans ce domaine et se concentrer sur les violences sexuelles commises, avec une priorité accordée à la réintégration des victimes survivantes, ainsi que sur le plaidoyer pour les enfants recrutés de force et accusés d’infractions terroristes, afin qu’ils soient placés dans des institutions pour enfants.

Les questions relatives à la situation humanitaire et à la reddition de comptes ont été également abordées par les trois membres du Conseil de sécurité qui ont pris la parole au cours de cette séance publique: l’Uruguay, l’Ukraine et la Bolivie.

Il faut mettre davantage l’accent sur les aspects humanitaires, a ainsi déclaré le représentant bolivien, qui a rappelé les « graves violations » des droits de l’homme commises par Daech, notamment des enlèvements de femmes yézidies et des attentats-suicides sur des marchés publics, avant de demander que les auteurs de ces crimes soient jugés et punis.  Son homologue de l’Uruguay a, lui aussi, vu la protection des civils comme une priorité pour les autorités iraquiennes qui doivent porter secours aux victimes du terrorisme et de la guerre, tout en demandant de veiller au respect des droits de l’homme dans la lutte contre le terrorisme.

Plus largement, l’Uruguay appelle les responsables politiques iraquiens à surmonter leurs divisions pour parvenir à un accord d’union nationale, ce qui permettra de « tourner la page aux divisions ethniques et religieuses ».  Il avertit également que les progrès enregistrés ne seront pas suffisants si le Gouvernement ne lutte pas davantage contre la corruption.

Pour le représentant ukrainien, la situation humanitaire représente « un défi de taille » et les autorités iraquiennes doivent investir dans des initiatives pour reconstruire les infrastructures et garantir le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire.  Ce membre du Conseil a également appelé le Gouvernement iraquien à donner la priorité au retour « volontaire et en toute sécurité » des personnes déplacées et à la réconciliation nationale. 

Cette réconciliation supposera notamment de réformer la sécurité et de créer une force de sécurité « professionnelle et respectueuse des droits de l’homme », pour ne pas répéter les violences commises contre les communautés libérées de Ramadi et Fallouja, a ajouté le représentant de l’Ukraine.  Il a souhaité que le Gouvernement iraquien puisse compter sur l’assistance et l’appui nécessaire de la communauté internationale.

Si les trois intervenants se sont félicités de la libération de Mossoul, le représentant de l’Uruguay a rappelé que ce « jalon important » dans la lutte contre Daech devait être préservé sans baisser la garde, pour mettre définitivement en déroute ce groupe terroriste.  Il a aussi fait observer que Daech n’était « pas né du vide » mais était le produit de « faits regrettables », dont l’invasion de l’Iraq en 2003, « sans la moindre légitimité multilatérale ».

En fin de séance, le représentant de l’Iraq est intervenu pour mettre l’accent sur l’héroïsme et l’esprit de sacrifice qu’ont démontré les forces de sécurité iraquiennes lors de la « libération historique » de Mossoul.  Il a aussi rendu hommage au courage de la population iraquienne et remercié les États de la coalition internationale, ainsi que tous ceux qui avaient offert leur aide militaire, logistique ou humanitaire.  Il a rappelé que l’autorité religieuse suprême du pays avait lancé une fatwa pour lutter contre la « bande armée de Daech » et pour préserver l’intégrité territoriale de l’Iraq.

Faisant état de « trois millions » de personnes déplacées, le représentant en a appelé à l’aide internationale pour reconstruire le pays et contribuer à sa bonne gouvernance.  Il a au passage remercié le Koweït, pays qui accueille de nombreux réfugiés, ainsi que tous les pays qui ont apporté une assistance humanitaire.  En ce qui concerne les Nations Unies, il a estimé qu’elles pouvaient jouer un rôle essentiel, que ce soit par le biais de la MANUI ou de l’équipe de pays.

L’Iraq est un État fédéral indépendant doté de toutes les institutions démocratiques, a tenu à préciser le représentant, qui a demandé au Conseil de sécurité d’exiger de la Turquie qu’elle retire ses forces présentes sur le territoire iraquien.  Tout en affirmant que l’Iraq souhaitait entretenir des liens d’amitié avec tous ses voisins, il a insisté sur la volonté de son pays de se rapprocher de l’Arabie saoudite.  Enfin, revenant sur la situation des ressortissants iraquiens disparus lors du conflit de 1990-91, ainsi que sur la question des archives koweïtiennes, le représentant a affirmé que son pays continuait les recherches.

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