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CS/12866
13 juin 2017
7966e séance – matin

Le Conseil de sécurité débat des conséquences humanitaires désastreuses des mines et des restes explosifs de guerre en encourageant l’action antimines

À l’initiative de la présidence bolivienne, le Conseil de sécurité a tenu, ce matin, une réunion pour réfléchir à une « approche globale en matière de lutte antimines et de réduction de la menace que représentent les engins explosifs ».  Le débat a été l’occasion d’insister sur les conséquences humanitaires désastreuses de ces explosifs, de dénoncer l’utilisation croissante d’engins explosifs improvisés par des groupes armés ou terroristes, mais aussi d’encourager la lutte antimines en s’appuyant sur des exemples réussis comme celui de la Colombie.

La Bolivie a annoncé qu’elle avait proposé un projet de résolution, en souhaitant qu’il puisse être adopté prochainement. 

Si le Conseil traite régulièrement de l’action antimines et de la menace que représentent les restes explosifs de guerre et, de plus en plus, les engins explosifs improvisés, il n’avait pas consacré de séance spécifiquement à cette question depuis son débat public du 15 août 1996, suivi de l’adoption d’une déclaration présidentielle le 30 août de la même année, et d’une autre le 19 novembre 2003

Pourtant, comme l’a rappelé le Sous-Secrétaire général à l’état de droit et aux institutions chargées de la sécurité, M. Alexander Zuev, citant le Secrétaire général, « une paix sans déminage est une paix incomplète ».  À son exemple, plusieurs des intervenants ont insisté sur les conséquences humanitaires des mines et restes explosifs de guerre: impossibilité pour les agriculteurs de cultiver leurs terres contaminées, pour les réfugiés de rentrer chez eux, pour les enfants d’aller à l’école, déplacements de populations, difficultés accrues pour les travailleurs humanitaires d’apporter leur assistance et restrictions de mouvement des Casques bleus.

Plusieurs orateurs ont en outre insisté sur l’utilisation de plus en plus fréquente des engins explosifs improvisés, y compris à l’encontre des Casques bleus.  En 2014, 21 d’entre eux ont été tués par ce type d’engins et 105 autres, blessés.  C’est pourquoi des pays fournisseurs de contingents comme le Sénégal et l’Éthiopie se sont montrés particulièrement sensibles à l’intégration de la lutte antimines au sens large dans le mandat des opérations de maintien de la paix.

Les engins explosifs improvisés ont également contribué à une augmentation en 2015 du nombre des victimes, de 75% par rapport à l’année 2014, le bilan le plus lourd depuis 2006, a rappelé le délégué du Royaume-Uni en précisant que plus d’une personne sur trois tuée ou mutilée cette année-là était un enfant.  Son homologue des États-Unis a toutefois appelé à ne pas confondre le déminage et l’élimination des engins explosifs improvisés. 

Comment lutter contre ce fléau, qui « fait fi des accords de cessez-le-feu ou de guerre » et frappe sans discrimination enfants, femmes, cultivateurs et militaires, parfois des années plus tard?  Le représentant de la France a recommandé deux types d’action: renforcer les moyens sur le terrain et rechercher l’universalisation et la pleine mise en œuvre des outils juridiques.  Ces derniers sont essentiellement la Convention d’Ottawa sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction et la Convention de 2008 sur les armes à sous-munitions.

Pour ce qui concerne l’action sur le terrain, la plupart des orateurs ont rendu hommage au travail du Service de la lutte antimines des Nations Unies, qui célèbre cette année ses 20 ans.  L’action de ce service repose sur cinq « piliers »: enquête, éducation aux risques, assistance aux victimes, gestion des armes et des munitions et destruction des stocks, et plaidoyer.  Il œuvre aussi au renforcement des capacités nationales, une question chère à la Chine, à la Fédération de Russie et au Kazakhstan.

Les États-Unis, le Japon, la Suède et l’Italie ont pour leur part mis en avant l’importance de leur contribution financière à cette cause, y compris dans le cadre de partenariats avec le Service de la lutte antimines.

Il a aussi été rappelé que l’action antimines, même menée dans des conditions très difficiles, produit des résultats, comme l’a illustré l’intervention de la représentante du Service de la lutte antimines des Nations Unies en Colombie, Mme Nathalie Ochoa Nina.  Engagée depuis sept ans dans le processus de déminage de son pays, Mme Ochoa Nina a dit avoir constaté de visu le rôle clef du « déminage humanitaire » dans la reconstruction socioéconomique des communautés, qui a en outre amené les deux parties au conflit « à parler un langage commun pour relever les défis ». 

Encore faut-il pour cela que les conflits prennent effectivement fin.  À cette égard, et tout en s’opposant une nouvelle fois sur la situation dans l’est de l’Ukraine, les représentants de la Fédération de Russie et de l’Ukraine ont été d’accord pour constater que le déminage humanitaire ne peut intervenir qu’après la cessation d’un conflit.

Au début de la réunion, le Conseil a observé une minute de silence à la mémoire du père Miguel d’Escoto Brockmann, Président de la soixante-troisième session de l’Assemblée générale, décédé le 8 juin.  Le Président du Conseil de sécurité, M. Sacha Sergio Llorentty Solíz, s’est souvenu du père d’Escoto comme « un homme de Dieu qui a lutté pour la paix dans son pays -le Nicaragua-, sa région et à travers les Nations Unies ».

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

Approche globale en matière de lutte antimines et de réduction de la menace que représentent les engins explosifs

Déclarations

M. ALEXANDER ZUEV, Sous-Secrétaire général à l’état de droit et aux institutions chargées de la sécurité, a rappelé que les mines, mais aussi les restes explosifs de guerre et les engins explosifs improvisés, utilisés de plus en plus fréquemment dans le contexte de conflits asymétriques, aggravaient les crises humanitaires et faisaient obstacle aux réponses d’urgence.  « Une paix sans déminage est une paix incomplète », a-t-il ajouté en faisant valoir que le déminage donnait de bons résultats même dans les environnements opérationnels les plus difficiles. 

Composante intégrée des opérations de maintien de la paix et des missions politiques spéciales, le déminage est essentiel à la sécurité et à la mobilité du personnel en mission, tout autant que pour les populations civiles locales, a poursuivi le Sous-Secrétaire général.  Il a ensuite brièvement cité quelques exemples de la manière dont les soldats de la paix relèvent ce défi au Mali, en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud, en Iraq ou encore en Colombie.

Le débat de ce jour nous rappelle qu’il est important de prendre en compte l’action antimines dès la conception des opérations de maintien de la paix, ainsi que lors de leur renouvèlement, a poursuivi M. Zuev.  Il a replacé l’action antimines dans le cadre de la réforme de l’architecture de paix et de sécurité et des partenariats qu’elle implique avec les États, les organisations régionales et la société civile.

La destruction des mines, des restes explosifs de guerre et des engins explosifs improvisés représente aussi un élément de prévention de futurs conflits car elle empêche le « recyclage » des matériaux explosifs, a encore précisé le Sous-Secrétaire général.  Il a encore vanté l’utilité des opérations antimines en relevant qu’elles permettent de rétablir la confiance et de consolider la paix, comme le montre l’exemple de la Colombie.

M. Zuev a ensuite souligné le rôle de coordination que joue le Service de la lutte antimines.  Ce service suit les normes internationales de l’action antimines et coordonne l’élaboration des futures normes des Nations Unies sur les engins explosifs improvisés, qui doivent être prochainement présentées à l’Assemblée générale.  Le Service joue ainsi un rôle essentiel pour les pays fournisseurs de contingents aux opérations de maintien de la paix, a conclu le Sous-Secrétaire général.   

Mme NATHALIE OCHOA NINA, représentante du Service de la lutte antimines de l’ONU en Colombie, qui participe depuis sept ans au processus de déminage sur le territoire colombien, a dit avoir constaté de visu l’impact énorme et lourd de conséquences de la pollution par les mines et les restes d’engins explosifs de guerre sur la vie de ses compatriotes.

Il y a sept ans, la lutte antimines en Colombie en était à ses balbutiements, a-t-elle expliqué.  À cette époque, 50% du territoire colombien était miné, essentiellement dans les zones rurales les plus éloignées et les moins développées, empêchant l’accès de la population à des services, et limitant l’emploi productif de la terre et les perspectives de sortir de la pauvreté.  « Les communautés autochtones ne pouvaient plus ni entrer ni sortir de leurs terres en raison de la présence de mines », a-t-elle témoigné.

La Colombie se classait au deuxième rang mondial en termes de victimes de mines antipersonnel et d’engins explosifs.  Aujourd’hui, elle reste encore dans les cinq premiers, a précisé Mme Ochoa Nina avant d’indiquer que, depuis 2002, l’autorité nationale de lutte antimines a renforcé le secteur et lancé le « déminage humanitaire ».  Ainsi, sous sa supervision, des groupes composés de victimes du conflit, d’anciens militaires et d’ex-combattants ont été constitués avec pour objectif commun d’enlever les mines.  Cette action humanitaire de lutte antimines joue un rôle clef dans la reconstruction socioéconomique des communautés, a-t-elle expliqué.

Dans le contexte du processus de paix en Colombie, le déminage a été choisi par le Gouvernement et les FARC comme un geste en faveur de la paix.  En tant que membre du Service de la lutte antimines de l’ONU, l’intervenante a pu participer à cette initiative qui a amené les deux parties « à parler un langage commun pour relever les défis ».  Le déminage humanitaire a en outre été reconnu comme une condition sine qua non pour réaliser les objectifs d’autres priorités publiques et de développement.  Il est perçu tant comme une possibilité d’inverser les conséquences du conflit et de réparer les dommages causés, que comme une possibilité de réinsertion économique et sociale et de création d’emplois pour les anciens combattants.

La Colombie a un défi titanesque à relever, à savoir consolider la paix après la signature de l’Accord de paix, a averti Mme Ochoa Nina.  Selon elle, le Conseil de sécurité, qui peut s’inspirer de l’exemple colombien, a un rôle important à jouer pour faire en sorte que la lutte antimines contribue à l’amélioration de la vie des populations. 

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a félicité l’Italie pour son rôle de chef de file dans la lutte antimines.  Citant plusieurs cas de victimes de mines, dont un enfant de 12 ans qui a perdu deux jambes dans l’explosion d’une mine le 7 août 2010, le représentant a rappelé que ce sont les civils qui souffrent le plus des mines et des restes explosifs de guerre, ce qui a des conséquences graves pour la situation humanitaire dans de nombreux pays du monde entier.

M. Llorentty Solíz a rappelé qu’en 2014 encore, et malgré une baisse des chiffres, plus de 10 personnes étaient chaque jour victimes des mines ou restes explosifs de guerre, dont une majorité de civils et 39% d’enfants, une proportion qui monte à 60% au Soudan du Sud.  Il a signalé par ailleurs que, de 1999 à 2014, 1 600 démineurs avaient été tués ou blessés dans des opérations de déminage.  En 2014, année durant laquelle quelque 200 kilomètres carrés ont pu être « dépollués », il existait encore des zones contaminées dans 52 pays, sur tous les continents, a encore rappelé le représentant.

Du fait des mines, de nombreuses populations n’ont plus accès à certains territoires, comme leurs champs ou leurs villages, et ce, même bien après la fin de conflits, ce qui engendre la pauvreté et provoque des déplacements de populations, ou empêche des retours.

M. Llorentty Solíz a également rappelé qu’outre les civils, le personnel des Nations Unies et le personnel humanitaire étaient eux aussi victimes des mines ou des engins explosifs improvisés.  Le Service de la lutte antimines a donc un rôle fondamental à jouer.  Il ne peut y avoir de paix définitive si l’action antimines n’est pas incorporée dans les mandats des opérations de maintien de la paix, a estimé M. Llorentty Solíz, qui a donc rendu hommage à l’action du Service.

La Bolivie est un État pacifiste qui ne produit ni ne vend, stocke ou sème de mines terrestres, a précisé le représentant, qui a rappelé que son pays avait ratifié les différents traités pertinents, notamment les conventions d’Ottawa sur les mines antipersonnel et la Convention d’Ottawa sur l’interdiction de l’utilisation, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction.  Il a invité les États qui ne l’ont pas encore fait à y adhérer.  Il a souhaité qu’un projet de résolution en ce sens présenté à l’initiative de son pays puisse être adopté dans les prochains jours par le Conseil de sécurité.

M. VICENZO AMENDOLA, Secrétaire d’État adjoint aux affaires étrangères et à la coopération internationale de l’Italie, a dit attendre avec intérêt la discussion sur le projet de résolution présenté dans le cadre de ce débat.  L’action antimines a été essentielle pour aider les communautés à se relever après un conflit, a-t-il noté, soulignant que les pays touchés sont surtout des pays à revenu intermédiaire ou à faible revenu, et que la plupart des victimes sont des civils, des enfants, donc des innocents.

M. Amendola s’est dit préoccupé par l’emploi de nouveaux engins explosifs par des groupes non étatiques dans des zones peuplées, comme en Iraq, et par l’augmentation du nombre de victimes.  De plus, l’action humanitaire souffre d’un déficit de financement qui ne fait que s’accroître dans un environnement en outre de plus en plus complexe.

L’Italie, a-t-il dit, encourage tous les États à adhérer aux instruments internationaux pertinents.  L’action antimines est indispensable pour une intervention militaire efficace, et une condition préalable de la reconstruction et du développement, a-t-il conclu.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) s’est félicité de la tenue de ce débat, ainsi que du projet de résolution présenté par la Bolivie.  Il a rappelé que ce débat intervient au moment où le Service de la lutte antimines célèbre ses 20 ans.  Il a fait remarquer que le droit international humanitaire n’autorise des parties à un conflit qu’à agir de manière proportionnée et nécessaire dans le cadre des opérations militaires.  En outre, le placement des mines doit être conforme à certaines règles et leur retrait et destruction, prévus.

L’Éthiopie, qui a souffert des conséquences des mines et restes explosifs de guerre pendant des décennies, a adhéré aux différents instruments juridiques pertinents, a poursuivi le représentant, qui a estimé que le projet de résolution actuellement en discussion, s’il était adopté, lancerait un message positif et contribuerait à renforcer la coopération entre États Membres.

En rendant hommage à l’action des Casques bleus en matière de déminage, M. Alemu a aussi rappelé le tribut qu’ils payent dans la conduite de ces activités ou lors de l’utilisation à leur encontre d’engins explosifs improvisés.  En tant que pays fournisseur de contingents, l’Éthiopie y est particulièrement sensible, a déclaré le représentant. 

Mme CRISTINA CARRIÓN (Uruguay) a souligné que son pays, très engagé dans le régime de non-prolifération, plaidait en faveur d’un désarmement universel et complet.  Les mines antipersonnel et les engins explosifs de guerre ont fait un grand nombre de victimes dans divers conflits, dont certains sont encore en cours, a-t-elle déploré.  Ces armes tuent et blessent chaque année des milliers de personnes, dont des enfants, sans distinguer entre les civils et les combattants, et mettent en danger ceux qui vivent dans les zones affectées, limitant l’accès de la population aux services de base.

La représentante a jugé essentiel de renforcer la législation existante contre l’emploi de mines antipersonnel.  Il faut, selon elle, redoubler d’efforts pour universaliser la Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction, ainsi que le Traité sur le commerce des armes. 

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a déclaré que les mines antipersonnel, les restes explosifs et les engins explosifs improvisés forment un ensemble complexe.  « Il n’y a pas de réponse unique, mais une série de mesures adaptées, distinctes mais complémentaires », a-t-il ajouté.  Il a estimé qu’il fallait d’abord doter les acteurs de terrain, qu’il s’agisse des troupes ou forces déployées, des moyens opérationnels nécessaires à leur action.  Il a jugé que le rôle des nouvelles technologies était incontournable pour anticiper et réduire les menaces, avant de saluer le travail essentiel du Service de la lutte antimines de l’ONU. 

« Nous avons par ailleurs une responsabilité essentielle au titre de l’assistance, notamment en termes de formation et de sensibilisation », a ajouté le représentant de la France avant de juger primordial de permettre aux pays les plus exposés de forger leur propre expertise.  « Ces efforts de prévention constituent un axe essentiel de notre action », a insisté M. Delattre.  Il a aussi souligné l’importance des programmes de dépollution et de sécurisation qui permettent de protéger les populations civiles. 

Par ailleurs, M. Delattre a expliqué que l’action de la France se mesure en particulier au soutien qu’elle apporte à la conduite de la réforme de la sécurité par de nombreux États partenaires, à son appui à la formation des entités nationales ou encore au soutien qu’elle offre à des ONG déployées dans les pays concernés.  Il a dit que le Groupe d’appui à la lutte antimines, actuellement présidé par l’Italie, constitue une excellente illustration de réponse coordonnée reposant sur la diversité d’expertise et de moyens de chacun.

Il a ajouté que la France menait aussi une coopération avec l’Union européenne et les principales ONG intéressées.  « Le renforcement des moyens sur le terrain va enfin de pair avec la nécessité de rechercher l’universalisation et d’assurer la pleine mise en œuvre des outils juridiques », a-t-il conclu avant de souligner les instruments de référence que constituent les Conventions d’Ottawa sur les mines antipersonnel et d’Oslo sur les armes à sous-munitions.

M. PETER WILSON (Royaume-Uni) a estimé que la question des mines, peu abordée par le Conseil de sécurité, est pourtant très importante pour la paix et la sécurité internationales.  Les mines antipersonnel représentent des tueurs aveugles, a-t-il souligné avant de dire combien le Royaume-Uni était fier de faire partie des pays qui travaillent à leur élimination.  Le représentant a rappelé qu’il y a 20 ans, les États étaient convenus d’un traité interdisant les mines antipersonnel.

Mais il a aussi noté qu’après des années de baisse, le nombre des victimes avait, en 2015, augmenté de 75% par rapport à 2014, pour atteindre son plus haut niveau depuis 2006.  Il en a attribué la responsabilité à l’utilisation d’engins explosifs improvisés, notamment au Moyen-Orient.  Plus d’une personne sur trois tuée ou mutilée cette année-là était un enfant, a rappelé le représentant, qui a aussi mis l’accent sur les autres conséquences: les déplacements de personnes provoqués par les mines, ainsi que l’impossibilité pour les agriculteurs de cultiver leurs terres contaminées, pour les réfugiés de rentrer, pour les enfants d’aller à l’école ou pour les travailleurs humanitaires d’apporter leur assistance.  Les mines et restes explosifs de guerre font fi des accords de cessez-le-feu ou de guerre, a encore rappelé le représentant.

M. Wilson a annoncé une forte augmentation des contributions de son pays à la dépollution de territoires contaminés par des mines ou restes explosifs de guerre.  Dans le cadre des engagements internationaux qu’il a pris, le Royaume-Uni contribue au déminage des îles Falkland, a-t-il déclaré.  Il parraine et finance aussi des projets dans des pays comme le Soudan du Sud ou l’Afghanistan.  C’est encore insuffisant, a reconnu le représentant, qui a appelé les États Membres à se rassembler comme ils l’ont fait il y a 20 ans pour apporter leur contribution, financière ou autre, au déminage.

M. FODÉ SECK (Sénégal) a expliqué que son pays avait intégré dans son dispositif juridique interne les dispositions de la Convention d’Ottawa et mis en place les mécanismes institutionnels nécessaires avant de procéder, entre 2002 et 2004, à la destruction totale de son stock de mines antipersonnel.  Il a expliqué que depuis 2008, grâce aux actions du Centre national d’actions antimines du Sénégal (CNAMS), une superficie de 1 800 0000 mètres carrés correspondant à 40 localités avait été déminée.  Parallèlement, il a signalé que son pays développait une éducation au risque des mines, menait des activités de plaidoyer, fournissait une assistance aux victimes et assurait la destruction des stocks des mines. 

Par ailleurs, il a précisé qu’en tant qu’important contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix, le Sénégal se réjouit de l’attention accordée aux menaces que représentent les mines, les restes explosifs de guerre, les engins explosifs improvisés et les armes à sous-munitions dans le cadre de l’élaboration des mandats des missions.  Il a apprécié que cette dimension soit prise en compte dans le cadre des délibérations du Comité spécial sur les opérations de maintien de la paix, aussi appelé « C34 ».  En outre, il a salué les efforts inlassables menés dans ce domaine par les Nations Unies en citant tout particulièrement l’action antimines de l’ONU.

M. YASUHISA KAWAMURA (Japon) a rappelé que depuis 1997, quand la Convention d’Ottawa sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction a été ouverte à la signature, le monde avait connu des avancées en la matière.  Mais, au vu des crises mondiales actuelles et de l’expansion de l’extrémisme violent et du terrorisme, la menace d’engins explosifs est loin de décliner.  Le défi fondamental, a-t-il dit, est de voir comment mettre en œuvre des actions concrètes dans des zones de conflit. 

M. Kawamura a également souligné que des actions humanitaires ne peuvent être mises en œuvre sans une action antimines, et que cette dernière est un prérequis pour la paix et la sécurité.  Il a expliqué qu’en parallèle aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, il faudrait également renforcer les capacités nationales des pays affectés.  Et en plus d’agir pour le déminage, il faudrait apporter une assistance aux victimes et offrir une éducation aux communautés pour la réduction des risques afin de faire que la paix et la stabilité soient durables.

C’est conscient de cette réalité que le Japon n’a de cesse de contribuer au fonds d’affectation spéciale du Service de la lutte antimines de l’ONU, a dit le représentant.  Le pays est même le second plus grand contributeur en la matière, avec 263 millions de dollars déboursés entre 2011 et 2015.

Le Japon, qui peut s’appuyer sur son expérience en matière de lutte antimines, estime qu’il faut promouvoir la coopération triangulaire dans ce contexte.  De plus, une variété de partenariats est de la plus grande importance pour obtenir plus d’efficacité, a-t-il recommandé en invitant par exemple à impliquer le secteur industriel, pour son savoir, et les organisations non gouvernementales (ONG), pour leur proximité de terrain.  Il a également souligné l’importance de la transversalité de l’approche genre dans la lutte antimines, car la participation des femmes améliore la qualité de ces activités, notamment lorsqu’il s’agit d’approcher des victimes qui sont des femmes ou des enfants.

Mme MICHELE J. SISON (États-Unis) a espéré que le débat d’aujourd’hui permettrait de mettre l’accent sur l’importance de la lutte antimines humanitaire.  Les États-Unis, a-t-elle précisé, ont contribué à cette lutte à hauteur de 2,8 milliards de dollars depuis 1993.  Elle a exhorté tous les États à participer à ce partenariat international et noté que tant les organisations publiques que privées jouent un rôle capital pour enlever les mines et permettre le retour des civils dans les zones affectées.

Un aspect de la lutte contre Daech passe par le déminage, a ensuite fait remarquer la représentante en relevant que les zones libérées de l’EIIL ou en cours de libération sont très polluées.  Elle a souligné la nécessité de permettre aux services d’assainissement et de fourniture d’eau potable de reprendre leurs activités.  Par ailleurs, pour éviter toute confusion et protéger le personnel de la lutte antimines, a-t-elle dit, il est important que les États ne mélangent pas le déminage et l’élimination des engins explosifs improvisés.  

M. WU HAITAO (Chine) a constaté que la lutte antimines avait nettement progressé ces dernières années et que les problèmes posés par ces engins s’étaient quelque peu apaisés au moins dans certains des pays affectés.  Pourtant, a-t-il remarqué, la situation est changeante et, dans certains pays, ces engins continuent d’être utilisés, tuant ou mutilant des personnes.  De plus, a rappelé le représentant, les terroristes et extrémistes tendent de plus en plus à utiliser des engins explosifs improvisés dans le cadre de conflits asymétriques.

Pour la Chine, la communauté internationale devrait respecter le principe d’appropriation nationale des États Membres affectés par la pollution par les mines et les aider à renforcer leurs capacités en matière de déminage, afin qu’ils ne dépendent plus de l’assistance extérieure.  Il a également prôné un traitement équilibré qui tienne compte des besoins de sécurité des pays.

La Chine, qui est partie à plusieurs conventions contre les mines, fournit dans la mesure de sa possibilité une assistance aux victimes et aux pays affectés, a assuré le représentant.  La Chine accorde aussi une grande importance aux préoccupations humanitaires liées à l’utilisation par des acteurs non étatiques d’engins explosifs improvisés.  C’est pourquoi elle a apporté une aide humanitaire de 90 millions de dollars et formé quelque 500 professionnels du déminage, a encore expliqué le représentant.

M. PETR V. ILIICHEV (Fédération de Russie) a rappelé que le problème à l’ordre du jour concerne tous les pays.  Les mines et engins explosifs font obstacle au retour des réfugiés et des personnes déplacées, entravent le relèvement économique de ceux qui sortent d’un conflit et représentent une menace pour les Casques bleus.  Comme l’a dit le Secrétaire général de l’ONU, « une paix sans déminage est une paix incomplète ». 

La Russie entend continuer d’appuyer le Service de la lutte antimines de l’ONU en vue d’élaborer des normes, des bonnes pratiques et des recommandations, a poursuivi le représentant.  Le Service, a-t-il souligné, doit aider à renforcer les capacités des pays intéressés, mais, au final, il incombe aux États eux-mêmes d’assurer la sécurité de leur population.

Pour sa part, la Russie a créé en 2014, sous l’égide du Ministère de la défense, un centre international de lutte antimines qui forme des spécialistes pour le terrain.  Elle a récemment lancé une initiative en vue de créer une coalition internationale pour le déminage en Syrie.  Le représentant a indiqué qu’il se tenait prêt à travailler sur le projet de résolution préparé par la délégation bolivienne.  

M. CARL SKAU (Suède) a souhaité que tout soit fait pour atténuer la menace que font peser les engins explosifs improvisés sur les individus et les communautés.  La Suède partage pleinement les préoccupations exprimées concernant les problèmes humanitaires qui se posent après les confits à cause des mines et des restes explosifs de guerre.  Il a jugé essentiel de renforcer les efforts collectifs pour diminuer l’occurrence, les effets et les risques de cette menace.  En outre, la communauté internationale doit donner la priorité aux besoins des enfants lorsqu’elle élabore des programmes de sensibilisation et des programmes de réhabilitation physique.  Soulignant l’importance de la tâche qui consiste à nettoyer les restes explosifs de guerre, le représentant a rappelé que son pays avait investi plus de 100 millions de dollars pour cette action à travers le monde au cours de la dernière décennie. 

Il a également indiqué que la « Swedish Civil Contingencies Agency » est partenaire du Service de la lutte antimines de l’ONU et du Comité international de la Croix-Rouge pour mener des actions humanitaires antimines à travers le monde, dont la plus récente a eu lieu en Somalie.  La Suède croit, a indiqué son représentant, en une approche du désarmement et de la sécurité internationale qui met l’être humain au centre de la politique.  Elle est partie à toutes les conventions interdisant ou régulant l’utilisation des mines non contrôlables, des mines antipersonnel, des armes à sous-munitions et la gestion des restes explosifs de guerre.  L’universalisation de ces conventions est le moyen le plus efficace de prévenir les risques associés à l’utilisation de ces armes, a-t-il plaidé. 

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) a rappelé que les conflits en cours et les activités militaires dans les pays affectés par l’instabilité avaient pour conséquence la contamination des nouveaux territoires par des restes explosifs de guerre, alors que des engins explosifs improvisés sont de plus en plus souvent utilisés par des groupes armés illégaux ou des groupes terroristes.  L’action antimines reste donc essentielle pour apporter une réponse humanitaire efficace, ainsi que pour protéger les civils et la liberté de mouvement des communautés, du personnel humanitaire et des Casques bleus.

L’Ukraine, qui attache une grande importance à ces questions, a parrainé différentes résolutions de l’Assemblée générale sur la lutte antimines ou sur les menaces posées par les restes explosifs de guerre.  Elle est en outre partie tant à la Convention d’Ottawa qu’à la Convention sur l’interdiction de certaines armes classiques, a rappelé le représentant.

M. Yelchenko a ensuite mis en avant les risques résultant, dans son propre pays, de la « guerre hybride » que subit l’Ukraine du fait d’une « agression armée étrangère » et des actions offensives résultant des opérations hybrides menées par les forces russes et les forces terroristes.  Il a fait état des risques liés aux restes explosifs de guerre, y compris ceux qui sont installés volontairement dans des zones résidentielles, qui affectent plus encore la population civile que le personnel militaire.  Il a d’ailleurs rappelé à cet égard le décès d’un membre de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE, tué près de Louhansk, le 23 avril, par un tel engin, en regrettant que le projet de déclaration présenté à cette occasion au Conseil de sécurité ait été bloqué par la Fédération de Russie.

Dans ces circonstances très difficiles, l’Ukraine fait tout son possible pour éliminer les restes explosifs de guerre sur son territoire, a assuré le représentant, qui a cité différents partenaires, dont le Service de la lutte antimines des Nations Unies.  Il a toutefois rappelé que le déminage humanitaire ne serait possible qu’après la fin du conflit.  Actuellement, la simple réparation des infrastructures constamment visées par les bombardements russes représente déjà un énorme défi, a-t-il expliqué.  Le représentant a conclu en insistant sur l’importance de la coopération internationale en matière de déminage et sur la mise en œuvre et le respect des instruments juridiques internationaux en la matière.   

La lutte antimines est au cœur des interventions humanitaires, du relèvement et du développement à la suite des conflits, a déclaré M. BARLYBAY SADYKOV (Kazakhstan).  Le recours croissant aux engins explosifs improvisés et la présence de restes explosifs de guerre constituent une menace grave empêchant le retour des personnes réfugiées et déplacées, s’est-il inquiété. 

Selon le représentant, il faut affecter davantage de ressources aux opérations de déminage de l’ONU.  Les pays doivent également renforcer leurs capacités nationales, en bénéficiant du partage de connaissances et des meilleures pratiques.  La Convention d’Ottawa sur les mines antipersonnel a joué un rôle très important depuis son entrée en vigueur, a-t-il ajouté, en précisant que le Kazakhstan avait mis en place une unité en Iraq qui avait permis de neutraliser des milliers d’engins.

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a fustigé cette menace aveugle qui pèse sur les civils, les Casques bleus, les travailleurs humanitaires et les démineurs.  Les mines ont des répercussions très graves sur le développement socioéconomique à long terme et font obstacle à l’assistance aux personnes dans le besoin.  Elles représentent une contrainte pour les pays sortant d’un conflit.  Il s’est aussi inquiété des restes explosifs de guerre qui sont utilisés par les terroristes pour fabriquer des engins improvisés. 

Plus de 22,7 millions de mines ont été posées sur le territoire égyptien pendant la Deuxième Guerre mondiale, a relevé le représentant en précisant que l’identification et l’élimination de ces mines nécessitent des ressources significatives.  L’Égypte a ainsi défini une stratégie à l’échelle nationale pour faire face à ce phénomène et créé un fonds d’affectation spéciale avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  De plus, l’Égypte a décrété un moratoire sur le transfert de ces mines vers d’autres pays depuis 1984, avant même qu’il y ait une convention sur cette question.  Son pays a toujours dit qu’il fallait trouver un équilibre entre les considérations humanitaires et le recours à ce type d’armes à des fins de légitime défense, a-t-il conclu.

En fin de séance, le représentant de la Fédération de Russie a repris la parole pour répondre au représentant de l’Ukraine.  Il a affirmé que l’intervention de la délégation ukrainienne n’avait d’autre but que de détourner l’attention de son non-respect de l’Accord de Minsk.  Les accusations de l’Ukraine sont injustifiées, en particulier en ce qui concerne l’incident de Louhansk, a-t-il ajouté.  Il a toutefois noté que le représentant ukrainien avait dit quelque chose d’exact: le déminage humanitaire ne pourra intervenir que lorsque le conflit aura pris fin, ce qui suppose la pleine et entière application de l’Accord de Minsk et notamment l’octroi de l’autonomie aux régions de l’est du pays.

Le représentant de l’Ukraine, reprenant à son tour la parole, a déclaré que chacun savait que la Russie fournissait armes et munitions aux séparatistes du Donbass.  Il a estimé qu’elle était donc mal placée pour parler de déminage.

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