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CS/12869
14 juin 2017
7969e séance – matin

Darfour: le Conseil de sécurité se voit proposer une reconfiguration de la MINUAD pour tenir compte de l’évolution de la situation sur le terrain

Le représentant du Soudan salue les recommandations conjointes de l’ONU et de l’Union africaine et souhaite leur adoption en l’état

 

Près de 10 ans après la mise en place de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) et à la suite d’un examen stratégique mené en mars, le Conseil de sécurité s’est vu proposer, ce matin, une reconfiguration de cette mission pour tenir compte de l’évolution sur le terrain.  Les effectifs militaires et de police seraient fortement réduits et la MINUAD serait appelée à mener des activités de consolidation de la paix en collaboration avec l’équipe de pays et le Gouvernement du Soudan, sauf dans le Jebel Marra où elle poursuivrait des activités plus classiques de maintien de la paix.

Le représentant du Soudan a salué ces recommandations et a souhaité leur adoption en l’état, afin de commencer à mettre en œuvre la stratégie de sortie de la MINUAD.  Ce processus nécessitera toutefois la pleine coopération du Gouvernement du Soudan, a indiqué le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, M. El-Ghassim Wane, en expliquant qu’il fallait éviter tout vide dans les régions d’où la MINUAD est appelée à se retirer.

M. Wane présentait au Conseil les conclusions et recommandations du Secrétaire général de l’ONU et de la Présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), qui sont le résultat de l’examen stratégique* de la MINUAD.

Il a relevé que d’importants changements étaient survenus au Soudan depuis que le Conseil de sécurité avait proposé, il y a 10 ans, le mandat de la MINUAD, d’où la nécessité de cet examen stratégique, qui a eu lieu du 5 au 17 mars 2017.  Le Sous-Secrétaire général a précisé que les recommandations avaient été présentées en consultation avec le Gouvernement du Soudan et les parties concernée.

Sur le terrain, les succès militaires du Gouvernement ont réduit la rébellion à une petite présence de l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS/AW) dans l’ouest du Jebel Marra, a expliqué M. Wane.  Le nombre des incidents intercommunautaires a également diminué, du fait des efforts du Gouvernement et des dirigeants communautaires.  Parallèlement, la conclusion du dialogue national et l’inclusion du Document de Doha dans la Constitution ont permis de réaliser des progrès sur le plan politique.

Il reste néanmoins quelque 2,7 millions de déplacés internes, a-t-il indiqué en soulignant qu’il fallait encore répondre aux nombreuses causes du mécontentement à l’origine du conflit et aux problèmes qui en ont résulté.  Il a pointé du doigt les activités des milices, les différends intercommunautaires non résolus relatifs notamment au partage des ressources en eau ou en terres, ainsi que la prévalence d’armes et de groupes criminels.  À cela s’ajoutent les insuffisances et l’inefficacité des institutions chargées de faire respecter l’état de droit.

De cette situation, le rapport conjoint conclut que la MINUAD connaît actuellement deux types de problèmes liés aux causes profondes du conflit.  Le premier découle de l’instabilité persistante dans la région du Jebel Marra et des déplacements qu’elle entraîne; le second touche à la violence intercommunautaire.

C’est pourquoi le rapport conjoint propose un nouveau concept d’opérations à deux volets selon les régions.  Dans la plus grande partie du Darfour, l’approche devrait être axée sur la consolidation de la paix, tandis que dans le Jebel Marra et ses environs immédiats, la mission devrait conserver les attributions plus traditionnelles de maintien de la paix, en traitant les problèmes qui empêchent le retour des populations déplacées.

L’adoption de ce nouveau concept d’opérations permettrait de réduire de 36 à 18 le nombre des bases d’opérations et de réduire la présence de Casques bleus en passant de 16 à 8 bataillons.  M. Wane a cité les nouveaux plafonds envisagés qui seraient de 8 735 militaires et 2 360 policiers, soit des réductions de 44% du plafond actuel autorisé pour le personnel militaire et de 30% pour la composante de police.

Si les priorités actuelles de la MINUAD, qui traite des questions en suspens, représentent une bonne base pour les tâches que la mission devrait continuer d’accomplir, le rapport recommande un « ajustement » des priorités.

Ainsi, dans le domaine du processus politique, la MINUAD devrait se concentrer sur la mise en œuvre effective du Document de Doha pour la paix au Darfour, désormais intégrée dans la Constitution soudanaise.  Pour leur part, les activités de protection des populations civiles devraient se poursuivre dans la région du Jebel Marra élargie, alors que la mission se concentrerait dans les autres États du Darfour sur les conditions de vie et l’état de droit dans le cadre d’un fort partenariat avec l’équipe de pays.

Les derniers développements mentionnés dans le rapport du Secrétaire général ne modifient pas ces tendances, a estimé M. Wane, qui a conclu en estimant que la reconfiguration de la MINUAD représente une étape importante dans l’accomplissement de son mandat.  Toutefois, a-t-il rappelé, cet accomplissement suppose la pleine coopération du Gouvernement du Soudan, y compris pour éviter tout vide dans les régions d’où la MINUAD est appelée à se retirer.

M. Omer Fadl Mohamed, représentant du Soudan, a salué ces recommandations, souhaitant qu’elles soient adoptées en l’état, afin de commencer à passer le flambeau aux entités nationales.  « Il faut mettre en œuvre la stratégie de sortie de la MINUAD en réduisant progressivement ses effectifs », a-t-il insisté.

Au prix d’importants efforts, le Gouvernement travaille pour instaurer la paix et stabiliser le Darfour, a affirmé le représentant, qui a parlé d’évolutions positives dont font état tant les rapports du Secrétaire général que ceux d’organismes chargés d’étudier la situation sur le terrain.

Le Soudan, le Tchad et la République centrafricaine ont décidé d’œuvrer ensemble pour faire face à des tentatives de déstabilisation de la part de ceux qui ont essayé de franchir la frontière depuis le Soudan du Sud, a poursuivi M. Mohamed.  Par ailleurs, le Gouvernement soudanais a beaucoup progressé dans sa lutte contre le banditisme au Darfour, a-t-il ajouté, même s’il s’inquiète de la prévalence des armes dans la population civile.  Le Ministère de la justice a en outre mis en place un procureur de district dans chaque localité, en s’attachant à appliquer une politique de tolérance zéro vis-à-vis de l’impunité. 

M. Mohamed a également estimé qu’il était, dans ce contexte, important d’examiner la question des sanctions imposées en 2005 contre son pays, voyant dans ce réexamen « une étape inévitable ».  Il s’est dit ouvert aux suggestions à ce sujet.

Le représentant du Soudan a par ailleurs contesté les estimations du rapport concernant le nombre de personnes déplacées.  Aux 2,7 millions avancés par la MINUAD, il a opposé un chiffre de 1,8 million, rappelant qu’il y a eu des retours volontaires.  Il a donc appelé à ce que les informations à ce sujet soient fournies par le Soudan et les représentants spéciaux du Secrétaire général et de l’Union africaine.  

Comme certains camps ne sont plus nécessaires, du fait des retours déjà entrepris, il a présenté deux autres options outre le retour dans les villages d’origine: intégrer les camps de déplacés dans les villes voisines, ou permettre aux personnes déplacées de s’installer ailleurs.  Pour cela, le Soudan a besoin d’une aide internationale.  Il a également relevé une amélioration notable de l’accès humanitaire à la population se trouvant dans les zones concernées.

Les deux membres latino-américains du Conseil ont pris la parole à l’occasion de cette réunion publique.  Représentante de l’Uruguay, Mme Cristina Carrión a rappelé que les conflits intercommunautaires qui persistent au Darfour sont étroitement liés aux causes profondes du conflit et qu’ils sont exacerbés par les activités des milices armées et la prolifération des armes au sein de la population civile, et par le fait que les institutions de l’état de droit ne disposent pas encore des capacités et de l’efficacité nécessaires.  La représentante s’est toutefois dite encouragée par l’amélioration de la situation sécuritaire en général et par les progrès politiques dans le cadre du dialogue national.

Poursuivant son analyse de la situation, Mme Carrión a jugé fondamental que le Gouvernement soudanais et les mouvements armés continuent d’œuvrer en faveur de la signature et de la mise en œuvre d’un accord de cessation des hostilités, ainsi que de l’application complète des dispositions en suspens du Document de Doha pour la paix.  Elle a recommandé pour la MINUAD un mandat adapté qui couvre en priorité la protection des civils et le soutien au processus politique.

Le représentant de la Bolivie, M. Sacha Sergio Llorentty Solíz, s’est montré favorable à la reconfiguration proposée qui, à son avis, reflète bien l’évolution progressive de la situation sur le terrain au cours de l’année écoulée.  Le rôle de la MINUAD a permis de réduire les hostilités opposant le Gouvernement et les groupes armés, a-t-il reconnu, en soulignant qu’il n’y avait pas eu d’affrontements depuis septembre 2016. 

Pour la Bolivie, la reconfiguration proposée permettra de recentrer le mandat de la MINUAD sur des tâches de consolidation de la paix et sur la gestion des causes profondes du conflit.  Jugeant capitale la protection des plus vulnérables, le représentant a demandé une étroite coordination avec le Gouvernement pour définir la composition et le mandat de l’Opération.

Avec 2,6 millions de personnes déplacées, la question humanitaire reste très préoccupante, a-t-il aussi rappelé, souhaitant des progrès sur le plan du rapatriement volontaire et sur les initiatives de collecte des armes.  Enfin, pour que l’équipe de pays puisse assumer les fonctions qui lui seront confiées, il a jugé fondamental le soutien de la communauté internationale.

* S/2017/437

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