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CS/12891
29 juin 2017
7987e séance – matin 

Syrie: le Coordonnateur des secours d’urgence lance un nouvel appel à toutes les parties au conflit en faveur d’un accès humanitaire sûr

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Stephen O’Brien, a, ce matin, au cours de son exposé mensuel sur la situation humanitaire en Syrie, de nouveau plaidé pour que l’aide de l’ONU et de ses partenaires parvienne jusqu’aux Syriens, en particulier aux 540 000 personnes assiégées, interpellant « toutes les parties au conflit » pour qu’elles fournissent un « accès sûr et sans entrave » à cet effet.

M. O’Brien, qui présentait au Conseil de sécurité le rapport* du Secrétaire général sur la question, a décrit une situation humanitaire toujours grave, alors que le conflit en Syrie ne fait que s’aggraver: 13,5 millions de personnes sont prises dans une crise qui menace leur protection et leur vie au quotidien.  Chaque jour, des bombes pleuvent sur les écoles, les hôpitaux et les zones résidentielles, a-t-il rappelé. 

Il a expliqué que lorsque des armes explosives sont utilisées dans des zones peuplées, 92% des personnes tuées ou blessées sont des civils.  Ceux qui survivent aux bombes, mais dont les maisons ont été détruites, sont obligés de fuir dans des conditions qui mettent en danger leur protection, a-t-il ajouté en citant les munitions non explosées, la conscription forcée, ainsi que les restrictions aux droits.

« Il est de notre devoir d’êtres humains de se lever et de dire assez, d’exiger la fin de ces pratiques, d’arrêter le massacre et d’aider ceux dont la vie a déjà été détruite. »

Face à ce constat, M. O’Brien a témoigné que l’ONU et ses partenaires humanitaires font tout ce qui est en leur pouvoir, malgré d’extrêmes difficultés, pour apporter une aide aux personnes qui en ont le plus besoin.  En juin, a-t-il dit, « nos convois ont pu atteindre les localités difficiles d’accès de Talbiseh et Ar-Rastan dans le nord de Homs, ainsi que la commune assiégée d’Harasta-Est dans le Rif-Damas ».

Mais, a précisé le Secrétaire général adjoint, en dépit de ces efforts, « nous continuons de voir nos approvisionnements enlevés des camions avant même leur déploiement ».  Ainsi, près de 200 000 médicaments ont été enlevés de force rien que cette année.

En outre, l’ONU et ses partenaires continuent d’être retardés et bloqués par les restrictions bureaucratiques qui limitent leur capacité à atteindre les civils dans les zones assiégées et difficiles d’accès.  En effet, les retards dans l’envoi des lettres de facilitation continuent de ralentir le processus de déploiement des convois interagences.

M. O’Brien a pris l’exemple des 1 795 lettres du Programme alimentaire mondial (PAM) qui demandait à pouvoir livrer de l’aide, dont trois seulement ont reçu une réponse positive de la part des autorités.  Même si les restrictions les plus flagrantes sont le fait du Gouvernement syrien, d’autres groupes dans les zones non contrôlées par le Gouvernement ont aussi mis en œuvre des procédures qui ralentissent ou empiètent les principes humanitaires, a-t-il indiqué.

M. O’Brien a ainsi lancé un appel: « Je demande à toutes les parties au conflit de permettre aux personnels humanitaires de disposer d’un accès durable et sans entrave aux ressources. »  Préoccupé par les dernières menaces sécuritaires contre les personnels humanitaires, il a précisé que l’accès demandé devait également être « sûr ».

Le Coordonnateur des secours d’urgence a attiré l’attention sur le fait que les tirs ont un impact qui va au-delà d’une seule personne.  Les tirs sont des attaques contre toute la communauté humanitaire, a-t-il affirmé en relevant qu’ils sont l’expression d’un effort évident pour prévenir la livraison de l’aide à ceux qui en ont besoin. 

Il a insisté sur l’importance de la sûreté des humanitaires qui, dans de nombreuses régions de Syrie, représentent le seul moyen de survie pour les communautés piégées, blessées et affamées par le conflit. 

M. O’Brien a fait état de changements en matière d’accès résultant de la signature d’accords au niveau local entre le Gouvernement de la Syrie et des groupes armés non étatiques de l’opposition.

« Ces accords ont été signés sans l’implication des Nations Unies », a-t-il précisé en estimant que, si les résultats de ces accords ont souvent permis la liberté de mouvement, l’accès à des produits commerciaux et un plus grand accès humanitaire, ils ne devraient cependant pas être vus comme des évolutions positives. 

Il a dit que ces accords régissent aussi le déménagement de ceux qui ont peur des représailles et de la conscription, souvent vers des zones dans lesquelles ils font face à des problèmes sécuritaires et de protection.

Du fait de ces changements, deux villes ont été retirées de la liste des zones assiégées: la ville de Madaya, dans la zone rurale de Damas, et le secteur Al-Wa’er de la ville de Homs.  Il reste donc 11 zones assiégées comprenant une population totale de 540 000 personnes, dont 7 par le Gouvernement, 1 par le Gouvernement et les groupes armés non étatiques de l’opposition, 2 par des groupes armés non étatiques de l’opposition et 1 par Daech.

« Je demande un accès sûr, sans entrave et durable à tous ceux qui en ont besoin, en particulier aux 540 000 personnes prises au piège et nécessitant de l’aide », a réitéré M. O’Brien.

Son exposé a néanmoins fait l’état de développements positifs importants en termes d’accès humanitaire en Syrie.  Le PAM a en effet réussi à déployer ses convois à Alep, ce qui permet des livraisons à plus grande échelle dans le nord-est de la Syrie, région qui était en rupture d’approvisionnement depuis décembre 2015. 

Si des livraisons avaient pu être faites auparavant par la voie aérienne depuis Damas, le nouvel accès par la route a permis de faire des économies équivalentes au coût de vivres pour 100 000 personnes pour une année. 

Ce développement est particulièrement important au regard des besoins croissants dans le nord-est de la Syrie en raison des opérations anti-Daech menées dans la région, a expliqué M. O’Brien.  Certaines informations font en effet état des décès de civils tués par des raids aériens dans cette région.  Le raid du 15 mai à Abu Kamal a ainsi entraîné la mort de près 59 personnes, faisant aussi 70 blessés. 

« Nous avons des préoccupations similaires à Raqqa », a-t-il poursuivi en citant le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés qui a annoncé, hier, qu’au moins 173 personnes auraient été tuées par des bombardements aériens depuis le mois de juin.  Près de 25 000 personnes ont fui Raqqa depuis que la dernière phase des opérations a commencé, a-t-il ajouté en indiquant qu’entre 50 000 et 100 000 personnes se trouveraient encore dans la ville. 

« Nous devons faire plus pour protéger les civils pris au piège des combats », a exhorté M. O’Brien avant d’indiquer que, entre le 8 et le 15 juin, l’ONU et ses partenaires humanitaires avaient apporté des vivres à plus de 94 000 personnes, tandis qu’ils livraient 24 tonnes de médicaments aux hôpitaux d’Al-Hassakeh, Qamishli et dans les camps de Mabrouka, dans les provinces de Raqqa et Hassakeh. 

Le Secrétaire général adjoint a rappelé la signature d’un mémorandum de création de zones de désescalade, le 4 mai, y voyant l’occasion d’améliorer la situation de nombreux civils en Syrie.  Il a jugé important que la désescalade réussisse et que le calme perdure dans ces zones.

Mais il s’est dit particulièrement préoccupé par la situation des civils à Daraa où des bombardements aériens et des combats violents ont entraîné la mort de civils et endommagé les infrastructures publiques.  Les combats se rapprochent des frontières du sud et retardent l’envoi de l’aide humanitaire en provenance de la Jordanie.  En dépit de l’insécurité, l’ONU et ses partenaires continuent leurs livraisons transfrontalières.

Du côté des négociations politiques, le Secrétaire général adjoint a espéré que la réunion d’Astana sur la désescalade de la semaine prochaine serait un développement positif et entraînerait une réduction durable des affrontements et un meilleur accès humanitaire.

Seul membre du Conseil à prendre la parole après cet exposé, le représentant de l’Uruguay, M. Elbio Rosselli, a exprimé sa solidarité avec les fonctionnaires de la Croix-Rouge syrienne qui ont été blessés lors de l’attaque du 17 juin.  Il s’est désolé que le Conseil de sécurité n’ait pas été en mesure d’exercer son influence sur tous les acteurs syriens pour qu’ils permettent un accès humanitaire.

En plus du processus de Genève, le processus d’Astana s’avère nécessaire et il donne de bons résultats, a estimé M. Rosselli en appuyant les efforts des trois garants.  Il a par ailleurs regretté qu’il n’y ait toujours pas d’information officielle sur la mise en œuvre de l’accord sur les zones de désescalade.  Il a aussi appuyé la position du Secrétaire général qui veut que la situation syrienne soit renvoyée à la Cour pénale internationale (CPI).

* S/2017/541

 

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