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CS/12886
27 juin 2017
7983e séance – matin

Syrie: l’Envoyé spécial du Secrétaire général présente des « mesures techniques intéressantes » en vue du septième cycle de négociations à Genève

M. Staffan de Mistura demande qu’on « laisse sa chance » au processus d’Astana

 

 

L’Envoyé spécial du Secrétaire général en Syrie, M. Staffan de Mistura, s’est attaché à présenter, ce matin, devant le Conseil de sécurité, les « mesures techniques intéressantes » prises à son initiative pour préparer le septième cycle de négociations de Genève, qui doit avoir lieu du 10 au 14 juillet.  Il a aussi annoncé son intention de se rendre les 4 et 5 juillet au Kazakhstan pour assister à la prochaine réunion du processus d’Astana, demandant qu’on « laisse sa chance » à ce dernier.

L’Envoyé spécial, qui s’exprimait par visioconférence depuis Genève, a expliqué qu’avait été mis en place un processus consultatif technique, sorte de « couche supplémentaire » qui permettrait de traiter d’aspects juridiques de propositions qui pourraient être présentées lors de pourparlers officiels, l’idée étant d’accélérer ces derniers. 

« Bien que tout soit politique », l’accent a bien été mis sur l’aspect technique, a insisté M. de Mistura, pour qui il n’est pas question d’imposer un processus constitutionnel aux Syriens.  Il a été possible de mettre en place ce processus distinct pendant deux jours, a-t-il précisé, ajoutant que les groupes d’opposants au régime syrien, dits « plateforme de Moscou » et « plateforme du Caire », s’étaient réunis pour la première fois dans la même salle à l’invitation de l’ONU.

Pour l’Envoyé spécial, il faut tirer parti de ces efforts techniques car ces réunions d’experts, non contraignantes, permettent de « jeter des bases » pour les négociations politiques à venir.  Il a donc sollicité l’appui du Conseil de sécurité et annoncé qu’il avait lancé une invitation pour une nouvelle réunion de ce processus technique la semaine prochaine, juste avant la prochaine réunion d’Astana.

Lors de celle-ci, l’ONU cherchera à dégager un consensus sur les « zones de désescalade », a encore précisé le diplomate, qui s’est dit certain de la sincérité des efforts actuels, ajoutant que l’équipe des Nations Unies continuait de tout faire pour fournir des conseils techniques quand c’est possible.

Il faut laisser sa chance au processus d’Astana -garanti par la Fédération de Russie, la République islamique d’Iran et la Turquie-, a déclaré M. de Mistura.  Pour lui, « c’est ce que la population syrienne souhaite ».  En outre, les négociations de Genève et le processus d’Astana ont pour « objectif commun de mettre en œuvre les résolutions du Conseil de sécurité, en particulier la résolution 2254 (2015) » du 18 décembre 2015.

L’Envoyé spécial a en outre appelé les participants aux négociations de Genève à préparer activement le septième cycle de négociations de ce type, ajoutant que le programme de travail serait « riche ».  Il s’est dit prêt, « si les conditions le permettent », à faciliter des pourparlers directs entre le Gouvernement et l’opposition.

Au-delà de la session de Genève du 10 au 14 juillet, M. de Mistura a jugé important de viser la tenue d’un nouveau cycle de négociations fin août ou début septembre, avant l’ouverture de la prochaine session de l’Assemblée générale.  Il a par ailleurs annoncé son intention de travailler davantage, lors du dialogue intersyrien et entre les différents cycles, avec les organisations de la société civile syrienne et notamment des organisations de femmes.

Plus nous associerons de telles organisations, plus la société civile pourrait être impliquée dans la reconstruction et la cohésion future du pays, a-t-il affirmé.  

S’il a demandé qu’on ne néglige pas ce qui avait été accompli jusqu’à ce jour, M. de Mistura a aussi rappelé les défis qui restent à relever.  Ainsi, si la tension a baissé dans certaines zones de Syrie, les combats continuent dans d’autres parties du pays, et parfois s’aggravent, a-t-il rappelé. 

L’Envoyé spécial, qui a par ailleurs salué l’action en Syrie du Service de la lutte antimines des Nations Unies, a aussi regretté que trop peu ait encore été fait en matière humanitaire pour faciliter l’accès aux personnes dans le besoin.  Notant que la pression sur Daech augmente dans diverses localités de Syrie, il a aussi appelé à épargner au maximum les civils et a par ailleurs jugé « inquiétantes » les tensions entre la Syrie et la coalition internationale, notamment après « l’incident ayant impliqué un avion syrien ».

Le représentant de l’Uruguay a pris note de la reprise annoncée des pourparlers intersyriens et s’est félicité de la participation d’organisations de la société civile et en particulier de femmes aux discussions à Genève, soulignant le rôle important que celles-ci doivent jouer dans le processus.  Il a jugé nécessaire de maintenir le rythme des pourparlers afin de progresser sur les quatre grandes questions découlant de la feuille de route et de la résolution 2254 (2015). 

Il a par ailleurs vu dans la réunion d’Astana de la semaine prochaine l’occasion de réaffirmer le cessez-le-feu et de définir les modalités de la mise en œuvre des zones de désescalade créées par les trois garants au début du mois de mai.  Les processus de Genève et d’Astana sont indispensables et s’influencent mutuellement, a-t-il ajouté, souhaitant qu’on arrive à un environnement plus propice aux progrès. 

Il a toutefois relevé que, deux mois après la signature du mémorandum sur les zones de désescalade, il n’existait toujours pas d’informations sur sa mise en œuvre.  Il s’est aussi inquiété de constater que l’accès sans entrave des Nations Unies à l’intérieur de ces zones n’avait pas été prévu.  Il est essentiel, a-t-il expliqué, que les garants assurent l’accès humanitaire et la liberté de déplacement des personnes qui doivent pouvoir entrer et sortir de ces territoires. 

Sur l’aspect humanitaire, le représentant du Kazakhstan, pays hôte du processus d’Astana, a pour sa part appelé les parties à faciliter l’accès humanitaire là où le cessez-le-feu est respecté.  À un moment où ses forces approchent de Raqqa, « capitale » de l’État islamique, le délégué du Kazakhstan a appelé la coalition internationale à faire tout son possible pour limiter les pertes civiles et respecter les infrastructures civiles afin que les générations futures n’aient pas à tout reconstruire.

Le délégué a par ailleurs invité les membres du Conseil de sécurité à user de leur influence pour renforcer le respect du cessez-le-feu et assurer les succès tant du processus d’Astana que des pourparlers de Genève, notamment en ce qui concerne la mise en place de zones de désescalade.  

Le Kazakhstan, qui appuie cette diplomatie à géométrie variable, estime en outre qu’une stratégie de sortie du conflit syrien doit comprendre une approche régionale.  Il appelle en conséquence tous les États de la région à soutenir les différents processus et le travail des trois garants.

Enfin, les deux intervenants ont rappelé leur attachement à la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de la Syrie.  Les Nations Unies et les envoyés spéciaux ne sont que des médiateurs, a ainsi déclaré le représentant de l’Uruguay, qui a rappelé que la responsabilité première de trouver une issue au conflit incombe aux Syriens. 

Il a en outre dénoncé le « morcellement absurde de l’opposition syrienne » et la « présence étrangère qui appuie les activités militaires ».  L’Uruguay estime que le Conseil de sécurité doit continuer à exercer des pressions pour que les parties reviennent à la table des négociations.

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